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Les Gourounsis
27 juin, 2010, 18:35
Classé dans : Non classé

Les Gourounsis ont de tout temps dû se protéger contre l’envahisseur, ceci explique l’architecture remarquable de leurs maisons-forteresses ; ils sont eux aussi très attachés à leur culture et à l’animisme. Dans une région assez bien arrosée avec une végétation composée de baobabs, karités, nérés, kapokiers, les Gourounsis vivent essentiellement de l’agriculture (mil, riz, élevage, chasse et cueillette) et, selon la saison, nous assistons aux activités très variées des villageois (labour, semis, récolte, construction, vannerie, cueillette…).    Les Gourounsi sont répartis du long de la frontière nord du Ghana jusqu’aux localités de Koudougou et Réo. Ils sont constitués de plusieurs sous-groupes répartis dans le centre-sud du Burkina-Faso. Les Kasséna, connus dans le monde pour leur architecture si originale dans la région de Pô, Tiébélé et Léo, les Lélé ou Lyélé dans la région de Réo, les Nuni dans la région de Léo, de Pouni et de Zawara, les Nounouma dans la région de Tchériba, les Sissala autour de Léo, les Ko dans la région de Siby. La tradition orale des Gourounsi les dirait originaires de la région du lac Tchad. Les études historiques confirment en tout cas leur présence au Burkina dès le XIIe siècle.

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Malgré les conquêtes de l’empire mossi à partir du XVe siècle et les raids esclavagiste de ce dernier sur les villages Gourounsi, les différentes communautés de cette ethnie ont toujours conservé leur autonomie et leur indépendance.

Le pays Gourounsi :

L’ethnie Gourounsi  englobe  plusieurs groupes dont les Kasséna et les Nankana (qui peuplent la région concernée).
Encore très attachés à  leur culture et à  l’animisme, les Gourounsi (et principalement les Kasséna) ont de tout temps dû se protéger contre l’envahisseur, expliquant leur architecture remarquable et efficace.
Les Gurunsis ou Gourounsis sont donc un peuple du Burkina Faso, qui se constitue en plusieurs sous-groupes. Selon le docteur Salif Titamba Lankoande, dans Noms de famille (Patronymes) au Burkina Faso) le mot Gourounsi proviendrait de la déformation du mot Guru-si qui signifie en langue Djerma du Niger «  le fer ne pénètre pas  ». Lors de l’invasion des Gourounsi par les Djermas venus du Niger vers 1860-1899 et conduit par Babatu, celui-ci ayant recruté dans son armée un bataillon de jeunes hommes forts du pays annexé, les a fait consommer du médicament traditionnel les rendant invulnérables au fer ; on les appelait Guru-si que le langage commun a transformé en «  Gurunsi  ». 

Les sous-groupes

  • les Kassenas habitant la région de , Tiébélé et Léo
  • les Lélés dans la région de Réo, Ténado et Didyr
  • les Nounis dans la région de Léo, de Pouni et de Zawara 
  • les Nounoumas dans la région de Tchériba
  • les Sissalas dans la région de Léo
  • les Kos dans la région de Siby
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image21.jpgL’Amicale des parents à plaisanterie Bissa-Gourounsi (APP/B-G) a organisé le 1er et 2 août 2009 à Garango dans la province du Boulgou, la IIe édition de la parenté à plaisanterie Bissa-Gourounsi sur le thème :  » La plaisanterie au service de l’environnement « . 

 » Un Bissa, dans le temps, aurait confié une tête de chien à un vieux Gourounsi. Revenu quelques moments après pour reprendre sa viande, il constatera que celui-ci l’a déjà mangée avec sa famille « . Mythe, légende ou réalité, cette anecdote serait à l’origine de l’alliance à plaisanterie entre les deux ethnies. Mais qu’à cela ne tienne. Bissa et Gourounsi n’entendent pas rompre  » cette relation originelle « , héritage des ancêtres et véritable facteur de paix sociale. Ils l’ont ainsi démontré, ce samedi 1er août 2009 à Garango, à la faveur de la IIe édition de la parenté à plaisanterie Bissa-Gourounsi organisée par l’Amicale des parents à plaisanterie Bissa-Gourounsi (APP/B-G). Après la 1re édition, l’année dernière à Doudou, dans la province du Sanguié, c’est Garango qui a été le lieu de convergence des gens de Sapouy, Léo, Réo, Tenado, … en somme toute la grande famille gourounsi.  » Ils sont venus pour nous envahir. Mais nous leur offrons la ville pour la seule journée du 1er août. Après ils seront tous immatriculés car lorsqu’on a des biens, il faut connaître le nombre « , a annoncé le maire de la commune de Garango, André Zouré, donnant le ton des activités. Joutes oratoires, jeu verbal, histoires drôles… Chaque groupe s’est activé à rabattre le caquet de l’autre dans une ambiance très détendue. Cependant, les différents acteurs n’ont pas perdu de vue le bien-fondé de cette tradition bien ancestrale.   » C’est un bien précieux qu’il convient, par toutes les formes, tous les moyens et en toute occasion, de signifier notre attachement et le léguer aux générations futures « , a indiqué le président de l’APP/B-G, Halidou Lengani. Le parrain de ces journées, le directeur général de la SOBCA, Mamadi Napon (un Gourounsi) a abondé dans le même sens :  » la parenté à plaisanterie est une source intarissable, un patrimoine que nous ont laissé nos ancêtres et que nous devons absolument préserver « . Le thème de cette IIe édition de la parenté à plaisanterie,  » la plaisanterie au service de l’environnement « , Bissa et Gourounsi ont saisi cette occasion pour reverdir la nature de Garango.  » La relation entre parenté à plaisanterie et l’environnement est plausible et directe. Toute action que nous voulons entreprendre sur le plan social, culturel et éducatif en passant par la parenté à plaisanterie ne pourra que porter encore plus loin le message « , a souligné le parrain Mamadi Napon. Avant d’ajouter à l’endroit des organisateurs : comme le souligne l’adage,  » la culture est la seule chose qui nous reste lorsqu’on a tout perdu. Je pense que vous l’avez si bien compris et vous avez décidé de mettre cela au service de l’environnement « . A cet effet, un espace dit,  » jardin de la parenté à plaisanterie  » a été créé. Sur place, ce sont au total 500 arbres fruitiers composés de manguiers, de citronniers, de goyaviers… qui ont été plantés, bien sûr toujours dans une atmosphère très détendue. Entre-temps, ils ont été aidés dans leur activité de reboisement par le ministre d’Etat, ministre des image32.jpgAffaires étrangères et de la Coopération régionale, Alain Yoda. Avec ce jardin, Bissa et Gourounsi veulent laisser aux générations futures, un témoignage de leur fraternité. A l’issue de la journée, un match de football a opposé les deux communautés avec en prime, un trophée atypique : un panier d’arachides plus une tête de chien. Evidemment qu’il n’y a pas eu de vainqueur sur le terrain.

Siée Simplice Hien – Sidwaya 



Les Lobi, Dagari, Gan, Birifor et apparentés
27 juin, 2010, 18:12
Classé dans : Non classé

Les Lobis, arrivés vers le XVIIIe siècle du Ghana et de la Côte d’Ivoire, sont principalement cultivateurs et chasseurs à l’arc occasionnels. Ils ont conservé leurs traditions en résistant à tous les envahisseurs, africains ou colons européens. L’architecture de leurs cases fortifiées en terre cuite, distantes les unes des autres d’une portée de flèche, témoigne de cette histoire. Les Lobis ne possèdent pas de pouvoir centralisé. La seule autorité est celle du père de famille et la femme occupe une place très importante. Féticheurs, sorciers et devins mènent savamment rites initiatiques ou funérailles, ces grandes fêtes réunissant de nombreuses personnes, où le tan, la bière de mil, coule à flot ; ainsi ils profitent de la saison sèche pour fêter les grandes funérailles réunissant de nombreuses personnes. Ce peuple pratique également de nombreuses initiations dont le djoro qui est encore de nos jours un facteur incontournable d’intégration sociale.
Chaque village possède féticheur (prêtre attaché au service d’un fétiche – ou divinité -), sorcier (avec pouvoirs surnaturels), charlatan (= devin). 
Le Pays Lobi

Actuellement à  la frontière du Ghana et de la Côte d’Ivoire, les Lobis seraient originaires du Nord-Ouest du Ghana et auraient migré vers le 18ème siècle. Les principales ethnies de cette région sont au nombre de 7 et ont de nombreux points communs. En plus des Lobi, il y a les Birifor, Dagara, Gan, Dian, Dorossié, Téguessié. Ils sont principalement cultivateurs, et chasseurs occasionnels (à  l’arc).
La particularité de l’ethnie Lobi est surtout d’avoir pu conserver bon nombre de ses traditions en résistant à  tous les envahisseurs, qu’ils fussent africains ou colons européens. Leur architecture (cases fortifiées en terre cuite) témoigne de cette hostilité, avec des cases distantes les unes des autres d’une portée de flèche. Les Lobi sont animistes à  part entière. Ils ne possèdent pas de pouvoir centralisé. La seule autorité est celle du père de famille. La femme occupe une place très importante.
Ils profitent de la saison sèche pour fêter les grandes funérailles réunissant de nombreuses personnes. Le Tan (bière de mil) coule alors à  flot… dans des marchés, des concessions familiales, nous rencontrerons ces autochtones d’un autre temps. Ce peuple pratique également de nombreuses initiations dont le djoro qui est encore de nos jours un facteur incontournable d’intégration sociale.
Chaque village possède féticheur (prêtre attaché au service d’un fétiche – ou divinité -), sorcier (avec pouvoirs surnaturels), charlatan (= devin). 
Le long de la frontière occidentale du Ghana et sur la moitié est de la frontière ivoirienne, dans l’une des régions les plus défavorisées du pays, plusieurs ethnies apparentées, au passé parfois commun, forment l’une des communautés culturellement les riches du pays. Lobi, Dagari, Gan, Birifor, Pwe et Dan se répartissent ainsi un vaste territoire autour des villes de Goua, Lopopéni, Batié, Diébougou et Dissen. Principalement présents au Burkina Faso, ils comptent cependant de nombreux villages au Ghana et en Côte d’Ivoire. Il est commun d’appeler  » Lobi  » cet ensemble d’ethnies sans limiter cette appellation aux Lobi proprement dits. 

lobi1.jpg Photo à gauche : homme dagara de Dissen avec des bandeaux traditionnels (photo C.Costeaux)

Les Lobi, dont le nom signifierait en Lobori (la langue des Lobi) « Enfants de la Forêt « , viendraient du Ghana après avoir traversé le fleuve Mouhoun qui revêt d’ailleurs pour ces populations un caractère sacré. Considérés comme des fermiers, des chasseurs et des éleveurs, ils sont avant tout des guerriers. C’est cette réputation qui fait l’identité profonde des Lobi mais aussi de leurs cousins birifor, gan ou dagari. Tout rappelle chez eux que leur histoire s’est faite des résistances contre les raids des tribus voisines du Guiriko et du Kénédougou et des razzias esclavagistes jusqu’au milieu du XIXe siècle : leurs maisons sont des petits fortins impénétrables et l’arc et ses flèches empoisonnées, dont aujourd’hui encore les populations rurales ne se séparent pas, sont l’emblème de leurs talents guerriers. L’histoire de la résistance Lobi est d’ailleurs très récente puisque tout au long de la période coloniale jusqu’au milieu du XXe siècle les Lobi lancèrent des raids contre les Français et leurs escouades de tirailleurs africains. Les Lobis forment l’une des communautés qui a le plus conservé sa religion traditionnelle. La vénération des esprits des ancêtres et des fétiches est le pivot de leurs croyances. La case des fétiches, située en dehors de la concession familiale, tient lieu de temple où sont pratiqués les rites d’hommage et de divination. Les Lobis croient néanmoins aussi en un être suprême, nommé Thagba, créateur de tous les êtres vivants. Mais, comme chez les Sénoufo, ce Créateur ne peut être contacté que par l’intermédiaire d’esprits de la nature nommés thila. Ces esprits invisibles, parfois bienveillants parfois malins et comme les hommes sujets aux conséquences de leurs vices et vertus, exercent leurs pouvoirs sur toutes choses. Pour entrer en contact avec les esprits, chaque village et chaque hameau a au moins un prêtre fétichiste nommé le thildarL’architecture Lobi est très particulière et se révèle être la plus avancée et la plus belle du Burkina Faso avec bien-sûr celle des Gourounsi Kassena. Les habitations Lobi sont constituées d’une large concession rectangulaire de type forteresse appelée soukala et dont l’entrée se situe sur la terrasse qui n’est traditionnellement accessible qu’avec une échelle que les familles peuvent retirer pour se défendre des attaques. La terrasse ainsi formée par la construction permet de dormir en plein air durant les nuits les plus chaudes précédent l’hivernage. Une cour intérieure permet de protéger les animaux domestiques et de faire la cuisine.  lobi2.jpg 

Photo à droite : une construction typique du pays lobi : soukala en rectangle, sans ouverture latérale, avec une large terrasse et des murs en boudin de terre (photo C.Costeaux).

On reconnait donc facilement les hameaux de cette ethnie. Les strates de banco formées en lignes les différencient en outre particulièrement des formations en « briques ». Il faut d’ailleurs noter que les Gan sont la seule communauté du groupe Lobi qui n’ait pas adopté cette architecture (il s’agit plutôt chez eux de cases rondes assez classiques). Aujourd’hui les Birifor, les Lobi et les Dagari demeurent majoritairement animistes bien que plusieurs communautés chrétiennes se soient formées ces dernières années.

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Photo à gauche : enfant de la caste des forgerons de la communauté Birifor dans le village de Koulé (photo C.Costeaux)

La statuaire lobi est la plus célèbre et la plus belle du Burkina Faso. Alors que les Mossi ou les Samo montrent des masques extraordinaires, les Lobi pour honorer leur fétiches et les ancêtres utilisent des statuettes de bois qui sont d’ailleurs aujourd’hui toujours pillées par des pseudos antiquaires ou marchands d’art



Les Mossis
27 juin, 2010, 17:53
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Leur Milieu

Environ 2 500 000 en Burkina Faso (50 % de la population). Le cercle de Yatenga est une des régions les plus peuplées des Mossi. La densité atteint parfois jusqu’à 50 habitants au km2.
Langue : le moré.
Le pays mossi s’étend de la frontière Malo Voltaïque au nord, à la frontière Ghano Voltaïque au sud.
Les Mossi et leurs voisins Gourmantché ont des affinités sociologiques, religieuses et linguistiques (ils auraient un ancêtre commun). Les Mossi peuvent être divisés en deux populations : la population urbaine, qui est musulmane depuis longtemps, et la population rurale, qui a su conserver sa religion animiste.
Principaux centres : Ouagadougou, Ouahigouya, Koudougou, Yako, Kaya, Tenkodogo.

Leur Histoire

Les Mossis se sont installés au cours de migrations anciennes ainsi que les Bobos, les Gourmantchés et d’autres groupes de langue mandé. Les pasteurs peuls vivent en symbiose économique avec les agriculteurs traditionnels. Dans le Nord, les grands troupeaux des éleveurs touareg et peuls parcourent une steppe frappée par les sécheresses avant d’être convoyés vers le sud pour nourrir les pays méridionaux (Côte-d’Ivoire, Ghana) où la trypanosomiase (ou maladie du sommeil) représente un obstacle à l’élevage.  Des vestiges (pierres taillées, poteries, gravures) datant du Ier millénaire avant notre ère évoquent une civilisation néolithique encore à étudier. Les premiers agriculteurs ont imprimé leur marque dans les paysages en défrichant la forêt. Ils précédaient les ancêtres des Mossis actuels, qui peuplent la plus grande partie du pays. L’origine de ces cavaliers est mal connue. Les traditions disent qu’ils venaient de l’Est, du Sud, et même de l’Ouest.
Constitués en une aristocratie militaire, ils passèrent des accords avec les populations locales, restées propriétaires du sol, comme en témoignent les rapports traditionnels existant entre les « !chefs de terre! » et les chefs de canton, qui détiennent le pouvoir politique. On situe l’arrivée des Mossis entre le XIe et le XIVe siècle. 
Issus d’un brasmossis1.jpgsage ethnique entre les conquérants et les populations autochtones, mais formant un même ensemble culturel, les quatre royaumes mossis qui se sont progressivement constitués ne parvinrent jamais à l’unité politique.
Le plus important, le royaume du Yatenga, au nord, était en contact direct avec les empires soudanais contre lesquels il mena des expéditions (prise de Tombouctou en 1329). Il dut notamment se défendre des entreprises d’islamisation de l’empire Songhaï.
L’administration était très centralisée et permettait de mobiliser rapidement des forces de défense. La personne du roi, le mohro naba, était sacrée; il représentait la force vitale dont la puissance pouvait brûler le sol. 
Au XIXe siècle, le pays doit de nouveau faire face aux tentatives des talibés, des Bambaras de Ségou, des Peuls du Macina.
En 1895, Samory Touré tente de se constituer un État dans la savane. Les Français, qui craignent d’être pris de vitesse par les Britanniques dans la région, profitent des craintes pour établir un protectorat sur le royaume mossi de Ouagadougou, en 1896. 
De 1904 à 1919, ces nouveaux territoires de l’Empire colonial français sont rattachés à la colonie du Haut-Sénégal-Niger, intégrée à l’Afrique-Occidentale française. En 1916 se développent d’importants mouvements de résistance à la conscription. Les Mossis constituent l’essentiel des bataillons de  » tirailleurs sénégalais  » qui combattent aux côtés des troupes alliées durant la Première Guerre mondiale. On rapporte une légende sur l’origine du Royaume de Ouagadougou. Au début du XIe siècle, le roi de Gambaga, vivant dans le nord de l’actuel Ghana, s’avança vers le nord dans la région de Tenkodogo. Il avait une fille célèbre par sa beauté et son courage. Cette princesse, Poko, suivait son père dans toutes ses expéditions guerrières. Un jour, elle s’éloigna du camp et fut emportée par un cheval fougueux, dans une épaisse forêt où elle rencontra un chasseur d’éléphant, nommé Riaré, d’origine mandé, qui réussit à maîtriser sa monture emballée. Elle l’épousa et de cette rencontre naquit un fils qu’ils appelèrent Ouedraogo (ou Ouidiraogo) c’est à dire étalon. Par la suite, Ouedraogo, aidé par son beau père, soumit le pays de Tenkodogo puis tous les territoires voisins. Seules quelques ethnies échappèrent à la conquête des cavaliers en se réfugiant dans des régions marécageuses ou des falaises, comme les Dogon à Bandiagara (alors que les Foulsé n’ont pas fui).
Les descendants d’Ouedraogo fondèrent différents États Mossi
Zandoma, Ouagadougou au XIIIe siècle, Yatenga au XIVe siècle, etc. Ces États Mossi, créés par l’aristocratie des cavaliers, ont toujours eu de puissantes armées. Bien administrés, ils échappèrent au chaos général qui suivit l’invasion marocaine, Isolés, loin de la mer coupés par les forêts et le désert, ils sont restés pendant des siècles en dehors des échanges aussi bien commerciaux qu’idéologiques et religieux. (L’islam commença seulement à pénétrer chez les Mossi au XVIIIe siècle.) La valeur de ses cavaliers, au nombre magique de 333, était réputée au delà de ses frontières. C’est peut être une des raisons pour laquelle aucun conquérant africain n’a osé attaquer les Mossi. A la suite de longues luttes intestines, les États Mossi devinrent des protectorats français : Ouagadougou en 1857 et Yatenga en 1896.
Les origines des Gourmantché semblent se confondre avec l’histoire du peuple Mossi. Diaba Lompo (1204 1248), fondateur de la dynastie, serait le fils ou le cousin de Ouedraogo.
Au XIXe siècle, des luttes intérieures pour la royauté éclatèrent entre les prétendants, luttes auxquelles les Mossi s’associèrent. Aussi, lors de l’arrivée des Français en 1895, la puissance des rois du Gourma avait bien diminué.
Leur Vie Economique

Le sol du pays mossi est pauvre. Il n’y a qu’une faible partie de terres cultivables. C’est une des raisons pour laquelle de nombreux Mossi s’expatrient chaque année, notamment en Côte d’Ivoire, où ils forment une main d’œuvre saisonnière. Les Mossi sont des agriculteurs de mil, base de toute leur alimentation. L’élevage et le commerce des chevaux intéressent beaucoup les Mossi. Leur Vie Sociale

Tous les États Mossi ont la même structure sociale très hiérarchisée. Elle comprend, d’une part, un régime aristocratique sous sa forme la plus féodale et, d’autre part, possède aussi certains éléments d’un régime démocratique. Au sommet de l’État Mossi se trouve le Morho Naha, chef suprême symbolisant le soleil sur la terre. Il est à la fois dieu et empereur du Mogho (et non des Mossi, comme on le dit souvent). Il règne mais il ne gouverne pas. Ce sont les ministres qui exercent le pouvoir : dans les villages, le pouvoir est exercé par deux chefs, le premier, le Teng Naba, ou chef de la terre, exerce un pouvoir politique : le second, le Tingsoba, ou propriétaire de la terre, descendant des premiers occupants de la terre, héritier des chefs vaincus, exerce un pouvoir religieux et rituel. La noblesse est composée de trois catégories : les Dimbissi, descendants du Morho Naha, les Nabissi, descendants des chefs héréditaires, et les Nakomsé, simples aristocrates mais jouissant de nombreuses faveurs.
Les non nobles pouvaient entrer dans le conseil comme Naha, le premier ministre n’étant considéré que comme le premier serviteur de l’État.
Le premier fils d’un Morho Naha devient Naha, mais il doit pouvoir mériter la dignité de cette fonction.
Un collège électoral avait la charge de désigner le nouveau Naha, avec le pouvoir d’écarter le fils aîné du Naha si celui ci ne satisfaisait pas aux conditions requises et d’en choisir un autre parmi les fils ou les frères du Morho Naha défunt. La cour est réglée par une étiquette très minutieuse.
Musiciens et chanteurs font partie de l’entourage royal.
Chaque vendredi, à 7 heures du matin, a lieu encore au palais du Morho Naha une curieuse cérémonie à laquelle tout le monde peut assister. Le Morho Naba sort de son palais, habillé en rouge, car le soleil est sur le point de se lever.
Le Kamsora Naba, au nom des personnages de la cour, le supplie de ne pas enfourcher son cheval tout harnaché. L’empereur fait un faux départ, et se rend à ses supplications en se rendant à sa demeure. Cette coutume aurait pour origine une légende qui rappelle au Morho Naha que ses devoirs d’empereur doivent primer ses intérêts personnels.
Leur Vie Religieuse

Malgré une pénétration de l’Islam le long des routes commerciales (surtout au Yatenga), le peuple Mossi est resté animiste. Les génies (Kinkirsi) sont divisés en bons génies (Kinkir Somà) et mauvais génies (Kinkir Wese). Les Tingane sont les génies protecteurs des villages.
Il existe en pays Mossi de nombreuses sociétés secrètes : le Nyonyosé, aux rites compliqués visant à révéler à ses adeptes les secrets du monde invisible, le Poese, association fermée qui possède l’exclusivité d’une technique magique, le Singa, association de chasseurs et les mangeurs d’ » âmes « , sorciers jouissant du privilège de pouvoir capturer le double des hommes.
Les sociétés des masques du wando dansent exclusivement à l’occasion des funérailles.
Leur Vie Culturelle

Grandes fêtes périodiques mossi consacrées aux ancêtres, à la terre, à la nouvelle lune à la fin de la période initiatique.
La Tinsé a lieu en juillet, après les grandes pluies, lorsque le mil est déjà haut. Elle est célébrée en l’honneur de la divinité Tenga. Le Basgho a lieu après les récoltes (en décembre ou janvier). La fête musulmane, la Tabaski, est célébrée par les animistes Mossi comme une fête nationale. Ils l’appellent Mos’Ki Psa, fête des Mossi. Le Zambewa correspond à l’année nouvelle du calendrier musulman. Pour les Mossi, c’est une fête familiale pendant laquelle on mange et on boit beaucoup.
À Ouagadougou, à la fin du Ramadan, les enfants d’une société d’âge font avec des calebasses décorées d’animaux fantastiques la fête des animaux, le fanal.
Le soir de Noël, dans le quartier africain catholique, on peut voir dans des niches illuminées des crèches de santons de terre cuite réalisées par des enfants, art populaire extrêmement riche. 

L’habitat Mossi

Un village traditionnel Mossi est composé de concessions, suffisamment éloignées mossis2.jpgles unes des autres pour permettre à chaque famille de cultiver à proximité.
La concession est constituée de plusieurs cases d’environ 3,5m de diamètre, où vivent les membres d’une même famille.
La disposition des cases suit un plan précis, correspondant à l’ordre établi mais qui peut varier d’une région à l’autre. 



Les Peuls
21 juin, 2010, 22:14
Classé dans : Non classé

Les articles de ce blog qui vont suivre ont pour projet de faire connaître les principales ethnies plus en détail, comme les Peuls aujourd’hui, mais aussi ultérieurement les Mossis, Lobis, Gourounsis, Leylas, Bobos, Dioulas, Senoufos, Gourmantchés, Bissas, etc. Il est bien difficile pour certaines ethnies de les décrire simplement car leurs histoires, leurs religions, leur modes relationnels, même leurs vies quotidiennes sont tout sauf simples, comme par exemple aujourd’hui le cas des Peuls et ultérieurement celui des Lyelas. L’abord se fera donc plutôt sur un mode anthropologique ; c’est la raison pour laquelle ces articles ne sauraient être concis… Dans ce travail enfin, les références bibliographiques ont été citées au fur et à mesure de leur utilisation. Toutefois un récapitulatif des références utilisées pour construire chacun des articles du blog sera réalisé au terme.

Population totale des Peuls : 10 à 50 millions avec des effectifs approximatifs recensés ainsi : 

  • Nigeria : 10 400 000 
  • Guinée : 3 040 000 
  • Mali : 1 876 500
  • Cameroun : 1 574 400
  • Sénégal : 1 455 000
  • Niger : 1 147 500
  • Burkina Faso : 1 084 200, 
  • Mauritanie : 384 000
  • Guinée-Bissau : 320 000
  • Autres Groupes reliés : Toucouleurs, Wodaabes, Haoussas, Songhaïs  Région d’origine : Haute Égypte, Haute vallée du Nil  Langue (s) : Pulaar (également appelée Poular, Fulani, Pulaar) Religion (s) : Islam (sunnisme prédominant) Les Peuls sont des pasteurs de la région sahélo-saharienne qui se répartissent dans une quinzaine de pays, en Afrique de l’Ouest, mais également au Tchad, en République centrafricaine et au Soudan, une implantation géographique liée aux besoins des troupeaux de zébus et de chevaux, que la plupart élevaient à l’origine. D’abord nomades, beaucoup se sont sédentarisés. Ils sont majoritairement musulmans. Leur dispersion et mobilité ont favorisé les échanges et les métissages avec d’autres populations. Leur origine et celle de leur identité, pas uniquement liée à la langue peule (pular) a longtemps fait débat.

Dénomination

Les natifs se nomment eux-mêmes “Pullo” (sing.) prononcez [poullo], pluriel : ” Fulbhe” [Foulbé]. Nom propre : un Peul, une Peule, des Peuls. Le mot ” Pullo” viendrait du verbe ” fullade ” (éparpiller, disperser au souffle). D’après Lam, l’égyptien prr ” sortir “, aurait donné ” Pullo “, c’est-à-dire celui qui sort le lait de la vache, mais aussi, celui qui émigre. Les termes fula, fulbé, foulbé, fulani, foute sont des termes attribués par d’autres ethnies d’après les Peuls eux-mêmes. Fulla  = “ errants ” (Pullo au singulier). On rencontre aussi d’autres graphies en français, telles que poular ou peulh.  L’ethnonyme apparaît parfois sous la forme de Foulhs, Phouls, Poules, Pouli, Fouli, foullah, Poullôri .” Peul ” est le terme le plus utilisé dans les textes contemporains en français. Dans le passé, on l’orthographiait plutôt “ Peulh ” mais cette forme subsiste parfois et l’on rencontre également “ Peuhl ”. “Peul” est la transcription française du mot wolof pë’l qui désigne ce peuple. Les Fellans, Fellani, Fellahs, Fellatahs sont les Peuls du Soudan et de l’Égypte.

Etymologie

En langue peule, la racine pul  (” se réaliser ” et non pas “ être ”) désignant au 1er niveau, la fonction – essentiellement la “transhumance du bétail” – et au 2ème niveau une identité qui s’affermit dans le temps et requérant un “ travail ” sur soi. D’après Jean-Marie Mathieu : cit. ” Le radical peul ful peut être rapproché de l’indo-européen fla qui a donné ” flou ” , ” flan “…le latin follis désignait un ” soufflet de forge “. D’après René Vallette, le radical prr (racine non vocalisée) signifie blanc, clair, à l’origine du mot Pullo.  La racine est attestée en indo-européen. On la retrouve ainsi, aussi bien à travers les Pel-esets Libye antique, que les Poulasti (un ” peuple de la Mer “) qui deviendront les Philistins et donneront leur nom à la Palestine de même racine, ou encore les Pel-asges Pelasges (pel-h|2-g + sto), du nom Pélé-kos, ou encore en Dorien (autre branche de l’indo-européen) Phulè  ” tribu ”  ; Phulai  ” Tribus” ; allophulos, allophuloi, allophulismos (allo + Phulè) ” non-grecs “. En pular fud désigne à la fois la graine et l’origine de [fu] (du grec ancien fûo ” faire naître “) et ancêtre éponyme des Peuls.

Population

Les Peuls, ainsi que les Wodaabes (Bororos), sont une ethnie de nomades et semi-nomades vivant en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, au Soudan mais on les retrouve également au Nigeria, au Cameroun, au Togo.  Au Mali, les Peuls, principalement implantés dans la région de Mopti, constituent la deuxième ethnie après les Bambaras. Au Sénégal les Haalpulaar (population peule et toucouleur) constituent le deuxième groupe ethnique après les Wolofs. La Mauritanie, le Mali, le Sénégal, le Niger et la Guinée sont des pays à forte population peule. Les Peuls sont traditionnellement des nomades, essentiellement des éleveurs transhumants de vaches zébus et de chevaux (boucle du Niger/Basse-Égypte). Les ethnies assimilées qui parlent le peul sont appelées Haal Pulaaren. Ceci concerne, entre autres, les Haoussa, les Soninkés, Mandingues, Wolofs. Certains Peuls (branches séparées suite à des conflits et Parentés à plaisanterie) se sont mélangés à d’autres populations donnant ainsi naissance à de nombreuses ethnies : les Kourteï (Peuls-Sonrhaïs), Les Khassonkés (Peuls-Malinkés), les Ouassoulounkés (Peuls-bambaras). Les Toucouleurs (Tékrouri), à l’origine une ethnie distincte, ayant par la suite fusionné avec les Serères et les Peuls.

Origines et histoire

L’origine (ou les origines) des Peuls a donné naissance à une littérature abondante qu’il est difficile de résumer. De la fin du XIXe siècle aux années soixante, on les trouve sous le nom de hamites (terme désignant des tribus du nord-est de langues caucasoïdes). Ce terme est aujourd’hui quelque peu abandonné, au profit de celui plus généraliste de berbères (Jean Jolly 2002 : p 14), ou d’origine indo-européenne lorsque celle-ci est précisée. Néanmoins, on trouve aussi chez certains auteurs, une distinction entre Berbères et ” indo-européens ” d’Afrique (Peuples de la Mer, Hittites, Hyksos).D’après le Dr Lasnet, ils auraient été connus des auteurs de l’Antiquité (Pline et Ptolémée) sous le nom de leuco-Éthiopiens, c’est-à-dire ” Éthiopiens blancs “, thèse reprise par Henri Lhote.Pour Eichtal et André Arcin, ils seraient les Phout de la Bible. Bien que la question soit encore parfois débattue, comme le fit Maurice Delafosse dans ses conclusions, la plupart des chercheurs d’aujourd’hui, s’accordent à en faire des syro-libyens. ” Le fond de la population égyptienne semble avoir été constitué par une race chamitique à laquelle appartenait aussi les Gallas et les Somalis, qui s’étaient fixés au sud-est de l’Égypte, et les Berbères de Libye “. D’après leurs légendes orales, les Peuls sont originaires du Levant (terme dévolu à l’Orient).Ce mythe s’inscrit aussi bien dans les rites (prières matinales au soleil rouge du levant, pour demander le retour à Yôyô, ville mythique située en Orient, les rites funéraires, que dans les mœurs ou la psychologie) Le problème des origines est le suivant : à la lecture des différentes publications au sujet des Peuls, on notera l’abondance des termes qui relèvent tous de la difficulté de classification que posèrent les Peuls aux différents observateurs tant Européens, qu’Africains ou Arabes qui les rencontrèrent. Ainsi on trouve : blancs  – leucodermes  ; afro-méditerranéens -  méditerranéens  ; méditerranéens orientaux – périméditerranéens  ; hamites – éthiopiens  ; blancs à peaux noires – mélanodermes non négroïdes  ; cuivrés – rouges ; berbères – indo-européens ; indo-européens orientaux – asianiques ; asiatiques  –  arabo-berbères  ; nilotiques – nilo-sahariens ; ethiopides  – faux-noirs ; chamites – chamanites…. Ces termes sont employés ici ou là, du XIXe siècle à nos jours. Ils relèvent tous d’une difficulté à nommer une population frontière entre le monde ” blanc ” nord saharien et le monde ” noir ” sub-saharien.

-Préhistoire : La préhistoire se caractérise par une période sans écritures. Sources documentaires : objets, ossements, peintures rupestres, gravures, pointes de flèches…  Les Peuls, nomades par excellence, ne possèdent aucuns objets qui auraient pu se conserver dans les sables du désert. Quant aux Peuls sédentaires, les productions (poteries) sont similaires à celles de leurs voisins. Ils varient par conséquent selon les groupes et les régions. Les enquêtes ethnoarchéologiques ont montré qu’il était difficile d’assigner au document céramique une valeur de marqueur ethnique qui puisse servir à la reconstitution de l’histoire ancienne des Peuls (Christian Dupuy, Figure Peules  : 54). L’étude des tombes outre l’influence islamique sur le cérémoniel funéraire, le défunt est inhumé, enveloppé dans un drap tourné vers l’Est, c’est-à-dire vers la Mecque, néanmoins, il semble qu’il y ait toujours eu cette orientation vers l’Est, vers le Levant. Les ossements ont révélé en général un type dit ” éthiopien ” en Afrique de l’Ouest. Les rites d’inhumation en vigueur chez les Peuls non islamisés ont été jusqu’à présent trop peu étudiés (Christian Dupuy, Figures peules : 54). L’habitat des Peuls en matériaux périssables, bien que mieux décrit (Brasseur 1968 ; Dupire 1970 ; Pélissier 1966 ; Richard-Molard 1944) ne peut non plus aider à cet objectif, étant donné la faible possibilité d’en retrouver des traces en fouilles.  Les Peintures rupestres au Sahel, Tibesti, Tassili…Sources documentaires : gravures sur roches, peintures, pointes de flèches…  Les fresques du Sahel constituent une donnée essentielle de l’histoire ancienne des Peuls. Ces peintures, gravures, se retrouvent sur une ligne continue de l’Atlantique à la mer Rouge et de l’Atlas jusqu’au Sahel, l’art rupestre saharien est concentré dans deux zones, le Sahara central et la région du Nil. Elles concernent la vie des populations depuis 10 000 ans. Le Sahara de cette période compte trois zones de peuplements bien distincts : zone des pasteurs à bovidés de peuplement exclusivement blanc ; une zone de peuplement intermédiaire pasteurs à bovidés. Ce sont des individus à la peau sombre, mais non de race noire ; et une zone dite saharo-soudanaise de peuplement noir souvent des pêcheurs et des chasseurs. Les côtes sont occupées par les représentants de la culture dite ibéromaurusiennne et les côtes de la Tunisie par les représentants de la culture Capsienne Capsiens. Le peuplement attribué aux Peuls est le Sahara central et septentrional. Régions concernées : Adrar des Iforas (Algérie) ; Ennedi (Nord-Soudan) ; Djebel Ouénat (Libye) Acacus (Algérie) ; Ténéré Djado (Algérie) ; Hoggar (Algérie) ; Aïr (Algérie) ; Ahnet; Ahaggar ; Tassili-N-Ajjer (Libye) ; Fezzan (Libye) ; Uweinat (Égypte) ; Ouadaï (Nord-Soudan) ; Kharga (Égypte) ; Sites préhistoriques de l’Erythrée et de la Nubie (Haut-Nil). Ces représentations permettent de distinguer plusieurs populations aux morphotypes différents et nettement identifiables (Bernard Lugan, Histoire de l’Afrique  : 42). Il existe trois grandes périodes étudiées : l’art bubalin qui s’étend de -8000 à -5000 av. J.-C ; l’art bovidien qui s’étend de -5500 à -1500 av. J.-C ; l’art caballin qui s’étend de -1500 à -500 av. J.C. Durant la période archaïque (Bubalin) ainsi que dans la période pastorale (Bovidien), les gravures et surtout les peintures permettent d’identifier trois grands groupes de populations (Muzzolini, 1983 ; Illife, 1997 : 28) : 1. Un groupe leucoderme aux longs cheveux attribué à une culture ” europoïde ” qui occupait tout le Sahara septentrional. Il serait à l’origine des représentations des Libyens orientaux par les Égyptiens. C’est avec lui, qu’apparurent des chars de facture égyptienne (essieu vers l’avant)à deux chevaux ou ” galops volants “. Il est à noter que ce groupe présente des coiffures que l’on dira “libyennes “, ressemblant à celle figurant sur la tombe de Séti 1er, d’autres en bas à gauche, des coiffures peules, (chignons sur le front ou ” coiffures en gourdes “). Ce groupe est appelé Proto-berbères, proto-égyptiens, proto-sémites, chamites ou afrasiens et serait originaire du nord de l’Érythrée. 2. Un groupe mélanoderme mais non négroïde aux cheveux lisses, attribué aux Nilotes par Lugan. Ce groupe est parfois appelé, éthiopides, éthiopien, proto-égyptiens, proto-sémites, proto-berbères ou afrasiens par Henri Lhote. Ils sont également appelés chamites dans certains écrits anciens. 3. Un groupe négroïde des peintures dit des ” Têtes rondes ” se trouvait au Tibesti, Ennedi et Uweinat. Il y a 8000 ans, le désert du Sahara voit l’arrivée de plusieurs populations. Il s’agit des proto-berbères ou afrasiens que certains auteurs voient venir de l’Érythrée nord. D’autres au contraire, les voient venir des bords de la méditerranée. À côté de ce mouvement de pasteurs, dans la région du Tassili, d’autres populations apparaissent sur les fresques rocheuses. Ce sont des couchites ou cushites,  venus de la Nubie, et des Nilo-Shariens venus de la corne de l’Afrique. Le groupe n°2 est un groupe mystérieux à l’identité obscure. Henri Lhote dans son Extraordinaire aventure des Peuls paru en 1959, suggère que les autres types humains représentés, puissent être d’ ” autres érythréens ” qui lors de cette grande migration auraient suivi le groupe n°1. C’est pourquoi ils les appellent éthiopiens sans distinction avec le groupe n°1 (H. Lhote L’Extraordinaire aventure des Peuls  : p.3). Il existe peu d’études sur ce groupe intermédiaire à peau brune mais non négroïde. On lui a parfois attribué le nom de chamites mais on le retrouve aussi sous le vocable plus généraliste d’Orientaux ou Oriental. On lui attribue également les premières civilisations du Croissant fertile ; la première dynastie égyptienne, Sumer, Babylone, la Suziane (Royaume de Suze), la Gédrosie (Mésopotamie). Néanmoins, certains auteurs parlent à propos de ce groupe non pas de l’Érythrée nord comme lieu d’émission vers le Sahara, mais du ” nord-Est du continent “, c’est-à-dire de la région du Fayoum en Égypte. Selon Henri Lhote, les Peuls seraient originaires de la haute vallée du Nil : Haute-Égypte, Nubie et Éthiopie. Les peintures rupestres de bovins permettraient de suivre l’avancée de ce peuple, à travers des représentations stylisées dans le Sahara. Arrivé en Mauritanie et au Sénégal, les traces deviennent plus difficiles à suivre : les grottes et rochers permettant la reproduction sont plus rares. Les Peuls auraient introduit le Bos Indicus (zébu) et une race de bœuf à longues cornes en forme de ” lyre ” (H. Lhote), ainsi que l’Indigo en Afrique. Henri Lhote s’appuie sur des phénomènes culturels toujours existants. Dans le livre de Bernard Lugan, le groupe n°1 relevé dans l’Acacus, est représenté dans des scènes pastorales, l’activité de la coiffure pour être représentée à de nombreuses reprises semble importante, et les coiffures en question sont des chignons sur le sommet du front. Les femmes portent des vêtements amples et en tissus comme les femmes peules d’aujourd’hui, ce qui suppose la domestication des ovicaprinés et la connaissance de la technique du tissage. Or, on sait que ce sont les afrasiens qui ont introduit au Sahara le bétail domestique vers 8000-7000 av. J. C (B.Lugan : 49-50). D’après Henri Lhote, les peintures rupestres permettraient de suivre “ l’avancée ” des Peuls en Afrique de l’Ouest. Henri Lhote en fait des éthiopiens d’après les peintures rupestres, représentant des profils europoïdes. .Par l’arc, les vêtements, la coiffure, l’habitat en hutte hémisphérique, il les rattache au grand rameau de la civilisation hamitique comprenant les Galla mais également les Tébou du Tibesti. Il les fait partir de Haute-Égypte. L’Ethiopie et l’Érythrée possèdent aussi des peintures rupestres représentant des bœufs sans bosses identiques à ceux représentés au Sahara. Néanmoins, Henri Lhote signale que l’absence des Peuls dans ces représentations, serait un signe qu’ils ne seraient pas venus en droite ligne de l’Éthiopie. Ils auraient contourné le Sahara par le nord, longeant le Fezzan, le Tell Algérien, jusqu’à parvenir en Mauritanie, puis le Maroc et enfin, le Sénégal vers le VIIIème siècle de notre ère. Il les compare également aux Bafour, peuple de la vallée du Niger, vers Diaka, le lac Débo et le Hodh, mélange de sémites venus du nord-est, de Berbères Zénaga (formation Gétules) et de Garamantes (p.21 in Histoire du Mali). Les remarques d’Henri Lhote, d’abord contestées par de nombreux spécialistes, notamment pour des raisons chronologiques, certains auteurs ne font venir les Peuls au Sahara qu’aux alentours des IIème  siècle, IIIème  siècle de notre ère, soit à l’époque romaine (Verneau, Béranger-Féraud). Ces “fresques” de l’âge des bovidés, inscrites sur les rochers du Tassili, montrent sous la “lecture” d’ Amadou Hampâté Bâ pour les gravures à caractère symbolique ou mythologique, l’œuvre de pasteurs venus d’Égypte et datée entre 4000 et 2000 ans. Cependant, d’autres peintures rupestres, concernent des images des chars dits à “ spirales ” de la moitié du IIème millénaire avant notre ère qui étaient des motifs prisés par les Égéens et sans doute repris par des Libyens pour servir au prestige d’aristocraties locales. Ces mêmes chars ont été retrouvés sur des tombes à fosse du cercle A de Mycène et au Péloponnèse C’est aussi la période de l’introduction du cheval dans le Sahara central par les Hyksos ou du moins comme pour les chars, sa représentation sur roches. À partir de 1 500 environ apparait le char à timon simple ou ” char Égyptien “, qui va encore accentuer les différences entre les populations du nord et les populations du sud, qu’elles vont repousser vers le sud.

-Antiquité : L’Antiquité se caractérise par l’apparition de l’écriture. Sources documentaires : papyrus, ostracas (tessons de poteries gravées), objets en métal (pièces de monnaie, pièces de charrerie, d’équitation, armes, etc.), tablettes en cunéiformes du Proche-Orient.

-L’Égypte pharaonique…~ 2500 av. J.C ? Les Peuls peuple pasteur, apparaîtraient dans l’histoire de l’Égypte d’après Lilias Homberger à travers une lettre qui leur appartient, (-ng) comme un peuple ” entrant ” en Égypte dans des écrits, rédigés par des Egyptiens signalant le passage de pasteurs conduisant des bovins à longues cornes dits -ng ‘ ou -ng.w (= -ngr), dit nagor (en langue Brahoui) dans le nord-ouest de l’ Inde (Balouchistan) et dans les provinces de l’Est de l’ Iran d’aujourd’hui. Cependant les légendes orales Peules, signalent qu’ils y auraient eu plusieurs vagues d’arrivées, chacune avec leur contexte historique, étalées de manière discontinue de 2500 av. J.-C à l’ère des Ptolémée en 300 av. J.-C où leur ethnonyme, apparaît dans les textes et sur les monuments et période d’un important brassage ethnique, opéré à partir de la Basse époque égyptienne avec l’Orient et la méditerranée.

-Les Poulasti : ~ 1177 av.J.C ? Les Poulasti ou Palasti, Pelasi, ou encore Péleshet ou Péléset (en égyptien), sont un peuple de la mer, considérés comme d’ascendance grecque, devenus les Philistins, qualifiés de berbères et cousins des Coptes. Les Poulasti, apparaissent pour la première fois dans un cycle des sept tableaux légendés de Médinet-Habou. Leurs noms apparaissent sous la forme non vocalisé en égyptien prst. Ils livrent une bataille terrestre contre Ramsès III (1180-1155) dans la région de Beth-Shéan, au sud du Lac Tibériade. – Une deuxième apparition des Poulasti dans la cinquième série de Médinet-Habou, les montre arrivant par mer dans le Delta du Nil en compagnie des Sikala (indo-européens qui peupleront plus tard la Sicile)- Les Poulasti vaincus par Ramsès III, une partie de ces guerriers seront enrôlés dans l’armée égyptienne, et fourniront les garnisons des forteresses qui surveillaient en Moyenne-Égypte, le désert de Libye et la plupart feront souches dans la région où ils s’établiront en éparchies. Après Ramsès, les Pulasti devenus les Philistins, se fixèrent au Levant, où ils donneront leur nom à la Palestine qui apparaît dans les textes à partir de 800 av.J.C. Les Peuples de la Mer sont un rameau de populations indo-européennes, porteuses de la culture mycénienne, établies entre le XVème siècle av. J.-C. et le XIIIème siècle av. J.-C. sur les bords de la mer Égée et en Anatolie. Ils se livrent à la piraterie et au commerce, mais sont aussi employés comme mercenaires en Haute-Mésopotamie et en Égypte. Les Poulasti ont été associés aux Pélasge au XXe siècle, les Peuls également (Tauxier). Bien que de nombreux auteurs distinguent encore peuples de la mer (indo-européens) et berbères, après qu’ils eurent été repoussé par Ramsès III, l’ensemble des Peuples de la Mer ont été, soit inclus dans l’armée Égyptienne elle-même, soit refoulés à l’Ouest où ils ont fusionné avec les Libyco-berbères et constituèrent dès lors pour les égyptiens, l’ensemble des peuples situés à l’ouest du Nil.

-Période romaine :  Il existe trop peu de documents sur cette période et très peu d’études ont été faites sur le sujet. La plupart portent sur les Berbères des côtes ou des régions agricoles en contacts avec les Romains, aucunes sur les ” Berbères sahariens”, hormis sur les Garamantes (considérés parfois comme les ancêtres des Touaregs), les Musulames, les Gétules et les Nasamons. On peut trouver néanmoins quelques informations concernant des ostraca (tessons de poteries gravés) trouvés en Maurétanie, en Tripolitaine et dans le Fezzan, relatant les relations romano-indigènes dans deux ouvrages ; La résistance africaine à la romanisation de Marcel Bénabou et Rome en Afrique de Christophe Hugoniot. Le cas Gétules ou Gaetules : Il n’est pas certain que les Peuls eussent été connu par le passé par leur nom d’origine ou uniquement sous celui-là. Que se soit de la part des Romains ou d’autres groupes berbères. Ainsi, le terme Mauri a-t-il varié dans le temps. Il désignait à l’époque romaine, l’ensemble des numidiens, composé de plusieurs ethnies. On trouve néanmoins une étude concernant le problème des Dii Mauri (dieux Maures) faisant état du problème posé par les dii immortales Getulorum d’ordre similaire au Gens Maura, provenant d’une lecture d’un texte incertain trouvé prés d’Horrea commémorant une défaite des tribus Bavares et la mort de leurs rois. G. Camps signale que :” …la lecture de GETVLO (5°ligne) est loin d’être certaine ; nous avons pu déchiffrer péniblement GEN/O…Or nous avons d’autres exemples où l’on invoque, après d’autres divinités, le genius loci : à Satafis et à Sétif où cette invocation intervient aussi probablement après une victoire sur les Bavares.” À la période romaine ce que l’on entend par ” royaumes berbères ” sont en fait des mouvances, des alliances sporadiques. Ainsi, si les tribus berbères portaient des noms bien individualisés, comme les Suburbures, certaines dénominations recouvraient des entités plus larges et fluctuantes, comme les Libyens, les Massyles, les Masaesyles, les Numides, Les Gétules, ou les Maures. Ces entités semblent avoir compris diverses tribus distinctes. Les Musulames, les Garamantes du Fezzan et peut-être Nasamons en Tripolitaine faisaient partie, selon certains auteurs anciens, du groupe Gétules (p.280 in Rome en Afrique).Les Gétules que l’on distingue parfois mal des Garamantes seraient chez certains auteurs, les descendants des pasteurs blancs du Tassili. Il existe de nombreux écrits sur ces berbères qualifiés de ” Grands nomades ” par les Romains. G.Camps, les situe à la limite orientale de l’empire romain en Numidie, nomadisant entre le Chott el Hodna actuel et l’ancienne cité romaine de Sabratha sur la côte, à l’ouest de la Tripolitaine. Ce sont des berbères des steppes de la frange nord saharienne voisins des Bavares ou Davares et des Massyles et Masaesyles. Ils sont souvent comparés aux Garamantes avec lesquels ils partagent un mode de vie similaire. Les Gétules sont le seul groupe libyco-berbère exclusivement nomade à présenter une similarité avec la divinité peule géno, (Le qualificatif gens Numidarum dérivé du genius gentis Numidiae était le nom donné aux berbères de cette région à cause des dédicaces offertes à cette divinité).Comme le note d’ailleurs, Marcel Bénabou, p.319 : “…Il y a une démilitarisation progressive du culte et une accentuation du caractère religieux à mesure que l’on s’éloigne vers l’est…). Il n’est pas à exclure l’alliance ponctuelle d’un élément Peul avec la formation Gétule ou des berbères des régions plus à l’ouest de l’Égypte, dans le Fezzan (n’oublions pas que des mouvements ont dû mener certains Peuls dans cette région vers le III° siècle, peut-être avant…). On trouve nombre de documents sur le rôle des Gétules dans les guerres menées contre les Romains, sur leurs techniques et qualités guerrières essentiellement de guérilla.(Aristote, Politique 51,5,6,125a, et 7,10,4,1329b ; Strabon, Géographie, Hérodote, 2,29 ; Pomponius Méla, 3, 107 ; Diodore de Sicile ,3,22,1 ; Pausanias, 8,43,3 ; Lucien de Samosate, Dipsades, 7 ; Pline, Histoire naturelle, 5, 30 ; Ptolémée, 4,3,24)- Rappelons également que les Romains ne modifièrent pas les postes frontières surveillés par les berbères installés à la frontière entre l’Égypte et la Libye mais qu’ils les utilisèrent.- Période islamique : Le terme fellah apparaît en Egypte en 639, date où des tribus bédouines sont arrivées en Égypte. Sont appelés fellahs tout égyptien quelle que soit son origine. Les Fellahs sont propriétaires terriens ou pâtres. Les termes fellans  et fulani sont des régionalismes (haoussa) dérivés de l’arabe fellahs  = ” paysans “. Si les Arabes ne font aucune distinction d’origine quant aux fellahs, ils semblent distinguer les ” égyptiens de souche ” pour employer une expression moderne, qu’autorise la situation avancée de l’Égypte ancienne. Ainsi, les aegyptios tels que les appelaient les Romains, déformé en qibt (prononcé ” copt “, sans connotation religieuse au départ) désignera les égyptiens de naissance et d’origine égyptienne, tandis que les Grecs au sens strict, communauté fermée d’Alexandrie, ils sont appelés rum (emprunté à l’iranien) comme les Gréco-romains qu’ils ont découvert dans les régions syriennes et pontiques. Le (la) fellah est avant tout celui (celle) qui travaille dans les champs, ou celui (celle) qui garde les troupeaux de bœufs. On y retrouve la racine commune aux fula  (Peuls) et aux Philistins, grande figure de l’étranger dans un monde entièrement sémite (voir la légende biblique de David et Goliath dont certains exégètes pensent qu’il pourrait s’agir de deux personnages symboliques, représentant l’un, une tribu sémite, l’autre mieux armé et dont les individus sont d’une taille imposante, une tribu philistine). Le fellah est un égyptien né en Égypte, mais d’origine étrangère peu importe cette origine. Il y a donc des fellahs syriens, des fellahs juifs comme le fait remarquer l’écrivain copte Zaki (p. 31). Les fellahs propriétaires terriens, sont les descendants des Clérouques (soldats réservistes d’ Asie Mineure dont les fils nés en Égypte ont contracté mariage avec des égyptiennes et auxquels les Ptolémées ont offert des terres avec des conditions favorables d’installation), d’ailleurs ils disposaient d’une justice privée au même titre que les Grecs ce que ne possédaient pas les Coptes (p. 31-32). À l’arrivée des Arabes ils seront dépossédés de leurs terres (” la terre appartient à tous les musulmans “). Les nomades sont appelés Alog, ” bêtes, rustres “, terme méprisant dérivé de olog qui veut dire  ” vaches “. La période de l’islamisation et de l’arabisation de l’Égypte est une période trouble et de l’avis de tous les historiens, l’arrivée des bédouins (Arabes non sédentaires) va changer le paysage ethnique, social et culturel de l’Égypte en moins d’un siècle. De la période pré-islamique on sait que : L’Égypte est un pays multiculturel et multiethnique, somme de tous les peuples arrivés depuis la plus lointaine époque (Grecs, Syriens, Ferghaniens, Arabes, Berbères, Circaciens, Perses, Juifs, Kurdes, etc.) ; les égyptiens sont instruits et ont accès au démotique et parfois aux études grecques (familles riches ou d’origine grecque) ; les fellahs et tous les égyptiens parlent une ou plusieurs langues copte (démotique) ; les fellahs suivent le calendrier copte pour tous les travaux agricoles et les prescriptions alimentaires (quasi-végétarisme, ” on s’interdit de faire bombance “) ; l’Egypte est entièrement chrétienne en 380 (” la chrétienté concerne tout le corps social y compris les pâtres “), la juridiction de l’église égyptienne s’étend à la Libye, la Cyrénaïque, la Nubie et l’ Éthiopie ; Dans les campagnes survivent les anciens cultes, les fellahs pratiquent le Neirouz, fête du printemps d’origine Perse, et vouent un culte à hapi  : le Nil (divinité iranienne adaptée au Nil) dont on retrouve trace en peulh, ainsi qu’à Baal dieu punique très en vogue dans tout l’Orient et que l’on retrouve dans le patronyme peul Baal. Le monachisme touche toute la population ; l’Égypte est appelée : ” le pays aux cinquante mille moines ” .Comme le souligne nombre d’historiens, l’Égypte est un pays plat et rares sont les peuples qui venus en Égypte ont pu repasser en Asie. Il n’y a pas eu de mouvement troglodytique comme au Maghreb. Avec l’arrivée de l’Islam, les égyptiens vont fuir les famines, les persécutions, l’enlèvement et l’holocauste du bétail, les oppressions diverses, la dhimmitude (taxe infamante imposée par les Arabes), l’esclavage, etc. Cette fuite d’abord discrète (” vaste mouvement de désertion de la population civile “) atteindra son apogée en 709 et en 740, où une population hétéroclite se présentera aux portes de la Nubie chrétienne. Les égyptiens chrétiens vont se répartir entre les différents royaumes chrétiens de la Cyrénaïque, de la Nubie (nord Soudan actuel) et de l’Éthiopie (raison pour laquelle il existe de nombreuses correspondances culturelles entre certaines populations de ces différentes régions et les Peuls). Les anciens chrétiens ont été islamisés tardivement entre le XIVe et XVI siècle. Les populations qui n’ont pas pu ou pas voulu fuir ont subi l’islamisation et l’arabisation. Les populations qui ont été islamisées mais non arabisées constituent ce que l’on appelle aujourd’hui des ” minorités en terre d’islam “. Cas des Philistins de Palestine, dont quelques éléments arabo-philistins subsistent dans la région de la Tihama, (Arabie verte). Conséquence des éparchies on trouve encore des peuples qui possèdent de fortes affinités avec l’ensemble des Berbères mais également avec les Peuls. Outre la physionomie, on y retrouve les thèmes principaux attribués aux Peuls (port de chapeaux pointus, utilisation de l’indigo pour le tatouage facial et la teinture des vêtements, barratage du beurre et utilisation du beurre fondu bien que les troupeaux de bœufs aient été décimé depuis longtemps, manufacture du cuir comme on le trouve encore aujourd’hui chez les Wodaabe, yeux cernés de khôl.). Ces tribus minoritaires et disséminées sont vues comme des ” étrangers, d’origine inconnue ” par les populations Bédouines qui les entourent. Ils vivent en face de l’Égypte, de l’autre côté de la mer Rouge. Les fellahs égyptiens d’aujourd’hui sont tous musulmans et arabisés, ils portent le turban blanc. Parenté avec les coptes : les vrais égyptiens de naissance et d’origine ; ils suivent les mêmes prescriptions alimentaires, le calendrier daté du 29 août 284, est différent quant aux prescriptions du jeûne (beaucoup plus fréquent que le ramadan, même si celui-ci n’est plus rattaché à un culte, le jeûne est pratiqué par les Peuls comme hygiène mentale et physique, voire dans le cadre de la résolution de conflits politiques, méthode bien connue en Inde et que l’on ne retrouve chez aucun autre groupe berbère). Autrefois, le végétarisme concernait tous les égyptiens et tous les Libyens, “les Libyens ne consommaient pas de viande de vache en l’honneur d’Isis, les femmes observaient le jeûne et célébraient des fêtes  ” ; ils disposent de lois positivistes envers les femmes (le mariage, dot, divorce sont encore établis sur les lois héréditaires égyptiennes) – de nombreux parallèles pourrait être encore fait avec les Coptes, le mariage est monogame, l’endogamie est forte. Les femmes Coptes, comme les femmes Peules aiment les bijoux en or, qu’elles portent en bracelets de chevilles et de poignets ainsi que des boucles d’oreilles. Comme les Coptes, les Peuls ont su trouver dans l’environnement social un créneau intellectuel (grande tradition bureaucratique et de l’étude chez les Coptes). En revanche on ne sait pas si les Peuls ont un jour parlé le démotique (la langue vulgaire des égyptiens), les traces de l’ancien égyptien relevé dans le lexique peul est extrêmement faible. En outre, les Peuls ont une difficulté phonétique majeure à prononcer les sons sémites (ne prononcent pas le shin sémitique). Parenté avec les Libyens : Égyptiens et Libyens sont aux lointaines époques des peuples frères. Ils pratiquent les mêmes cultes, effectuent des pélerinages ensembles, les populations civiles passent d’un pays à l’autre, l’Égypte fut un temps dirigée par des Libyens (Amyrtée de Saïs en 404 av. J.C, Achôris en 393-380 av. J.C , Nectanébo 1er en 380-365 et enfin Téos en 365-360 av.J.C) ; démotique et libyen sont des langues proches.  Si les Peuls sont de piètres potiers, des poteries trouvées en Libye montrent des motifs triangulaires et une décoration géométrique assez similaire à l’esthétique peule ; les croyances naturalistes, sacrifices au soleil et à la lune sont également similaires. En revanche on ne retrouve pas chez les Peuls les dieux de la Libye ; les coutumes funéraires (G. Camps, 1961) montrent des tumulus (basiques), accumulations de pierres sèches recouvrant une chambre funéraire, d’autres plus complexes comme les bazinas, tumulus de pierres en assises verticales concentriques, soit en carapaces ou à degrés, soit à base cylindrique, bien que l’architecture funéraire seraient une succession d’emprunts à des usages méditerranéens(notamment grecs) sont identiques aux formes funéraires anciennes pré-islamiques que connurent et pratiquèrent les Peuls. En revanche les Peuls diffèrent des Libyens par leurs techniques militaires. Libyens et Égyptiens avaient des armées essentiellement composées de chars, le casque est rare, la cuirasse inconnue). L’art militaire Peul était composé de cavaliers, d’archers casqués et portant une cuirasse, éléments tout à fait novateurs pour l’époque pharaonique. La technique militaire peule semble appartenir à l’environnement culturel Perse (Iranien). On ne sait pas si les Peuls ont un jour parlé le libyen dont l’écriture était encore utilisée au IV siècle ap. J.C. et qui semble n’avoir été transmis qu’aux seuls Touaregs à travers le Tifinagh. Les Pélasi ou Pulasti, de même que les Peuls, sont rarement cités comme faisant partie des berbères de la Libye. Il pourrait s’agir d’une ” alliance de circonstances “. Peu d’études existent sur les relations gréco-indigènes. La plupart se concentrent sur les berbères des côtes. On peut citer Diodore de Sicile pour le Ier siècle, Hérodote pour le Ve siècle, au XXe siècle (Laronde, 1987, et Chamoux, 1953). On ne sait pas exactement quand les Peuls sont partis d’Égypte, cependant André Arcin les fait venir de la lisière nord du Sahara jusque dans le sud Marocain. Tauxier préconise la route sud-algérienne et les ferait émigrer de leur pays d’origine (moyenne Égypte) vers le VIe siècle avant l’ère chrétienne. Béranger-Féraud, Verneau et d’autres indiquent, également la route septentrionale comme étant celle de leurs migrations. Le Sahara est exclu car jugé comme étant un pays désertique et inhabitable difficile à traverser pour une population dont l’économie principale est l’élevage. Seul Motel les fait venir du sud Sahara. Cette première migration d’est en ouest leur fera atteindre la vallée du fleuve Sénégal vers le VIIIe siècle de notre ère (Lhote). Le peuplement Peul s’est par ailleurs effectué par vagues successives, dans différentes régions, à différentes époques.

-À l’Ouest région du Sahel… IXème siècle de notre ère – Dans la légende futanke, le royaume des Dia Ogo ou Namandirou, serait le premier royaume que les Peuls ont contribué a bâtir parmi d’autre populations notamment Tekrouri, Soninkés, Sereres, tous forgerons, mentionné par les historiens. Ces Peuls venus du Hodh (Sahel) après la traversé du Tagant, commandaient alors le royaume du Tekrour sur les rives du Bas Sénégal.

-De l’autre côté du Fleuve Niger… XIIème  siècle – des Peuls refusant l’islamisation de l’empire du Ghana, suite a la pression des Almoravides, fuient vers la région du Fouta-Djalon, puis vers le Macina et enfin au nord du pays Haoussa. XIIIème  siècle : Dans le Tekrour (le futur Fouta-Toro), d’autres Peuls, se mêlent surtout aux Sérères et aux Tekrouri. À partir du XIIIème siècle, les Peuls commencent avec le nomadisme leur migration ouest-est, en atteignant les régions du Macina au Mali, du Foutah Djallon en Guinée, jusqu’à atteindre les régions du lac Tchad et le nord du Cameroun. C’est ainsi qu’ils se sont étendus sur une bonne partie de la bande sahélienne, du Sénégal au Soudan. XIIIème siècle – XIVème siècle – L’Empire du Mandé, intègre dans la paix, des ethnies aussi diverses que sont les Touaregs, Wolofs, Bambara, Songhaï, Peuls, Tekrours, Dialonké, Malinké, Dogons, etc. Toutes ses populations ayant adhéré à la Charte du Manden. XVème siècle – Sonni Ali Ber empereur de l’Empire songhaï de Gao, grand maître du Soudan Occidental, rattache le Macina, territoire a majorité Peulh, à l’empire de Gao. XVIème siècle – Koli Tenguella dit Pulli, à la fois Peulh et Malinké, soumet l’État du Fouta-Toro après plusieurs tentatives. Il traversa avec son armée, le Badiar, les royaumes Sérères du Sine-Saloum, et la zone du Ferlo. Koly Tenguella dut combattre l’empire Wolof du Djolof qui avait soumis le Fouta-Toro et qui y avait installé des gouverneurs, les Farba, pour le compte du Buurba Jolof, empereur du Djolof. Koly remporte la lutte et soumet la partie orientale du Djolof. Koly Tenguella une fois roi (Silatigui) du Fouta-Toro, installe sa dynastie, les Deniankobé.  Les Peuls vont résister durant trois siècles à l’avancée islamique. L’Islamisation des Peuls fut lente, inégale et progressive. Les Peuls du Macina, du Fouta-Toro et du Sahel (Hodh) soudés par leur foi musulmane commune nouvellement embrassée, et par les rites de la Qadiriya s’implantent solidement en Guinée, sous les ordres de chefs tels qu’Ibrahima Sambego, dit Sori et Karamoko Alfa, dit Alfa Bâ. XVIIIème siècle – Les Diallubé (pluriel de Diallo) gouvernent les Peuls du Macina. Amadu Bari reçoit la bannière de la djihad, la guerre Sainte islamique, des mains du toucouleur Ousman Dan Fodio, et le titre de ” cheikou “. XIXème siècle – L’empire peul du Macina avec Amadu Bari à sa tête conquiert Tombouctou, contrôle Jelgooji, Liptaako, ainsi que le confluent du Sourou et de la Volta Noire au Sud-Ouest de l’actuel Burkina-Faso. Le XIXème siècle verra les conversions de Sékou Amadou et cette islamisation leur permettra d’avoir une certaine unité politique. Seuls les Peuls Bororos, Wodaabe “ les bannis ”, en réchapperont. Les “ convertis ” fonderont alors un empire, l’Empire peul du Macina au Mali, le royaume Peul et Mandingue du Fouladou, en Guinée le Fouta-Djalon et au Nigéria l’Empire de Sokoto. Tous les États à part les deux Fouta, nés au XIXème siècle, ont été très éphémères, malgré cela c’est ce qui leur a permis durant ce siècle, d’établir une certaine unité des fulbé, ce qui n’avait jamais été le cas avant. 1811 : les Peuls remportent une grande victoire sur les Gourmantché, à Dori. Dix ans plus tard, Ilorin sur la côte du Bénin devient un émirat peul, après la lutte menée par Mallam Alimi. En revanche battus à Kissi par les Touaregs en 1827, les Peuls doivent abandonner l’Oudalan, région située au Nord-Est du Burkina Faso.

- Période contemporaine… XXème siècle – L’arrivée des Européens, dans la région de la Guinée stoppa les grands mouvements cavaliers à la lisière des forêts du sud de l’Afrique occidentale et centrale. L’établissement des Européens stoppa également les échanges commerciaux et radicalisa dans l’ouest africain, la pratique déjà ancienne de l’esclavage. Les Peuls constituèrent un mystère pour les Européens incapables de distinguer les alliances et échanges interethniques instaurés par leur économie et une interrogation. Durant tout le XXème siècle ceux-ci les considéreront pour certains, comme des Mahométans armés (élites, nobles) et par conséquent non soumis à l’esclavage (comme les Maures ou les Touaregs), pour d’autres comme des barbares soumis au travail forcé.  - La résistance Peule : La colonisation fut tardive (Haut-Niger 1854, le Fuuta-Djalon 1896 ; Rivières du Sud 1866) et elle fut relativement brève (à peine 150 ans). D’emblée, les Peuls apparaissent aux yeux des Européens comme des Mahométans armés, au même titre que leurs voisins Maures et Touaregs. Leur société extrêmement hiérarchisée parut dès l’abord, trop complexe aux yeux des Européens et difficile à percer (problème de la langue). La France engagea une politique ” diplomatique ” avec les différents États Peuls indépendants. Plusieurs traités furent signés, notamment le ” traité de commerce et d’amitié ” 1881 entre les almami et Bayol qui marqua la première tentative directement impérialiste de la France à l’égard du Fuuta Djaloo (Principalement pour contrer les intérêts Anglais dans la région de la Sierra Leone). En règle générale, la structure coloniale organisa les différentes couches de la population peule de la manière suivante :

  • Les Nobles et les nomades, ne subissent aucune pression, ni d’ordre idéologique, ni politique, ni militaire, ni administrative, ni économique. Ils gardent leur statut et leurs prérogatives 
  • Les almami (aristocrates d’ascendance guerrière) gardent leurs lougans (terres) et tous les gens qui leur appartiennent (maquignons, esclaves productifs et captifs).Ils subissent une pression économique. Ils doivent fournir des bœufs et des esclaves. 
  • Les métis issus des unions entre peules et français (surtout au Soudan) sont inclus dans l’administration, s’ils en font la demande. 
  • Le ” petit peuple travailleur ” plus ouvert et plus sociable (Bourourés [peuls exclus du pouvoir], Dioulas, maquignons, agriculteurs, Jiyaabe, d’ascendance plus ou moins peule, ceux que Beeckman appellera ” toute la plèbe opprimée “) subit une pression administrative et idéologique. Il est soumis au ” travail forcé ” pour la puissance coloniale (années 1900), et à la scolarité obligatoire à l’intérieur des cantons gérés par les colonies (années 1930). 
  • Les captifs sont déportés (esclavage triangulaire) via les Antilles françaises, la Guyane, la Louisiane pour la France.  En signant des traités avec la France et l’Angleterre à la fois, en 1881, en leur refusant de ce fait l’exclusivité du commerce, les dirigeants du pays, les Almami, affichaient leur indépendance à l’égard des deux puissances impérialistes et du même mouvement, tentaient de les neutraliser : d’abord en rejetant la version française du traité. La récusation de toute notion de contrôle et d’ingérence, le refus opiniâtre de laisser une puissance étrangère empiéter sur la souveraineté de l’état, non seulement en 1881, mais également lors de tentatives expansionnistes ultérieures, (colonne Plat 1887-1888, colonne Levasseur 1888, colonne Audéoud 1888), la mission Briquelot en 1888-1889, à l’initiative d’Archinard, tentera vainement de convaincre les Almami des intentions pacifiques de la France. Cette résistance s’appuyait sur un concept lapidaire mais clair : ” Le Fuuta Djaloo doit être aux Peuls et la France aux français “. Or, ce principe nationaliste réitéré privait la France d’une base ” légale ” d’intervention. Le rejet par les Almami de toute notion de protectorat s’accompagnait d’une résistance militaire, consistant à entraver l’expansion de la France au Soudan en s’alliant à Samori, le principal adversaire de la France. En cela, la France se révéla à peu prés impuissante à peser sur les relations entre Samori et les Almami. Et cela d’autant plus, que depuis l’autonomie des Rivières du Sud (août 1889), celle-ci menait une politique d’expansion pacifique à l’égard du Fuuta Djaloo, remettant à plus tard l’éventualité d’une occupation militaire, tandis qu’Archinard multipliait les lettres d’apaisement à l’égard des Almami. Pour préserver sa souveraineté, le Fuuta Djaloo sut aussi habilement exploiter les conflits franco-français et franco-anglais. Jusqu’au décret du 11 juin 1865 instituant le Gouvernement général de l’Afrique occidentale française, explicitement voulu pour harmoniser la politique française, trois colonies étaient concernées par le Fuuta Djalon : Le Sénégal, le Soudan et la Guinée. Chacune d’entre elles, activait sa propre politique à l’égard de l’État peul encore indépendant. Frictions et conflits divisaient en permanence les trois colonies. L’achat de bétail tant convoité du Fuuta Djaloo donnait également lieu à une vive compétition, chaque colonie cherchant à obtenir sa part du marché. Néanmoins, le Fuuta Djalon avait la capacité de fournir tout le monde en bœufs : Samori pour ses achats d’armes et pour nourrir son armée, les troupes françaises du Soudan qui avaient de gros besoins en viande pour mener campagne contre Samori, les Anglais de Sierra Leone, les Français de Guinée… Après 1890, l’approvisionnement en bétail des troupes françaises au Soudan devient un enjeu crucial de l’affrontement à distance entre les Français et le Fuuta Djalon. Si les Almami firent parfois preuve de naïveté en politique, ils surent très bien tirer avantage de ces mésintelligences. Ils instrumentalisaient les contradictions franco-françaises pour retarder la mainmise sur leur pays. Tant Almami, que Français ou Anglais, entretenaient leurs propres espions (appelés ” agents politiques “). Les Almami, employaient souvent les mêmes espions que les Français et leur vision des évènements, moins parcellaire que celle des puissances coloniales, semblait plus réaliste. Durant cette période, les échanges commerciaux essentiels étaient les captifs, le sel, le sésame, le cuir, l’huile de palme, kolas, étoffes. La politique de la France à l’égard des captifs sera faite d’ambiguïté. Elle consiste en particulier à inciter les captifs à s’enfuir de chez leurs propriétaires Peuls, pour les détourner à son propre profit : Beeckman : ” Il serait indispensable de prévenir aux commandants du Soudan de ne pas recevoir aussi facilement les fugitifs du Fuuta Djallon qui servent à peupler les villages de liberté au détriment de notre nouvelle possession, qui a cependant besoin de tous ses bras pour la culture. Las, les Français fourbirent le concept de féodalité, inadapté mais commode, paradigme négatif pour stigmatiser, ouvrir le procès du régime, justifier l’intervention militaire et l’occupation du pays, en se servant des rancœurs et des frustrations du petit peuple opprimé. Le 14 novembre 1896, les Français défaisait Bokar Biro le neveu de Soriya Ibrahima qui lui avait succédé après sa mort en juillet 1890 (alternance Amadu / Bokar Biro, 1891-1896) à la bataille de Poredaka. Durant 150 ans, Européens et Peuls vont s’observer, sans vraiment se comprendre… Les Peuls ne sont pas un peuple soumis. Et cela va se manifester de différentes manières. D’abord contrairement aux autres colonies françaises, ils ne seront pas intégrés dans l’armée. Officiellement pour des raisons ” physiques “. La résistance peule sera le plus souvent silencieuse, discrète et sourde. Ce sera par exemple, le refus de parader au nom du nouveau vainqueur. Ainsi, à l’exposition coloniale de 1889 organisée par la France, (on y verra des Maures et des Touaregs en habits d’apparats), pas de Peuls, au grand dam des journaux de l’époque… Refus de subordination, retrait, hermétisme, refus d’apprendre les nouvelles langues, persistance des ” savoir-faire ” ancestraux, refus de la nouvelle religion imposée, associables, caractère indépendant, indifférence jugée ” hautaine ” envers les nouveaux arrivants, etc. Ils n’intéresseront guère les autorités françaises sur le plan sociétal avant les années 1950. Pourtant ce peuple que l’on dit têtu (” Tête dure “) sait reconnaître l’homme d’honneur. Au référendum du 28 septembre 1958, la Guinée, dans son ensemble dit ” Non ” à De Gaulle et à la France et ” oui ” à l’indépendance dans la proportion de 94 % des votants. Mais à Labé, ville la plus importante du Fuuta Djalon, et comportant une importante communauté peule, le ” Non ” atteindra péniblement les 58 %.  -1958 – La décolonisation du continent : L’attitude des ” nobles ” à l’égard des occidentaux, aura contribué à les renvoyer à une certaine marginalité et une rareté que rien ne prouve. Cet éloignement aura donc contribué à les éloigner des affaires publiques, du champ du politique, de l’université (les nobles ayant tendance à envoyer aux écoles cantonales, les enfants de leurs domestiques, en 1958 aucun enfant noble n’est scolarisé, ce qui a contribué à accentuer la ” lutte des classes ” entre d’une part, nobles, Bourouré et Jiyaabe et d’autre part entre Peuls sédentaires, semi-nomades et nomades. Actuellement, presque tous les villages possèdent une école. Dans le cadre des actions de développement, des ONG alphabétisent en langue nationale, ce qui permet à tous, sans distinction de statut ou d’origine, d’accéder à la connaissance. C’est aussi le temps des erreurs politiques magistrales (l’importation de produits laitiers de la zone Européenne). À partir des années 1960, la montée des nouvelles générations non soumises à l’esclavage, permirent aux jiyaabe et aux descendants des Bourrure d’autrefois, de jouer un rôle politique indéniable dans différents pays. Au Sénégal, Mamadou Dia, élu Président du Conseil de Gouvernement en novembre 1958, le demeura après la proclamation de l’indépendance du pays en 1960, mais, accusé d’une tentative de coup d’État en 1962, il fut destitué. Dès 1960, Ahmadou Ahidjo, se trouva à la tête du Cameroun. C’est aussi le temps de brefs sursauts nationalistes, en Guinée, les opposants Peuls au régime politique dictatorial de Sékou Touré furent persécutés, entraînant au début des années 1970 un million de Peuls dans la diaspora. Ainsi Telli Diallo, ex-secrétaire de l’O.U.A., arrêté en 1976, mourut de faim et de soif un an après dans l’une de ses geôles… Enfin, de 1983 à 1987, Thomas Sankara présida aux destinées du Burkina-Faso.

-Le XXIème siècle : S’ouvre pour les Peuls sur un monde au climat instable (désertification), aux guerres fratricides (Soudan), aux revendication religieuses extrémistes (Mauritanie, Niger, Mali), aux conflits ethniques, économiques, territoriaux (Niger), à l’apparition d’une élite politique d’origine non Peule ou Haal-Pularen, formée par les anciennes puissances coloniales ou l’apparition de la drogue (Guinée), facteur aggravant de pauvreté, de maladie et d’exclusion dans les villes, etc. Ces nuisances tendent peu à peu à cliver l’ensemble culturel peul déjà fractionné. L’Afrique devient un continent mondialisé, où il leur sera possible d’entrer en contact avec des populations très différentes, très éloignées d’eux sur le plan culturel et géographique.

Religion : 

Les Peuls de nos jours sont presque tous musulmans ; on trouve cependant des Peuls chrétiens inclus dans des familles musulmanes. Une partie des Peuls d’Afrique de l’Ouest, ont été parmi les propagateurs de l’islam sunnite, notamment avec des personnages de l’ethnie Tekrour (TorooBé), comme Ousmane Dan Fodio, fondateur de l’empire du Sokoto (Dèm du Sokoto), Sékou Amadou, fondateur de l’empire Peulh du Macina, et Amadou Lobbo Bari ” Emir du Macina “, Muhammad Bello ” sultan du Haoussa “, Modibo Adama, fondateur du royaume Peulh de l’Adamaoua. Sur le plan socio géographique, les Peuls conquérants pratiquant le djihad sont souvent des familles Peules sédentaires (en particulier en Afrique de l’Ouest) et métissées avec les populations avec lesquelles ils cohabitent. Création d’écoles coraniques, propagateurs de confréries soufies, soufisme. Mais l’Islam ne fait que recouvrir d’autres symboles. On relève un certain syncrétisme, qui rappelle d’autres religions, celles d’Orient où de nombreux peuples de confessions différentes, servant au polythéisme devaient cohabiter dans un même lieu. Le Panthéon hindou et iranien (sans leurs iconographies respectives), n’est pas inconnu chez les Peuls. Ainsi Go n’est-il pas sans rappeler le Go-Loka indien, le ” Taureau-Univers “, l’Unique, Indivisible. La vache est toujours sacrée et multiforme. Mitra et Varuna, le ” couple de justice “, apparenté ou non au grec Ouranos, Ôranos, reste obscur et pourtant sous-tend un certain nombre de concepts, ne serait-ce qu’à travers la notion de ” nœuds ” sacrés (sens ancien de fibnde). Si dans le Rig Veda, Arjuna est un danseur, chez les Peuls, c’est Sita l’iranienne, qui est la ” danseuse “, la ” porteuse d’anneaux rutilants “, c’est elle qui virevolte… Les couleurs sacrés, sont toujours les mêmes ; jaune (comme l’Or et le Soleil), rouge (comme la force), blanc (comme la sagesse), noir (comme le soma, et noir comme l’indigo de guerre). Couleurs que l’on retrouve sur la robe des vaches… La ” Sagesse “, Bâgha et Siddhi la ” Réalisation ” sont toujours connues des Peuls, etc. Les panthéons védiques et iranien, sont présents presque dans leur totalité dans la cosmogonie peule. Cachés, insoupçonnés sous d’autres noms ou apparaissant plus clairement, mais relevant des mêmes besoins, des mêmes concepts. Mais s’il faut parler de survivance et de mémoire, alors c’est le corps (corpus) peul qu’il faut prendre dans sa totalité comme ” corps physique ” et comme ” corps intuitif “. Issus de la fusion de peuples d’Orient, de la méditerranée, d’autochtones d’Égypte-Libye, et de Nubie (actuel Soudan), on retrouve dans le corpus peul ces diverses influences accumulées au cours des siècles… Notamment avec le symbolisme de l’Égypte antique par rapport aux bovidés, liés a de nombreuses hypostases du divin : Apis, Hathor, Isis. Tout comme ses hypostases du démiurge Amon sont représentées portant un disque solaire entre leurs cornes, Géno (divinité présente en Numidie et en Grèce ancienne où elle était un rite civique relié aux Mystères d’Éleusis) qui est le nom traditionnel donné à Dieu par les Peulhs, crée en premier la vache sacrée qui porte l’univers entre ses cornes. On retrouve également la clé Ankh, Ankh qui signifie Vie en Égyptien ancien, que l’on retrouve dans le vocabulaire Pulaar, sous le nom de Wonki, Onki en Copte, Yonki dans les langues Mandées. Le mot Wonki, Onki, Yonki, gardant le même sens. La notion ontologique du Ka qui signifie en égyptien ancien, le souffle divin, kin en Pulaar, pour le rapport avec le nez, par lequel l’homme respire donc vie, Ka en pulaar, qui veut dire être, exister. Car pour le Peulhs on ne vit que lorsque le souffle divin anime le corps physique. Sur un plan moins symbolique, il convient de ne pas oublier la lente pénétration des bergers vivants en marge des grands centres urbains, s’enfonçant toujours plus avant dans les brousses du Ghana, du Togo, du Bénin, du Nigéria, du Tchad, du Centre-Afrique… Mais c’est chez eux que persistent des traditions pré islamiques – (persistance d’un shamanisme d’élevage) : génie du cheptel Kumen ; génie de la chasse Kondoron (nomades) – (résidus de religion shivaïte shivaïsme et védique védisme) : Trinité et triades des contes initiatiques ; rite du feu ; croyances aux génies tutélaires (de type lunaires) ; traces d’une religion solaire (Œil solaire de Géno dieu Créateur) ; esprits des eaux (ondines) ; esprits aériens (sylphes) ; Ketiol dieu des arbres ; génies-nains (gnomes) ; habitants minuscules et invisibles des forêts ; génie de l’eau Tyanaba ; génie du feu ; génie du vent ; Dieu-initiateur émanation de Géno, Kaïdara  ; Lâred’i ou génies gardiens honorés sur un autel domestique (kaggu) – sont toujours présentes au quotidien.

Anthropologie sociale et culturelle :

La transmission orale des traditions et des légendes est très importante chez les Peuls. Enseignée auprès des adolescents par les personnes les plus âgées et en particulier les femmes au travers de chants, de comptines. La langue est encore essentiellement orale et transmise par les femmes. Elles véhiculent l’histoire du peuple, ses exploits, ses rites et ses vertus. Goût prononcé pour les langues, la poésie, les louanges, les épopées (joutes verbales : Kirlé au pluriel ; Hiirdé au singulier), développement d’une littérature. Dans cette transmission orale des traditions, n’oublions pas de mentionner le rôle important qu’y jouent les griots (historiens). La plupart des Peuls sont polyglottes. La beauté est recherchée, la probité, la sagesse, l’intelligence et la discrétion figurent parmi les règles à suivre du pulaaku, ces règles souples régissant la “ pulanité ”.

Artisanat

L’artisanat peul est également important : couvertures munja. La manufacture est l’affaire des “ actants ”. Les nomades peuls ne sont pas artisans, ils passent des commandes chez les autochtones des pays qu’ils traversent. Les nomades fabriquent eux-mêmes les calebasses, les chapeaux coniques, leurs tabliers de cuir. Les Peuls sédentaires pratiquent l’artisanat, un artisanat typiquement peul, mais on peut trouver dans certaines zones des fusions de styles ethniques.les Peuls sont d’excellent tisserands. Ils tissent le coton et la laine avec un métier à tisser dont l’importation viendrait d’Asie d’après Henri Lhote. Ce sont à l’image des Touaregs des orfèvres. Ils sculptent des bijoux en or et en fer qu’ils associent au cuir et à des perles. Le sens esthétique chez les Peuls est très poussé et célèbre. Chez les Peuls sédentaires, il existe des castes d’artisans, les maboulé, qui sont des tisserands ; les wailoubé s’occupent des productions en métal, alors que leurs femmes pratiquent la poterie ; les garankobé s’occupent du cuir, les laobés travaillent le bois.

Habillement

L’habillement est le fait de la culture, des circonstances, de l’utilité, de la manufacture, de la mode ambiante, des échanges culturels…  On ne dispose d’aucune représentation en dehors de celle de Médinet-Habou sur l’habillement et l’allure générale des ancêtres des Peuls… Néanmoins, la plume d’autruche que l’on voit porté par des Wodaabe (Photo) durant certaines de leurs cérémonies n’est pas sans rappeler une célèbre et unique représentation d’un Libyen peint sur la tombe de Séti 1er (tunique fermée à l’épaule, tresse devant l’oreille et coiffure de plume). On pense qu’ils devaient avoir des tatouages faciaux à l’indigo car les Peuls ont des tatouages faciaux qui leurs sont propres. Ils devaient également porter des tabliers de cuir colorés de dessins géométriques et des tuniques sans manches, manufacture qui existe encore chez les Wodaabe, les yeux sont cernés de khôl. Le ” chapeau pointu “, est également une exclusivité Peule. Leurs descendants en revanche vont innover et adapter. A ces éléments sans doute originels, vont s’adjoindre des éléments des cultures sahariennes, comme les coiffures en gourdes (mais ces cultures nous sont mal connues) et des éléments des cultures négro-africaines (comme les marques faciales ou scarifications que l’on trouve chez certains groupes). Les hommes peuls nomades portent le boubou, souvent de couleur bleu indigo et un tablier de cuir. Ils ont la tête enturbannée, comparable au taguelmoust des Touaregs, et portent un pantalon bouffant. Le chapeau conique (typiquement peul) est porté et souvent ils y accrochent une plume d’autruche. Les talismans ou gris-gris, sont portés pour se protéger des djinns. Les femmes portent le pagne, bleu indigo, et le boubou de couleur très foncée, parfois noire. Les Peuls sédentaires adoptent parfois le style des ethnies avec lesquelles ils cohabitent, chez les hommes le chapeau conique est porté, ils portent aussi des bonnets souvent de couleur blanche, le couffouné, parfois rond ou carré. Ils portent une courte tunique, par dessus laquelle ils mettent un grand boubou, souvent de couleur blanche, bleu foncé, le doloké. Les femmes portent le pagne, et le boubou, et attachent sur leurs têtes un morceau de tissu qui est la version féminine du turban, moussor. Les femmes peules pratiquent le tatouage des lèvres et des gencives à l’indigo, des paumes de la main et des pieds. Elles percent leurs oreilles et y insèrent des anneaux d’or, ou des boucles d’oreilles d’or imposantes et torsadées. Elles mettent un petit anneau soit en or ou en argent aux narines. Les jeunes filles ont à leurs poignets et à leurs chevilles plusieurs anneaux d’argent ou de cuivre symbolisant leur richesse. Les Peuls sont un peuple à cheveux longs, lisses à ondulés permettant un type de coiffure particulier où les cheveux sont ramenés sur le sommet du crâne, formant une coiffure en ” gourde ” célèbre chez les Wodaabe et les bororo. Traditionnellement, les hommes Peuls se tressent les cheveux, avec deux tresses qui descendent le long des tempes. Chez les sédentaires, certains laissent leurs cheveux longs, qu’ils enduisent de beurre de karité, beaucoup se rasent le crâne vers l’âge de 50 ans. Chez les femmes, l’art de la coiffure est très développé, pour la coiffure elles se servent de pièces de monnaie, de cauris, de beurre de karité, de perles. Les femmes sédentaires réalisent des coiffures en cimier. Les femmes bororo ramènent en chignon leurs cheveux à l’avant, le reste des cheveux sont sectionnés en plusieurs parties qu’elles tressent, et qui retombent sur les côtés de la figure et à l’arrière de la tête. Les coiffures sont nombreuses, en forme de losange, triangle, et plusieurs noms leur sont donnés. Malgré la diversité des coiffures chez les femmes Peules, le plus souvent les hommes et les femmes sont coiffés de la même façon. Les Peuls aux cheveux très lisses rasent parfois leurs cheveux suivant la mode arabe de piété, les femmes portent deux ou trois nattes simples avec un voile fin à l’arrière de la tête, simple ou richement décoré. Le “cheveu” est très investi chez les Peuls, et si leur nature le permet, la femme préfèrera les porter aussi longs que possible.Cependant, la coiffure féminine sera toujours “ nattée ”, richement décorée ou semi-couverte en public.

Le pulaaku :

Pulaaku : “ être” Peul ”. Le pulaaku est “ un ensemble de règles très subtiles ”, morales et sociales, un “ code de comportements jugés spécifiquement Peul ”, voire “ l’idéal projeté dans la manière d’être peul ”. “ Le pulaaku se retrouve chez tous les groupes Peuls, dans toutes les régions. C’est une preuve de stabilité de la catégorie et une première indication sur sa signification et sa fonction qui, manifestement ne relève pas seulement du besoin d’identification lié à des contextes historiques particuliers. Dans cette acception très générale, on peut parler de la “ pulanité ” en tant que conscience d’une identité durable, conscience unissant les Peuls, indépendamment de toute explicitation au niveau du contenu – Elizabeth Boesen. ”  L’indianiste Stein ajoutera une note enrichie à la notion de segmentary State élaborée par Aidan Southall, à propos du pulaagu comme critère de sélection à chaque niveau de pouvoir. Il note par exemple, l’absence de “ séniorité ” (contrairement aux successions et élections des groupes africains et au groupe de culture moyen-orientale proches) mais à “ l’empilement d’élection ” par le conseil de même niveau et de confirmation ou d’intronisation par le niveau supérieur. “ Dès lors, la langue elle-même, serait le pivot de plusieurs champs de signification, au tuilage des sons correspondants aux glissements de sens et le chevauchement des institutions et des groupes. En témoigne le fait que dans les sociétés peules où la “ mise en caste ” est la plus poussée, les groupes sociaux sont moins cloisonnés que ne le laissaient penser les taxinomies éthiques élaborées dans les années 1960. ”  Parmi ces valeurs peules figure la “ suavité ” beldum qui n’existerait que chez les Fulbe (bele sey to Pullo) et qui se concrétise non seulement dans leur hospitalité et leur générosité, mais dans tout leur comportement. On observe également une réticence à dire “ non ” (e woodi). C’est ainsi qu’un Peul n’opposera jamais un “ non ” ferme, il dira “ e woodi ” (c’est bien). Or, quand un Peul donne gentiment son accord, cela ne veut souvent pas dire grand-chose. Ils décrivent leur comportement comme étant forcé : le sentiment de honte, leur pudeur (semteende) ne leur laisse pas le choix. Le comportement peul n’aurait en quelque sorte aucun rapport avec autrui, mais avant tout avec lui-même. La vie nomade a développé un caractère indépendant et une hypersensibilité ne favorisant pas le contact avec autrui. La société peule est fortement hiérarchisée : l’aîné est respecté et même craint. Les formules de politesse et les règles du savoir-vivre sont nombreuses et très importantes : le vouvoiement est de rigueur. Enfin, les yeux (yitèrè) ont une grande importance et les Peuls n’aiment pas être confrontés à leur image, ni même que l’on en discute. C’est un trait caractéristique que l’on observe également à des degrés divers dans la civilisation orientale, de l’Égypte pharaonique à l’Afghanistan.

Organisation politique et intégration spatiale

On décrit parfois les Peuls comme “ foncièrement individualistes ”. “ Être Peul ”, ce serait être libre. Se réaliser en effet, ne peut se faire ni sous le joug de, ni sous la séduction de, ni même sous les conseils de… La “ pulanité ” est autonome. Il n’y a pas de communautarisme chez les Peuls, mais il y a des revendications culturelles et identitaires, des clans, des individualités, des groupes épars. Le chef ou une autorité quelconque, est élu à la participation active. On observe ainsi une alternance politique (Fouta-Djallon) au XVIIe siècle – XIXe siècle et des audits sont réalisés dès le XVIe siècle pour certains groupes. Le Moyen Âge verra l’avènement des chefferies aux petits chefs autoproclamés : impérialismes, servitudes, multiplicité des contacts de populations ont favorisé des contextes d’acculturation, exclusion et / ou marginalisation chez certains groupes. Les actes délictueux sont sanctionnés par une radiation pure et simple de la sphère identitaire. Infiltrations et tactiques de replis : les Peuls se soumettent généralement aux lois des pays qu’ils traversent.

Une nourriture pastorale

Souvent, ils pratiquent presque un lacto-végétarisme naturel sans prétentions idéologiques ou religieuses. La consommation de la viande de bœuf en particulier est prohibée sauf en de rares occasions, mariage, naissance, visites importantes. Pour pallier le manque de protéines animales les Peuls nomades pratiquent une “ saignée ” régulière aux vaches de leurs troupeaux. Consommation de miel sauvage et consommation presque exclusive de lait de vache, jument, chamelle (rare) sous toutes ses formes hormis le fromage non acclimaté kétugol : crème de lait ; kosam : lait caillé ; tiakuré : petit lait ; néba : beurre en motte ou clarifié ; komboïri : la soupe au lait est un plat peul. Dans les villes, la nourriture est plus diversifiée : fruits secs, dattes, miel, riz, mil, couscous viennent agrémenter des plats en sauces. Le petit gibier autrefois chassé à l’arc, petites perdrix sauvages ” gerlal ” et pintades sauvages ” jongal “, sont les viandes préférées des Peuls largement devant le mouton consommé lors des fêtes musulmanes ou plus couramment le poulet. Néanmoins, la consommation de viande est toujours rare et vue comme exceptionnelle – Pas de consommation de porc. Les repas sont espacés d’un jour sur deux en moyenne et la journée elle-même peut ne comporter qu’un plat unique (même dans une société d’abondance). Le lait et le thé à la menthe sont les boissons les plus courantes et consommées tout au long de la journée.

Habitat

Les Peuls habitent dans plusieurs types d’” habitations ” réparties suivant les zones géographiques et le type d’économie (sédentaires, semi-nomades ou nomades) :

  • Chez les sédentaires, le hameau (Gure) organise l’unité spatiale de chaque ferme. Un hameau regroupe un ensemble de fermes toutes identiques sauf par la taille. Il regroupe en général quinze fermes alignées les unes après les autres, soit agencés en groupes informels. Longtemps les hameaux ont été placés sous la protection de guerriers pour éviter les razzias sur le bétail. La ferme ou Wuro : disposée en sphères masculines et féminines. Un grenier (lummuure) se trouve en zone féminine (près de l’arbre à Karité porte-bonheur pour les Peuls du Bénin), d’une cour intérieure situé à l’est de cet arbre où le troupeau passe la nuit, ainsi qu’une case d’accueil de l’aîné de la ferme (dottijo). C’est la zone masculine où les hommes peuvent se réunir et discuter, là aussi que séjourne tout visiteur et tous les étrangers appelés haabe ou jananbe. Les fermes ont essentiellement un rôle de gestion des troupeaux.  La maison ronde appelée Suudu, (pl. Cuudi) disposant d’une cuisine (bawra) à plan circulaire et dans la plupart des cas en paille tressée, est disposée au nord et au sud à partir de la case d’accueil, en formant un demi-cercle qui se ferme près de l’arbre à Karité. Alors que les hommes contrôlent toutes les activités, élevage et agriculture, les habitations restent le domaine des femmes. Comme celui de la ferme, le plan intérieur de la construction est très régulier et sexué. Cependant elle ne se réfère pas à des points cardinaux mais à un axe gauche-droite et avant-arrière. Le point pivot en est la petite porte d’entrée (dammugal). Le lit de bambou et de tiges de mil (dow leeso), sur lequel dort le couple, se trouve toujours à gauche de l’entrée. On dort la tête orientée vers le milieu de la pièce, où se trouve l’emplacement du feu (hubbinirde), de sorte que l’entrée se trouve toujours à gauche. Immédiatement à gauche de l’entrée et devant le lit dont il est séparé par une natte de paille, un petit espace (ga kosonni) sert à déposer les outils agricoles et des ustensiles ménagers. Plusieurs calebasses (ciurga) où la femme conserve le lait (kosam) sont posées sur une étagère (hoore danki) au mur du fond de la case. Juste à droite de l’entrée une jatte en terre (faande boyri) sert à stocker la bouillie de mil préparé à l’avance pour plusieurs jours. Le lait doit toujours se trouver sur l’étagère du fond. Il est ainsi soustrait à la convoitise des hommes. La bouillie par contre doit rester près de l’entrée. La présence de calebasses de lait et de la jarre de bouillie indique infailliblement que la case est celle d’une femme. Les habitations rondes peuvent être de différentes tailles, avec un toit fait de nattes recouvertes de seccos, de couleurs naturelles et noires. Il existe une hutte de forme concave à l’armature plus complexe dont le toit est fait de larges nattes de couleur naturelle. La spatialisation (le positionnement) s’organise ainsi – Case du Nord Suudu Yeesaaru -Grande case Suudu maundu – Petite case Suudu Famardu. En résumé, l’espace de la ferme, y compris l’intérieur des habitations, est structuré socialement selon des critères géométriques rigoureux. Le principe ordonnateur en est la distinction entre hommes et femmes projetée selon un axe est-ouest ou gauche-droite. - En Haute-Guinée Les empires mauresques du Moyen Âge, les migrants en Europe, la colonisation ont amené d’autres types de constructions. En Haute-Guinée, les Peuls vivent dans des maisons en ciment, au toit fait de briques, avec petit jardin attenant et entourées de barrières peintes en vert pastel ou d’une clôture formant une concession appelée galle. L’élévation du site est aussi fréquente que significative. Autrefois, les nobles habitaient en hauteur sur une colline tandis que les autres habitations étaient construites au flanc ou au bas des coteaux. De nos jours la chose est encore vraie. Le choix du site dépend des conseils d’un marabout, d’un point d’eau et de la sécurité du lieu (absence de mauvais génies) ; De fait l’habitat du Peul sédentaire est souvent situé à flanc de colline, de montagne ou à leurs sommets. La construction de la maison ou de la cabane, son tracé, le choix du jour, son ornementation et son aménagement dépendent de règles religieuses précises à l’image de la kaaba (habitat traditionnel des Arabes sédentaires des montagnes Sarahoui près de la Médina). On compte également à côté de la maison d’habitation, des constructions sommaires destinées au passage : tipuru ou tipuru buguuru destinée au campement pastoral ; naagare forme simplifiée de la précédente destinée aux transhumances ; togooru ou cabane de gardiens des champs assez similaire aux précédentes ; paldi ou falaandu construction modeste dont les murs sont constitués de bambous entrecroisés recouverts de mortier ou de bouse de vache (avec une véranda) ; mahaadu habitation surmontée d’un toit conique à la charpente de bambou recouverte de paille liée ou tentugol. Certaines habitations traditionnelles ont l’intérieur richement décoré, elles sont badigeonnées ou creusées de dessins géométriques (triangles ou losanges à l’image de certaines constructions Berbères). Les murs et le lit étaient décorés de motifs en arabesques très colorés, de figures géométriques ou encore en étoiles. Les couleurs principales en étaient le noir, le jaune et le rouge, le blanc, couleurs peules traditionnelles en dehors de l’Indigo et provenant de pigments végétaux. Le plafond de certaines cases était orné de lefas, vanneries de forme ronde aux couleurs et aux motifs variés. La taille, la qualité des matériaux utilisés, la richesse des ornementations des habitations étaient autrefois bien sûr fonction de leurs habitants ; les habitats des notables étaient particulièrement remarquables.
  • Chez les nomades : Les groupes nomades vivent sous des huttes rondes de branchages recouverts de couvertures en laine, jamais sous une tente. Parfois il n’y a même pas de constructions, seulement une rangée de branchage rapidement liés, et plantés dans le sable du désert pour constituer une haie de fortune. Néanmoins cette haie sera elle-même spatialisée pour tous les actes de la vie quotidienne, tout comme la vie, la naissance, et la mort. Le mobilier est seulement constitué d’une natte et d’un reposoir pour la tête. Pour la femme, une batterie de cuisine, marmites, théière et calebasses ; Certains nomades du Niger, du Tchad et du Soudan disposent de huttes transportables, constituées de deux arceaux souples, qu’ils croisent et recouvrent de couvertures, le tout monté sur un dromadaire à l’image de leurs voisins arabes transhumants.  En résumé, l’habitat Peul toute économie confondue, se caractérise ainsi : importance spirituelle de l’établissement ou campement ; importance du feu (le premier geste de l’installation), de la hauteur (colline ; montagne); la spatialisation intérieure et extérieure ; l’organisation de la parenté (indépendance des aînés qui ont rapidement leur propre habitation) ; esthétisme et fonctionnalité (décorations vives ; huttes transportables). L’habitat comme bien des choses dans le corpus peul ne relève pas d’un archétype mais d’une succession d’états passagers avec retour au modèle initial (sédentarité pour les nomades ; nomadisme pour les sédentaires). Les Peuls ont aussi connu au cours de leur histoire d’autres types d’habitats, notamment l’habitat mauresque avec sa poétique du jardin, des moucharabiehs, des lourdes portes sculptées (que l’on retrouve dans les riches demeures à étages et terrasses, faites en argiles avec moucharabiehs sculptés dans la masse, parfois avec herses de défenses, hauts murs d’enceintes appelés tata (forteresses), créneaux, dédales ombragés et cour intérieure à l’image de ce que l’on trouve au Maroc, chez les Peuls de Tombouctou, du Mali et du Sénégal), de l’ombre, des palmeraies et des fontaines, ainsi que des villes de type mégalopoles, faites d’argile, avec cuisine, dépendances, terrasses, greniers attenants, rues étroites et rectilignes, rigoles d’évacuations, bassins d’ornementations et de rituels (villes mythiques d’Iléri et Yoyo). La terre leydi est généralement considérée comme le bien de l’agriculteur, même si les Peuls peuvent y résider, y cultiver et y faire paître leur bétail.    Élevage

La plupart des Peuls en milieu rural sont essentiellement éleveurs et leur mode de vie est rythmé par les besoins saisonniers de l’élevage. La vache tient une grande place, non seulement dans l’alimentation et l’économie des ménages, mais aussi dans les relations sociales et dans la mythologie. La colonisation a entraîné une sorte de confusion sur l’économie pastorale. La vache fut considérée comme un animal de prestige par les occidentaux puisque chaque famille tentait d’en avoir le plus possible et refusaient de s’en séparer comme bêtes à viande, c’est-à-dire d’entrée dans une “ économie rationnelle ”, de marché. L’élevage de bovins Zébu (bos indicus) est principalement pratiqué pour le lait. Il est extensif c’est-à-dire pratiqué avec un minimum d’investissement monétaire (avec dépenses limitées aux vaccins et aux médicaments) et par l’utilisation de pâturages librement accessibles. Dans un troupeau moyen l’effectif est de cinquante têtes environ, dont les trois quarts sont des femelles. Ces femelles permettent de reconstituer le troupeau rapidement en cas d’épidémie. C’est un type d’élevage “ rationnel ”, mais multimillénaire de survie. Les taureaux mâles sont consommés lors de rites précis et constituent la dote traditionnelle. Les animaux d’une même ferme sont en général conduits ensemble aux pâturages. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils soient la propriété collective des habitants de cette ferme – ni d’ailleurs la propriété privée d’une seule personne. Tous, femmes et enfants peuvent détenir des animaux dans un même troupeau. La descendance de la vache offerte comme don de naissance au mari par le grand-père maternel de l’épousée sera héritée par les enfants de celle-ci.  L’animal de prestige est le cheval. Ceci concerne les Peuls sédentaires des bassins des fleuves Niger et Sénégal et autour du lac Tchad. Par son entretien délicat, le cheval demande du pâturage ou une coopération avec des céréaliers sédentaires. Il trouve son emploi dans les parades de cour et la cavalerie (voir Libye antique). Les Peuls semblent avoir disposé par le passé d’une cavalerie lourde, avec de lourdes cuirasses et des ” cottes de mailles “…cit. : ” Jusqu’au XIXe siècle, la grosse cavalerie Foulbé ou Peuls était équipée de cuirasses ou de cottes de mailles sous des manteaux matelassés. Par la suite, les manteaux comme les cuirasses métalliques ne furent plus réservés qu’aux cérémonies […] dans la grosse cavalerie la cuirasse (comme celle des Romains) remplaçait la cotte de maille et offrait contre les flèches et les pointes une protection sans doute meilleure que les vêtements utilisés par les Mossis.” - De nombreux témoignages et descriptifs oraux, rapportent que cette cuirasse était très lourde et qu’il valait mieux ne pas tomber de cheval… ” Le cavalier Foulbé était quelque peu handicapé par la lourdeur de son armure qui l’obligeait en cas de chute, à demander de l’aide pour se remettre en selle.”

Sociétés

Il n’existe pas une société peule, mais des sociétés peules ; “ Planète Peule ”. Le corpus peul est dit “ souple ” et adaptable. Il est en évolution perpétuelle, tout en conservant ses traits caractéristiques initiaux. Les Peuls sont endogames semi agnatiques. La femme n’est pas voilée et il n’y a pas de lévirat. Il existe quatre mariages traditionnels peuls avec quatre divorces correspondants :

  • le premier mariage est décidé par les parents ; ce mariage (dewgal) a lieu vers 21 ans ;
  • le deuxième après un divorce ou un veuvage ;
  • le troisième, le “ mariage-don ” (politique) ;
  • enfin, le culnol, concubinage d’un noble avec une kordo, femme de condition servile est d’importation arabe. Un cinquième mariage islamique a été rajouté aux alentours du XVIe siècle. Il est rendu par le cadi, juge musulman, et possède deux divorces associés. Les “ Peuls rouges ” sont monogames. Les Peuls sont monogames dans l’ensemble. Ils peuvent divorcer plusieurs fois et ils contractent souvent plusieurs mariages au cours de leur vie 2 ou 3 ; la polygamie est minoritaire et se rencontre surtout chez les Peuls urbains et islamisés. Règles du cousinage (cousins de lait endam et cousins de noms, cousins de clans). Chez les Peuls Wodaabe, les enfants sont mariés très jeunes car il existe un mythe fondateur du garçon et de la petite fille. Mais la jeune fille a le droit de vivre sa vie de célibataire jusqu’à ses dix-huit ans. Chez les Bororos, lors du worso “ fêtes du Printemps ”, les hommes dansent le guerewol (photo) où elles peuvent choisir un fiancé. Les Wodaabe sont des monogames “ successifs ” avec nombreux divorces ou séparations. Le concubinage est interdit et rapidement scellé par un teegal “ épousailles ”. On note une survivance d’une ancienne gynécocratie, l’héritage est utérin (matrilinéaire).  

Les pasteurs La diversité peule tient à un éclatement des cadres géographiques. Autrefois disposé en archipels dans la zone sahélo-saharienne, le peuplement tend à se diffuser et à s’atomiser. Contesté par des cultivateurs et des agro éleveurs, le pastoralisme l’est également par d’autres pasteurs du Sahel : Touaregs, Toubous). Dernièrement, les Arabes du Tchad, descendus de façon massive dans les savanes de ce pays, ont poussé les pasteurs Peuls à descendre en Centre-Afrique, Côte d’Ivoire, Cameroun, Nigeria) où la réussite de ce pastoralisme sur de nouvelles bases écologiques en savanes humides est le plus grand défi actuel des pasteurs Peuls. Castes

La société Peule est la plus hiérarchisée d’Afrique. Ces règles hiérarchiques sont aussi plus complexes et d’un abord plus difficile pour le regard extérieur, que celles que l’on peut voir dans les chefferies berbères, Touaregs ou Maures qui connaissent aussi le maquignonnage… Les règles des castes ne semblent pas être remises en cause par le développement économique. Chacun reste dans son domaine de compétences traditionnelles. Dans les villes, il existe trois classes sociales :

  • Les nobles : DurooBe nobles (transhumants). Jaawambe, jaawanndo au sing, conseillers et auxiliaires armés des rimbe.
  • Les artisans castés : Regroupés sous le nom de nyeenybe, nyenyo au sing : Maabuube, maabo, tisserands, potières. Wailybe, baylo, bijoutiers, forgerons. Lawbe, labbo, boisseliers. Sakkebe, sakke, cordonniers. Bammbaado, wammbaabe, griots musiciens. Les nyeenybe, sont réputés pour leur endogamie.
  • Les serviles : maccube, maccudo, ou kordo : Les serviles sont d’origines ethniques diverses, souvent prisonniers de guerres, anciens serviteurs pour le bétail, l’agriculture, la forge. Ils sont devenus autonomes et développent des entreprises. L’ensemble comporte de nombreux homonymes suivant les parlers locaux ainsi que des articulations inter castes, mais relèvent toujours des mêmes distinctions sociales. Les Peuls, hormis les castes, sont regroupés en de nombreux clans ou tribus appelés leyyi : Les fulbe ururbe ou worworbe présents partout, au Sénégal, Fouta-Djallon, Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso, ce sont les Peuls de l’ouest, à l’est ils prennent le nom de burure ou bororo’en. Ils sont parmi les premiers Peuls qui se sont sédentarisés. Les fulbe laace, ce sont des Peuls qu’ont trouve spécialement au Sénégal, dans la région du djolof. Ils sont liés aux Wolofs avec qui ils cohabitent, (interpénétration linguistique), ils gardent les troupeaux des Wolofs, on les trouvait aussi dans le Sine-Saloum, et le Ferlo où ils nomadisaient, ont les appellent aussi fulbe jeeri nom qu’on donne en général à tous les fulbe de cette partie du Sénégal, la plupart sont de patronyme ka. Les fulbe jaawBe, la plus grande des leyyi peule, ils sont particulièrement présent au Sénégal, Mali, ils pratiquent l’élevage surtout ovin, mais aussi la pêche, pour les jaawBe dalli, ils se fixent parfois prés des fleuves, il y a de nombreux sous-groupes jaawbe. Ils sont à l’origine de la caste peule des jaawamBe, réputés pour être de fins stratèges dans l’ancien Fouta-toro. Les fulbe cuutinkoobe, Peuls originaires de l’ancienne région du Diara entre l’est Sénégalais, et l’ouest malien, ils sont un sous-groupe de la grande famille peule des raneebe, la plupart d’entre eux sont de patronymes Diallo, les cuutinkoobe, étaient à l’origine des jaawBe, ils sont présent au sud du Sénégal, Guinée-Bissau, Guinée.  Les fulbe yirlaabe, ils sont les Peuls les plus à l’est, Tchad, nord-est Nigeria, Adamaoua dans le Nord du Cameroun. Les yirlaabe ou ngiril, sont très présents à l’Ouest également. Ils sont tous originaires du Fouta-Toro. Les Fulbe wodaabe, surtout présents au Niger aujourd’hui et originaires du Diafunu, certains ce nomme diafunu’en, ancienne région englobant le Sahel mauritanien, le Macina au Mali, le Nord-Est du Sénégal. Ce sont les Peuls ayant le plus conservé leurs traditions nomades et leur culture, ce sont également les plus rustiques, ils sont restés très proches de la nature, ils sont de grands bouviers, et même s’ils sont majoritairement musulmans, ils pratiquent un islam très sommaire. Ils sont présent au Sénégal ou ils sont disséminés un peu partout et ou l’on trouve de nombreux sous-groupe, au Fouta-Djalon, où beaucoup se sont sédentarisés. Dans cette leyyi les sédentaires islamisés sont appelés wolarBe. Ces clans sont parfois divisés en plusieurs fractions et sous-fractions appelées kinde, selon leurs patronymes, les régions qu’ils habitent, les animaux qu’ils élèvent bovin, ovin, l’ancêtre (chef clanique) dont ils se réclament, il existe encore d’autres clans, dont les kolyaabe de Koli Tenguella, les yaalalbe. Les castes sont les mêmes, pour toutes les leyyi. Certains clans peuls, sont liés part le jongu, un lien de parenté, qui les oblige à l’entraide, au respect mutuel. Il existe 31 groupes nomades, 48 groupes semi-nomades et 29 groupes sédentarisés. Patronymes

Comme l’onomastique libyenne et l’onomastique iranienne, l’onomastique peule est indo-européenne (indo-européen). Ces noms et prénoms ont connu une grande extension géographique, au même titre que les peuples qui les portaient. Ce système hérité de l’indo-européen, se retrouve de nos jours dans les noms indiens, (indo-aryen), grecs, germaniques, slaves et celtiques. Outre les noms composés, ces principaux types d’anthroponymes voient leur inscription sociétale à travers les mythes et légendes orales transmis par ces peuples. À l’origine : [ Bari ] .Bari, nom basé sur le radical indo-européen {bhr-} ” porter ” . En sanskrit la racine {bhr-} donnera ” L’Éloquence” (Bhâratî) traduisant un passage par le verbe. La racine apparaît dès le quatrième millénaire avant notre ère sur des tablettes du Mitanni, royaume de Haute-Mésopotamie. Patronyme des anachorètes, des prêtres et des religieux, Bhari peut également apparaître comme “ le refus de la société ” ; “ qui s’extrait, s’isole ”. Dans la plupart des légendes, le savoir délivré par ce personnage apparait caché, il ne peut être révélé que par l’enseignement et l’apprentissage heuristique (comme Bach le sage-savant de la légende celtique du Taliesin) – En Égypte, on retrouve cette racine également chez les Coptes comme les Bachmourites du Delta. Au Maghreb il apparaît chez les Berbères du ” Petit-Maghreb ” (Atlas marocain) sous la forme Berri, Berry ou Berra de même racine. En Orient, il est le refuge, (souvent simple promontoire dans le désert, grotte dans une paroi rocheuse) des premiers moines chrétiens et des confréries sûfi et devient le nom dévolu aux monastères (proche du sens que l’on retrouve en arabe), comme le tell Barri en Syrie, ou la grotte Barigaza, en Inde. Ces grottes ou simples promontoires occupés par des ascètes, deviendront des temples, (comme le temple bari dans l’ Hariana au nord ouest de l’Inde) Ce sont traditionnellement dans toutes les aires culturelles de référence (grecques, celtiques, germaniques, védiques, slaves) des poètes, des lettrés, des ascètes, des personnages de haute importance morale, qui enseignent un savoir oral et ancestral. Nom porteur de chance, patronyme des louanges, des bénédictions, il est actuellement porté par des imams (almamy en pular), des marabouts. On le retrouve dans tout le Maghreb, dans tout le Proche-Orient et le Moyen-Orient. Le patronyme Peul est écrit Barry depuis la colonisation francophone et anglophone – Cette orthographe tirée de l’Ajami (barbare en arabe) a été adoptée par l’administration coloniale. On le trouve encore sous différentes orthographes : Bari, Barî ou Bhari. La position du patronyme Barry dans la société peule actuelle garde encore l’influence ancienne qu’il avait à l’origine. Sa conservation et son influence trouve son actualisation dans la permanence des compétences traditionnelles qui s’héritent en mode patrilinéaire pour ce qui est des professions. Tournés vers l’extérieur, les Barry souvent cités ou auxquels se réfèrent les sociétés peules pour tout type de conseils et d’enseignements sont en majorité des hommes. On trouve ainsi par position sociale ·

  • Barry Rhaldiyanké : détenteurs du pouvoir temporel, veillent au bon fonctionnement du groupe. Barry Sériyanké : détenteurs du pouvoir spirituel, responsables de l’enseignement. Barry Soriyanké : détenteur du pouvoir judiciaire.
  • Bâ construction à partir de la racine initiale bh(r) sont les “ guerriers ”, les “ porteurs de tambours ” et “ vont au combat avec le sourire ”, d’où une confusion étymologique avec Diallow (jaal) “ taquiner, plaisanter ” (Peul + Mandingue) mais [ba'] en racine Peule veut dire “ tourner en dérision ”. Les Bâ vont au combat avec le sourire, mais “ ils ne peuvent pas expliquer les choses ”, ce sont les Bari qui en ont la charge. Ils s’occupent de la transmission, de l’éducation, de la mémoire et de l’” élévation spirituelle ”.
  • Saw / Sow [sau] en pular ; ” doubler, séparer, distinguer”, ” métis ” par euphé. Dans la société Peule ils sont les artisans, les commerçants. Pul. / [so']”suivre”, “se mêler de” ; “apporter du bois” ; “impurs” – D’après Cheik Anta Diop il pourrait s’agir d’un rameau du peuple Sao, ayant “suivi” les Peuls depuis le Soudan. Les patronymes peuls les plus courants de nos jours sont : Ba, Barry, Bari & Bahri (Tchad, sud Libye), Akbari (Soudan, Mali), Barani (Centrafrique), Bar (Burkina-Faso), Egge, Ka, Diallo, Sall, Tall, Sow, Dia, Baldé, Bal, Baandé, Nouba, Dioum, Diagayété, Seydi, Seydou, Diaw, Thiam, Mbow, Niane, Bocoum, Sarré, Déme, Diak, Gakou, (intégration dans le groupe Wolofs du Sénégal, Mali, Mauritanie. Kara, Kan, Khan, Han, Hanne, Kaka, Kandé (Niger et Burkina-Faso). Les Diamanka, Mballo, Boiro, Sabaly, Diao, Baldé, Seydi, Kandé, habitent historiquement la région de Kolda au Sénégal où était situé historiquement l’État du Fouladou, entre le Sud du Sénégal et le Nord de la Guinée-Bissau) ; Dicko (Peuls Ardo, Guerrier) et Bello (Niger, Nigeria) ; Baal (Sénégal) ; Sow deviennent Sidibé au (Mali, Guinée, Burkina-Faso) ; les Sangaré du Mali, deviennent Sankara au Burkina Faso, qui devient Shagari au Nigeria…  


Les ethnies du Burkina : généralités
21 juin, 2010, 6:15
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image1.jpg                                  Répartition traditionnelle des grandes communautés ethniques du Burkina 

La richesse culturelle du Faso vient en grande partie de la diversité des communautés qui au fil de l’histoire se sont implantées à travers le pays. Les grands et puissants royaumes à travers leurs conquêtes et vassalisations ont forgé le paysage ethnique que connait le Burkina aujourd’hui. Si à peu près tous les Burkinabé parlent au moins ou mooré ou mandingue ou français, les langues maternelles correspondant aux différentes ethnies du pays dépassent la soixantaine ! La répartition de certaines de ces communautés se réduit parfois à quelques villages alors que d’autres occupent plusieurs provinces du pays. Chaque ethnie a son histoire, ses croyances, ses danses, sa langue, son architecture et ses traditions.  Les liens entre les communautés sont complexes et certaines se considèrent comme cousines d’autres comme maîtres et esclaves. Il n’est pas rare par exemple d’entendre, sur le ton de la plaisanterie, un Burkinabé dire d’un autre qu’il est son esclave en raison de l’ascendance séculaire de son ethnie sur celle de son interlocimage2.jpguteur… 

Carte postale ancienne montrant une danse de l’ethnie bobo. 

Certaines communautés géographiquement et culturellement proches ont des langues et une histoire totalement différentes : c’est le cas par exemple des Lobi et des Birifor. D’autres sont géographiquement éloignées et ont des différences linguistiques notables tout en faisant partie du même groupe ethnique. C’est le cas par exemple des Kasséna et des Lyélé qui sont avant tout des Gourounsi. Parler de religion est également risqué puisque les statistiques nationales annoncent des chiffres et des proportions farfelues. Aucune communauté du Burkina n’adopte d’ailleurs uniformément qu’une seule croyance. Mossi, Gourounsi, Lobi ou même Peulh comptent dans leurs membres des animistes, des chrétiens et des musulmanimage3.jpgs

                Carte postale ancienne représentant un cultivateur samorogouan devant son grenier aux armoiries de son animal fétiche.

En outre, quand on parle de l’aire d’implantation d’une communauté au Burkina Faso, il faut bien garder à l’esprit que les villes sont généralement cosmopolites et comptent des membres de toutes les communautés du pays. A l’inverse, en zone rurale, les villages sont très généralement mono ethniques. A part éventuellement un commerçant et une ou deux femmes mariées venant d’autres communautés, les hameaux du paysage rural burkinabé ne sont exclusivement habités que par une ethnie. Ainsi, en plein pays peulh, au nord du Faso, on peut tomber sur des villages exclusivement peuplés de Shongay.  Pour finir, à l’intérieur même d’un groupe ethnique apparemment uniforme il existe souvent une multitude de castes ou de groupes historiques aux traditions diverses et aux dialectes sensiblement différents de la langue parlée par le plus grand nombre. C’est le cas des Mossi par exemple. De plus, certaines communautés isolées ont pratiquement abandonné la langue de leurs ancêtres. Ainsi, les Dioula, dont la population est presque inexistante au Burkina Faso, ont imposé leur langue à des multiples communautés du sud-ouest du pays du fait qu’elle est la langue du commerce en Afrique de l’Ouest.  La richesse culturelle du Faso vient en grande partie de la diversité des communautés qui au fil de l’histoire se sont implantées à travers le pays. Les grands et puissants royaumes à travers leurs conquêtes et vassalisations ont forgé le paysage ethnique que connait le Burkina aujourd’hui. Si à peu près tous les Burkinabé parlent au moins ou mooré ou mandingue ou français, les langues maternelles correspondant aux différentes ethnies du pays dépassent la soixantaine ! La répartition de certaines de ces communautés se réduit parfois à quelques villages alors que d’autres occupent plusieurs provinces du pays. Chaque ethnie a son histoire, ses croyances, ses danses, sa langue, son architecture et ses traditions.  Les liens entre les communautés sont complexes et certaines se considèrent comme cousines d’autres comme maîtres et esclaves. Il n’est pas rare par exemple d’entendre, sur le ton de la plaisanterie, un Burkinabé dire d’un autre qu’il est son esclave en raison de l’ascendance séculaire de son ethnie sur celle de son interlocuteur…  Certaines communautés géographiquement et culturellement proches ont des langues et une histoire totalement différentes : c’est le cas par exemple des Lobi et des Birifor. D’autres sont géographiquement éloignées et ont des différences linguistiques notables tout en faisant partie du même groupe ethnique. C’est le cas par exemple des Kasséna et des Lyélé qui sont avant tout des Gourounsi. Parler de religion est également risqué puisque les statistiques nationales annoncent des chiffres et des proportions farfelues. Aucune communauté du Burkina n’adopte d’ailleurs uniformément qu’une seule croyance. Mossi, Gourounsi, Lobi ou même Peulh comptent dans leurs membres des animistes, des chrétiens et des musulmans En outre, quand on parle de l’aire d’implantation d’une communauté au Burkina Faso, il faut bien garder à l’esprit que les villes sont généralement cosmopolites et comptent des membres de toutes les communautés du pays. A l’inverse, en zone rurale, les villages sont très généralement mono ethniques. A part éventuellement un commerçant et une ou deux femmes mariées venant d’autres communautés, les hameaux du paysage rural burkinabé ne sont exclusivement habités que par une ethnie. Ainsi, en plein pays peulh, au nord du Faso, on peut tomber sur des villages exclusivement peuplés de Shongay. Pour finir, à l’intérieur même d’un groupe ethnique apparemment uniforme il existe souvent une multitude de castes ou de groupes historiques aux traditions diverses et aux dialectes sensiblement différents de la langue parlée par le plus grand nombre. C’est le cas des Mossi par exemple. De plus, certaines communautés isolées ont pratiquement abandonné la langue de leurs ancêtres. Ainsi, les Dioula, dont la population est presque inexistante au Burkina Faso, ont imposé leur langue à des multiples communautés du sud-ouest du pays du fait qu’elle est la langue du commerce en Afrique de l’Ouest. Ce que tu découvriras dans cette page n’est donc qu’un bref aperçu de la complexité sociale des grands groupes ethniques burkinabé et des sous-groupes qui les composent.

Les sociologues classent généralement les communautés du Burkina Faso dans deux grands groupes linguistiques : le groupe voltaïque (Gur) auquel appartiennent notamment les Mossi, les Gourmantché, les Gourounsi, les Sénoufo les Bobo ou les Lobi et le groupe Mandé auquel appartiennent les Samo, les Marka, etc… NB : dans cette page, comme dans l’ensemble du site, nous avons pris le parti de considérer les noms de communauté comme invariables, tout comme le mot « Burkinabé « . Vous ne les verrez donc jamais au pluriel ou au féminin bien que d’autres usages semblent l’autoriser.Les GourounsiLes Gourounsi sont répartis du long de la frontière nord du Ghana jusqu’aux localités de Koudougou et Réo. Ils sont constitués de plusieurs sous-groupes répartis dans le centre-sud du Burkina-Faso. Les Kasséna, connus dans le monde pour leur architecture si originale dans la région de , Tiébélé et Léo, les Lélé ou Lyélé dans la région de Réo, les Nuni dans la région de Léo, de Pouni et de Zawara, les Nounouma dans la région de Tchériba, les Sissala autour de Léo, les Ko dans la région de Siby. 

image4.jpgUne case « en 8″, non encore peinte, chef d’oeuvre de l’architecture Kasséna dans le village de Tiébélé (photo Christian Costeaux).  La tradition orale des Gourounsi les dirait originaires de la région du lac Tchad. Les études historiques confirment en tout cas leur présence au Burkina dès le XIIe siècle. Malgré les conquêtes de l’empire mossi à partir du XVe siècle et les raids esclavagiste de ce dernier sur les villages Gourounsi, les différentes communautés de cette ethnie ont toujours conservé leur autonomie et leur indépendance.

Les Lobi, Dagari, Gan, Birifor et apparentés

Le long de la frontière occidentale du Ghana et sur la moitié est de la frontière ivoirienne, dans l’une des régions les plus défavorisées du pays, plusieurs ethnies apparentées, au passé parfois commun, forment l’une des communautés culturellement les riches du pays. Lobi, Dagari, Gan, Birifor, Pwe et Dan se répartissent ainsi un vaste territoire autour des villes de Gaoua, Loropéni, Batié, Diébougou et Dissen. Principalement présents au Burkina Faso, iimage5.jpgls comptent cependant de nombreux villages au Ghana et en Côte d’Ivoire. Il est commun d’appeler « Lobi » cet ensemble d’ethnies sans limiter cette appellation aux Lobi proprement dits. 

Homme dagara de Dissen avec des bandeaux                                                    traditionnels (photo Christian Costeaux)

Les Lobi, dont le nom signifierait en Lobori (la langue des Lobi) « Enfants de la Forêt « , viendraient du Ghana après avoir traversé le fleuve Mouhoun qui revêt d’ailleurs pour ces populations un caractère sacré. Considérés comme des fermiers, des chasseurs et des éleveurs, ils sont avant tout des guerriers. C’est cette réputation qui fait l’identité profonde des Lobi mais aussi de leurs cousins birifor, gan ou dagari. Tout rappelle chez eux que leur histoire s’est faite des résistances contre les raids des tribus voisines du Guiriko et du Kénédougou et des razzias esclavagistes jusqu’au milieu du XIXe siècle : leurs maisons sont des petits fortins impénétrables et l’arc et ses flêches empoisonnées, dont aujourd’hui encore les populations rurales ne se séparent pas, sont l’emblème de leurs talents guerriers. L’histoire de la résistance Lobi est d’ailleurs très récente puisque tout au long de la période coloniale jusqu’au milieu du XXe siècle les Lobi lancèrent des raids contre les Français et leurs escouades de tirailleurs africains. 

L’architecture Lobi est très particulière et se révèle être la plus avancée et la plus belle du Burkina Faso avec bien-sûr celle des Gourounsi Kasséna. Les habitations Lobi sont consituées d’une large concession rectangulaire de type forteresse appelée soukala et dont l’entrée se situe sur la terrasse qui n’est traditionnellement accessible qu’avec une échelle que les familles peuvent retirer pour se défendre des attaques. La terrasse ainsi formée par la construction permet de dormir en plein air durant les nuits les plus chaudes précédent l’hivernage. Une cour intérieure permet de protéger les animaux domestiques et de faire la cuisine.  image6.jpg

          Une construction typique du pays lobi : soukala en rectancle, sans ouverture latérale, avec une large terrasse et des mur en boudin de terre (photo C.Costeaux)

On reconnait donc facilement les hameaux de cette ethnie. Les strates de banco formées en lignes les différencient en outre particulièrement des formations en  » briques « . Il faut d’ailleurs noter que les Gan sont la seule communauté du groupe Lobi qui n’ait pas adopté cette architecture (il s’agit plutôt chez eux de cases rondes assez classiques). Aujourd’hui les Birifor, les Lobi et les Dagari demeurent majoritairement animsites bien que plusieurs communautés chrétiennes se soient formées ces dernières années. 

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Enfant de la caste des forgerons de la communauté birifor dans le village de Koulé (photo Christian Costeaux) 

La statuaire lobi est la plus célèbre et la plus belle du Burkina Faso. Alors que les Mossi ou les Samo montrent des masques extraordinaires, les Lobi pour honorer leur fétiches et les ancêtres utilisent des statuettes de bois qui sont d’ailleurs aujourd’hui toujours pillées par des pseudos antiquaires ou marchands d’art.Les Mossi Les Mossi (ou Moaaga) représentent la plus grande communauté du Faso. Ils occupent également le plus grand espace du pays : la région centrale du Burkina appelée d’ailleurs le Plateau Mossi. La langue commune des Mossi est le Mooré (qui appartient au groupe linguistique Gur) bien que comme dans toutes les autres communautés du pays il existe des variantes ou des  » patois  » en fonction des terroirs : le dialecte du Yatenga (Ouahigouya), un dialecte du nord (Kaya), un dialecte de l’est (Koupéla) et un dialecte du sud-est dans la zone de Tenkodogo Ils constitueraient aujourd’hui 40% de la population de Burkina Faso soit environ 6 millions d’habitants. image8.jpg

Porte sculptée du palais du Naba de Kokologho (photo C.Costeaux)

La tradition orale, toujours importante en Afrique, permet de connaître les origines historiques et/ou légendaire du peuple mossi tout comme les lignées royales qui ont régné. Les Mossi seraient nés du mariage entre Yenenga, une princesse dagomba (ethnie toujours présente dans le nord du Ghana) et Rialé, un chasseur d’ethnie mandé. Alors qu’elle explorait son royaume à cheval, et perdit son chemin, elle fut aidée par Rialé. Leur union donna naissance à leur fils Ouedraogo considéré comme le premier des Mossi (le nom de famille Ouédraogo est très commun au Faso).  Le reste de l’histoire de l’empire mossi se précise au fur et à mesure que les siècles passent. Les dates perdues par la tradition orale pour les faits les plus anciens peuvent être évaluées par les historiens grâce aux durées des règnes des naaba, les empereurs mossi. On sait donc que c’est à partir du XVe siècle que l’empire mossi s’étend grâce aux conquêtes de ses guerriers à cheval. Pendant près de 400 ans, jusqu’à l’arrivée de la colonisation française, les Mossi ont dominé la région sans partage. La prophétie qui prévoyait la fin de la nation Mossi à l’arrivée du premier homme blanc s’est donc réalisée : le pouvoir absolu du Mogho Naba s’est éteint sous l’ère coloniale française même si toujours, et encore à présent, l’autorité de l’empereur sur ses sujets est importante et son influence grande. Il demeure le protecteur de l’histoire et des traditions. La cérémonie publique hebdomadaire du moogh-naab-yisgu (le  » faux-départ  » du Mogho Naaba) témoigne de cet attachement aux traditions. Cette hiérarchie respectée est présente jusqu’en bas de l’échelle : chaque village, ou chaque quartier urbain a son naaba (son chef) et à l’intérieur même des familles, le doyen a valeur de naaba. Les Mossi sont adeptes de toutes les croyances présentes au Burkina. Islam, catholicisme, fétichisme et tout un lot de sectes dites « chrétiennes » se partagent les fidèles. Certaines familles, certains terroirs sont en majorité musulmans : les alentours de Ouahigouya ou Tenkodogo par exemple. D’autres sont plus souvent chrétiens notamment dans la région de Ouagadougou, Koupéla ou Ziniaré. Dans les villages, les croyances et traditions animistes et fétichistes sont omniprésentes mais c’est aussi parfois le lieu où viennent s’implanter des groupuscules chrétiens sectaires de type américain (avec chants en transe, guérisons miraculeuses et autres bizarreries…).image9.jpg

                                     Timbre de l’époque de la Haute-Volta représentant le Mogho Naba, empereur des Mossi, avec son cheval.

L’art religieux qui se manifeste par des masques impressionnants est l’un des aspects les plus connus de la culture mossi. Ces masques, souvent sacrés (il était interdit de les photographier jusqu’à une époque récente) font la fierté des villages durant les festivals tels que le SIAO de Ouaga ou la Semaine Nationale de la Culture de Bobo-DioulassoIl est bon de noter que les Mossi ont fourni l’essentiel des combattants des régiments de tirailleurs dits « sénégalais ». 

Les Gourmantché

Les Gourmantché occupent l’un des plus gros territoires du Burkina Faso dans tout l’est du pays dont l’ensemble de la frontière avec le Bénin et une partie de la frontière du Togo et du Niger. Ils comptent également une forte communauté dans ces pays, notamment au Bénin et seraient aujourd’hui entre 1 millions et 1,5 millions.  Paradoxalement, c’est à l’extrémité de leur territoire, à la frontière du pays mossi, que se trouve le chef-lieu officiel des Gourmantché : Fada-N’Gourma. Comme les autres communautés burkinabé, ils sont consitués de plusieurs groupes linguistiques et culturels différents parmi lesquels les Bassari (à ne pas confondre avec les Bassari du Sénégal) ou les Mobo. La langue des Gourmantché est appelée le Gourmantchéma ou le Bigourmantcheba et fait partie des langues Gur, tout comme le Sénoufo, le Mooré ou le Lobiri. Comme la majorité des peuples du Burkina (notamment les Mossi ou les Lobi), les Gourmantché se considérent comme historiquement originaires du Ghana. La société gourmantché est elle aussi faite de castes. Dans les villages gourmantché traditionnels tout comme dans les quartiers des bourgades de la région, ces castes se mélangent le moins possible. Dans le quartier des forgerons par exemple, rarements des familles d’autres castes seront installées. Ce cloisonnement est aussi religieux : si les Gourmantché sont avant tout – et parfois seulement – animistes, certains d’entre eux sont convertis à l’islam ou au christianisme. Chacun des adeptes vit dans le voisinage de ses coreligionnaires.

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Timbre de l’époque de la Haute-Volta représentant                    l’intronisation d’un chef gourmantché.

Pour l’étranger, le Gourmantché est souvent le plus facile des Burkinabé à identifier. La tradition des scarifications, qui tend à disparaitre en ville, permet en un coup d’oeil de reconnaître la « gourmantchitude » d’un Burkinabé : des longues balafres courent du front ou des temps jusqu’au menton de chaque côté du visage.  D’autres aspects culturels font connaître les coutumes de ce peuple à toutes les autres communautés du pays : les célèbres danses gourmantché font le plaisir de la population de tout le pays lors de la Semaine Nationale de la Culture à Bobo-Dioulasso et les masques traditionnels qui font leur sortie lors des grands évènements (initiations, funérailles, etc..) sont autant de manifestations de la créativité des habitants du Gurma.  image11.jpg

                                           Timbre de l’époque de la Haute-Volta représentant des danseurs gourmantché en habit traditionnel.   

Les Sénoufo

Si les villages Sénoufo (ou Sénoufou) occupent l’extrême sud-ouest du Burkina, la plus grosse partie de cette communauté habite cependant au Mali et surtout en Côte d’Ivoire. Ils sont traditionnellement agriculteurs mais sont aussi reconnus comme d’excellents artisans et de légendaires chasseurs.  La société sénoufo est très fortement castée et, si la modernité a tendance à affaiblir les coutumes, il demeure assez rare que deux Sénofou de castes différentes se marient : par exemple un homme de la caste des forgerons ne prendra pas pour épouse une jeune fille de la caste des agriculteurs. De même, un homme de la caste des sculpteurs ou des chasseurs ne peut théoriquement pas devenir forgeron une d’une manière générale travailler le métal (bijoutier, ferrailleur, plombier, etc…). Cette importance des castes n’est qu’un des aspects culturels de la société sénoufou qui demeure animiste et traditionnelle. Les devins et fétichistes ont toujours un rôle important dans la vie villageoise et forment des sociétés secrètes d’initiés. Par leur intermédiaire et celui de la richissime statuaire sénéfou (l’une des plus appréciée d’Afrique de l’Ouest), les ancêtres et les esprits des bois sont vénérés. Tous les jeunes garçons qui rentrent dans le bois sacré sont initiés aux croyances et aux traditions sénoufou et cette initiation demeure le ciment de la sauvegarde des coutumes ancestrales. image12.jpg

                                 Greniers aux formes typiquement sénoufo dans un village près de Banfora (Photo C.Costeaux). 

Les Peulh (ou Peul)

Les Peulh sont les pasteurs nomades les plus connus d’Afrique. Ils sont présents dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée, Burkina, Mali, Niger, Bénin, Togo ou Ghana) mais également dans certains pays d’Afrique centrale (Cameroun, Tchad, Centrafrique). Au Burkina, leur zone de répartition principale se trouve dans les provinces semi-désertiques de la région du Sahel : le Soum, le Séno et l’Oudalan (Djibo, Dori et Gorom-Gorom). A Ouagadougou où vit une forte communauté, ils occupent un grosse partie du quartier de DapoyaIls sont facilement reconnaissables à leur peau souvent claire et aux traits fins de leur visage. Leur activité pastorale les met souvent en conflit avec les autres communautés du pays et des morts sont régulièrement à déplorer après des batailles rangées entre cultivateurs locaux et bergers peulh qui font divaguer leur bétail dans les champs.

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Une hutte peulh typique présentée au musée de Bobo-Dioulasso (en arrière-plan ;  il s’agit d’une maison mossi traditionnelle). 

Victimes d’une grande pauvreté (voir même de famines y compris ces dernières années) ils forment également la communauté la moins alphabétisée du pays. La majorité des enfants mendiants appelés  » garibous  » est peulh. Au Burkina est faite une distinction entre Peul rouges et Peul noirs. Les Peul rouges étant monagames et moins souvent musulmans (voir parfois chrétiens) et les Peul « noirs », musulmans, plus souvent sédentarisés, habitant en ville et ayant souvent abandonné les activités pastorales. De très nombreux commerçants, notamment à Ouagadougou, sont d’ethnie peul. 

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                                                         Un timbre burkinabé représentant un flûtiste peulh en costume traditionnel (le boodi). 

Une autre communauté peul, parfois appelée  » peul-mossi  » vit principalement dans les zones d’influence Mossi des provinces du Passoré (Yako) et du Yatenga (Ouahigouya). Le révolutionnaire Thomas Sankara appartenait à cette communauté.

Les Bissa

Les Bissa forment un petit groupe vivant au sud de Tenkodogo, aux frontières et de chaque côté des frontières du Ghana et du Togo dans les provinces du Boulgou et du Koulpélogo. Leur langue fait partie du groupe Mandé. Le poste frontalier de Bittou et ses belles recettes douanières et contrebandières, le barrage hydroélectrique de Bagré et la proximité de Tenkodogo ont permis ces dernières années de sortir la communauté bissa d’une pauvreté et d’un isolement dramatique. image15.jpg

écolières bissa devant le village de Dassanga 

Traditionnellement agriculteurs, les Bissa se sont spécialisés dans la culture de l’arachide dont leur terroir est le plus grand producteur du Faso. L’arachide occupe donc une certaine importance dans les coutumes villageoises : un jeune homme souhaitant prendre une épouse doit préalablement travailler dans les champs d’arachide de la mère de sa promise. Leurs croyances animistes sont toujours très fortes même si beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui de confession musulmane. Grands amateurs de viande de chien (ce qui leur vaut les railleries amicales des autres ethnies) ils sont à l’origine de l’adage  » c’est absurde de manger la viande du chien et de laisser sa tête ! « . image16.jpg

Jeune fille bissa de Gnangdin vendant des pâtisseries à l’arachide

Il est également à noter une particularité de la population burkinabé d’ethnie bissa : la plus grosse diaspora burkinabé en Europe réside en Italie (environ 8000 personnes dont un millier à Brescia) et se trouve être consituée de Bissa originaires de Béguédo (le long du Nakambé) si bien que le patelin, richissime comparé aux autres bourgades burkinabé de même taille, est surnommé « Little Italy ». Les guichets Western Union et caisses d’épargne en rase campagne ainsi que les poteaux électriques au milieu de la brousse témoignent de l’envoi massif d’argent des immigrés bissa d’Italie.  image17.jpg

Timbre burkinabé représentant un sac à main de l’artisanat bissa.

Les Dogon

Les Dogon sont principalement présents dans l’est du Mali, dans la région de Bandiagara. Mais quelques villages Dogon isolés sont répartis au Burkina Faso, le long de la frontière malienne près de Djibo. La plus « grande » localité dogon est Diguel, à 70 kilomètres d’une mauvaise piste depuis Djibo. Le pays dogon burkinabé s’étend dans l’ensemble de cette zone frontalière. Les Dogon dont l’architecture est mondialement connue grâce au village de Bandiagara au Mali ont un particularisme culturel très fort accentué par une langue aux origines uniques. Malgré leur conversion à l’islam ou pour quelques-uns au christianisme, leurs coutumes animistes restent vivaces et leur statuaire, hélas pillée, demeure l’une des plus belles de cette partie de l’Afrique. 

Les Touareg

Les Touareg constituent le peuple emblématique du désert du Sahara. Ceux que l’on surnomme les hommes bleus (autant pour la couleur de leurs boubous que pour celle de leur peau parfois déteinte par la teinture indigo de leurs vêtements) sont un peuple nomade que l’on retrouve au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Algérie et en Lybie. Les zones désertiques de l’extrême-nord du Burkina Faso correspondent à leur zone de nomadisme la plus méridionale. Durant des siècles, ces seigneurs du désert étaient craints et respectés par les populations négroafricaines en raison des razzias qu’ils menaient pour capturer des esclaves. Jusqu’aux indépendances des pays d’Afrique de l’Ouest (et souvent même après) ces razzias chez les peuples noirs de l’orée du désert étaient le fondement même de la société touareg. Un vrai Touareg dans la société traditionnelle ne se salit pas les mains (même si l’eau ne lui sert qu’à se laver les pieds 4 fois par jour ignorant les parties cachées sous le boubou). Abdel Kader GALY dans le rapport Anti-Slavery International mars 2004, (lauréat du Prix International des Droits de l’Homme décerné par Anti-Slavery International) nous dit :  » L’esclave est le moteur de la société touareg « . Djibo Hamani, historien et enseignant à la faculté rajoute : «  Il est clair que toute la culture touareg actuelle, où la poésie, les visites prolongées et fréquentes aux parents, la cour aux femmes et le  » farniente  » occupent une grande place, n’a pu naître et se développer que parce que les hommes et les femmes libres, les Imajaghen en particulier, étaient totalement déchargés des tâches manuelles « . Bien qu’aujourd’hui une partie des Touareg soit noire, le négro africain dans l’inconscient collectif touareg demeure un esclave potentiel.   image18.jpgSi de nos jours les Touareg ne font plus de razzias d’esclaves, ce n’est pas parce que leur état d’esprit a évolué. C’est uniquement parce que les armées des pays victimes de ces rafles sont des armées noires. L’aspect romanesque du mode de vie des Touareg ne doit pas faire oublier qu’ils ne sont que les proches cousins des Djandjaweed soudanais qui massacrent les Noirs du Darfour, des esclavagistes mauritaniens et en règle général de la plupart des arabo-berbères qui considèrent le Noir comme une marchandise à vendre ou acheter depuis les siècles des siècles, amen. Bon nombre d’ONG criminelles, sous prétexte de sauvegarder la « liberté séculaire des hommes bleus  » et leurs traditions qui sont le « fondement de leur identité  » (ou plein d’autres lieux communs idiots dans ce genre), confinent les Touareg dans un siècle qui n’est pas le nôtre en hypothéquant l’avenir et la santé de leurs enfants tout en leur faisant croire que dans 10 ans ou 100 ans ils pourront continuer à sa balader en chameau avec des coutumes médiévales. Aujourd’hui, à Ouaga mais également à Cotonou, Bamako, Niamey ou Lagos, ils déambulent comme des fantômes d’eux mêmes tentant désespérément de vendre leur artisanat à d’éventuels touristes de passage. Les enfants touareg qui mendient en ville sont nombreux et leur nombre ne cesse de s’accroître. On est au XXIe siècle et l’avenir de ces enfants n’est résolument pas dans la divagation à dos de chameau. La population touareg du Faso a besoin d’une aide massive des autorités et des ONG. Pas des ONG qui les invitent dans leurs cirques pour présenter leurs sabres en peau de chameau mais d’ONG qui leur construisent des maisons viabilisées et alphabétisent les enfants, de gré ou de force. Car si la liberté, il y encore 50 ans, c’était de commercer à dos de dromadaire, aujourd’hui, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le regrette, c’est de savoir lire, écrire et s’adapter au monde moderne. Nul doute que les Touareg, avec leur histoire prestigieuse et leur habileté au commerce seront des citoyens du monde qui pourront échapper au cirque des marchés artisanaux dans lesquels certaines ONG aiment à les cantonner sous prétexte de ne pas leur faire perdre leur identité. Il est vrai que c’est original et intéressant de voir débarquer un Touareg en boubou à l’aéroport d’Orly pour aller vendre ses bijoux en mauvaix argent sur un marché équitable. On aimerait cependant beaucoup plus, avec l’argent du billet d’avion, voir ses gosses étudier la chimie en blue jean à l’université de Ouagadougou. image19.jpg

croix touareg de Tahoua sur un timbre à la couleur indigo

Si un Touareg sur la lune, ce n’est pas pour demain, donner des terres cultivables aux adultes (ce que les réformes foncières de Sankara permettent au Burkina Faso) et envoyer les gosses manu militari à l’école est une urgence pour sauver ce peuple apatride de la disparition ou de la misère absolue dans laquelle il s’enfonce.

Les Bobo et les Bwa (ou Bwaba)

Les Bobo et les Bwa sont deux ethnies apparentées du sud-ouest du Burkina-Faso. Les Bobo proprement dit sont aussi appelés Bobo-Fing et vivent principalement à Bobo-Dioulasso et ses environs alors que les Bwa, nommés aussi Bobo-Oulé sont représentés plus au nord.  image20.jpg

Carte postale ancienne montrant des villageois bobo devant leurs cases. 

Les Bobo-Fing seraient environ 100 000 au Burkina Faso. Ils sont à l’origine du nom de la ville Bobo-Dioulasso. Agriculteurs, ils cultivent le millet, le sorgho et le coton. Sans gouvernement centralisé, ils sont organisés en lignages dont les membres les plus âgés forment le conseil des anciens chargé de prendre les décisions. La notion de chef leur est profondément étrangère. Les Bobo croient en un dieu Wuro, créateur de la terre et des animaux.

Les Bwa, nommés également Bobo-Oulé, résident quant à eux dans une aire partant de Pâ, non loin de la frontière ghanéenne, et remontant au nord jusqu’à la frontière malienne dans la province du Nouna en passant Houndé, Bobo-Dioulasso et par leur chef-lieu, Dédougou. Ils sont très majoritairement animistes bien qu’environ 20% d’entre eux soient chrétiens ou même musulmans. Leurs croyances animistes et notamment leur culte au dieu Do sont à l’origine des masques en bois et en fibres d’une taille gigantesque qui sont utilisés dans les grands évènements de la vie du village. Ce n’est pas pour rien que c’est à Dédougou, en plein pays Bwa, que se tient chaque année en mars le Festival des Arts et des Masques (FESTIMA). Les Bwa peuvent y exercer leur art ancestral de la mascarade et en profitent pour présenter aux autres communautés ethniques du pays et de l’étranger leurs danses traditionnelles et leurs orchestres de percussions. Les Bwa qui seraient aujourd’hui environ 300 000, sont essentiellement agriculteurs et font particulièrement pousser le coton dont leur terroir est un des plus gros producteurs au Burkina Faso. Les habituelles productions vivrière de la zone (maïs, sorgho, arachide, etc…) sont leur cultures traditionnelles. La langue des Bwa est le Bwamu qui fait partie du groupe des langues Gur alors que celle des Bobo-Fing est du groupe Mandé. 

Les Samo-Marka 

Les Samo se considèrent comme les plus proches cousins des Bissa avec qui ils partagent de nombreuses similitudes culturelles malgré leur éloignement géographique. L’essentiel de leur population se trouve de l’autre côté de la frontière, au Mali. Ils occupent la plus grande partie de la province du Sourou, autour de Tougan. L’ancien président Lamizana était d’ethnie Samo (natif de Zignara dans le Sourou) toute comme l’historien et homme politique Joseph Ki-Zerbo.image22.jpg

                                                              Un timbre burkinabé représentant un grenier à mil typique de l’architecture Samo

Les Marka forment une petite communauté évaluée à 25 000 âmes autour de la frontière burkinabo-malienne dans les provinces du Mouhoun, du Sourou et du Kossi. Musulmans de langue mandingue apparentés aux Soninké du Mali, ils sont intégrés à la grande famille malienne des Bambara. S’ils pratiquent l’agriculture, ils sont aussi très actifs dans le domaine du commerce.

Les Européens 

Il est triste de voir que, comme dans la plupart des pays d’Afrique, contrairement à la situation en Asie, on ne rencontre que rarement des européens  » normaux  » au Burkina Faso. L’essentiel de la population européenne est constituée soit de seigneurs, soit de clochards. Les seigneurs, ce sont évidemment ces expatriés qui travaillent pour des organisations internationales ou des administrations et bouffent en frais de fonctionnement l’essentiel d’un budget normalement dévolu à l’aide au pays dans lequel ils séjournent. Voitures 4×4 hors de prix (avec toujours une antenne longue portée, faudra qu’on m’explique pourquoi) pour rouler dans une ville où des taxis ont 600 000 km au compteur sans avoir rendu l’âme. Ce sont les commanditaires (gouvernements, associations) qui sont les principaux responsables de cette gabegie.

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 Misérable enfant burkinabé devant un 4×4 full options climatisé (47 000€) aux couleurs de l’Unicef.

Indemnités de résidence insultantes, maison de fonction dans des quartiers retranchés peuplés par leurs congénères internationaux (Zone du Bois dans le cas de Ouagadougou), personnel de maison, etc.: le fonctionnaire international ou le salarié d’ONG est devenu dans ce monde une espèce de caste dont la destruction libèrerait un budget colossal et éviterait que des contribuables viennent dans un pays pauvre comme le Burkina Faso pour voir des milliers (je pèse mes mots : des milliers) de 4×4 estampillés aux logos de l’Union Européenne, de coopérations diverses, de l’UNICEF, etc. Et l’autre catégorie, ce sont les clochards avides  » d’authentique  » en Afrique : rastacrades  ou illuminé(e)s dont l’absence de personnalité les pousse à adopter ce qu’ils pensent être les us et coutumes du Faso. On voit ainsi se balader à droite à gauche : des Bretonnes avec des tresses africaines et un boubou multicolore aimant à se faire prénommer d’un nom local ou des Parisiens crados, en tongs qui se permettent de donner des leçons de philosophie à qui veut les entendre tout en se faisant poster leur RMI par Western Union. Bref, au milieu y’a plus grand chose. Quelques vrais travailleurs ou investisseurs sortent du lot, quelques voyageurs au long cours et quelques étudiants et/ou chercheurs permettent miraculeusement de croiser des monsieurs ou madames « toutlemonde  » sans que ce terme n’ait rien de péjoratif. Le problème, et c’en est véritablement un, c’est que vu que la quasi-intégralité des Européens du Faso fait partie de l’une ou l’autre de ces catégories archétypiques, le Burkinabé moyen pense que l’ensemble de la population européenne rentre dans ce moule : seigneur en 4×4 ou rastacrade pseudo-philosophe. Du coup, quand en débarquent quelques-uns qui ne correspondent pas au personnage habituel, le Burkinabé moyen est déconcerté… 

Les Libanais Les Libanais, tout comme dans toute l’Afrique, sont très présents au Burkina Faso. Travaillant dans le secteur de la restauration et du commerce ils continuent de vivre en circuit fermé favorisant ainsi une consanguinité dangereuse pour les gènes. Les Chinois

Les Chinois, comme partout en Afrique, viennent de plus en plus nombreux au Burkina Faso. Exceptés quelques hommes d’affaires ou coopérants (tous taïwanais puisque le Burkina Faso est l’un des seuls pays à reconnaître Taïwan), la plupart des Chinois viennent des provinces pauvres du Sud (Guanxi, Hainan) et se lancent dans le petit commerce : jouets bon marché, appareils électroniques, médecines et pharmacopées traditionnelles (notamment toutes les lotions et mixtures favorisant la rigidité du chibre, très appréciées en Afrique). La plupart ne roulent franchement pas sur l’or mais ils attendent des jours meilleurs. Comme en règle générale les produits de fabrication chinoise (y compris les deux-roues) suscitent crainte et méfiance de la part des Burkinabé malgré leur prix, le commerce n’est pas forcément aussi florissant qu’on pourrait le croire.   

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Page composée à partir d’un article mis en ligne en 2009 sur le site  » Planete-Burkina.com «  



Langues du Burkina Faso
19 juin, 2010, 22:09
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Au Burkina Faso, la langue officielle est le français ; il existe en outre une soixantaine langues nationales, les trois principales étant le mooré, le fulfudé (ou peul) et le dioula. Ces trois langues ont été choisies en 1974 car elles sont considérées par l’État comme des langues véhiculaires dans le pays. 

Cadre juridique, énumération des langues, nombre de locuteurs et classement linguistique

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Les principaux groupes ethniques du Burkina Faso                                                                                 

Selon l’article 35 de la Constitution du 27 janvier 1997 : 

1) La langue officielle est le français  2) La loi fixe les modalités de promotion d’officialisation des langues nationales. Cette loi n’ayant jamais été édictée, il n’existe pas de liste officielle de l’ensemble des langues nationales du Burkina Faso néanmoins une soixantaine de langues a été recensée par l’organisation non gouvernementale SIL International au Burkina Faso (cinquante-neuf selon Norbert Niekema : 

le bambara, le biali, le bissa, le birifor, le blé (ou jalkunan), le bobo, le bolon, le bomu, le bwamu, le cara, le cerma, le dagara, le dogon, le dogosé, le dogoso, le dyan, le dzuungoo, le gourmantché (ou gulmancéma), le gourounsi, le haouassa, le kaansa (ou gan), le kalamsé, le kantosi, le karaboro, le kasena (ou kassem), le khe, le khisa, le koromfé, le koussassé, le kusaal, le lobi (ou lobiri), le loma, le lyélé, le marka (ou Dafing), le malba, le moba, le nankana, le natioro, le ninkare, le nuni, le pana, le phuie, le samo (ou san), le seeku (ou sambla), le sénoufo, le siamou, le sikité, le sininkere, le sissala, le songhaï, le tamachek, le téén, le tiéfo, le toussian, le tourka, le viemo, le wara, le winen, le winyé, le zarma.

La quasi totalité de ces langues appartient à la famille des langues nigéro-congolaises à quelques exceptions près, telles que le songhaï et le zarma qui appartiennent à la famille des langues nilo-sahariennes et le haoussa et la tamcheck qui appartiennent à la famille des langues chamito-sémitiques. Parmi les langues de la famille nigéro-congolaise, les langues gur (mooré, gulmancéma, sénoufo) (plus de 60% des langues), sont les plus représentées suivies par les langues mandés (dioula, bissa) (environ 20% des langues), et enfin par les langues ouest-atlantique (peul, dogon). 

La langue officielle, le français 

langues3.jpgLe français, langue de l’enseignement scolaire ici à Dourtenda

Le français est la principale langue des institutions, des instances administratives, politiques et juridiques, des services publics, des textes et des communiqués de l’État, de la presse écrite, des écrivains. Il s’agit de la seule langue à l’écrit des lois, de l’administration et des tribunaux. 

La langue française a été introduite dans le pays par les colonisateurs français. Les missionnaires pour se démarquer de l’école laïque enseignaient en langues locales puis finirent par y renoncer et par adopter un enseignement classique en français, exception faite des écoles adressées aux filles. Selon une estimation de la CIA de 2003, seule 21.8% de la population de 15 ans et plus sait lire et écrire, de plus le taux net (c.-à-d. sur une classe d’âge donnée) de scolarisation, malgré une hausse constante depuis plusieurs années, n’est que de 47,70% pour l’année scolaire 2005-2006 d’où le fait que le français ne soit compris que par environ 15% de la population, dont seulement 5% de francophones réels selon la Délégation Générale à la langue française et aux langues de France. Malgré la supériorité numérique des langues nationales, le statut de langue officielle et celui de langue internationale font en sorte que le français pèse progressivement de plus en plus dans la vie sociale et économique du pays. Le français jouit, au plan social, d’un statut de prestige associé à une participation au monde moderne. Il s’agit de la langue de la promotion sociale. 

Selon André Magord et Rodrigue Landry, «  Depuis quelques années, dans les villes principales telles que Ouagadougou, Bobo et Banfora, la langue française s’étend à d’autres situations de communication que celles juste décrites. Devant la dimension de plus en plus multilingue de ces villes, le français s’impose de façon croissante comme lingua franca chez les commerçants et lors des échanges liés à tous les petits métiers qui se multiplient dans ces grandes villes. La langue française parlée n’est plus alors le français standard mais un français qui, sans la base de l’écrit, se transforme, se réinvente pour une part. Cette expansion du français est relayée par l’affichage publicitaire très présent dans les villes et qui propose des slogans en français. Ces slogans deviennent vite populaires dans une société burkinabè à forte tradition orale.  » Cette variété de français endogène qui résulte d’une hybridation linguistique est un pidgin en voie de créolisation.  Ainsi comme dans le pays voisin la Côte d’Ivoire est apparu un français populaire au Burkina Faso. Dans ce français appelé parfois «  français de Ouaga  » et qui reste essentiellement une langue orale, s’est crée un certain nombre d’interférences entre le français standard et le français populaire du Burkina du fait de l’influence des langues africaines dans la pratique locale du français. Enfin on assiste de plus en plus à des mariages mixtes constituant des familles dont la langue première est le français.

Les langues nationales véhiculaires de grande diffusion : le mooré, le dioula et le fulfudé

«  En 1978, la Troisième Constitution se prononce pour la première fois en faveur de l’officialisation des langues nationales avec le projet d’une loi devant établir «  les modalités de promotion et d’officialisation des langues nationales  ». Cette mesure sera reconduite dans la constitution actuelle du 2 juin 1992, sans pour autant avoir pris de dispositions établissant une officialisation effective de celles-ci. Avec l’appui financier du PNUD et de l’UNESCO, la réforme de l’éducation démarre par une phase d’expérimentation dès octobre 1979. Cette réforme touche de manière plus significative l’école primaire qu’elle investit d’une politique linguistique en faveur des langues locales en introduisant les trois langues les plus parlées dans le pays.  »

Parmi elles, le mooré est une langue du groupe gur, c’est non seulement la langue maternelle de trois millions de personnes dans le pays, les mossi qui occupe l’espace appelé le moogho ou pays du mossi qui occupe une superficie d’environ 63 500 km2, correspondant au bassin de la Volta blanche, mais aussi de plus de six millions de burkinabés (53%) le parlent dont par exemple les gourounsi, il s’agit d’une manière générale de la langue véhiculaire du pays et plus précisément de sa capitale Ouagadougou et du centre et de l’est du pays. Elle se divise en quatre dialectes ceux de Ouagadougou: le dialecte du centre; de Ouahigouya: le yaadre; de Kaya de Koudougou: le taaolonde.  Le dioula appelé aussi jula, est la langue véhiculaire des commerçants dans toutes l’Afrique de l’Ouest, elle sert de langue véhiculaire dans la deuxième ville du pays Bobo-Dioulasso capitale de la province de Houet et plus généralement dans l’ouest et le sud-ouest du pays, elle serait, selon le site ethnologue.com, la langue maternelle de 1 000 000 de personnes au Burkina Faso (8,8%) et serait comprise par trois à quatre millions de personnes en 1990. Elle est parlée par de nombreux groupes ethniques de l’ouest et du sud-ouest du pays (Bolon, Natioro, Komono, Pana, Bobo-madaré, Noumou, Sambla, Karaboro-Sénoufo, Toussian-Vigué, Marka, Turkaen) en complément de leur propre langue maternelle. Certains d’entre eux tels que les Tiéfo ou encore le Jalkuna (Blé) semblent même avoir complètement abandonné l’usage de leur langue originelle dans tous les domaines de la vie communautaire à son seul profit. Le fulfudé qui est la langue de l’ethnie peul installée dans le nord du pays (Dori et Djibo), sert de langue véhiculaire dans cette même région, elle aurait 750 000 locuteurs en 1999 (7,8%). Or seule 0,7% de la population du Burkina est alphabétisée en fulfuldé.

Les autres langues locales80 % des Burkinabè habitent en zone rurale où les contacts entre communautés sont peu fréquents. Le monolinguisme y est donc prédominant. 

La position de l’État est principalement attentiste concernant la promotion de ces langues nationales, il n’existe pas de stratégie cohérente et de plan clair. Il existe un certain «  irrédentisme linguistique  » selon Abou Napon qui freine la pratique du bilinguisme. Le pays est devenu un vaste champ d’expérimentation de politiques éducatives mené par des ONG comme TIN TUA. La radio nationale par exemple ne fait des émissions radiophoniques que dans quinze langues nationales sur les cinquante-neuf langues recensées. 

Outre les trois principales langues, il existe des programmes d’alphabétisation pour dix-neuf des langues nationales. La population est alphabétisée dans plusieurs langues : le sissala, le kassena, le gulmacema, le dagara, le lobiri, le san, le sonraï, le tamachek, le bwamu, le cara, le zarma, le haoussa, le cerma, le samogo, le bobo, le bissa, le nankana, le lyélé, le sikité, le winen. Certains en arrivent à se demander à quoi peut bien servir d’apprendre à lire en termes d’alphabétisation, étant donné qu’il est presque impossible de se procurer des documents écrits dans chacune des langues. Le gourounsi est divisé en plusieurs sous-groupes dont le lyélé pratiqué à Réo (2,1%, 130000 locuteurs), le kassem (120000 locuteurs) et le sissala pratiqué à Léo, le ko et le nouni. 

Le gourmantchéma est pratiqué à Fada N’Gourma et dans le gourma. L’association TIN TUA a lancé en 1989, le Programme d’alphabétisation du Goulmou (PAG) dont le but est d’aider les paysans à apprendre à lire, écrire et calculer; de mettre à leur disposition des manuels de lecture en nombre suffisant et portant sur des thèmes divers; rédiger et publier un journal mensuel dénommé Labaali élaboré surtout par les néo-alphabétisés eux-mêmes, ce journal possède 3000 abonnés. La langue bisa se parle en pays bisa à savoir à la province du Boulgou, dont le chef-lieu est Tenkodogo. 

Le lobi qui est parlé par 285000 locuteurs au Burkina selon l’ethnologue.com, est pratiqué à Gaoua dans le sud-ouest du pays. Le marka qui a 200000 locuteurs au Burkina Faso selon l’ethnologue.com, est parlé dans le département de Lanfièra et le nord-ouest du pays. «  Les Marka du nord appellent leur dialecte markakan et se reconnaissent Marka. Les Marka du sud appellent leur dialecte meekakan et se présentent Meeka.  » 

Le samo est parlé dans le département de Tougan. Le tamachek est parlé dans l’extrême nord du pays dans des villages telles que Markoye ou Tambao dans la province de Oudalan. 

Malgré l’inaction de la commission nationale des langues depuis 1984, les Burkinabè veulent «  réveiller  » leurs «  petites langues  ». C’est ainsi qu’un certain nombre d’associations ont vu le jour autour de cet objectif spécifique. Par exemple l’association Tiéfo Amoro, a pour mission de sauvegarder et promouvoir la langue tiéfo menacée de disparition.  Il existe des écoles bilingues mises au point par le ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBA) en 1994 avec l’appui technique et financier de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO). L’école bilingue a été expérimentée à Nomgana et à Goué de 1994 à 1998, puis étendue à d’autres régions et à d’autres langues nationales à partir de l’année scolaire 1998/1999, son succès est incontestable. Dans une école bilingue, la langue maternelle de l’élève est utilisée dès la première année dans une proportion de 90 %, contre 10 % pour le français. Par la suite, le français est graduellement introduit au fil des années en faveur du français pour constituer 90 % des activités pédagogiques à la cinquième année, contre 10 % pour la langue nationale. Elles touchent à présent six groupes linguistiques : mooré, jula, fulfuldé, lyélé, bisa et gulmancema.Certaines langues menacées d’extinction Selon le professeur Gérard Kedrebéogo, le blé, le nakioro, le wara dans la Léraba, le silanka dans le département de Pensa et le pana seraient menacées de disparition.

Les langues étrangères En tant que pays à majorité musulmane (près de 43%), il existe beaucoup de madrasas (majoritaires dans l’enseignement privé) où l’enseignement se fait en langue arabe, néanmoins la langue arabe semble se cantonner dans la sphère religieuse sans concurrencer le français dans la sphère publique. 

Dans les écoles publiques certaines langues étrangères telles que l’anglais et l’allemand font partie du cursus du secondaire comme discipline d’enseignement.

Le cas de Ouagadougou

À Ouagadougou, les langues les plus importantes au regard du nombre de leurs locuteurs sont le mooré, (343 758 personnes, soit 77,5 %), le jula, apparu avec l’arrivée de commerçants venant de l’ouest, (20 903 personnes soit 4,70 %) et le bissa (12 665 personnes, soit 2,86 %). Trois autres langues représentent entre 1 et 2 % des locuteurs (le fulfulde, le lyelé et le San) ; toutes les autres langues représentent moins de 1 %. Le français représente un peu moins de 3 %.  «  Contrairement aux campagnes, à Ouagadougou, capitale du pays, le français est une langue de communication assez usitée à telle enseigne qu’un parler, celui des artisans, des commerçants, des gens de la rue se crée. Il s’agit d’un français aux couleurs locales, parfois difficile à comprendre sans références aux langues nationales.  » Une étude pratiquée à Ouagadougou sur trois groupes de jeunes hommes issus d’ethnies différentes entre 20 et 40 ans lors de la tenue de grins a montré que d’une part tous étaient au moins bilingues et d’autre part que la langue française était la langue la plus employée dans les conversations. L’alternance codique français/mooré ou français/dioula étant de règle dans ce type de conversation



Le bienfait des railleries ethniques
19 juin, 2010, 20:51
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railleries1.jpgLa richesse culturelle du Faso vient en grande partie de la diversité des communautés qui au fil de l’histoire se sont implantées à travers le pays. Les grands et puissants royaumes à travers leurs conquêtes et vassalisations ont forgé le paysage ethnique que connait le Burkina aujourd’hui. Si à peu près tous les Burkinabé parlent au moins ou Mooré ou mandingue ou français, les langues maternelles correspondant aux différentes ethnies du pays dépassent la soixantaine ! La répartition de certaines de ces communautés se réduit parfois à quelques villages alors que d’autres occupent plusieurs provinces du pays. Chaque ethnie a son histoire, ses croyances, ses danses, sa langue, son architecture et ses traditions. Les liens entre les communautés sont complexes et certaines se considèrent comme cousines d’autres comme maîtres et esclaves. Il n’est pas rare par exemple d’entendre, sur le ton de la plaisanterie, un Burkinabé dire d’un autre qu’il est son esclave en raison de l’ascendance séculaire de son ethnie sur celle de son interlocuteur…  Toutefois, la parenté à plaisanterie évite bien des conflits  Au bureau, dans la rue, dans les transports en commun, en famille ou avec des amis, la parenté à plaisanterie pimente la vie quotidienne et donne lieu à des situations incongrues. Cette tradition encore vivace consiste à faire semblant de créer un conflit avec le représentant d’une ethnie alliée. Ce pacte permet aux protagonistes de s’insulter, de se railler et de se bousculer à l’envie, sans risque de dérapage.  «  N’oublie pas que tu es mon esclave !  », lâche une salariée ouagalais de la CNSS (Caisse nationale de la sécurité sociale) en refermant la porte d’un bureau voisin. L’invective pourrait surprendre si on ne savait pas que derrière la porte se trouve un homme hilare et que ladite femme glousse en repartant. Alors qu’on croyait assister à une violente altercation on se retrouve en fait spectateur du jeu le plus couramment pratiqué au Burkina Faso : la parenté à plaisanterie. Le but de cette joute verbale consiste à faire semblant de créer un conflit avec le représentant d’une ethnie alliée. Chacune des soixante-deux ethnies du Faso se trouve liée à une ou plusieurs ethnies. Ce pacte permet aux protagonistes de s’insulter, de se railler et de se bousculer à l’envie, sans risque de dérapage. Ainsi, les deux collègues et amis de la CNSS, respectivement Samo et Mossi, s’entendent. A l’instar des Bissa et des Gourounsi, des Bwaba et des Peuls, des Dagara et des Siamu, des Samba et des Lobi, etc.

Moqueries établies : Au bureau, dans la rue, dans les transports en commun, en famille ou avec des amis, la parenté à plaisanterie anime et pimente la vie quotidienne. Cette pratique dépasse les clivages sociaux et donne lieu parfois à des situations incongrues. A l’image de ce balayeur Dagara qui interpelle ironiquement son patron en lui rappelant que ses ancêtres se faisaient servir par les Siamu. Ces échanges humoristiques ont le grand avantage de dénouer les conflits et de servir d’exutoire. Pour Marcel Mauss, le premier à utiliser l’expression de parenté à plaisanterie, l’objectif de telles attitudes est de permettre un «  relâchement qui constitue une détente et une compensation nécessaire à la vie de groupe  ». De cette manière, les individus jouent avec leurs différences au lieu de s’opposer frontalement. Cette complicité permet aussi aux deux protagonistes de régler leurs comptes d’une manière détournée. «  Parfois, on sent que ça chauffe vraiment mais grâce au code de la parenté à plaisanterie, on est protégé et on peut se moquer de l’autre pendant des heures !  », sourit Ibrahim, restaurateur de 30 ans. A condition bien sûr de respecter les règles et de ne pas utiliser des insultes proscrites, comme celle de «  bâtard  », l’injure suprême, ou celles qui touchent à la mère.  C’est généralement lors des enterrements que les joutes verbales sont les plus impressionnantes. «  J’ai assisté à un enterrement où des Gourounsi ont subtilisé le cercueil d’un Bissa. Ils encerclaient le cercueil et demandaient à la famille d’apporter des arachides au défunt. Car dans la légende, les Gourounsi se moquent des Bissa parce qu’ils mangent beaucoup d’arachide. C’était la première fois que je voyais ça, alors au début j’étais un peu gêné. Mais mon père m’a expliqué que c’était la tradition  », confie Parfait, 22 ans. De la même manière, lors des enterrements Gourounssi, les amis Bissa du défunt demandent pour les mêmes raisons une tête de chien, en gage du cercueil.  Alliances entre ethnies :  Les origines des alliances et des parentés à plaisanteries sont multiples. Mais c’est toujours une histoire vraie ou inventée, mythique ou légendaire, au contenu conflictuel, qui scelle le pacte de plaisanterie entre deux ethnies. Les uns et les autres font référence à un conflit qui a opposé leurs ancêtres. A l’instar des Peuls qui accusent les Bobo d’être des buveurs invétérés de dolo (bière de mil ou de maïs), eux mêmes reprochant aux Peuls de n’être que de simples buveurs de lait, ce qui est le signe, selon les Bobo, d’une immaturité physique. Les faits reprochés ne reposent jamais sur une base sérieuse ou des problèmes de fond. La genèse et l’objet de la moquerie doivent impérativement prêter à sourire. 

Généralement, ce sont les petits travers et les habitudes d’une ethnie qui servent de prétexte. Les habitudes ou les coutumes raillées sont connues de tous et appartiennent à la culture populaire. Lors des «  combats de mots  », les deux acteurs forcent le trait et vont au fur et à mesure des échanges se qualifier réciproquement de personnes infréquentables. Ces faux procès, au ton décalé et comique, ravissent les spectateurs impromptus, qui ne sont pas les derniers à jeter de l’huile sur le feu ! Tout comme les journaux satiriques, comme Le Journal du jeudi, qui utilisent allègrement le procédé pour critiquer, sous couvert de parenté à plaisanterie, ministres et autres hommes forts du pays…

Facteur de paix sociale :

pour Boniface Batiana, le président de l’association pour la promotion de la parenté à plaisanterie (AB3P), «  la parenté à plaisanterie est un sujet d’expertise nationale, élément d’un phénomène transnational pouvant servir utilement la paix dans la sous-région  ». L’absence de guerre ethnique au Faso n’est sans doute pas étrangère à cette pratique. La parenté à plaisanterie a permis le rapprochement des peuples qui ont pu, grâce, entre autres, aux railleries populaires, conserver une identité sociale. L’acceptation de l’autre plutôt que la méfiance. Boniface Batiana, qui veut faire de la parenté à plaisanterie un exemple de paix sociale prend en exemple le Rwanda : «  Si la parenté à plaisanterie existait entre Tutsis et Hutus, il n’y aurait sûrement pas eu de génocide  », confie-t-il. Il semblerait que les Ivoiriens et les Burkinabé n’aient pas retrouvé de traces de parenté à plaisanterie.

De Gonzague Rambaud, envoyé spécial pour AfriK.com 



Une guerre pour des cacahuètes
19 juin, 2010, 20:34
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Cet article trouvé dans le journal le monde ne fait pas partie du sommaire annoncé de ce blog, mais le  problème qu’il pose est totalement en lien avec l’action MSF sur les grandes malnutritions de la petite enfance, et concerne un outil essentiel qui nous permet de solutionner beaucoup plus efficacement cette calamité. C’est à ce titre qu’il m’a paru important d’en publier les termes aujourd’hui.                              Jean-Pierre Caillon

Une PME normande est aux prises avec des sociétés américaines. Enjeu : le brevet d’une pâte nutritive révolutionnaire pour lutter contre les malnutritions. Une PME normande se retrouve assignée devant un tribunal de la capitale fédérale américaine pour une affaire de cacahuètes. L’histoire pourrait prêter à sourire si elle ne concernait 26 millions d’enfants de moins de 5 ans qui, dans le monde, souffrent de malnutrition sévère. Le brevet qui protège une invention révolutionnaire, sucrée – et française – est au cœur de ce conflit transatlantique. Cette invention s présente sous la forme de petits sachets d’aluminium contenant une pâte nutritive appelée  » Plumpy’nut  » (noix dodue) à base de lait en poudre, d’arachide, d’huiles végétales et de sucre, enrichie en vitamines et sels minéraux. En un temps record, ce  » Nutella des pauvres  » remplume les enfants squelettiques dans la tranche d’âge 0 – 2 ans, où la malnutrition cause des dégâts moteurs et cérébraux irréparables. Avec ces produits, une  » nouvelle ère  » s’ouvre dans la prévention et la lutte contre la malnutrition, écrit avec emphase le Programme Alimentaire Mondial (PAM) de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Consommé sans eau à la différence du lait thérapeutique qu’il remplace, le Plumpy’nut (PPN) ne transmet pas d’infection. plum.jpgLe produit est né en 1998 de la rencontre entre André Briend, médecin, et Michel Lescanne, industriel, et a mis presque dix ans à s’imposer. Il bousculait trop d’habitudes, notamment l’utilisation des surplus agricoles américains dans l’aide alimentaire. Mais à l’instar de Frigidaire, le Plumpy est devenu le nom commun des  » aliments thérapeutiques prêts à l’emploi « , connus sous leur sigle anglais RUTF. Et la société française Nutriset, qui l’a mis au point et a bataillé avec le soutien de Médecins Sans Frontières (MSF), a acquis une position largement dominante, aujourd’hui contestée en justice. 

 » Des enfants meurent parce que Nutriset empêche d’autres sociétés de produire l’aliment qui les sauverait. Le brevet qu’ils invoquent est ridicule  » s’emporte, au téléphone, l’un des plaignants, Mike Mellace, PDG d’une société californienne fabriquant des friandises à base de noix et de cacahuètes. Désireux de lancer une pâte nutritive baptisée  » Re : vive  » inspirée du Plumpy’nut français, il s’est allié avec une organisation caritative texane qui, elle, veut lancer un produit similaire, le VitalNut Pro. Leur plainte, déposée le 18 décembre 2009, présente le brevet qui protège le Plumpy’nut aux Etats-Unis, comme l’ « obstacle  » à leur propre entrée sur le marché des RUTF et demande au tribunal de le déclarer inapplicable.  » Les Etats-Unis, arguent-ils, sont le seul pays au monde disposant de suffisamment de surplus de production de noix, en particulier de cacahuètes, et ayant la possibilité de produire des RUTF en quantités qui pourront faire la différence pour les enfants souffrant de famine. «  Même s’ils s’en défendent, leur initiative semble viser à écouler des excédents américains, une démarche combattue par les grandes organisations humanitaires, y compris américaines. Selon le site américain Law.com, l’avocat des plaignants est d’ailleurs celui du Peanut Institute, une organisation qui se consacre à la promotion de la cacahuète. L’attaque a piqué au vif les dirigeants de Nutriset. « Aucun enfant au monde n’a été privé d’accès au produit à cause des brevets, s’étrangle Adeline Lescanne, directrice générale déléguée. Si ce n’était pas le cas, je ne pourrai pas venir travailler ici chaque matin !  » Pour Nutriset, l’accès aux RUTF n’est pas bloqué par ses brevets qui couvrent des états où vivent seulement 12% des enfants souffrant de malnutrition sévère. Si seuls 6% des enfants concernés y ont accès dans le monde, ce n’est pas à cause d’une production insuffisante, mais en raison du manque de crédits dévolus à l’aide alimentaire, estiment les fabricants de Plumpy. Selon une étude de MSF de novembre 2009, les budgets mondiaux consacrés à lutter contre la faim devraient être multipliés par trente pour satisfaire les besoins. Nutriset met aussi en avant sa politique destinée à favoriser la fabrication de ses produits au sud. Dans une douzaine de pays comme le Niger, l’Ethiopie, et le Malawi, elle a développé un réseau de franchisés dont les activités entretiennent des filières agricoles d’arachide, de sucre et d’huile. Ainsi comme au Kenya, elle a accordé des licences à des sociétés locales.  » Notre projet consiste à assurer une production pérenne au plus près des besoins et vise l’autonomie nutritionnelle des pays, assure Me Lescanne. Pas à envoyer sans lendemain une grosse quantité de surplus qui va désorganiser l’économie locale. «  

Pourtant, la PME normande dispose ‘une position ultra dominante sur un marché prometteur. Et sa politique de franchise est aussi destinée à préserver ses brevets. Sur une capacité globale mondiale de production estimée par l’UNICEF à 60000 tonnes, Nutriset et ses partenaires pèsent 44000 tonnes en 2010 alors que la demande solvable n’excède pas 30000 tonnes. Les dangers d’une telle situation ont été exposés dans une lettre adressée dès novembre à Nutriset par Tido Von Schoen-Angerer, directeur de la  » campagne pour l’accès aux médicaments essentiels  » liée à MSF. En matière d’aide alimentaire, les brevets devraient constituer une  » exception « , insiste-t-il. Il y a besoin de plus d’un fournisseur mondial pour assurer la sécurité de la chaîne d’approvisionnement (…) et permettre une mobilisation en réponse aux urgences (…) « , assène encore MSF auquel Nutriset doit beaucoup de sa renommée. Pour l’entreprise, longtemps considérée comme marginale, pareil avertissement peut être considéré comme la rançon d’un succès.  » La bataille autour du Plumpy est une sorte d’hommage tardif à ses promoteurs, analyse une responsable d’une organisation humanitaire sous couvert d’anonymat. Nutriset a une approche exceptionnelle de son business. Mais sa raideur sur la gestion de ses brevets est incohérente avec son éthique. «  Discrètement, la PME dit réfléchir à des moyens de  » gérer au mieux les brevets pour qu’ils profitent aux entreprises du sud « . Face aux  » légions  » américaines, peut-elle se considérer comme le petit village gaulois refusant de partager le secret de sa potion magique ?

Triple révolution dans l’aide alimentaire mondiale :

Scientifique, économique et politique : une triple révolution secoue le système d’aide alimentaire destiné à assurer la survie du milliard d’êtres humains qui souffrent de la faim. Ce contexte explique largement la bataille juridique autour du Plumpy’nut français. Dans le sillage de cet aliment thérapeutique prêt à l’emploi (RUTF en anglais) a été mise au point toute une gamme de nouveaux aliments à base d’arachide et de lait, plus efficaces que les farines enrichies.  Pour l’heure, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) n’y a recours qu’à titre expérimental. Mais la perspective de l’arrivée des RUTF dans les paniers alimentaires de cette agence de l’ONU, qui nourrit 90 millions de personnes, aiguise les convoitises. L’aide alimentaire, longtemps considérée par les pays riches comme un outil de valorisation des surplus agricoles, est souvent perçue comme un instrument de subventions déguisées. Si les états européens achètent dans les pays du sud l’essentiel de leur aide, les Etats-Unis continuent d’exiger le recours exclusif à des produits made in USA

Les ONG dénoncent le protectionnisme américain. L’une d’elles, Action Aid, estime, citant une source officielle américaine, que 65% des budgets sont engloutis par les frais de transport. La loi agricole annuelle américaine a timidement prévu en 2008 que 60 millions de dollars seraient consacrés en quatre ans à des achats locaux dans les pays destinataires de l’aide – une goutte d’eau sur les 8,8 milliards de dépense prévus dans la même période. Un rapport du Congrès de Février explique que les achats locaux engendreraient des économies et permettraient d’intervenir plus vite. Mais, critiquent certains élus,  » fournir des denrées non américaines achetées avec de l’argent américain airait pour conséquence d’affaiblir la coalition des groupes de producteurs « . Enfin, les pourvoyeurs d’aide se heurtent de plus en plus aux arguments de souveraineté des états récipiendaires. L’utilisation de ressources locales, voire leur transformation sur place, constituent de solides arguments pour faire accepter l’aide. La crise économique n’a rien arrangé. En 2009, la PAM n’a réussi à collecter auprès des états que 3,7 milliards de dollars, sur les 6,7 de son budget. 

Articles de Philippe Bernard publiés en page 3 du journal  » Le Monde  » le samedi 3 avril 2010. 



La prise en charge de la santé au Burkina Faso
12 juin, 2010, 7:34
Classé dans : Non classé

Le système de santé publique au Burkina Faso s’articule sur quatre niveaux de soins : les Centres de Santé et de Promotion Sociale (1000 CSPS), le Centre Médical (20 CMA) basé au chef lieu du district sanitaire (55 districts), les Centres hospitaliers Régionaux (9 CHR) et les Centres Hospitaliers Universitaires (3 CHU).

Généralités :

La situation sanitaire au Burkina Faso est déplorable. La pauvreté, la rareté et le manque de qualification des structures médicales, certaines traditions ancrées dans la culture et la faiblesse de l’instruction font que des fléaux en cours d’éradication dans d’autres pays d’Afrique font encore des ravages au Faso. Méningite, paludisme, choléra, fièvre jaune, tuberculose ou SIDA déciment chaque année une partie de la population. A eux seuls, le SIDA, le paludisme, le choléra (et autres maladies diarréhiques) et la syphilis font plus de 80.000 morts chaque année (chiffres de l’OMS).sant2.jpg

Photo à droite : campagne de promotion pour les médicaments génériques à la sortie de bobo-Dioulasso. Pour les Burkinabé, médicament générique est synonyme de faux médicament fabriqué en Chine ou au Nigéria et vendu sur le bord de la route d’où leur méfiance à l’égard de ce type de remède même vendus en pharmacie. 

Les campagnes d’information et de sensibilisation sur la prévention de ces maladies sont peu efficaces et se heurtent à l’indifférence d’une population qui au jour le jour doit trouver quelques centaines de francs CFA pour subsister. Les soins étant inexistants dans la plupart des zones rurales et hors de portée financière en zone urbaine, de simples accidents de la route entraînent souvent la mort : 5000 décès dus aux accidents de la route sont à déplorer chaque année dans ce pays où moins de 50.000 véhicules circulent effectivement. 

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Photo à  gauche : campagne de promotion de la vaccination contre la poliomyélite à Ouaga sur le mur du siège burkinabé de l’OMS. Pour la plupart des indicateurs, le Burkina connait des chiffres plus mauvais que les autres pays de la région.  

Néanmoins, les grandes campagnes de vaccination ou de traitement financées par les organisations internationales ont permis de faire presque disparaître des maladies telle que la poliomyélite, l’onchocercose (cécité des rivières) ou la trypanosomiase (maladie du sommeil).

Le contexte sanitaire:

Si la couverture sanitaire s’améliore en matière d’infrastructure, le système de sasant3.jpgnté est néanmoins confronté à des difficultés majeures : 

                                Photo à droite : centre hospitalier pédiatrique national Charles de Gaulle de Ouagadougou. 

  • un manque de personnel qualifié : moins de 450 médecins, 20 CMA fonctionnels pour 55 districts sanitaires. Insuffisance de praticiens dans les hôpitaux ;
  • une sous utilisation des services de santé : on note moins de 0.2 contact/an/habitant, un taux d’occupation des lits hospitaliers inférieur à 50%. Ceci est grandement lié à une inaccessibilité financière des ménages.
  • des indicateurs de santé parmi les plus mauvais de la sous région : La mortalité maternelle et infantile est parmi les plus élevées dans la région (930/100 000 ). La mortalité infantile est de 105 pour 1000 naissances vivantes.  la problématique du SIDA. : On estime aujourd’hui la prévalence du VIH/SIDA à 4% de la population.

Les politiques nationales en cours :

Le ministère de la Santé a fait l’analyse de cette situation et adopté pour y remédier un Plan National de Développement Sanitaire (PNDS) pour une période de 10 ans mis en oeuvre en étroite collaboration avec l’ensemble de ses partenaires multi et bilatéraux.

L’appui français dans le domaine de la santé:

En matière de santé notre coopération est centrée sur la lutte contre le SIDA. Néanmoins différents projets sont actuellement en cours et contribuent à la mise en œuvre de la Politique Nationale de Santé et à la lutte contre certaines endémies. 

  • Les projets santé bilatéraux mis en œuvre par le SCAC 
  • Appui à la réforme hospitalière
  • Appui à la lutte contre la tuberculose et le SIDA 
  • Le Centre Hospitalier National Pédiatrique Charles De Gaulle 
  • Des projets sous-régionaux intéressant le Burkina Faso

Ils contribuent à l’amélioration du niveau de santé des populations. C’est le cas par exemple d’un projet qui vise à «  favoriser l’extension de l’assurance maladie volontaire et des mutuelles de santé en Afrique de l’ouest  » et particulièrement au Burkina Faso avec le soutien au RAMS «  réseau d’appui aux mutuelles de santé  » On citera également «  le programme d’amélioration de la qualité et de l’accès aux soins obstétricaux d’urgence dans les pays en développement  » qui se traduit au Burkina Faso par une action dans le district du secteur 30 à Ouagadougou en collaboration avec d’autres partenaires (IRD) . L’objectif est d’accroître la proportion d’accouchements assistés par des personnels qualifiés disposant d’un matériel obstétrical adapté.

Blaise Compaoré invite les acteurs à persévérer dans la lutte contre les maladies

La IIe édition des « Journées des communautés religieuses et coutumières contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme  » a connu son apothéose, samedi 18 juillet 2009 à Ziniaré où le chef de l’Etat, Blaise Compaoré, a rencontré l’Union des religieux et coutumiers du Burkina contre le SIDA (URCB) et les acteurs de la lutte contre les maladies.  » J’apprécie particulièrement votre combat contre la stigmatisation des malades et la discrimination envers les personnes infectées  » note Blaise Compaoré. Autorités de l’Etat, coutumiers et religieux unis pour vaincre les maladies dont le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Les religieux et coutumiers du Burkina Faso s’affirment de plus en plus pour le bien-être et l’épanouissement des populations. Fédérés en Union des religieux et coutumiers du Burkina contre le SIDA (URCB) en 2007, ils ont commencé à célébrer « les Journées des communautés religieuses et coutumières contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme », l’an passé. Pour l’édition 2009 parrainée par le Mogho Naaba Baongo, l’URCB a choisi de la célébrer du 16 au 18 juillet 2009 sous le thème  » Dynamique communautaire dans la promotion de la santé : l’exemple de l’URCB dans la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme ». C’est dans ce cadre que le chef de l’Etat, Blaise Compaoré, président du Conseil national de lutte contre le SIDA et les IST (CNLS-IST) a accepté rencontrer les coutumiers et religieux et les autres acteurs de la lutte contre les maladies, notamment le SIDA, la tuberculose et le paludisme le samedi 18 juillet 2009 à Ziniaré, chef-lieu de la région du Plateau central. Cette rencontre a permis au Président du Faso d’affirmer que la pandémie du SIDA demeure une préoccupation majeure pour l’Afrique de par son impact destructeur pour les vies, la cohésion sociale et la production économique. « L’adoption de politiques sanitaires énergiques par de nombreux pays visant à endiguer la propagation du fléau, permet de réduire progressivement l’ampleur des infections sur le continent. Au Burkina Faso, la baisse du taux de prévalence, qui est passé de 7,17% en 1997 à moins de 2% en fin 2008, est fort encourageante. Ces résultats appréciables ont été obtenus grâce à l’implication effective de toutes les couches sociales de notre pays et à l’appui résolu des partenaires techniques et financiers », a indiqué le Président du Faso. En effet, les coutumiers et religieux ont su briser les préjugés longtemps entretenus sur le SIDA et les IST et se sont distingués par une responsabilité déterminante dans la mise en Å »uvre de la stratégie nationale de lutte contre le SIDA. Blaise Compaoré a félicité toutes les organisations faîtières de l’URCB pour leur engagement en faveur de l’éradication des maladies.

Un engagement encourageant

Il a reconnu que la création de l’URCB a révélé la détermination de ces couches sociales à œuvrer, à travers cette structure originale, pour une société burkinabè débarrassée du fléau du SIDA, et apte à relever les défis du développement économique et social. « Votre initiative conforte la solidarité nationale et renforce l’efficacité de l’action du gouvernement. Fidèles aux principes moraux qui fondent leur credo, la religion et la tradition ont toujours marqué un intérêt particulier pour la sécurité humaine. J’apprécie particulièrement les acquis de votre combat contre la stigmatisation des malades et la discrimination envers les personnes infectées, » a affirmé le président du CNLS-IST. En tous les cas, il a invité les coutumiers et religieux à nouveau sur le front de la lutte contre le paludisme et la tuberculose.  » Faites en sorte que les cours royales, les églises, les mosquées et les temples constituent de véritables écoles de formation humaine et de respect de la vie », a-t-il exhorté. Le parrain de l’édition 2009, le Mogho Naaba Baongo, a, par la voix de son ministre, le Larlé Naaba Tigré et au nom des chefs coutumiers et des leaders religieux musulmans, catholiques et protestants, remercié le chef de l’Etat Blaise Compaoré  » pour son écoute permanente et sa constante disponibilité à notre égard et pour toutes nos préoccupations, nos soucis et nos espoirs « . Le Mogho Naaba Baongo a renouvelé l’engagement solennel des coutumiers et religieux à s’impliquer davantage dans la lutte contre les maladies, en collaboration avec l’Etat pour le développement.  » Nous prions pour que ces journées des communautés religieuses et coutumières s’inscrivent en lettres d’or dans les annales de la lutte contre le SIDA comme un signal majeur vers la victoire sur les maladies et pour l’épanouissement de nos populations « , a dit le Mogho Naaba. Le président de l’URCB, David Lompo a également exprimé toute sa gratitude au chef de l’Etat pour avoir accepté présider la cérémonie commémorative des présentes journées. Il a aussi exprimé sa gratitude au Mogho Naaba Baongo et aux autorités religieuses, coutumières, politiques et administratives qui ont fait le déplacement de Ziniaré. M. Lompo a égréné un chapelet d’acquis de l’URCB depuis sa mise en place en 2007. Pour autant, il a reconnu que de nombreux défis restent à relever par l’URCB. Renforcer les capacités, faire des journées des communautés un cadre de réflexion et d’interaction pour une synergie d’actions communautaires et durables au sein des communautés, poursuive l’élaboration des documents normatifs devant guider les interventions sur le terrain sont entre autres défis. 

Le Secrétaire permanent du Conseil national de lutte contre le SIDA et les IST, Joseph André Tiendrébéogo, a, quant à lui, rappelé qu’en deux ans d’existence, l’URCB a su capitaliser et mettre à profit l’engagement des communautés coutumières et religieuses dans ses actions. « C’est pourquoi, elle a déjà acquis une renommée tant au niveau national qu’international », a souligné M. Tiendrébéogo. Au demeurant, il reste convaincu que cette IIe journée vient davantage renforcer les liens qui unissent les communautés et leur permettent d’aller de l’avant.

Santé à Ouagadougou : deux quartiers, deux communautés ?

L’Observatoire de Ouagadougou a démarré dans deux sites pilotes, Taabtenga et Wemtenga. Mwangaza Action a mené dans ces deux quartiers un diagnostic communautaire pour voir dans quelle mesure des actions de santé communautaire sont concevables. Cette note présente les premiers résultats d’une série d’enquêtes qualitatives. Wemtenga est un quartier loti de la zone urbaine de Ouagadougou. Administrativement, il fait partie du secteur 29 et relève de l’arrondissement de Bogodogo. Longtemps une zone périurbaine, il a été loti et viabilisé dans les années 1980. Taabtenga est un quartier non loti à la périphérie est de Ouagadougou. Le mot Taabtenga est défini par certains autochtones comme “la terre des autres” ou “grâce aux autres”. La vie du quartier est régulée par les Dakouré et les Rouamba qui sont les gestionnaires du patrimoine coutumier. Les deux quartiers comptent une mosaïque d’ethnies : Mossi (le groupe majoritaire), Peul, Bissa, Gourounsi, Gourmantche, Samo, Dagara, qui constituent les principaux groupes ethniques du Burkina. Les religions burkinabe sont elles aussi toutes représentées : Catholicisme, Protestantisme, Islam et Animisme.  Wemtenga est donc loti et viabilisé. Il y a de l’électricité, l’eau courante des infrastructures scolaires, religieuses, commerciales et sanitaires. En revanche, Taabtenga n’est pas (encore) loti : pas d’infrastructures sanitaires, économiques, ou de communication (téléphone, routes) ; pas d’électricité ni de réseau d’eau courante.  Dans les deux quartiers nous avons distingué quatre formes d’organisation: coutumière, religieuse, associative et administrative. Ces quatre formes d’organisation cohabitent tout en gardant chacune leur autonomie et leur spécificité.

Organisations coutumières:

A Wemtenga, il y a d’abord la chefferie coutumière dont le représentant est le Wemtenga Naaba. Il y a un chef de terre, un messager et un ensemble de notables (conseillers). Le chef est avant tout un diplomate qui gère et résout les conflits interpersonnels, intergroupes et intra-groupes. Il est donc un pacificateur qui recherche l’harmonie et la cohésion sociale. Généralement, il s’en sort avec succès parce que même le Moro Naaba1 lui doit des allégeances. Mais quand il échoue dans sa mission il rend compte au Moro Naaba pour que celui-ci prenne la décision finale.  A Taabtenga, le pouvoir coutumier fonctionne sur la base de la descendance avec en tête le chef coutumier. Dans le fonctionnement de la structure sociale, le chef est aidé par les notables de la cour du chef. Ils ont pour rôle de gérer la communauté dans toutes ses dimensions. Ainsi le collège des sages, en collaboration avec les autres membres de la communauté, use de tout son pouvoir pour maintenir l’ordre.

Organisations religieuses

L’animisme est présent surtout au niveau du pouvoir coutumier. Cette religion ancestrale connaît de nos jours une forte régression sous l’influence des religions révélées que sont le Catholicisme, le Protestantisme et l’Islam. Le religieux fonctionne à travers l’organisation indépendante de chaque groupe religieux (musulman, catholique, protestant). Chaque groupe religieux a un supérieur hiérarchique qui donne les directives pour la bonne marche de sa communauté. Chaque communauté religieuse contribue à sa manière au bon fonctionnement du quartier.

Organisations associatives

A Wemtenga comme à Taabtenga, il y a les associations formelles, reconnues par le Ministère de l’Administration Territoriale. Il y a aussi des associations non formelles, des groupes ou des regroupements de personnes ayant les mêmes besoins ou les mêmes aspirations sans pour autant avoir une structure particulière ou un document officiel attestant leur existence. A Wemtenga, en plus des associations, on note la présence de projets, des agences de développement et des organisations non gouvernementales. A Taabtenga, il est apparu que les associations non formelles sont plus nombreuses. Par ailleurs, la présence de personnes ressources, un roi des Mossi, des ONG, jouant un rôle de leaders communautaires, a été constaté. Organisations administratives

Depuis la mise en place du conseil municipal de l’arrondissement de Bogodogo en 1995, les conseillers municipaux ont remplacé les délégués administratifs. Ce sont maintenant les conseillers qui jouent le rôle de relais entre la communauté et l’administration. En principe les conseillers apportent à l’administration les doléances et l’informe des problèmes auxquels les habitants sont confrontés. Les conseillers municipaux sont de ce fait les intermédiaires entre l’administration et la population. Sur le plan sanitaire, le quartier fait partie du district sanitaire du Secteur 30 de Ouagadougou.Les centres de prise de décisions

La chefferie traditionnelle, les autorités religieuses et l’Administration municipale sont les pôles décisionnels majeurs des zones de Taabtenga et Wemtenga. Les chefs traditionnels détenteurs des attributs coutumiers, exécutent les sacrifices donnant aux nouveaux arrivants le droit d’installation d’une part et d’autre part veillent sur la vie du quartier en accord avec les esprits des ancêtres. Le pouvoir coutumier est plus fort à Taabtenga qu’à Wemtenga. Les autorités religieuses (catéchistes, pasteurs, imams) n’ont qu’un pouvoir partiel qui se limite aux membres de leur communauté religieuse. Il est important de remarquer que tous les groupes religieux ont leur hiérarchie (ou sont prises les décisions suprêmes) en dehors des deux quartiers. Leur sphère d’influence dépasse l’espace géographique des quartiers, leurs fidèles pouvant venir des quartiers voisins.

Les réseaux relationnels

Les réseaux relationnels sont très complexes et diversifiés. A Wemtenga, en plus des lieux de loisir (kiosques, buvettes, bars, cabarets), les différents pôles de prise de décisions constituent des champs ou des réseaux de relations. A Taabtenga, la vie du quartier se mène autour du marché, des points d’eau et dans les cabarets. Le soir, les alentours des vidéo clubs, des kiosques, des “ grains ” de thé constituent des points de rencontre des jeunes. Vers ces différents points convergent de véritables réseaux d’informations entre groupes et par delà tout le quartier. A Taabtenga, les cabarets constituent “l’oeil et l’oreille” des habitants.

Une pluralité de communautés à Taabtenga et Wemtenga

La notion de communauté en tant qu’entité homogène, dans laquelle tous les individus et composantes vivent en harmonie et dans la cohésion sans clivages sociaux ou conflits, n’est opérationnelle ni à Wemtenga ni à Taabtenga. Il serait plus indiqué de parler d’espace social où cohabitent plusieurs communautés : les communautés religieuses, coutumières, etc. Prise individuellement, chacune de ces communautés est une entité autonome qui agit sans avoir à se référer directement aux autres. Généralement, les mécanismes de prise de décisions de ces communautés sont fonction de leurs objectifs, de leurs aspirations, de leurs besoins, de leur statut ou de leur règlement intérieur. Taabtenga, malgré sa configuration qui nous rappelle le cercle du village, a une organisation tout autre. Ainsi, nous avons pu remarquer que l’entraide communautaire vue globalement est inexistante. Cependant les habitants et notables que nous avons interviewé insistent sur l’importance des relations interpersonnelles. Ainsi, lorsqu’une personne a besoin de soutien, elle s’adressera d’abord à son cercle d’amis, de parents et de voisins. Une structure organisationnelle n’a pas été mise en place pour gérer les problèmes des habitants ; les associations de quartier ne jouent pas ce rôle. A Wemtenga et à Taabtenga, il n’existe pas de communauté en tant qu’entité homogène à laquelle tous les habitants auraient le sentiment d’appartenir et d’adhérer parce qu’elle défendrait leurs valeurs, leurs besoins, leurs intérêts, leurs problèmes et leurs aspirations profondes. En revanche, il y co-existe une pluralité de communautés où des formes de solidarité spontanées s’organisent par affinité ou rapprochement (amis, parents) pour mobiliser les ressources et résoudre des problèmes ponctuels.

Clotilde Ky Mwangaza Action mwangaz@fasonet.bf 



Le Burkina pose le problème de l’acceptation de l’homosexualité
12 juin, 2010, 6:56
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L’homosexualité au Burkina Faso 

Propos recueillis par Ramata Soré – L’Evénement – Déc. 2001. Ces propos ont été relayés sur ce blog car ils me semblent refléter assez réellement l’opinion de l’essentiel de la population rurale de Yako face à ce problème de l’homosexualité ; il est bien entendu que cela ne signifie en rien que j’en cautionne les affirmations qu’ils colportent. Jean-Pierre Caillon.

Il n’est pas facile de parler d’homosexualité. Particulièrement dans ces sociétés encore très à cheval sur certains principes fondateurs de la société humaine. Même dans les milieux a priori ouverts sur le monde extérieur : chercheurs, enseignants de l’Université de Ouagadougou, députés, citoyens dits « cultivés » on évite soigneusement la question.  Et pourtant, elle est là à nos portes. Même si Ouagadougou n’est ni Sodome ni Gomorrhe, ces symboles impies de la fornication dont parle la Bible, et même s’il n’y a pas encore de  » gay pride  » sur l’avenue Bassawarga ou Kwamé Nkrumah, il convient d’en prendre conscience : l’homosexualité existe bel et bien au Pays des Hommes intègres. Pour s’en convaincre, une sortie nocturne, sur l’avenue Kwamé Nkrumah, renseigne sur la présence d’une  » communauté homo  » au Faso. Pauvre Simon ! Et dire qu’il n’y a pas longtemps, ce sont les prostituées femmes qu’il voulait déloger de ces lieux. Faut-il faire comme s’il n’y a rien ? Comme si le phénomène n’existait pas ? Les  » puritanistes  » seront très sûrement enclins à procéder ainsi, comme si en parler c’était en soi faire exister le phénomène. Dans une société démocratique, la meilleure façon de traiter les problèmes, c’est d’en parler. Et c’est ce que nous avons choisi de faire. Dans les années 1970, au Burkina Faso, la minijupe était bannie et les filles qui la portaient étaient très mal vues. Un arrêté ministériel sous le régime Lamizana l’avait frappée d’interdiction. Cette décision n’a pas connu d’abrogation jusqu’à nos jours, mais elle n’expose plus la femme en muni jupe à la vindicte populaire. La société évolue et les mœurs avec. A l’exemple de la mini jupe, peut-être que dans quelques années, l’homosexualité sera aussi  » une banale affaire « . Même si nous convenons que les deux problèmes ne se situent pas au même niveau.

Un homme peut-il aimer son camarade garçon ?

La question vaut aussi pour la femme qui aimerait une autre femme. Dans une société où la sexualité est réservée à la reproduction, donc à la pérennisation de l’espèce, l’homosexualité ne peut être acceptée. Elle signifierait stérilité et mort de l’espèce. Pour l’instant, le plaisir n’est pas le but premier de l’acte sexuel, c’est un adjuvant. Au-delà de la répugnance pour l’homosexualité, il y a un acte de conservation, de préservation. C’est ainsi que Ramata Soré, journaliste, approche le problème, en affichant d’entrée de jeu des arguments hautement judéo-chrétiens… Cheveux noirs coupés à ras, moustache et barbe, superbement taillés, forment une couronne autour de la bouche. Une raie de toisons sous la lèvre inférieure renforce les signes de virilité d’Henri, un nom d’emprunt, jeune burkinabè de 26 ans. Il vient de prendre une douche. Une serviette autour de la taille, Henri se pommade le corps qui n’est ni trop maigre ni trop gras. Un tricot noir moulant fait ressortir son buste. Homosexuel, Henri l’est depuis l’enfance.
En cette soirée du mercredi 16 février 2005, la concession familiale d’Henri est inondée par la pénombre. Tout au fond, des rayons lumineux jaillissent d’une chambre sur la porte ouverte. Les murs de cette chambre sont d’un bleu ciel immaculé dont les bords inférieurs sont peints en marron. Un matelas, enveloppé dans un drap gris, est posé sur le sol recouvert d’un tapis bleu turquoise aux motifs carrés. Une fille et un jeune homme affalés y font la causette. Eux également sont homosexuels. A l’angle gauche de la pièce, sur une table, se trouve une grande valise pleine de vêtements soigneusement rangés. A l’angle droit est posé un énorme pot en paille avec à l’intérieur, des balais décoratifs multicolores à dominance rouge. En haut, deux étagères. L’une est en verre. Dessus, sont posés des verres à champagne, et à vin, etc. Sur l’autre étagère, en bois peint en blanc, une petite boîte blanche en carton, une gamme variée de pommades corporelles pour femme, des flacons de parfum. De femme, il n’y en a point dans cette chambre, du moins c’est Henri la femme. « J’ai un corps d’homme mais je suis femme dans ma tête. Je raisonne comme une femme », précise-t-il, de sa voix douce. Sa féminité, il la montre et la vit, en nouant un pagne ou une serviette autour des reins lorsqu’il est à la maison, par une démarche ondulante avec des gestuelles sensuelles, par le fait de se pommader… « Nous avons grandi ensemble dans le même quartier et je l’ai toujours connu efféminé », déclare l’un de ses amis d’enfance. Ayant, quatre frères et sœurs, tous hétérosexuels, Henri est le seul de sa famille à aimer les hommes et à avoir des relations sexuelles avec eux. Pour lui, il est  » né homosexuel « . 

Annick, avec son prénom de circonstance, est une jeune fille de 32 ans. Elle est lesbienne, c’est-à-dire qu’elle a des rapports intimes avec une autre fille. Il y a cinq ans de cela, une nuit, elle surprend son petit ami dans les bras d’une fille. C’est la déception. Les larmes aux yeux, elle court se confier à l’une de ses amies. De consolatrice, cette dernière, dès ce moment, remplace le petit copain infidèle.  » Depuis le regard des garçons m’insupporte et je les hais! « , lance Annick. Maintenant poursuit-elle, elle a  » un prince charmant [c'est une fille] qui me fait vivre une romance faite de simplicité. Nous nous aimons sincèrement. Et je sais qu’il ne me trahira pas « .

 Le rejet de la société :

Le plus difficile pour les homosexuels n’est pas tant leurs pratiques sexuelles, mais le fait de s’accepter et de faire leur coming-out. Autrement dit, se faire admettre par la société en se montrant au grand jour en tant qu’homosexuels et assumer leur homosexualité. Cette impossibilité de s’afficher se révèle très douloureuse pour eux.  » Ce n’est pas facile de vivre son homosexualité et d’en parler à quelqu’un. Ni à sa famille, ni à ses amis. Personne ne peut comprendre ce que c’est qu’être homosexuel ! Les rares personnes qui le savent me demandent pourquoi une belle fille comme moi couche avec une autre fille « , affirme Annick qui auparavant n’avait jamais eu d’attirance pour d’autres femmes.  » Tout parent voudrait que son enfant suive la norme de la société.  »  » Les miens le prenaient très mal et ne concevaient pas que je sois homosexuel « , confie Henri. A l’école primaire, du fait qu’il était un garçonnet efféminé, il a été la risée de ses camarades de classe et des autres enfants du quartier. C’est à l’âge de 14 ans qu’il prend conscience de sa situation.  » Une fois que j’ai su que j’étais homosexuel, je me suis accepté et j’ai assumé  » dit-il. La norme de comportement sexuel au Burkina Faso est l’hétérosexualité. Face donc à l’homosexualité, les attitudes varient, allant de l’incompréhension à l’exclusion.  » Moi homme, en regardant une femme bien habillée, j’y trouve un certain plaisir et j’ai des sentiments. Et je n’arrive pas à comprendre que certains hommes désirent d’autres hommes. Si telle était l’attitude de leurs parents, seraient-ils nés? « , se demande Aboubacar, étudiant en droit. Avant de renchérir :  » Je pense qu’il faut enfermer tous ces homosexuels. Ce sont des malades. D’ailleurs, le député burkinabè, qui osera voter une loi afin que notre société reconnaisse l’homosexualité, fera une insulte au genre humain. Il ne mérite pas sa place à l’Assemblée nationale « . Marianne, enseignante de profession et croyante, dénonce les efforts de certaines personnes  » à démontrer que l’homosexualité est une chose naturelle, et qu’à côté des hétérosexuels, il y a les homosexuels, comme il y aurait, par exemple, les Blancs et les Noirs. J’ai naïvement, toujours pensé que l’homme et la femme allaient si bien ensemble, et qu’ils étaient faits l’un pour l’autre « . Léon pense qu’il faut éradiquer l’homosexualité avec le soutien du droit en prenant en compte les aspirations du peuple.  » Or les aspirations du peuple burkinabè en matière de relation, c’est le mariage homme-femme « . Patrick, lui a été désappointé :  » j’ai été déçu de découvrir qu’une personne que j’estime beaucoup est homosexuelle. Dès cet instant, j’ai eu de la peine pour lui et pour moi parce que je ne peux pas comprendre qu’en Afrique, un jeune homme beau, élégant soit homosexuel « . Pour Dieudonné, imprimeur, les homosexuels  » sont des malades qui, à force de copier le Blanc deviennent moins que des animaux. Ils ont perdu la raison. Les animaux sont encore mieux que ces personnes car je n’ai jamais vu deux chiens ou deux chattes s’accoupler. Les rapports qu’ils entretiennent sont des actes contre nature qu’il faut réprimer avec la dernière énergie « .
Pour certaines personnes, l’homosexualité est le résultat de la dégradation des mœurs face à un système éducatif destructeur qui n’exalte pas les valeurs des sociétés traditionnelles burkinabè et ne fait que pousser les jeunes à consommer aveuglement tout ce qui vient de l’Occident. Ce rejet de l’homosexualité, de l’appréciation personnelle, va jusqu’à à la discrimination, à l’agression verbale et physique.  » Une fois, nous sommes allés dans un bar et on a refusé de nous servir parce que nous étions gays « , dénonce Henri. Les homosexuels ne fréquentent pas de lieux de divertissement qui leur sont propres. Mais lorsqu’ils prennent l’habitude d’un lieu, cet endroit est étiqueté et les personnes qui ne veulent pas les côtoyer se mettent à déserter ces endroits. Ils se plaignent également du harcèlement policier qui n’y manque pas. Les personnes qui stigmatisent les homosexuels (gays ou lesbiennes) sont appelées homophobes par les homosexuels. L’homophobie, comme la définit Annick,  » est le fait de déconsidérer et de dévaluer la sexualité des hommes qui font l’amour entre eux, ou des femmes entre elles « . 
Mais on trouve aussi des Burkinabè tolérants qui essayent de comprendre le comportement des homosexuels en analysant le contexte mondial.  » Du moment que l’être humain a pu modifier sa sexualité par l’usage des contraceptifs, pour ne pas agir comme les animaux programmés pour avoir des rapports sexuels et dès lors que l’on considère que l’amour n’est plus un moyen de la procréation mais un moyen de plaisir, on ne peut pas considérer l’homosexualité comme une déviance, car la procréation n’est plus l’élément essentiel dans les rapports sexuels, c’est le plaisir. Si l’on part du postulat que faire l’amour, c’est procréer, en ce moment, l’on peut dire que l’homosexualité est une déviance. Or ici, ce n’est pas le cas. Si une personne ne trouve pas son plaisir avec une autre de même sexe qu’elle, pourquoi lui interdire cela « , soutient Luc Ibriga, enseignant à l’Unité de recherche et de formation en sciences juridiques et politique de l’Université de Ouagadougou.  Quelques personnes restent indifférentes à la pratique homosexuelle.  » Si c’est leur nature, il n’y a pas à être spécialement fier d’être homosexuel, pas plus que d’être hétérosexuel « , lance serein, Madi, fonctionnaire. D’autres émettent des inquiétudes.  » Chaque citoyen doit assumer sa part de responsabilité par rapport à ce phénomène, sinon cela sera un désastre pour notre société et ce, lorsque ces homosexuels profitant de la tolérance et de l’indifférence vont commencer à réclamer des droits « . Pour l’heure, les homosexuels burkinabè ne pensent pas à une quelconque revendication de droits.  » La société burkinabè est vraiment homophobe et elle n’est pas prête à nous laisser nous exprimer. Ce qui fait que nous sommes discrets « , constate Henri. A force de subir les différents types de discriminations, Henri ne s’en émeut plus. Ce qui importe pour lui, c’est l’attitude de ses parents à son endroit.  » Par amour pour moi, ma mère, mes frères et sœurs ont fini par accepter mon homosexualité « .  » Si tu écoutes les autres, tu pleures dans un coin toute ta vie, donc, ça ne sert à rien de les écouter. Je suis ce que je suis « , dit Annick en hochant les épaules. Ils mènent leur vie comme tout le monde. Même, l’amour fait partie de leur épanouissement.

De l’amour comme chez les hétérosexuels «  C’est pas parce qu’on est homosexuel qu’on n’est pas humain, ce n’est pas parce qu’on est gay qu’on est anormal. Nous sommes comme les autres « , soutient Henri. Pour lui tout comme pour Annick, le fait que dans un couple homosexuel  » masculin « , l’un des partenaires se comporte comme une femme et l’autre comme un homme est pour suivre la nature des choses.  » La sexualité, disent-ils, ne définit pas la qualité de l’Homme. Tout se passe dans la tête « . Puis Henri de renchérir,  » moi par exemple, je suis efféminé et dans mon couple, je suis la femme. J’ai besoin d’un homme qui va m’aimer, qui va s’afficher avec moi et me présenter comme sa femme « . Les homosexuels aiment donc un partenaire comme les hétérosexuels aiment le leur. Très souvent les homosexuels burkinabè ont pour partenaires  » des Européens parce qu’avec eux, au moins, on se sent à l’aise. J’ai vécu 5 ans avec un Français et dans ses bras, je me sentais femme, aimée, dorlotée. Avec les Noirs, ce n’est pas possible. Ils sont avec toi juste parce qu’ils veulent coucher mais refuse de s’afficher « , se désole Henri. Certains gays ou lesbiennes burkinabè tentent aussi de dissimuler leurs préférences sexuelles en épousant une femme ou un homme pour déjouer la vigilance de la société. Ni Annick ni Henri ne comptent avoir ou adopter des enfants. Pour eux :  » la société burkinabè est homophobe. Avoir un enfant ou en élever serait le marginaliser avec les moqueries, les insultes, les actes discriminatoires « . Et Aboubacar de s’écrier :  » Qui va accoucher afin qu’eux, ils adoptent !?  » Notre contexte social n’est pas favorable et prêt à accepter que les homosexuels revendiquent le droit de se marier ou d’avoir des enfants comme sous d’autres cieuxTout comme, il y a des prostitués hétérosexuels, il en existe également homosexuels fréquentés par des hommes ou femmes mariés, par des solitaires ou aventuriers d’un soir. De fait, il y a des homosexuels qui couchent juste pour le plaisir, les fantasmes, satisfaire une curiosité, ou par vice. D’autres le font tout simplement pour de l’argent. « Nous ne considérons pas ces personnes comme homosexuels car l’homosexualité ne se résume pas à une pratique sexuelle, ce n’est pas un métier, c’est un mode de vie », martèle Henri. Dans notre société, l’hétérosexualité est identifiée comme la norme sexuelle. A peine si l’on parle de l’homosexualité. Pourtant, les homosexuels existent. L’arrivée timide et discrète de la communauté transgenre (transsexuel, travestie…), où chacun se définit en fonction du genre psychique qu’il ressent comme le sien, et ce, sans considération de ses organes génitaux, va tout déranger

Chrétienté et Islam : L’homosexualité, le péché à combattre ;

Le terme de sodomie vient du nom de la ville de Sodome. L’histoire de Sodome et de Gomorrhe, selon la Bible et le Coran, révèle que Dieu a détruit ces deux villes en faisant pleuvoir sur elles, du feu et du soufre. Pourquoi donc ? Selon les deux livres saints, c’est parce que :  » Le cri contre Sodome et Gomorrhe s’est accru, et leur péché est énorme « . Les vieillards et les enfants dont Loth était le prophète,  » lui dirent : Où sont les hommes qui sont entrés chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous, pour que nous les connaissions « . Genèse 19.5. Dans la Bible,  » connaître  » est utilisé dans le sens d’avoir des relations sexuelles. Lot comprit leurs intentions et proposa des membres de sa famille :  » Voici, j’ai ici deux filles qui n’ont point connu d’homme ; je vous les amènerai dehors, et vous leur ferez ce qu’il vous plaira. Seulement, ne faites rien à ces hommes puisqu’ils sont venus à l’ombre de mon toit « . Genèse 19.8. La punition contre ceux qui pratiquent l’homosexualité est la mort, c’est pourquoi Dieu a détruit par le feu Gomorrhe et Sodome, villes où l’homosexualité était largement pratiquée.  El hadj Adama Sakandé, premier vice-président de la communauté musulmane du Burkina affirme que  » l’homosexualité qu’elle soit pratiquée par une femme ou par un homme, est sanctionnée par la loi islamique, la Charia « . Et cette sanction n’est rien d’autre que la mort. Dans l’Ancien testament ou Loi de Moïse, en Lévitique18.22., il est écrit : « Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination « . En Lévitique 20.13. , tous ceux qui s’adonnent à cette abomination seront « … punis de mort : leur sang retombera sur eux « . Dans le Nouveau Testament en 1 Corinthiens 6.9-10, Paul a écrit :  » Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point le royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les homosexuels, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n’hériteront le royaume de Dieu « . Aucun verset biblique n’utilise le terme homosexuel, selon l’abbé Valentin Nandnaba. Et d’expliquer  » la Bible nous parle du mariage, de l’union entre une femme et un homme. C’est pourquoi il est dit que l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Les personnes qui pratiquent l’homosexualité, l’Eglise leur demande de cesser d’être chrétiens car elles sont toujours en état de péché mortel « . Le Vatican affirme que les pratiques homosexuelles sont des  » péchés gravement contraires à la chasteté « , condamnés par les écritures. Le Saint siège voit, dans l’homosexualité,  » un instrument du diable menaçant la société… une nouvelle idéologie du mal, peut-être plus insidieuse… « .  L’Islam et la chrétienté burkinabè rejètent l’homosexualité. Ils ne sont pas prêts à accueillir en leur sein des homosexuels. Pourtant, certains homosexuels sont profondément croyants.  » Je suis [croyant] et pécheur comme toute créature. Je sais que la religion interdit ce que je fais. Mais cela ne veut pas dire que ma religion me bannit. Lorsque, j’y vais j’essaie de ressembler aux autres croyants « , avoue Henri, un homosexuel. La Bible et le Coran sont, certes, des repères mais les religions subissent l’évolution sociale. Le sentiment religieux, qui s’est fortement effrité en Europe, soutient Marc, ex-séminariste, est à l’origine de la forte propension de leurs citoyens à l’homosexualité :  » Ils n’ont plus de repères religieux, car ils ne croient plus en Dieu, pas plus qu’à la Bible et au Coran. Et lorsqu’une personne n’a plus de repère, elle agit comme elle le désire. Cet effritement commence en Afrique et notamment au Burkina Faso. Il nous faut donc faire attention et vite agir pour empêcher… « .  Pour combattre l’homosexualité, Marc propose donc le rattachement de l’homme à Dieu avec le respect des dix commandements divins. El hadj Adama Sakandé de la communauté musulmane préconise :  » d’inculquer aux enfants les valeurs culturelles et spirituelles, de respecter les principes d’éducation édictés par le Prophète Muhammad : de 0 à 7 ans, jouer avec l’enfant car il n’a pas la raison très développée. De 7 à 14 ans, l’éduquer en lui apprenant à faire ses prières, le jeûne. C’est à cet âge qu’on sépare les garçons et les filles. Les garçons doivent avoir les couchettes et les filles les leurs. Les enfants, dès lors, s’identifient aux rôles liés à leur sexe « .

La société traditionnelle et ses homosexuels

 » Certaines personnes auraient tendance à dire que l’homosexualité n’existe pas chez nous, je n’en suis pas sûr. Partout, il y a des hommes et partout où il y a des sociétés, l’homosexualité a sûrement existé « , prévient Philipe Somé, psychologue. Pour l’enseignant Marius Luc Ibriga :  » dans les milieux clos comme les internats de filles, de garçons, les prisons…, il y a des tendances homosexuelles qui s’expriment par des attouchements parce qu’à un certain moment l’Homme exprime le besoin de se lier à un autre, d’avoir des sentiments avec un autre et si à côté, il n’y a pas de sexe opposé, une fille ou un garçon, l’intéressé s’attache à une personne de même sexe que lui… « .  L’homosexualité  » peut exister de manière transitoire dans l’évolution de la personne. Elle peut se manifester pendant l’adolescence puis disparaître. Elle peut se pratiquer dans certains milieux clos, entre hommes ou entre femmes et disparaître quand ces milieux deviennent ouverts. Elle peut être une pratique exclusive chez certaines personnes. Elles optent définitivement pour telle préférence plutôt que pour telle autre. Cela se fait indépendamment de la société « , selon le psychologue Philipe Somé. 

Dans, certaines sociétés burkinabè, les gardes chargés de surveiller les épouses du chef, subissaient les rituels de féminisation. Ils ont les cheveux tressés, portent des boucles et des pagnes… L’homosexualité, dans d’autres sociétés, était un rituel accompli par des initiés ou  » avait une fonction exutoire « , déclare Philipe Somé. Selon Luc Ibriga, enseignant à l’Université de Ouagadougou,  » l’homosexualité a été combattue de la manière la plus féroce, ce qui fait que même ceux qui avaient des penchants homosexuels ne pouvaient pas l’exprimer ouvertement « . Des sociétés ont créé des garde-fous pour contrôler ce travers. On assiste alors dans certaines cérémonies rituelles à des inversions de rôles, où l’homme devenait femme et la femme homme.  » La société cherche toujours à contrôler, à maquiller et créer une sorte de théâtralisation pour récupérer ces risques de déviance « , renchérit un sociologue. Dans la tradition, la pratique homosexuelle était également camouflée par le fait que les intéressés se sont toujours mariés et avaient des enfants. L’homosexualité est considérée comme une déviance, par rapport à la norme établie dans la société. Et quand cette déviance dérange, les sphères et structures sociales s’y opposent et cherchent à contrôler ses membres par la ruse, l’écoute pour assurer le bon fonctionnement de la société. Dans le passé, l’homosexualité était considérée comme un comportement anormal et occasionnel, et non comme l’identité exclusive de certains individus. On savait que certaines personnes pratiquaient occasionnellement la sodomie, bien que cela soit condamné par la religion et par la société, mais il ne venait à l’esprit de personne qu’on pouvait être exclusivement homosexuel. A travers l’histoire et les civilisations, cette pratique sexuelle a été diversement traitée, parfois valorisée culturellement, souvent honnie et condamnée.  » Comme toutes les minorités, les homosexuels ont été traités tout au long de l’histoire au gré des idéologies, des peurs et des fantasmes, des intérêts surtout de la majorité dominante « , conclut un sociologue

En Grèce, une pratique réservée à l’élite :

Dans la Grèce antique, on considérait que l’être humain en tant qu’homme de raison devait surpasser la pulsion sexuelle qui prône la reproduction de l’espèce. Les érudits ou intellectuels grecs s’adonnaient donc à l’homosexualité afin, selon eux, de surmonter la nature et d’imposer à celle-ci ce qu’ils voulaient. L’homosexualité n’était que la conséquence de ce que l’homme possède : la raison et l’intelligence. C’est en cela que dans la Grèce antique, ceux qui étaient homosexuels faisaient parties des classes les plus cultivées, les plus aisées.

Homosexualité et langage : C’est en 1869 que le terme  » homosexualité  » a été utilisé pour la première fois par un médecin hongrois. Les termes  » homosexualité « ,  » hétérosexualité  » avaient pour but de décrire les types de comportements sexuels. Dans les années 70, les homosexuels américains ont adopté le terme  » gay « . Leur intention : affirmer que l’homosexualité engendre la joie et qu’elle n’est pas une  » perversion « , ou une  » déviation « . La  » Gay pride « , c’est le sentiment de honte des homosexuels mué en fierté. Ils inventent alors le vocable  » homophobes  » pour définir les personnes qui ne les aiment pas et retournent donc l’accusation de désordre mental portée contre eux, à toute personne hostile à l’homosexualité. Depuis 1974, cette pratique sexuelle n’est plus considérée comme une maladie et ne fait donc plus partie du domaine médical.L’hétérosexualité, pratique devenue norme sociale

Pour Philippe Somé, psychologue exerçant à Ouagadougou, l’homosexualité est une forme de pratique sexuelle. Cette pratique prend de l’ampleur parce que le mode de vie burkinabè est en train de muer, d’une part et d’autre part parce que nos sociétés sont trop réceptives des phénomènes venant de l’extérieur.

Qu’est ce que l’homosexualité ? :

L’homosexualité est une pratique sexuelle où un homme, par exemple a de l’attirance sexuelle pour un autre homme ou une femme pour une femme. La pratique la plus répandue de la sexualité est l’hétérosexualité où ce sont les sexes différents qui s’attirent, qui se recherchent. C’est la plus généralisée, la plus pratiquée, la plus acceptée, donc l’on pense que c’est normal. Toute autre forme de sexualité, de pratique est jugée anormale. D’où le fait de mettre à l’index l’homosexualité.

Qui est homosexuel ? : La théorie psychologique et celle de Freud expliquent l’homosexualité par une identification symbolique, imaginaire, affective. Dans la famille les filles et les garçons sont éduqués par imitation. Ils voient les adultes agir, faire, se comporter, valoriser tel ou tel comportement et ils imitent, et s’identifient. Et généralement, le garçon finit par désirer être comme son père. La jeune fille veut être comme sa mère. Pour des raisons diverses, absence de l’un des parents, prégnance plus grande de l’un des parents, etc., le jeune garçon s’identifie à sa mère et veut être comme sa mère. Symboliquement, il va se comporter comme une femme. Inconsciemment, il s’identifie, a des désirs, des attitudes de femmes. Alors sa sexualité s’en trouve inversée et il va désirer comme partenaire un homme puisqu’il se sent plus ou moins femme. De la même façon, si une fille s’identifie à son père, elle aura des tendances, des allures, des désirs de garçon. Elle aura envie donc d’un partenaire femme puisqu’elle se sent plus ou moins garçon.A quel niveau se situe la bisexualité ?

C’est la possibilité pour une personne d’être homosexuelle ou hétérosexuelle selon les occasions. La bisexualité s’explique par le fait que la personne arrive à la fois à intégrer une identification masculine et féminine. Le bisexuel n’a pas d’identification tranchée.

Physiquement, comment peut-on reconnaître un homosexuel ?L’identification est assez visible quelquefois dans le comportement, la façon de parler, de se vêtir, d’être, de marcher… Parfois, cette apparence physique est trompeuse. Une femme peut avoir des attitudes d’homme et ne pas être homosexuelle, tout comme un homme peut être efféminé sans pour autant avoir des pratiques homosexuelles D’aucuns disent que le rejet de la pratique homosexuelle est une façon inconsciente de refouler l’homosexualité qui existe en soi. Comment appréhendez-vous cette affirmation ? Il y a deux aspects à souligner dans cette assertion. Premièrement, dans la mesure où l’homosexualité n’est pas la pratique la plus répandue, elle devient anormale. Le normal serait ce que la plupart des gens font. L’exception serait l’anormal mis à l’index. De là, découle le second aspect. En raison de cette mise à l’index, une personne qui à des tendances homosexuelles se sent plus ou moins coupable. Elle se sent plus ou moins différente, plus ou moins dévalorisée, tend à rejeter ses pulsions, d’où cette affirmation.Plus le temps passe, plus des personnes, dans notre société, s’affichent comme homosexuelles. Comment expliquez-vous leur nombre croissant ?

Cela est dû au fait qu’on commence à en parler, à y regarder de près. Nous sommes tellement liés par la télévision, au cinéma, au monde occidental qu’on s’aperçoit que l’homosexualité n’est plus un problème. Il y a des gens qui sont fiers de leur homosexualité, qui le montrent. Il y a des associations qui revendiquent le mariage et il y a des pays qui l’acceptent. Il y a une permissivité, une présence, sinon d’acceptation de pratiques venues d’ailleurs. Cela ne veut pas pour autant dire que cela n’existait pas avant. Aujourd’hui, on peut en parler. Donc évidemment, on s’en perçoit davantage.Quel doit être l’attitude de notre société face à l’homosexualité ? 

Il faut être tolérant vis-à-vis non pas de l’homosexualité mais de l’homosexuel. Il ne sert à rien d’avoir des propos durs et excessifs. L’attitude recommandée est de se poser la question du pourquoi de cette forme de sexualité, d’essayer de comprendre. On ne choisit pas, je le pense, de devenir homosexuel, on a été élevé d’une certaine manière, on s’est identifié d’une certaine manière et maintenant on subit plus ou moins cette tendance. Ce destin individuel dépend donc de l’histoire de chaque personne. Ce n’est pas en mettant à l’index qu’on résout le problème. On a l’inverse de ce qui se manifeste ici dans la société occidentale. Non seulement, on tolère, on comprend, mais on exalte, on défile, on est fier, on revendique, on se marie. Est-ce qu’on n’est pas passé d’un excès de réprobation à un excès d’acceptation. La situation la plus équilibrée est simplement celle du psychologue qui constate, voilà des hommes, des pratiques, des réalités humaines.

 De l’évolution de notre société ? 

La mondialisation ne se fait pas seulement au niveau économique, politique, social, culturel, c’est également au niveau des mœurs, des pratiques, des comportements. Il y aura une uniformisation des mœurs qui tendra vers le modèle occidental, je ne dis pas que c’est le meilleur. Mais, c’est le plus prégnant, c’est le plus fort, c’est celui qui se vend le mieux, c’est celui qui s’exporte le plus, c’est celui qui domine. Chacun peut se battre à son niveau pour ce qu’il pense être la société idéale. Et c’est par l’éducation, la sensibilisation, le vécu social qu’on peut y parvenir. Selon la force de cette mobilisation, le succès serait au rendez-vous ou pas. Le plus difficile aujourd’hui est d’avoir une morale sexuelle acceptée et acceptable parce que la morale traditionnelle qui prône l’interdit sexuel est battue en brèche. Et on ne sait plus ce qu’il faut prôner.

 Y a-t-il des homosexuels chez les Lyela ?

Article écrit par Pierre Bamony et découvert sur le site  » hommes-et-faits.com «  

Nous avons opté, dans ces recherches sur les Lyéla, pour le présupposé suivant : l’anthropologie, en tant que science générale de l’Homme, concerne tous les aspects de la dimension humaine. En ce sens, même si l’anthropologie africaniste, du moins, celle que nous connaissons, occulte la question de l’homosexualité chez les peuples sub-sahariens, nous avons choisi de nous interroger sur cette question, même si l’échantillon sur lequel nous nous fonderons pour en parler paraît scandaleusement insignifiant. Il le paraît, certes, faute d’une attention suffisante à ce phénomène. A cet égard, et jusqu’à ces dernières années, nous raisonnions comme tout le monde. En effet, nous nous fondions sur notre ignorance de ce phénomène, à tout le moins, de manque de preuves visibles, réelles, expérimentales même pour soutenir mordicus, face à nos interlocuteurs qu’un tel phénomène ne saurait exister chez les peuples que nous prétendions bien connaître. Notre position, comme le commun des individus dont la conscience est pétrie de dogmatismes infondés, d’idées préconçues, de certitudes absurdes, se fondait sur un postulat de principe : de ce que nous ne voyions pas dans la vie de tous les jours nous concluions, sans démonstration ni preuves, de son impossibilité d’existence. Nous avions une position similaire, comme beaucoup de gens dénués de puissance de sorcellerie que les sorciers ne peuvent exister jusqu’à nos expériences amères de ces dernières années, à notre brutal et douloureux réveil face à ce phénomène.  Cependant, avant d’en venir à l’analyse comportementale des individus de notre échantillon, tâchons de comprendre ce phénomène humain d’un point de vue global. Nous verrons, d’abord, qu’il est aussi ancien que la longue histoire de l’Humanité ; ensuite, nous donnerons un bref aperçu des débats contradictoires qu’il suscite en science, des certitudes acquises en psychanalyse sur sa nature ; enfin, nous évoquerons sa place dans quelques travaux anthropologiques, notamment ceux de Margaret Mead.

Chapitre I L’histoire des peuples nous apprend que, non seulement la pratique homosexuelle, mais même les comportements de certains individus inclinent à les qualifier comme ayant des mœurs sexuelles du semblable. Déjà, dans l’Ancien Testament, ce phénomène est évoqué à maintes reprises. Mais, le fait qui demeure remarquable est la colère de Dieu contre Sodome et Gomorrhe (Gn. 19, 1 à 29). En effet, les mœurs sexuelles de cette ville où toutes les pratiques sexuelles paraissaient permises, dont les formes d’amour du même ou du semblable – et ceci de façon irréfragable – ont mis le Dieu hébreux tellement en colère qu’il la détruisit avec violence et fracas et décima toute sa population, sauf Loth et ses filles, qui avaient trouvé grâce à ses yeux. Une telle pratique, sans aucune explication, semble, pour les auteurs de la Bible moralement condamnable. Mais, la condamnation n’enlève pas pour autant l’effectivité du phénomène. Il est même possible d’interpréter le fait que Dieu ait sévèrement puni cette ville résulte plutôt de l’excès de ces mœurs sexuelles. Le passage que nous évoquons montre comment Loth a été assailli par les habitants de la ville qui voulaient contraindre ses hôtes (les anges de Dieu se manifestant sous des formes humaines) aux pratiques de leurs mœurs.  Par rapport à cette condamnation sans appel des mœurs sexuelles entre sexes semblables, Platon est, sans doute l’un des rares auteurs de l’Antiquité à tenter d’apporter une explication de type rationnel à ce phénomène. Pour montrer le caractère archétypal des diverses formes de tendances sexuelles chez les hommes, ce philosophe se fonde, en de pareils cas, sur le mythe fondateur et originaire des réalités humaines. Dans le Banquet, le discours d’Aristophane évoque longuement, par le biais d’un mythe, entre autres, les amours androgynes mâles : «  Ceux qui sont une moitié de mâle… aiment les hommes et prennent plaisir à coucher avec eux et à être dans leurs bras… sont parmi les meilleurs parce qu’ils sont les plus mâles de la nature. Certains disent qu’ils sont sans pudeur, c’est une erreur : ce n’est point par impudence, mais par hardiesse, courage et virilité qu’ils agissent ainsi… et en ceci une preuve convaincante, c’est que, quand ils ont atteint leur complet développement, les garçons de cette nature sont les seuls qui se consacrent au gouvernement des Etat  » [1964 : 51]. Même si Aristophane, en tant que citoyen grec, privilégie forcément les amours entre mâles, ce que Platon essaie de nous enseigner est clair : chaque individu, durant toute sa vie est à la recherche de son âme sœur. Cette recherche résulte des prédispositions des êtres humains en vertu de leur appariement originel. Ainsi, selon cet auteur, les individus qui ont été associés au sexe opposé sont exclusivement préoccupés de rechercher et de trouver leur moitié dans la figure d’une femme. Il pense, d’ailleurs, que les conjoints de ce type sont, en général, infidèles. En revanche, les individus issus d’un couple archétypal du même sexe sont les meilleurs parce qu’ils sont mieux adaptés au monde et au gouvernement des affaires du monde. Les couples homosexuels masculins, en particulier, sont ordonnés aux postes de commandement. Un tel mythe invite à comprendre la place de ce type de mœurs sexuelles dans la société grecque. En effet, André Bernand, tout autant qu’Elisabeth Badinter soulignent, dans leurs travaux respectifs, le caractère ordinaire de telles mœurs dans la Grèce antique. Le premier montre que le mode d’éducation des adolescents, leur attachement aux enseignements, à la formation auprès d’un adulte, approfondit les liens humains entre les uns et les autres et peut même, le plus souvent, aller au-delà de la simple éducation : ils se transforment en amour. Mais, ce sont les relations sexuelles entre un maître et un disciple qui sont les plus courantes comme l’écrit André Bernand :  » De douze à dix-huit ans, en effet, l’adolescent, tout en restant sous la tutelle de sa famille et sous la surveillance du sophroniste et, à la palestre ou au gymnase, du gymnasiarque, pouvait se mettre sous la protection d’un adulte auquel il témoignait son affection en lui permettant le coït anal ou inter crural  » [1991 : 34]. Ainsi, reconnaît-il, on ne peut pas dire que la société de la Grèce antique tolérait les amours homosexuelles en raison de leur dimension courante et fort répandues. Bien au contraire, l’hétérosexualité avait été comme bannie de l’agora. Néanmoins, cette société n’admettait qu’une seule forme de relation homosexuelle : celle qui se pratiquait entre professeur et disciple. A l’inverse, la copulation entre deux adultes, en raison du rôle passif tenu par l’un d’eux, était proscrite. Cette posture lui semblait indigne du rang d’un homme libre à qui il sied de soumettre les adolescents à ses besoins sexuels. Pour parvenir à ses fins, tous les moyens sont bons, y compris magiques. Ceux-ci, selon cet auteur, apparaissent comme un art efficace de séduction des jeunes adolescents.   » L’homme qui souhaitait susciter l’amour d’un garçon pouvait lui aussi recourir aux charmes. Quoique les textes magiques ne donnent le plus souvent que le nom de la mère de l’intéressé sans préciser sa condition ni son âge, on peut dire qu’il s’agit généralement d’un jeune homme convoité par un adulte  » (p. 294).   On comprend que, de nos jours, dans sa recherche sur la genèse   » De l’identité masculine  », Elisabeth Badinter ose parler de   » pédagogie homosexuelle  ». Son intention n’est pas de faire l’apologie de ce type de mœurs. Elle se contente d’analyser un état de fait qui a eu cours dans l’histoire humaine et qui se pratiquait jusque récemment chez des peuples d’Océanie. «  La pédagogie homosexuelle…, écrit-elle, est l’apprentissage de la virilité par le biais de l’homosexualité. Idée étrange pour bon nombre d’entre nous, qui recèle pourtant une vérité cachée. La pédagogie homosexuelle, beaucoup plus ancienne qu’on ne le croit souvent, apparaît dans des sociétés où la virilité a statut de valeur morale absolue  » [1991 : 121]. Pour montrer cette «  vérité cachée  », l’auteur s’appuie sur une riche et abondante documentation qui confirme ces pratiques humaines, vieilles et répandues. Chez les Hellènes, l’œuvre majeure d’Homère, l’Iliade, est un bel éloge poétique, non seulement de la beauté des corps athlétiques d’adolescents et d’adultes, mais, au-delà de la plastique, des champs de la grandeur des sentiments amoureux dont l’exemple le plus éminent est, sans conteste, celui d’Achille et de Patrocle. On connaît le grand amour du sage empereur romain Hadrien pour son favori Antinoüs dont il vénéra la mémoire, de façon officielle, après la mort précoce de celui-ci. Cette «  pédagogie homosexuelle  » est constante de l’Antiquité grecque à la civilisation romaine, des pays scandinaves du Moyen-âge aux Samouraïs japonais. Sa réalité n’est donc pas spécifique à un continent, à un ensemble de peuples qui seraient, par de telles pratiques sexuelles, moralement qualifiés de corrompus, dégénérescents, mais elle semble quasi universelle. On sait, depuis les travaux de Gilbert H. Herdt sur les populations guerrières Sambia et Baruya, soucieuses de leur masculinité qu’elles ont érigée au rang de valeur absolue, vitale pour leur survie biologique, cette «  pédagogie homosexuelle  »a été imposée entre adultes et adolescents comme une obligation. En d’autres termes, tout individu inquiet de la santé de sa virilité doit pratiquer, même à titre transitoire, l’homosexualité comme une véritable propédeutique à l’hétérosexualité. C’est, du moins, ce que reconnaît Elisabeth Badinter quand elle écrit que «  Chez les Sambia, l’identité transmise par le sperme donne lieu à une fellation homosexuelle ritualisée. Les hommes considèrent l’insémination constante comme le seul moyen pour que les garçons grandissent et acquièrent la compétence virile… Fellation et copulation sont obligatoires dans un cadre ritualisé. Les garçons ne pratiquent la fellation qu’avec de jeunes célibataires qui n’ont pas eu de rapports sexuels avec des femmes, et donc n’ont pu être contaminés par elles. Mais la fellation n’est pas réciproque. Les pourvoyeurs de sperme n’en reçoivent pas. Désirer sucer le pénis d’un garçon pré pubère serait une perversion…  » [1991 : 126].

Chapitre II

Malgré ces preuves générales du caractère naturel, normal même des relations homosexuelles, ce type de copulation et de liens humains du même sont toujours en question dans l’esprit de la majeure partie des gens et suscitent même des débats interminables. L’homosexualité est problématique à un double titre : d’un point psychanalytique, d’une part, et de l’autre, des études contemporaines sur le cerveau. Au début du XXe siècle, Freud a été le premier à proposer une explication de type scientifique de ce phénomène humain. Son analyse est la suivante : pour comprendre ce fait il faut partir de l’objet sexuel lui-même, qui autorise à parler de déviation. En reprenant le mythe originaire des êtres humains indivis, développé par Aristophane dans le Banquet de Platon, Freud propose la typologie ci-dessus : il y a, d’abord, ceux qu’il appelle «  les invertis absolus  », en l’occurrence, les homosexuels. Leur objet sexuel de prédilection est un individu du même sexe qu’eux ; ce qui, en revanche, provoque de leur part une indifférence totale pour les individus de sexe opposé, parfois même une profonde hostilité, voire une aversion sexuelle. Même s’il tente l’aventure, il n’y éprouvera aucun plaisir. Ensuite, il mentionne «  les invertis amphigènes (hermaphrodisme psychosexuel  ». II s’agit, de nos jours, des bisexuels. Ceux-ci copulent indifféremment avec l’un ou l’autre sexe, en éprouvant du plaisir sans aucun sentiment d’aversion. Ils ne cherchent pas à s’attacher à un objet sexuel exclusif comme source unique de plaisir. Enfin, Freud parle d’ «  invertis occasionnels  » [1977 : 19]. Ce type de relation résulte de contraintes extérieures aux individus ; parfois, de circonstances exceptionnelles. Ainsi, comme dans toutes les prisons du monde, il a lieu quand l’objet normal, en particulier, le sexe opposé, fait défaut pendant longtemps. Dès lors, on peut dire qu’il est lié soit à des circonstances extérieures, soit à l’influence d’un milieu humain donné. Cependant, il ne détermine pas, par après, le comportement sexuel définitif de ce type d’individus.  Néanmoins, Freud reconnaît que, du fait de la norme sexuelle, c’est-à-dire L’hétérosexualité reproductrice et conservatrice de l’espèce humaine, l’inversion est perçue, considérée et jugée comme une perversion, voire une conduite dégénérescente. La raison de ce jugement est donnée par Freud lui-même : «  L’inversion fut, d’abord, considérée comme le signe d’une dégénérescence nerveuse congénitale. Cela s’explique par le fait que les premières personnes chez lesquelles les médecins ont observé l’inversion étaient des névropathes, ou du moins en avaient toutes les apparences. Cette thèse contient deux affirmations qui doivent être jugées séparément l’inversion est congénitale, l’inversion est un signe de dégénérescence  [1977 : 211]. Concernant la dernière thèse, Freud s’attache à réfuter l’abus de langage fort répandu en son temps. On considérait comme facteur susceptible de dégénérescence «  toute manifestation pathologique dont l’étiologie n’est pas évidemment traumatique ou infectieuse  » (p. 21). On ne peut parler, reconnaît Freud, de dégénérescence s’il n’y a pas d’altérations graves dans la fonction et les activités de l’individu et si d’autres déviations n’ont pas cours dans sa conduite ordinaire. En ce sens, les invertis ne peuvent être considérés comme des gens atteints de dégénérescence, hormis l’impérialisme de l’opinion, des dogmatismes religieux de bon aloi ; d’autant plus qu’on remarque même chez certains d’entre eux «  un développement moral et intellectuel (qui) peut même avoir atteint un très haut degré  »(P.22). En outre, ils ne sont pas atteints d’autres formes de déviations qu’on pourrait qualifier de graves. Dès lors, il faut rejeter ce terme de «  dégénérescence  » quant aux pratiques sexuelles – inverties, au moins pour deux raisons : d’abord, en vertu de l’ancienneté de telles pratiques dans les civilisations de l’antiquité, grecque et romaines, entre autres ; ensuite, parce que l’inversion sexuelle se pratique chez des peuples non- européens qu’on ne qualifie pas pour autant de dégénérescents.  Quant au caractère «  congénital  » de l’inversion sexuelle, on en débat encore de nos jours, notamment, depuis la publication de Simon Levay sur l’origine génétique-ou supposée comme telle- de l’homosexualité. De quoi s’agit-il ? Sans approfondir les recherches de ce savant, ce qui n’est pas l’objet principal de notre analyse ici, on peut dire que l’intention de Levay est honorable, sincère et bonne : il veut contribuer, par un éclairage génétique sur les structures du cerveau qui modèle, en partie du moins, le comportement humain, y compris sexuel, à combattre les opinions du vulgaire sur les homosexuels. Ce savant fonde ses analyses de ces phénomènes sur deux études différentes : d’abord, il s’appuie sur les travaux de Geoffrey Raisman et son équipe de l’Université d’Oxford, effectuées dans les années 1960 sur les animaux. Il s’agit de rechercher, dans le cerveau, la cause du dimorphisme sexuel. Ces recherches et, bien d’autres semblables, l’ont amené à constater qu’il y avait une nuance de taille de l’organisation synaptique dans les zones de l’hypothalamus, en particulier, dans un conglomérat de cellules dit du noyau de l’aire pré optique. Cette découverte a conduit ces savants à affirmer que le volume du noyau de l’aire pré optique est plus important chez les mâles que chez les femelles. En conséquence, la recherche neuro anatomique amène à établir, d’une part, des différences entre le cerveau des hommes et celui des femmes et, de l’autre, entre le cerveau des hétérosexuels et celui des homosexuels. Ensuite, encouragé par ces premiers résultats, Simon Levay s’emploie à examiner, dans les années 1990, quelques cerveaux humains pour voir s’il existe une différence de taille de cette zone (neurones de l’aire pré optique médiane) selon l’attirance sexuelle des individus. A cette fin, il se livre à l’examen de l’hypothalamus de dix-neuf homosexuels, victimes du SIDA et seize hétérosexuels parmi lesquels six sont également décédés de la même maladie. Nous passons sous silence la minutie de ses mesures et de ses examens. La lecture qu’il donne du résultat de ses recherches est la suivante : «  L’interprétation la plus simple de ces résultats est d’admettre que la région Xq28 du chromosome X contient un gène dont dépendent les préférences sexuelles des hommes. Cette thèse est celle qui montre le mieux que l’homosexualité humaine est soumise à des facteurs héréditaires, et c’est aujourd’hui la plus convaincante, parce que les chercheurs ont directement examiné l’information génétique, l’A.D.N. Toutefois, les résultats devront être confirmés. Plusieurs découvertes de gènes associés à des traits de la personnalité ont été réfutés, et le gène qui semble lié à l’homosexualité n’a pas encore été isolé  »["  Pour la Science ", 35]. Cette dernière nuance qui, à nos yeux, doit toujours faire la différence entre les expériences scientifiques concrètes et l’interprétation de leurs résultats dans laquelle le scientifique ne peut faire l’économie d’une certaine philosophie, fruit de sa vision du monde, a permis à William Byne d’apporter quelques nuances de taille. Dans un article sur les «  Les limites des preuves biologiques de l’homosexualité  » [" Pour la Science ", 36], il pense qu’on n’est pas encore loin du préjugé vulgaire selon lequel les homosexuels masculins sont efféminés et les saphistes, masculinisées. Dès lors, on confine l’homosexualité dans un schéma immuable en raison de son caractère inné ou génétique et on proscrit du même coup toute liberté du choix des partenaires sexuels. II conteste même la validité de l’hypothèse de Simon Levay en montrant qu’il est, sans doute, fallacieux de déterminer les choix des partenaires sexuels sous le seul angle de la dysmorphie. Mieux, ils sont polymorphes. On peut admettre, selon William Byne, dans l’état actuel des recherches et du fait de leurs caractères lacunaires qui ne permettent pas d’avoir des données précises et exactes, voire, en un sens, du fait de l’insuffisance des connaissances qu’on peut en tirer, que ce ne serait pas scientifiquement raisonnable de se fonder sur elles pour déterminer exactement l’orientation sexuelle des individus. Ces études n’apportent pas encore une information incontestable sur les mécanismes génétiques de transmission de l’homosexualité, ainsi qu’il l’explique lui-même dans cette Revue : «  Toutes les données sur l’existence de caractères biologiques innés responsables de l’homosexualité sont discutables : les études génétiques pâtissent de la confusion inévitable entre l’acquis et l’inné, qui entrave les études de la transmission héréditaires des caractères psychologiques. Les travaux sur le cerveau reposent sur des hypothèses douteuses, d’après lesquelles le cerveau des hommes n’est pas identique à celui des femmes. Les mécanismes biologiques qui ont été proposé pour expliquer l’homosexualité masculine ne s’appliquent généralement pas à l’homosexualité féminine. (P.36.) En fait, la pertinence de cet article réside dans la volonté du scientifique de montrer que l’homme échappe, en partie, en tant que sujet libre, aux purs mécanismes ou déterminismes rigides du fonctionnement biochimiques de son corps. Même s’il est mû par l’influence de ses hormones, il a suffisamment de ressources spirituelles pour les réguler et prendre ainsi une distance raisonnable par rapport à leur pouvoir en lui. Les recherches biologiques doivent contribuer à montrer que le tempérament, tout autant que l’environnement familial, ne sont pas forcément décisifs dans le choix des partenaires sexuels, entre autres phénomènes ou conduites humains. Selon William Byne, «  les réponses aux questions sur le débat de l’origine de l’homosexualité se ne trouvent peut-être pas dans la biologie du cerveau, mais dans les cultures que ces cerveaux ont créées  » (p. 41). C’est justement dans ce sens qu’il nous possible de replacer les travaux de Margaret Mead sur certaines populations de l’Océanie. Chapitre III

On peut considérer la plastique de l’enfant comme une nature neutre susceptible de prendre toutes les figures possibles sous l’influence des éducations reçues (familiale, milieu socioprofessionnel, école, lieu de travail, culture etc.,). Au niveau sexuel, on ne peut pas dire qu’il y ait prédétermination systématique et absolu du choix des partenaires ou objets sexuels. Même sur ce point, la sexualité, c’est-à-dire la libido, semble plutôt perverse dès lors qu’elle est susceptible de s’adonner à toutes les sources possibles de plaisir, en dehors de toute considération morale judéo-chrétienne. C’est en ce sens que les analyses de Mead sur la plastique indéterminée de l’enfant nous paraissent universelles par leur pertinence. Mead reconnaît que «  …c’est la nécessité devant laquelle se trouve tout individu, d’avoir les milles et une raisons affectives approuvées non seulement par une société donnée à une époque déterminée, mais par l’ensemble de son propre sexe par opposition à l’autre, qui, de multiple façons conditionne l’évolution de l’enfant et est à l’origine de tant d’inadaptations sociales. Beaucoup attribuent celles-ci à une «  homosexualité latente  ». Mais cette opinion est précisément déterminée par l’existence d’une dualité de tempérament reconnue par notre société ; c’est le diagnostic a priori d’un effet, non le diagnostic d’une cause. C’est un jugement qui s’applique non seulement à l’inverti mais aux individus infiniment plus nombreux qui s’écartent du comportement défini par la société pour leur sexe  » [1978 : 272]. A partir de ces données générales, elle montre que, chez les Chambuli, par exemple, les rapports, au niveau comportemental, entre les deux sexes sont fort complexes. Ainsi, par leur nom même, les hommes sont, en apparence, considérés comme les chefs de famille et, à ce titre, maîtres des épouses autant que des propriétés, comme les demeures. En fait, et de façon sous-jacente, seules les femmes déterminent le pouvoir réel et prennent des initiatives. Au niveau sexuel, la société organise des fêtes au cours desquelles deux catégories de masques se manifestent : les hommes mûrs portent des masques mâles, et les plus jeunes se glissent sous des masques femelles. Ces jeunes gens se plaisent à jouer des invertis en se mêlant au groupe des femmes. Sous cette pseudo-apparence liée à l’ambiance festive, ils se livrent complaisamment à une parodie d’homosexualité. A cette parodie, les femmes prennent part activement. Selon Mead, en effet, «  avant l’arrivée des masques, les femmes s’amusent à mimer entre elles des rapports sexuels  » [1977 : 231]. Dans cette société, la parodie publique et festive permet de brouiller les pistes de la dichotomie sexuelle, de faire éclater les frontières étanches entre chaque catégorie de sexe. Les deux sexes miment l’amour du même sans l’accompagner de pratiques effectives, pour indiquer, à tout le moins, sa possibilité. L’amour du même, sous sa figure théâtrale, ne semble pas être frappée d’abjection morale, d’un anathème religieux de type judéo-chrétien. En analysant la place des individus qu’elle qualifie d’ « atypiques « , en l’occurrence, les invertis psycho-sexuels, elle montre même que si le comportement ordinaire de ceux-ci les dispose à vivre comme des étrangers au milieu de leurs civilisations, comme celles des Arapesh et des Mundugumor, il n’en demeure pas moins qu’ils sont considérés comme parfaitement normaux. En raison de leur vie psycho-sexuelle, les invertis masculins éprouvent des sentiments féminins qui, dans d’autres sociétés où ils seraient à contre sens de leur organisation sexuée, seraient, pour eux, causes de tourments et de beaucoup de souffrances. Or, dans ces deux sociétés, il n’en est rien comme le montre l’exemple qu’elle donne d’un «  individu atypique  »: «  Ombléan aimait certes les enfants, et ne ménageait pas sa peine pour nourrir une vaste famille : on ne prétendait pas pour cela qu’il n’agissait pas en homme, et personne ne l’accusait d’être efféminé. En aimant les enfants, l’ordre et la tranquillité, il se conduisait peut-être comme certains blancs, comme les hommes d’une tribu inconnue, mais certainement pas plus comme une femme mundugumor que comme un homme de cette même tribu. II convient de noter qu’il n’y avait pas d’homosexualité ni chez les Mundugumor ni chez les Arapesh  »[1977 : 262]. L’évocation de ce fait nous permet d’aborder l’objet de cette analyse, à savoir : y a-t-il de l’homosexualité, au niveau des conduites du moins, chez les Lyéla ? En vertu de l’ensemble des analyses précédentes, nous ne pouvons pas raisonnablement douter d’une telle éventualité ; à moins d’admettre que les peuples sub-sahariens soient des humains exceptionnels, ce qui reste à prouver. Les cas que nous évoquerons jouissent, de la part des Lyéla, d’une reconnaissance effective ou implicite de la singularité de leur état d’ «  individus atypiques  » selon l’expression de Margaret Mead. Certes, l’impératif catégorique, chez les Lyéla, qui oblige tout le monde à se marier, à procréer et à éviter ainsi la possibilité du désordre moral qui pourrait résulter du statut de femmes non mariées, dès lors qu’ils se fondent sur le principe de la faiblesse des hommes pour l’attrait de l’autre sexe, par exemple des femmes célibataires, rend presqu’impossible l’effectivité de copulations homosexuelles. Il ne viendrait pas à l’idée d’un Lyél de solliciter un autre dans ce sens : au mieux, il serait ridiculisé et traité de dément ; au pire, il serait battu, humilié physiquement et moralement par tout le monde.  Cependant, si nous ne pouvons parler objectivement de relations homosexuelles chez ce peuple, il existe néanmoins des «  individus atypiques  » comme le montre l’exemple des trois personnes ci-après. Le premier est celui de Bewalkiéla Bamouni ; le second est celui de l’un de ses fils, Bessana Barnabé Bamouni ; le troisième, une jeune femme, Edua, habitant à Goumédyr (Réo), comme les deux premiers. D’abord, Bewalkéla Bamouni était un polygame, père de nombreux enfants. Mais, comme chef de sa cour, il n’habitait pas dans la maison de la première épouse comme le veut la coutume lyél, car l’architectonique d’une enceinte familiale ou cour obéit toujours à des normes strictes. Bien au contraire, cet homme se construisit une maison, à l’image de celles des femmes, mitoyenne à celle de sa première épouse, pour respecter les règles de l’habitat. En fait, il avait agi ainsi pour les raisons suivantes : il avait tenu à décorer lui-même sa maison selon son goût, et non selon celui de ses femmes. Il disposait, à l’entrée de la pièce principale, d’un pot en terre comme une réserve d’eau potable. Il le remplissait lui-même en allant chercher l’eau au puits devant sa cour selon le même mode de transport que les femmes. Certes, il ne cherchait pas la compagnie des femmes, mais il se distinguait quelque peu des hommes par des bijoux qu’il portait aux poignets. Il n’avait pas non plus besoin de ses femmes pour se faire à manger : il allait chercher lui-même du bois au champ et il prenait plaisir à faire sa propre cuisine. Il en servait, avec délicatesse, à ses visiteurs, gens du quartier, et ses hôtes venus de l’étranger. Il vécut ainsi, en assumant parfaitement sa fonction de chef de cour et ses autres responsabilités d’homme, jusqu’à sa mort. Nul ne s’offusquait de son comportement efféminé, de son choix d’assumer des tâches spécifiquement féminines selon le partage des travaux vitaux dans cette société. Sa manière d’être n’a pas dû apparaître comme une anomalie que les Lyéla s’évertuent, pourtant, à nier de diverses manières. Quant à son fils Barnabé Bessana Bamouni, il est le seul à avoir hérité du comportement de son père. Comme lui, il n’est pas efféminé et il a dû se marier selon l’exigence des coutumes lyéla. Mais, à l’inverse de son père, il ne semble pas avoir honoré pendant longtemps son devoir de mari. Il éprouve même de l’aversion pour ce type de relations sexuelles. Vivant à l’étranger et jouissant d’une plus grande liberté par rapport à l’omniprésence du regard de la famille, il dût vite y renoncer. En effet, après plusieurs années de mariage, on ne conçoit pas que le couple n’ait pas d’enfant. D’après des indiscrétions de son épouse, il serait devenu impuissant. Car même en partageant, par devoir, le même lit que son épouse, pour sauver les apparences sans doute, il s’abstient désormais de l’honorer sexuellement. Cette indifférence oblige, en général, toute femme, chez les Lyéla, à fuir son époux pour un autre homme ; ce geste indique qu’il n’y a pas de divorce du fait du mari, puisque le mariage y apparaît comme indéfectible. Le cas d’Edua ne pose aucun problème particulier à sa belle-famille puisqu’elle a enfanté. On sait seulement qu’elle a une plastique plutôt masculine. Elle agit en tout comme un homme et elle domine les situations, le jour. Cette domination sur les femmes de sa génération est grandement facilitée par sa voix qui s’impose aux autres. Elle s’acquitte naturellement de sa tâche de femme au quotidien ; ce qui ne la singularise pas malgré un comportement masculinisé. Cependant, en dehors des cas qui nous marqué et qui ne mettent pas en cause l’existence d’autres, il est raisonnable d’affirmer qu’en vertu des sécrétions hormonales auxquelles chaque sujet humain est soumis et auxquelles il répond selon la nature de son inhibition propre, donc, de l’impulsion de la nature, on peut parfaitement supposer les pratiques homosexuelles chez les adolescents. De sept ans jusqu’à l’âge de la puberté, voire jusqu’au mariage, les enfants et les grands adolescents partagent le même dortoir. Rien n’interdit de penser, à défaut de le prouver expérimentalement chez les Lyéla, des passages à l’acte avec les plus jeunes d’entre eux. Après tout, selon Jared Diamond, les relations sexuelles sont essentiellement pourvoyeuses de plaisir. D’après ses analyses, il faut chercher la réceptivité sexuelle permanente, entre autres de la femme, dans la recherche «  du plaisir comme but premier de l’activité  » [1999 : 80] sexuelle chez l’espèce humaine. Parmi les autres vivants, les femelles sont très souvent peu réceptives et l’accouplement n’a pas pour finalité première la recherche du plaisir mais la conservation et la perpétuation ou la survie de l’espèce elle-même. Mieux, «  l’exception humaine que représente la dissimilation de l’ovulation, la réceptivité permanente et l’importance du plaisir dans notre sexualité, s’explique forcément par l’évolution  » (p. 81). Dès lors, le but de la copulation n’est pas nécessairement la procréation comme l’enseigne le Judéo-christianisme, mais bien la recherche du plaisir. Quels que soient les moyens mis en œuvre pour atteindre ce but (hétéro ou homosexuels), ce qui importe, c’est la finalité : l’accomplissement du plaisir. Le but de la relation sexuelle, c’est, en dernier ressort, cet accomplissement du plaisir qui enferme l’être humain dans toutes les stratégies possibles pour y parvenir. Ces données nous enseignent que la répugnance que l’on peut éprouver pour les copulations homosexuelles n’est fondée que sur les représentations sociales, nos préjugés en quelque sorte. Les hommes tiennent fortement à leur reproduction qui n’est possible que dans l’hétérosexualité selon les voies dites naturelles. Celle-ci comporte donc toujours une utilité pour l’espèce dès lors qu’elle peut être génératrice de vies nouvelles, à l’encontre de l’homosexualité qui est perçue comme essentiellement fondée sur la recherche du plaisir. Comme l’écrit Margaret Mead, l’homosexualité ou l’hétérosexualité se ramène, en dernier ressort, au monde socioculturel, à l’univers réalisé par la civilisation qui influence les mentalités dans le sens du respect des formes d’expression sexuelle ou, au contraire, dans le sens de leur aversion. S’il y a du déterminisme des caractères individuels et de la préférence pour les objets sexuels, il faut les lier à l’essence particulière des sociétés humaines et à leur capacité du respect de la singularité des individus. C’est une telle pensée que Mead exprime quand elle écrit : «  Si les traits de caractère que différentes sociétés considèrent comme propre à un sexe, ou à un autre ne le sont pas en réalité, mais sont seulement des virtualités communes à tous les humains, et qui ont été attribuées en partage soit aux hommes, soit aux femmes, l’existence de l’individu atypique- qui ne doit plus être alors accusé d’homosexualité latente- est inévitablement dans toute société qui établit des rapports artificiels entre, par exemple, le sexe et le courage, et un égotisme affirmé, ou encore le sexe et l’esprit de socialité. II faut ajouter que la nature réelle du tempérament des individus de chaque sexe ne correspond pas obligatoirement au rôle que la civilisation leur assigne, cela ne manque pas d’avoir des répercussions sur l’existence de ceux qui naissent doués du tempérament que la communauté attend d’eux  » [1978 : 272-273].  Dans la perspective d’une telle analyse, nous pouvons dire qu’il doit y avoir des comportements homosexuels chez les Lyéla, même s’il est formellement impossible de montrer des actes copulatoires homosexuels avérés ; d’autant plus que dans ses recherches sur les Lyéla, Blaise Bayili mentionne une information pertinente sur ce point, qui nous avait échappé malgré plus de deux de décennies de recherches sur le terrain. En effet, comme le chef de terre a une place centrale, chez les Lyéla, son décès est perçu comme une quasi calamité, une catastrophe. La mort du garant de la stabilité, de la sécurité sociale, de l’ordre communautaire ouvre la voie symboliquement à l’instauration de toutes les formes de désordre possibles. C’est pourquoi, à l’occasion de la célébration de ses funérailles, dans beaucoup de villages, on permet une mise en scène de ce trouble de l’ordo reum. Ainsi, dans les villages Nuna (Nebwa), et Nebwela, la théâtralité de l’inversion des choses se joue sur le plan de la capture d’animaux domestiques et du pillage des vivres autorisé. En revanche, et c’est ce qui nous intéresse ici, avec les funérailles-réjouissances du kiè kébal ou chef de l’autel de terre, la femme qui est perçue sous une figure ambivalente, en profite pour la manifester de façon publique. Entres autres, elle va opérer, par une mise en scène autorisée, l’inversion des choses, des conventions, des mœurs et de l’ordre établis en s’appropriant la personnalité de la figure masculine, de la virilité. Elle indique ainsi, symboliquement, qu’elle incarne également la moitié masculine de l’être humain qui constitue, avec la féminine, sa complétude. C’est en ce sens qu’on peut comprendre les observations suivantes de Blaise Bayili : «  Dans les régions siyalmà, yàmà, kwarmà et nepwàlmà, les femmes, par exemple, jouent le rôle des hommes en s’emparant des signes et symboles de la masculinité, de la virilité. Continuant de montrer leur figure positive (elles gardent leur charge de production et de reproduction des nourritures et de la société), elles montrent ainsi leur figure négative ; elles brisent les usages prescrits et renversent un ordre qui les fait mineures et subordonnées (rituellement dangereuses, elles sont associées à l’impureté, au mal, à la sorcellerie…). Leur rébellion symbolique par l’inversion des rôles traduit et impose finalement la reconnaissance qu’elles assument au sein de la société. Leur désordre s’inscrit dans l’ordre établi par les hommes  » [1998 : 397]. Cet auteur ne fait pas la même analyse que nous-mêmes de ce phénomène. Outre ce premier sens qu’il lui confère, il nous semble qu’il est susceptible d’une autre lecture : tout en lui concédant ce sens, ici le mime de la virilité, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit fondamentalement de montrer la figure duale du sujet humain du point de vue de ses virtualités et effectivité sexuelles. 

En définitive, à défaut de montrer l’existence réelle de mœurs homosexuelles chez les Lyéla, nous pouvons au moins la présupposer pendant la période de l’adolescence, même si l’onanisme semble plus répandu à cet âge : c’est une pratique courante chez les jeunes gens avant le mariage. Il se pourrait que dans les villes, des Lyéla, comme d’autres individus subsahariens, qui ne craignent plus d’afficher leurs mœurs homosexuelles, désormais libérés de la tutelle des traditions, fassent montre de façon manifeste de leur homosexualité. Sans doute, une telle exhibition publique, à l’ombre du silence des traditions et loin des mœurs culturelles, doit libérer psycho-sexuellement de tels individus dont on imagine la souffrance à vivre, comme tels, leur sexualité qui les détermine fondamentalement, dans ce contexte social d’hétérosexualité obligatoire.

     Bibliographie :

  • Badinter Elisabeth (1992) : XY. De l’identité masculine, Odile Jacob, Paris. Bayili Blaise (1998): Religion, droit et pouvoir au Burkina Faso-Les Lyéla du Burkina Faso – L’Harmattan – Paris

  • Bernand André (1991) : Sorciers Grecs, Fayard, Paris

  • Bordas (1986) : Dictionnaire de la Langue Française, Paris

  • Byne William :  » Les limites des preuves biologiques de l’homosexualité », in Revue : «  Pour la Science », Edition française de «  Scientific American « , Juillet 1994-Mensuel n° 201, 106 P.

  • Clastres Pierre (1972) : Chronique des Indiens Guayaki, Pion, Paris.

  • Freud Sigmund (1977) : Trois essais sur la théorie de la sexualité, Idées/Gallimard, Paris.

  • Diamond Jared (1999) : Pourquoi l’amour est-il un plaisir ?

  • L’évolution de la sexualité humaine-Hachette, Paris.

  • Lanteri-Laura (1970) : Histoire de la phrénologie, P.U.F., Paris.

  • Levay Simon : «   L’homosexualité a-t-elle une origine génétique ? «   in Revue «  Pour la Science « ,

  • Edition française de «  Scientific American « , Juillet 1994, Mensuel n° 201, 106 P.

  • Maschino T. Maurice (1998) : lis ne pensent qu’à çà, Calmann-Lévy, Paris.

  • Mead Margaret (1978) : Mœurs et sexualité en Océanie, France Loisirs, Paris.

  • Platon (1964) : Banquet, Garnier Flammarion, Paris.

  • Rousseau Jean-Jacques (1982) : Les Confessions, Garnier Flammarion, Paris.

  • Sade (Le Marquis) : La Philosophie dans le boudoir, France Loisir, Paris.

  • Segond Louis (1959) : La Sainte Bible, Maison de la Bible, Genève.  


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