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Voilà arrivé le départ attendu et espéré fébrilement, mais aussi quelque part redouté …
1 avril, 2010, 7:18
Classé dans : Non classé

Demain vendredi 2 avril, ce sera le voyage vers la ville où se situe l’hôpital, Yako, grosse bourgade  du Burkina Faso, dans la province du Passoré, où l’on accède depuis la capitale Ouagadougou après cent dix kilomètres dans la direction du Mali. Je reconnais que j’ai peur malgré toute une carrière derrière moi ! Je vais pratiquer une forme d’exercice que je n’ai jamais pratiquée. La formation reçue depuis sept jours est certes destinée à acquérir les bases de ce nouveau métier, mais il est tellement différent de celui que j’ai exercé dans le confort douillet de mon cabinet durant mes années de pratique, près de mes maîtres afin de pouvoir solliciter leurs compétences en cas de doute, disposant d’outils tous plus élaborés les uns que les autres – biologie, imagerie médicale - et en ayant accès à une énorme somme de médicaments, de spécialistes, pour répondre aux besoins liés à la maladie causale. Et puis là l’échelle n’est pas tout à fait la même : c’est le plus souvent en vaccinant des enfants lors de programmes de plusieurs milliers de consultations que l’on identifiera ceux que nous souhaitons prendre en charge, ces enfants à gros ventres, à grosses jambes chargées d’eau, au foie énorme, aux côtes saillantes, aux visages décharnés et émaciés, aux bras dont la mesure du périmètre est en générale inférieur à 11,5 centimètres ! Je dis bien 11,5 centimètres… Et puis leurs grands yeux pleins de tristesse et aussi de résignation… Un monde qui tolère cette situation à quelques encablures, à quelques heures de vol de l’exposition quasi obscène  de l’abondance dans nos super-marchés, ne peut pas être bon ; il reste à ces loupiots du Burkina, du Bengladesh, du Soudan, d’Ethiopie, du Darfour, etc. quelques semaines à vivre. Et leurs mamans savent intuitivement que sur deux enfants qu’elles auront mis au monde, un sera mort avant quinze ans, que c’est comme ça que ça se passe ; que la mort, c’est la vie. De prendre conscience de telles données permet de saisir l’absurde des réflexions que l’on peut entendre parfois dans nos pays d’occident : elles n’ont qu’à faire moins d’enfants … Elles n’ont qu’à … Et l’on est persuadé d’avoir cerné les problèmes et leurs solutions ! A ces mères, pour conserver deux enfants vivants, il faudra en concevoir quatre, cinq … Et l’on affirme qu’elles n’ont qu’à … Voilà les petits patients que nous devrons accueillir et traiter dans nos hôpitaux de brousse, tout petits gamins dont les corps totalement desséchés cassent de partout, où quasiment plus rien ne fonctionne normalement. L’objectif est d’en tirer d’affaire quatrevingt sur cent au moins, bien entendu sans demander de contrepartie sinon d’avoir le courage, la gentillesse de vouloir bien guérir. Et puis il nous faudra parallèlement alerter les politiciens de partout pour qu’ils consentent à chercher des solutions pour nourrir ces gamins aux décours de leur séjour à l’hôpital, afin qu’ils n’y reviennent pas quelques semaines plus tard. Et puis enfin nous n’aurons pas le droit de ne pas tenter de trouver des réponses à cette question essentielle : les sauver, mais pourquoi faire ? Pour qu’ils viennent remplir des barques de fortune qui tenteront d’accoster en Europe, devenue à leurs regards une sorte d’Eldorado ? Pour qu’ils participent dans leur pays à piller pour des salaires de quelques Euros par mois leurs sols, leur sous-sol afin d’y chercher les diamants qui orneront les bagues des riches femmes de nos pays, ou l’or qui participera à élaborer les montres-bracelet de leurs compagnons, ou encore pour extraire le pétrole qui remplira les réservoirs de leurs automobiles de luxe, ou pêcher les perches du Nil que nous mettrons dans nos assiettes tandis que ceux qui les ont pêchées n’en garderont pour eux … que les arêtes ! Regarder vivre des pays comme le Burkina Faso, c’est acquérir la certitude que les hommes sont fous, que sûrement aucun animal n’agit de la sorte sur notre terre. Le travail que nous pouvons y faire en tentant de permettre à ces enfants de vivre malgré tout est assimilable sûrement au volume d’une aiguille dans une meule de foin, mais dans nos pays au moins, il y a tous les ans du foin pour construire des meules…


3 commentaires
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  1. Astrid

    Bonjour Jean-Pierre, ton témoignage me touche tant que je vais me permettre de diffuser largement l’adresse de ton blog, notamment sur les différents réseaux sociaux que je fréquente. Je suis certaine que ceci doit être dit aux jeunes et à notre entourage.
    Bon courage! Un dernier mot: je suis certaine que cette « aiguille » est bien plus grande que ce que tu imagines!

  2. combemale

    bonsoir, je suis une amie de Mady, bénévole à MDM mission adoption à montpellier et amoureuse du burkina faso.
    je fais partie d’une association « la calebasse de ouahigouya » et chaque année depuis 10 ans je viens 3 semaines dans plusieurs centres de soins du pays en tant qu’infirmière. Yako est une région que je connais bien, ma dernière mission au mois de mars etait dans un centre de soins à temnaore ( prés de nanoro)mais aussi plusieurs séjours à kongousi et à gorom gorom. la malnutrition est une des principales causes de mortalité infantile dans ce pays et comment ne pas etre révolté de voir des enfants mourir de faim….Je vous souhaite un immense courage pour affronter cette lourde tâche mais il faut se battre et une aiguille plus une aiguille… finiront par remplir la meule de foin.
    mon prochain séjour est prévu pour le mois d’octobre nous ne pourrons pas vous saluer,votre séjour sera terminé dommage.
    bon séjour dans ce pays formidable, saluez de ma part sa population si attachante.
    Bernadette

  3. jean lataste

    Ami Jean Pierre, je t’envie .

    Raconte nous comment tu vis dans ton nouvel environnement : le pays, le climat, les gens surtout les gens .

    Je te fais confiance pour nous raconter yout ça bellement . @+JEAN ET TAMA



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