Pour aider celles et ceux qui dans le monde n’ont peu ou pas accès aux soins

Le mariage forcé : Une forme de violence contre les femmes
3 juin, 2010, 5:25
Classé dans : Non classé

Dans la société burkinabé toutes les traditions demeurent vives. La femme idéale est celle soumise et ayant une grande progéniture. Toute sa vie elle est sous tutelle des mâles de sa famille d’origine puis des obligations imposées par sa famille par alliance.  Même dans la société burkinabé dite moderne, le statut de la femme dite  » évoluée  » est une mascarade voilant une triste réalité. Toute sa vie, la femme est exposée à de multiples violences. Le mariage forcé en est une.  

Etant donné la diversité ethnique et culturelle au Burkina Faso, il existe différents types de mariages. Ces différentes types favorisent et maintiennent des pratiques de mariage sans consentement. L’individu appartient à trois sociétés différentes : l’ethnie, la nation et la religion. Pour être reconnu par ces sociétés, il doit passer trois mariages différents. Le Burkinabé répond à cette norme. Trois types de mariage sont donc célébrés au Burkina Faso : le civil moderne, le religieux monothéiste et le traditionnel ou coutumier

  • Le mariage civil moderne est célébré en application au code des personnes et de la famille depuis Août 1990. Ses conditions de fond portent sur l’âge pour l’homme et la femme et sur la liberté de consentement.

  • Le mariage religieux monothéiste englobe les mariages chrétiens et musulmans. Pour le mariage chrétien, toute contrainte pour contracter une union est interdite. Pour le musulman, si le Coran est explicite sur les conditions de mariage, force est de souligner les implications sociales résultant de son interprétation.

  • Le mariage traditionnel ou coutumier conserve une importance indéniable malgré sa signification originelle modifiée du fait qu’il n’est pas seul à régler la situation des conflits. Malgré tout, l’individu ne peut totalement s’en passer. Il est nécessaire de constater que le mariage coutumier joue un rôle d’intégration sociale des individus. Il est  » la contribution d’un contrat entre deux personnes de sexes différents créant entre elles une société de vie, des droits et des devoirs réciproques , et d’un contrat entre parentés, rendant cette union opposable aux groupes, lui assurant leur appui et légitimant les enfants « .

Il en résulte l’établissement d’un contrat entre deux lignages qui l’emporte souvent plus que les souhaits et consentements des individus. La présente étude permet de présenter des formes de mariage traditionnel dans différentes strates socioculturelles du Burkina Faso.   Chez les Mossi (ethnie majoritaire au Burkina Faso), en plus du droit détenu par l’aîné ou le chef de famille de donner une fille en mariage (le  » buud-kasma « ), on distingue d’autres manières de se procurer une femme. En effet, le  » Pog- kûuni  » ou dotation des femmes à titre gratuit, à titre de gratitude ou à titre onéreux, le  » Pog-siure  » ou dotation avec profit inaltérable, le  » Zân –boko  » ou dotation fortuite ou encore le  » Pog-rikré  » impliquent que la femme est un objet d’échange entre clans. Elle est donnée au plus offrant à un mari qu’elle n’a pas choisi ou même qu’elle ne connaît pas. Il en est de même chez les Peuhl à travers le  » Cnapawal « , chez les Gourmantché ( » O po paabu « ), chez les Bobo ( » Pri-dala « ), chez les Lobi ( » Tikoun ker « ), chez les Dagara ( » Pouré poya deb « ), chez les dioula ( » Lamogoya –furu « ). Dans tous ces cas, la femme est donnée dans le cadre et pour un soi-disant respect des traditions : respect de traditions par les hommes mais mariage forcé pour les femmes. En effet, ce concept de mariage forcé s’insère avant tout dans un système de valeurs socio culturelles de croyances profondes, voire d’une mythologie. Des traditionalistes aux conservateurs en passant par les générations influencées et les jeunes, la terminologie de mariage forcé connaît une justification selon les contextes. En effet pour certains, ce don de femmes est un héritage culturel qui a les vertus d’entretenir une cohésion sociale et de minimiser les dépravations de mœurs chez les jeunes. Pour d’autres par contre, il s’identifie à un mariage forcé étant donné l’absence de consentement.  Depuis l’indépendance, il est constaté une régression du phénomène. Mais cette régression n’est qu’apparente car il sévit toujours et continue à faire des victimes. Dans un domaine sociologique aussi important, qui touche à l’affectivité et à l’intimidé des individus, il est délicat de faire une mise en évidence quantifiée du phénomène. Toutefois, des plaintes comme l’abandon de domicile conjugal, viols et séquestrations de personnes ou encore enlèvements de mineurs, ont toujours une relation quelconque avec le mariage forcé. Ce sont en fait des manifestations de refus et même de rejet ressentis par la femme qui comprend qu’on annihile sa volonté et qu’on la ravale au même titre qu’un objet, au nom de cet honneur de la communauté. Mais les filles qui se rebellent connaissent le triste sort des pratiques magico-religieuses. En effet, battues, forcées, violées, bannies, ces jeunes filles finissent par perdre la raison et même par mourir du seul fait de leur refus de respecter la volonté parentale. Leurs raisons profondes trouvent ses fondements dans le clivage socioculturel, dans l’argument économique, dans les alliances politiques.  

Sous le vocable tradition, se cachent de nombreuses façons de percevoir la vie en communauté (règles, lois, habitudes, devoirs sociaux…). Cette tradition par exemple fait que trouver un conjoint à son enfant est un devoir social pour chaque parent. De même les difficultés liées à l’environnement économique actuel, la faiblesse du pouvoir d’achat des populations sont autant de raison qui emmènent des parents à marier leur fille de force.

L’histoire politique traditionnelle n’est pas en reste. En effet, elle regorge d’exemples de filles offertes par un chef à son homologue sous prétexte d’établir la paix, ou pire, utilisées comme des instruments politiques. De cet état de fait, il en résulte des conséquences aussi bien au plan individuel et du couple qu’au niveau de la société,  conséquences défavorisant surtout les femmes. Elles sont socialement rejetées par leur clan et finissent par être taxées de sorcellerie. Dans le moindre cas, le mariage précoce est une conséquence du mariage forcé. Mariées très jeunes, les filles conçoivent très tôt et connaissent des problèmes de santé.

Au niveau du couple, on note un non épanouissement de la femme qui subit les sévices de son mari. Des enfants sont issus de cette union et livrés à eux-mêmes. Dans le pire des cas, cela se termine par le meurtre d’un des conjoints. Socialement parlant, on assiste à la friction entre les familles, à l’exode rural des jeunes, à la prostitution, à la délinquance, au crime, etc.   Les responsables coutumiers favorisent cette situation puisqu’ils en sont les commanditaires. Il est toujours intimé à la jeune fille de rejoindre son époux qu’elle le veuille ou pas. Car sur elle, être sans valeur apparente, repose l’honneur de la famille. 

Mais que fait la loi face à de telles atrocités ? De son point de vue, le mariage forcé est réputé n’avoir jamais existé. Par conséquent ses interventions sont uniquement conciliatrices. La loi n’intervient que lorsque le problème du mariage forcé devient pénal. Face à l’échec de la juridiction, des structures religieuses ont crée des centres d’accueil pour les victimes du mariage forcé. Leur objectif est d’inculquer aux jeunes filles concernées une formation qui leur est utile pour l’avenir. Ces centres, dans bien des cas pour certains parents, sont le recours qui les disculpe un peu, en attendant de trouver une issue heureuse.

Enrayer le mariage forcé est-il possible ? Force est de reconnaître que ce phénomène est fortement encré dans les mentalités surtout dans le milieu rural. Il devient alors évident que enrayer le mariage forcé passe par la conjugaison des efforts de tous les acteurs sociaux (responsables coutumiers, victimes, associations féminines, autorités…)

Gagner un tel pari, ce serait montrer à la face du monde que le mariage forcé – qui tantôt voilé, tantôt manifeste, marque ses détracteurs à l’ombre d’un argument solide tendant à le légitimer : celui de réserver la société du célibat et du libertinage sexuel – n’est qu’une forme de violence contre les femmes.

Article rédigé à partir d’un texte du Réseau de Communication, d’Information et de Formation des Femmes dans les ONG du Burkina Faso – Recif/ONG-BF


Pas de commentaire
Laisser un commentaire



Laisser un commentaire

RelaxAntoiZen |
guérir-autrement |
Olivier Ange |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mutuelle senior
| مرحب...
| Le Blog de Xavier