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Jazz à Ouaga, une passion partagée
31 juillet, 2010, 23:42
Classé dans : Non classé

Créée en 1992 par quelques amoureux du jazz, l’association Jazz à Ouaga a pour but d’accroître la culture du jazz, cette musique née de l’exil noire et aujourd’hui universelle, à travers la formation et l’organisation chaque année du festival de jazz de Ouagadougou.
L’association Jazz à Ouaga bénéfice du soutien constant du gouvernement burkinabé et il faut se réjouir de cet appui à une structure qui sait à la fois allier dynamisme et passion au service des musiciens et des mélomanes au Burkina Faso.
Jazz à Ouaga est toujours resté fidèle à une programmation de qualité. L’engouement de plus en plus grandissant du public et des musiciens burkinabé en est la preuve. Considéré au début comme un festival  » élististe « , Jazz à Ouaga s’est transformé depuis quelques années déjà en un rendez-vous musical incontournable dans le paysage culturel burkinabé. C’est pourquoi des actions comme la décentralisation du festival à Bobo-Dioulasso, la programmation de spectacles dans d’autres lieux (Rond-point de la Patte d’Oie, Maison du Peuple) ont été organisées. En outre, l’intéressement au festival depuis quelques années par des nouveaux partenaires et sponsors (Agence Intergouvernementale de la Francophonie, Africalia-Belgique, la Spedidam -France, PSIC,…) lui a permis de mieux s’internationaliser et s’implanter.
Plusieurs musiciens burkinabé programmés à Jazz à Ouaga ont eu des opportunités d’échange et de programmation dans d’autres festivals.
Convaincus de l’intérêt de ces manifestations pour rapprocher les peuples, a été mis en place le Réseau Conventionnel des Festivals de Jazz en Afrique, aux côtés du Festival de Jazz de Guinée et le Saint-Louis Jazz du Sénégal. Le but de ce réseau est de promouvoir la connaissance et la pratique de la musique Jazz sous toutes ses formes dans divers pays africains, lors de tournées régionales organisées ou de la tenue des festivals.
Jazz à Ouaga voudrait aussi ouvrir ses horizons vers d’autres publics. C’est ainsi que le festival s’est mis en route pour la découverte des mélomanes et amateurs de jazz du Nord-Burkina en programmant des concerts à Ouahigouya dès 1984.

Objectifs : La musique burkinabè traverse actuellement une période favorable où des talents nouveaux ont su conquérir les faveurs d’un public de plus en plus exigeant. Mais les problèmes persistent car la plupart des groupes musicaux qui font un travail de recherche manquent cruellement de moyens et surtout de contacts et d’ouverture.Depuis sa création le Festival Jazz à Ouaga s’est évertué à organiser en marge des concerts des activités périphériques, tels les stages et ateliers afin d’offrir un cadre de rencontre professionnelle pour les artistes musiciens vivant et travaillant au Burkina Faso et notamment à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.Pour l’édition 2010, la formule adoptée est de permettre à ces artistes de côtoyer directement leurs confrères invités des pays d’Afrique mais aussi d’Europe autour de master-class et d’offrir directement les résultats tous les soirs à l’occasion des jam sessions au village du festival. La formation des artistes burkinabè et l’élévation de leur niveau à travers ses différentes activités est un des objectifs majeurs qui ont prévalu à la création de l’association.

De manière générale, le Festival cherche à : 

  • Accroître la culture de jazz des publics de Ouagadougou et du Burkina à travers des actions de sensibilisation telles que des conférences, des expositions, des séances vidéo,
  • Organiser chaque année un festival afin de faire connaître au public des musiques de jazz et du monde -Contribuer à la formation des musiciens au Burkina Faso par la rencontre et la confrontation avec d’autres pratiques musicales.  Il s’agit donc d’un festival annuel de musique de jazz et du monde avec des concerts et jam sessions, associant un stage ouvert aux métiers de la musique (musiciens, chanteurs, techniciens sons…) avec des Master Class, et comportant des expositions sur le Jazz, des projections, des conférences en parallèle des concerts.

Historique Le Festival a été créé en 1992 à Ouagadougou, à l’initiative du M. Guy Maurette alors directeur du CCF-Georges Méliès et un groupe de mordus de jazz. Sous l’égide de cette association, la première édition du Festival allait être organisée la même année au mois de février avec aussi bien des groupes nationaux, qu’internationaux d’Afrique, d’Europe mais aussi d’Amérique. Le succès est vite acquis et le festival allait se tenir tous les ans, sur une à quatre semaines, entre février et Mars à raison d’un à deux concerts par semaine. A partir 1995, la durée du festival est ramenée sur une semaine (7 à 10 jours) autour la journée de la Francophonie, le 20 mars. En 1997, le Festival affiche son ambition de démocratiser le jazz et investit d’autres lieux comme le Zaka et le Wakatti Arts Café. C’est l’édition 2000 du Festival qui consacre la décentralisation en proposant des concerts hors de Ouaga, à Bobo-Dioulasso (385 km) et à Koudougou (100 km).  Partenaires de Jazz à Ouaga Jazz à Ouaga est devenu depuis quelques années déjà, un festival crédible. La diversité de ses partenaires en est une preuve. Néanmoins, afin de garder la qualité du programme artistique à un niveau relativement élevé, et face aux exigences de plus en plus grands du public, le Comité d’organisation est tenu d’abattre un énorme travail de lobbying et d’intéressement en direction de nouveaux partenaires institutionnels, de sponsors et de la presse.
Le but est de mobiliser les potentiels partenaires à apporter au comité d’organisation, pour certains des moyens financiers, pour d’autres des apports en échanges marchandises (nuitées d’hôtel, billets d’avion, véhicules etc.) ou en appui technique et logistique (salles de spectacles, matériels, expertise humaine).
La professionnalisation véritable du festival passant par là, il est indéniable que l’apport de tous et de chacun contribuera au succès de chaque nouvelle édition.
C’est pourquoi, nous remercions déjà, pour leur attention et de la suite que les  » accompagnateurs  » suivants réserveront à nos requêtes
chaque année :
1. Le Ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication
2. L’Ambassade Royale des Pays-Bas
3. L’Ambassade de France
4. La Communauté Française Wallonie-Bruxelles
5. La Coopération Luxembourgeoise
6. L’Ambassade des Etats-Unis et le Centre Culturel Américain de Ouagadougou 
7. L’Ambassade de Chine
8. l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)
9. Africalia-Belgique
10. La Spedidam
11. l’Ambassade d’Algérie
12. La Coopération Autrichienne
13. Le Centre Culturel Français Georges Méliès de Ouagadougou
14. Le Centre Culturel Français Henri Matisse de Bobo Dioulasso
15. Le Jardin de la musique  » Reemdoogo  »
16. Les Mairies de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Banfora, Dori, Gorom-Gorom, Pô et Tiébélé qui nous accueillent chaleureusement et participe à l’organisation matériel de la Caravane.

Jazz à Ouaga d’une année sur l’autre

  • 1991 (Du 20 au 27 décembre) : Préfiguration
    Flashs Rock Quartet, Reggae Blues, Jazz One Kora Trio, Mamy Blooe, Dominique Chauvet d’Arcizas Solo, Achille Bass, To Finley, Désiré Traoré, Regina Neun Trio.
  • 1992 (Du 18 février au 14 avril) : 1ère édition
    François Chassagnite (France), Achille Bass (Burkina), Aldo Romano (Italie/France), To Finley (Burkina), Les Percussions de Guinée, Locomotive Blues (Burkina), Maurice Magnoni (Suisse), Eric Le Lann (France), American Jazz.
  • 1993 (Du 13 février au 02 avril) : 2ème édition
    François Jeannau Quartet (France), Dominique Chauvet D’Arcizas (France), Keurgui (Sénégal), Cheick Smith Sixtet (Côte-d’Ivoire), Trio Blue note (Burkina), Achille Bass Quintet (Burkina), Mamy Blooe (Burkina), Podoloto Quintet (Togo), Magnoni Truffaz Quintet (Suisse), Lochouarn-Diabaté (Suisse/Burkina), Sylvia Droste & Michael Sameister (Allemagne), Cissé Abdoulaye & le Diamana Percussions (Burkina), Sclavis/Romano/Texier (France), Massa Konaté (Burkina), Jimmy Gourley Trio (USA).
  • 1994 (Du 19 février au 24 mars)
    Trio Wroblewsky/Henschke/Klemm (Allemagne), Désiré Traoré Quartet (Burkina), Palomar Quartet (Suisse), Dasojeet Quartet (Burkina), Trio Pifarely/Celea/Allouche (France), Les Frères Coulibaly (Burkina), Karavan (Bénin), Pape Niang (Sénégal), Alvin Queen Quartet (USA), Al Amons (Cameroun), Momo Wandel Soumah (Guinée), Achille Bass Quartet (Burkina), Trio Clusone (Pays-Bas)
  • 1995 (Du 25 mars au 02 avril)
    Waajo (Bénin), Surutukunu (Burkina), Eric Barret Quartet (France), Super Manding (Burkina), Kisto Koembré (Burkina), Djado Jazz (Niger), Traoré Seydou Percussions (Burkina), Moncef Genoud Quartet (Suisse), African Blues (Burkina), KNVB Quartet (Pays-Bas), Sam Kouyaté (Burkina), Awana (Côte-d’Ivoire), Laurent Noah Quartet (Cameroun), Trio Philip Catherine (Belgique), Achille Bass (Burkina), Ali Farka Touré (Mali), Blues Train Quartet (Burkina)
  • 1996 (du 09 au 20 mars)
    Habib Koité (Mali), Dick de Graaf Quartet (Pays-Bas), Low Brass Quartet (Suisse), Jean-Paul Belmondo Quintet (France), Pierre Vaiana (Belgique), Farafina III (Burkina), Sababou Niuma (Burkina), Achille Bass (Burkina), Laurent Noah (Cameroun), Mamadou Diabaté (Sénégal), Souleymane Dakambary (Burkina), Camel Zekri (France), Sy Mondi (Burkina), Michel Seba (Belgique)
  • 1997 (Du 20 au 30 mars)
    Bextet (France), Fra Fra Sound (Pays-Bas), Marc Lieberskind Quartet (Suisse), L’âme des poètes (Belgique), Jean-Louis Rassinfosse, Pierre Vaiana, Serge Lazarevich, Pirly Zurstrassen, Michel Seba, Pierre Dayraud, Anja Kowalski.
  • 1998 (Du 13 au 21 mars)
    Ronald Snijders (Pays-Bas), Yèlèmani (Burkina), Mique Montanaro (France), Mamar Kassey (Niger), Raphaël Fays Trio (France), Gangbé Brass Band (Bénin), L’âme de poètes (Belgique)
  • 1999 : Nuits du jazz Novembre/Décembre
    Groove Gang (France), Roger Wango (Burkina/ France), Bebey (Burkina), Rimboba (Burkina), Mamar Kassey (Niger), Les Yumba (Burkina) et les Yumsé (Burkina).
  • 2000 : Du 27 avril au 03 mai
    Abraham Yameogo & le Kilimandjaro Blues Band (Burkina/France), Kayou Band (Cameroun), Jaya (Bénin), Quintet Kemenad (Pays-Bas), Tala & le Harmattan (Madasgacar/Burkina), Bernard Gasca (France/Burkina), Nakodjé (Sénégal), René Lacaille (France), Djata Ilebou (Burkina), Yumsé (Burkina), Dernière Trompette (Burkina), Toumani Diabaté & le Symetric Orchestra (Mali).
  • 2001 : Du 24 au 31 mars
    Starczan Bros Band (France), Waatikoro (Suisse/Mali), Ali Farka Touré (Mali), Farafina (Burkina), Sabouk (France), Albom Trio (Burkina), Bébé (Burkina)
  • 2002: Du 25 avril au 05 mai (10ème anniversaire)
    Bill Aka Kora (Burkina Faso), Rex Omar (Ghana), Macase (Cameroun ), Yeleen (Burkina), Majic Malick Orchestra (France), Wassamana (Burkina), Bébey (Burkina), Larry Ham Quartet ( USA ), Momo Wandel Soumah (Guinée), Malcom Braaf & Combo (Suisse), Ribouem (Togo) 

  • 2003 : Du 25 avril au 03 mai
    Solo Jah Kabaco – Eugène KOUNKER – Six Thèmes – Wassamana (Burkina Faso)
    Kilimandjaro Soul Blues Band (France /Burkina) -Starczan Brothers Band
    (France) Bembeya Jazz National (Guinée), Dick de GRAAF Quartet (Pays-Bas), NDER et le Setsima Group (Sénégal), By Spiel Project (Suisse).
  • 2004 : (Du 23 avril au 1er mai)
    Tim Winsey et le Wassamana, Abdoulaye Traoré & Kantala, Saïd Ilboudo, le groupe « Veenem », Goungoué de Tangasgo (Tiébélé), Fomtugol de Dori, Lingani Harouna (Burkina Faso), St Bol (Côte d’Ivoire), Les Sofaa de Bamako (Mali), Jazz Pistols (Allemagne), John Arcadius, Soulaya (Belgique), Le Grand Orchestre de Rido Bayonne, Mezcal Jazz Unit, Philippe Duchemin Quartet, Trio Karuna (France), Dick de GRAAF (Hollande).
    î 2ème phase du programme triennal de formation des techniciens son et lumière
  • 2005 : du 29 avril au 07 mai :
    Du Burkina Faso : Le Jazz Orchestra du Burkina (JOB) avec Rido Bayonne (France), Bil Aka Kora et le Djongo System, Alif Naaba, Dumba Kultur, Mixonsleurliens, du Mali Ali Farka Touré, de Guinée Le Bembeya Jazz National, Du Togo King Mensah et le Fafaneva, Du Bénin Le groupe FA, Du Cameroun Richard Bona, De France Florin Niculescu Quartet, De Hollande Fra Fra Sound, De Suisse By Spiel Project.
  • 2006 : Du 28 avril au 06 mai :
    Ray Lema (Congo-France), Max Ray Ibrango (Burkina), Alif Naaba ( Burkina), Charly Sidney (Burkina), Four Roses (Suisse), Tim Winsey (Burkina), Rido Bayonne et le JOB (France/Burkina), Soirée  » Racines  » avec Ragnagnéwinde, Lingani Biri et le vieux guitariste bissa, les Femmes  » Kouwèlogo  » de Ballerbié, Tiébélé, Burkina Electric (Autriche-Burkina) et Saintrick (Congo-Sénégal), Mamar Kasseye (Niger), Super Rail Band (Mali), Eugène Kounker Afro Jazz Band (Burkina), Dick de Graaf (Hollande) + musiciens stagiaires, Burkina Electric (Autriche-Burkina), Tim Winsey (Burkina). 

  • 2007 : Du 27 avril au 05 mai :
    Cheick Tidiane Seck Quintet (France-Mali), Cabas ( Burkina Faso), Charly Sidibe (Burkina), Floby (Burkina), Big Band France Afrique avec Rido Bayonne, N.Y.S.Y.M.B & Channse Evanns (Congo-USA), Samba Touré  » Mali Songhaï Blues  » (Mali), Kantala (Burkina), Marc Lelangue Trio (Belgique) et Elsa Martine (Guyane), Les Palabres bleues (Suisse) et Yili Nooma (Burkina), Belo (Haïti), John Yalleys-Kiffys (Côte d’Ivoire), Belmond (Burkina), Cheick Tidiane Seck + stagiaires.
  • 2008 : Du 25 avril au 03 mai :
    Ba Cissoko (Guinée), Belmond Djiké (Burkina), Les Woody (Côte D’Ivoire), Baowendsom (Burkina), Yapa Jazz Quartetn (Congo Brazza ), Mike Del Ferro (Pays-Bas), Toumboudé (Burkina), Ray Lema (France – RDC), Jean Goubald (RDC), Bill Aka Kora (Burkina), Max Ray Band, Raaga Trio (Italie-Mali-Burkina), Roland Tchakounte (Cameroun), Etienne M’Bappe, Dicko Fils (Burkina), Eugène Kounker & Djimaxi Africa (Algérie), Raaga Trio (Suisse+ Burkina), Ray-Goubald-Bil (France-RDC-Burkina), Roland Tchakounté blues Trio (Cameroun).
  • 2009 : Du 24 avril au 02 mai :
    Didier Lockwood (France), Tiik-Baco, Cheikh Tidiane Seck (Mali), Zampou, Haines Kies & Mali Trio project (Allemagne-Mali), Harmonica (Algérie), Wendinso, Uppertunes (Pays-Bas), Kotomè, Pascal Mohy Trio (Belgique), Blues Blend Quartet (Suisse), Bonsa (Burkina) + Rap-en-Jazz avec Toumboudé & Smockey, Eudoxie, Trio Ivoire (Mali, RCI, France), Tcheka (Cap-vert).
  • 2010 : Du 23 avril au 01 mai :   

1- Le Nouveau Trio Gitan (France) sous la houlette de Chritian Escoudé
La formule du trio de guitare plaît particulièrement à Christian Escoudé, un des musiciens de guitare manouche le plus réputé du monde.
Un père tzigane et guitariste, une mère charentaise, Christian Escoudé naît en 1947. À 15 ans, Christian embrasse la carrière de musicien et se forge un style de guitare dans les canons du jazz bop, largement teinté d’influence tzigane. Il fait preuve d’un grand sens mélodique, où pointent des inflexions gitanes, comme le vibrato et le portamento, de beaucoup de chaleur dans le phrasé et d’une belle générosité de son. Il se distingue par sa façon toute personnelle d’utiliser les arpèges sur les systèmes demi-ton. En 2004, il constitue le « Nouveau Trio Gitan », réunion de trois guitaristes ayant l’ouverture d’esprit nécessaire à une expression musicale d’actualité sans renier les racines dont ils sont issus.
Il s’est entouré de deux jeunes musiciens talentueux : Jean-Baptiste Laya, formidable guitariste de 33 ans qui vient des milieux du jazz et David Reinhardt (petit-fils de Django) né en 1986, l’année où son père (Babik) jouait à Marciac avec le premier trio gitan !
La symbiose est parfaite entre la fougue du  » Maître  » Escoudé et ses émules, qui ont la même dévotion pour le swing, la virtuosité et surtout la musicalité.
Ce trio magique de guitaristes vient célébrer le centenaire de la naissance de Django, le  »pape » du jazz manouche. Soirée unique et exceptionnelle ! 
2- Mina Agossi, la  »boxeuse » du jazz !! (France-Bénin)
Le parcours de cette jeune franco-béninoise de 38 ans est atypique. Après avoir suivi une formation théâtrale, elle fait ses débuts dans un groupe de rock.
Charmante et charmeuse, Mina Agossi rayonne sur scène et mène son spectacle avec humour, gaieté, énergie et autorité.
Elle s’intègre en tant que musicienne dans son trio en complétant son chant de divers solos de trompettes simulées ou d’imitation de guitares électrique saturées à la Hendrix, avec en sus quelques onomatopées rythmiques et borborythmiques diverses…
Mina Agossi est une grande dame et ne fait aucune concession, joue « comme elle est », de façon sincère, sensuelle et envoûtante.
Elle impressionne par la maîtrise qu’elle a de sa vie, de sa voix, de son image. Dépouillée, sa musique est chaude, organique.  » Être sur une scène a une dimension érotique, orgasmique « , aime-t-elle répéter. Wouaww !!
Séduisante parce qu’elle joue des répertoires très différents faisant fi des frontières de genre et revendique des influences musicales très hétéroclites : elle peut jouer un jour avec son mentor Archie Shepp et le lendemain participer à un concert avec des musiciens syriens. Elle cite aussi bien Willie  » the Lion  » Smith que Hendrix ou Nougaro. Elle utilise aussi sa voix sous toutes ses formes : chantée,  » scattée « , rappée ou même hurlée. Tout à fait insolite et audacieux, le jazz intense de cette acrobate vocale est une musique à découvrir absolument !

3- Toumani Diabaté,  Le  » Jimi Hendrix de la kora « , & Le Symetric Orchestra (Mali)
Le Malien Toumani Diabaté, disciple d’Ali Farka Touré, est né en août 1965 à Bamako au Mali, dans une famille de griots exceptionnels ; il est issu de la 71ème génération de joueurs de kora de sa famille.
Énergie, pureté, sensibilité, virtuosité étonnent chez ce virtuose de la kora.
Car si Toumani est un griot, c’est aussi un bluesman, un compositeur pop et un voyageur musical de premier plan.
Enfant prodige, Toumani commence à jouer de la kora à l’âge de cinq ans ;
A dix-neuf ans, Toumani rejoint les brillants jeunes musiciens qui accompagnent la grande diva, Kandia Kouyate, la chanteuse griotte la plus célèbre et la plus puissante du Mali, avec laquelle il tourne dans toute l’Afrique.
Deuxième passage (2001) à Jazz à Ouaga pour lui. Pour nous, un pur bonheur !

4- Pitch Quartet (France)
A l’occasion du 16e festival Jazzèbre de Perpignan en 2004, les musiciens du groupe Pitch 4tet se voient confié un projet d’hommage au guitariste Jimi Hendrix. Pour cela, ils font appel à deux guitaristes dont ils partagent de longue date cette même influence : Ayankoko et Serge Lazarevitch, le premier apportant son univers bruitiste et expérimental, et le second son jeu subtil et sa grande expérience de l’improvisation. Cet hommage se présente comme une création autour de la musique de Jimi Hendrix. En s’inspirant de la démarche du génial guitariste, les musiciens du projet crée un univers musical où s’entremêlent et se télescopent leurs influences : guitares saturées, mélodies free, rythmique rock parfois drum’n'bass, groove boîteux, ballade poétique, rythme traditionnel … et surtout improvisation, qu’elle soit rock, jazz, libre ou sonore. Chaque  » arrangement  » des compositions de Jimi Hendrix décline une nouvelle facette de ce que ces musiciens proposent : une musique personnelle qui mélange les genres, inscrite dans le monde artistique actuel, et dont l’élément fédérateur est l’improvisation.

5- Hip Jazz Trio (France)
L’art du trio réside dans l’espace de liberté que véhicule cette formule. Aux antipodes de toutes contraintes, le  » Hip Jazz Trio  » évolue dans un univers où création et tradition ont un langage commun. Du ténor puissant et rugueux propre à l’école texane d’Abdu Salim, aux pulsations rythmiques du duo fraternel, Akim Bournane et Ton-Ton Salut. C’est toute l’histoire du jazz qui sous nos yeux se conjugue à tous les temps. Ici, pas de simple relecture de la bible des standards, les clichés sont remplacés par une énorme envie de jouer et de (se) faire plaisir. Chaque thème est une nouvelle aventure propice à l’exploration. Les privilégiés de ces instants de bonheur ne sont pas prêts d’oublier une soirée qui s’annonce déjà comme mémorable.
À la croisée des continents, entre Afrique, Europe et Amérique, la modernité du  » Hip Jazz Trio  » puise à la source des thèmes traditionnels et reflète à merveille l’universalité d’une musique intemporelle.

6- Bassekou Kouyate & Le Ngoni Ba (Mali) : les mélodies  » dingues  » des n’gonis mandingues…
Du Mali au Tennessee, Bassékou Kouyaté, le Maître des cordes, ensorcelle toute la planète au son du n’goni. Adulé par les plus grands noms du blues et du jazz, l’artiste mêle avec une grâce et une virtuosité extraordinaire les sons nés au bord du fleuve Niger et ceux crées sur les rives du Mississipi. De Carlos Santana en passant par Ali Farka Touré et Bonnie Raitt, Bassekou Kouyaté a multiplié les expériences et les collaborations artistiques qui ont enrichi d’autant sa musique. En se frottant aux autres cultures, le Malien offre au n’goni une véritable cure de jouvence.
Issu d’une famille de griots, Bassekou Kouyate est l’un de ces enfants terribles qui ont donné à la musique traditionnelle malienne ses palpitants élans contemporains. Il est l’un des joueurs de ngoni les plus inventifs.
Sollicité par de nombreux artistes, Bassekou Kouyate a participé notamment à un enregistrement avec le bluesman américain Taj Mahal. Il est intervenu sur l’album posthume d’Ali Farka Touré (Savane) et sur celui de Dee Dee Bridgewater (Red Earth).
Puissante, tonique, sa formation atypique réunissant quatre ngonis est une formidable machine à danser.
Bassekou nous a fait l’honneur d’interrompre une tournée américaine pour venir partager sa musique avec nous ; merci ! 

7- King Kora Big Band (Suisse)
King Kora, ce sont 10 musiciens originaires de l’Afrique de l’ouest (Gambie, Sénégal, Côte d’Ivoire) et de la Suisse qui ont présenté leur musique festive depuis 10 ans sur de nombreuses scènes en Europe et en Afrique de l’ouest.
En été 98, Lamin Jobarteh et Roger Greipl se sont rencontrés à Zurich, où, depuis lors, le groupe est basé. Lamin Jobarteh est le chanteur, joueur de kora et compositeur du groupe. Il descend d’une des grandes familles de griots de Sere Kunda en Gambie. Ses chansons en mandingue nous parlent de héros, proches ou lointains, de l’injustice, des difficultés du progrès et racontent des histoires de familles. Roger Greipl est le saxophoniste et l’arrangeur du groupe. Il joue chez « Die Aeronauten », groupe culte de soulpunk allemand, et travaille depuis des années avec des artistes africains comme Chérif Mbaw, Okololo, Souleymane Faye et Maciré Sylla.

8- Alexandre Furnelle Quartet (Belgique)
Alexandre Furnelle est né au Congo où il a vécu jusqu’à l’âge de 6 ans. Attiré très jeune par la musique, il fera ses débuts à la basse électrique dans divers groupes de blues et de rock. A vingt ans il découvre le jazz et la contrebasse. Au départ autodidacte il s’est doté d’une formation complète : cursus académique de contrebasse et d’harmonie classique, cours d’harmonie et de contrebasse jazz, cours de chant, formation de rythme… Il s’est intéressé de près au son en tant que matière brute, ce qui l’a amené à étudier les instruments de la préhistoire.
Professionnel depuis 1979, réputé sur la scène jazz belge, il travaille avec des musiciens de tous styles : jazz, blues, musique classique, chanson française, musiques des pays de l’Est, Orientales…Actuellement il joue avec des jazzmen comme Peter Hertmans, Erwin Vann, Daniel Stokart Jan de Haas, Barbara Wiernik. Curieux de toutes les musiques, il joue aussi avec le chanteur et musicien berbère Khalid Izri. Il est membre du groupe O’Tchalaï (musiques d’Europe de l’Est).
Il a participé à plusieurs projets théâtraux tant en temps que contrebassiste et compositeur.

9- David Tayorault & Café (Cote d’Ivoire)
Considéré aujourd`hui comme l’un des meilleurs artistes ivoiriens, Tayoro Edson David alias David Tayorault est un inconditionnel des musiques enivrantes. Il commence sa carrière très jeune en 1984 dans le mythique groupe Woya.
Le jeune David, à l’époque toujours habillé en casque colonial et culotte kaki (souvenez-vous !), était l’idole de tous les mélomanes.
Doté d’une solide formation, David Tayorault entamera une carrière en solo et sa musique est une explosion de rythmes et de mélodies chaloupées et très colorées. Chant traditionnels africains, jazz, blues, gospel, zouk, soul, musique sud-américaine… telles sont ses influences musicales.
David Tayorault allie le vocal et l’instrumentation le plus allègrement possible.
Et il met souvent son talent au service des autres artistes. C’est lui qui a réalisé le tube planétaire
 » 1er Gaou  » de Magic System. Avec son groupe  » Café  » composé des meilleurs musiciens sur la place d’Abidjan, David Tayorault fait partager sa passion pour les musiques éternelles qui élèvent l’âme et nourrissent l’esprit. 
10- Marcel Worms (Pays-Bas)  Le pianiste Marcel Worms a étudié au Conservatoire Sweelinck à Amsterdam.
Après son examen de fin d’études en 1987, il s’est spécialisé en musique de chambre auprès de Hans Broekman et en musique pour piano du 20ème siècle auprès d’Alexandre Hrisanide.
A Ouaga, Marcel nous a montré sa virtuosité et son doigté magique dans un solo magistral en jouant quelques pièces de son projet  » nouveaux blues pour piano « . 180 compositeurs de 50 pays ont contribué à ce projet, provenant d’Europe, d’Amérique du Sud, du Proche et d’Extrême Orient et d’Afrique. Puis nous avons  » voyagé  » avec la voix d’un des meilleurs chanteurs burkinabé du moment, Alif Naaba. 
11- Le groupe Yapa (France)
Souvenez-vous, lors de jazz à Ouaga en 2008, 4 jeunes garçons sympathiques et amis dans la vie  » électrisèrent  » le festival avec leur musique swingante et rafraîchissante. Ce fut le coup de cœur du festival !
Lors de ce séjour, ces musiciens à la grande générosité ne marchandèrent pas leur temps pour faire des rencontres, se confronter aux musiciens burkinabé et étrangers invités, partager des moments de recherche musicale et voyager à travers le Burkina.
De ces pérégrinations, naquit l’album  » Pariwaga  » sorti en janvier dernier, fruit de cette «   aventure  » ouagalaise. Jazz à Ouaga est heureux d’avoir présenté cet opus, riche en échanges et véritable  » alchimie  » musicale.
À une époque où les tubes et les sonneries de téléphone se fabriquent à la chaîne, Yapa tente de préserver une approche artisanale de la musique. En huit ans, le groupe a publié deux albums instrumentaux :  » Chroniques D’Endoo  » et  » Can I Talk To You ?  »
Découvrez  » Pariwaga « , le nouvel album de Yapa et suivez leurs guitares funk explosives sur les pistes de Ouagadougou à Alger, à la rencontre des plus belles voix africaines, avec Victor Démé, Salif Diarra, Djmawi Africa, Patrice et beaucoup d’autres invités en guest. 
12- Jean-Christophe Briznt Quintet (France)
Ce Quintet se crée en 2008 sous l’impulsion de Jean-Christophe Briant et se produit récemment pendant le festival de Jazz d’Orléans 2009.
Ainsi, en fonction de leurs rencontres, des décors, des prises de vues, de la mise en lumière, ces idées se développent et se transforment. Les musiciens tels des acteurs, y injectent leurs personnalités et leurs savoir-faire. Tour à tour lyrique, fantasque, exubérant, audacieux, une chose est sûre, le chant et l’émotion sont leur priorité.
En 2009, Sonia Cat-Berro est invitée sur un nouveau répertoire. Bien que récente, cette formation est composée de musiciens qui se connaissent bien musicalement, créant une nouvelle symbiose entre artistes engagés depuis de nombreuses années dans le Jazz.
La musique de Jazz, issue du Blues, du Ragtime, de la musique classique européenne, plongeant ses racines au cœur de l’Afrique se place d’entrée de jeu dans une dynamique de métissages et de mouvements.
Ce groupe nous propose un voyage musical commenté à travers les pays d’Europe et leurs musiciens de Jazz.

13- Seydou Zombra (Burkina)
Seydou Zombra a été révélé au grand public en 1981 avec son tube  » Dén bé kassi là « , énorme succès médiatique et commercial et dont le disque obtint un  » Maracas d’Or « , une distinction décernée par le Président de l’Académie du jazz de France avec le label  » de compositeur original qui ne se laisse pas porter par les courants « .
Seydou est né le 27 mars 1956 à Abidjan d’un voltaïque arrivé sur les bords de la lagune Ebrié1945 et d’une ivoirienne, ce qui le fit baigner dans une double culture.
Du journalisme, Seydou transite très vite vers la musique ; d’un micro à l’autre, le chemin est court.
Seydou est une forte personnalité qui évolue loin des moules et du  » prêt à servir « .
Son dernier album  » Hoba hoba  » sorti début 2010 est un pur bonheur, agrémenté d’une reprise plus  » bluesy  » de  » Dén bé kassi là « .
Seydou n’a plus joué au Burkina depuis plus d’une vingtaine d’année.

14- Dumba Kultur (Burkina Faso)
En d’autres temps, Alkabore Tega Wende n’aurait même pas eu le droit de chanter, son statut de prince burkinabé étant, par tradition, incompatible avec une si  » triviale  » activité. Toutefois sa mère déjà donnait de la voix lors des cérémonies de baptême et la musique, on le sait, adoucit même le Rituel. Quant à Sini Moulaye, son appartenance à la caste ivoirienne des Dosso le destinait à devenir chasseur, expert en médecine par les plantes et conteur attitré de l’arbre à palabres. C’était sans compter le djembé, au son duquel il commença de danser à l’âge du lionceau. Le premier affiche un sourire de môme émerveillé, cinglant comme un coup de slam et serti dans un buisson de dreadlocks qui témoigne d’une joyeuse allégeance au reggae. Le second est mince comme un arbre qui monte au ciel, sa voix cassée prend aux tripes. Ces deux là se sont reconnus tout de suite : le prince et le chasseur ont découvert le plaisir de jouer ensemble, ils se sont entourés de musiciens qui, comme eux, avaient su garder les oreilles grand ouvertes, et ils ont créé Dumba Kultur.  » Dumba « , c’est-à-dire la grande profondeur en langue malinké.  
 

Concours de musique  » Jazz Performance 2010/3ème Edition «  En vue de stimuler la recherche musicale des artistes du Burkina Faso et de leur offrir une scène professionnelle de prestation, a été organisé dans le cadre du Festival International Jazz à Ouaga 2010, un concours de musique dénommé  » Jazz-performance 2010 « , ouvert à tous les groupes de musique ou artistes résidents au Burkina Faso. Le concours  » jazz performance 2010  » est doté de 3 prix :
 » 1er Prix : Le Saxo d’Or d’une valeur de 700.000 Fcfa
 » 2ème Prix : le Saxo d’Argent d’une valeur de 400.000 Fcfa
 » 3ème Prix : le Saxo de Bronze d’une valeur de 200.000 Fcfa
Les groupes ou artistes lauréats du Saxo d’Or et d’Argent ont bénéficié en outre d’une programmation dans le cadre de la Caravane du Jazz 2010.

DjangodOr Afrique 2010 : Burkina Faso, pays d’accueil de cette Première édition Après avoir fait le tour de l’Europe, les DjangodOr ont décidé de déposer leurs valises au plus près de leurs racines…Cet événement tant attendu des DjangodOr Afrique s’est tenu le 23 avril 2010 à Ouagadougou, dans la très belle salle du Grand Méliès au Centre Culturel Français en soirée d’ouverture du Festival  » Jazz à Ouaga « .
Une journée axée sur deux événements majeurs, la célébration de la toute première édition de cette remise de trophées en Afrique, ainsi que la commémoration du centenaire de la naissance du célèbre et talentueux Django Reinhardt !
Un programme riche en découverte et en émotion :
- Conférence sur Django Reinhardt & Master class sur le thème du Saxophone
animée par Jean-Michel Proust (Directeur du club  » Duc des Lombards « , saxophoniste et conférencier)
- Exposition photos : Dango Reinhardt
- Projection du film  » Django Legacy  » et du clip hommage  » Django 100 « .
Les invités d’honneur du concert inaugural du festival :  » Nouveau Trio Gitan  » :
Christian Escoudé, Jean-Baptiste Laya et David Reinhardt (petit-fils de Django)
Pour cette première cérémonie, un DjangodOr dans la catégorie  » prix spécial  » a été décerné à une personnalité burkinabé du monde du jazz. Ces premiers DjangodOr Afrique promettent un véritable retour aux sources, mais comme le dit le dicton africain  » la patience est un chemin d’or « … 



La naissance de la musique moderne burkinabè
31 juillet, 2010, 23:38
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Le patrimoine culturel Burkinabé se caractérise par sa diversité. Les différentes communautés ont des traits caractéristiques spécifiques et expriment leurs identités à travers la sculpture sur bois ou en bronze, l’architecture, la musique, la danse…L’un des pans importants de la culture burkinabé est le domaine de la musique et de la danse traditionnelles où on rencontre de multiples instruments de musique qui chantent et constituent des objets d’arts. Il s’agit entre autres des tambours d’aisselle, des petits tam-tams (Bendré en Mooré), la flûte traversière ; le sifflet taillé dans le bois des Lobi, la virtuose de la clarinette des Bisa.

image11.pngLa genèse de la musique moderne burkinabè remonte à la période d’avant les indépendances où il y avait quelques rares formations orchestrales qui se bornaient dans l’interprétation de titres en vogue du répertoire français, congolais et latino-américain.

L’histoire de la musique burkinabè nous est comptée par deux de nos compatriotes qui en ont consacré un ouvrage majeur qui fait autorité de par la rigueur dans la démarche qui a été la leur. Il s’agit de l’artiste musicien chercheur Oger Kaboré et Auguste Ferdinand Kaboré, ancien ministre de la Culture. Cet ouvrage, sorti en 2005, est le premier du genre, consacré à la musique moderne burkinabè. Histoire de la musique moderne burkinabè, c’est le titre de ce chef-d’œuvre dédicacé le 28 juillet 2005 sous le parrainage de Mahamoudou Ouédraogo, ancien ministre des Arts, de la Culture et de la Communication. Les 240 pages que compte l’œuvre, ont permis à ses auteurs de revenir sur la naissance de la musique moderne burkinabè, de retracer son évolution et d’ouvrir des perspectives au monde de la musique.

Le premier chapitre fait une genèse globale de la musique moderne burkinabè et passe en revue les pionniers de cette musique nationale. Le second chapitre est consacré à la période allant de 1960 à 2005. Il rend compte de l’évolution de la musique moderne sur cet épisode temporel. C’est le moment où on a vu émerger des groupes musicaux et des musiciens de renom tels que Sotigui Kouyaté, Abdoulaye Bassavé, Joseph Salambéré, Bamogo Jean Claude, Georges Ouédraogo… Au titre des groupes musicaux, on dénombre l’harmonie voltaïque, le Tenko jazz, le Super Volta…

Le troisième chapitre traite de l’arrivée de nouvelles tendances sur la scène musicale. Cette partie traite de l’irruption de nouveaux concepts avec de très jeunes musiciens qui donnent dans le rap, le zouk, le raga, le reggae… Dans cette nouvelle tendance, les auteurs ont déploré une mise à l’écart des rythmes nationaux. Ils y ont également traité des enjeux culturels et socioéconomiques de la musique moderne burkinabè.

image21.pngLa lecture de cet ouvrage permet de constater que l’intégration des langues nationales dans la musique moderne de notre pays date des années 1960-1970. C’est dire qu’avant les indépendances, les artistes musiciens modernes ne chantaient pas dans nos langues locales. A cette période, des groupes musicaux tels que l’harmonie voltaïque, de par l’originalité de leur création, sont parvenus à des sommets jamais atteints auparavant. Ce groupe musical a fait ses premiers concerts au Niger, en Côte d’Ivoire, en Guinée… des sorties qui ont connu des succès retentissants.

L’engouement des mélomanes burkinabé était tel que de nouveaux orchestres vont se former. Par la suite toute une pépinière de jeunes compositeurs appelés communément vedettes de la chanson moderne vont se lancer à la conquête du public. Ils vont véhiculer notre musique, notre culture au delà de nos frontières. De l’autre coté de l’hexagone le gandaogo nationale Georges Ouédraogo recueille un succès sans précédant et élève le niveau de la musique moderne d’inspiration traditionnelle au rang des grandes productions internationales.

Au niveau locale beaucoup de changements furent observés car certains artistes comme l’orchestre les Prophètes avec leur album Hamid Kuum , Sandwidi Pierre , Sa Boué Jean Bernard …Cependant dans la période 1980 a 1987, nous avons connu l’organisation de grands spectacles dans la cuvette du stade du 4 août qui venait d’être nouvellement construit pour le sport et la culture.

Après cette période, l’on peut aussi citer la génération de Nick Dombi, Black so man, qui lui aussi a fait des tournées chez nos voisins de la Côte d’Ivoire et même de la sous-région sans oublier le niveau local. De nos jours une nouvelle race de jeunes artistes musiciens burkinabé arpente la scène internationale et suscite nos espoirs. Au nombre de ces artistes figurent Billaka kora, le groupe Faso Kombat, le groupe Yeleen … On se souvient encore de la dernière sortie de Faso Kombat à Belfort qui a connu un énorme succès.

A partir de nos réalités ces artistes, créent essentiellement des œuvres riches et varier. Bill Aka kora s’inspire des sonorités Kassena et Faso Kombat se réfère dans le terroir mossi. Les tournées effectuées généralement par nos artistes à l’extérieur entrent dans le cadre des invitations ou d’une initiative de notre ministère en charge de la culture.

Sah Daouda Ouédraogo

Quelques références d’artistes dans la musique burkinabè actuelle

Kisito Bationo
Actualité, biographie, discographie et photos de ce musicien chanteur reggae burkinabé. Avec des extraits de chansons à écouter.
http://kizito.free.fr/index_2.htm

Negramers, formation musicale du Burkina Faso
Présentation du groupe musical burkinabé Negramers qui joue une musique basée sur les valeurs de la culture africaine : albums, paroles de chansons (en langue dioula et en français), photos. Avec des extraits de chansons en mp3 et vidéo clip.
http://www.africamusic.net/negramers/index1.htm

Kady Diarra, Musique traditionnelle du Burkina Faso et de l’Afrique de l’Ouest
Originaire de Bobo-Dioulasso et ayant grandi dans une famille de griots, Kady Diarra joue, avec son groupe, une musique où se mêlent le violon peulh et le goni du chasseur, le balafon guinéen et les tambours Bobo. Biographie, discographie, dates de concerts et informations sur les instruments traditionnels utilisés : dundum, tama, sokou, barafié, etc.
http://www.kadydiarra.com/

Kankélé, balafons et rythmes Mandingues
Groupe de musique de balafons, de danses et percussions africaines du percussionniste et balafoniste burkinabé Oumarou Bambara qui joue avec des percussionnistes français. Propositions de stages de balafon, djembé et danses africaines au Burkina Faso.
http://www.kankele.net/

Martin N’Terry, musicien reggae burkinabé
Consacré au musicien compositeur burkinabé Martin N’Terry, ce site présente sa biographie, des extraits audio de ses chansons, ses clips vidéo et des articles de presse qui lui ont été consacrés.
http://martinnterry.rendala.com/

Yé Lassina Coulibaly, musique traditionnelle et danses du Burkina Faso
Informations sur le musicien et danseur Yé Lassina Coulibaly basé à Bourges (France) : biographie, discographie, renseignements sur les stages et cours de danse et de percussion qu’il donne. Avec des extraits musicaux en MP3.
http://www.yelassina.com/

Yoni s’affiche dans l’univers musical 

Il est artiste plasticien, dessinateur. Dans sa maison sise Zone Une, un quartier à l’est deyoni.jpg la capitale burkinabè, il confectionne batiks, bandes dessinées et autres calligraphies. C’est à Bobo-Dioulasso qu’il avait commencé à exercer ce métier pour vivre. La plaque qui signale  » Ciné Oubri  » sur le fronton de la salle de cinéma du même nom, c’est lui. Lorsqu’il se met à l’ouvrage, il doit laisser le temps à la peinture de sécher sur les morceaux d’étoffes ou de tôles. Alors, au lieu de se tourner les pouces, ce jeune artiste à l’allure frêle et au regard timide, décide de s’offrir une guitare sur les cordes de laquelle, il sort des notes qui soutiennent des chansons spontanées. L’illustrateur se découvre un talent d’auteur- compositeur-chanteur. Il ne lui en faut pas plus pour parcourir les quelques centaines de mètres qui séparent son domicile de la salle de répétition de l’orchestre  » La dernière trompette « , dans lequel il va fourbir ses armes de choriste-chanteur. C’est ainsi que Yoni Abdou Dramane devient tout doucement Yoni, chanteur surpris par son propre talent. En 1999, lorsque se constituait l’Orchestre national du Burkina, il n’hésite pas à passer le test. L’audition est concluante. Depuis lors, Yoni évolue au sein de ce groupe qui excelle en interprétation de musiques d’ici et d’ailleurs. Influencé par ce méli-mélo de rythmes musicaux d’origines diverses, Yoni compose un répertoire original qui est une sorte de synthèse rythmique se situant à la croisée des chemins des sonorités dansantes et cool qui peuplent son univers quotidien. Le résultat, c’est la sortie le 02 février de l’album Song taaba (entraide), dont le titre Nonglôm  » l’Amour  » d’une beauté naturelle fait le bonheur des mélomanes burkinabè. Et pourtant, Yoni dont la maman n’a su qu’après la sortie de cette cassette qu’il faisait de la musique malgré son opposition avait tout juste voulu sortir quelque chose pour attirer l’attention sur lui, afin de pouvoir mieux vendre ses œuvres d’arts. Des batiks exportés vers l’Europe et des bandes dessinées dont certains journaux ont déjà publié des extraits entre 1998 et 2000, ça fait du bon beurre sur les épinards. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’avait sollicité (et obtenu) du ministre de la Culture Mahamoudou Ouédraogo, que l’enregistrement de six titres au studio du CENASA*. Ce n’est qu’après avoir pris contact avec les productions Tam-Tam, qu’il sera obligé de compléter la K7 à huit titres pour être dans les normes, d’où un enregistrement complémentaire de deux morceaux au studio la Ruche. En l’espace de deux mois, le coup d’essai de ce jeune artiste s’est avéré être un coup de maître, avec un nombre intéressant de tubes de bonne facture sur une première œuvre. Yoni qui ne s’attendait pas à tel succès en peu de temps garde tout de même la tête sur les épaules et regrette, de ne pas pouvoir rester plus souvent à la maison où de nombreux voisins viennent le féliciter. Il avoue sans ambages que ce succès lui  » fait aimer la vie.  » Bien que n’ayant  » pas pensé à la suite  » auparavant, il se trouve aujourd’hui forcé à travailler davantage dans la musique pour ne pas décevoir les nombreux fans qui se constituent progressivement autour de lui. Le génie qui sommeillait en l’artiste s’est réveillé. Le maintenir éveillé requiert un travail persévérant et un encadrement professionnel conséquent. Toutes choses qui éviteraient que Yoni soit une étoile filante. Côté inspiration, la vie de tous les jours qui, déjà lui fournissait les scénarios de ses BD, permettra à Yoni de composer toujours de belles chansons. Il dispose de nombreux titres dans sa gibecière, dont certains en gourmantchéma, sa  » langue maternelle. » La plupart des morceaux de cette première cassette sont chantés en langue nationale mooré, qu’il maîtrise mieux, lui qui est né un certain 8 janvier 1972 à Ouagadougou. A l’instar de  » La maladie d’amour  » de Michel Sardou ou de  » Diarabi  » d’Amy Koïta, le  » Nonglom  » de Yoni fait un véritable tabac dans les cœurs et les jukes-box. A juste titre, les radios locales et les discothèques du Pays des Hommes intègres saluent avec emphase la naissance de ce nouveau bébé, qui confirme la profondeur de l’esprit de créativité d’une jeune génération de musiciens locaux. 

 » Centre national des arts du spectacle et de l’audiovisuel. 

Ludovic O. Kibora 

Musiques mandingues l’intarissable source d’un art bien vivant

L’aire d’influence mandingue, qui englobe le Sud de la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée, le Mali, le Nord de la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, est un fabuleux creuset de musiques. Ce sont incontestablement les plus répandues et les mieux connues des musiques africaines en France. Les peuples de ces régions – Malinké, Bambara, Soninké, Peuls, Dioulas, etc. – ont su enrichir, chacun à leur manière, un fond traditionnel musical raffiné, aussi puissamment ancré dans une même culture ancestrale qu’un tronc de baobab dans la terre de la savane. La structure de la société y est sans doute pour beaucoup. Depuis le XIIIème siècle, la caste des griots est attachée à celle des nobles. Conteur, poète et musicien, le griot remplit aussi les fonctions d’historien généalogiste des grandes familles, de chroniqueur de guerre, de conseiller, de diplomate, de gardien des us et coutumes Amadou Hampâté Bâ décrit magistralement ce que représente le griot mandingue au début de ce siècle, et son rôle primordial dans le maintien de traditions qui alimentent encore l’inspiration des musiciens modernes, descendant ou non de familles de griots.

La musique mandingue du Burkina Faso est à l’honneur depuis 1978, date où la formation de Mahama Konaté,   » Farafina « , a été créée dans un quartier effervescent de Bobo‑Dioulasso. Moins fidèle à la tradition, à laquelle Farafina reste attachée, Gabin Dabiré, musicien globe‑trotter, établi en Italie où il anime un Centre de promotion et de diffusion de la culture africaine, mêle musique indienne, chant grégorien et mélodie mandingue. Son frère Paul Victor joue de la guitare dans certains titres de l’album   » Kantômé « , publié en 1990.

Victor Démé

Un article de Wikipédia modifié à partir de sources diverses

victordm.pngIl survient toujours des miracles sur la terre d’Afrique…
Victor Démé est un chanteur du Burkina originaire de la ville de Bobo-Dioulasso, né en 1962. De famille mandingue, il a hérité la musique par sa mère, une griotte sollicitée pour les grands mariages et les baptêmes à Bobo-Dioulasso dans les années 60. Elle lui a légué cette voix poignante. De son père, il a reçu un autre savoir-faire qui se transmet de génération en génération dans la famille Démé : la couture, pratiquée par ses oncles, ses tantes, ses sœurs, ainsi que leurs ancêtres, une lignée de couturiers de l’ethnie Marka, toujours des Mandingues d’Afrique de l’Ouest.

Jeune artiste à Abidjan, il remporte plusieurs prix musicaux et se forge une solide réputation dans les clubs ivoiriens, notamment au sein du fameux orchestre Super Mandé, mené par la star Abdoulaye Diabaté. En 1987, de retour au Burkina Faso, il se fait recruter par le Suprême Comenba qui rythme les nuits de Ouagadougou. Sa cote monte, mais il tombe malade, arrête de chanter et reprend son métier de couturier.
Ce n’est qu’en 2004 qu’une équipe de jeunes français le redécouvre et lui offre enfin son premier enregistrement à plus de quarante ans. Un disque enregistré avec les moyens du bord au Burkina Faso, sorti début 2008 et qui est élu quelques mois plus tard  » meilleur album étranger » par les auditeurs de France Inter.
Voix prenante de griot, guitare limpide, Victor Démé présente ainsi au public toute la richesse de son répertoire et offre une mosaïque de folk-blues poignant, de romances mandingues intimistes, et d’influences latines, salsa et flamenco.

 » Sa musique est pure, intemporelle, son charme universel. Démé nous prend par la main et nous emmène sur les pistes africaines. Sa voix profonde nous guide, sereine et aérienne.

Sa musique est chaude comme la terre burkinabé, ses horizons dégagés comme les pistes sans fin du Sahel. Indispensable !  » Le Petit Futé « 

 » Voix aérienne, des mélodies mandingues sous influences afro-cubaines, la grâce le dispute ici à la légèreté. Un nouveau bijou du folk africain.  » Le Nouvel Observateur.

 » Dans le grand marché musical d’Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso est souvent à la traîne. Grâce à cette petite pépite musicale, Victor Démé donne un vrai coup de projecteur sur la richesse culturelle du pays. (…) Irrésistible.  » Mondomix

Un premier album à 45 ans donc, mais plus de trente ans de carrière au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire !

Biographie

Bercé par les voix d’une mère et d’une grand-mère griottes à Bobo-Dioulasso, Victor Démé se passionne très vite pour la musique. Enfant, il écoute Salif Keita, Stevie Wonder, Manu Dibango, Kassy Mady…et rêve d’être guitariste. Un art qui ne saurait être un métier d’avenir selon ses aînés. Il rejoint ainsi son père dans son atelier de couture en Côte d’Ivoire. Mais sa guitare n’est jamais loin et il chante quasiment tous les soirs dans différents orchestres ivoiriens, notamment Super Mandé, d’Abdoulaye Diabaté.

C’est donc dans l’atelier de couture paternel en Côte d’Ivoire, à Abidjan, que le jeune Victor Démé s’exile du Burkina à l’âge de l’adolescence. Le jour, il travaille à l’atelier, et la nuit, il commence à fréquenter les clubs de la capitale et chante dans quelques petits groupes. En grandissant, il se forge une réputation dans les clubs ivoiriens, notamment au sein du fameux orchestre Super Mandé, mené par la star Abdoulaye Diabaté. Il rentre au Burkina vers 1988 pour profiter d’un nouvel élan national suite à la présidence de Thomas Sankara : en effet, peiné d’entendre les ivoiriens traiter les burkinabè de  » burkinabêtes « , il rentre au pays avec ce nouvel espoir au pouvoir que représente Thomas Sankara.  » Les burkinabè sont très travailleurs, mais toujours pour les autres. Qui va construire le pays à notre place ? Nous sommes certes pauvres, mais surtout négligents de nous-mêmes  » affirme-t-il. Il cultive alors la rizière de son grand-père et chante de douces mélodies à qui veut bien l’entendre. Des mélodies empreintes d’émotion, loin des musiques  » de consommation  » que l’on entend dans les maquis. Sur de douces notes d’influence latine ou de blues, il lance des appels à l’unité nationale, à la protection de l’environnement, ou encore à reconnaître le courage des femmes.

Le pays jouit alors de la dynamique insufflée par le révolutionnaire rouge qui, avant d’être assassiné en 87, a grandement œuvré pour la création artistique. Démé a alors 26 ans, et sa fougue musicale déborde de vigueur. Il gagne plusieurs micro-crochets, dont le concours du Centre Culturel Français de Bobo-Dioulasso organisé en partenariat avec RFI en 1989, et le premier prix de la Semaine Nationale de La Culture dans sa catégorie, en 1990. Dans les années 90, il se classera souvent dans les cinq premiers de cette compétition nationale. Il se fait recruter successivement par de grands orchestres, dont l’Echo de l’Africa et surtout le Suprême Comenba qui rythment les nuits de Ouagadougou. Dès 1989, son talent est reconnu et il reçoit le premier pris du Centre Culturel Français de Bobo-Dioulasso : un aller-retour Ouaga-Paris. Victor Démé, les pieds sur terre, lui préfère le deuxième prix… Une mobylette ! L’année suivante, il remporte également le premier prix de la Semaine Nationale de la Culture (SNC), à Bobo-Dioulasso. Il devient populaire. Mais alors que Victor Démé est devenu un chanteur populaire au Burkina, de graves accidents du destin l’éloignent de la musique pendant plusieurs années. Touché par le virus  » bamba demi  » qui lui ronge les gencives, il ne peut plus chanter pendant deux ans. Peu de temps après, il perd son épouse et doit élever seul ses filles et nièce dans les faubourgs pauvres de la ville.

Lorsqu’il tente de revenir sur le devant de la scène après cette longue absence, rien n’est facile. Pour gagner très humblement sa vie, il doit souvent se plier aux exigences des propriétaires des clubs et des maquis en interprétant des classiques de Salif Keita ou de Mory Kanté.

De ces épreuves, naît une musique profonde et, en 2004, alors qu’il se produit une nouvelle fois à la SNC, Camille Louvel, le gérant du Ouagajungle, un bar associatif de Ouagadougou où s’organisent plusieurs concerts hebdomadaires, le repère. Ce jeune français est donc séduit par l’étendue d’influences musicales de Victor Démé et décide de le soutenir. De cette amitié avec Camille Louvel, nait donc en 2007 son premier album, que Camille Louvet et le journaliste David Commeillas en reportage à Ouagadougou, produisent ensemble.

Victor Démé s’entoure pour se faire de jeunes musiciens et travaille ses titres dans un petit studio bricolé. La sortie du disque est un succès immédiat ! Et Victor Démé, qui n’en revient toujours pas, se retrouve sur les scènes parisiennes quelques semaines après. Début 2009, il était en tournée dans toute l’Afrique de l’Ouest, puis en France, et préparait un nouvel album avec davantage de titres en français. Ce disque modeste s’est vendu à quarante mille exemplaires et le chanteur donne régulièrement des concerts à Londres, à Berlin et dans toute l’Europe. Seul regret : impossible d’acheter son album en Afrique !

À 46 ans, Démé enregistre donc une mosaïque singulière de mélodies folk-blues, de petites romances mandingues intimistes, et d’influence latine, salsa et flamenco. En langage dioula,   » Burkina Mousso «   est un hommage à toutes les femmes burkinabé  » ayant construit ce pays de leurs mains  «   comme le chante Démé. Ses textes appellent à la solidarité nationale ( » Peuple burkinabé « ), prônent la tolérance envers son prochain ( » Djôn’maya « ), et tissent des hymnes à la grâce féminine ( » Sabu  »). Le menu s’achève sur deux titres de musique traditionnelle mandingue, et ce disque, qui porte son nom,   » Victor Démé « , présente ainsi au public toute la richesse de son répertoire.

Les producteurs Camille Louvel et David Commeillas espèrent faire distribuer le disque en Europe, mais aucun label ne veut s’engager sur cet opus à petit budget. Ils font donc appel aux activistes de Soundicate, Romain Germa et Nicolas Maslowski, pour fonder un label, Chapa Blues Records, dans le but de développer eux-mêmes la carrière de Victor Démé en Europe. Victor Démé vit toujours au Burkina où il prépare son second album pour 2010.

Voici la page tirée du blog « MySpace » de Victor Démé :

« Après 30 ans de carriére au Burkina Faso, le chanteur mandingue sort enfin son premier album.
« Jouer du Blues, c’est comme être doublement noir !  » clamait John Lee Hooker. Le blues, Victor Démé l’a vécu autant qu’il l’a chanté. Agé de 45 ans, il est veuf depuis 2005. Il élève trois de ses six filles dans une cour commune sans eau ni électricité, dans un faubourg rupestre de Bobo-Dioulasso, la seconde ville du Burkina Faso, un endroit ou le blues peut aisément prendre racine. Démé ne s’en cache pas:  » Je n’ai jamais eu que ma guitare pour m’en sortir, et ma machine à coudre. ». Il a grandi dans une famille de l’ethnie Marka, traditionnellement des couturiers mandingues comme son propre père. « Nous sommes tous des artistes  » dit-t-il simplement pour signifier que comme la musique, la couture requiert de la technique et de l’inspiration.
Sa mère, Aminata Démé, était l’une des griottes les plus célèbres de la ville, elle lui a transmis ses talents vocaux. Enfant, Démé apprend le chant auprès d’elle avant de se rebeller, de s’exiler en Cote d’Ivoire et de quitter sa tradition musulmane pour se convertir au catholicisme. Il rejoint l’atelier de couture de son père à Abidjan, et se fait baptiser sous le nom de Saïbu  » Victor  » Démé. Il se forge ensuite une réputation en chantant dans les clubs ivoiriens au sein du fameux orchestre Super Mandé, mené par la star Abdoulaye Diabaté. Il enregistre un premier album pour un producteur notoire, dont il préfère aujourd’hui taire le nom puisque le disque n’est jamais sorti. Puis le il rentre au Burkina vers 1988 pour profiter d’un nouvel élan national. Le pays jouit alors de la dynamique insufflée par le révolutionnaire rouge Thomas Sankara, qui avant d’être assassiné en 87, a grandement œuvré pour la création artistique. Démé a 26 ans, et sa fougue musicale déborde de vigueur. Il gagne plusieurs micro-crochets, dont le concours du Centre Culturel Français de Bobo-Dioulasso organisé en partenariat avec RFI en 1989, et le premier prix de la Semaine National de La Culture, en 90 et 94. Il se fait ensuite recruter successivement par de grands orchestres, dont l’Echo de l’Africa et surtout le célèbre Suprême Comenba qui rythme les nuits de Ouagadougou. Pour gagner sa vie, il doit parfois se plier aux exigences des propriétaires des clubs et maquis en interprétant des classiques de Salif Keita, de Mory Kanté, ou des standards salsa. L’Afrique de l’Ouest a toujours embrassé la musique latine, depuis le milieu du siècle dernier. « C’était le son de nos tantes et de nos tontons. On les voyait danser pendant les soirées, ces rythmes représentaient la fête, ils sont devenus naturels pour nous. Mais outre la salsa et le griottisme, ma base reste toujours l’afro-mandingue, le blues.  »
Alors que Démé est devenu un chanteur de référence dans tous le pays, la poisse s’acharne encore sur son destin: Atteint d’un virus grave qui lui ronge les gencives (le  » bamba demi « ), il devra s’arrêter de chanter pendant deux ans, avant même d’avoir pu déposer sur un album les chansons ayant forgé sa réputation dans l’underground.  » À l’époque, il existait un seul studio d’enregistrement professionnel au Burkina, le studio Seydoni à Ouagadougou qui appartient à l’état, et qui coûte plusieurs dizaines de milliers de CFA par jour. Je n’ai jamais rencontré les bonnes personnes pour m’y inviter. Ensuite, quand la maladie m’est tombée dessus, j’ai cru qu’il était trop tard, que ma chance était passée. Alors je me suis remis à la couture.  »
En 2004, Démé se lie d’amitié avec Camille Louvel, le gérant du OuagaJungle, un maquis de Ouagadougou ou s’organise quelques concerts. Deux plus tard, ils décident ensemble d’enregistrer un album dans le modeste studio que Camille a bricolé au fond de son jardin à Ouagadougou. Il s’agit simplement de deux pièces séparées par un pare-brise de camion et équipées d’une vieille console 16 pistes. Mais le manque de moyen n’effraie pas les deux complices, qui se rappellent que certains de leurs disques préférés ont aussi été conçus dans des conditions rudimentaires, tel  » Niafunké  » d’Ali Farka Touré en Afrique ou  » The Headphone Masterpiece  » de Cody Chesnutt aux Etats-Unis. Démé enregistre donc un premier album, loin des modes coupé-décalés qui submergent actuellement les radios et les clubs au Burkina. Son disque offre une mosaïque singulière de folk-blues poignant, de petites romances mandingues intimistes, et d’influences latines, salsa et flamenco. « Burkina Mousso  » est un hommage à toutes les femmes burkinabés « ayant construit ce pays de leurs mains  » comme le chante Démé. Ses textes appellent à la solidarité nationale ( » Peuple burkinabé « ), prônent la tolérance envers son prochain ( » Djomaya « ), et tissent des hymnes à la grâce féminine (« Sabu « ). Le tracklisting s’achève avec deux titres de Djourou Bambara, la musique traditionnelle de la région. Après l’enregistrement du disque, ses récents concerts au Centre Culturel Français et dans les grands maquis de Ouagadougou ont prouvé que le public Burkinabé ne l’avait pas oublié. Démé déclare aujourd’hui :  » Je ne pensais pas pouvoir renaître ainsi musicalement. ». Avec une partie de l’avance qu’il a reçue pour ce disque, il s’est acheté une nouvelle guitare. Et une nouvelle machine à coudre.
L’album de Victor Démé est la première sortie du label Chapa Records, nouvelle structure active entre Ouagadougou, Paris… Et le reste du monde.

Adama Dramé

Adama Dramé est un percussionniste burkinabé, né en 1954 à Nouna, Burkina Faso.

Biographie

dram2.jpgAdama, est né le 7 juin 1954 à Nouna dans la province de la Kossi, ville située à 250 km de Bobo-Dioulasso et à 320 km Ouagadougou. Il fit l’école primaire de cette ville de 1962 à 1966.

Son père Salifou Dramé fut musicien de profession. Il a eu à son actif 4 disques 78 tours parus chez OPIKA au Congo Belge entre 1954 et 1956. Il est décédé en 1996.

Sa mère Assita Koné fut elle aussi chanteuse professionnelle. Elle est arrachée à notre affection en 1992. Adama Dramé a une vie conjugale très riche.

Mariam Silla qui elle a participé au tournage de tous ses albums et enfin Adjara Cissé qui l’a conduit dans plusieurs de ses tournées et un Solo dans son Album en live.

Adama Dramé est issu d’une famille de musiciens et de conteurs, gardiens de la tradition, des djélis, que l’on nomme griots en français. De culture malinké, il devient musicien professionnel dès l’âge de douze ans. Il fait son apprentissage dans les cérémonies traditionnelles (naissances, baptêmes, mariages…). Devenu Maître-Djembé, Adama revendique son identité africaine et sa fidélité à ses traditions. Griot d’aujourd’hui, il a su communiquer cet amour de la tradition, de la musique et de l’Afrique sur des scènes du monde entier. Depuis 1979, il propage son savoir et la science de son instrument (le djembé) de l’Afrique à l’Europe en passant par l’Amérique. Ses dons de pédagogue l’ont amené durant ses stages et master class à former de nombreux percussionnistes. Adama Dramé lui-même, son instrument et ses musiciens ont enflammé de nombreux spectacles mêlant la musique, danses et chansons. Ces multiples voyages l’ont amené à s’ouvrir à d’autres cultures, d’autres musiques et surtout à collaborer avec des musiciens européens tels que : le Royal de Luxe, André Ceccarelli, Bernard Lubat, Marc Vella, le New Ensemble d’Amsterdam, Jean-Philippe Riquiel, la troupe Black Blanc Beur, ou Les Percussions de Strasbourg…

Discographie

40° anniversaire (2006 – Sunset France)

Carrière Professionnelle

Le jeune Dramé a appris très tôt la musique. Depuis l’école primaire, il a pris goût à cet art. A neuf ans déjà de retour de l’école à 17heures, il accompagnait l’orchestre de son père. En 1966, il décida d’abandonner l’école à la surprise générale de ses camarades et de son instituteur. Lui-même fut surpris de cette décision car il ne comprenait pas ce qui lui arrivait.

Une fois dans l’arène de la musique, il eut au début de sérieuses difficultés car son père ne lui faisait aucune concession. Mais il comprit plus tard que c’était la voie d’un véritable succès musical. Après plusieurs années d’apprentissage, il jeune Dramé ayant acquis quelques expériences remplaça sa grande sœur qui accompagnait son père dans la percussion. Petit à petit, il se professionnalise.

A la fin de la récolte, il parcourait avec l’orchestre de son père dans toutes les provinces de la Haute Volta pour animer des fêtes villageoises. Ce fut une belle épreuve pour lui car dit-il, il fallait tenir toute la nuit. Il allait vraiment connaître son sacre à Ouagadougou. Vers 1970 son père fut invité à Ouagadougou. Adama Dramé devait découvrir un nouvel univers car dit-il :  » J’étais fou de joie car j’allais enfin voir la capitale avec ses voitures et ses éclairages « . L’occasion fut belle. Il entrait au ballet de la volta dirigé par Sotigui Kouyaté, où il s’est perfectionné d’avantage.

Il fit des tournées en Cote d’Ivoire et au Niger. De là il quittera la troupe de son père pour s’installer comme soliste Djeméfola à Bobo-Dioulasso au côté du maître Babila Diabaté et de Yaya de nationalité Guinéenne. Mais le jeune Dramé eut des débuts difficiles avec cette troupe compte tenu da sa jeunesse. Plus tard, il finira par s’imposer. On le surnomma Super Djembés. Il était convié très souvent avec Baba Kouyaté et Tamini aux animations des mariages. Il eut l’occasion d’être invité un jour à Bouaké en Cote d’ivoire, pays frontalier avec le Burkina pour animer un mariage. Profitant de l’occasion, il s’installa à Bouaké où il faisait bon vivre et où le mot étranger était loin dans les ténèbres de la violence. Bouaké était pour lui un grand carrefour culturel. C’est d’ailleurs dans cette ville qu’il a créé le ballet national de Cote d’Ivoire. C’est à Bouaké que sa carrière professionnelle va s’internationaliser d’avantage.
C’est dans cette ville ivoirienne en 1976 qu’il va faire connaissance de Bernard Mondet, alors en poste qui enregistra son premier disque paru sous le label de l’UNESCO. Monsieur Mondet fut aussi promoteur d’Adama Dramé au premier festival du Bois de la Bâtie en Suisse.

  • 1966 : Apprentissage professionnel avec son père
  • 1970 – 1972 : Percussionniste   » Les ballets de la volta  »
  • 1974 : Invité à Bouaké (République de Côte D’ivoire)
  • 1979 : Premier spectacle solo au festival   » Bois de la bâtie «   en Suisse
  • 1980 – 1985 : Festival de Montreux – Nyons – Bâle – Zurich – Root Racin – Lezin – Festival de la cité – Lausane (Suisse) – Festival de percussion de Fribourg I B – Frankfurt (Allemagne)
  • 1986 : Festival international de percussion de percussion de la Guadeloupe – Point à Pitre – Basse Terre
  • 1987 : Tournée au Kenya – Burundi – Malawi – Ile Maurice – Comores – Ouganda
  • 1989 : Ecole de danse Alvin Nely New York avec la percussion Montou de Chicago (USA)
  • 1990 : Création de l’ensemble  «   FOLIBA  «   avec 35 artistes
  • 1991 : Première création du FOLIBA  «   SOS tradition  »
  • 1992 : Création de la pièce théâtrale   » Yerélon (dignité)  «   qui a été joué à Bouaké et Abidjan
  • 1993 : Création de la pièce   » Dougoukolo (La terre)  »
  • 1994 : Tournée avec la pièce  «   Dougoukolo  «   (25 artistes) à Steene festival festival – Anvers – Gand (Belgique) – Amsterdam – Utrecht – La haie(Hollande) – Montauban (France) – Villanova (Espagne) Septembre 1994 : Festival Arts Alyve Johannesburg (Afrique du Sud) et Harare (Zimbabwe)
  • 1995 : Festival d’Avignon avec Marc Vella.
  • 1996 : Célébration des 30 ans de musique.
  • 1997 : Spectacle à l’Olympia avec Marc Vella.
  • 1998 : Tournée avec le Royal de Lux (52 musiciens) : Retour d’Afrique.
  • 1999 : Kounda de Christian Laubat avec les Percussions de Strasbourg.
  • 1999 : C.C.F. G. M. De Ouagadougou ; fête de la musique.
  • 2000 : Festival d’art lyrique d’Aix en Provence. 
  • 2001 : Création au centre Sindi International avec 30 musiciens de Grenoble au CCF de Bobo et de Ouagadougou.
  • 2002 : Célébration ans de musique à Bobo.
  • 2003 : Création confrontation au centre Sindi International avec Win Henrich jouée à Bobo et Ouaga puis tournée en Belgique et Hollande.
  • 2003 : Ouverture de Salifou Studio 14 par le colonel Mamadou Djerma. 
  • 2004 : Fête de la musique : direction et création de Percussion Nord-Sud avec 300 percussions.
    2004 : Soirée de gala à la Présidence du Faso. 
  • 2006 : Festivités des 40ans de Carrière à Bobo-Dioulasso et à Ouagadougou.
    Septembre et Octobre, tournée Scandinave, Suède (11/2006 Jazz Festival UMEA), Finlande (11/2006 Tampere Jazz, Happening, Trio Jazz avec Jean Jacques Avnel et François Aulaind), Estonie Norvège.

Création Internationale

  • 1993 – 1994 : Avec Marc Vella, pianiste classique, interprète français, Festival des musique Métis (Angoulème) – New Morning (Paris) – Moulin à Danse (Genève) – Centre Wallonie de Bruxelles (Paris) – Maison de la culture Elancourt (France)
  • 1994 : Création avec les percussions de Strasbourg (Commande d’ Etat). Compositeur : Jean Pierre Douet
    1994 : Première dans le cadre du festival de 38 rugissants (Grenoble)
    1994 : Son d’Hiver – Théâtre Paul Eluard (Choisy le Roi)

Activités

Spectacles

Après avoir accompli son Hadj en 2007, El Hadj Adama Dramé présente son nouvel album Koulekan  » Hurlement « , mosaïque de ses créations :  » je hurle de douleur de voir les autres souffrir, je hurle de notre indifférence, je hurle de l’injustice sociale, je hurle de l’impunité, je hurle pour l’avenir, la Paix, le progrès, la cohésion sociale et l’identité. Hurlons tous ensemble ! «  

Amadou Kiénou

Un article de Wikipédia.

Amadou Kiénou est un danseur et un musicien auteur-compositeur burkinabé né à Ouagadougou (Burkina Faso).

Biographie

Né à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, dans une famille de griots d’origine dafing, il est le septième fils de Baba Kiénou. Dès sa petite enfance, il est initié à la muskinou.jpgique. Également sportif, il participe à des tournois et des compétitions de football et d’athlétisme au sein de l’Institut national de la Jeunesse et des Sports du Burkina Faso.

Il consacre cependant sa vie à la musique et à la danse. Il joue de plusieurs instruments traditionnels comme le djembé, le balafon, le doundoun, le tama et le n’goni.

Premier soliste de l’Ensemble Instrumental du Burkina Faso en 1986, il intègre en 1988 la compagnie Wande de Moussognouma Kouyate, puis en 1989 l’Ensemble artistique de Désiré Bonogo dans lequel il devient le principal percussionniste. Entre 1992 et 1994, il compose des musiques pour des créations de danse contemporaine sous la direction de Lassane Congo.

En 1995, il crée avec des membres de sa famille (frères, sœurs, cousins, cousines) un groupe dénommé Amadou Kiénou et l’Ensemble Fôteban. Il travaille également avec le chorégraphe Salia Sanou sur des projets de formation.

Discographie

  • 1999 : Aya Fo
  • 2004 : Sya

Farafina

Un article de Wikipédia.

Farafina est un groupe musical burkinabé fondé au début des années 1980 par le célèbre balafoniste Mahama Konaté.

farafina.jpgIl est désormais dirigé par Souleymane Sanou dit  » Mani  » qui conduit le groupe à travers le monde, multipliant les collaborations prestigieuses. Le groupe a été invité par les Rollin Stones à participer à l’enregistrement de Continental Drift (Rolling Stones Records) ; ils ont aussi enregistré Flash of the Spirit, avec Jon Hassell (Intuition Music et Média, 1987), ou encore Beauty, avec Ryuichi Sakamoto, 3 titres (CDV-US 14, 1989). Ils ont joué pour un concert Hommage à Nelson Mandela à Wembley en 1988.

Son Histoire
Tournant depuis plusieurs années aux quatre coins du monde, le groupe Farafina du Burkina-Faso est devenu un ambassadeur remarqué de ce pays particulièrement accueillant d’Afrique de l’Ouest.
Fondé au début des années quatre-vingts, Farafina délivre une musique authentique, inspirée des danses et chants traditionnels des griots par les lignes mélodiques des balafons, de la flûte et des koras. Bien que jouant avec des instruments traditionnels, leur musique est cependant contemporaine dans le sens où les compositions abordent des thèmes d’actualité, portant un regard à la fois critique et plein d’espoir sur les réalités africaines d’aujourd’hui.
Au cours de son odyssée de près de 20 ans, le groupe a forcément connu des changements. Ainsi son fondateur Mahama Konaté a quitté la formation en 1991. D’autres sont partis et certains sont décédés. De nouveaux et jeunes musiciens ont ainsi rejoint le groupe. Ils viennent tous de l’Ecole Farafina, appelée ainsi car elle répond à une tradition toute africaine qui voit les enfants dès leur plus jeune âge suivre les aînés dans leurs concerts et chercher ensuite à jouer la musique qu’ils ont entendue. Ainsi se forge une étonnante et remarquable continuité musicale.
L’aspect unique de Farafina réside dans sa faculté de faire évoluer sa musique sans renier pour autant ses instruments traditionnels. Ainsi, tout en intégrant des formes orchestrales et mélodiques nouvelles, les balafons, koras, flûtes, djembés, tama, bara sont toujours là.
Bien sûr, de nouvelles sonorités sont venues s’y ajouter comme la guitare ou les claviers, ou encore l’arrivée d’une voix féminine qui apporte une couleur nouvelle à cet ensemble jusqu’alors exclusivement masculin.

Nouvelle tournée en Europe de Farafina

2008 : année du renouveau !

La nouvelle formation a revendiqué un retour aux sources côté instrumentation tout en créant une musique empreinte d’originalité et de modernité.

 » Je suis heureux de pouvoir présenter sur scène Farafina dans sa nouvelle formation intégrant de jeunes musiciens talentueux. Le nouveau répertoire démontre notre faculté d’évoluer tout en gardant à l’esprit les valeurs fondamentales qui ont forgé la réputation de Farafina. « 

Saramaya

Un article de Wikipédia

Saramaya est un groupe musical de percussionnistes du Burkina Faso.

Formé de Désiré Ouattara, fondateur du groupe, Moussa Dembélé, Dikalia Diarra, Assita Sanou et de Soungalo Sanou, Saramaya a été créé dans les années 90.

Désiré, Moussa, Assita, Soungalo et Diakalia.

Désiré Ouattara est un enfant de Bolomakoté, le quartier de la musique à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. Il est le fondateur du groupe et djembéfola solo.

C’est sur des boîtes de conserve qu’il apprend dès son plus jeune âge les rythmes de sa région. Mais, c’est à l’école qu’il joue pour la première fois sur un djembé en 1984, à l’âge de 10 ans.

Sankara est alors Président de cet état africain auquel il donne le nom de Burkina Faso : le pays des hommes intègres. Amoureux des enfants et de la justice sociale, il crée dans les milieux scolaires des troupes de danse de musiques traditionnelles. C’est ainsi que Désiré Ouattara devint le djembéfola de son école. Commence alors son parcours musical.

Reconnu pour ses qualités de percussionniste, il joue régulièrement sur les instruments des autres. En 1993, il possède enfin son premier djembé. Cette même année, il entre dans la troupe Farafina Lili de Mahama Konate, vieux balafoniste de grande renommée nationale et internationale, qui après Farafina crée ce nouveau groupe de jeunes musiciens. Débutant au bara, Désiré Ouattara devient rapidement le djembéfola vedette du groupe qui commence une tournée en France en 1996 et 1997.

Aux qualités multiples, Désiré Ouattara monte en 1994 un ballet en tant que metteur en scène-percussionniste pour les étudiants de l’université de Ouagadougou. Sa création obtient le 2e Prix du Club UNESCO.

Aujourd’hui, avec les enseignements du vieux musicien de talent Mahama Konate et ses propres qualités artistiques, il présente le groupe Saramaya dont le nom révèle la finalité des musiciens : transmettre la musique traditionnelle africaine dans un sens d’ouverture et d’enrichissement.

Moussa Dembele appartient à une famille de musiciens depuis plusieurs générations. Il joue le balafon et le djembé solo et accompagnement, ainsi que le dum, le n’goni.

image31.png

En écoutant son père jouer du balafon dans les cabarets, il s’initie, dès l’âge de dix ans, à cet instrument en tapant sur des boîtes de lait concentré. Avec son grand-père, il apprend le n’tama (petite percussion que l’on place sous le bras). Moussa DEMBELE est polyvalent; en suivant son père, il a pu devenir un artiste accompli sur l’ensemble des percussions : balafon, djembé, bara et n’tama.A 15 ans, il fait partie du groupe BENKADI dans lequel son père joue du balafon et lui du bara. En 1992, il participe à la semaine nationale de la culture, manifestation où se produisent les plus grands artistes du Burkina Faso. En 1993, il rejoint à 17 ans, Sababougnouma, fondé par Mahama Konate pour jouer dans les fêtes quand il est en tournée. Moussa Dembele joue de tous les instruments et se perfectionne au balafon. Le groupe est sélectionné pour le festival 1994 de Ouagadougou.

Fin 1997, Moussa Dembele rejoint Mahama Konate et Farafina Lili et participe à un festival au Niger. Il s’associe en 1998 à Désiré Ouattara et poursuit sa carrière dans Saramaya où il joue du balafon, mais aussi du djembé, du bara et du n’goni.

image4.pngDiakalia Diarra  est né à Bobo-Dioulasso en 1974. Fils de griot et donc griot lui-même, il suivit, toute sa jeunesse, son père, à travers le Burkina Faso et le Mali pour jouer dans les cérémonies de villages. Il joue le dum-dum, le n’goni ainsi que le djembé et le balafon.

Il jouait alors du balafon, du djembé et du dum-dum. Il continua de voyager avec ses frères pour perpétuer la tradition issue de son père et explora un autre instrument, le n’goni.

C’est cette harpe-luth qu’il choisira pour créer ses propres chansons et qu’il associera au groupe Saramaya avec lequel il joue depuis 1999. Diakalia Diarra a participé aux groupes : Ensemble de Kourouma en 1996, Ere Man Kono en 1997, Allah Man Kono en 1998, puis Saramaya.

image6.pngAssita Sanou, danseuse et chanteuse du groupe, est issue d’une famille forgeronne. Elle commence à chanter dès l’âge de cinq ans, en suivant sa grande sœur, danseuse, chanteuse et actrice dans la troupe Tiefo Aroro Ouattara.

A sept ans, elle est sollicitée par le metteur en scène de cette troupe. En 1992, elle est appelée dans la troupe de la 2ème région militaire et obtient le 1er prix à la Semaine Nationale de Culture. En 1996, se crée à Bolomakoté, le groupe Farafina Yélemba dont elle fait partie ; elle obtient à nouveau le 1er Prix de la Semaine de Culture en 1998.

Repérée par le Ministre de la Culture du Burkina Faso, elle est invitée au Festival Lafi en Belgique en 1999. Dès son retour, elle est sollicitée par Saramaya et y diffuse la marque de son talent en chant, musique et danse.

Soungalo Sanou est le plus jeune de la troupe. Enfant de Bobomakoté, il commenceimage7.png à jouer dans les Cabarets. Il joue le balafon et le djembé.

En 1993, il est envoyé à Banfora (85 km de Bobo) au sud du Burkina Faso, près de la frontière avec la République de Côte d’Ivoire, pour une formation musicale de trois ans. Il y assure la maîtrise technique du balafon et du djembé. En 1996, premier voyage en France et sur l’île de la Réunion.

En 1997, il est sollicité par le groupe Sababougnouma pour être soliste au balafon. En 1998, il voyage en France avec toute la troupe sollicitée par Adama Drame pour de grands spectacles avec le Royal de Lux, pour le retour du Géant d’Afrique.

En 1999, à la demande de Désiré, Soungalo Sanou rejoint Saramaya où il accompagne Moussa au balafon, et au djembé.

C’est là tout le sens de Saramaya.
Un cœur pur qui s’engage sur la voie de l’échange culturel, musical et humain.
Et c’est à votre Sara qu’il ambitionne de s’adresser.



Le théâtre au Burkina-Faso
31 juillet, 2010, 23:22
Classé dans : Non classé

 Le théâtre du Burkina Faso associe l’expression théâtrale traditionnelle Burkinabé aux influences coloniales et aux efforts post-coloniaux pour inciter la production d’un théâtre national authentiquement burkinabé. L’expression théâtrale a longtemps consisté en des cérémonies rituelles traditionnelles des nombreux groupes ethniques du Burkina Faso sous forme de danses avec des masques. Le théâtre de style occidental est lui apparu durant la période coloniale, essentiellement influencé par le théâtre français. Avec l’accession à l’indépendance, est né un nouveau style de théâtre inspiré par le théâtre de rue, et destiné à instruire de façon ludique les populations du Burkina Faso.

Théâtre traditionnel

Avant le colonialisme, la vie quotidienne de chaque ethnie du Burkina Faso étaient racontées au moyen de modes d’expression rituels. Ces jeux d’expression étaient différents suivant les ethnies, mais comportaient souvent de la danse et l’utilisation de masques. Ainsi, l’ethnie Bwa utilisait des masques tribaux pour représenter les esprits durant les danses les jours du marché, aux obsèques et lors des cérémonies initiatiques dans le but de mieux communiquer avec les esprits protecteurs. Par exemple le peuple Dagari, durant les cérémonies d’obsèques, jouait devant le cadavre, avec le dessein de reproduire les moments importants de sa vie. Ces pratiques, principalement de nature religieuse, s’éteignent progressivement mais elles exercent toujours une influence significative sur le théâtre Burkinabé moderne.

Théâtre inspiré de l’expression scénique française :

La Haute Volta, colonie de l’Afrique occidentale française, a été constituée le 1er mars 1919. Elle est devenue la République de Haute Volta en 1958 et est devenue indépendante de la France en 1960.

Durant la période coloniale, il n’y eut pas de réelle émergence d’un théâtre national, les troupes Burkinabé se confondant avec celles du reste de l’Afrique occidentale Française. Dans les années 1930 et 1940, des étudiants Burkinabé ont étudié à l’École Normale William Ponty à Dakar, au Sénégal, et furent considérablement influencés par le théâtre Occidental contemporain.

En 1950, après la nomination de Bernard Cornut-Gentil en tant que Haut commissaire de l’Afrique occidentale française, il a été décidé de développer des centres culturels dans les villes importantes de la fédération d’Afrique Occidentale Française et des festivals d’art dramatique de qualité furent organisés.

En 1955 et 1957, la Troupe de Centre Culturel Banfora obtint un prix lors de ces festivals d’art dramatique d’Afrique occidentale.

Influencé par la France, le théâtre de style occidental se généralisa en Afrique Occidentale. Même l’église Chrétienne, précédemment réticente à utiliser le théâtre pour évangéliser les populations, craignant d’être assimilée par cette pratique aux communautés animistes traditionnelles, se mit à former des troupes pour se faire.

Aux décours de l’indépendance :

Dès 1971, le théâtre professionnel du Burkina Faso se mit à émerger lorsque le gouvernement créa une Direction de la Culture afin de diriger les affaires culturelles.

Cet organisme organisa un festival culturel annuel appelé  » semaines de la jeunesse « , ce festival ayant pour mission de développer le théâtre en milieu rural. Depuis 1983, la semaine de la jeunesse a été remplacée par la Semaine de la Culture nationale du Burkina Faso, manifestation biennale en alternance avec le FESPACO, festival du cinéma.

Le désir de développer le théâtre en milieu rural engendra la création du « théâtre social ».

En 1978, Prosper Kampaoré fonda l’Atelier-Théâtre Burkinabè (ATB), une troupe composée d’acteurs volontaires pour mettre leur compétence au service du développement culturel du peuple burkinabé. L’ATB a été en partie inspiré par le théâtre forum de directeur brésilien Augusto Boal.

En 1989, le Burkina Faso a organisé la conférence du Théâtre forum de langue française.

Dans les années 1990, l’industrie de théâtre a bénéficié de la constitution de deux institutions éducatives. En 1990, le metteur en scène Jean-Pierre Guingané a fondé l’école de l’UNEDO (l’Union des Ensembles Dramatiques de Ouagadougou) destinée à la formation d’acteurs de théâtre.

En 1999, Prosper Kampaoré a ouvert un autre centre de formation au théâtre pour développer des projets populaires de théâtre.

Quelques salles et compagnies

Théâtre de la Fraternité
Espace Culturel Gambidi ; Ouagadougou ;
Directeur : Jean Pierre Guingané

Hébergé à l’Espace Culturel Gambidi, le Théâtre de la Fraternité a été créé en 1975 par Jean Pierre Guingané avec pour objectifs :

- participer, à travers des activités et actions multiformes, à la promotion et au développement des arts du spectacle vivant.

- apporter un soutien aux créateurs et artistes africains, pour leur permettre de mieux exercer leur métier dans une optique de professionnalisation.

- stimuler la réflexion sur l’évolution de la vie culturelle et de la place de l’art dans le développement social et économique des pays africains.

Le Théâtre de la Fraternité et son Directeur, Jean Pierre Guingané sont les organisateurs du Festival International de Théâtre et de Marionnettes de Ouagadougou (FITMO)

Atelier Théâtre Burkinabè

Ouagadougou ; Directeur : M. Prosper Kompaoré

Fondé en juin 1978 par Prosper Kompaoré, l’Atelier Théâtre Burkinabé (A.T.B.) a pour objectifs – la promotion d’une dramaturgie africaine inspirée des réalités culturelles du Burkina Faso;
- l’éducation, la sensibilisation et la conscientisation aux problèmes liés au développement socio-économique, culturel et technique,

- la formation en techniques théâtrales, plus particulièrement dans le domaine du théâtre d’intervention sociale ;

- la promotion de la pratique du Théâtre pour le Développement au Burkina Faso et en Afrique.
L’Atelier Théâtre Burkinabé et son Directeur, Prosper Kpmpaoré sont les organisateurs du Festival International du Théâtre pour le Développement (FITD)

Pour en savoir plus visitez le site Internet de l’ATB : http://www.atb.bf/

Compagnie Feeran

Ouagadougou ; Directeur : M. Amadou Bourou

Crée en 1990, la compagnie Feeren, constituée de douze membres permanents est une stucture théâtrale professionnelle.

Avec des représentations destinées à tout public, elle consacre néanmoins, une grande partie de ses créations au public jeune. Pour qui, elle poursuit un programme d’éveil culturel et artistique articulé autour de la constitution du Réseau des Initiatives Culturelles et Artistiques dans l’Education (Réseau ICARE)

Compagnie Marbayassa

Ouagadougou ; Directeur artistique : M. Issa Sinare
La Compagnie Marbayassa a été créée en 1995.
A travers le théâtre, le conte, la musique et la danse, elle ambitionne de « contribuer à l’émergence d’une conscience de la dimension culturelle du développement et sa prise en compte dans toute action émancipatrice. »
Ses objectifs :
- contribuer à la promotion des arts du spectacle ;
- assurer la formation et l’animation de groupes ;
-participer à l’échange culturel entre les peuples.
La Compagnie Marbayassa a participé au FITD en 1996 à Ouagadougou, au Festival de la Rue à Grand-Bassam (Côte d’Ivoire) en 1999. En 2000, elle a été lauréate du Grand Prix National de Théâtre du Burkina Faso pour son spectacle : « Ici, la vie est belle ».

Compagnie Fallingua

Ouagadougou ; directeur: Etienne Minoungou
L’ambition de la Compagnie Falingua est de faire du théâtre un maillon de la revalorisation du patrimoine culturel, de l’impliquer dans les actions éducatives, de développer le brassage culturel, et d’assurer des formations artistiques et techniques en art du spectacle.

Compagnie Kaset’Nooma

Ouagadougou ; directrice: Anne-Marie BERE
La compagnie Kaset’Nooma a été créée en 1992 avec l’ambition de favoriser l’accès des femmes aux activités théâtrales. Elle se veut professionnelle. A ce titre, elle organise régulièrement des stages de formation au métier d’acteur. Les intervenants à ses stages sont souvent des professionnels internationaux, partenaires des productions théâtrales de la troupe.

Compagnie du Fil

Ouagadougou ; directeur : M. Athanase Kabre
La Compagnie du Fil est une troupe de marionnettistes créée en 1998 par l’association Actions Jeunes Education (AJE), dont elle partage les objectifs d’action sociale : sensibiliser les jeunes aux problèmes du développement, contribuer à leur éducation civique et morale en créant un cadre d’expression culturelle socialisant.
En 2000, la compagnie du Fil a présenté sa première création : « Le Solstice » au CCF et au Festival International de Théâtre et de Marionnettes de Ouagadougou.
Son dernier « La pirogue » a fait l’ouverture du dernier FITMO en novembre 2001 avant de participer à une tournée internationale dans les Centres Culturels Français des pays de l’Afrique de l’ouest.

Théâtr’Evasion

Ouagadougou ; directeur  M . Ildevert Meda & Nazaire Erick Zongo
Le Théâtr’Evasion est une jeune troupe de Ouagadougou, qui n’hésite pas à affronter les difficultés du théâtre mondial. Elle a recemment monté « La noce chez les petits bourgeois de Bertold Brecht » présentée au public de Ouagadougou, mais ausi à Niamey.
Elle envisageait de s’affronter aux textes de Karl Valentin, grande figure du café-théâtre munichois des années vingt et trente, dans le cadre d’un stage de formation international à Niamey quand leurs travaux furent interrompus par des mouvements sociaux aux Niger.

Traces Théâtre

Bobo Dioulasso ; directeur : M. Moussa Sanou
Installé à Bobo Dioulasso, le Traces Théâtre défend les grands auteurs dramatiques africains tout en maintenant une activité militante de théâtre d’action sociale. La troupe a été lauréate du Grand Prix National du Théâtre 1997.

Compagnie théâtrale  » le Roseau »

Ouagadougou ; Directeur : M Alram Nguebnan Ngonnlindamlemgoto
Adepte du théâtre d’intervention sociale, la compagnie théâtrale « le Roseau » a adoptée comme devise: « S’adapter pour mieux développer »

Carrefour International de Théâtre de Ouagadougou -CITO-

Ouagadougou ; Coordinateur : M. Ildevert Meda
Association à but non lucratif, créée en 1996, le CITO est une organisation parapluie à caractère purement artistique. Il regroupe des artistes de plusieurs discipline: théâtre, danse, marionnettes et collabore avec une trentaine de compagnies et troupes artistiques dont certaines ne possèdent pas d’infrastructures propres pour s’exprimer. Le CITO monte des projets artistiques, propose un management professionnel aux arts du spectacle…
Le CITO est ainsi partenaire du Théâtre National de Norvège avec lequel il a coproduit plusieurs spectacles de théâtre.

Compagnie de Théâtre de Marionnettes et Masques

Ouagadougou ; directeur : M. Seydou Diallo
La Compagnie des Marionnettes et Masques est une compagnie professionnelle. Elle a été créée en 1997 à Ouagadougou. Elle a participé à plusieurs manifestations culturelles dont la rencontre de Bandung en Indonésie (1996), l’ouverture du FESPACO 2003, les Jeux de la francophonie Niger 2005. Elle est spécialisée dans les pièces de sensibilisation et fait aussi des formations sur les marionnettes. Ayant une expérience particulière dans les marionnettes géantes, elle propose aussi des spectacles pour enfants et utilise des marionnettes à gaines.

Situation de l’enseignement du théâtre au Burkina Faso

Le lien entre le théâtre et la structure scolaire est évident pour tous ceux qui ont connaissance de la naissance et de l’évolution du théâtre dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest. En effet, on rappelle, à souhait, que l’Ecole Primaire Supérieure (EPS) de Bingerville en Côte-d’Ivoire et l’Ecole William Ponty au Sénégal, ont été les premiers creusets, vers les années 30, du théâtre d’expression française. Les mêmes sources n’hésitent pas à justifier la non-performance de notre théâtre par le fait qu’il ait été déconnecté de l’Ecole.

Qu’en est-il aujourd’hui de l’éducation artistique (théâtrale notamment) au Burkina Faso ?

Nous aborderons cette question en quatre points :

  • 1. La place de l’Ecole dans le théâtre burkinabé
  • 2. Les initiatives privées en matière de formation
  • 3. La prise de conscience des pouvoirs publics
  • 4. Quelques propositions

1. La place de l’Ecole dans le théâtre burkinabé

L’institution scolaire, malgré tout, reste le creuset du théâtre burkinabé moderne. Cela est perceptible à plusieurs niveaux.

- Au niveau des troupes, on peut dire que les plus grandes troupes qui exercent aujourd’hui au Burkina sont issues de troupes scolaires.

L’Atelier Théâtre Burkinabé (FATB), dirigé par M. Prosper Kompaoré, est né d’une expérience de troupe universitaire avortée en 1978. Les premiers artistes de l’ATB ont été formés par l’Université de Ouagadougou en vue de la mise en place d’une troupe au sein de l’Université. C’est ce qui explique que tous les membres aient été des étudiants dès le départ.

Le Théâtre de la Fraternité, créé en 1975 par M. Jean-Pierre Guingané, a d’abord été le  » Club Culturel du Lycée Municipal de Ouagadougou  » avant d’évoluer vers l’autonomie dont il jouit aujourd’hui. Ses premiers artistes ont été les élèves du Lycée et les répétitions se faisaient dans les salles de classe, après les cours.

La Compagnie Feeren de M. Amadou Bourou est, d’une certaine manière, tributaire du milieu scolaire. En effet, à sa création, elle s’est voulue une compagnie de théâtre pour jeunes, qui s’est directement implantée dans le milieu scolaire.

- Au niveau des hommes de théâtre : à quelques exceptions près, les enseignants de théâtre de l’Université de Ouagadougou sont d’anciens élèves d’un certain Père Feder qui, au petit séminaire de Pabré, puis au Séminaire de Kossoghin, a fait étudier le théâtre à ses disciplines allant jusqu’à leur faire créer des troupes de théâtre.

Ces établissements, à notre connaissance, étaient les seuls, entre 1965 et 1975 à disposer d’un lieu théâtral construit. Les 2 séminaires étaient beaucoup plus connus du grand public par leurs créations artistiques que par le nombre de prêtres qu’ils formaient.

On remarquera, en passant, que la plupart des meilleurs musiciens burkinabé sont aussi issus de ces séminaires.

L’Université a eu sa place dans la formation des hommes de théâtre. De 1976 à 1984, sous notre direction, tous les étudiants de la classe de Licence de Lettres Modernes, futurs enseignants des lycées et collèges, ont reçu une formation en écriture théâtrale et en interprétation sur scène. Si tous nos étudiants ne sont pas aujourd’hui acteurs et dramaturges, beaucoup de ces artistes et hommes de lettres doivent, à leur passage à l’Université, à cette époque, de l’être.

On peut signaler enfin le rôle des activités extra scolaires dans la formation des hommes de théâtre d’aujourd’hui. De 1960 à 1980 pratiquement, les élèves des établissements, secondaires notamment, créaient des troupes de théâtre. A la fin de l’année scolaire, des compétitions permettaient d’attribuer des prix aux spectacles les plus méritants.

Ce fut une très grande école pour beaucoup de dramaturges, acteurs et metteurs en scène d’aujourd’hui. A titre d’exemple, c’est dans ce cadre que dès notre entrée en classe de sixième, nous avons commencé à faire du théâtre et nous y avons tant et si bien appris que nous avons réalisé, en 1969, la mise en scène de Une Saison au Congo d’aimé Césaire, interprétée par la troupe de l’Ecole Normale des Instituteurs dont nous étions.

Cette formation était d’autant plus intense que, pendant les vacances d’été, les mêmes élèves se retrouvaient dans les troupes de scolaires en vacances, et créaient des spectacles pour le public au village. Les troupes de vacances étaient l’occasion de multiplier et de confronter les expériences parce que les éléments de ces troupes venaient des divers établissements scolaires disséminés à travers le pays. Leur seul point commun étant d’être originaires du même village.

Les activités théâtrales en milieu scolaire ont été le cadre le plus important de formation des hommes de théâtre au Burkina Faso.

2. Les initiatives privées en matière de formation

- Les troupes écoles : à partir des années 80, les troupes ont disparu des écoles. On a vu naître quelques troupes dans les villes dirigées par des membres de la société civile. Ce sont les troupes privées qui, dans les faits, deviennent des troupes écoles puisqu’elles se voient dans l’obligation de former leurs membres.

- Les structures de formations : en 1990, l’Union des Ensembles Dramatiques de Ouagadougou (UNEDO) a, en collaboration avec le Centre Culturel Français Georges Méliès, créé une structure de formation, l’Ecole de théâtre de l’UNEDO, au bénéfice prioritaire de ses membres.

Cette école qui recrute tous les 2 ans une vingtaine de jeunes gens et jeunes filles pour une formation de comédiens est à sa cinquième promotion. Aujourd’hui, de nombreux artistes, dont une grande majorité des membres des troupes qui se veulent professionnelles, s’en réclament.

- Les ateliers : des ateliers de formation théâtrale sont organisés à l’occasion de la tenue des deux grands festivals de théâtre du pays que sont le Festival International de Théâtre et de Marionnettes de Ouagadougou (FITMO) et le Festival International de Théâtre pour le Développement (FITD).

Ces ateliers dépassent rarement trois semaines en durée. Ils ont l’avantage, en fonction de l’orientation et du thème de l’édition de la manifestation porteuse, de cibler des publics. Grâce à ces ateliers, par exemple, des enseignants désireux de s’impliquer dans l’encadrement des troupes d’élèves peuvent être formés.

Il existe aussi des ateliers organisés sur commande. Généralement, ce sont les ONG qui sollicitent les troupes pour la formation d’un groupe cible (jeunes, femmes, paysans, etc.).

- Les ateliers dans les écoles : de plus en plus, les écoles privées, surtout nanties, prennent en compte la formation artistique des élèves et l’intègrent comme matière. Cela est dû, de notre point de vue, au fait que des compétitions inter scolaires sont de plus en plus organisées qui ont un fort impact publicitaire sur l’opinion publique. L’école qui remporte le 1er prix d’une manifestation du genre, en raison de la publicité, attire les enfants qui obligent leurs parents à les y inscrire.

Généralement, c’est à trois mois des compétitions que les responsables d’établissements se mettent à la recherche des artistes susceptibles de les faire gagner. Le travail est souvent trop orienté vers un objectif si immédiat qu’on peut s’interroger sur son impact réel sur les enfants. Cependant, il nous semble que ce désir partagé des enfants et des responsables de leurs établissements peut constituer une bonne base de départ pour un travail plus porteur.

Comme on peut le constater, les initiatives privées en matière de formation théâtrale sont nombreuses et diverses. Il reste à en dégager une politique cohérente susceptible de contribuer à l’éveil pédagogique des jeunes quand c’est le cas et au renforcement des bases de la culture artistique.

3. La prise de conscience des pouvoirs publics

C’est depuis 1995 qu’il est de plus en plus question que les ministères chargés de l’enseignement s’impliquent dans la réflexion sur l’enseignement artistique dans les écoles.

Si pour certaines raisons un début de cette éducation existe dans les écoles privées, ce n’est

pas du tout le cas dans les écoles publiques.

Cette volonté politique des pouvoirs publics s’est manifestée par l’érection, dans chaque cycle de formation, d’une direction chargée des enseignements spécifiques, c’est-à-dire des disciplines artistiques, agricoles et artisanales.

A notre avis, ces disciplines, dans un pays comme le Burkina, devraient mériter un meilleur sort. Mais telle est la réalité.

Pour le moment, ces directions ont eu pour activités d’organiser en s’appuyant sur les lieux théâtraux existants (ATB, Espace Culturel Gambidi, CENASA) des compétitions inter scolaires de théâtre, ballet et musique.

Ces compétitions, comme nous l’avons déjà dit, remportent un grand succès auprès du public cible que sont les élèves.

Au mois d’avril, les compétitions des élèves du primaire, à l’Espace Culturel Gambidi, ont enregistré 42 établissements avec plus de 3 000 spectateurs. Celles des établissements secondaires ont regroupé au total 25 troupes.

Il est à noter que les troupes ont été encadrées par trois types de personnages :

  • Un élève de niveau égal ou supérieur à ses camarades ;
  • Un enseignant ou un agent administratif de l’établissement (cas les plus nombreux) ;
  • Un artiste sollicité.

4. Propositions

Il nous semble qu’il faudrait évoluer vers un type de partenariat entre l’institution scolaire et les troupes établies de la place.

Une formation devrait être donnée aux enseignants désireux de s’impliquer dans l’encadrement des troupes d’élèves. Objectif : meilleure connaissance de la discipline artistique.

Un même type de formation devrait être donnée aux artistes désireux de s’impliquer dans la formation. Objectif : meilleure connaissance du milieu scolaire et apprentissage des règles pédagogiques.

C’est le tandem enseignant / artiste qui devrait s’occuper de la formation dans les établissements secondaires.

Cette formule a l’avantage de ne pas écarter le  » pédagogue  » qu’est l’enseignant au profit de  » l’artiste « , c’est-à-dire  » le rêveur  » et de rassurer les parents d’élèves. Elle donne du travail aux artistes sans leur enlever la possibilité de continuer à créer, l’intervention, en milieu scolaire, n’étant que de quelques heures par semaine. Enfin, par l’artiste, l’enfant découvre le milieu artistique, professionnel et s’y intéresse : un pont supplémentaire est ainsi jeté entre l’école et la société.

Cette formule permet enfin l’introduction, dans l’école, de toutes les catégories d’artistes (moderne et traditionnel) dans la mesure où les formations préalables les initialisent par rapport au milieu.

Les programmes à enseigner devront être élaborés par des spécialistes des disciplines artistiques et les enseignants en fonction des cycles, des niveaux et des objectifs voulus.

Une chose est certaine, l’art à l’école sera beaucoup plus et mieux nourri parce qu’il fera corps avec l’avenir.

Pr. Jean-Pierre Guingané ; Président du Bureau Africain de l’IIT

La référence burkinabé parmi les gens de théâtre : Hassane Kassi Kouyaté

Hassane Kassi Kouyaté est un metteur en scène, conteur et acteur burkinabè né en 1964 dans une famille de griots. Son père est l’acteur Sotigui Kouyaté et son frère le réalisateur Dani Kouyaté.

Né au Burkina Faso d’une famille de griots, Hassane Kassi Kouyaté est conteur, comédien, musicien, danseur et metteur en scène ; son apprentissage est traditionnel. Il joue d’abord dans plusieurs compagnies africaines puis aborde le théâtre européen.

Hassane Kouyaté est l’initiateur et le directeur artistique la compagnie Deux Temps Trois Mouvements et de Yeleen, un festival international de contes qui a lieu chaque année au Burkina Faso pendant les vacances de Noël. La 11ème édition s’est tenue en décembre 2007.

Scène en tant qu’acteur

  • Bab et Sane, de René ZAHND, mis en scène par Jean-Yves RUF
  • Le Pont, mis en scène par Sotigui Kouyaté.
  • Monné mise en scène Stéphanie Loïk (Théâtre du Labrador).
  • Mokhor mise en scène Philippe Morand (Le Poche Genève)
  • Sozaboy mise en scène Stéphanie Loïk (Théâtre du Labrador)
  • L’épopée Bambara de Ségou (Cie Deux Temps Trois Mouvements)
  • Le Pont mise en scène Sotigui Kouyaté (Théâtre de Nanterre les Amandiers)
  • Métamorphoses (Cie InterScène)
  • Trahitions (Centre Djéliya à Bobo et Paroles)
  • Le Costume de Can Themba mise en scène Peter Brook (Théâtre des Bouffes du Nord)
  • Le Ventriloque de Larry Tremblay (Théâtre international de langue française)
  • Le Lien du sang de Athol Fugard (espace Kiron Paris)-Soundjata (Théâtre Spirale)
  • Pourquoi ? Comment ? (Francophonies Limoges)
  • La fable du cloître de Caya Makhélé (Théâtre Spirale)
  • Les Troyennes d’Euripide (Théâtre du Binôme)
  • Congrès des griots à Kankan de Francis Bebey (Arcodis, Genève)
  • Voyage en Barbarie de Valérie Poirier, Neuchâtel
  • La légende du Wagadu (Attroupement Deux)
  • L’île aux milles saveurs (Compagnie TAO)
  • Le chant de la vallée du paradis de Monique Stalens (Théâtre du Volet fermé)
  • Taba Taba de B-M. KOLTES (Théâtre du Volet fermé)
  • Naissances (Théâtre Spirale)

Direction artistique

  • Directeur artistique de la compagnie Deux Temps Trois Mouvements à Paris.
  • Le Caravansérail des conteurs, co-direction avec Jihad Darwiche (2006)
  • Directeur artistique du conte du Festival Francophone en France.
  • Maîtrise d’œuvre de la programmation conte dans le cadre de l‘Afrique en Création manifestation inscrite au programme officiel de la célébration de l’an 2000 en France.
  • Concepteur dramaturgique pour la mise en scène de L’arbre à Palabres dans le cadre de l’Exposition Universelle 2000 à Hanovre-Présentation commune du CILSS.

Formation

  • Il donne des stages de formation d’acteurs dans différents pays (Europe, Afrique, Asie et Amérique Latine).
  • Il est aussi directeur Pédagogique de l’école de théâtre de Naples.

Filmographie

Hassane Kassi Kouyaté a joué aussi dans un certain nombre de films. Il s’agit de :

  • Saharaounia et Lumière noire de Med Hondo
  • Histoire d’Orokia de Jacques Oppenheim
  • Le pari de Bintou de Kristen Riberholdt
  • Sans Souci de Jean-Michel Isabel
  • Macadam Tribu (1997) du zaïrois José Laplaine
  • Saraka bô de Denis Amar



Quelques mots sur la tradition des contes au Faso suivis d’un recueil de 52 contes populaires.
29 juillet, 2010, 0:39
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Le conte africain est un miroir où chacun peut voir sa propre image. C’est aussi un message d’hier, destiné à demain, et transmis à travers aujourd’hui.  Pourquoi les hommes dominent les animaux ? Dieu créa les animaux. Puis il créa les êtres humains pour leur servir de nourriture. Le lion, la panthère et l’hyène s’en régalaient. Or, un jour, les trois compères embêtèrent un peu trop un génie forgeron. Celui-ci alla trouver les hommes et leur enseigna comment tailler un morceau de bois en forme de lance. Ensuite il leur apprit l’art de forger le métal et arma le bout de la lance d’une pointe. Enfin, il leur donna la formule d’un poison à appliquer sur cette pointe, afin que tout animal qu’elle pique en meure. C’est ainsi que les hommes apprirent à fabriquer des lances qui tuaient à coup sûr et qu’ils commencèrent à chasser. Un jour, un jeune homme armé d’une de ces lances partit en chasse. A cette époque, hyène, lion et panthère habitaient ensemble. Le soir venu, le jeune chasseur ne savait où loger. Il rencontra les trois animaux et leur demanda l’hospitalité. Ceux-ci, étonnés, se regardèrent :
Notre nourriture vient chez nous ? Bizarre… 
Le patrimoine culturel oral du Burkina Faso est menacé de disparition.  » En Afrique chaque fois qu’un vieillard meurt c’est une bibliothèque qui brûle « . Le langage est le ciment de la société. Sans langage, pas de communication, et sans communication pas de développement. C’est par le langage  » cri du bébé  » que tout nouveau né s’exprime dès son arrivée parmi les hommes. En même temps, ce cri lui permet le premier souffle de la respiration, source d’oxygène pour son organisme, puis sera ensuite utilisé pour  communiquer avec l’environnement. La première relation orale essentielle se fait avec la maman :  » je veux du lait ; j’ai soif ; j’ai chaud ; j’ai froid ; j’ai sommeil ; j’ai mal « .  Une fois le langage acquis au contact des plus grands, l’enfant pénètre dans l’espace de la communication orale, encore appelé l’oralité. Dès lors, son développement mental, social, scientifique dépendra fortement de cette oralité, puisque qu’elle est le premier moyen de communication pour acquérir la connaissance sous toutes ses formes : la vie socio-culturelle, économique, l’école : écriture, lecture, calcul, philosophie, etc. 

L’oralité est donc le premier moyen de communication des groupes humains ; et en Afrique elle représente le système de la mémorisation de l’histoire qui sera retransmise par la voix des griots.

Les contes messagers du code civil de bonne conduite : Contes thématiques

* La cupidité :

 Les deux voleurs volés

Il y avait dans un village un filou qui était trop connu pour pouvoir continuer de voler : tout le monde se méfiait de lui. Quand on le voyait venir, on disait : «  Attention à ses mains !  ». Et ses mains étaient bien obligées d’être honnêtes. Un jour il décida d’aller chercher fortune ailleurs. Et voici ce qu’il fit : il prit son porte-charge, il l’emplit de vieux chiffons ; il posa par-dessus une demi-barre de sel et il l’arrangea si bien que son bagage semblait être une charge de sel.
Au même moment, dans un autre village, un autre filou qui ne pouvait plus vivre de ses vols, eut la même idée. Mais, à la place du sel, il mit sur son paquet de chiffons une bande de beau coton bien tissé, et il l’arrangea si habilement que son bagage semblait être une charge de bandes de coton.
Et voilà nos deux filous qui se mettent en route. Ils se rencontrent sur la place d’un marché. Comme ils sont un peu fatigués, ils s’asseyent l’un près de l’autre à l’ombre d’un manguier, et ils commencent à bavarder.
L’homme-au-sel dit à l’homme-aux-bandes-de-coton :
- Dans mon village les femmes n’ont plus de bandes de coton et elles ne peuvent plus se coudre des pagnes. Si je leur en apportais elles seraient contentes, et je les leur vendrais cher.
En attendant ces mots, l’homme-aux-bandes rit tout bas :
- Voilà, pense-t-il, un fameux client pour mon paquet de chiffons.
Il dit à son compagnon :
- Chez moi, c’est le sel qui manque. Aussi ne sale-t-on les mets qu’avec du kanhoua. Si j’arrivais avec une charge de sel, je serais bien accueilli, et l’on me paierait un bon prix.
C’est au tour au l’homme-de-sel de sentir plein de joie :
- Je crois, murmure-t-il, que mon paquet de chiffons se vendra bien !
- Eh, dit-il, la chance est avec nous ! Echangeons nos deux charges : vous aurez du sel pour les ménagères de votre village, et j’aurai des bandes de coton pour les femmes de chez moi.
Aussitôt dit, aussitôt fait : l’homme-au-sel prend la charge de bandes de coton, et l’homme-aux-bandes prend la charge de sel. Et les deux filous s’en vont bien vite, chacun craignant que l’autre s’aperçoive de la tromperie.
Quand ils sont loin l’un de l’autre, ils ouvrent leur paquet. Pas de sel ; pas de bandes de coton ; mais de vieux chiffons inutiles !
- Ce marchand de sel est un bandit ! Grogne l’homme-au-coton.
- Ce marchand de coton est un brigand ! Ronchonne l’homme-au-sel.
Et moi je vous demande : 

Quel est le plus voleur des deux ?

L’or malheureux de Tilk  Il était une fois un puissant roi qui avait une fille si belle que tous les hommes auraient voulu devenir son époux. La jeune princesse était fort gâtée et dans la ville il y avait un orfèvre très habile, à qui le roi avait promis la mort s’il ne découvre pas ce que sa fille veut. Ainsi, le pauvre homme travaillait jour et nuit à inventer les bijoux les plus bizarres pour parer la jeune fille, or un jour la princesse éclata en sanglots et dit à son père «  Mon père je suis humiliée, malgré tous vos présents, il y a un bijou que je ne possède pas, c’est le plus rare du monde  ». Le roi se mit en colère et fit appeler l’orfèvre et menaça de lui couper la tête, tout tremblant le pauvre homme supplia la jeune fille : «  princesse, sauvez la tête d’un misérable, si vous voulez bien me dire quel bijou j’ai oublié de vous façonner, je l’exécuterai de mon mieux.. je veux une couronne de bulles d’eau dit la princesse  ». «  Mais c’est impossible !  » Il ne put achever et sur un signe du roi les gardes le jetèrent en prison. Les jours suivants on ordonna à tous les bijoutiers d’exécuter en un mois la couronne. Le terme écoulé aucun d’entre eux n’avait pu faire le bijou. Ils furent à leur tour emprisonnées sans pitié, le chagrin de la princesse fût si grand que son père finit par prendre une décision : «  faites savoir à tout le monde que je donnerai ma fille en épouse à celui qui sera capable de fabriquer la couronne de bulles d’eau  ». Et un jour, un homme pauvrement vêtu se présenta au palais : «  seigneur, dit-il au roi tu as promis ta fille à celui qui fabriquerait la couronne, je suis celui-là  ». - Misérable crois-tu réussir là où de plus grands savants ont échoué ? - Parfaitement, il ne m’est pas impossible d’enchâsser des bulles d’eau dans de l’or, si l’on me donne ce qu’il me faut pour réaliser ma tâche. Simplement, je vous prierai de libérer tous ceux que vous avez jetés en prison avant que je n’entame mon travail. Alors sur l’ordre du roi en présence de la princesse pleine d’espoir on apporta de l’or et les meilleurs outils de bijoutier que l’on pût trouver dans le royaume. Quand tout fût prêt l’homme se tourna vers la jeune fille : «  princesse, il ne me manque plus qu’une chose pour commencer la couronne ; allez donc me chercher les bulles d’eau !  » Alors le roi comprit la leçon mais tout le monde avait entendu sa promesse. Ainsi, faute de pouvoir apporter des bulles d’eau, la belle et riche princesse épousa non pas l’un des jeunes et beaux prétendants qui encombraient sa cour, mais une homme déjà vieux et très pauvre. Moralité : il ne faut jamais demander l’impossible. Les enfants s’amusent quelques fois à souffler à travers un tuyau trempé dans de l’eau savonneuse ; de belles bulles d’air s’élèvent mais éclatent aussitôt. Une princesse veut une couronne qu’on n’a jamais vue, une couronne faite de bulles d’eau comme celle-ci. 

L’Avare et son épouse Il était une fois un jeune homme très riche qui possédait de grands troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres. Son épouse connaissait bien ses défauts , elle savait qu’il était âpre au gain et de plus en plus pingre. Mais elle ne disait rien et s’efforçait de réduire au maximum les dépenses du ménage tandis que son mari accumulait de nouvelles richesses. 

Un jour l’avare entreprit un voyage d’affaires ; au moment de son départ il confia tous ses biens à la garde de son épouse en précisant toutefois qu’il voulait retrouver tous ses animaux, sans exception lors de son retour. Sa jeune femme lui répondit de ne pas s’inquiéter à ce sujet et il partit. Or le même jour les trois frères de la jeune femme vinrent lui rendre visite. Ils furent bien accueillis par leur petite sœur qui fit égorger un poulet pour leur dîner. L’avare revient trois jours plus tard et sa première question consistait à demander si tous ses biens étaient restés intacts. Sa femme l’assura que tout était pour le mieux, hormis un vieux coq qu’elle avait égorgé à l’occasion de la visite de ses trois frères. En entendant cela l’avare entra dans une colère épouvantable. On avait osé le dépouiller d’une partie de ses richesses ! Dominé par la fureur, il battit si violemment sa femme qu’elle en fut cruellement meurtrie. Heureusement les gens du voisinage intervinrent et la dispute s’acheva. Le lendemain la jeune femme prit ses affaires en fit un baluchon qu’elle posa sur sa tête et elle partit se réfugier chez ses parents ; la séparation dura trois mois. Ce délai permit à l’avare de mesurer l’amour qu’il portait à sa femme ; mais il hésitait à aller la voir car il craignait d’être éconduit. Enfin il se décida à rendre visite à ses beaux parents. En le voyant arriver ils chargèrent leur fils aîné de tuer le plus beau mouton de leur troupeau, c’est ainsi qu’il convient toujours d’accueillir un visiteur et à plus forte raison un membre de la famille, selon les lois de l’hospitalité traditionnelle, ce qui n’est jamais un vain mot en pays Moaga. L’avare mangea à satiété, but le bon dolo ancestral, et s’endormit. Au réveil son beau père vint le saluer et au cours de la conversation il chercha à connaître les causes du retour de sa fille, mais le gendre éluda habilement toutes les questions. Il faut dire ici que la jeune femme avait observé un mutisme complet pour tout ce qui concernant son mari. Aussi le beau père décida de mettre un terme à leur brouille. Usant de toute son autorité il mit sa fille en demeure de d’expliquer elle y consentit. Son époux étant parti en voyage tous les biens du ménage avaient été laissés à sa garde, or le jour là ses trois frères étaient venus et elle n’avait tué qu’un vieux coq pour les accueillir. En apprenant cela son mari lui avait reproché de ne pas avoir fait égorger le plus beau de ses moutons afin de recevoir ses trois beaux frères, ils s’étaient disputés et excédé il l’avait battue.  Après avoir écouté sa fille, le vieil homme se tourna vers son gendre en lui demandant d’exposer sa propre version des faits. L’avare se contenta de répondre «  je n’ai rien à dire sinon que l’homme qui a épousé une femme issue d’une famille honorable doit s’estimer comblé par Dieu  » on lui recommanda plus de modération à l’égard de sa femme. Le jeune homme écouta les conseils de son beau père et jura sur ses ancêtres que plus jamais il ne battrait son épouse. Réconciliés les deux jeunes gens repartirent dans leur concession mais c’est sur le chemin de retour que se produisit la véritable explication : «  Mon cher mari, voyez où vous conduisait votre avarice ! Sans mon mensonge vous seriez déshonoré ; n’avez-vous pas éprouvé une grande honte lorsque mon père a fait égorger le plus beau de ses montons pour vous accueillir ? Et vous, êtes vous pingre au point de regretter un vieux coq qui encombrait votre basse cour ? «  Ma femme, ne dit plus rien je reconnais mes torts ; toi par contre tu as sauvé mon honneur. Désormais je te le jure tu disposeras de tous nos biens et tu agiras selon ton cœur  ». Moralité : 

La leçon était bonne et ils vécurent heureux car le jeune homme tint ses promesses en remerciant Dieu de lui avoir donné une épouse bonne et généreuse. Mes chers enfants n’oubliez jamais ce que disaient nos anciens : celui qui veut jouir de ses biens se trouvera un jour dans un gêne extrême.

* La méchanceté

Sira le sorcier  Il était une fois dans la savane Ouest Africaine une belle fille qui s’appelait Sira. Sira était belle comme l’aurore. Elle avait les dents blanches si blanches qu’on aurait dit du coton au soleil. Sira avait un cou droit, une poitrine bien dégagée. Les perles qu’elle portait autour de ses reins chantaient et mettaient en valeur sa beauté et son charme. Sira avait tout ce qui provoque, chez un homme, l’envie de l’épouser, de la garder jalousement au fond de sa case. Petite fille, Sira avait comme ami et compagnon Bani. Bani et Sira avait grandi ensemble et tout le village les appelait mari et femme. Leurs familles respectives avaient fini par se rapprocher car les deux enfants s’aimaient. Quand ils sont devenus grands les parents décidèrent de respecter leur amour et de les marier. Les noces furent célébrées avec la bénédiction de tous les parents et dans la joie de tous les amis. Mais, dans tout le village, seul Tura le sorcier n’avait pas pu contenir sa jalousie vis-à-vis de ce jeune et beau couple. Tura était très fort dans l’art occulte et la magie noire. Il avait comme compagnon de tous les jours Satan en personne. La présence de ce compagnon de malheur se manifestait par les faits suivants : Tura était toujours survolé par le vautour à la couronne blanche. Il avait toujours les yeux rouges et ne dormait jamais le jour. Lorsque les noces des deux jeunes époux furent célébrées, Tura se mit à agir. La première nuit, Sira la mariée fut frappée de terribles maux de tête. La deuxième nuit, les maux de tête persistaient et devenaient de plus en plus fréquents. La troisième et la quatrième nuit se succédèrent, le mal grandissait. A la cinquième nuit, aux maux de tête virulents s’ajoutèrent les douleurs au ventre. Sira transpirait, criait, pleurait, souffrait. Elle fit appeler sa mère et la supplia de lui trouver le remède à son mal. Ma fille, lui dit sa mère, je vais réunir tous les marabouts et sorciers de notre contrée. Si toute ma fortune doit y aller, il n’y a rien de trop cher pour toi. La mère de Sira réunit alors tous les marabouts et sacrifia la quasi totalité de son troupeau de bovins. L’opération ne fut couronnée d’aucun succès. Elle la répéta quatre fois et quatre fois rien. Les douleurs de sa fille unique persistaient toujours. 

La famille du nouveau marié commençait alors à perdre patience. Les jours se suivaient et le mal était toujours là. Arriva alors le moment où les parents du mari conclurent que la nouvelle épouse était possédée par un démon. Elle était devenue très maigre et avait perdu tout son charme à cause de la maladie. Les jours passèrent et on décida de répudier la nouvelle mariée malade. Bani qui aimait toujours sa Sira ne pu s’opposer à la décision de sa famille. Le griot Duga fut chargé d’annoncer la mauvaise nouvelle à la famille de Sira. Le mariage n’étant pas consommé, la famille de l’épouse devait en plus rembourser les frais essentiels dépensés lors des noces. Elle s’exécuta et Sira fut emportée la même nuit dans la discrétion, à califourchon comme un bébé, dans la case de la mère. Elles pleurèrent ensemble, toute la nuit. Sira s’en voulait de faire pleurer sa pauvre mère. Elle jura alors qu’elle épousera l’homme qui la guérira de ses maux. Sa mère la rassura qu’elle retournera auprès de son bien aimé Bani. La nouvelle du divorce annoncée, Tura le sorcier se présenta très tôt le matin devant la case de la mère de Sira. On sentit sa présence à cause de son odeur nauséabonde et du vol des vautours. Il rassura la mère et la fille de ses bonnes intentions de mariage et de sa disponibilité à faire le bonheur de sa fille Sira. - Ma fille est malade, complètement détruite et elle ne peut même pas se tenir debout. - Ce n’est pas un problème, dit le sorcier, je règle tout ça en trois jours ou alors je quitte ce village et vous n’entendrez plus jamais parler de moi. Sira qui entendait tout ce dialogue au fond de la case avait déjà pris sa décision. 

- Mère, je sais ce que tu penses de cet homme. Mais, j’épouserai cet homme, s’il me guérit. La mère qui n’était pas d’accord avec ce choix accepta la volonté de la fille mais ne baissa pas les bras. Aussitôt que le sorcier eut commencé le traitement, la mère couru voir son frère et lui dit : - Mon unique bébé doit épouser cet homme crapuleux. Je te prie de faire quelque chose. - Ma sœur, dit l’oncle, que la volonté des ancêtres soit faite. Jamais notre famille n’a fait du mal à personne, que cela nous soit reconnu.  Sira fut guérit par le sorcier Tura en moins de trois jours. La fille tenant sa promesse, le mariage du sorcier fut annoncé dans toutes les contrées. Par ce mariage, Tura le sorcier tenait, à la fois sa revanche sur ses adversaires et renforçait sa crédibilité auprès de ses clients. Il se moquait de tous ces devins et autres chasseurs dont les efforts de conquête ont été vains. Le jour du mariage arriva. On ne vit aucun vautour dans le ciel et il y eut une grande tornade qui chassa les convives et autres badauds venus des villages les plus éloignées. Le sorcier piqua une vive colère, au vu de cette perturbation, se retira au fond de sa case et s’endormit. Lorsqu’il se réveilla, le soleil était déjà au zénith. Il bondit de sa natte, sortit de sa case et ne vit aucun vautour. Il présentait un mauvais présage. La nuit tomba, on prépara Sira accompagnée de quelques vieilles femmes qui survivaient grâce aux nombreuses cérémonies de mariage, baptême et autres funérailles. Le cortège de femmes arriva alors au domicile du mari Tura qui, quelque peu nerveux les accueillit, néanmoins avec beaucoup de cadeaux. Lorsque la jeune épouse fut déposée dans son lit, il se précipita, se déshabilla et voulu tout de suite consommer. Mais que constata t-il ? Il n’y avait rien entre ses jambes. Il s’étonna, réactiva le feu qui éclairait la case. C’est ainsi que Sira se rendit compte que son mari, n’avait rien entre les jambes. Elle tenta de lui tenir des propos rassurants mais il ne voulait rien savoir. Il la traita de sorcière et jura de se venger. Sur le champ, il la répudia et quitta le village dans la même nuit. Sira ainsi guérie épousa à nouveau son bien aimé Bani et ils eurent de beaux enfants. Grâce à l’Amour, on triomphe de la méchanceté et de la jalousie des hommes 

Devinette : Qu’est-ce qui est vraiment nécessaire à la vie ? Quand on pose cette question, ceux qui ne sont pas intelligents pensent tout de suite à la richesse. Or il n’en est rien. Vous savez, certains n’ont aucune richesse, mais ils vivent. D’aucuns n’ont ni père ni mère, ni même frère et sœur, mais ils vivent normalement. Même ceux qui n’ont pas d’enfant arrivent à tenir le coup. Mais ce qui vous manque et fait qu’il n’est plus nécessaire de survivre, c’est l’espoir.

Les biens du défunt

Adapté par Alain-Joseph Sissao

contes1.pngIl était une fois un vieux qui partit en voyage. Il alla demander l’hospitalité à une famille. Malheureusement, il tomba malade. Quand il s’est rendu compte qu’il allait mourir, il montra toute sa richesse à son logeur. Il lui dit ceci : -Voici toute ma richesse que j’ai acquise de ma famille. Si je meurs, prends une partie pour les funérailles et tu gardes l’autre partie. Si ma famille est mise au courant de mon décès et qu’elle vient, tu lui remettras cette partie pour mes orphelins que j’ai laissés.  Quand ils eurent fini de creuser la tombe, le logeur prit l’argent avec un sac, le leur montra et leur dit que le défunt avait demandé de l’enterrer avec son argent car il n’a pas de famille. Après avoir fait sa toilette, les musulmans l’amenèrent au cimetière. Le logeur enleva une petite somme pour les funérailles et une grande partie fut enterrée avec le vieux. Quand on l’enterrait, il observait bien la place où était posé l’argent. 

Après l’enterrement dans la nuit le logeur revint pour déterrer l’argent. Quand il eut creusé et mit sa main pour retirer l’argent le défunt le saisit et lui arracha les doigts. C’est ainsi que la lèpre a commencé dans le monde. C’est donc la malhonnêteté qui déclencha la lèpre. Nul ne doit détourner l’héritage des orphelins. Celui qui le fait, finit mal. Commentaires : ce conte nous enseigne qu’il faut éviter de spolier les biens d’un défunt. En Afrique de façon générale, les biens d’un défunt sont sacrés et doivent revenir de droit aux orphelins qui en sont les principaux dépositaires. La malhonnêteté est toujours très mal ressentie. C’est ce qui explique la sanction sévère : la lèpre. Ce conte est aussi eschatologique parce qu’il montre l’origine d’un phénomène : la lèpre.

Poko et Raoogo  Une femme avait mis au monde des jumeaux en brousse. Ils s’appelaient Poko et Raoogo. Maiscontes2.png la mère amena Poko à la maison, abandonnant Raoogo dans la brousse. Un épervier vint trouver Raoogo en pleurs. Pris de pitié pour le pauvre bébé, il l’amena dans son nid où il l’éleva. Devenu grand, la première chose que fit Raoogo fut d’aller tuer l’épervier. Puis il décida ensuite d’aller tuer son père et sa mère au village. Sur la route, il chantait : - Ma mère nous a mis au monde, nous deux, elle prit Poko et abandonna Raoogo. Un géant épervier me fit monter sur un arbre, je le tuai, un singe me fit descendre, mais je l’ai tué. Mon village est vraiment un gros village, mais moi je le détruirai. Il chanta ainsi jusqu’à se retrouver devant la concession de son père où il trouva Poko. - Poko, où est mon père ?  - Mon père est en voyage. - Poko où est ta mère ? - Ma mère est allée au marigot. Quand Poko avait vu Raoogo arriver, il  alla cacher sa mère dans un canari et son père dans un grenier. Raoogo lui dit : - Mes parents n’ont-ils pas cultivé des arachides ? - Poko dit non. Raoogo entra dans la case de sa mère pour chercher des arachides. Il ouvrit le premier canari et vit sa mère cachée. Il la tua d’un seul coup. Il quitta alors la case et demanda à Poko :  - Y a-t-il quelque chose dans le grenier ? - Poko lui répondit qu’il est vidé. Raoogo alla ouvrir le grenier et vit son père qu’il tua d’un seul coup. 

Commentaires : ce conte décrit des actants qui apportent dans la société des grands bouleversements mais aussi des changements qui peuvent être positifs. Ce furent des enfants téméraires qui n’ont peur de rien. Ils correspondent chez les moose à ce qu’on appelle des «  gandaadoo  », c’est à dire des hommes courageux. La société moaaga les craint, mais, elle a besoin d’eux pour connaître certaines innovations et progrès.

Les deux orphelins  Dans un village vivaient un homme et sa femme qui ne faisaient jamais de mal à quelqu’un. Mais un jour l’homme vient à mourir. Ne pouvant survivre à la douleur causée par cette perte, la femme mourut une semaine plus tard, laissant un garçon de sept ans et une fille de quatre ans. Comme le monde peut être méchant, au lieu de recueillir les deux orphelins, les villageois se réunirent et décidèrent de les chasser du village, ne leur laissant qu’un zébu et une génisse pour héritage de leurs parents. Ils se réfugièrent dans la brousse à la frontière de deux villages. Dieu les nourrit, les habilla et fit grandir leur bétail qui passa bientôt de deux têtes à plus d’une centaine. Le garçon était chargé de la garde du troupeau pendant que la fille s’occupait du ménage. Ainsi vécurent-ils loin de l’injustice humaine jusqu’au jour où au cours d’une promenade, l’hyène aperçut la jeune fille devant leur case. Elle ne perdit pas une seconde et courut jusqu’à la cour royale où elle dit ceci : «  Roi vénéré, au cours de mes pérégrinations j’ai vu une jeune femme si éblouissante que tout l’or du monde n’aurait pas son éclat. J’ai pensé qu’elle ne pouvait que revenir de plein droit à votre majesté : voilà ce qui vaut ma si matinale visite  ». De qui s’agit-il, hyène ? «  Roi, je viens de voir la plus belle fille du monde. Nul être au monde ne saurait être son mari sauf votre majesté  ». 

Alors fais la venir et tu auras la juste récompense de ton acte. Hyène s’en retourna dans la forêt où elle enleva la jeune fille malgré ses cris de protestation. Elle fut remise au roi qui offrit une forte récompense à l’hyène, héroïne d’un jour. Quand le garçon revint le soir, il constate avec tristesse l’absence de sa sœur. Il s’en voulut de s’être éloigné de leur demeure, la laissant ainsi à la portée de quelque malfaiteur. Cette nuit là il ne ferma pas l’œil et invoqua ses parents défunts afin qu’ils l’aident à retrouver sa sœur. Des jours passèrent ; puis des mois et des années, et chaque jour il priait Dieu, lui demandant de lui ouvrir le chemin qui le conduirait à sa sœur. Voilà qu’un jour où il conduisait son troupeau, il fut pris de subitement d’une grande soif. Il se dirigea vers un puits situé à la lisière de la forêt, où les gens ont l’habitude de venir faire la lessive. Ce jour là, des esclaves du roi étaient là qui lavaient le linge et la vaisselle des reines. Tout en approchant du puits, il se mit à chanter, comme si il le faisait chaque fois qu’il ramènait le troupeau au bercail : «  petite sœur je suis de retour de retour, je suis avec le bétail, avec les bœufs, les moutons et les chèvres, me voici de retour  ». Les esclaves voulurent lui donner à boire avec la plus sale des calebasses, mais la princesse qui les avait accompagnés le fit servir avec la plus belle calebasse de sa mère. Cette princesse n’était autre que la fille de sa sœur devenue la reine bien-aimée. De retour au village notre princesse raconta la scène à sa mère et pour conclure reprit la chanson qu’avait entonnée l’homme en s’approchant du puits. Sa mère fut pleinement convaincue qu’elle ne pouvait provenir que de son grand frère, lequel la recherche donc depuis de longues années. Une semaine passa et la reine demanda l’autorisation au roi de pour se rendre au puits afin d’assister au travail des esclaves. Tôt le matin elle s’y rendit donc, priant Dieu qu’il fit venir ce jour là son grand frère. C’est alors qu’elle entendit une voix «  petite sœur je suis de retour, de retour je suis avec le bétail, avec les bœufs, les moutons et les chèvres, me voici de retour  ». Sans que nul ne s’en aperçut,  en deux foulées elle arriva aux abords de la forêt, se guidant à partir du chant de son frère ; elle s’enfonça ainsi jusqu’au fond de la forêt. Son frère perché sur un arbre la vit venir. Il se laissa choir, courut à sa rencontre et la souleva de terre pour l’embrasser ; ils ne purent se parler mais les larmes le firent à leur place. L’émotion passée, la sœur proposa à son frère de le conduire auprès du roi afin qu’ils firent connaissance, ce qu’il accepta. Quand le roi fut informé de l’événement, il organisa une grande fête où tout le monde mangea et but autant qu’il le désirait. Le lendemain, il fit construire tout un quartier pour le frère auquel il donna cent femmes, cent esclaves, cent têtes de bœufs, de vaches et autant de chèvres et de moutons. Puis il fit quérir ses autres biens restés dans la forêt. Ainsi le frère de la reine bénéficia de tous les honneurs et vécut heureux auprès de sa sœur. Tous eurent de nombreux enfants qui assurèrent la joie de leurs vieux jours. Moralité : il ne faut pas maltraiter l’orphelin car lui aussi a droit à la vie au même titre que les autres enfants. Mieux, il est entendu par Dieu dès que sa voix s’élève vers lui. 

* La plaisanterie

Le début de la parenté à plaisanterie des poesse [1], des yarse [2] et des silmissi [3]  Il était une fois deux poesse qui étaient nés le même jour, l’un le matin, l’autre, le soir. Quand ils atteignirent l’âge de se marier, ils convoitaient tous deux la même fille. Celui qui était né le matin dit que c’est lui qui épousera la fille ; celui qui était né le soir jura également que sera lui qui l’épousera. Alors une bagarre s’engagea. Ils se poursuivirent et l’un des deux entra dans un trou. Sa chance fut totale parce que là, dans le trou, une araignée tissait sa toile et la referma donc sur lui. contes3.pngQuand le deuxième arriva au bord du trou, il trouva un peul et un yarga assis sur la margelle, qui buvaient du lait. Ces derniers avaient vu le premier homme entrer dans le trou. Quand il leur demanda si quelqu’un n’était pas passé par là, le peul voulut dire oui, mais le yarga lui fit signe de se taire, ce qu’il fit. Le poèga dit au peul de ne pas avoir peur, de dire tout ce qu’il a vu, et le peul lui conseilla de creuser le trou pour voir à l’intérieur. Il  creusa donc et tua son rival. Aussi, le yarga injuria le peul et le traita de vaurien. Pourquoi a-t-il fait tuer l’homme ? Il injuria également le tueur et lui dit que l’autre ne devait pas mourir. C’est ainsi que la parenté à plaisanterie du poèga, du yarga et du peul a commencé. Jusqu’à nos jours, quand ils se rencontrent, ils s’injurient en s’amusant.  Mais on n’injurie pas la mère. Commentaires : ce conte montre que la parenté à plaisanterie si présente chez toutes les ethnies du Burkina Faso est un phénomène qui vient de la nuit des temps. Certains moose affirment d’ailleurs que «  c’est Dieu qui a envoyé le dakiire sur terre pour éviter à l‘homme d’oublier son passage éphémère sur terre  ». En effet, comme on le voit, la parenté à plaisanterie va bien au delà de la relation entre deux individus et engage tout le groupe social. C’est une prise en charge totale de l’individu dans ses caractéristiques culturelles, physiques et sociales. C’est le baromètre de régulation des tensions ethniques comme c’est le cas dans ce conte entre les poesse, les peuls et les yarse. [1] Poesse : c’est un groupe social au Moogo qui vit dans la cour royale et s’occupe de l’épreuve d’Ordalie  [2] Yarsé : c’est un groupe social au Moogo qui y a introduit l’islam mais aussi le commerce 

[3] Silmissi : c’est un groupe social au Moogo qui s’occupe surtout de l’élevage. 

* La ruse

Le marabout vicieux  Tous les hommes sur la terre étaient bons, avaient les mêmes chances, réussissaient dans les mêmes entreprises. Pourquoi sont-ils devenus différents ? Je m’en vais vous expliquer l’origine des qualités chez les hommes. Il était une fois, un marabout qui eut une jolie fille qu’il prénomma Fatima. Celle-ci enflamma le cœur de tous les hommes célibataires de notre contrée par sa beauté et son charme. Tous les garçons en âge de se marier se faisaient la concurrence pour demander sa main. Les peuls apportaient fréquemment du lait et des veaux au père. Les bambaras venaient cultiver son champ et lui donnaient une partie de leur récolte. Les manink lui offraient des captifs et les julas beaucoup de cauris. Le marabout était donc très gâté grâce à la beauté et au charme de sa fille. Il tomba alors dans le vice de la facilité. Les quatre tribus bambara, peul, jula et maninka envoyèrent chacune une délégation avec le nécessaire pour demander la main de Fatima à son père, le marabout. Il accepta les propositions des quatre délégations, promettant à chacune la mains de sa fille. Etonnés par l’attitude du marabout, les membres des quatre délégations se mirent à redoubler de talents pour arracher l’offre. A leur demande, le marabout annonça les noces de sa fille. Il devenait de plus en plus inquiet avec l’approche des échéances. La veille du mariage, Dieu lui envoya un ange car il multipliait les sollicitations et restait tard sur sa natte de prière. Il expliqua ses angoisses à l’ange qui les rapporta à Dieu. Il était un grand marabout, respecté et craint dans toute la contrée. Ses prières étaient exhaussées. Dieu lui renvoya donc l’ange porteur du message suivant : il lui ordonna d’enfermer sa fille dans une case en compagnie de trois animaux : un âne , un chat et un chien . Le lendemain, il ouvrira la case et prendra la décision qui lui semblera la meilleure. Le marabout exécuta les recommandations divines. Aux premières lueurs de l’aurore, il alla frapper à la porte de la case en appelant Fatima ; il entendit quatre voix identiques lui répondre en chœur. Il cassa la porte et se retrouva en face de quatre filles identiques et il ne put donc reconnaître sa vrai fille des autres.  Les quatre filles furent données en mariage et chaque délégation est répartie avec sa Fatima. Les convives ne purent cacher leur étonnement et le marabout gagna encore en estime, et sa renommée rayonna encore plus loin. Mais une chose l’intriguait : à quelle tribu avait-il donné sa vrai fille ? 

A cause de son vice, Dieu le punit et il ne le saura jamais. Il mourut très tôt par l’angoisse et ne put savourer les cadeaux auxquels il prétendait.

Yaboundao

Conteur : Mamadou Diallo 

Je vais vous raconter l’histoire de Yaboundao. Yaboundao était une toute petite fille qui habitait un village du Sénégal. Et Yaboundao comme tous les enfants d’Afrique aimait beaucoup les noules. Les noules ce sont ces toutes petites noix qui viennent de ces grands arbres d’Afrique qu’on appelle des palmiers. Tous les enfants adorent casser les noules pour croquer la petite amande qui est dedans. Mais Yaboundao en abusait. Elle les aimait trop. Ainsi la nuit, quand tout le monde dormait, Yaboudao restait toute seule dans la grande cour de la maison les casser et les manger. Même quand tout le village était endormi, on entendait encore Yaboundao cassant ses noules. Une nuit alors qu’elle était là toute seule à accomplir sa besogne de casseuse de noules, on entendit un lion rugir très loin dans la brousse. Aussitôt la maman de Yaboundao s’est réveillée : -  » Yaboundao, Yaboundao, Yabou dépêche-toi de rentrer dans la chambre. Tu entends ce lion qui rugit. Certainement qu’il vient vers le village. 

- Ah ! Je casse mes noules, maman. Ce n’est pas un petit lion qui fera courir Yaboundao. Yaboundao casse ses noules. » Et elle continuait à casser, tranquillement. Tous les jours, elle avait devant elle sa grosse pierre toute plate. Elle y posait ses noules et avec une toute petite pierre Yaboundao cassait, elle cassait et au fur et à mesure, elle jetait dans sla bouche ses petites noix de noule qu’elle croquait. Puis on entendit un autre rugissement, beaucoup plus nettement cette fois. Le lion s’était bien approché. Le papa s’est réveillé : -  » Yaboudao, Yaboundao, Yaboundao dépêche-toi d’entrer dans la chambre. Tu entends ce lion qui rugit ? Personne n’osera sortir pour te sauver. - Ah ! Je casse mes noules, papa. Ce n’est pas un petit chat malade qui va faire courir Yaboundao. Yaboundao casse ses noules. «  Et elle continuait à casser. Cro, cro, cro ! Elle croquait. Cro, cro, cro ! Elle croquait. Mais à présent, le lion était dans le village. Ses rugissements étaient terrifiants. Plus personne n’osait sortir. Les portes de toutes les maisons étaient bien barricadées. 

Je ne vous avez pas encore parlé du grand-frère de Yaboundao. Celui-là il dormait, là-bas, dans une autre case au fond de la cour. A son tour il s’est réveillé : -  » Yaboundao, Yaboudao, Yabou, ma ptit’ soeur, Yabou,  dépêche-toi de rentrer dans ma chambre. Ce lion va sentir que tu es là. Dépêche-toi. 

- Ah ! Je casse mes noules. «  Le lion pénètre alors dans la maison. Yaboundao se lève promptement, jette sa petite pierre et vient à la rencontre du lion. Et le lion avale Yaboundao.  Mais Yaboundao sort par les fesses du lion. Elle avale le lion. Mais le lion sort par les fesses de Yaboundao et avale de nouveau Yaboundao. Yaboundao ressort par les fesses du lion, avale le lion et elle bouche ses fesses avec du papier puis elle s’en va dormir tranquillement. Elle passe une excellente nuit et le matin de bonne heure Yaboundao s’est réveillée et elle courait de toutes ses forces. Tout le monde se demandait où pouvait s’en aller cette fille en courant si vite. Elle, elle le savait. Elle est arrivée au marché. Les gens étaient nombreux dans ce marché. Chacun achetait ce qui lui plaisait. Yaboundao, elle, s’est frayé un passage au milieu de tous ces acheteurs. Elle est venue se mettre au centre du marché, et elle a crié aussi fort qu’elle a pu : 

-  » Ah ! Vous les gens du marché, je peux bien vous faire peur ! - Nous faire peur à nous, une toute petite fille comme toi ? Même tes parents n’arriveraient pas à nous faire peur. Il n’y a que Dieu qui puisse nous faire peur. - Ah ! C’est ce que vous dîtes !  Il n’y a que Dieu qui peut vous faire peur ? Est-ce que vous en êtes sûrs ? «   Et elle s’accroupit, enleva son papier des fesses, et le lion est sorti.  Lui-même lorsqu’il est sorti avait si peur qu’il est vite allé se cacher en pleine forêt. Et les gens qui étaient là, bien sûr qu’ils avaient peur eux aussi ! Certains si effrayés qu’ils avaient oublié tout ce qu’ils avaient acheté ; d’autres avaient abandonné leurs chaussures, leurs bonnets, leur mouchoirs de tête. 

Yaboundao éclata de rire avant de retourner calmement chez elle pour continuer à casser ses noules … Et c’est là que le conte finit.

Le mariage de la fille du roi  C’était au temps où les bêtes pouvaient épouser des filles de roi. En ce temps-là était un roi qui avait une fille belle comme un lever de soleil. Et les demandes en mariage lui arrivaient chaque matin de plus en plus nombreuses. Un jour, il fit dire dans tout le royaume : - Je marierai ma fille à celui qui traversera d’un seul coup de flèche le gros baobab qui se dresse sur la place du village. Une fête sera donnée. Tous ceux qui veulent gagner ma fille viendront avec leur arc et leurs flèches ; ils montreront leur force et leur adresse. Le roi pensait qu’il garderait ainsi toujours sa fille, car le baobab du village était gros comme une tour, et personne, semblait-il, ne serait assez fort pour le traverser d’un seul coup de flèche.
Or Massa Kokari avait, comme toutes les autres bêtes de la brousse, entendu le message royal, et il aurait bien voulu épouser la riche et jolie fille du roi. Que faire ? 
Notre malin animal n’eut pas besoin de réfléchir longtemps pour trouver un moyen de se tirer d’embarras ; il s’en alla chez un perce-bois de ses amis et lui dit : - Perce-bois, mon ami, je t’ai rendu bien des services. A ton tour de m’aider. Tu vas percer de part en part le gros baobab qui se dresse sur la place du village. L’insecte partit et se mit à l’ouvrage. Il gratta, il rongea, et travailla avec tant d’ardeur et de courage qu’en trois jours la besogne fut terminée. 

Massa Kokari fabriqua une flèche assez petite pour passer dans le trou ; puis il ferma avec un brin d’écorce les deux ouvertures. Tout cela fut fait si habilement que personne ne se douta de rien.
Le jour de la fête arriva. Dès l’aube, le grand tam-tam résonna, invitant tout le monde à la réjouissance. Et l’on vit venir, par tous les chemins et les sentiers, le peuple de la brousse et de la forêt. 
D’abord les hommes : les Chefs bottés de feutre, vêtus de satin chatoyant, coiffés de chéchias brodés d’or ou d’argent ; plus loin les notables enveloppés dans leurs boubous tout blancs ; puis les femmes cliquetantes de bracelets, de colliers, de boucles d’oreilles ; le menu peuple, les servantes, les esclaves, et la bande criarde des filles et des garçons suivait en dernier. Derrière eux les animaux s’empressaient ; en tête, le groupe compact des puissants seigneurs : l’éléphant, le lion, le buffle, l’hippopotame et la panthère ; puis les biches, les gazelles, les antilopes et les girafes ; plus loin la grande famille des singes que suivait le troupeau des rats, souris, écureuils, hérissons et autres individus de moyenne importance ; plus loin encore… mais comment pourrait-on les énumérer tous : il y avait là tout ce qui court, galope, bondit, sautille, rampe ou vole, il y avait tout le peuple de la brousse et de la forêt ! La poussière montait en nuages ; le soleil étincelait ; des flûtes piaulaient, des violons à une corde grinçaient, des balafons résonnaient, des petits tam-tams crépitaient ; c’était un vacarme à affoler un sourd ! 
Au fur et à mesure qu’elle arrivait, la foule se rangeait de chaque côté du baobab, les plus légers se juchant sur les toits des cases ou les branches des arbres ; les chefs se groupaient autour de l’estrade, sur laquelle avaient pris place le roi et sa fille en costumes somptueux, entourés d’esclaves portant des parasols ou balançant des chasse-mouches. Cela dura des heures et des heures. Enfin tout le monde fut prêt et les concurrents se présentèrent. Le premier des concurrents fut Songo le buffle. Il commença, comme la politesse le veut chez ses pareils, par gratter la terre avec un de ses pieds de devant et à renifler longuement. Puis il banda un arc énorme, mais en vain : c’est à peine si le fer de sa flèche entra en entier dans le baobab. Personne n’osa rire car les cornes aiguës de Songo inspirent le respect… Après lui ce fut Mourou la panthère, dont l’élégance eut grand succès, mais dont la flèche en eut un peu moins ! Bamara, le lion, fit comme toujours forte impression par la majesté de sa crinière et la dimension de ses crocs, mais sa flèche entama tout juste l’écorce de l’arbre. M’Bali l’hippopotame parut grotesque lorsqu’il s’avança, court sur pattes, boudiné dans sa peau trop étroite, soufflant et bougonnant comme à l’accoutumée. Son tir fut encore plus mauvais que celui du lion. On conspua ce lourdaud de M’Bam, le sanglier mal peigné, qui manqua le baobab et faillit éborgner deux ou trois spectateurs, et l’on s’amusa beaucoup des grimaces et des contorsions du petit singe N’Golo. Mais ce fut un silence attentif quand l’éléphant M’Bala arriva. Celui-ci planta solidement en terre un énorme tronc d’arbre au sommet duquel était fixée une corde aussi épaisse qu’un bras ; il attacha l’autre extrémité de la corde au pied de l’arbre, la saisit avec sa trompe et, s’arc-boutant des quatre pattes, tira de toutes ses forces. L’arbre plia comme un jonc. Alors il mit en place une flèche plus longue qu’une sagaie et il lâcha la corde. 

L’arbre-arc se redressa brusquement ; la flèche partit avec un bruit d’orage et, dans un claquement de tonnerre, frappa le baobab qui trembla des racines jusqu’aux feuilles : elle avait pénétré de trois bons pieds ; mais il s’en fallait de beaucoup qu’elle eût traversé. Ce fut ensuite le tour du lièvre. Massa Kokari s’était, pour la circonstance, vêtu d’un large pantalon bleu, d’un veston rouge à boutons dorés ; il était botté comme un chef et coiffé d’un chapeau à plumes. Il se leva lentement, d’un air fier et important. Tout le monde éclata de rire. - Comment, disaient les spectateurs, voilà le lièvre qui veut se montrer plus fort que le lion, le buffle et l’éléphant ! Massa Kokari, dédaignant les moqueries, salua humblement le roi ; il salua galamment la fille, il salua dignement les grands chefs. Puis il s’en alla à la place réservée au tireur.  Il mit un genou en terre, visa longuement et han ! Il envoya la flèche. C’était un excellent tireur : la flèche entra juste dans le trou du perce-bois, traversa le baobab et souleva la poussière par derrière. Un cri d’admiration s’éleva de la foule :
-Le lièvre a gagné ! Le lièvre a gagné. 
-Sorcellerie ! Mugit le buffle.
-Diablerie ! Grondèrent le lion, la panthère, et l’éléphant. 

Mais le roi, qui aurait été très ennuyé d’avoir pour gendre un seigneur aussi redoutable et encombrant que le buffle, le lion, la panthère ou l’éléphant, s’empressa de donner sa fille à Kokari, qui l’amena aussitôt.

Un diable trompé par un cultivateur  Un jour, un cultivateur qui labourait son champ, voit arriver le diable, qui lui demande brusquement : «  Que fais-tu là ? - Je prépare la terre pour semer, répond le paysan. - Ce champ n’est pas à toi ; il est à moi comme tous les champs. De quel droit le cultives-tu ? 

- Pardonnez-moi ; mais il me faut cultiver pour vivre.  - Ecoute ; je veux bien te pardonner, mais à une condition : nous partagerons la récolte. Nous en ferons deux tas : l’un avec ce qui poussera sur la terre et l’autre avec ce qui restera dessous. Comme je suis le diable et que tu n’es qu’un paysan, c’est à moi de choisir. Je choisis ce qui sera dans la terre. Tu auras le dessus  ». Mais le paysan est malin. Il sème du mil… Le moment de la récolte arrivé, le diable vient, avec ses diablotins. Le cultivateur coupe son mil, le bat, le vanne, le met dans des paniers et va le vendre au marché. Les diables arrachent ce qui reste dans le sol ; quand ils veulent le vendre, tous les gens du marché se moquent d’eux. Le diable est en colère. Il fait venir le laboureur et lui dit : «  Tu m’as trompé cette fois. Je vais me venger. Pour la prochaine récolte, tu n’auras que ce qui poussera sous la terre. Je prendrai tout ce qu’il y aura dessus  ». Cette fois, le malin paysan plante des patates…  Quand il s’agit de récolter, le diable et les diablotins coupent les feuilles ; le cultivateur arrache les patates. Ils s’en vont tous au marché, où le cultivateur vend très bien ses patates. Le diable ne vend rien, et tout le monde éclate de rire quand il offre ses feuilles. «  Ce paysan est trop rusé pour moi  », pense le diable. Il pousse un cri de rage et disparaît. 

C’est depuis ce jour que nous ne voyons plus le diable, Il est devenu invisible.

Plus malin que le lièvre, tu meurs !  Il était une fois un lion malade, tellement malade qu’il fit appel à tous les animaux pour leur demander la cause de sa maladie et le moyen de la guérir. Les animaux se dépêchent de venir. Le lièvre reste chez lui et dit à l’hyène sa voisine :  » J’ai mon champ à cultiver ; je n’ai pas de temps à perdre. Et puis, je ne suis pas un médecin ; je ne sais pas soigner un vieux lion ! Le lion interroge chacun. La biche dit :  » notre roi mange trop de viande. «  Le caïman déclare que le lion ne se baigne pas assez souvent dans la rivière. Le singe dit :  » Le roi a dans son épaisse crinière des puces et de la poussière. Voilà pourquoi il est malade. «  Le serpent parle de variole. L’hyène, sotte comme toujours dit :  » Notre roi a une maladie qui ne se guérit pas, notre roi est trop vieux ! «  Lion, furieux, crie : « Approche, et tu verras si mon coup de griffe est donné par un vieux! « . L’hyène répond :  » Que le roi me pardonne. Je suis une ignorante. C’est le lièvre, mon voisin, qui m’a dit que le roi est trop vieux! «  

 » Qu’on fasse venir le lièvre !  » dit le lion. Le lièvre arrive donc.  » Pourquoi n’es- tu pas venu comme les autres, et pourquoi as-tu dit à l’hyène que je suis trop vieux ? «    » L’hyène est sotte ! Répond le lièvre. Elle ne sait pas comprendre. Je lui ai dit : je vais voir un grand médecin de la place, je lui dirai que le roi est malade. Il m’apprendra ce qu’il faut faire. Il a déjà guéri un vieux lion. Il guérira encore mieux un lion jeune et beau comme comme vous.
J’ai couru beaucoup, mais le médecin habite très, très loin. Voilà pourquoi je suis en retard. Mais je vous ai apporté un bon remède, qui vous guérira tout de suite. Il vous suffit de mettre un boubou fait avec la peau d’une hyène fraîchement tuée « . 
L’hyène a beau crier ; on la tue et on l’écorche. 

* La sagesse

Le conte de l’esclave et son maître ou deux hommes de parole

Conteur : Mamadou Lamine Sanogo

Le jour où le roi a acheté l’esclave, il lui a fait savoir que ce qui est sacré chez lui, c’est la confiance. Il n’aime pas trahir la confiance qu’on place en sa personne. Quant à l’esclave, il dit à son maître que ce qui est sacré chez lui, c’est la fidélité à la parole donnée. Les deux causèrent le premier soir jusqu’à une heure tardive. Or le roi était commerçant et ses affaires prospéraient bien dans toutes les contrées, et même dans les royaumes environnants. Il affecta alors son esclave dans son service commercial. Il devint, en quelque sorte, un commis voyageur.  Depuis l’arrivée de cet esclave, les affaires du roi devenaient de plus en plus prospères. Les relations entre les deux hommes devinrent de plus en plus fortes et il eut beaucoup de mécontents. Certains décidèrent de faire entrave à de telles relations. Ils dirent qu’ils vont choisir la stratégie qui consiste à se servir des femmes pour les opposer. Ainsi, l’esclave du roi sera présenté à une très belle jeune fille esclave. Elle était si belle que les prétendants se comptaient dans toutes les catégories de la société. Son maître refusait de la donner et même de la vendre. Lorsque l’esclave du roi a donné son accord, les démarches furent menées et le mariage, célébré. Avec le mariage, les affaires continuaient toujours à prospérer à telle enseigne que le nouveau marié avait très peu de temps à consacrer à ses nouvelles charges matrimoniales. Les rumeurs sur une prétendue liaison entre sa femme et son maître commencèrent alors à prendre de l’ampleur. Quand les gens vinrent voir l’esclave pour lui faire l’état de la situation, il répondit qu’en tant qu’esclave, il est à la disposition de son maître à tout moment. La vie se déroulait ainsi jusqu’au jour où le roi à son tour épousa lui-aussi une nouvelle femme. La nouvelle mariée était également très belle. Un jour, il eut des problèmes dans les royaumes voisins, ce qui nécessitait les déplacements du roi. Il chargea son esclave de trouver solution, lequel ne put résoudre le problème. Il décida donc d’entreprendre le voyage lui-même. Dès que le roi eut tourné le dos, les mêmes gens du village revinrent voir l’esclave et lui conseillèrent de se venger sur son roi. Il devait donc cocufier son roi, ce qui n’était qu’une juste réparation. Il leur répondit qu’il était un homme de principe et qu’entre lui et son roi, il règnait une telle confiance qu’il ne saurait le trahir par une simple histoire de femme. On conclut que l’esclave était un homme stupide ; sinon comment comprendre qu’il puisse rater une telle occasion de se venger. Les mêmes personnes avaient réussit à influencer la nouvelle femme du roi en la persuadant que pour bien vivre son mariage, elle devait séduire l’esclave dont la femme était l’amante de son mari. Elle fut prise au piège. Elle multiplia donc toutes sortes de stratagèmes pour avoir une liaison avec l’esclave. Celui-ci sera même invité dans le lit conjugal de son roi. Mais, il refusa de céder car, en tant qu’homme de principe, il respectait son engagement. La femme conclut qu’il avait peur de l’approcher dans le palais. 

Elle l’invita donc un jour en brousse, prétextant qu’elle va lui indiquer un chemin. Lorsque les deux se retrouvèrent en brousse, elle supplia l’esclave de coucher avec elle car elle en mourait d’envie. Celui-ci refusa. Devant cette décision, la femme insista. Arriva alors un jeune homme qui passait par là. Il leur demanda ce qu’ils faisaient dans une brousse aussi éloignée du village. La femme lui répondit qu’elle souhaitait se sacrifier à un misérable esclave qui refuse ses avances. Ce dernier se porta volontaire et devint l’amant de la femme du roi. Ainsi les deux amants multiplièrent les rencontres et s’en suivit une grossesse. Le roi revint de son voyage et trouva sa femme dans cet en état. Sur conseil des mêmes gens du village, il décida de demander à son esclave :  » Est-ce que tu montais à cet étage pendant mon absence ?  » Celui-ci répondit qu’il n’était jamais monté par là.  » As-tu aperçu quelqu’un d’autre monter sur mon étage, relança -t-il ? «  - Non – répondit l’esclave. Le roi qui faisait confiance en son esclave fut surpris et découragé à la fois ; car tous ceux qui étaient venus le voir lui avaient dit que seul cet esclave avait pu pénétrer dans la case de sa femme. Le roi questionna sa femme qui ne répondit pas et se mit à pleurer. Très affecté, le roi se retira dans sa chambre et convoqua son esclave.  - Je voudrais me suicider, lui dit-il. - Pourquoi, mon grand roi ? Tu n’y gagneras rien du tout. - Je subis la plus grande honte de ma vie, il n’y a aucune raison que je continue à vivre après un tel affront. - Avec ta permission, je vais trouver la solution à ton problème. Il suffit d’organiser un grand repas auquel tu inviteras tout ton royaume. Il est connu que chez nous on ne mange pas dans le même plat qu’un homme qu’on cocufie. Le roi ordonna donc aux femmes de préparer du couscous pour tout le monde. Quand le repas fut prêt, on invita tout le village. Les invités prirent place autour du repas et par catégorie : les enfants à part, les femmes à part, les adultes à part et les vieillards à part. Quand les gens furent installés, le roi accompagné de son esclave se joignirent au groupe des adultes. Dès qu’il fut installé, le roi remarqua un jeune homme qui prétextait avoir une fourmi dans son pantalon pour se retirer. Le roi ordonna donc qu’on marque une pause le temps qu’il revienne. Le jeune homme s’éloigna et revint pour s’installer vers les plus jeunes. On le reconduisit vers les gens de son groupe d’âge. Il s’installa mais ne mit pas sa main dans le plat. A la fin du repas, les gens se dispersèrent et le roi se retira dans son palais en compagnie de son esclave. Quand ils furent seuls, l’esclave dit à son roi d’envoyer quelqu’un chercher le jeune homme qui  troubla le repas des convives. Le jeune homme avait profité de ce moment de la fin du repas pour quitter précipitamment le village et on ne sût jamais où il partit.  Le roi dit alors à sa femme :  » Nous avons découvert qui est le père de ton enfant.  » Et la femme de répliquer que  tout le monde le sait déjà puisqu’il ne s’agit que de son plus fidèle esclave. Le roi lui répondit que c’est bien le jeune homme qui dormait dans son lit en son absence. La femme comprit alors qu’il y avait eu des confidences et demanda au roi :  » Mais, toi qui n’était pas ici, comment est-ce que tu es au courant de tout ça ?  » Le roi lui répondit qu’il s’agissait d’un secret d’homme. C’est depuis ce jour que les rois sont désormais attachés à de fidèles esclaves qui deviendront à la fin les membres à part entière de leur famille. Par conséquent, la parole donnée est essentielle. La confiance ne s’acquiert qu’au prix de l’effort 

La hyène et le coq 

Conteur : Mamadou Lamine Sanogo

Le jour où on a demandé à la hyène de répondre à cette devinette, elle a répondu que ce qui est nécessaire à la vie, c’est la viande. La hyène qui ne se nourrissait que de viande finit par goûter un jour de la volaille. Et depuis ce jour, elle prit la ferme décision de ne plus manger autre chose que de la volaille. Tous ses congénères la conseillèrent, mais tous les efforts pour la ramener à la raison se soldèrent par des échecs. Ainsi, la hyène tua beaucoup d’oiseaux de la brousse. Elle finit par faire disparaître entièrement cette espèce d’animaux.  Un jour, elle parcourut toute la brousse et ne trouva aucun oiseau. Elle se promena toute la journée mais ne vit rien du tout ; elle se promena même la nuit, mais toujours rien. Fatiguée, elle se réfugia sous l’ombre d’un grand arbre. Soudain, qu’entendit-elle dans les feuillages au dessus de sa tête : des cris de chèvre ! Elle s’étonna en ces termes : «  Dieu tout puissant, qui peut faire monter une chèvre sur un si grand arbre ? » Se rappelant sa promesse de ne manger que de la volaille, elle se détourna de cette réflexion et se mit à dormir. Quelques instants après, les mêmes cris reprirent de plus belle. Elle s’interrogea de nouveau :  » Je sais que les chèvres grimpent aux arbres, mais dans des arbres de cette taille, il faut dire qu’il y a de quoi s’interroger ! D’où peut venir cette chèvre mystérieuse ? «  Les cris reprennent une troisième fois et perturbèrent la sieste de la hyène. Elle décida alors d’en savoir d’avantage. Elle jura qu’elle mangera cet animal, qu’il fut un fauve ou une volaille : «  J’avais juré de ne jamais manger autre chose que de la volaille, mais puisque je suis seule ici et sans témoins, je vais manger cette chèvre et personne n’en saura rien. «  Lorsqu’elle leva la tête, que vit-elle dans l’arbre ? Un gros coq aux ergots très longs. Elle s’étonna en se disant :  » Mais n’est-ce pas cet oiseau qui faisait des cris de chèvre ? D’où vient-il ?  » Elle s’adressa alors au coq en ces termes : - Eh ! Toi, volaille, viens ici que je te mange. - Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. Elle reprit encore : - J’ai fini de manger tous tes parents. 

- Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. - J’ai fini de manger tous tes frères et sœurs. - Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. - J’ai fini de manger tous tes amis.  - Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. - J’ai fini de manger tout tes voisins, tout tes congénères. - Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. Devant cette attitude du coq, la hyène piqua une vive colère et lança :  » Je ne te comprends pas : je te dis que j’ai tout mangé chez toi. J’ai même mangé tout ton espoir. «  Dès qu’elle eut lancé cette phrase, le coq sauta à terre et vint se présenter devant la hyène en lui tenant ce langage : «  Eh bien..! Tu as gagné, il ne te reste qu’à me manger moi même maintenant.  » Cette attitude troubla tant la hyène qu’elle domina sa faim et demanda au coq le pourquoi de cette décision subite. Le coq lui dit :  » Toi la hyène, certains n’ont pas de père, et pourtant ils vivent, n’est-ce pas. D’aucuns n’ont pas de mère, ils vivent bien aussi. Il y en a même qui n’ont ni parents, ni amis, mais ils s’en sortent. Mais quand on n’a plus d’espoir, il n’y a pas d’issue. Puisque tu as mangé tout mon espoir, il ne me reste plus rien. Tu peux donc me manger moi aussi. «  

La hyène réfléchit : elle qui se promène dans cette brousse en toutes saisons, elle n’a jamais pensé fonder son espoir sur quelqu’un ou quelque chose. Elle décida alors de faire du coq son espoir. Et c’est depuis ce jour qu’à l’approche du jour, le coq avertit la hyène. Et c’est encore depuis ce jour que la hyène ne mange jamais de coq.

Les trois sourds  C’est l’histoire d’une femme qui était sourde, tellement sourde qu’elle n’entendait rien du tout. Tous les matins, elle portait son enfant sur son dos et elle se rendait à son champ. Elle avait un immense champ d’arachides. Un matin qu’elle était là tranquillement à travailler dans son champ, arrive un monsieur, lui aussi tellement sourd qu’il n’entendait rien du tout non plus. Et ce monsieur cherchait ses moutons. Ecoutez-bien ! Il s’adressa à la dame : -  » Madame, je cherche mes moutons, et leurs traces m’ont conduit jusqu’à votre champ. Est-ce que vous ne pourriez pas m’aider à les retrouver ? D’ailleurs, on les reconnaît bien mes moutons, parmi eux, il y a un mouton blessé. Madame si vous m’aidez à retrouver mes moutons, je vous donnerai ce mouton blessé et vous pourrez toujours vous en servir. » Mais elle, n’ayant rien entendu ni rien compris, a pensé que ce monsieur lui demandait juste jusqu’où son champ s’arrêtait. Elle se retourna pour lui dire : -  » Mon champ s’arrête là-bas. «  Le monsieur a donc suivi la direction indiquée par la dame et par un curieux hasard il trouva ses moutons en train de brouter tranquillement derrière un buisson. Tout content, il les rassembla et vint remettre à la dame le mouton blessé. 

Mais celle-ci, n’ayant rien entendu, rien compris, a pensé que ce monsieur l’accusait d’avoir blessé son mouton. Alors elle s’est fâchée : -  » Monsieur, je n’ai pas blessé votre mouton. Allez accuser qui vous voulez mais pas moi ! D’ailleurs des moutons, je n’en ai jamais vus. «  Le monsieur quand il a compris que la femme se fâchait a pensé qu’elle ne voulait pas de ce mouton mais qu’elle voulait un mouton plus gros. Et à son tour, il se fâcha : -  » Madame, c’est ce mouton que je vous ai promis. Il n’est pas du tout question que je vous donne le plus gros de mes moutons. «  Tous les deux donc se fâchèrent ; ils se fâchèrent à un tel point qu’ils finirent par arriver au tribunal. Et le tribunal dans cette Afrique d’il y a longtemps siégeait sur la place du village, à l’ombre d’un grand arbre, l’arbre à palabres, le plus souvent un baobab. Le juge, qui était en même temps le chef du village, était là entouré de tout ces gens qu’on appelle les notables. La dame et le monsieur sont arrivés tout en continuant leur querelle. Et après les salutations c’est elle qui parla la première : 

-  » Ce monsieur m’a trouvé dans mon champ, il m’a demandé jusqu’où mon champ s’arrêtait. Je le lui ai montré et j’ai repris mon travail. Ce monsieur est parti et quelques instants après il est revenu avec un mouton blessé m’accusant de l’avoir blessé. Or moi, je jure que des moutons j’en ai jamais vus. Voilà pourquoi on est ici, monsieur le juge. «  Puis ce fut au tour du monsieur d’exprimer ses doléances : -  » Je cherchais mes moutons, dit-il, et leurs traces m’ont conduit jusqu’au champ de cette dame. A cette dame j’ai dit que si elle m’aidait à retrouver mes moutons je lui donnerais un d’entre eux, mais j’ai bien précisé le mouton blessé. Elle m’a montré mes moutons, et c’est donc ce mouton blessé que je lui ai donné. Or elle veut un mouton plus gros. Croyez-vous que je vais lui donner le plus gros de mes moutons à deux pas de la fête des moutons ? «  Le juge se leva. Il était aussi sourd qu’un pot. Et quand il a vu l’enfant sur le dos de sa mère il a pensé qu’il ne s’agissait là que d’une petite querelle de ménage. Alors il s’adressa au monsieur : -  » Monsieur. Cet enfant est votre enfant. Regardez d’ailleurs comment il vous ressemble. A ce qu’il me semble vous êtes un mauvais mari. Et vous madame, des petits problèmes comme cela, ça n’est pas la peine de venir jusqu’ici les étaler devant tout le monde. Rentrez chez vous ! Je souhaite que vous vous réconciliiez. «  Ayant entendu ce jugement, tout le monde éclata de rire. Et le rire contamina le juge, la dame et le monsieur. Que firent-ils ? Ils éclatèrent tous les deux de rire bien que n’ayant rien compris. Et c’est à partir de là que ce conte permet la question : lequel de ces trois est le plus sourd ? 

Moralité : il vaut mieux ne pas se dépêcher de donner une réponse. On conseille quelque part en Afrique, d’avoir le cou aussi long que celui du chameau afin que la parole, avant de jaillir, puisse prendre tout son temps.

Donnons-nous de bons conseils 

Adapté par Mamadou Lamine Sanogo

Ceci est l’histoire d’un fou qui vivait dans un village. Malgré son état de démence, il faisait partie intégrante de la vie du village. Il participait à toutes sortes d’activités et venait en aide à tout le monde. Un jour, les gens du village décidèrent d’aller à la chasse. Quand ils furent prêts pour le départ, le fou se décida à se joindre à la foule. Quelqu’un se leva et dit :  » si nous laissons ce fou nous suivre, ils va tuer quelqu’un en brousse et nous allons avoir des problèmes.  » Tout le monde acquiesça  : «  C’est vrai, c’est vrai…  ». Un autre dit alors au fou :  » Nous allons faire la chasse sans toi et nous allons te donner ta part de viande, au retour de la partie de chasse. «   Le fou répond en disant :  » Si vous allez en brousse et que vous m’apportez de la viande, ce n’est pas suffisant. Je n’aurai pas le même plaisir que vous car je ne vais pas sentir la joie de se promener en brousse. Je veux donc aller avec vous à cette chasse. «  Quelqu’un cria dans la foule :  » Je vous ai toujours dit de vous méfier des fous. Vous voyez, il va tuer quelqu’un en brousse et nous allons avoir des problèmes. «  Un autre dit au fou :  » Tu vois, nous allons, au cours de cette partie de chasse, allumer le feu en brousse. Comme tu n’as pas toute ta tête à toi, ç’est très dangereux pour toi et tout le monde. «  Quelqu’un d’autre répliqua :  » Les fous sont ainsi. Si nous ne l’attachons pas, il risque de mettre le feu au village avant notre retour.  » Le fou dit alors :  » tu vois que tu me donnes de bonnes idées. Si je vois le feu en brousse, je mets le feu au village. «   Tous se ruèrent alors sur le fou et le ligotèrent. Il fut jeté et enfermé dans une case. Les chasseurs partirent alors en brousse. Arrivés en pleine brousse, ils tombèrent sur un gros buisson. Ils conclurent qu’il doit abriter du gibier. Il fallait alors mettre le feu pour faire sortir les bêtes. On mit le feu et un lion bondit du buisson. A la vue du lion, la panique s’empara soudainement de la foule. Les chasseurs criaient et fuyaient de tous les côtés. Un chasseur décida alors de l’abattre avec son fusil. Dans cette atmosphère de panique généralisée, il tira dans la foule et tua un autre chasseur. Le lion s’échappa et le coup de feu suivi du cri de la victime plongèrent la brousse dans un calme insupportable. Tout devint silencieux brusquement. La chasse fut interrompue et on décida de rebrousser chemin. Pendant ce temps, au village, une femme qui revenait du puits entendit les cris du fou dans une case. Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle ne put cacher son étonnement devant cette attitude des gens du village. Elle libera le fou en reprochant aux villageois leur méchanceté pour avoir  bâillonné un homme si gentil. Quand le fou fut libéré, il aperçut la fumée qui venait de la brousse. Il saisit alors une bûche enflammée et mit le feu aux cases. La panique s’empara ainsi que tout le village. Les chasseurs rejoignirent le village chargés non pas de gibier mais du corps du chasseur mort au cours de la partie de chasse. Arrivés dans le village, ils trouvèrent les femmes en pleurs devant les maisons calcinées. Le fou s’approcha alors du brancard et dit :   » ça, c’est le gibier abattu par quelqu’un de très intelligent. Il doit être très bon avec de si longs bras et de si longs pieds  ». Tous regardèrent le fou et personne ne dit mot. 

C’est ainsi que l’on ne répétera jamais assez qu’il ne faut pas donner des mauvais conseils qui peuvent se retourner contre vous.

Le monde tourne, le monde change

Adapté par Alain-Joseph Sissao

Pendant les temps de l’esclavage, un riche homme acheta un esclave qui se prénommait Ruònigilgda (le monde tourne). Une fois chez lui, il lui demanda : 

- Que faisais-tu chez toi ?  L’esclave répondit : - Du commerce. Ainsi, le riche homme lui trouva de l’argent pour faire du commerce. Il gagna ainsi beaucoup d’argent. Mais un jour, Ruònigilgda pensa et fut mécontent et triste car il avait quitté sa famille alors que son père était très vieux et c’est lui seul qui s’occupait de toute la famille. Quand le jour se leva, il alla voir son maître et lui dit ses préoccupations : - Voici douze ans que j’ai quitté les miens. A ce moment, mon père était déjà assez vieux et moi seul était le chef de famille. A présent, je ne sais pas ce qui se passe là bas. Voilà pourquoi je suis venu vous voir. Si un esclave peut s’affranchir, je peux vous donner de quoi racheter ma liberté pour enfin retrouver ma famille.  Ruònigilgda avait de l’argent, car pendant qu’il menait son commerce, il épargnait vingt cinq francs par jour. Après l’avoir écouté, son maître accepta sa requête. Ruònigilgda lui demanda combien il devrait donner pour sa liberté, et son maître lui réclama la même somme qu’il lui avait donnée pour créer le commerce. Ruònigilgda s’exécuta et remercia son maître, car depuis douze ans son maître s’était occupé de lui comme de son propre fils ; il ne lui a pas manqué de respect, il ne l’a jamais maltraité. Arrivé dans son village, Ruònigilgda trouva que le chef du village était mort il y a bien longtemps. Mais aucun ne lui avait encore succédé. La population vint le saluer. Les riches personnes lui donnaient des présents qu’il donnait à son tour aux nécessiteux. Ainsi les gens constatèrent qu’il était riche mais surtout qu’il était généreux. Alors, on le nomma chef de village. Entre temps, Ruòniwaògda , son ancien maître tomba dans l’esclavage. On le promena de marché en marché sans trouver d’acquéreur. En effet, il était déjà vieux. Mais quelqu’un qui vit qu’on cherchait un acheteur en vain, proposa au vendeur d’aller voir Ruònigilgda parce qu’il était sûr qu’il l’achètera et le laissera dans sa cour, et qu’il ne le fera pas souffrir : il en était certain. C’est ainsi qu’on amena le vieux chez le chef Ruònigilgda. Arrivé, le chef reconnut le prisonnier. Immédiatement, il lui demanda : - Me reconnais-tu ?  Il répondit que non. Il lui posa la question trois fois, mais le prisonnier répondit toujours non. Le chef se présenta. Il acheta le vieux Ruòniwaògda et le laissa dans sa cour. Quand le vendeur partit, le chef donna cent moutons, cent bœufs et cent chèvres au vieux. Il lui fit construire une maison et lui donna des femmes. Ruòniwaògda redevint comme un chef. Ce conte nous conseille la prudence car, le monde quoique animé, tourne toujours. On peut être bien riche aujourd’hui et devenir pauvre demain ou finir mal. Ainsi, celui qui est riche aujourd’hui doit aider les autres car on sait ce qu’il se passe aujourd’hui, mais on ne sait pas ce qui peut arriver demain. 

Commentaires : ce conte montre que dans la vie tout change, tout évolue, et les puissants ne restent pas indéfiniment puissant. Seul Dieu a le pouvoir de savoir l’avenir. Ce conte montre aux puissants de ce monde qu’il faut rester toujours humble parce que demain ils peuvent se retrouver très faibles et très pauvre. Alors, ils ne récolteront que ce qu’ils ont semé.

La sagesse d’un enfant  Un brave villageois se rendait au marché de la ville voisine pour y vendre un gros bœuf. Il avait installé sa femme et toutes ses affaires sur le dos de l’animal. Un boucher qui les suivait examina l’animal et le jugeant gros et gras, il pensa qu’il ferait une bonne affaire s’il pouvait l’acheter.
- Salut mon ami, je suis boucher veux-tu me vendre ton bœuf ? 
- Je veux bien si nous nous mettons d’accord sur le prix. Après discussion l’accord se fit et le boucher déclara : - Si tu acceptes mon prix, je t’achète ce bœuf tel qu’il est. 
D’accord répondit l’homme sans faire attention ; le bœuf tel qu’il est t’appartient. Il suffit que ma femme descende de ce bœuf ! Pas du tout, j’ai acheté ce bœuf tel qu’il est, donc avec tout ce qu’il porte. Ainsi la femme est à moi. - Jamais de la vie, je garde ma femme ! La discussion durait et un passant s’arrêta sur le chemin ; après s’être informé du sujet de leur dispute, il leur conseilla de soumettre le cas au chef des paroles dont la concession était toute proche. Les deux hommes furent reçus par un enfant qui, à en juger par sa taille ne devait pas avoir plus de huit ans, c’était le prince des paroles, le fils du chef. 

- Où est ton père, petit ? - Il est parti contredire les dieux ; en effet il est allé défricher son champ pour semer du mil, mais la saison pluvieuse est encore loin ; mon père agit comme s’il était certain d’arriver à la saison des pluies, or la décision appartient aux dieux et non aux hommes. C’est pourquoi je dis qu’il est parti contredire les dieux. - Et ta mère où est-elle ? - Elle est partie changer le nom du mil ; en effet elle va piler le mil et quand elle aura fini, ce qu’elle obtiendra ne sera plus du mil mais de la farine ! Les deux hommes complètement abasourdis exposèrent leur cas à l’enfant qui leur répondit : - Allez au marché et revenez dans la soirée mon père sera rentré. Le boucher partit emmenant le bœuf et la femme du pauvre paysan.  » Ne désespère pas  » – dit l’enfant au villageois ; écoute ce que tu dois faire. Il lui parla longuement et l’homme reprit espoir et se rendit au marché pour aller retrouver le boucher qui venait de tuer son bœuf et le découpait en morceaux. 

- Boucher, je voudrais acheter ta tête-là , combien la vends-tu ? - Ne me cherche pas querelle, nous réglerons cela ce soir. - Mais non je veux simplement acheter ta tête-là. Le boucher rassuré fixa le prix de la tête du bœuf à l’homme mais celui-ci la refusa : Pourquoi cette tête de bœuf ? Je t’ai dit : «  je veux acheter ta tête, ta tête-là, tes camarades sont témoins, alors donne-moi ta tête  » - Ecoute, si tu veux… - Ne discute pas, donne-moi ta tête. Si cela t’ennuie, j’accepte que tu me donnes ma femme en échange.  A leur retour, le paysan et sa femme passèrent devant la concession du chef des paroles, virent l’enfant qui les attendait et le remercièrent. Moralité : cette histoire montre que, dans cette vie, tout change, tout évolue et ceux qui sont puissants ne seront pas infiniment puissant. Seul Dieu a le pouvoir de connaître l’avenir. Cette histoire montre aux puissants de ce monde qu’ils doivent rester toujours humble, parce que demain ils peuvent devenir très faibles et très pauvres. Ensuite, ils récolteront ce qu’ils ont semé. 

* Contes en vrac

La méchanceté des êtres  Autrefois un kinkirga tissait dans la brousse du fil de coton. Quelqu’un alluma du feu dans l’herbe, sans mauvaise intention, mais le feu se dirigeant vers le kinkirga, commença à brûler son fil.
Un homme passait : «  Viens m’aider, dit le kinkirga, à sauver mon fil. «  
-  » Bon, ça va bien  », dit l’homme ; et il alla chercher une cruche pleine d’eau et il éteignit le feu.
«  Demain matin, dit le kinkirga, viens me trouver ici. 

- Où est ta case ?  » dit l’homme. Le kinkirga lui montra une grande termitière rouge : «  Voilà ma case, viens demain à côté, j’en sortirai et je viendrai à toi.  »  Le lendemain matin, l’homme vint à côté de la termitière. Le kinkirga en sortit et lui donna une poudre : «  Mets cette poudre dans l’eau, lave-toi la figure avec cette eau et alors tu verras toutes les choses invisibles de la brousse.  » Quand l’homme eut fait cela, il devint aveugle et voyant que le kinkirga l’avait trompé, il reprit tristement le chemin de son habitation. Cependant un milan vint frapper de ses deux ailes la figure de l’aveugle et du coup les yeux de celui-ci se rouvrirent. Alors il attrapa le milan, le dépluma complètement et, le jetant par terre sans le tuer : «  J’avais fait du bien au kinkirga : il m’a fait du mal. Toi tu m’as fait du bien, aussi je te fais du mal.  » Le milan, abandonné, restait par terre sans pouvoir voler. Une petite tortue passe et vit le milan : «  Qu’est-ce que tu fais ainsi ?  » Le milan raconta ce qui lui était arrivé. «  J’ai peur de toi, dit la tortue, sans quoi je t’apporterais à manger jusqu’à ce que tes plumes aient repoussé. «  -  » Je t’en prie, fais-le – dit le milan – je ne te ferai jamais de mal.  » La petite tortue alla donc chercher des termites et elle les apporta au milan qui les mangea. La plume repoussait cependant et le milan sentit qu’il pouvait voler. Il attendit la tortue et, quand celle-ci revint avec ses termites, il la saisit et l’emporta dans les airs : «  L’homme dit du bien au kinkirga, dit-il, et celui-ci le paya en lui faisant du mal ; moi-même j’ai fait du bien à l’homme et celui-ci me paya en me faisant du mal ; toi, tu m’as fait du bien, je te paye en te faisant du mal.
Et il précipita la petite tortue par terre. Celle-ci tomba sur une pierre, s’écrasa contre elle et mourut. 

Depuis cette époque les gens et les animaux payent toujours le bien par le mal.

Le lièvre et la hyène possesseurs d’un cheval  Autrefois le lièvre et la hyène étaient camarades. Un jour ils attrapèrent un cheval :  » C’est moi qui l’ai vu le premier, dit la hyène. Il est à moi. - Non, dit le lièvre, c’est moi qui l’ai vu le premier.  » Et ils se disputèrent.  » S’il en est ainsi – dit le lièvre – vendons le cheval et partageons-nous-en les cauris.  - Bon, dit la hyène, va le vendre et rapporte l’argent. «  Le lièvre cacha le cheval dans la brousse et revint :  » J’ai vendu le cheval contre un bœuf, dit-il, mais je ne peux pas amener celui-ci. - Montre-moi où il est, dit la hyène. «  Le lièvre la mena dans la brousse et lui montra l’éléphant.  » Voilà le bœuf, amène-le si tu le peux.  »
La hyène alla mettre une corde au cou de l’éléphant et commença à tirer. L’éléphant suivit la hyène jusqu’à la case de celle-ci et fut attaché à un piquet. Le lièvre avait accompagné la hyène. 
 » Tuons-le, dit la hyène, et nous le partagerons. - Non, dit le lièvre, c’est un trop joli bœuf. Tue-le si tu le veux, moi je ne le tuerai pas. - Eh bien, moi dit la hyène, je vais le tuer. «  

Et elle alla chercher son couteau, pendant que le lièvre se cachait dans l’herbe. La hyène revint avec son couteau et en donna un coup à l’éléphant. Celui-ci, blessé et furieux, rompit la corde, tomba sur la hyène, la prit par les pieds avec sa trompe, la frappa plusieurs fois sur le sol pour l’assommer et puis l’avala. Cela fait, il prit son trot pour rentrer dans la brousse. Alors le lièvre sortit de sa cachette, alla chercher le cheval et le ramena triomphalement chez lui.

Le champ du lièvre de l’éléphant et du chameau  L’éléphant, le lièvre et le chameau voulaient cultiver un champ ensemble. Le lièvre dit :  » Nous allons travailler chacun un jour : je commencerai, puis le chameau, puis l’éléphant. «  Ainsi fut fait. Le lièvre travailla beaucoup, le plus qu’il put le premier jour. Le chameau vint le lendemain et dit :  » Comment un animal si petit a-t-il pu faire un si grand travail  ? Moi qui suis bien plus fort, j’en ferai encore un plus grand.  » Et alors il débroussa un très grand espace. Le jour suivant l’éléphant vint et dit :  » Comment le chameau a-t-il pu faire un si grand travail  ? Je ne l’en aurais pas cru capable. Mais moi, qui suis bien plus fort, j’en ferai encore davantage.  » Et il fit comme il le dit. Puis ils semèrent, sarclèrent, etc. Vint le moment de la récolte. Le lièvre alla trouver l’éléphant :  » Il y a une bête dans notre champ qui mange le mil. Elle vient la nuit. Quand je veux la chasser elle saute sur moi pour me manger et je suis obligé de m’enfuir. Il faudrait que tu voies cela. - Bon ! Dit l’éléphant. «  Puis le lièvre alla dire la même chose au chameau.  » J’irai voir la nuit « , dit le chameau. Le chameau arriva le premier, puis vint l’éléphant. Il entendit le bruit que faisait le chameau, courut sur lui et le frappa d’un coup de trompe sur le cou. Le chameau tomba par terre et se mit à hurler d’une façon si épouvantable que l’éléphant eut peur à son tour et se sauva. Il rencontra le lièvre :  » Prends ce champ, lui dit-il. Je ne veux pas d’un champ où il y a des bêtes si effrayantes. Je te le donne à toi et au chameau. «  Le lendemain le chameau arriva chez le lièvre avec le cou gonflé.  » J’en ai assez de ce champ, déclara-t-il. J’y suis allé hier et la bête dont tu m’as parlé s’est montrée plus forte que moi et a manqué de me tuer cette nuit. Je ne veux plus y retourner. Gardez le champ, l’éléphant et toi, et faites-en ce que vous voudrez. «  

Le lièvre resta donc maître tout seul du champ et mangea tout le mil avec sa femme.

La case des jours de pluie  Toutes les bêtes de la brousse se réunirent, disant qu’elles allaient faire une grande case à cause de la pluie. Mais le lièvre refusa de venir, disant qu’il était malade, chaque fois qu’on l’envoyait chercher. Cependant, on termina la case et trois jours après la pluie commença à tomber. Le lièvre accourut au grand galop pour s’y réfugier, mais les autres bêtes l’en chassèrent, indignées. Le lièvre resta donc dehors, exposé à la pluie, puis le soleil revint et toutes les bêtes se dispersèrent dans la brousse pour aller chercher leur nourriture. Le lièvre, de son côté, se procura une très grosse flûte. Cinq jours après, la pluie commença à tomber. Le lièvre arriva en courant et entra le premier dans la case avec son instrument. Il chercha un coin où il se cacha bien. Cependant, les autres bêtes entraient à leur tour. Quand elles y furent toutes, le lièvre se mit à jouer de la flûte avec violence, ce qui effraya tellement les bêtes qu’elles s’enfuirent en s’écrasant. Dehors, cependant, elles finirent par s’arrêter et on se demanda :   » Qu’y avait-il dans la case  ? - Je n’en sais rien, je n’en sais rien « , répondaient les bêtes. L’éléphant ordonna alors à l’outarde d’aller voir ce qu’il y avait. Quand l’outarde arriva, le lièvre se remit à jouer de la flûte avec fureur et l’outarde, se sauvant, alla dire que la chose effroyable était toujours dans la case. L’éléphant eut alors l’idée d’envoyer le chat qui, marchant sans bruit, pourrait arriver à la hutte sans donner l’alarme et verrait prudemment ce qu’il y avait dedans. Le chat se cacha au bord de la porte et entendit de nouveau le bruit, le lièvre soufflant sans fin dans sa flûte.  » Il n’y a pas moyen de rentrer, dit le chat. La chose redoutable fait toujours du bruit. «  L’éléphant alors envoya la hyène. En approchant de la case, celle-ci entendit du bruit et se sauva sans même aller jusqu’à la porte :  » Je suis entrée dans la case, dit-elle, et la chose a voulu me donner un coup de lance. Je me suis enfui, elle m’a poursuivi, mais n’a pas pu m’attraper. Enfin, bref, je suis saine et sauve et me voici. - S’il en est ainsi, dit l’éléphant, il faut abandonner la case. N’y allons donc plus. «  

De ce jour, les animaux abandonnèrent la case au grand profit du lièvre qui en fit son lieu de refuge ordinaire pour les jours de pluie.

Le lièvre demande à Wende de lui enseigner la ruse  Autrefois le lièvre alla trouver Wende et lui dit :  » je veux que tu me montres beaucoup de tours. - Apporte-moi alors trois choses, dit Wende. - Lesquelles ? Dit le lièvre. - Apporte-moi le lait d’une femme de buffle, des larmes de serpent et une défense d’éléphant. Si tu m’apportes tout cela, je te montrerai tous les tours. «  Le lièvre redescendit sur terre et alla d’abord trouver l’éléphant.  » Tiens, dit le lièvre, je croyais que cet arbre était plus petit que toi, mais beaucoup de gens disent qu’il est plus grand et, à le bien considérer, je crois bien m’être trompé… Décidément, tu es plus petit que cet arbre ! «  L’éléphant, piqué au vif, se leva sur ses pattes de derrière et, pour montrer qu’il était plus grand que l’arbuste, s’appuya sur lui, mais l’arbre se rompit sous le poids et l’éléphant tombant brutalement par terre se cassa une défense. Le lièvre se précipita sur la dent et l’offrit respectueusement à l’éléphant :  » tu peux la jeter, dit celui-ci. A quoi me servirait-elle maintenant ? «  Le lièvre la mit dans sa poche et s’en alla. Puis il alla trouver une vipère heurtante qui était avec ses petits. Le lièvre se cacha non loin de là et quand la mère vipère s’en alla en promenade, il tua tous ses petits. Puis il se cacha de nouveau. Quand la mère vipère revint, elle trouva tous les serpenteaux morts et se mit à pleurer. Le lièvre apparut :  » Ne pleure pas, lui dit-il, tu auras d’autres enfants.  » Bref, il la consola, ramassa ses larmes et les mit dans une petite calebasse dont il s’était muni par avance. Puis il la quitta et, retournant chez lui, il pila du sel et le mélangeant avec de la farine de mil, il en fit une boule qu’il mit dans sa poche. Puis il alla en brousse et y chercha une mère buffle. Il en trouva une à côté d’un baobab avec son petit. Le lièvre arriva en courant et, faisant semblant de buter contre le baobab, s’étala au pied de celui-ci.  » Que fais-tu là ?  » dit la mère buffle et elle le renifla de fort près. Le lièvre sortit rapidement sa boule de sel et de farine et la lui mit sous le nez et presque sur la langue. La mère buffle y gouta et même trouva cela fort de son goût. 

 » C’est bon ? dit le lièvre. - Oui, dit la mère buffle. - Eh bien ! Tous les jours je peux en avoir une. J’arrive en courant, je donne un coup de tête contre le baobab et même je tombe, mais une boule de sel et de farine de mil se détache des branches du baobab et tombe par terre. Alors je la prends ! - Et si je faisais la même chose, dit la mère buffle alléchée. Ferais-je tomber des boules ? - Certes, dit le lièvre. «  La mère buffle alla à cent mètres de l’arbre, prit son élan, arriva en courant et donna un tel coup de tête dans le baobab que ses deux cornes s’enfoncèrent profondément dans le tronc.  » Attends, dit le lièvre, après l’avoir laissée faire des efforts infructueux pour se dégager. On peut mettre du lait autour de tes cornes pour qu’il soit plus facile de les faire sortir.  - Tire du lait vite ! Vite !  » Dit la mère buffle hors d’haleine et désespérée. Le lièvre prit sa calebasse, se mit à traire, mit du lait autour des cornes, du reste sans aucun effet. Puis il partit avec ce qui restait de lait, laissant la mère buffle se débrouiller toute seule en compagnie de son bufflon. Le lièvre revint trouver Wende, lui rapportant la dent d’éléphant, les larmes de vipère et le lait de buffle et lui réclamant en retour les tours demandés.  » Tu n’as qu’à partir, dit Wende. A quoi bon te donner d’autres ruses ? Tu les possèdes déjà toutes : je ne peux en ajouter à ton sac ni d’autres ni de plus extraordinaires. Va donc… «  

Le lièvre quitta Wende et revient chez lui.

L’ingratitude punie  Wende avait une mère chèvre qu’il confia à une vieille femme. Un jour la hyène arriva et mangea tous les petits de la chèvre, pendant que celle-ci n’était pas là.
Quand la mère chèvre revint, elle ne retrouva plus que les têtes devant les cases. Alors elle creusa un puits et en dissimula l’orifice avec une natte. Elle ramassa soigneusement toutes les têtes de ses enfants et les mit sur la natte. 
Le lendemain, la hyène revint et, ne trouvant pas autre chose, se jeta sur les têtes si bien qu’elle tomba dans le puits. A ce moment-là, un âne passa à côté.  » Mon frère âne, dit la hyène, ne pourrais-tu pas me faire sortir ? - Si, dit l’âne, à condition que tu ne me fasses pas de mal après. 
- Si tu me sors, je ne te ferai pas de mal. «  L’âne laissa pendre sa queue dans le puits et la hyène s’y agrippant en sortit. Sitôt qu’elle fut dehors :  » Je vais te manger, dit-elle à l’âne, car j’ai faim. - Je t’ai fait du bien, dit l’âne résigné, tu me fais du mal, mais Dieu te punira ! «  

A ce moment-là, survint le lièvre :  » Qu’est-ce qu’il y a ? « , dit le lièvre. L’âne expliqua l’affaire.  » Ce n’est pas vrai tout cela, dit le lièvre. Il est impossible que la hyène soit sortie du puits avec ta queue. - Si, c’est vrai, dit l’âne. - Est-ce vrai ? dit le lièvre en se tournant vers la hyène. - Oui, c’est vrai, dit la hyène. - Non, ce n’est pas vrai, dit le lièvre, c’est impossible. - Eh bien tu vas voir, dit la hyène piquée. «   Et elle descendit dans le puits en servant toujours de la queue de l’âne. Quand elle y fut, s’apprêtant à remonter :  » Mon ami, dit le lièvre à l’âne, ne connais-tu pas un chemin direct pour retourner chez toi ? - Si, dit l’âne «   et il s’enfuit. 

Le lièvre s’en alla à son tour et la hyène restée dans le puits y creva.

L’homme et les animaux  Autrefois l’homme habitait dans le même village que les grandes bêtes, l’éléphant, le lion, le léopard, le singe et il n’y était pas le maître. Ces quatre bêtes allaient à la chasse dans la brousse quotidiennement et en rapportaient à manger pour tous, mais l’homme, chaque fois qu’il allait à la chasse, ne rapportait rien ou pas grand chose. Un jour les animaux se réunirent et dirent à l’homme : «  Tu n’attrapes jamais rien, tandis que nous tuons des bêtes. Si tu continues à ne rien rapporter, tu ne mangeras plus avec nous. - Bon  », dit l’homme. Le lendemain il partit à la chasse avec son arc et ses flèches qu’il avait jusque-là cachées soigneusement de peur que s’ils ne voyaient ces armes les animaux ne le tuassent. Il attrapa et rapporta une biche. Quand les animaux virent cela, ils s’étonnèrent et lui demandèrent comment il avait tué la biche. «  J’ai ma manière, dit l’homme, mais je ne vous le dirai pas.  »  Les animaux s’adressèrent au singe : «  Suis-le dans la brousse quand il partira demain et vois comment il fait pour tuer les biches. Ensuite tu nous le diras.  » Ainsi fut fait. L’homme tira une flèche de son carquois et l’ajusta à son arc. Le singe monta dans un arbre pour mieux observer. Quand l’homme banda l’arc et lança la flèche, la biche fut tuée. Le singe descendit aussitôt de son arbre et regagna en courant le village : «  Cet homme est vraiment redoutable, dit-il aux animaux. Quand il tend son bras vers quelqu’un ce quelqu’un tombe mort!  »
L’homme rapporta la biche sur son dos mais quand il leva le bras pour la saisir et la jeter à terre, tous les animaux crurent qu’il voulait tendre le bras vers eux pour les tuer et s’enfuirent. 

A partir de ce jour-là les grands animaux ne quittèrent plus la brousse et l’homme commande désormais le village.

L’homme et les éléphants  Jadis un homme créa un champ dans la brousse. Quand le mil fut mûr, tous les jours les éléphants venaient le manger et l’abîmer. L’homme ne sachant pas qui faisait cela résolut d’attendre un jour avec son sabre et de tuer qui viendrait. Il alla dans son champ et monta sur un arbre. Vers minuit deux éléphants survinrent.
L’un dit : «  Je sens quelque chose ici.  » 
L’autre répondit : «  Tu es un menteur, il n’y a rien.  » Un moment après il sentit quelque chose et dit : «  Ah oui ! C’est vrai ! Tu avais raison.  » Ils regardèrent dans l’arbre et y virent l’homme. Ils l’attrapèrent donc avec leurs trompes et le descendirent. «  Qu’est-ce que tu fais ici ?  - Tous les jours, on venait abîmer mon mil. Je me suis mis là pour savoir qui c’était, mais si j’avais su que c’était vous, les éléphants, je ne serais certainement pas venu.  » Les éléphant, flattés, lui dirent : «  Ta réponse nous plaît. Demande-nous ce que tu veux. Nous te le donnerons.  » Alors l’homme dit : «  Je n’ai besoin de rien pour moi, mais ma femme, chaque fois qu’elle a un enfant, le voit mourir. Je voudrais bien que cela n’arrive plus.  - Très bien, dit l’éléphant, je vais te donner un remède pour cela  » Il lui donna une chaîne en fer et lui dit : «  Quand tu iras chez toi, frappe la tête de ta femme avec cette chaîne. La chaîne disparaîtra alors. Et, si ta femme a un enfant ensuite, il ne mourra plus.  »
L’homme revint chez lui, frappa la tête de sa femme avec la chaîne et la chaîne disparut. La femme eut ensuite un enfant. Le jour où elle accoucha, on trouva la chaîne en fer au cou de l’enfant. Celui-ci survécut. 

Depuis cette époque, les femmes cherchent les remèdes pour mettre au cou de leurs enfants pour qu’ils ne meurent pas.

Le lion, le lièvre et la hyène chassés du village  Le lion, le lièvre et la hyène habitaient autrefois avec les hommes. Un jour, le lièvre et la hyène allèrent trouver les lionceaux et en tuèrent chacun un. Le lion revint et ne trouva plus ses lionceaux. Il chercha le lièvre et la hyène au bout du village et les tua tous les deux, à la suite de quoi les gens du village trouvèrent le trio très malfaisant et mirent à la porte le lion et sa famille, les enfants de la hyène et les enfants du lièvre. 

Depuis cette époque, ces animaux n’habitent plus avec les hommes.

La lutte de l’éléphant et de la tortue  Autrefois, à une époque où il y avait tout le temps du jour et jamais de nuit, l’éléphant et la tortue se disputèrent. «  Je vais te tuer  », dit l’éléphant. La tortue, effrayée, s’enfuit se cacher dans les rochers et l’éléphant réunit toutes les bêtes de la brousse pour la chercher.  Cependant la tortue, qui connaissait un bon remède, quand elle vit qu’elle allait être prise, saisit de la poussière et la jeta au vent et aussitôt la nuit, inconnue jusque-là, tomba sur le monde. Les animaux, ne voyant plus le soleil, eurent peur, y compris l’éléphant et celui-ci envoya le coq pour demander pardon à la tortue et obtenir d’elle qu’elle voulut bien ramener le jour. 

Le coq demanda pardon et la tortue rétablit la lumière. Mais, depuis ce temps-là, il ne fait plus clair tout le temps, et le jour et la nuit se succèdent régulièrement l’un après l’autre.

Le lièvre et l’hyène  Un jour, le lièvre alla trouver l’hyène : « Allons chercher des termites pour nos pintadeaux ». Pendant qu’ils partaient chercher des termites, ils trouvèrent un trou à ouverture étroite. Le lièvre dit :  » Hyène,  vient voir ce petit trou ; en cas de danger, Hyène, tu y entreras aisément  ». La hyène dit :  » Compère lièvre, avec tes gros yeux là, avec tes longues oreilles-là, si tu ne les mets pas ailleurs, quel danger peut me menacer, moi, l’hyène ; avec tes propos insolents-là  ». Le lièvre dit :  » Hyène, allons chercher nos termites. Je n’aime pas les longues discussions « . Pendant qu’ils parlaient, le lièvre entra dans une forêt. Il trouva un lionceau dans un fourré. Le lièvre, dans sa ruse, revint dire à l’hyène :  » Commère hyène, comme tu n’entres pas dans la forêt, donne-moi ton panier. Assieds-toi sous l’arbre à karité. J’irai chercher les termites pour toi « . 

Il prit alors son panier, le panier de l’hyène. Il alla assommer le lionceau, et le mit dans le panier de l’hyène, puis l’enfouit sous les termites. Il rapporta le panier à l’hyène et lui dit :  » Retournons à la maison « . Pendant qu’ils rentraient, arrivés au trou à l’ouverture étroite, le lion arriva à toute vitesse en colère. Le lion dit :  » Compère lièvre, je ne vois plus mon petit, c’est pourquoi je suis à votre poursuite. «  Le lièvre dit :  » Grand Oncle, si j’avais quelque chose de bon à la maison, je l’apporterai à ton petit en brousse au lieu de vouloir l’emporter à la maison « . Il renversa son panier de termites :  » Voilà, je n’ai rien dans mon panier « .  » Demandez aussi à l’hyène : on ne sait jamais ! «  L’hyène renversa son panier ; et le lionceau s’y trouvait, mort. Quand le lion bondit pour saisir l’hyène, celle-ci engouffra aisément dans le trou à ouverture étroite. Le lion appela :  » Animaux de la brousse, venez tous dans la grande plaine « . Quand les animaux de la brousse furent rassemblés, le lièvre dans sa ruse s’adressa au lion en disant : «   Grand Oncle, laissons le Calao creuser le trou. Son bec est une pioche « . Le lièvre dans sa ruse  dit aux animaux de la brousse :  » Laissez-moi déblayer la terre  pour voir la direction du trouve et je sortirai vous la montrer « . Quand le lièvre déblayait la terre  il remit à l’hyène un couteau tranchant :  » Prends ce couteau, Hyène.  Quand le calao reviendra piocher, tranche-lui le bec « . Quand le calao alla piocher la terre,  l’hyène lui trancha le bec, et le calao tomba à la renverse, évanoui. 

Le lièvre dans sa ruse  dit aux animaux de la brousse :  » Ce trou-là est mauvais ;  voyez comme il a coupé le bec de mon grand-frère calao. Maintenant faisons appel au sanglier pour creuser.  Les défenses du sanglier sont des pioches « . Le lièvre dans sa ruse  se leva de nouveau et dit aux animaux de la brousse :  « Laissez-moi déblayer la terre pour voir la direction du trou  et je sortirai vous la montrer ». Quand le lièvre déblayait la terre  il remit du sel à l’hyène :  » Prends ce sel, hyène.  Quand le sanglier viendra pour piocher, tu lui soufflera dans les yeux le sel mâché « . Et quand le sanglier se mit à piocher, l’hyène lui souffla dans les yeux le sel mâché. Le sanglier se mit alors à grogner. Le sanglier dit : «  Compère lièvre, souffle dans mes yeux ». Le lièvre dit : «  Sanglier, mes joues ne sont pas assez volumineuses. Demande plutôt au Grand Oncle  de le faire. Ce sera mieux ». Dès que le lion a soufflé, il reçoit un morceau de sel dans la bouche. Et le lion murmurait de plaisir. Le lion dit : «  Sanglier, tes larmes sont «  sucrées !  ». Le lion dit :  » Sanglier, tes larmes sont très bonnes « . 

Le lièvre dans sa ruse dit : «  Pourtant, Grand Oncle, ses larmes ne sont pas si bonnes.  La graisse de son entre-jambe, si tu goutais à cela,  tu passerais tout ton temps parmi les sangliers  ». Le lion dit alors : «  Sanglier,  la graisse de ton entre-jambe, il faut m’en donner un peu  ». Le sanglier poussa un cri de frayeur,  et il s’échappa. Les animaux de la brousse se mirent à sa poursuite. Le lièvre dans sa ruse,  encore clopin-clopant, alla dire à l’hyène : «  Voilà, Hyène, comme les animaux de la brousse sont partis,  sortons et rentrons à la maison  ».  Depuis ce jour-là,  elle n’aime plus beaucoup discuter ; L’hyène décidément n’aime plus beaucoup discuter. (Conte chanté à Toma, par Dala François Daouda. Transcrit par André Ki) La souris et le chat 

Refrain : Le conte de la souris et du chat, Personne ne peut dire qu’il ne l’a pas entendu.

Les souris se sont réunies

Elles se sont réunies en assemblée

Elles vont se cotiser
pour acheter une clochette destinée au chat. 
 1-De quelque côté où passerait le chat
qu’elles puissent entendre le son de sa clochette Refrain : Le conte de la souris et du chat, 
Personne ne peut dire qu’il ne l’a pas entendu.Les souris se sont réunies

Elles se sont réunies en assemblée

Elles vont se cotiser
pour acheter une clochette destinée au chat. 2-Une souris dit alors : 
Moi, je ne participerai pas à la cotisation.
Cet argent pour la clochette du chat
Moi, je n’y participerai pas. 
Refrain : Le conte de la souris et du chat, 
Personne ne peut dire qu’il ne l’a pas entendu.Les souris se sont réunies

Elles se sont réunies en assemblée

Elles vont se cotiser
pour acheter une clochette destinée au chat. 
3-Les protestations de ses compagnes
les plaintes de certaines se firent entendre.
 » Pourquoi tu n’y participeras pas ?
Toutes tes camarades ont participé.
Pourquoi tu n’y participeras pas ? «  
Refrain : Le conte de la souris et du chat,  Personne ne peut dire qu’il ne l’a pas entendu.Les souris se sont réunies

Elles se sont réunies en assemblée

Elles vont se cotiser
pour acheter une clochette destinée au chat. 
4- La souris de répondre :
 » Je ne refuse pas la cotisation.
La cotisation pour le chat
la cotisation pour la clochette du chat.
Celui qui peut maîtriser le chat
Immobiliser le chat
pour lui passer au cou la chaîne de la clochette
en causant
tout en causant amicalement
si je trouve cette personne
même si la cotisation s’élève à 25 francs
cela sera payé sur-le-champ
même si la cotisation s’élève à 1 000 F,
cela sera payé sur le champ
même si la cotisation s’élève à 5 000 F,
cela sera payé sur le champ. 
Refrain 2 : Le conte de la souris et du chat
ést à l’adresse des hommes.

5- Le travail qui correspond à nos moyens
nous refusons de l’accomplir. 
Refrain 2 : 
Le conte de la souris et du chat
est à l’adresse des hommes. 
6- Le travail qui correspond à nos moyens de samos
Nous refusons de le faire. 
Refrain 2 : Le conte de la souris et du chat
est à l’adresse des hommes. 
7- Le travail qui dépasse nos moyens
plus grand que nos forces
nous ambitionnons de faire cela 
Refrain 2 : 
Le conte de la souris et du chat
est à l’adresse des hommes. 
(Conte samo chanté à Toma par BONANE Maria Laamu. Transcrit par André Ki).

L’ingratitude  La famine régnait alors dans tout le pays. Un homme sort de chez lui, pour aller se promener en brousse. Il arrive au bord d’un vieux puits. Il se penche pour voir s’il y avait de l’eau, et il découvre, au fond du puits, un homme entouré d’un lion, d’un singe et d’un serpent. Il décide de les sortir de là. Il part chercher de longues lianes. Il attache une extrémité des lianes à une grosse branche située près du puits, et il jette l’autre extrémité dans le puits. Le singe se précipite et sort le premier du puits. Il est bientôt suivi du lion, puis du serpent. Il ne reste plus que l’homme à tirer d’affaire. Les animaux sortis du puits conseillent alors notre promeneur : «  Attention, surtout ne laisse pas cet homme sortir du puits !  » Mais notre homme réplique : «  Comment çà ? Je vous ai aidés à sortir, et j’abandonnerai mon semblable au fond de ce puits !  ». Et il aide l’homme à sortir du puits. Tous remercient notre promeneur, et lui promettent qu’ils n’oublieront jamais ce qu’il a fait pour eux. Quelques jours plus tard, la famine sévissait toujours. Notre homme décide d’aller à nouveau en brousse, en quête de fruits sauvages. Il rencontre le singe qui lui demande : «  N’est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l’autre jour ?  ». L’homme lui répondit : «  C’est bien moi !  ». Alors le singe lui rappelle qu’il lui avait promis de l’aider quand l’occasion se présenterait. Puis il invite notre homme à s’asseoir. Le singe appelle alors ses congénères qui arrivent nombreux. Il leur dit : «  Cet homme m’a sauvé la vie. Allez chercher les fruits du néré, et apportez-moi tout ce que vous aurez trouvé.  ». Ils partirent aussitôt. Ils apportèrent une telle quantité de gousses de néré, que notre homme n’a pas réussi à emporter le tout à la maison. Quelques jours plus tard, notre homme sort de chez lui, pour parcourir la brousse à la recherche de nourriture. Il croise le lion qui lui demande : «  N’est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l’autre jour ?  ». L’homme lui répond : «  C’est bien moi !  ». Alors le lion se met à rugir longuement, et une foule d’animaux sauvages se rassemble. Le lion leur dit : «  Écoutez bien ma parole. C’est un ordre que je vous donne. Retournez en brousse, et rapportez-moi sans tarder du gibier.  » 

Peu de temps après, les animaux sauvages reviennent avec quantité de gibier. Et voici notre homme, tout heureux, qui retourne à la maison ployant sous le poids du gibier. Bientôt, il entend parler de l’homme qu’il avait sauvé. Ce dernier s’était mis au service d’un homme riche et puissant. Comme la famine sévissait toujours, il se dit qu’il va aller le trouver pour lui demander son aide. Il arrive dans le village de cet homme riche et puissant au moment où la fête battait son plein. Il croise l’homme qu’il avait sauvé du puits. Mais le regard haineux de celui-ci en dit long sur ses intentions ! Cet homme connaissait bien le chef du village. Il va le trouver pour lui dire : «  Prends garde à toi. Un étranger vient d’entrer dans ton village. C’est un homme mauvais. Chaque fois qu’il entre dans un village, ce n’est que malheurs et destructions pour tous les villageois. Le seul remède : Il faut l’attraper, le ligoter et l’abandonner sur une haute colline. Trois jours après il faudra l’égorger et faire une fête en l’honneur des esprits du village pour écarter le malheur.  » Le roi suit aussitôt ces conseils. Et notre homme se retrouve sur la colline qui domine le village, sous un soleil brûlant. Il ne peut pas bouger. Les cordes avec lesquelles il a été ligoté le font souffrir, et le blessent cruellement. Parfois il gémit, parfois il hurle de souffrances. Un serpent passait par là. Il entend notre homme et s’approche : «  N’est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l’autre jour ?  ». L’homme lui répondit : «  C’est bien moi !  ». Le serpent reprend : «  Je vais te donner un remède, une feuille magique. A l’aide de cette feuille, tu iras ressusciter le fils du chef de village que je vais aller mordre mortellement tout de suite. Toi, pour l’instant, n’arrête pas de crier ceci : ‘ Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S’il mord l’un d’entre nous, notre médicament le protégera ou le ressuscitera.  » Et le serpent entre au village. Il n’a pas de mal à trouver le fils du chef qu’il mort à la jambe, et bientôt notre homme entend les pleurs et les cris qui montent jusqu’à lui depuis la cour du chef. Au même moment, une vielle femme passe devant lui : elle rentre de la brousse avec son fagot de bois sur la tête. Elle entend notre homme qui crie : «  Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S’il mord l’un d’entre nous, notre médicament le protégera ou le ressuscitera  ». Quand elle a déposé son fardeau, on lui annonce la mort du fils du village, mordu par un serpent. Elle va trouver le chef et lui rapporte les cris de notre homme ligoté et abandonné sur la colline : «  Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S’il mord l’un d’entre nous, notre médicament le protégera ou le ressuscitera.  » Le chef ordonne alors d’aller détacher notre homme, de lui donner à boire, et de le conduire auprès de son fils. Bientôt notre homme se trouve auprès de l’enfant du chef, étendu sur une natte, sans vie. Il pose la feuille que le serpent lui a donnée sur la tête de l’enfant. Celui-ci commence par éternuer, puis il se relève comme s’il sortait d’un profond sommeil. 

Le chef se tourne alors vers notre homme pour le remercier, et lui promet de lui offrir tout ce qu’il demandera. Celui-ci, réclame alors la cervelle de celui qui a menti sur son compte. Ce dernier se trouvait alors auprès du chef. Celui-ci ordonne aussitôt de le saisir et de le mettre à mort, pour en donner la cervelle à notre homme. Ce qui fut fait sur le champ. Conte en boore (apparenté au bwamu) – région de Bomborokuy – Zékuy : Nord-Ouest du Burkina Faso. 

Jouer au plus malin, cela « gâte » l’amitié. (Conte traduit du mooré)  Un homme avait un ami. Ils s’aimaient beaucoup. Le premier dit à son compagnon :  » Mon ami je te promets que je ne peux pas gagner quelque chose sans partager avec toi. «  Celui-ci ne le contredit pas, et ils partirent ensemble se promener. Et voici que le premier aperçoit une petite biche : couchée, morte de fatigue. Il appelle son compagnon.  » Viens voir, il y a quelque chose à terre «  ; L’autre demande :  » Qu’est-ce que c’est ? Il répond que c’est un animal qui est blessé, puis il ajoute :  » Attention, il est très dangereux ! «  Ils la laissèrent là, et rentrèrent à la maison. Le premier laisse son ami, et il court en brousse chercher la biche. Il l’a trouve, la ramasse et la porte sur ses épaules. Pendant ce temps, son ami ne l’ayant pas trouvé à la maison, va à sa recherche en brousse. Il l’aperçoit qui porte la biche. Avant que l’autre ne l’ai vu, il se cache et rentre chez lui. Quand l’autre arrive à la maison, il fait préparer la biche par sa femme, et la mange entièrement avec ceux de sa maison. Le lendemain son ami vient à nouveau le chercher :  » Mon ami, viens ! Allons nous promener. «  Soudain, en brousse, près d’un buisson ils aperçoivent un calao. Le premier se cache, puis étend la jambe, et voici que le calao monte sur sa jambe. Il l’attrape, le tue et le pose à terre. Le second arrive et dis : «  Je vais voir ce que c’est  ». 

Mais le premier s’écrie :  » Malheureux! N’y touche pas ! Ce genre d’oiseau tue les hommes. «  Ils laissèrent donc le calao à terre, près du buisson et rentrèrent chacun chez soi. Mais bientôt notre homme fit comme la première fois : il partit seul, en cachette ramasser sa proie. Et bientôt il la mange avec les siens, sans rien porter à son compagnon. Quelques jours plus tard, il va à nouveau chercher son compagnon, pour une nouvelle sortie en brousse. Ils marchèrent un moment, puis ils aperçurent un boa. Notre homme s’assoit et étend une jambe, espérant renouveler son exploit, comme avec le calao. Mais cette fois son affaire tourne mal ; le boa lui avale la jambe, et bientôt il arrive à sa poitrine. Maintenant, il comprend qu’il ne peut pas échapper seul, et il appelle son ami à son secours :  » Mon ami, viens vite me secourir, il y a un animal qui veut me tuer. «   Son ami accourt et voit le boa qui est en train d’avaler son compagnon et de le traîner vers le marigot. Et l’autre qui crie de tout son être. Pendant que le serpent le traîne, il résiste comme il peut et saisit un buisson de ses deux mains. Son ami, quand il voit cela, prend son coupe-coupe et coupe le buisson, et le boa poursuit sa marche vers son trou d’eau. Chaque fois que le malheureux attrape un buisson, son ami le coupe. Et l’autre de pleurer et de crier jusqu’à ce que le serpent arrive au marigot, et entre dans l’eau avec sa proie. Et bientôt celui-ci meurt noyé. Et le boa peut achever tranquillement son travail. Alors, son compagnon rentre chez lui, et dit aux habitants de sa maison : « Vraiment, jouer au plus malin, cela gâte l’amitié. La pauvreté, elle, ne peut pas gâter l’amitié. »

La mouche-maçonne et le crapaud  (Conte traduit du mooré) Un jour, la mouche maçonne va trouver le crapaud. Elle lui demande de l’accompagner chez sa belle-famille. Le crapaud accepte, et ils partent ensemble. Arrivés, ils saluent les beaux-parents, et la belle-mère les conduit dans une case. Là, la belle-mère leur à préparer du riz avec de la viande. Elle a apporté aussi de l’eau pour qu’ils se lavent les mains avant de manger. La mouche-maçonne se lave les mains, et prends son vol pour venir se poser au bord du plat. Et sans attendre son compagnon elle commence à vider le plat. Le crapaud aussi va se nettoyer les mains pour se mettre à table avec son ami. Mais, quand il s’est lavé les mains, en voulant venir à table, le crapaud est obligé de poser ses mains à terre pour sauter, et il se salit à nouveau. Quand il arrive, on lui dit de retourner se laver. Il repart se laver les mains, et, en revenant, il met ses mains à terre, et les salit à nouveau. On lui dit encore de retourner se laver les mains. Ce manège se répète jusqu’à ce que la nourriture et la boisson soit finies, laissant le crapaud bredouille. 

Quelques jours plus tard, c’est le crapaud qui va trouver la mouche-maçonne. Il lui demande de l’accompagner au village de sa femme. La mouche-maçonne ne refuse pas. Arrivés au village, ils se rendent chez les beaux-parents du crapaud. Ils se promènent d’une famille à l’autre, et saluent ainsi tous les habitants du village, puis ils retournent chez le père de la femme du crapaud. La belle-mère leur offre du riz et de la viande, pendant que le beau-père leur sert un pot de bière de mil : cette boisson succulente appelée dolo. La belle-mère a également apporté de l’eau pour qu’ils se lavent les mains avant de manger.  Avant de se mettre à table, la mouche-maçonne sort pour aller se soulager. Le crapaud en profite pour demander qu’on approche l’eau près de la nourriture, pour qu’il se lave les mains. Dès qu’il a fini de se laver, il se retourne et saisit immédiatement le plat de nourriture, puis il demande qu’on écarte l’eau avec laquelle il s’est lavé les mains. Ce que quelqu’un fait aussitôt. Voici que la mouche-maçonne arrive. Le crapaud lui demande d’aller se laver les mains, avant de manger. La mouche-maçonne obéit. Quand elle revient, le crapaud lui dit d’aller déposer son moteur avant de venir. Dommage, la mouche-maçonne ne peut pas voler sans émettre de bruit ! A chaque fois qu’elle approche, un bruit de moteur l’accompagne. Changeant à chaque fois de position, elle tente de voler sans faire de bruit, mais son vol est toujours accompagné d’un bruit de moteur. Elle ne réussit pas à se débarrasser de son bruit. Et voilà que la nourriture et le dolo sont finis. Cette fois, c’est elle qui repart avec la faim. C’est ainsi que le crapaud s’est vengé. Selon vous, lequel des deux a raison ?« Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer « .  Il y avait un chef à la tête d’un village. Dans ce village, un homme avait un fils à qui il donna le nom de  » Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer « . Mis au courant d’un tel nom, le chef, à cause de ce seul nom, envoya chercher l’enfant pour en faire son serviteur afin de se venger de lui. Chaque jour, il manifeste son affection à l’enfant. 

Chaque fois qu’il a besoin de quelqu’un, il appelle « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer ». Pour n’importe quelle chose, c’est à lui que le chef s’adresse, entourant l’enfant d’une grande affection. Un jour le chef présente à l’enfant un anneau en or massif. C’est pour lui en confier la garde.
L’enfant se mit à porter l’anneau au doigt pour se promener avec ses camarades. 
Il prit même l’habitude de se baigner, l’anneau au doigt. Quant au chef, il ne manifestait aucun signe d’indignation. Il gardait le silence. 
Mais un jour, l’enfant alla, avec d’autres camarades, se baigner au marigot. L’anneau lui glissa du doigt et disparut dans le marigot. Il chercha…, chercha…, mais en vain, car un poisson avait avalé l’anneau. Ses camarades coururent vite dire au chef : -  » Un tel a perdu ton anneau «  

-  » Il l’a perdu ? Tant mieux ! On dit qu’il s’appelle « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer ». Je vais le chauffer. «  Son père l’a nommé : « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer ».  » Il y a une fête dans trois jours, dit-il à l’enfant. D’ici là, j’aurai besoin de mon anneau. Si je viens à le manquer, bien que ton papa t’ait nommé : « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer », moi, je vais te tuer. Si, dans trois jours, tu ne me retrouves pas mon anneau, pour mon doigt, même si Dieu ne tue pas, moi je vais te tuer. «  L’enfant se mit à pleurer. Il va en informer sa mère. La veille, le chef appelle l’enfant et réclame son anneau, car le lendemain est un jour de fête.  L’enfant est tout en pleurs. 

Le chef lui donne cette permission :  » Vas à la maison, que ta mère te prépare ton plat préféré.
Tu mangeras toute ta part aujourd’hui. «  
Il indique l’heure à laquelle l’enfant sera exécuté. 
Celui-ci retourne informer sa mère, et lui dit de préparer du tô, avec une sauce au poisson, pour qu’il en mange avant d’être tué. La mère porte du mil à la meule ; elle l’écrase tout en pleurant. Avec la farine, elle prépare le tô.
Elle se rend ensuite au marché, pour chercher du poisson à acheter, afin de préparer la sauce.
 
Au marché, elle cherche…, elle cherche…, mais point de poisson. Au bout d’un moment, elle voit un seul poisson, un silure, posé sur le couvercle d’une corbeille. Elle avance, et demande le prix du poisson. La vendeuse le lui indique. Et la mère de l’enfant l’achète aussitôt.  De retour à la maison, elle prépare la sauce avec le poisson. L’enfant, attaché avec des chaînes, gisait à terre. Le chef ordonne qu’on lui détache les mains. Sa mère lui donne le tô. Il s’assoit pour manger. Le chef avait convoqué tous ses sujets. Les griots sont là ; les bourreaux aussi. Ils se tiennent dehors jouant des instruments de musique autour de celui que l’on va tuer. A la fin du repas, on conduit l’enfant au lieu du supplice. Le chef aussi est dehors, assis sur sa chaise. La place est entourée de monde. Tous attendent de voir comment on va le tuer. L’enfant prend une première bouchée. A la seconde bouchée, il prend le poisson pour le casser et le manger. Dès qu’il attrape le poisson et le casse en deux, quelque chose sort du poisson et fait un bruit étrange dans le plat. L’enfant fouille, et que voit-il ? C’est l’anneau ! 

Il l’observe bien, et se rend compte que c’est bien l’anneau du chef. Oui, c’est vraiment l’anneau même du chef, son anneau en or !!! Se mettant debout, il l’attache à une lanière de son caleçon. Il se rassoit. Il se régale bien de son tô. Après quoi, on le mène dehors. Le chef dit de le faire venir devant lui. On l’emmène alors au lieu du supplice. Les gens sont là, jouant des instruments de musique. Ils se réjouissent. Les coupe-coupe sont aiguisés, l’enfant est là attaché. Quand l’enfant arrive devant le chef, celui-ci lui tend la main en disant : « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer », remets-moi mon anneau en main, si non, on va te tuer, aujourd’hui même. »  L’enfant se lève ; il détache l’anneau de la lanière de son caleçon et le pose dans la main du chef.  Tout le monde regarde. Le chef prend l’anneau, le regarde…, le regarde…, et vois que c’est vraiment son propre anneau !  Il se retourne, et le montre à ceux qui l’entourent, en disant :  » Regardez ! C’est bien mon anneau ! «   Il déclare à l’enfant :  » Je sais à présent que le nom qui t’a été donné par ton père est véridique. Oui, vraiment, si Dieu ne tue pas, le chef ne peut pas tuer. Ton nom est bon. «  Tous ceux qui sont présents applaudissent de satisfaction. Le chef met l’enfant à l’honneur. Il l’associe à la direction du village. 

Conte en langue lyélé, donné par Hubert Bazié à Réo, en 1975. Traduction Jean Bassolé.

L’Éléphant et le Coq  Il était une fois l’éléphant et le coq. Le coq envoie un fer chez le forgeron pour faire une daba (une houe). Le lendemain, l’éléphant vient aussi chez le forgeron pour avoir sa daba. Il arrive. Il trouve que le forgeron est en train de travailler sur le fer du coq. Il demande au forgeron : «  Qui t’a donné ce travail ?  » Le forgeron répond : «  C’est le coq. » Alors l’éléphant lui crie :  » Enlève ce fer-là ! Prends mon travail tout de suite !  » Le forgeron a peur ; il enlève le fer du coq et il prend celui de l’éléphant. Le lendemain matin, le coq arrive. Il demande au forgeron : «  As-tu fini de fabriquer ma daba ?  » Le forgeron lui répond : «  J’étais en train de travailler sur ton fer. Mais l’éléphant m’a dit de l’enlever et de prendre son fer. Alors j’ai enlevé ton fer. Il est là.  » Le coq répond : «  Si c’est comme ça, enlève le fer de l’éléphant. S’il vient, tu lui dis que c’est moi qui ai commandé !  » Alors le forgeron enlève le fer de l’éléphant devant le coq et il se met à travailler le fer du coq. Le lendemain matin, l’éléphant arrive. Il demande au forgeron : «  As-tu fini ma daba-là ?  » Le forgeron lui répond :  » Non ! Le coq est arrivé et il a dit qu’il est le premier. Il m’a dit d’enlever ton fer, de le poser pour prendre son fer à lui.  » Alors, l’éléphant est fâché, fâché…Il dit au forgeron :  » Enlève le fer du coq et travaille pour moi tout de suite ! Si le coq revient, je vais lui montrer que je suis un homme.  » L’éléphant sort, il va à côté et il fait un tas de «  caca  » Il dit au forgeron : «  Si le coq vient, tu lui dis que c’est moi, l’éléphant, qui ai fait ça. Voici quelle est ma force !  »  Le lendemain matin, le coq arrive. Le forgeron lui raconte ce qu’a fait l’éléphant. Il lui montre le tas de «  caca  » que l’éléphant a posé. Le coq dit : «  Ah bon ! C’est l ‘éléphant !  » Il dit au forgeron :  » Mon frère, laisse le travail de l’éléphant et prends pour moi tout de suite !  » Et le coq monte sur le tas de «  caca  » de l’éléphant ; il éparpille tout. A son tour, il fait un petit «  caca  » et il le pose. Il dit au forgeron :  » Bon ! Si l’éléphant vient, tu lui dis que c’est moi, le coq, qui a fait ça !  Voici ma force ! Ce petit «  caca  » que j’ai fait, tu le lui montres ; c’est ma force !  » Le lendemain matin, l’éléphant arrive. Avant même d’arriver chez le forgeron, il ne voit pas le tas qu’il a fait : il n’y a plus rien. Il se dit :  » C’est quoi ça ?  » Il arrive et il demande au forgeron. Celui-ci explique :  » C’est le coq qui est venu. Il m’a dit d’enlever ton fer et de prendre son fer. Et voici ce qu’il a laissé. «  C’est sa force !  » L’éléphant pousse un cri : «  Quoi!  » ! Il est énervé, il sort, il casse des branches. Il dit : «   Ce coq-là, tu vas voir ! Je dis que moi….Il n’y a qu’à se rencontrer et nous allons faire la bataille.  »  Il donne la date de cette bataille. «  Dis au coq : s’il veut, il n’a qu’à prendre tous les animaux qui ont des ailes. Et nous allons nous rencontrer !  » Quand le coq est arrivé, on lui dit tout ça. Il doit se préparer. Le coq a tout un bataillon. Tous ceux qui ont des ailes sont avec lui : le vautour, les abeilles, les autruches, les perroquets…. L’éléphant, lui, a tous ceux qui ont des sabots : le lion, la panthère, la tortue… tous ceux qui ont des sabots !… Le jour de la bataille, l’éléphant arrive le premier avec tous ces gens. Il faut attendre le coq. Celui-ci s’est préparé avec ses gens. Le coq a rempli une grande gourde ; tu dirais, c’est de l’eau. Il a pris une autre gourde et il l’a remplie, tu dirais c’est de la boue. Et, ensemble, ils sont partis à la bataille. L’éléphant avait aussi les singes. Quand il voit arriver le coq, il dit à ses gens d’attaquer. Les singes sont montés sur les arbres. L’épervier était resté au loin. Il est venu et il enlève la tête du singe. «  Paf !  » La tête est tombée par terre. « Ca va chauffer ! » Les gens du coq avancent. Les gens de l’éléphant avancent aussi. Quand la tête du singe a été coupée, l’éléphant dit : «  Ca va ! On va commencer la bataille.  » Le coq sort la calebasse. Mais ce n’est pas l’eau qu’il y a mis, c’est les abeilles. Il les met dans une trompette et il souffle dans la trompette. Alors les abeilles sortent avec des guêpes Elles vont piquer l’éléphant. Et les oiseaux, les autruches et les autres piquent aussi les gens de l’éléphant. Les fourmis-magnans entrent dans la trompe de l’éléphant. Celui-ci commence à casser les bois autour de lui et il se met à courir. Le coq a gagné.  L’éléphant est devant et il court, il court. En courant, il fait des trous, ça fait des creux. La tortue court, mais elle tombe dans les trous de l’éléphant ; elle n’a plus de force. Ainsi, le coq a chassé les gens de l’éléphant. Le coq a gagné la bataille. 

A la fin, on dit : «  Bon ! Si tu es plus fort que quelqu’un, il ne faut pas le minimiser. Il faut avoir le respect de tout un chacun !  »

Fatuma Yelelele (Tatuma le gros ver)

Il était une fois, un ver de terre qui était gros, gros, gros comme un éléphant. Ce ver s’appelait Fatuma. Voici quatre enfants allant se promener, et rencontrèrent ce ver énorme.  Le premier enfant arriva, salua le ver et passa sans commentaires ; le second, salua et passa, le troisième salua et passa ; le quatrième arriva, ne salua même pas, mais s’écria à voix forte en disant :  » Oh…Quel ver énorme ! Depuis que je suis au monde je n’ai jamais vu un ver si gros ! «  Fatouma mécontent d’entendre ces commentaires impolis, avala l’enfant. Les trois autres coururent annoncer la triste nouvelle au village. Le chef du village délégua immédiatement trois jeunes gens très forts pour aller délivrer l’enfant. Ceux-ci se mirent en route, fort bien décidés pour le combat. Arrivés au lieu du sinistre, les jeunes gens interpellent le ver en ces termes :  » Fatuma a kèra di ?  » Fatuma que s’est-il passé ? Foutouma  répondit en chantant : 

Mógó naani ni naa :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó saba ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó fila ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Ale kele nin nana :  » a ko ! bo ! bo ! bo ! bo ! N ma tumusi ye, Fatuma yelelele N ma tumusi ye, Fatuma yelelele Den ni ye , a ye o, ne y’a ta ka kunu. Den ni ye, a ye o, ne y’a ta ka kunu : Fatuma yelelele 

Fatumu yelelele. Traduction Le quatrième vint : il dit Fatuma, salut ! Le troisième vint : idem Le deuxième vint : idem Lui seul vint : il dit :  » oh !… Je nai jamais vu cette espèce de ver, Fatuma gros, gros, gros (bis) 

Alors cet enfant, le voici, je l’ai avalé cet enfant, le voici, je l’ai avalé. Fatuma gros, gros gros. Ba o tuman tuman , ba o tuman (bis) Fatuma gros gros gros. Les trois jeunes gens étaient si heureux d’entendre cette musique qu’ils se mirent à danser, à danser jusqu’à ce que leurs pieds soient enflés, et ils oublièrent leur mission. Ne les voyant pas revenir, le chef du village délégua trois jeunes gens encore plus forts pour aller délivrer l’enfant. Arrivés au lieu du sinistre, les jeunes gens s’adressèrent au ver en ces termes : 

Fatuma a kèra di ? Fatuma que s’est-il passé ? Foutouma répondit en chantant : Mógó naani ni naa :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó saba ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó fila ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Ale kele nin nana :  » a ko ! bo ! bo ! bo ! bo ! Ne ma tumusi ye, Fatuma yelelele Ne ma tumusi ye, Fatuma yelelele 

Den ni ye , a ye o, ne y’a ta ka kunu. Den ni ye, a ye o, ne y’a ta ka kunu : Fatuma yelelele Fatumu yelelele. La réaction de ces trois jeunes gens était encore pire. Ils étaient si heureux d’entendre cette musique qu’ils se mirent à danser, à danser jusqu’à ce que leurs pieds soient enflés, et ils oublièrent leur mission. Le chef du village envoya une troisième délégation, mais toujours sans succès car Fatouma neutralisait leur attaque par sa musique. Enfin le chef du village promit de donner sa fille en mariage à celui qui arriverait à tuer ce ver de terre. Alors un lépreux se présenta tout seul, armé d’une vieille faucille. Tout le monde se moquait de lui en disant :  » ce ver que des gens sérieux et forts n’ont pas pu tuer, comment est-ce que toi un lépreux peut prétendre l’attaquer ! On verra bien ! «  Le lépreux partit en guerre avec tout son sérieux contre ce ver de terre. Arrivé sur les lieux du sinistre, il posa la question à Fatouma avec fureur :  » Fatuma a kèra di ? «  

Fatuma lui répondit de sa plus belle voix : Mógó naani ni naa :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó saba ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó fila ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Ale kele nin nana :  » a ko ! bo ! bo ! bo ! bo ! Ne ma tumusi ye, Fatuma yelelele Ne ma tumusi ye, Fatuma yelelele Den ni ye, a ye o, ne y’a ta ka kunu. 

Den ni ye, a ye o, ne y’a ta ka kunu : Fatuma yelelele Fatumu yelelele. Sans se laisser prendre par la musique de Fatuma, le lépreux planta sa faucille dans la gorge du ver, l’éventra, et retira l’enfant pour le ramener au village. Du ventre du ver une eau coula, coula, coula, jusqu’à l’extrémité de la terre. Ce fut ainsi l’origine des rivières. Le lépreux ramena avec triomphe l’enfant au village et eu sa récompense. Si tu vois un phénomène anormal dans la nature, ou quelqu’un de bizarre, au lieu de commencer à te moquer du phénomène ou de cette personne, garde ta langue, salue et passe ton chemin. Les jugements malveillants sur toutes choses ne te reviennent pas. Ainsi prends fin ce conte (ainsi prends fin ce mensonge).

 La jeune fille et le lion.  Conte entendu auprès de mon père Joseph Sanon dans les années 1950 traduit le 7-08-2000 par l’Abbé Joanny Sanon  Il était une fois, une fille qui s’appelait Warimangan. Ses parents l’envoyaient surveiller les champs, lesquels étaient loin du village, dans un endroit où il y avait beaucoup d’animaux sauvages. Le lion a observé que Warimangan venait toute seule chaque jour pour assurer cette tache : alors il décida de la croquer. Un jour que Warimangan était près de la hutte pour préparer son repas, le lion roi de la brousse s’approcha d’elle et la salua en ces termes :  » Wariman i ni kóngo !  » (Warimangan bonjour) Ce à quoi Wariman répondit :  » Warimangan jembe ni kóngo. Ne fa tun y’a fó ne ye ko na jara faga ne ye, jara kameleba faga ne ye k’o jeme kunba la ne kun. O lón, o lón, o lón be bi ye, o lón, o lón, o lón be bi ye  » ( » Jembe bonjour ; mon père m’avait dit qu’il tuerait un lion pour moi, un lion très galant pour moi, et ferait un tambour avec sa peau pour moi. C’est ce jour qui est arrivé, c’est ce jour qui est arrivé ! « ) Le lion en entendant cette chanson, prit peur et s’enfuit très loin. Mais il revint le lendemain toujours avec l’intention de croquer Warimangan. 

Le roi de la brousse se tint devant la fille et la salua en ces termes :  » Wariman i ni kóngo !  » Warimangan bonjour ! Warimangan lui répondit en chantant : Ce à quoi Wariman répondit :  » Warimangan jembe ni kóngo. Ne fa tun y’a fó ne ye ko na jara faga ne ye, jara kameleba faga ne ye k’o jeme kunba la ne kun. O lón, o lón, o lón be bi ye, o lón, o lón, o lón be bi ye  » ( » Jembe bonjour ; mon père m’avait dit qu’il tuerait un lion pour moi, un lion très galant pour moi, et ferait un tambour avec sa peau pour moi. C’est ce jour qui est arrivé, c’est ce jour qui est arrivé ! « ) Le lion en entendant cette chanson prit peur à nouveau et cette fois encore s’enfuit très loin. Chaque jour les choses se passait ainsi, et la fille n’osait rien dire à ses parents. Un jour elle se décida à leur en parler :  » Papa, chaque fois que je vais au champ, un lion vient me provoquer pour me manger, je chante pour lui en disant que mon père va le tuer, alors il prend peur et s’enfuit. «  Le papa répondit à sa fille :  » Ne t’inquiète pas, demain nous irons ensemble au champ et je vais tuer ce vieux lion. S’il vient te saluer ne prends même pas la peine de répondre. 

Le lendemain matin, ils partirent donc tous deux au champ. Sans tarder, le vieux lion arriva et salua comme d’habitude, mais Warimangan ne répondit pas. Le lion salua à nouveau avec colère. Warimangan ne répondit toujours pas. Le lion s’approcha de la hutte et salua cette fois en vociférant :  » Warmangan ne kongo !  » Silence ! Le lion était maintenant tout près de la fille, et son papa voyant la fureur du vieux lion eu peur, et dit à sa fille Warimangan de répondre comme d’habitude. Warimangan répondit au lion comme de coutume en chantant : ce à quoi Wariman répondit :  » Warimangan jembe ni kóngo. Ne fa tun y’a fó ne ye ko na jara faga ne ye, jara kameleba faga ne ye k’o jeme kunba la ne kun. O lón, o lón, o lón be bi ye, o lón, o lón, o lón be bi ye  » ( » Jembe bonjour ; mon père m’avait dit qu’il tuerait un lion pour moi, un lion très galant pour moi, et ferait un tambour avec sa peau pour moi. C’est ce jour qui est arrivé, c’est ce jour qui est arrivé ! « ) Le lion en entendant cette chanson prit peur une fois de plus et s’enfuit cette fois encore très loin. Le soir venu, Warimangan et son père rentrèrent à la maison. Le papa raconta à sa femme ce qu’il avait vu :  » Vraiment ce lion est dangereux, on ne peut même pas le regarder de face.  » La mère de Warimangan dit :  » c’est bon, moi j’irai voir ce vieux lion « . Le lendemain matin Warimangan partit avec sa mère. Celle-ci était armée de sa lance. Ils arrivèrent au champ. 
Ce jour là le vieux lion était pressé de les voir arriver. Il arriva majestueusement comme un roi de la brousse et de la forêt sait le faire et salua :  » Warimangan ne kongo !  » Pas de réponse.  » Warimangan ne kongo !  » dit-il à nouveau ; silence encore. 

D’un seul bon le lion s’approcha très près de la fille :  » Warimangan ne kongo  » … Silence. Au moment ou le vieux lion voulut s’abattre sur la fille, la mère lui planta sa lance dans le cœur, et le vieux lion mourut. La mère coupa la queue du lion pour l’emporter au village comme preuve de son action.  Le soir venu, dès que Warimangan et sa mère rentrèrent au village, Dieu descendit du ciel et arracha le fer de lance de la femme en lui laissant un bâton simple et en disant :  » Il n’est pas bon que la femme soit si courageuse, et même plus courageuse que l’homme. C’est pourquoi je te retire l’arme en fer, en te laissant un simple bâton « . C’est pourquoi la femme bobo n’a qu’un bâton simple comme appui, tandis que l’homme a le bâton armé du fer de lance. Ainsi prend fin cette histoire sur l’origine du courage de la femme Le lièvre et les animaux de la brousse  (Conte traduit du Mooré) La soif sévissait dans la brousse et tous ses habitants ne savaient plus quel dieu implorer, car tous les marigots avaient tari et toutes les sources étaient à sec. C’est ainsi que de guerre lasse, ils se décidèrent à creuser un puits. Tout le monde marqua son approbation, seul Lièvre n’y voyait pas nécessité. Les animaux donc sans Lièvre creusèrent le puits jusqu’à avoir une eau pure et agréable au goût. Tourmenté par la soif, Lièvre ne trouva pas d’autre solution que d’aller boire au puits commun des animaux de la brousse. 

De retour de leur randonnée, les animaux remarquèrent les traces de pas de Lièvre et s’en offusquèrent. Alors ils essayèrent de trouver un moyen pour le surprendre et le punir. Après maintes propositions, ils décidèrent de fabriquer une belle demoiselle avec de la glue qui prendrait nécessairement Lièvre s’il y touchait, et ils la placèrent à côté du puits et s’en allèrent à leur promenade. La soif ne manqua pas de diriger les pas de Lièvre vers le puits des animaux. A la vue de la jeune fille, il se montra galant et la salua. Devant le silence de celle-ci, il lui administra une gifle et sa main resta collée à la demoiselle. C’est alors qu’il lui dit : - Si tu ne libères pas ma main droite, ta tête va s’envoler lorsque je vais te donner une gifle de la main gauche ; Ce faisant, il joignit l’acte à la parole et sa main gauche aussi s’encolla. Il donna des coups de pied et ses pieds également se collèrent à la demoiselle en glue. Ne pouvant plus faire de geste, il resta suspendu jusqu’à la venue des animaux. A leur arrivée, ils furent contents de voir Lièvre enfin à leur merci. Ils le prirent et tinrent sur le champ un conseil pour trouver quel châtiment lui donner afin d’assouvir leur vengeance. Les uns proposèrent que l’éléphant le réduise en boue sous ses pattes, d’autres auraient préféré que Lion, roi de la brousse, lui broie le crâne de ses mâchoires puissantes. Pendant qu’ils discutaient, Lièvre leur proposa la meilleure façon de le tuer le plus cruellement possible. Il leur proposa de lui réaliser un collier de gros poissons et de le jeter très tôt le matin dans la rosée. Ainsi il mourra sans qu’il n’y ait ni reste ni trace. Les animaux de la brousse trouvèrent l’idée géniale. Ils confectionnèrent un collier avec de très gros poissons qu’ils mirent au cou de Lièvre. Très tôt le matin, accompagnés de tam-tams, de tambours et de flûtes, ils allèrent jeter Lièvre par terre dans la rosée.  Une fois à terre, Lièvre ne se fit pas prier pour prendre ses jambes à son cou. Plus loin et hors d’atteinte des animaux les plus rapides, il se retourna et leur demanda : - Ignoreriez-vous donc que je suis né dans la rosée pour accepter promptement et si naïvement ma proposition ? 

Moralité : On n’est jamais trop prudent. Le lièvre et le chef  (Conte traduit du Mooré) Le lièvre s’était lié d’amitié avec le chef du village. Un jour, après un repas qui avait été plus abondant que de coutume et où la bière avait coulé à flot, le lièvre provoqua le chef du village et lui dit : - Tu auras  beau faire, je suis plus malin que toi. - Pour qui te prends-tu ? , rétorqua le chef. 

- Et bien, répondit le lièvre, nous allons en faire la preuve. - Je suis, d’accord. Si tu arrives à te montrer plus rusé que moi, je te donnerai quatre-vingt bœufs de mon troupeau, mais si c’est moi qui gagne, je ne te réclamerai que sept têtes de tes moutons… Comme la fête annuelle du village devait avoir lieu dans quelques jours, le lièvre proposa : - Toi et moi, nous allons préparer de la bière pour la fête, on va parier sur ce point : quel est celui qui va présenter la meilleure bière et en plus grande quantité ? - Mais, mon pauvre lièvre, tu es ridicule ! Tu vis seul avec ta hase, ta seule femme. Comment pourra-t-elle concurrencer mes 20 femmes ? - Inutile de vouloir comparer le serpent avec une tige, quand on peut mesurer avec ses yeux, répondit le lièvre. L’avant-veille de la fête, les familles se mirent en frais pour la préparation de la bière : on ramassa le bois, on alluma les feux… Pendant ce temps, le lièvre, après avoir averti la hase, descendit dans l’unique puits du village et se cacha dans une cavité au fond près de l’eau. 

Quand les femmes du chef vinrent en bande pour puiser de l’eau, une voix d’outre-tombe sortit du puits : Femmes à la démarche de reines, attention ! Je suis dans le puits et je vous y attends. Aussitôt, abandonnant leurs seaux et leurs canaris, elles s’enfuirent chez le chef… Alors le chef envoya ses serviteurs avec des bâtons, ils regardèrent dans le puits, ils ne virent rien. Un des serviteurs se préparait à descendre ; il perçut alors une voix qui semblait sortir du fond du puits :  - Serviteur du chef, attention ! Je me repose dans les profondeurs du puits, ne me dérange pas, sinon je t’attends… Sans attendre son reste, le serviteur qui avait enjambé la margelle du puits, d’un coup de rein, ressortit et rejoignit ses compagnons, qui avaient déjà regagné la maison du chef. Tous étaient surexcités dans la cour du chef, mais personne n’osait plus s’approcher du puits maudit… Pendant ce temps la hase venait puiser de l’eau… Le jour de la fête, la hase se présenta chez le chef avec une gourde de bière. Elle était accompagnée par son mari le lièvre, habillé pour un jour de fête… Le chef comprit alors le subterfuge du lièvre, ne se fâcha pas, félicita le lièvre, et lui fit donner séance tenante les quatre-vingt bœufs qu’il avait gagnés. Bien plus, il couvrit Poko, la hase, de présents. Le chef n’était peut-être pas un rusé, mais c’était un sage. 

Si ton ennemi est plus fort que toi, tends-lui la main de la paix.

Nayelma  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Nayelma était la fille unique d’un grand roi qui gardait son tam-tam d’appel en or accroché à un arbre. Nayelma était une charmante jeune fille. Un jour, l’arbre, qui avait mystérieusement grandi, était devenu très lisse, si bien que ni le griot ni les gens du royaume ne pouvaient plus atteindre le tam-tam en or. Le roi propose alors sa fille en mariage à celui qui pourra faire descendre son tam-tam en or. La nouvelle se répand partout, même dans les royaumes voisins. Les jeunes du village de la belle Nayelma viennent essayer, mais toutes leurs tentatives échouèrent. Ceux des villages environnants échouèrent à leur tour. Tous les braves gens, chacun à leur tour, échouèrent et personne ne pût grimper jusqu’au milieu de l’arbre. 

Or, dans un royaume voisin, le roi avait un fils unique qui était beau et charmant. Il avait appris la nouvelle et désirait épouser lui aussi la belle Nayelma. Il alla trouver la vieille de son village, lui confia son souci et lui demanda son aide. La vieille lui dit : «   Je vais t’aider si tu acceptes ce que je vais te proposer.  » Le prince lui demanda donc de faire sa proposition. La vieille dit : «  Je vais te donner une peau de lépreux que tu vas porter : elle te permettra de grimper sur l’arbre lisse du roi.  » Le prince accepta volontiers la proposition et la vieille l’habilla de la peau de lépreux. Voilà notre beau prince devenu papa mouche. A son approche, les gens commencèrent à le chasser en l’insultant et en se moquant de lui, mais le roi intervint en leur priant de le laisser faire son essai lui aussi. Tous les autres ayant échoué, le roi invita donc le lépreux à venir tenter sa chance. La belle Nayelma commença alors à pleurer parce qu’elle savait que le roi ne changerait pas de décision. Le lépreux commença à grimper en chantant. Il dit : «   Que dit le père de Nayelma ?  » Le griot du roi lui répondit : «   Le père de Nayelma dit que celui qui arrivera à faire descendre le tam-tam d’or recevra Nayelma en mariage !  » Le lépreux chanta en grimpant : «  Que dit le père de Nayelma ?  » Le père de Nayelma dit que celui qui descendra le tam-tam d’or sera l’époux de Nayelma ! Il grimpa, grimpa, grimpa jusqu’au milieu de l’arbre et rechanta la même chanson ; le griot lui répondit avec les mêmes paroles. Il continua de grimper, à grimper, et arriva tout à côté du tam-tam ; là, il redit son chant et le griot lui répondit avec les mêmes paroles. Il grimpa encore et, arrivé au tam-tam d’or, il le ne toucha pas, mais redit son chant. Puis il descendit tout en chantant avec le tam-tam sur l’épaule. A ce moment, Nayelma pleura et sa mère avec elle. 

Tout le monde, mécontent, regardait le lépreux ; certains, par chagrin, ne purent pas rester pour voir la suite ; d’autres, fâchés, murmurèrent entre eux ; d’autres, par jalousie et par curiosité, ne purent pas bouger de leur place. Le faux lépreux descendit avec le tam-tam en or. Seul le roi était satisfait, tandis que tout le monde semblait être en deuil. Le grand roi donna alors sa belle-fille en mariage au lépreux inconnu ; la belle jeune fille charmante, toute blonde, toute potelée, devint ainsi la femme d’un lépreux dont personne ne connaissait ni ses origines, ni ses parents. C’est avec ces mots que les gens essayèrent de convaincre le roi, mais il leur répondit qu’il ne lèche pas la salive qu’il jette par terre. Tous les cadeaux que le roi remit à la mariée, elle les refusa, sauf les habits et les ustensiles de cuisine. Elle prit aussi de vieux vêtements pour le lépreux, son époux. Quand Nayelma fit la cuisine, elle servit son mari dans les vieilleries ; la nuit, elle prit un gros tronc d’arbre et le plaça entre sa natte et la vieille natte de son mari. C’est ainsi qu’ils vivaient. Un jour, Nayelma décida d’aller vendre du dolo au marché. La dolotière partie, le lépreux enlèva sa peau de lépreux et partit la rejoindre. Ne sachant pas que c’est son mari, elle le reçut toute contente et se demanda pourquoi ce beau garçon n’était pas venu essayer lui aussi de décrocher le tam-tam de son père afin de l’épouser. Chaque marché, le faux lépreux répèta le même stratagème et devint ainsi le client fidèle de la dolotière ; chaque fois, il partit boire du dolo et causa avec elle. Un jour, il lui proposa de fuir avec lui. Nayelma, sachant qui est le roi son père, refusa sa demande ; dès lors son chagrin augmenta de jour en jour et elle devint de moins en moins belle. Un jour, la vieille du village, celle qui avait donné la peau de lépreux, appella Nayelma et lui posa cette question : «  Ma fille, quand tu pars pour vendre ton dolo, qui est ce jeune homme qui va causer avec toi tous les jours ?  » Nayelma répondit qu’elle ne le connaissait pas, et pas même son nom. La vieille lui dévoila alors qu’il s’agissait de son mari, le lépreux, mais qu’il n’était pas un vrai lépreux : «  C’est moi qui lui ai remis une peau de lépreux pour qu’il puisse grimper sur l’arbre lisse de ton père. » Nayelma demanda : «  Que vais-je faire ?  » La vieille répondit : «  Si tu pars vendre le dolo et qu’il vient, dis-lui de t’attendre, que tu arrives. Viens ensuite prendre la peau et va la jeter au loin. C’est le fils de notre roi, il est fils unique.  » Les soucis de Nayelma augmentèrent en pensant au manque de respect, aux injures, aux souffrances et à tout le mal qu’elle avait fait au lépreux : elle se demanda ce qu’elle devait faire. La vieille lui dit que ce n’est pas si grave que cela et que cela va passer. Le jour du marché suivant, la dolotière fut pressée de partir au marché. Elle vendit son dolo en guettant l’arrivée de son jeune client, son époux, le faux lépreux. Il arriva un peu plus tard et, comme d’habitude, il but et ils causèrent… Ce jour-là, la dolotière se montra plus joyeuse que d’habitude. Après un moment, elle dit : « Je vais me soulager, je reviens tout de suite.  » Il lui demanda de ne pas tarder car il devait rentrer. Elle courut vite à la maison et trouva la peau comme la vieille l’avait dit. Elle la prit et se rendit chez la vieille qui lui dit d’aller la jeter. Nayelma creusa un trou et l’enterra, puis vint balayer la maison, remplaça les vieux ustensiles par de nouveaux qui prirent la place des vieux ; la maison fut parfumée, bien arrangée. 

Voilà notre dolotière de retour au marché. «  Je sais que tu es pressé ; ai-je duré ? Es-tu fâché ?  » Je ne suis ni pressé ni fâché, et même si j’étais fâché ou pressé, à ta vue c’est fini. Le faux lépreux soupçonna quelque chose. Peu après, il demanda à rentrer et la dolotière le suivit des yeux jusqu’à le perdre de vue. Arrivé à la maison, il constata un changement total et il préfèra rester dehors sous un arbre. Le soir, Nayelma vint le retrouver sous l’arbre. Elle le salua en souriant mais Nfatogoma – c’est le nom du prince -, ne répondit pas à son sourire. Après avoir préparé la cuisine, elle lui offrit de l’eau, mais son mari refusa de se laver. Elle lui servit à manger dans de jolis plats, mais Nfatogoma réclama les vieux plats usés avec lesquels elle le servait, en lui disant que si elle ne le servait pas avec les vieux plats, il ne mangerait pas. Elle le supplia en pleurant, mais en vain. Elle eut alors recours à la vieille qui intervint en sa faveur. Il accepta donc de se laver et de manger dans les jolis plats. La nuit, Nfatogoma réclama sa vieille natte usée et voilà Nayelma encore chez la vieille. Et tout s’est terminé : plus de reproches entre Nayelma et Nfatogoma. La paix, la joie et l’amour prirent place dans la maison et notre Nayelma redevint plus belle qu’avant. La vieille devint sa mère et Nayelma lui confia tout ce qu’elle avait dans le cœur. Elle alla la trouver et lui dit : «  Maman, dis à ton fils de retourner auprès de mon père pour lui expliquer ce qui s’est passé, que mon mari est le même homme, faute de quoi mon père va croire que je lui ai désobéi et c’est grave pour moi. Informé, le papa de Nfatogoma envoya auprès des parents de la belle Nayelma une importante délégation, accompagnée de son griot et de Nfatogoma. Nayelma, qui était avec eux, les conduisit chez le porte-parole de son père. Après de longues salutations, ce dernier leur demanda le but de leur visite. Le griot du père de Nfatogoma prit la parole et dit : «  Ce jeune homme est le lépreux qui a décroché de l’arbre votre tam-tam en or et à qui vous avez donné votre fille en mariage.  » Le porte-parole leur dit : «  Comment se fait-il qu’il soit devenu pur et beau ?  » «  Il n’était pas vraiment lépreux, mais il s’était revêtu de la peau d’un lépreux que lui avait donnée notre vieille femme.  » 

«  Pourquoi cela ? Pourquoi a-t-il fait ça ?  » «  Sans ce stratagème, il n’aurait pas pu grimper sur l’arbre lisse.  » «  Eh ! Dites la vérité ! Nous détestons le mensonge.  » «  C’est la vérité, ce n’est pas un mensonge. D’ailleurs, c’est la même vieille qui en a informé votre fille, laquelle a alors jeté la peau…  » Et au griot de répéter les choses telles qu’elles s’étaient déroulées. «  Attendez, j’arrive !  » Le porte-parole partit informer le roi, le père de Nayelma, qui lui demanda si c’est bien la vérité. Le roi envoya ensuite son griot auprès des étrangers pour les écouter. Le griot étranger répéta les mêmes phrases et le griot du roi les rapporta, tout comme le porte-parole, au roi. Le roi fit appeler les sages de son royaume pour les informer de la nouvelle. Il convoqua ensuite tous ses sujets pour les mettre au courant. On précisa au roi que Nfatagoma est le fils unique de leur roi. Le mariage de Nayelma et Nfatogoma fut à nouveau fêté pendant des semaines. Ils prirent ensuite congé de la belle-famille. Arrivés chez eux, Nfatogoma et les siens firent encore la fête pendant trois mois. Après ces grandes cérémonies, la belle et charmante Nayelma n’a plus vendu de dolo, ni fait la cuisine, ni aucun des travaux ménagers. Elle avait des servants et des servantes à sa disposition. C’est pourquoi on dit chez nous qu’un enfant ne doit pas désobéir à ses parents.

Une calebasse extraordinaire  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a bien longtemps, une calebasse avait poussé dans un village. Devenue grande, elle avalait tout ce qu’elle rencontrait sur son chemin. Tous avaient peur de la calebasse qui mange tout. Tous, les personnes et les animaux, avaient peur et se cachaient en entendant le bruit de la calebasse mangeuse. Quant à elle, elle se promenait en chantant : «  Tunméméré, tunméméré, sagajigi kamelma tunméméré  ». Tout le monde fuyait à l’approche de la calebasse, tous se cachaient, tous avaient peur. Un jour, un petit bélier dit à sa mère : «  Je répondrai aujourd’hui au chant de la calebasse.  » Sa mère lui dit qu’il est trop petit pour répondre et elle lui donna une grosse pierre en lui demandant de la briser. Le bélier réussit à la fendre en deux. Sa mère lui dit d’attendre une autre fois. Quelque temps après, le petit bélier renouvela sa demande et sa mère lui donna une nouvelle pierre. Il réussit à la casser en plusieurs morceaux, mais sa mère le trouva encore faible. Tous les villageois, hommes comme bêtes, demeurèrent à distance, sans personne pour les protéger des méfaits de cette vilaine calebasse. Quelques années plus tard, le petit bélier dit encore à sa mère : «  Maintenant que je suis fort, je vais répondre à son chant.  » Sa mère lui donna une autre pierre plus grande que les précédentes et le bélier, devenu grand et fort, réussit à la briser en menus morceaux. Sa mère, satisfaite, lui permet de répondre au chant de la calebasse. 

La calebasse extraordinaire continuait toujours sa course en cherchant quelque chose à avaler. Le bélier fut prêt à l’affronter. Il entendit la calebasse chanter : «  Tunméméré, tunméméré, sagajigi kamelma tuméméré.  » Quand sa chanson terminée, le bélier lui répondit : «  Tunméméré, tunméméré, mais sagajigi kamelma tunméméré, tunméméré  ». La calebasse mangeuse, toute fâchée, se dirigea en vitesse vers l’endroit d’où provenait le bruit. Elle chanta avec force, et le bélier fit de même. Les voilà face à face. Notre bélier recula et revint à toute vitesse en donnant un grand coup à la calebasse qui se brisa comme la pierre, dégorgeant tout ce qu’elle avait avalé. Tous ceux qui y étaient enfermés sortirent en remerciant le fort et grand. Merci bélier : nbaa, merci bélier : nbaa ! La récolte de miel du cafard  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama En ce temps-là, le cafard partit récolter du miel. Sa route passait près de la case de la poule. Arrivé devant la porte, la poule lui demande : «  Où vas-tu ?  » «  Récolter du miel. Veux-tu m’accompagner ?  » Ils font route ensemble. Leur chemin passe obligatoirement devant la porte du chat. A leur vue, le chat demande : «  Poule, où allez-vous ?  » 

Ils font maintenant route à trois, passent devant le chien qui les suit, ainsi que devant la porte de l’hyène qui s’ajoute à eux. Les voilà tous en chemin : le cafard, la poule, le chat, le chien, l’hyène. Ils passent devant la porte du lion qui fait équipe également avec eux. Une fois le miel extrait, le cafard se charge du pot bien rempli. En route pour la maison, il marche péniblement avec sa charge. Le lion demande : «  Qui est devant nous, les vieux, et nous retarde ?  » La poule dit : «  C’est le cafard.  » «  Qu’est-ce que tu attends pour nous en débarrasser ?  » La poule avale d’un coup de bec le cafard et prend le pot. Elle va un peu plus vite que le cafard, mais le lion repose sa question et la poule est mangée par le chat qui, à son tour, se charge du pot de miel. Il est plus rapide que le cafard et que la poule, mais le lion n’est pas satisfait et repose sa question. Le chien déclare que c’est le chat qui bloque la marche. «  Mais qu’attends-tu ?  » Le chien mange rapidement le chat, prend la charge, se met devant et marche promptement, comme s’il courait. Le lion dit : «  Qui est parti devant en courant trop vite pour les vieux ?  » 

L’hyène de répondre : «  C’est le chien avec ses longues pattes.  » «  Qu’attends-tu ?  » À ces mots, le chien jette le pot de miel et prend la fuite, poursuivi par l’hyène. Il court tellement vite qu’il rate la grande porte. Il veut se faufiler entre deux cases, la tête la première, mais il n’arrive pas à faire passer son derrière et reste coincé entre les cases. L’hyène arrive à son tour et le voit. Ne sachant pas que c’est le chien, elle demande : «  Derrière rouge, n’as-tu pas vu le chien par ici ?  » «  Derrière rouge  » lui répond :  » Pousse-moi, je vais entrer et je te le dirai.  » Notre hyène, de toute sa force, pousse Derrière rouge. Une fois rentré, le chien se met à crier : «  Woouu !  » Il est trop tard pour que notre hyène le rattrape, car elle a peur de «  Deux pieds  » et n’ose plus le poursuivre. Voulant jouer de ruse, elle va un peu plus loin et dit : «  Chien, mon ami, viens acheter des galettes ! Viens acheter des galettes !  » Le chien lui répond : «  Je n’ai pas d’argent, je n’ai pas d’argent !  » «  Viens acheter à crédit ! Viens acheter à crédit !  » «  Je ne vais pas là-bas ! Je ne vais pas là-bas !  Quand «  Deux pieds  » entend le cri de l’hyène et de son ami le chien, il sort et chasse l’hyène jusqu’en brousse. Depuis ce jour, l’hyène n’a pas oublié le chien : elle vient rôder autour des cases et, à défaut du chien, elle prend soit un mouton, soit une chèvre et attrape parfois un petit deux pieds (*). Quant au cafard, il n’a plus jamais rêvé de miel ; il préfère rester dans les endroits malsains, mais le problème persiste entre le chien et l’hyène. (*) l’homme.

L’hyène, le chien et le bouc  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Un jour, il y a bien longtemps, le chien et le bouc vont à la pêche. En chemin, ils croisent l’hyène qui se joint à eux. La pêche n’est pas bonne : à la mi-journée, ils n’ont pris que trois poissons : un gros, un moyen et un petit. Le bouc est chargé de faire le partage. Il prend le gros poisson, donne le moyen à l’hyène et le petit au chien. L’hyène n’est pas satisfaite de ce choix et décide de faire elle-même la répartition : elle prend le gros, donne le moyen au chien et le petit au bouc. Le chien, à son tour, n’est pas d’accord. Il leur dit : «  Donnez-moi les poissons, je vais bien les partager. Vous allez voir.  » On les lui remet, il les prépare bien et hop, il les avale et prend la fuite. L’hyène se met à le poursuivre. Le bouc, de son côté, se jette dans la boue, s’en recouvre tout le corps et prend le chemin du retour. L’hyène, fatiguée de poursuivre le chien, revient sur ses traces en se disant : « Si je n’ai pas pu atteindre le chien, j’aurai le bouc.  » En disant cela, elle se retrouve en face du bouc couvert de boue. Elle lui demande : «  Ami couvert de boue, n’as-tu pas vu le chien par ici ?  » 

«  Si tu le veux, je te donne dix coups de bâton et je t’indique où se trouve le chien.  » Notre hyène est d’accord. Le bouc la bat et lui montre un autre chemin que lui-même va prendre pour la croiser de nouveau. En le revoyant, l’hyène lui pose la même question : «  Ami couvert de boue, n’as-tu pas vu le chien par ici ?  » «  Si tu le veux, je te donne dix coups de bâton et je te montre où se trouve le chien.  » Notre hyène est battue une fois de plus par le bouc qui lui indique une autre route. L’hyène suit ce nouveau chemin tout en se disant à elle-même : «  Sa démarche est celle du bouc, sa voix est celle du bouc, mais la boue me trompe.  » Elle le croise encore et la même scène se reproduit, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’hyène se dise : «  Aujourd’hui, je rencontre beaucoup d’amis couverts de boue ; je ne trouve pas le chien mais mon corps est chaud.  » L’ami couvert de boue se trouve encore une fois devant elle. Au moment de poser sa question, elle remarque qu’une partie de la boue a été enlevée. Elle reconnaît le bouc et lui dit : «  Toi, bouc, tu m’as trop fait souffrir ! Je vais te manger à un endroit où il n’y pas de mouches. Elle l’attrape et le conduit à travers la brousse. Elle le lâche parfois pour se rendre compte s’il y a des mouches, puis continue encore plus loin, et ainsi de suite. Arrivée à un endroit où elle est enfin certaine qu’il n’y a pas de mouches, elle le lâche et lui dit : «  C’est ici que je vais te manger.  » A ces mots, son regard croise celui du roi de la forêt, le lion. Notre hyène change de version et dit au roi qui a mal au pied : «  Nous sommes venus te dire bonjour ; nous avons appris que tu es malade.  » 

Le roi leur dit : «  Je vous remercie, mais il faut me chercher des médicaments. Bouc vit avec les hommes, il doit connaître beaucoup de remèdes.  » Et il ajoute : «  Bouc, vite, dépêche-toi de me soigner.  » «  Roi, je peux bien te soigner, mais il m’est difficile de trouver ce qu’il me faut.  » «  Dis seulement ce qu’il faut.  » «  Il me faut la tête d’une hyène vivante pour faire la troisième pierre du foyer sur lequel je dois mettre le canari.  » A ces mots, l’hyène le regarde méchamment en disant : «  Comment va-t-on faire çà ?  » Le lion l’attrape en disant : «  Comment va-t-on faire ? Toi, n’es-tu pas une hyène ?  » Le bouc prend deux pierres et la tête de l’hyène sert de troisième. Il prépare le bois, allume le feu et y dépose le canari plein de feuilles. A mesure que le feu augmente, l’hyène se retire un peu et le bouc de dire : «  Roi, elle va gâter le remède si elle fait tomber le canari.  » Le lion la pousse, mais le feu augmente et la brûle avec force. Notre hyène prend la fuite, poursuivie par le lion qui n’arrive pas à l’atteindre.  L’hyène n’a pas pu manger le bouc, mais le roi, en pourchassant l’hyène, est guéri. Sachez que ces trois personnages ne se rencontrent pas sans que l’un d’eux ne prenne la fuite : le lion et l’hyène, ou l’hyène et le bouc.

Un vieux  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Autrefois, dans un village de la brousse vivait un vieil aveugle qui avait les testicules de la taille d’une grosse calebasse. Un matin, ses enfants le conduisent comme d’habitude sous le grand arbre derrière le village et partent vaquer à leurs occupations. Vers le milieu de la journée, un épervier pourchasse un margouillat qui vient se cacher sous la grosse calebasse du vieux. L’épervier dit au vieux : «  Si tu me livres le margouillat, j’ouvre tes yeux !  » Le margouillat dit  à son tour : «  Si tu me gardes, je vais soigner tes testicules et ils redeviendront normaux.  » 

Notre vieux ne sait que faire. Il appelle au secours ses femmes et ses enfants. Commence alors une grande discussion entre eux. Les uns sont pour l’épervier, les autres pour le margouillat. Alors le benjamin de la seconde femme dit à sa mère : «  Maman, il faut dire à papa de supplier l’épervier de lui donner un poussin à la place du margouillat et papa sera guéri des deux maux.  »  La femme transmet la proposition à son mari qui lui-même exprime sa doléance à l’épervier, lequel est tout content d’accepter car il n’a jamais mangé de poule. On lui apporte un gros poussin et, avec ses ailes, l’épervier frappe les yeux du vieux en passant et repassant à trois reprises. Les yeux du vieux s’ouvrent et à la quatrième fois l’épervier prend le poussin. C’est depuis ce jour que l’épervier attrape nos poussins. Le margouillat fait aussi son travail et la grosse calebasse disparaît d’entre les jambes du vieux. Depuis lors, notre vieux est guéri de ses maux. C’est aussi depuis ce jour que les derniers-nés sont aimés et dorlotés plus que les autres enfants et que les petites femmes sont le plus souvent préférées aux autres. Le cultivateur, sa femme et les génies  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a fort longtemps, un cultivateur travaillait dans son champ. Un matin, l’homme part, comme d’habitude, à la recherche de termites pour ses poules. Sa femme allume le feu pour la cuisine. Or, une famille de génies vit à côté du champ. En voyant la fumée que le foyer de la femme produit, le vieux génie envoie le plus jeune chercher une flamme. Ce dernier arrive et demande donc à prendre du feu. La femme lui dit : «  Attends, quand mon mari sera de retour. Je vais prendre le rasoir.  » 

Le petit génie s’assit. Quelque temps après, le vieux est inquiet et envoie l’aîné voir ce que fait son frère. Il va donc trouver son petit frère, le trouve assis, et lui dit : «  Kunkelen, le vieux t’a envoyé chercher du feu et tu es venu t’asseoir ?  » Le petit frère lui répond : «  C’est cette femme bavarde qui veut me raser  ». Le grand frère dit : «  Elle va me raser aussi.  » Et il s’assoit. Peu après, le vieux, toujours inquiet, envoie son troisième fils qui trouve ses deux frères assis l’un à côté de l’autre. Il demande à son frère cadet : «  Kunkelen, le vieux t’a envoyé chercher du feu et tu es venu t’asseoir ?  ». Le petit frère lui répond : «  C’est cette femme bavarde qui veut me raser  ». Le grand frère répète : «  Elle va me raser aussi.  » Il s’assoit à côté d’eux. La même chose se répète avec le quatrième, le cinquième, jusqu’au neuvième fils. Le vieux vient alors lui-même demander à son plus jeune fils : «  Kunkelen, je t’ai envoyé chercher du feu et tu es venu t’asseoir ?  ». Le petit lui répond : «  C’est cette femme bavarde qui veut me raser  ». 

Le vieux dit : «  Elle va me raser aussi.  » Il s’assoit à côté de ses fils. La femme ne sait plus que faire de ces génies qui l’entourent. Elle cherche à résoudre ce problème. Son mari n’est pas là, elle est seule. Que faire ? Elle ne peut plus préparer sa cuisine. Quelque temps après, le mari revient et voit sa cour remplie de génies. Pris de peur, il prend soin de ne pas s’approcher et demande à sa femme en restant à distance : «  Pourquoi ces génies sont-ils dans la cour ?  » La femme répond : «  Le plus petit est venu chercher du feu et je lui ai demandé de s’asseoir, lui disant qu’après ton retour, j’allais le raser. Les autres sont ensuite arrivés un à un en demandant au petit : «  Tu es venu t’asseoir, tu es venu t’asseoir ?  » Le mari lui jette le couteau qui était dans sa poche, laisse ses termites et s’enfuit. Le mari parti, la femme cherche un moyen de s’enfuir à son tour. Elle se lève, fait semblant de ramasser du bois mort, s’éloigne petit à petit et prend la fuite pour rejoindre son mari. Quand les génies s’aperçoivent que les propriétaires du champ ont pris la fuite, ils prennent tout ce qu’ils trouvent : moutons, chèvres, poules, pintades. Ils les tuent et les mangent. Depuis ce jour, quand quelqu’un demande un champ, le chef de terre exige soit un mouton, soit une chèvre, soit une poule ou une pintade pour l’offrir aux génies. C’est cette femme qui a provoqué cela : habituer les génies à manger les animaux.

Le lièvre, l’éléphant et l’hippopotame  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Un jour, le lièvre voulut savoir qui est le plus fort d’entre l’éléphant et l’hippopotame. Il va acheter une grosse corde, en attache un bout à un arbre et part chez l’éléphant en trimbalant sa corde par terre. Il lui dit : «  Ami, on m’a offert un bœuf, mais je n’arrive pas à le tirer. Si tu le veux et si tu arrives à le tirer, tu le gardes pour toi. Il lui remet un bout de la corde et lui dit : «  Attends un peu que j’aille voir s’il est toujours à l’autre bout.  » Il court trouver l’hippopotame et lui dit la même chose, détache la corde qu’il avait attachée à l’arbre, la lui remet et lui dit de se débrouiller. Il s’en va retrouver l’éléphant et lui dit que le bœuf est toujours à l’autre bout de la corde ; il lui dit également de se débrouiller et s’en va. Voilà nos deux frères qui se tirent, tirent, tirent, sans résultat ; ils redoublent d’efforts, chacun de son côté, mais en vain. Fatigués de tirer, ils ont la même idée : aller voir le bœuf en question. Chacun attache sa corde à un arbre et part voir à l’autre bout de la corde en la suivant. A leur grande surprise, ils se croisent au milieu de la corde, se demandent ce qui s’est passé et les deux donnent la même explication. Ils se rendent alors compte que le lièvre s’est moqué d’eux et décident de le punir. L’éléphant dit : «  A partir d’aujourd’hui, il ne mangera plus d’herbe ici.  » L’hippopotame, quant à lui, lui interdira de boire de l’eau. 

Or, le lièvre est caché près d’eux ; il entend toute la conversation, rentre chez lui et se met à réfléchir à ce problème qu’il a provoqué : il lui trouve vite une solution. Il tue une chèvre et en fait sécher soigneusement la peau. Il se revêt de la peau et se dirige vers la brousse en marchant péniblement. En voyant l’éléphant, il le salue sur un ton maladif. L’éléphant lui demande : «  Quelle est la maladie qui a pu te rendre ainsi, amie chèvre ?  » «  C’est le lièvre qui m’a rendue ainsi.  » «  C’est le lièvre qui t’a rendue ainsi ? Avec quoi ?  » «  Avec son mauvais doigt.  » «  Il a un mauvais doigt ?  » «  Oui, il a un mauvais doigt.  » 

«  Comment fait-il ?  » «  Il suffit qu’il te pointe de son index pour que tu deviennes comme moi ; cela fait maintenant trois jours que je suis dans cet état. » «  S’il te pointe de son index, après trois jours, tu deviens comme ça ?  » «  Non, c’est le même jour que tu deviens comme ça.  » L’éléphant dit : «  Va lui dire qu’il peut venir manger de l’herbe comme bon lui semble, que la guerre est finie.  »  Notre lièvre part trouver l’hippopotame et reprend le même discours. L’hippopotame prend peur lui aussi et l’envoie annoncer au lièvre que la guerre est finie, qu’il peut venir boire comme il veut et qu’il peut même, s’il le désire, se laver. Notre lièvre part enlever sa peau de chèvre et revient manger l’herbe, à la vue de l’éléphant. Il fait semblant d’avoir peur, mais ce dernier lui dit de ne pas avoir peur, que la guerre est finie. Il va voir l’hippopotame et c’est la même chose qui se produit. Notre ami lièvre a ainsi retrouvé la paix parce qu’il est le plus malin.

Le chien et le singe  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Autrefois, le chien et le singe étaient de véritables amis. Ils faisaient tout ensemble : ils se promenaient, ils se confiaient leurs secrets ; c’était là une vraie amitié. C’est une affaire de femme  qui va les transformer en de véritables ennemis. Le chien est fiancé à une fille d’un village voisin. Un jour, il demande à son ami de l’accompagner dans la belle-famille. Il faut traverser un petit marigot avant d’y arriver, mais ce marigot est à sec. Arrivés au marigot, le chien demande à son ami de l’aider à creuser un trou pour qu’ils puissent boire à leur retour. Le singe refuse en lui disant qu’il ne veut pas se salir. Le chien commence à creuser et le singe part en le laissant travailler. Le chien ne se décourage pas et accompli le travail pour réaliser son projet. Après avoir atteint l’eau, il repart et arrive au village où il trouve son ami en pleine causerie avec sa fiancée. Il ne dit rien, les salue et s’assoit à côté d’eux ; ils palabrent tous ensemble. 

A un moment, le chien demande à sa fiancée de rentrer avec lui, mais elle répond qu’elle ne veut plus de lui parce qu’il est sale, et qu’elle veut le singe. Commence alors une dispute et le chien, rouge de colère, retourne vers sa case. Arrivé au lieu où il s’était sali, il boit et se repose, puis entre ensuite dans le trou d’eau qu’il avait creusé mais laisse les derniers poils de sa queue flotter à la surface. Quelque temps après, le singe, tout assoiffé, arrive et veut boire de cette eau. Quand il se penche pour boire, le chien avance sa queue. Le singe l’écarte de la main sans savoir que c’est la queue du chien. Le jeu se répète à plusieurs reprises jusqu’à ce que le singe décide d’enlever cette saleté qui est sur l’eau pour boire à son aise. A sa grande surprise, c’est le chien qu’il fait sortir, et une lutte commence entre eux. Le chien mord le singe de tous côtés, le singe crie au secours en appelant sa mère, son père ; il crie, crie encore, et ses cris attirent l’attention de la panthère. A la vue de la panthère, le chien prend peur et, tout tremblant, se retrouve la queue entre les jambes. Le singe tremble aussi. «  Pourquoi faites-vous tant de bruit ?  », demande la panthère. «  C’est mon ami qui a détourné ma fiancée.  » Et le chien lui raconte toute l’histoire. La panthère lui dit : «  Attrapez-vous pour la lutte.  » Le chien attrape le singe et le jette par terre. Le singe se met à déféquer de peur. «  Prends ses selles et mange-les !  », dit la panthère au chien. Le chien mange les déchets du singe et part en pleurant. Il rencontre le bouc qui lui demande : 

«  Pourquoi pleures-tu ?  » Le chien raconte sa mésaventure au bouc qui lui dit : «  Retourne là-bas, on va voir.  » Ils retrouvent le singe et la panthère. Cette dernière dit : «  Attrapez-vous !  » Et une fois encore le chien jette par terre le singe qui se met à nouveau à se soulager. La panthère dit : «  Chien, mange ça !  » Le chien regarde le bouc qui confirme les ordres de la panthère : «  Pourquoi me regardes-tu ? Prends et mange !  » Notre malheureux chien mange les selles du singe et s’en retourne en pleurant ; en chemin, il croise l’âne qui lui demande la cause de ses pleurs ; il lui raconte sa mésaventure. L’âne lui dit : «  Retourne, j’irai voir cette panthère !  » Le chien retourne et l’âne le suit. La panthère et le singe étaient toujours là. La panthère dit : «  Allez, attrapez-vous!  » Une fois de plus, voilà le singe par terre qui défèque plus que les autres fois. La panthère dit au chien : «  Prends et mange ça vite !  » Le chien regarde l’âne qui lui répète les mêmes paroles que le bouc. Notre malheureux chien est obligé d’exécuter encore une fois la demande de la panthère. Il repart ensuite en boudant : «  Si je rencontre qui que ce soit, même le lion, je ne retourne pas là-bas ! J’ai le ventre rempli des selles du singe ; si j’avais continué mon chemin, je n’aurais pas le ventre ballonné ainsi !  » Tandis qu’il réfléchit ainsi, il rencontre le bélier. «  Qu’est-ce qui t’est arrivé pour avoir le ventre aussi ballonné ?  » Et notre chien de lui raconter toute son histoire jusqu’à l’intervention de l’âne. Le bélier lui dit de retourner là-bas, mais il refuse d’abord. Alors le bélier insiste tellement qu’il finit par accepter. Le voilà maintenant qui dandine comme un canard derrière le bélier. La panthère et le singe sont toujours là. 

Le bélier dit : «  Panthère, que s’est-il passé ?  » «  C’est moi qui dois te poser la question ou c’est toi ?  » dit la panthère. «  J’ai croisé le chien pleurant et le ventre enflé ; je lui en ai demandé la cause de son tourment et il m’a dit que tu l’avais obligé à manger les selles du singe. Je l’ai ramené ici pour voir ça de mes yeux.  » La panthère dit : «  Singe, attrapez-vous !  » Comme les autres fois, le chien le jette par terre et les selles du singe sont plus abondantes que les fois passées. La panthère à nouveau  dit : «  Chien, mange ça !  » Le bélier : «  Ne mange pas ça !  » «  Mange ça !  » «  Ne mange pas ça !  » «  Mange ça !  » «  Ne mange pas ça !  » C’est comme une rengaine entre les deux grands. Au terme, les deux protecteurs commencent à se battre, se déchirent, se griffent, aucun ne parvenant à terrasser l’autre. Fatigués, essoufflés, ils se regardent. La panthère dit au singe : «  Va dans la case fétiche de mon père, prends les vieilles griffes suspendues au mur et reviens vite. Ne t’arrête pas en chemin pour goutter à quelque fruit. Va et reviens vite !  » «  J’ai compris, je reviens vite  », dit le singe. Le bélier à son tour envoie le chien en lui disant de déterrer tous les os qu’il verra en route. Comme le singe, le chien part en flèche. Le chien ne s’est pas arrêté en route. Après quelques temps, il ramène les vieilles cornes du grand-père bélier, mais le singe a fait le contraire de ce qui lui était demandé : en chemin, il a vu des lianes bien rouges et il n’a pas pu s’en passer. Il y est grimpé en chantant, cueillant et mangeant des fruits sans se soucier de la panthère. Passant près du buisson où est le singe, la panthère entend des chansons ; levant la tête, elle voit le singe, s’approche et lui dit : 

«  Coupe-moi cette liane-là !  » Le singe, tout tremblant, lui demande en en désignant une : «  Çà ?  » Elle dit non. Il en montre une autre et la panthère dit non, puis une troisième et elle dit toujours non. Brusquement, elle saute et coupe la liane qu’elle veut : ce sont les testicules du singe ! Puis elle continue son chemin. Ce sont ces cicatrices noires qu’on retrouve sur la peau de la panthère. Or, à l’intérieur d’une termitière, vit une tortue. La tortue, en voyant couler le sang du singe, commence à chanter : «  Depuis que je suis née, je n’ai jamais vu une pluie de sang.  » Son chant attire l’attention du singe qui descend à l’intérieur de la termitière. En voyant la tortue, il lui dit : «  Je vais te manger car j’ai une faim de loup ! Va vite chercher du feu, je vais te griller, mais ne vas pas chez le chien : va plutôt chez le coq et reviens vite.  »  La tortue part aussitôt, mais va chez le chien. Elle explique son malheur au vieux chien qui lui remet une peau d’animal contenant un jeune chien. De retour, la tortue chante : «  Je suis allée chez le père coq qui m’a remis une queue pour chasser les mouches.  » Elle dépose le feu, ramasse du bois mort et allume le feu. Le singe la prend et la jette dans le feu, mais elle sort ; il la rejette encore et elle ressort, une fois, deux fois, trois fois. La quatrième fois, dame tortue se précipite sur la peau que lui a remise le chien, l’ouvre et en fait sortir l’ennemi principal du singe. Notre singe ne sait plus attendre ; il prend la fuite, poursuivi par le chien. Si le singe monte sur un arbre, le chien monte ; s’il descend, il descend. Fatigué, le singe fait une prière : «  Seigneur, je t’en prie, sépare-nous ; que l’un reste à terre et l’autre en haut !  » Dieu a entendu sa supplication. Depuis ce jour, le chien ne peut plus grimper aux arbres.

La perdrix sèche de l’hyène  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a bien longtemps, une vieille femme vivait près du village de Bouki, l’hyène. Elle avait un grand troupeau de bœufs. Bouki lui dit d’une voix amicale : «  Bonne vieille, je t’en prie, garde-moi cette perdrix : je vais au village voisin et je reviens dans peu de temps !  » Notre vieille, sans réfléchir, lui dit : «  Mon enfant, il n’y a pas de problème, donne-la-moi !  » L’hyène partie, elle prend la perdrix, la dépose dans sa case et ressort. En son absence, son chien s’empare de la perdrix de l’hyène et la mange. Bonne affaire pour l’hyène qui revient le soir et réclame sa perdrix. Elle dit : «  Maman, je suis venue chercher ma perdrix.  » 

La vieille lui répond : «  Mon chien l’a mangée.  » L’hyène rétorque : «  Si ton chien l’a mangée, je le prends à la place de ma perdrix.  » La vieille dit : «  Prends-le.  » Aussitôt dit, aussitôt fait. Bouki l’hyène emporte le chien de la vieille pour le manger. Elle revient le lendemain et dit : «  Ma perdrix !  » La vieille, tout étonnée, répond : «  Hier, je t’ai donné mon chien à sa place et tu reviens encore aujourd’hui ?  » A ces mots, l’hyène Bouki menace la vieille avec ses crocs. Prenant peur, la vieille lui dit : «  Va attraper un bœuf.  » Bouki, toute joyeuse, s’empare d’un bœuf. La même scène se répète chaque jour chez la vieille. Ainsi, chaque soir, la vieille voit diminuer le nombre de ses bœufs tandis que Bouki fait la fête avec les siens. Le dernier bœuf qui reste est le plus gros. Le soir venu, avant l’heure de Bouki, la vieille l’attache, s’assoit et le regarde, les yeux pleins de larmes. Arrive soudain le roi de la brousse. Voyant la vieille, il lui dit : «  Maman, pourquoi pleures-tu jusqu’à avoir les yeux rouges ?  » Notre bonne vieille lui raconte son histoire à partir du début. 

Le lion, roi de la brousse, dit : «  Détache vite le bœuf, attache-moi à sa place et va le cacher. Ainsi dit, ainsi fait. Et voilà le roi de la forêt au bout de la corde. Ce jour-là, Bouki est en retard : elle arrive en pleine nuit. A son arrivée, la vieille lui montre le bœuf sans dire un mot. Toute contente, Bouki, sans le savoir, détache le roi et s’empresse de rentrer. En chemin, elle croise son ami Leuk, le lièvre. Avant cette rencontre, Bouki s’est retournée pour vérifier sa proie et ses yeux ont croisé ceux du roi au moment où un éclair brillait. Elle dit au lièvre : «  Attrape mon bœuf pendant que je vais me soulager ; je reviens tout de suite.  » Le lièvre prend le bout de la corde et Bouki s’enfuit en brousse. Elle rejoint sa famille en chantant : «  J’ai flatté Jounpè et je lui ai remis le lion !  ».  Jounpè, le lièvre, s’aperçoit à son tour que ce n’est pas un bœuf qu’il tient en laisse. Il lâche la corde et veut s’enfuir, mais le lion lui dit : «  Gare à toi si tu te sauves !  » De peur, le lièvre reprend la corde et la tire jusque chez Bouki, l’hyène. Quand Bouki voit rentrer dans sa case Jounpè Leuk, le lièvre, avec Waimasa le lion, roi de la forêt, elle dit aux siens : «  Celui qui reste sur terre c’est son affaire, je n’ai rien à dire. A ces mots, tous sautent s’accrocher au toit de la maison. Le lion entre sans se presser et s’accroupit. Quelques temps plus tard, le plus petit dit : «  Papa, je suis fatigué !  » L’hyène lui dit : «  Je ne suis pas ton papa, il est en bas.  » Le petit se laisse tomber, le lion lui casse le crâne, le met de côté et attend. Le suivant dit à son tour : «  Papa, je n’en peux plus !  » «  Je ne suis pas ton papa, il est en bas  », lui répond Bouki. Lui aussi tombe et est tué comme son frère cadet. Un à un, les enfants de Bouki sont tués de cette façon. A son tour, madame Bouki dit : «  Mon mari, je suis fatiguée !  » «  Ton mari est en bas, je ne le suis pas.  » Madame hyène, n’en pouvant plus, se laisse tomber et va grossir le tas de cadavres hyènes. Maintenant, c’est Bouki qui ressent la fatigue. Il dit au roi : «  Tu vois que je suis grosse, je suis pleine de graisse ; si je tombe, elle va s’étendre. Prends de la cendre et verse-en en dessous de moi : si je tombe, ma graisse ne va pas s’étendre. Le lion, sans réfléchir, prend de la cendre et la répand sous Bouki, qui se jette alors sur la cendre, laquelle remplit les yeux de Waimasa le lion. Quand le lion a fini de s’essuyer, Bouki est bien loin dans la forêt, mais elle s’est blessée aux reins en tombant. C’est cette entorse qu’elle a gardée jusqu’à aujourd’hui. Depuis ce jour, quand elle entend le bruit du lion, elle cherche un refuge.

Lassina et son ami Funseni  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Autrefois, deux jeunes amis vivaient dans un village. Ils s’amusaient comme de jeunes mariés, ils étaient toujours ensemble, ils faisaient tout ensemble. Lasina avait un pouvoir magique que Funseni n’avait pas, et sa mère aussi était sorcière. Un jour, Lasina veut voyager et dit à Funseni : «  Si je ne suis pas là, ne viens jamais chez nous.  » Funseni dit : «  J’ai compris.  » Lasina sait que sa mère veut manger son ami, mais qu’elle ne le peut pas à cause de lui. Voilà pourquoi il a interdit à son ami de venir en son absence. 

Deux semaines après le départ de Lasina, sa mère envoie appeler Funseni et lui dit : «  C’est ainsi que vous vivez chez vous ? Cela fait deux semaines que ton ami est parti et tu n’es pas venu, même une seule fois, me dire bonjour : d’après toi, est-ce que c’est gentil ?  » Funseni, tout honteux, baisse la tête sans rien dire. La vieille ajoute : «  Je veux que tu m’accompagnes en brousse pour me chercher du bois.  » Funseni ne peut pas refuser. Il accompagne la vieille ; il a pris sa hache et son coupe-coupe. Arrivés en pleine forêt, ils voient un grand arbre mort. La vieille demande à Funseni de grimper pour y couper des branches dont elle a besoin. Funseni dit : «  Maman, cet arbre est trop gros pour moi, je ne peux pas y grimper.  » La vieille sorcière l’oblige à fermer les yeux et le fait grimper au moyen d’un sortilège. Une fois à la cime de l’arbre, elle lui dit : «  C’est pour te manger que je t’ai amené ici !  » Elle commence à aiguiser la lame de son couteau. Funseni a très peur et dit en chantant : «  Ami Lassina a a a, ami Lassina a a a, Lassina, je ne savais pas que ta mère était sorcière, or ta mère est une sorcière !  » La vieille dit aussi en chantant : «  Si tu appelles Lassina, je vais te manger, si tu n’appelles pas Lassina, tinkan, tinkan, je lave mes dents pour te manger tout entier.  » Funseni reprend sa chanson et la vieille, la sienne. À force de répéter et de crier cette chanson, Lassina finit par entendre la voix de son ami, car il est magicien. Il se dit en lui-même : «  Si je n’arrive pas vite, ma mère va manger mon ami.  » Avec sa magie, il s’envole jusqu’au lieu où la scène se passe. Il dit à sa mère : «  Laisse descendre mon ami !  » 

Sa mère dit : «  Ferme les yeux avant que je le fasse descendre !  » Lassina dit : «  Je ne vais pas fermer les yeux, mais laisse-le descendre et vite !  » A ces mots, la vieille sorcière se fâche et veut manger son fils, mais il est plus fort qu’elle et la tue. Puis, avec son pouvoir, il fait descendre son ami Funseni et lui dit : «  Que t’avais-je dit avant de partir ?  » «  Tu m’avais dit de ne pas aller dans votre cour avant ton retour.  » «  Mais que s’est-il passé ?  »  «  C’est la vieille qui a envoyé quelqu’un me chercher ; je ne pouvais pas refuser, et tu connais la suite ! Allons maintenant au village : nous ferons les funérailles et c’est fini.  » Lassina et Funseni rentrent au village et font les funérailles de la vieille. Ils ont vécu ensemble comme d’habitude jusqu’à la fin de leur vie. Ils sont morts tous les deux en même temps. Ils vivaient une véritable amitié. Après leur mort, une femme de leur village a mis au monde des jumeaux. Les gens du village ont dit que c’était Lassina et Funseni. Depuis ce jour, les jumeaux portent ces noms. Quant à la vieille sorcière, elle s’est transformée en termite et se promène dans les champs, surtout en hivernage. Ils sont appelés termites des morts.

Le prince  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a bien longtemps, dans un village vivait un homme riche qui avait un fils unique. En revenant de s’y promener, le jeune prince aperçoit trois enfants qui jouent chacun avec trois petits animaux : un petit charognard, un petit chien et un petit chat. Le jeune prince leur demande : «  Pourquoi maltraitez-vous ces petits animaux ? Laissez-les !  » Les enfants lui demandent : «  C’est parce que nous sommes des petits que tu nous dis ça ?  » Le prince leur dit : «  Je vais vous les acheter.  » 

Les enfants acceptent. Le prince donne une poignée d’or à chacun, prend les bêtes et revient à la maison. Sa maman veut le chasser à cause de ces bêtes, mais le papa, le roi, s’y oppose en disant à sa femme : «  Il ne faut jamais chasser un enfant à cause de ce qu’il ramène de sa promenade !  » Quelques temps après, le papa meurt et le petit reste avec ses bêtes et sa mère. Au bout de quelques années, ils ont fini de dépenser l’or et l’argent que le roi leur a laissés. La souffrance frappe à leur porte, mais personne ne les approche ni ne les considère. Le prince fabrique un lance-pierre pour nourrir sa mère et ses animaux. Chaque jour, il part tuer des oiseaux : un pour le chaton, un pour le petit charognard, un pour le petit chien, un pour sa mère, et le cinquième pour lui-même. S’il en tue quatre, il en donne un à chaque animal et partage le quatrième entre lui et sa mère. Si le partage est impossible, c’est lui et sa mère qui dorment à jeun, mais chaque fois sa mère se met à se plaindre. Un jour, le prince fait une mauvaise chasse et ne rapporte pas même un oiseau. Il revient s’asseoir et regarde ses petits animaux ; il ne sait que faire ni où trouver à leur donner à manger. Ce jour-là, le petit charognard dit à ses compagnons : «  Aujourd’hui, notre tuteur a le cœur triste car il n’a rien pour nous, mais je vais l’aider.  » Il part dire au prince : «  Aujourd’hui, je vais t’aider, je vais te conduire chez moi, dans mon village.  » Le prince est d’accord et va avertir sa mère qui lui dit : «  Qu’est-ce que j’ai à voir avec tes promenades inutiles ?  » Le petit charognard dit : «  Ferme les yeux !  » Et quand le prince les ouvre à nouveau, il se voit dans un endroit inconnu, au milieu d’un troupeau de charognards qui l’accueillent comme un roi. Après l’avoir salué, ils se retirent en le laissant avec son petit charognard qui lui dit : «  Mon père et ma mère vont venir te saluer et te demander ce que tu veux ! Ne leur réponds pas que tu veux de l’argent ou de l’or, mais dis à mon père que tu veux ce qu’il a au doigt et à ma mère de souffler à ton oreille !  » Le jeune prince dit : «  J’ai compris !  » Ainsi dit, ainsi fait. Il reçoit ce qu’il a demandé : une bague magique. Il lui suffit de dire ce dont il a besoin et son souhait est exaucé. Avec cette bague, le jeune prince devient très riche et sa renommée se répand partout. Il est envié, on se demande où il a reçu toute cette richesse. Poussé par sa femme, le griot du roi voisin va le trahir. Un jour, ce griot dit à son roi : «  Je vais voir ce qui se passe et d’où ce jeune a reçu toute cette richesse. Il entre dans la cour du jeune en son absence pour le louer. Sa femme le reçoit, tout en soulignant que son mari est absent. Le griot lui dit qu’elle n’est pas digne d’être la femme d’un si grand personnage et il réussit à la convaincre de lui donner la bague magique de son mari. Revenu chez son roi, il lui montre la bague. Le roi lui dit : «  C’est tout ce que tu as ramené ? Qu’est-ce que cela peut faire ?  » Le griot dit : «  Tu verras ce que ça peut faire !  » Il demande de l’or à la bague et la maison du roi en est aussitôt remplie. Le roi lui prend la bague et fait chercher le prince, qu’il ligote bien, et sa femme. Il décide de garder la femme et envoie le prince, toujours ligoté, au milieu de ses esclaves. Mais la femme intercède auprès du roi pour que son mari soit détaché et redevienne libre. 

Quant à la mère du prince, le chiot et le chaton, ils restent seuls, toujours dans la misère, tandis que le griot, son roi et les gens de son peuple sont toujours en fête. Le roi a fait construire une maison à étage pour lui et la femme du prince. Il a suspendu au mur la bague magique, au-dessus de leur lit. Un jour, le chaton dit au chiot : «  Si tu peux me faire traverser le fleuve, j’irai aider notre maître !  » (Il y a un fleuve qui sépare les deux peuples). «  Si c’est pour traverser le fleuve, il n’y a pas de problème !  » Arrivés au bord du fleuve, le chiot dit au chaton : «  Accroche-toi à mon dos, je vais te faire traverser !  » Le chiot fait monter le chaton et les voilà dans l’eau. Sur l’autre rive, le chaton dit : «  Comme toi, le chien, tu n’es pas aimé des hommes, reste à l’écart et attends-moi. Quand tu me verras revenir en vitesse, sois prêt à t’en retourner, car j’aurai la bague.  » Le chien se met à l’ombre d’un arbre à l’entrée du village pendant que le chaton part tout seul. Ce dernier entre dans la cour, dépasse les gens qui festoient, monte à l’étage et s’assoit à côté de la femme. Le roi demande : «  D’où vient ce chat ?  » La femme dit : «  C’est l’odeur des souris qui l’attire, et comme il y en a beaucoup…  » Le roi, la femme et ses parents les plus proches étaient ensemble à boire, rire, manger ; partout c’était la joie. Tout à coup, en voyant une souris, le chaton lui parle dans son langage et lui demande de l’aider à décrocher la bague. La souris sait qu’avec le chat, il faut s’exécuter : elle s’empare donc de la bague et la dépose vite aux pieds de son propre roi. Cela fait, la souris s’enfuit dans son trou. Notre ami chat prend la fuite à son tour en direction de son compagnon chien. Le chiot, en le voyant revenir en vitesse, se tient prêt pour le retour. Une fois le chaton sur son dos, ils repartent comme une flèche. Au village du roi, c’est la pagaille :  » Arrêtez le chat, il a avalé la souris avec la bague !  » Tout le peuple se met à leur poursuite. Ceux qui savent tirer à l’arc se mettent à s’en servir, mais en vain. Ils n’arrivent pas à les atteindre parce que la fête a pouvoir sur eux. Après avoir semé leurs poursuivants, le chaton demande à la bague de ramener son maître à la maison et cela se fait ainsi. 

Ayant presque atteint l’autre rive, le chiot s’arrête et dit : «  Arrivé à la maison, que vas-tu dire ? Que c’est toi qui es allé récupérer la bague ?  » Le chat dit : «  Ami, que veux-tu insinuer ?  » Le chien dit : «  Remets-moi la bague !  » Sans dire un mot, il la lui remet et ils continuent leur traversée. A quelques pas de la rive, le chiot est mordu par un silure et, voulant crier, laisse tomber la bague dans l’eau. Arrivé sur la rive, il dit au chat que la bague est tombée dans l’eau. Le chat, ne pouvant rien faire, lui dit : «  Tout cela est de ta faute ; qu’est-ce qu’on va dire maintenant ? On a souffert pour rien !  » Ils continuent leur chemin. A la maison, ils racontent leur mésaventure au prince et à la vieille qui les félicitent.  Le prince leur dit : «  Allons vider le fleuve. En route pour le fleuve, il prend un hameçon. Arrivé, il dit : «  Petit charognard, je t’ai acheté, je t’ai nourri ; toi, tu m’as donné une bague, mais elle est tombée dans le fleuve. Si tu m’as donné une bague avec bon cœur, fais que je la repêche et si un caïman ou un poisson l’a avalée, qu’il soit au bout de mon hameçon !  » Une fois l’hameçon dans l’eau, le silure l’attrape. Le prince lui ouvre le ventre, récupère sa bague et le rejette à l’eau en disant à ses amis : «  Nous allons gagner une viande meilleure que celle du silure.  » La joie est revenue à la maison. Le prince a demandé à la bague de ligoter tous les gens du roi et de les lui amener, et ce fut fait ainsi. Depuis ce temps, le chien et le chat vivent avec les humains et on dit qu’il ne faut pas envier le bien d’autrui.

 Les jeunes filles et la vieille sorcière  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a longtemps, deux jeunes filles décident d’aller dans un village voisin. Leur petite sœur veut les accompagner, mais son ainée s’y oppose en disant qu’elle est petite, que c’est loin, qu’elle ne pourra pas marcher jusque là-bas. La fillette, quant à elle, dit qu’elle peut y arriver, mais sa grande sœur refuse. Elles partent donc avec d’autres jeunes filles. La petite les suit en cachette. Beaucoup plus loin, une d’entre elles aperçoit la fillette et avertit les autres. La grande sœur lui enjoint de retourner au village, sans quoi elle va la frapper. Ses compagnes la supplient en lui faisant remarquer que c’est loin et qu’il faut la laisser. Une d’entre elles la prend par la main. La nuit est déjà tombée et elles ne sont pas encore arrivées à destination. Levant les yeux, elles voient de la fumée. La plus âgée dit : «  Allons demander à passer la nuit là-bas et nous continuerons demain.  » Arrivées, elles trouvent une vieille toute seule. Elles lui demandent de passer la nuit chez elle. Toute joyeuse, la vieille les reçoit avec une intention derrière la tête. Au milieu de la nuit, elle se lève et commence à aiguiser son couteau pour les tuer, car elle est une vieille sorcière. La petite fille, qui ne dort pas, dit : «  Vieille femme, que fais-tu ?  » La vieille dit : «  Toi, tu ne dors pas ?  » L’enfant dit : «  Moi, je ne dors pas comme ça !  » 

La vielle dit : «  Qu’est-ce qu’on te donne pour que tu dormes ?  » «  On me donne du maïs grillé semé la même nuit ; si je mange, je m’endors !  » La vieille sorcière sème le maïs qui pousse et donne du fruit. Elle en arrache les épis et les fait griller pour l’enfant. L’enfant mange le maïs grillé et fait semblant de dormir. La sorcière se lève à nouveau et recommence à aiguiser son couteau. La petite fille intervient en disant : «  Maman, que fais-tu là ?  » La vielle dit : «  Toi, la petite, qu’est-ce que tes parents te donnent pour te faire dormir ?  » «  Pour me faire dormir, mes parents me donnent des galettes de pois de terre semés la même nuit  », dit la fillette. La vieille sorcière fait vite ce que l’enfant a demandé. L’enfant mange les galettes et fait de nouveau semblant de dormir. La vieille se lève encore pour aiguiser son couteau, et notre petite demande : «  Maman, pourquoi ne laisses-tu pas dormir les étrangers ? Que fais-tu ainsi ?  » La vieille dit : «  Que vais-je te donner à toi, petite, pour que tu dormes ?  » 

«  Pour me faire dormir, on va au marigot me puiser de l’eau avec une perçoire (un canari qui a des trous) : je bois et je m’endors  ». Jusqu’à ce moment, ses grandes sœurs ne sont au courant de rien ; elle les réveille et les voilà toutes parties en vitesse. En chemin, elles trouvent un arbre de raisins sauvages dont les fruits sont mûrs. Elles veulent en manger, mais la petite leur dit de continuer leur chemin. Elles ont trop faim et elles ne peuvent pas continuer. Elles grimpent toutes dans l’arbre. Pendant ce temps, la vieille essaie d’amener l’eau du marigot, mais elle la perd en chemin et elle se retrouve toujours avec un canari vide. Elle fait beaucoup de vas et viens au marigot jusqu’à ce que le soleil se lève. Alors elle se fâche et retourne à la maison qu’elle trouve vide ; elle suit les traces des jeunes filles et les surprend dans l’arbre. Elle lance son couteau de sorcière en direction de la plus âgée en disant : «  Don don don lèrè, fais descendre cette fille pour moi  ». La fille tombe morte. Elle la prend et dit la même chose pour la suivante. Elle fait descendre ainsi toutes les filles qui meurent en tombant. Le tour de la petite têtue arrive. Quand la sorcière lance son couteau vers elle en disant : «  Don don don lèrè, fais descendre cette petite fille  », cette dernière change rapidement de branche, et ainsi jusqu’à ce que la vieille se fatigue et décide de monter pour la faire tomber en la poussant. Une fois la vieille sorcière dans l’arbre, la fillette saute par terre, prend le couteau et dit : «  Don don don lèrè, ressuscite-moi cette fille aimée, et la fille se lève vivante. La petite ramène ainsi à la vie toutes les filles, sauf sa grande sœur. Il faut que les autres la supplient pour qu’elle la fasse ressusciter. Moralité : il ne faut pas chasser de force un enfant qui veut te suivre là où tu vas, car tu ne sais pas ce qu’il peut t’apporter.

Un mythe des origines : le mythe des épousailles chez les Nuna  Autrefois les hommes et les femmes ne cohabitaient pas ensemble ; ils ne se rencontraient pas. Quand les femmes surprenaient un homme chez elles, elles le tuaient. Dieu avait établi deux lieux : les femmes habitaient seules en leur lieu, et les hommes, seuls dans le leur. Dieu voulait savoir lequel allait perdre courage le premier et aller chez l’autre. Un homme, malgré ses efforts, ne parvint pas à se contraindre, et imagina un stratagème pour rejoindre les femmes. Il chercha du miel dont il remplit un petit canari. La nuit venue, il alla au lieu des femmes, frappa à la porte. Une femme demanda : «  Qui c’est ?  ». Il dit qui il était. La femme demanda à nouveau : «  Que cherches-tu à attendre là ? Que veux-tu ?  ». L’homme répondit : «  Je vous apporte quelque chose !  » Les femmes reprirent : «  Qu’est-ce que c’est ?  » Il leur raconta qu’il avait du jus de verge d’homme, qui est fort succulent. Il en donna aux femmes. Une femme trempa le doigt dans le miel et en goûta. Elle vit que c’était très bon ; elle en donna aux autres femmes. Toutes en goûtèrent et virent que la chose était très bonne. Elles en distribuèrent les unes aux autres, et consommèrent tout, tout. Elles se lavèrent les mains, s’essuyèrent la bouche et rendirent à l’homme son canari. Ce dernier retourna chez lui. Il attendit quelque temps, puis ramena encore du miel. Comme les femmes en avaient goûté et savouré auparavant, elles ne le chassèrent pas ; elles prirent le miel et le consommèrent. Lorsqu’elles eurent fini de manger, elles posèrent la question à l’homme : «  Si déjà le jus de verge est si bon, qu’est-ce que ce serait si c’était la verge elle-même ?  » L’homme leur révéla que si elles obtenaient la verge elle-même, elles verraient alors qu’elle est plus succulente que son jus. Les femmes le prirent chez elles dans leur chambre. L’homme s’arrangea pour engrosser l’une d’elles. Dieu vit que l’une des femmes était enceinte, et il ne savait pas comment cela avait bien pu avoir lieu. Il voulut savoir qui de l’homme ou de la femme était allé chez l’autre. Il répandit dans l’espace des deux lieux d’habitation de la cendre. Au matin, Dieu vit que c’était les pas de l’homme qui se dirigeaient vers le lieu des femmes et s’en retournaient de chez les femmes pour aller rejoindre les hommes. Alors Dieu dit : «  Ainsi, puisque c’est comme ça, désormais c’est l’homme qui ira le premier chez la femme pour causer avec elle avant de la ramener chez lui.  » 

C’est pour cela que la femme ne parle pas la première avec l’homme et que c’est l’homme qui cherche la femme. De plus, c’est avec du miel qu’on fait la demande d’une femme. Les épousailles, c’est du miel ! Commentaire de Nicolas Bado à partir de ce conte :  » Comme on le sait, le mythe renvoie au vécu d’une culture et peut être interprété diversement. Dans le mythe Nord Nuna on affirme d’emblée l’égalité des deux sexes ; il n’y a pas un sexe qui soit à l’origine de l’autre ; mais tous les deux sont créés dans une entière autonomie. Il s’agit du vécu des Nuna qui est ici représenté. Tu es Ba-dolo, je suis Kan-dolo : même valeur dans la référence au kwala dolo, dans la différence des sexes. Les juristes burkinabè à l’envers de l’administration coloniale ont stupidement unifié les noms des Nord Nuna en Ba. : tout le monde est mâle : les filles comme les garçons ! On voit ainsi comment des intellectuels psychiquement anémiés refusent l’altérité d’une culture reconnue par des étrangers :
«  Vous devez être comme tout le monde !  » Lourde menace ! 
La contradiction et l’altérité sont acceptées dans la culture Nord Nuna en toute lucidité et courage de la vérité. Une fois posées, il reste à les concilier. 
Ce que souligne le mythe des épousailles, c’est l’égalité des deux sexes, le refus d’aliéner la femme. Porter le nom de son mari ne consonne nullement avec la culture Nun. La femme aspire à rester ce qu’elle est, la femme d’un kwala originel, celui de son père, même si par alliance elle adopte en seconde phase et secondairement l’existence d’un autre kwala. L’enfant qui naît d’elle est certes d’abord l’enfant du kwala de son mari ; mais il est aussi l’enfant de la femme et son frère est considéré comme un vrai père qui ne peut refuser de l’accueillir ; l’enfant peut donc aller vivre et s’établir chez ses oncles maternels, et hériter au nom de sa mère. C’est ainsi que dans les villages Nuna on voit partout des neko-bya installés en nombre dans la famille de leurs mamans. Ils sont considérés comme des parents, pas des concurrents. La tendance est de rassembler les neko-bya et les da-bya ; très peu de cérémonies se vivent sans qu’il y ait le rassemblement et la concertation des deux groupes. Dans le mythe que nous analysons, la rencontre sexuelle se présente comme une infraction à un interdit. L’attrait sexuel est contredit par l’interdit formulé par Dieu. L’homme n’en dispose pas ; il est dans la dépendance de Dieu. La sexualité est donc vue comme une puissance dangereuse. Pour les Nuna elle est une force sauvage que l’homme utilise momentanément pour procréer ; mais elle ne fait pas la vie de l’homme. Aussi la femme adulte se refuse très rapidement à ces relations qu’elle regarde comme infantiles, œuvres de fougue de jeunesse. Rien à voir avec l’exaltation sans limite de la relation sexuelle comme source du bonheur humain. La démesure accompagne la sexualité et qui ne sait pas la réguler en devient l’esclave. C’est donc l’homme (et non la femme comme dans le mythe de la Genèse) qui déroge à l’interdit ; c’est lui qui est faible et cède à la pulsion. Ainsi on voit que selon les cultures il se peut que ce soit l’homme qui soit plus entreprenant ou que ce soit la femme, même si les modes d’approche peuvent diverger. 

La rencontre a finalement lieu… même à l’épreuve de la mort. L’humour ici s’entoure d’éthique : dans la rencontre, ce ne sera pas la bête mâle qui s’empare de la femelle. L’humanité surgit : la parole intervient, le dialogue s’instaure qui déclare la rencontre homme-femme, rencontre de personnes qui s’unissent fondamentalement par ce qui fait leur être propre : la parole. (La Genèse est terre à terre, comme biologique : elle créa le mâle et la femelle. Adam monologue sur la beauté physique de sa femme, chair de sa chair. Dans le mythe Nuna, il les créa personne-femme et personne-homme.) Ici on ne fait pas intervenir un esprit malin qui atténuerait la responsabilité de l’homme. L’homme dans sa totale liberté assume sa pleine responsabilité et enfreint l’interdit en toute lucidité. Et pour cela il pervertit la parole ; le dabar qui dit l’événement, il s’en sert pour mentir. Au lieu de la vérité qui reconnaît l’autre, il instaure le mensonge qui réduit l’autre à un moyen de plaisir. La sexualité humaine est ainsi souvent le lieu du mensonge. Dans sa démesure elle pervertit non seulement le corps, mais l’homme tout entier, jusque dans sa relation avec l’autre homme. La richesse du mythe Nuna est grande en ce qu’il rattache la sexualité à toute la culture de l’homme : la sexualité est érigée en système : sexe-parole-nourriture-relation à l’autre. Dans la relation sexuelle qui a lieu dans le conte, on notera le point suivant : l’homme n’engrosse pas la quantité de femmes parmi lesquelles il vit. Mais il en choisit une  seule : un clin d’œil malicieux vers la polygamie qui peut même dans une culture non-chrétienne paraître déraisonnable. Elle est d’emblée hors cause dans le mythe Nuna. Les Nuna s’y soumettent pour protéger la femme du frère défunt, pour avoir une nombreuse descendance, jamais pour avoir plus de plaisir.  Le jugement de Dieu est prononcé avec humour et dédramatise la faute. Le Dieu des Nuna ne châtie pas, il ne punit pas ; il ne fait pas de mal à l’homme pour ce qu’il a fait de mauvais ; il ne condamne pas à la mort. Il aménage la dérogation à l’interdit qui conduit à la mort en une situation de vie. Que l’homme s’unisse à la femme, mais dans l’ordre ! L’homme ira donc causer avec la femme, la reconnaître comme son complément ; puis il la conduira chez lui pour lui offrir le miel de la relation sexuelle et de la vie commune. Un très beau mythe des origines et un très beau conte pour le décrire !



D’Orphée à Prométhée : La poésie africaine au féminin
28 juillet, 2010, 17:37
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En hommage aux pionnières de l’écriture féminine africaine – 1967-1997

Article inspiré d’un travail de Angèle Bassolé Ouédraogo ; Burkina Faso – Canada

Présentation :

Il était une fois la poésie… cette poésie devint femme ! Bienvenue sur la planète des mots – femmes !

Les écrivaines africaines ont longtemps été considérées comme les grandes absentes de la scène littéraire africaine et les poètes, plus que quiconque, semblent avoir été oubliées de tous. Pourtant, c’est à ces dernières que l’on doit les débuts d’une écriture africaine au féminin. Souvent rebelles à l’ordre établi, les femmes de lettres dont il est question ici ont su braver les tabous, les traditions et des pratiques souvent hostiles pour se présenter en Prométhée dans les cercles littéraires africains. Les pages qui suivent ont pour but de présenter les écrits de quelques femmes poètes du Sénégal, de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso et de souligner la place importante occupée par la poésie dans l’ensemble de la littérature négro-africaine.

Les Pionnières

C’est en 1965 que paraissent les premières notes poétiques de la pionnière Annette M’Baye d’Ernerville, sous la forme d’un recueil intitulé Poèmes africains, repris l’année suivante sous le titre de Kaddu (1966). À partir de 1968, la Congolaise Clémentine Faïk-N’Zuji enrichit l’univers littéraire de plusieurs publications successives qui comprennent entre autres des titres comme Murmures (1968), Kassala (1969), Le Temps des amants (1969), Lianes (1971), Gestes interrompus (1976). La Sénégalaise Kiné Kirama Fall publie également Chants de la rivière fraîche (1975) et Les Élans de grâce (1979). Wèrèwèrè Liking, qui se fera connaître plus tard par son art théâtral inspiré du rituel Bassa, commence par publier de la poésie avec On ne raisonne pas le venin (1977).

Depuis les années 1980 :

A partir des années 1980, plusieurs recueils voient le jour, à commencer par ceux de la Congolaise Marie-Léontine Tsibinda qui publie Poèmes de la terre (1980) et Mayombe (1980). D’autres recueils suivent signés par N’dèye Coumba Mbengué Diakhaté, N’dèye Nianga M’Baye, Fatou N’diaye Sow, Maïmouna Diop, Awa Thiam etc. Un grand nombre de poètes d’origine sénégalaise justifie sans doute l’idée que le Sénégal est le berceau de la poésie féminine et même de l’écriture féminine africaine en général. Mais d’autres pays comme la Côte d’Ivoire avec Tanella Boni et Véronique Tadjo, le Burkina Faso avec Bernadette Sanou et Pierrette Sandra Kanzié, le Congo, le Mali, etc. contribuent également de manière importante à l’effervescence de la poésie africaine au féminin. De plus, en marge des poètes dont les ouvrages ont été publiés et repertoriés, il y a toutes celles dont les manuscrits ne l’ont pas été, celles dont les œuvres sont maintenant introuvables, celles dont les poèmes ont été publiés dans la presse locale etc. A l’échelle de l’ensemble des mots-femmes, les sept poètes (mentionnées en marge) dont nous analysons les textes ci-après ne représentent donc qu’un très petit échantillon de la poésie africaine au féminin. Mais à l’échelle individuelle, le tableau est tout à fait différent car l’ensemble des thèmes soulevés par les unes se fait l’écho des préoccupations exprimées par les autres, soulignant par là une détermination commune à explorer les espaces ouverts par la poésie en s’aventurant bien au-delà de l’univers éthéré où on a trop souvent essayé de les enfermer. Comme l’écrivait Tanella Boni dans Grains de sable :

Avec nos plumes marteaux – piqueurs avec nos mains sandales
de fête nous graverons sur la terre ferme nos mots de feu.

1. Dr.Angèle Bassolé Ouédraogo

Elle est titulaire d’une Maîtrise ès Lettres (Université de Ouagadougou), d’un Doctorat en Lettres (Université d’Ottawa) et d’un Diplôme de Journalisme, (Université de Montréal). Elle a enseigné au Burkina Faso d’où elle est originaire, et au Canada. Elle combine son métier d’enseignante avec ses activités de Journaliste reporter et de Chroniqueur. Son intérêt pour la littérature féminine africaine en général et la poésie en particulier date de plusieurs années.

2. Annette M’Baye D’Erneville

C’est du Sénégal que sont parties les premières notes de cette partition féminine qui allait bouleverser le chœur du chant africain. Celle qui la première tente le pari est une institutrice du nom d’Annette M’Baye d’Erneville (du nom de sa ville natale). À Paris, elle publie un petit recueil de 20 pages, Poèmes africains, en 1965. L’Afrique indépendante n’a que 5 ans alors que sa littérature approchait déjà le demi-siècle. 50 ans pendant lesquels presqu’aucune voix de femme ne s’était fait entendre.

Ces Poèmes africains de même que Kaddu (paroles) ont le ton nostalgique de la mère Afrique, de ses traditions, de ses tabous, mais portent aussi l’euphorie des indépendances nouvellement acquises :

Que ne suis-je Diali
Maître de la Kora !
Que ne suis-je diseur
Gardien des mots magiques !

Les femmes se serrent les reins, et, de leurs lourds pilons,
Rythment la marche sûre du pays qui se lève.

Tama, Gorong, Dioudioung
Disent aux quatre vents
Que l’Afrique est debout
Et va vers la lumière.

(Indépendance , Poèmes africains, Kaddu, n.p.)

L’euphorie suscitée par cette Afrique debout n’efface pas pour autant les traces des rituels qui se perpétuent :

Tu es homme, ce soir !
Tu es homme, mon fils !

Par ta chair meurtrie
Par ton sang versé
Par ton regard froid
Par ta cuisse immobile.

Tu es homme, mon fils !

Par la lame tranchante
Par ton sexe éprouvé
Par ta peur refoulée
Par la terre de tes Ancêtres

(Kassacks, chant de circoncision, op. cit.)

La mort, tel un rapace plane sur cette Afrique du passé qui se tourne vers un avenir incertain mais fait d’espoirs, de trop d’espoirs. L’Afrique nouvelle offrira-t-elle la vie ou le désespoir et la mort ?

Ce soir-là ton chant disait l’amour, disait la mort !
Ta voix a-t-elle encore les accents de la guitare monocorde
Qui dans le pays de sable rythme les contes d’amour ?
Sais-tu encore les psalmodies nocturnes
Qui font descendre la lune et la transforment en femme?

(Nocturne, op. it.)

Tu disais ta crainte de l’oiseau géant !
Tu croyais langue fourchue et mauvais œil !
Qui pouvait penser, te voyant si belle,
Que tu faisais toilette pour Madame-la-Mort ?

(Requiem, op. cit.)

Annette M’Baye a le mérite d’avoir balisé le chemin pour ses consœurs qui prendront la plume après elle …

3. Kine Kirama Fall

Kiné Kirama Fall est l’une de ces voix porteuses d’espoir qui introduit par ses Chants de la rivière fraîche (que dans les citations nous allons abréger en CRF) et Les Élans de grâce (LÉG), une thématique neuve dans le champ de la poésie africaine. L’amour sensuel et la religion, jusque là occultés par pudeur ou par crainte, trouvent sous la plume de cette poète passionnée un développement inattendu, donnant par là – même un grand élan à l’expression encore timide des premières voix féminines.

Chants de la rivière fraîche ou l’hymne à l’amour !
Composé comme une suite de chants, la plupart des poèmes de ce recueil portent le sous-titre de chant. Ce sont des chants adressés soit à l’être aimé, soit à Dieu, soit à la terre natale de la poète. Rivière fraîche est d’ailleurs un clin d’oeil à Rufisque, la ville natale de Kiné Kirama Fall. Rufisque dériverait selon Senghor (le préfacier du recueil) du portugais rio fresco, rivière fraîche.

C’est la terre
De mon pays natal
Le temps de remonter à mes sources, à mes Ancêtres

(Mon Pays natal, CRF, p. 55).

Cette terre natale constitue un point d’ancrage essentiel, parce qu’elle évoque la quiétude, l’apaisement.

Toi qui es seuil de tout commencement,
Où repose tout ce qui demeure,
Source de vie de tout ce qui
Vole, vit et meurt,
Arbres, animaux, êtres et choses

(idem.)

Dans cet hymne d’amour, la nature et l’être aimé se confondent parfois :

Dans la brume légère,
Au seuil du jour,
Aujourd’hui davantage que les autres fois,
J’avais la nostalgie de toi,
De ton panorama de verdure, de fleurs,
De ton parfum innocent,
Du bleu de ton ciel.
(…)
Je t’aime, je t’aime.
Aujourd’hui je te le dis
Davantage que les autres fois

(La Forêt, CRF, p. 16.)

Cette sérénité parfaite avec la nature est le prémisse nécessaire à l’écoulement du chant d’amour qui se fait sans fausse pudeur, ni peur des tabous.

Habite mon cœur et chauffe mon âme
Que tes baisers puissent calmer ma soif,
Que mon cœur batte au rythme de ton souffle,
Que ton regard chaud de tendresse
Se pose sur moi.
Que la caresse de tes mains chauffe mon corps.
Je veux entendre ta voix sortir de l’océan profond de l’amour
Comme une plante rare du paradis.
Je veux renaître dans tes bras.

(L’Espoir, CRF, p. 15.)

Tout le recueil est habité par cet élan de la passion qui dévore mais se répand langoureusement comme des notes sensuelles sur un fond lancinant d’incertitude.

C’était à la plage,
Au bord de l’eau,
Par un jour de brume.
Le soleil hésitait.
Me tenant dans ses bras
Il me berçait avec tendresse.
Le blanc de ses yeux

Était ma lumière du jour,

Le bleu du ciel

Était mon printemps,

L’éclat de son sourire

Mon rayon de soleil.

L’évocation de la passion amoureuse est ainsi alternée de ces interrogations angoissantes :

Es-tu mon amour ?
Si tu n’es pas mon amour,
Va, va très loin de moi
Si tu n’es pas mon amour
Que le vent t’emporte loin de moi.
Mais si tu es mon amour,
Reste et garde-moi dans tes bras

Jusqu’au matin.

La passion peut-elle effacer le doute ?

J’étais là paralysée
Dans un tourbillon de plaisir.
La raison avait fui très loin,
Mon bonheur avait le goût du rêve,
Aucun mot ne sortait de mes lèvres,
J’étais l’esclave de ses yeux
En ce jour de brume
Au bord de l’eau

(Dans la nuit chaude, CRF, p. 51)

L’incertitude vient altérer cette plénitude de l’amour :

Es-tu mon amour ?
Si tu n’es pas mon amour,
Laisse-moi et va très loin de moi,
Si tu n’es pas mon amour,
Que le vent t’emporte loin de moi,

Mais il subsiste néanmoins un petit espoir :

Mais si tu es mon amour
Reste et garde-moi dans tes bras
Jusqu’au matin.

Ce petit espoir peut grandir par la magie de l’amour comme le laissent supposer ces notes :

Son front était posé sur le mien.
Sur ce lac de bonheur,
Mon cœur s’affolait.
À mon silence,
Son regard s’assombrit.
Il me prit le visage
Comme un cheval fougueux,
Et l’ardeur de son baiser
Avait le goût de l’ivresse.
La brise et la mer chantaient
Emportant mes doutes comme une paille.

(Un Jour de brume, CRF, pp. 37-38.)

Le doute s’étant évaporé par la magie des mots de la passion, l’hymne à l’amour peut maintenant retentir, flamboyant, porté par les ailes de l’espoir :

Je t’aimerai
Longtemps, longtemps,
Je t’aimerai, je t’aimerai

Toujours.
Quand tu as posé ta main
Sur mes hanches,
Suivant le rythme des fibres de mon corps,
Nos autres mains se sont croisées.
Nous dansâmes au doux son de la musique.
La voix qui me parlait toujours
Était la voix de l’amour.

Tant que le soleil
Nous chauffera le cœur,
Tant que la lune brillera le soir,
Tant qu’il y aura des étoiles,
Que j’entende ta voix me parler d’amour
Tant qu’il me restera un souffle de vie.

Je t’aimerai
Toujours,
Toujours.

(Je t’aimerai, CRF, pp. 44-45.)

Si les Chants de la rivière fraîche sont un hymne à l’amour, le second recueil de Kiné Kirama Fall constitue une quête profonde de spiritualité. Les Élans de grâce préfigurent l’ascension finale, aboutissement de cette quête perpétuelle de Dieu.

Les Élans de grâce : une quête profonde de spiritualité
Cette longue quête se fait avec la complicité de la nature à travers laquelle la poète soupçonne la présence d’une force secrète, suprême qu’elle traque sans répit :

Dites-moi je vous en prie
Où puisez-vous le renouvellement
De vos fougues jusqu’au crépuscule ?

(Lég, p.11)

Peux-tu me dire
Où se trouvent tes sources
Me parler de ta naissance ?

(Lég, p. 13)

Toi qui règnes au-dessus du sable
Où s’enfoncent tes racines
De quel côté gardes-tu tes réserves
Dis-moi ce que tu engendres chaque jour

(Lég, p. 14)

Dis-moi
Ombre du monde
Ce qu’il y a derrière ton existence brumeuse

(Lég, p. 59)

La conviction de l’existence de cette force suprême inspire à la poète un sentiment d’adoration :

Je m’incline dans un silence profond et sacré
Car ta beauté m’éblouit
Accueille mon âme
O Ciel
Qui s’envole vers toi
Et va dire au maître
Assis plus haut
Les souffles exaltants
De mes rêves bleus

(Lég, p. 59)

La nature, fidèle complice, est associée au partage de ce bonheur divin :

Je convierai toutes les roses
Les essences et les parfums
Demain dans ma demeure
Je mettrai toutes mes parures
Mes plus beaux habits
Et je prierai mon Dieu

(Lég, p. 60)

L’harmonie, dans ce cadre, devient totale :

Une palme accrocha mon regard
Je lui souris
Elle berça en chantant le lac
Le lac berça ses vagues
Les vagues bercèrent les sables
Et comme des neiges de dentelles
Ces flux et ces reflux
Dansaient au bord de la place
Mêlés au parfum de la brise
A l’envol et aux cris des oiseaux
Tout berça mon cœur
L’air chantait, ravi
Tout coulait
Tout respirait l’amour, la vie
Il y avait
Le dandinement des cygnes
Au bord du lac

L’éventail des papillons partant là-bas

(Lég, pp. 50-51)

De ce cœur débordant pour le Dieu en qui la poète croit, fuse alors un hymne exaltant :

Hors de moi jaillit pour vous toujours
Une berceuse que vous chante mon cœur
Des cordes du plus profond de lui
Se tendent comme un arc vers Vous
Vous dit et vous redit toujours
Je vous aime et vous adore Seigneur
C’est un chant que vous chante mon cœur
Inlassablement
Cette mélodie finira en moi
Quand finira ma vie
Si mon chant vous plaît Seigneur
Gardez-moi sous votre sein toujours

(Lég, p. 60)

Dans un tel décor féerique et harmonieux où toute la nature vibre au même rythme, se dégage une douce mélodie enveloppante, euphorisante, baignée par une surréalité. Le décor de la poésie mystique est fixé ; l’envol est inéluctable :

Et je prends l’essor
Avec des élans de grâce
J’étais la symphonie lumineuse et sublime
Le bras du vent
Qui tend et qui donne
O berce-moi berce-moi
Fouille-moi zéphyr
Goutte-moi
Porte-moi
Rien au-delà des apparences et des formes
Sur sa robe du bleu clair
Et toujours plus limpide du ciel
Dans le verbe du silence
Au-delà des paroles
Et là garde-moi

(Lég, p. 51)

Dans cette atmosphère exaltée, seul le silence a maintenant droit de cité et seule aussi la puissance inébranlable que la croyante soupçonne derrière ce silence compte vraiment :

En vérité
Il n’y a que l’unique gloire de Dieu
Et rien n’est comparable
A l’essor de la Nature quand elle chante l’Amour
Au sublime que donne l’Esprit
Maintenant je sais
Depuis que mon âme a sondé l’air des cieux
Que rien n’est comparable vraiment rien
Au Rayonnement de l’Esprit

(Lég, p. 52)

4. N’Deye Coumba Mbengue Diakhaté

Après cet envol spirituel, redescendons vers les réalités terrestres auxquelles se heurte N’dèye Coumba Mbengué Diakhaté, une consoeur de Kiné Kirama Fall originaire elle aussi de Rufisque. N’dèye Coumba Mbengué Diakhaté est particulièrement préoccupée par le sort des femmes, ses soeurs du Sénégal et de toute l’Afrique. Le titre de son recueil en témoigne déjà : Filles du soleil (FDS).

Filles du soleil : un hommage aux femmes !
La majeure partie du recueil est composée de poèmes qui posent le problème de la condition sociale des femmes (L’Aveugle – mère, Mirage, Tu n’es qu’une femme, Négresse en laisse, Deux négresses), mais évoque aussi la douleur face à la mort (Jeune femme morte, Veuve ce jour). La dédicace du recueil est un poème à l’adresse d’une femme ayant perdu la vie en couches :

Ma sœur si douce !
Fleur à peine épanouie,
Mais très tôt perdit la vie,
Car voulant la donner

(FDS, p. 9)

Ndèye Coumba prône la solidarité féminine comme solution au problème d’insertion sociale des femmes. Ceinture d’amour donne ainsi le ton de cette mélodie de la solidarité:

Si, des femmes, toutes les mains voulaient s’enlacer
Pour former une ceinture embrassant l’Univers ;

Si, des femmes, toutes les voix fredonnaient le même air,
Dissiper la langueur, et prôner liberté ;

Si, des femmes, tous les cœurs battaient au même rythme,
Ranimer le vieux monde, par le mal étouffé ;

Si seulement toutes les femmes le voulaient bien ;
Il naîtrait au vieux monde un cœur neuf, plein d’amour et de vie,
Impulsant sans arrêt du bonheur à foison.

(FDS, p. 12)

Elle rend un hommage mérité à la femme, source de vie, perle précieuse au milieu de tout drame :

Au cœur du plus sombre bandit,
Du plus immonde individu,
Au fond du limon visqueux,
Il est une fibre d’or.
Une fibre d’or qui ne saurait rompre,
Et qui, toute la vie battra,
Pour rappeler tout le temps,
Au chérubin, paria ou mécréant,
Que d’une femme unique au monde,
Il est l’Enfant Amour

(FDS, p. 13)

A toutes les mères se veut un hymne à la gloire de la maternité, symbole pour la poète d’un rêve unanime d’espoir :

Fête des mères ! De ma mère,
De toutes les mères sur terre,
De celles qui ne sont plus…
Mère noire ma mère, jaune, blanche,
De vous toutes, de toi ma mère;
Que par Dieu, ce jour soit béni !

Du monarque au gueux,
Du croyant à l’impie,
Du vertueux au forçat,
Oubliant un instant les guerres,
Les violences, les horreurs
Dans une ronde d’amour,
Encerclant l’univers,
D’un seul souffle d’amour,
Balayant les misères,
Que par Dieu, retrouvés,
Tous disent : O mère sois bénie !

(FDS, pp. 14-15)

N’dèye Coumba n’oublie pas les enfants (Supplique pour les petits, Soupir de l’orphelin). Cette préoccupation pour les enfants est un trait caractéristique des écrivaines africaines qui, pour la plupart d’entre elles, publient aussi des œuvres destinées aux enfants (C’est le cas entre autre d’Annette M’Baye, de Tanella Boni, De Véronique Tadjo, de Bernadette Sanou). Sa poésie témoigne aussi de la difficulté d’être à la fois épouse, mère et écrivaine dans une Afrique où le poids de la tradition pèse toujours comme une épée de Damoclès. Qui mieux que celle-là même qui a dû vivre l’expérience pour en parler ?

Mon cœur est ardent, comme brûlant, mon soleil.
Grand aussi mon cœur, comme l’Afrique mon grand cœur.
Habitée d’un grand cœur, mais ne pouvoir aimer…
Aimer toute la terre, aimer tous ses fils.
Etre femme, mais ne pouvoir créer;
Créer, non seulement procréer.

Et femme africaine, lutter.
Encore lutter, pour s’élever plutôt.
Lutter pour effacer l’empreinte de la botte qui écrase.
Seigneur!… lutter
Contre les interdits, préjugés, leur poids.
Lutter encore, toujours, contre soi, contre tout.

Et pourtant !…
Rester Femme africaine, mais gagner l’autre.
Créer, non seulement procréer.
Assumer son destin dans le destin du monde

(FDS, p. 28)

Le fondement de l’écriture poétique des femmes africaines est une quête identitaire. Quête d’elles-mêmes, quête de l’autre, quête d’une Afrique plus prospère, plus égalitaire, pour le bonheur de ses fils et de ses filles dont le regard, longtemps tourné vers l’horizon, espère l’aube d’un jour nouveau.

5. Tanella Boni

Tournons-nous maintenant vers les cieux ivoiriens où deux écrivaines ont porté très haut le flambeau de la poésie au féminin en Côte d’Ivoire. Toutes deux ont enseigné à l’Université nationale de leur pays, toutes deux ont acquis une solide réputation internationale et toutes  deux partagent une véritable passion pour la plume. Elles se font connaître du lectorat au cours de la même année 1984, l’une, Tanella Boni, avec Labyrinthe ; et l’autre, Véronique Tadjo, avec Latérite. Poésie iconoclaste tant par le ton, la thématique que le style, l’écriture de ces deux poètes vient bouleverser le paysage poétique africain jusqu’alors assez serein. Leur rythme est volontairement éclaté et semble épouser les formes d’un labyrinthe. La quête identitaire ou initiatique s’affirme comme le leitmotiv de Labyrinthe, de Latérite ou encore de Grains de sable (GDS, le second recueil de Tanella Boni qui continue d’ailleurs à publier en alternance romans et poésie).

Labyrinthe et Grains de sable : le long parcours de la quête identitaire
La quête identitaire s’apparente à un labyrinthe en ce sens qu’elle est d’abord introspection, puis recherche continuelle et perpétuelle de soi. La prise de conscience des femmes de leur absence de la scène de l’écriture et leur décision d’y apparaître s’opèrent ainsi à partir d’un questionnement, celui de leur identité individuelle, puis sociale dans leurs sociétés respectives.

Tanella Boni est celle qui a le plus investi ce domaine du questionnement de soi. Labyrinthe évoque le douloureux parcours initiatique mêlé de tristesse, de solitude et de souffrance. Grains de sable se situe dans le même cheminement avec sa graphie en pointillés qui fait penser aux traces de pas laissés sur le sable.

C’est une quête longue et pénible au cours de laquelle on se perd dans de multiples voies sans issue. Il n’y a de bruit que celui que renvoie l’écho de sa propre voix :

Une boule de cristal
Sur un lit de montagne
Je rêve debout
Mais je tiens toujours
Je crois avoir des ailes
Dans ce labyrinthe où
Nul ne croit en rien
Dans cette poubelle où
S’entassent des ordures malodorantes
Ce lieu sans foi ni loi
Lieu de l’instinct et du verbe vide
Qui va à la dérive
Sans foi ni loi
Une boule de cristal
Sur un lit de montagne
Le promeneur solitaire est toujours
La risée de la foule

(Labyrinthe, p. 24)

Tout le recueil est parcouru par ce questionnement de soi, par cette recherche de sa propre identité :

Lumière oblongue
Défense de fumer
Rideaux tirés
Valises alignées
Ne pas se pencher au dehors
La nature s’en va
Dans le vent du matin
Et puis
Dossier inclinable
Moi
Dans le train de la vie
Avec des hommes
Sièges à dossier inclinable
Qui suis-je ?
Moi ?
Un dossier inclinable ?

(Labyrinthe, p. 27)

Ces images vivantes et pleines d’actualité (Dossier inclinable Moi Dans le train de la vie Avec des hommes) semblent poser la question de la place des femmes dans la société (Qui suis-je ? Moi ? Un dossier inclinable ?). Cette interrogation lancinante devient presqu’obsessionnelle ; la lassitude et le découragement se font sentir :

Un être ou le vent
Souffle et brasse l’air
De la vie
Moi
Lieu indésirable de cette création trop humaine
Je meurs et passe
Vais-je renaître ?
O délire des sens !

(Labyrinthe, p. 16)

Il y a comme une impression de rejet (Moi Lieu indésirable de cette création trop humaine). C’est ce sentiment qu’éprouvent les marginaux. Or, le contexte d’émergence de l’écriture des femmes africaines est façonné par un double silence. C’est du silence qu’elles émergent et c’est un autre silence (celui de l’institution sociale) qui accueille leur écriture. La marginalité devient alors leur lieu d’existence :

Ici tu te fais silence,

Ici tu rallumes tes
trésors perdus            

Mais mille fois retrouvés
tu brilles à ras de terre

Tes pensées se
brisent contre des parois

Aux peintures rupestres            

Ici aussi la main de l’homme est
passée et tu préfères garder le silence
farouche de tes jours ordinaires

(GDS, p. 42)

Cette non – identité qui équivaut à l’absence, parce que non consignée ni par le temps ni par l’espace (Je meurs et passe), rend la quête encore plus difficile. Est-elle, cette quête, encore possible ? (Vais-je renaître ?). L’amertume souffle alors comme un grand vent de désespoir :

Es-tu dans la terre dans la poussière dans le sable ?
Dans le vent dans l’argile des marais Toi
la grande absente de l’Histoire ?
Un regard s’apprête à s’envoler rêver je ne
sais pas si tu es là dans l’Histoire des hommes
qui se conte ta place brille par sa vacuité
J’aimerais sortir du vide – insanité il reste
des pleurs arc-en-ciel quand tu médites
sur ta Planète

(GDS, p. 41)

Les femmes peuvent-elles faire partie de la grande histoire ? Comment de la marginalité, pourraient-elles accéder au centre du cercle où tout se décide ? Telles sont les questions qui surgissent au cours du processus complexe de la quête de l’identité. Le long parcours du questionnement mené par les femmes demeure flou ; les points de départ et d’arrivée constituent toujours de grandes inconnues. L’issue est incertaine, le mémorable et l’immémorial s’entremêlent. Leur quête remonte assez loin déjà :

Elle ne sait plus s’il était l’île au milieu de
l’Atlantique elle ne sait plus quand elle
a habité en ce lieu préoccupé
Elle oui elle c’était une lettre de l’alphabet qui
se cherche depuis l’Egypte ancienne elle ne
sait plus si elle c’était le papyrus cette plante
d’eau qui malgré tout adore le soleil  L

une écriture à angle droit

(GDS, p. 14)

Le jeu de mots entre le pronom personnel féminin (Elle) et la lettre de l’alphabet (L) lui donne une occurrence multiple dans ce dernier extrait. L’insistance marquée (elle oui elle) précise l’identité de celle dont il s’agit (une lettre de l’alphabet) qui a cela de particulier qu’elle se cherche depuis longtemps, tout comme la femme; le début de la quête remonte très loin dans le temps (l’Egypte ancienne), symbole de toute une civilisation; celle des pharaons bien sûr, mais aussi des reines glorieuses comme Néfertiti. Le souvenir se brouille. Qui est-elle en fin de compte ? Une lettre ? Un papyrus ? Cette lettre de l’alphabet qui se cherche depuis l’Egypte ancienne ressemble beaucoup à la femme dont la quête s’écrit aussi sur une feuille large comme l’espace qu’elle arpente.

Les hommes ayant leur Histoire, les femmes se créent aussi leur Planète. Entre ces deux espaces, se dresse une distance telle que seule la sérénité d’une identité retrouvée pourra combler ; voilà pourquoi leur quête se révèle si vitale. Elles ont besoin de se retrouver, de se définir par rapport à elles-mêmes, de savoir enfin qui elles sont avant de pouvoir fournir cette énergie capable de réunir ces deux mondes opposés. Pour cela, il leur faut déterminer le centre autour duquel elles vont orienter leur vie :

Recherche d’un sens

Un centre
une absence

Le vide est là
Le plein aussi

Jauni
pétri
vieilli

Traces du temps sans temps

Mondes indéfinis

Surgis

D’un chaos initial

Ô femmes !

(Labyrinthe, p. 28)

Toute l’essence de leur quête gravite autour de la recherche d’un sens, à la fois signification et voie pour les guider vers le centre, vide de leur absence.

L’expérience de l’aliénation est douloureuse et traumatisante. Ne pas avoir d’identité, c’est comme ne pas exister moralement, juridiquement, socialement. Le silence et l’oubli qui noient les femmes ravivent leur profonde douleur de ne pas se sentir exister sinon par procuration :

Sans nom es-tu
Depuis l’aube des temps du monde
Sans voix

Voie
Moi

Eve ou n’importe quoi
Non – homme
Au nom d’un homme
Qui te prête son nom de Dieu
Tentation du jardin d’Eden

Serpent maudit !

Côte d’homme ou n’importe quoi
Sans nom

Vautour !
Langue de vipère

Chèvre – émissaire
Tu traînes ta misère
Heureuse sois- tu
Du fond de ton malheur
O non – homme !…

(Labyrinthe, p. 39)

C’est comme si rien n’avait évolué, comme si la quête s’était soldée par un échec :

Si tu n’étais pas n’étais point l’homme
t’aurait fabriquée comme une poupée comme
un jouet et tu es et tu es et tu es pour
le bonheur la surnature de l’homme de
l’homme de l’homme et tu es et tu dors
et tu meurs dans les bras de feu de mots
de l’homme il court il court avec toi il
court sans toi et tu es et tu es née et tu
meurs sur l’estomac d’un nom d’homme
nom de père nom d’époux

(Cordes de femmes , GDS, p. 55)

En réalité, la quête est loin d’être terminée. Complexe, cette quête identitaire est multiple ; ses facettes recoupent les préoccupations de l’ensemble de la société tout en prenant appui sur les expériences de vie des femmes. Chaque poème est ainsi enveloppé de l’angoisse de la quête interminable de l’être qui devient à la fois quête de soi, quête de l’autre, quête d’une entité sociale à définir. Cette quête ne se résume donc pas à l’exploration unique du territoire des femmes mais englobe aussi tout le continent africain dont les maux les concernent au plus haut point :

Ce Continent le leur avec sa forme en hache
surréelle ou une houe de labour dans la boue
dans le sable bavait sous leurs yeux angoissés
partagé en quatre en cinq cinquante
minuscules gâteaux de fête ce Continent le
leur faisait figure de foire sous leurs yeux
éplorés

(GDS, p. 11)

En posant clairement le problème de l’identité, Tanella Boni s’assure qu’une résolution de ce problème est envisageable, sinon possible. À partir du moment où un consensus existe sur la gravité du problème et l’urgence de le résoudre, il devient plus facile de chercher des voies de solution. C’est pourquoi, après cette étape de la question, elle et ses consœurs vont s’employer à dénoncer les causes sociales qui exacerbent cette crise d’identité et brouillent tout repère. Dénoncer ces maux devient pour elles un devoir dont elles s’acquittent consciencieusement :

Voici la Liberté enchaînée
Jusqu’à la moelle !
Dans les marais puants
Dans les poubelles de la ville
Dans les crottes de porc
Qui engraissent les plantes-et-les-fleurs-à-papa !
La Liberté est là
Noyée étouffée jusqu’aux os
Tremblante de froid de peur
De chaleur humaine
Comprimée
Compressée
Balancée dans la marge
Sous un bananier rêveur
Qui écrit en grosses lettres vertes
L’histoire de sous-hommes et demi
Virus indésirables
Qui grouillent vers la vie
Dans la plaie de la ville
Ils ne désirent qu’un peu de soleil !

(Labyrinthe, p. 46)

Le manque de liberté équivaut à un étouffement ; or, le développement humain et social ne peut s’envisager sans ce préalable de liberté de parole et de mouvement. Si Tanella Boni dénonce ce manque avec tant d’ardeur, c’est justement parce qu’elle a compris qu’une partie de l’enjeu de l’identité individuelle et sociale réside dans cette absence de liberté. À travers une telle dénonciation vive, la poète espère susciter une prise de conscience tant chez les opprimés que chez les oppresseurs afin qu’un changement s’opère : les premiers pour qu’ils s’organisent et cessent d’avoir peur du pouvoir, les seconds, pour qu’ils respectent les droits des personnes et créent des conditions de vie acceptables pour tous.

Labyrinthe et Grains de sable constituent une suite de tableaux descriptifs de la servitude, du manque de liberté d’expression, de la domination masculine, du poids de la tradition, de la misère sociale. Tout le quotidien semble se dérouler dans ce labyrinthe. La quête initiatique de l’identité est parsemée d’embûches que les femmes semblent décidées à vaincre. Elles n’entendent pas quitter ce lieu de l’écriture qu’elles ont investi. Il faut désormais compter avec leur présence et leur parole :

On aurait souhaité
Qu’elles tremblent qu’elles frémissent
Qu’elles tremblent qu’elles frémissent
On aurait souhaité
Qu’elles tremblent qu’elles jaunissent
Qu’elles tremblent qu’elles jaunissent
Les feuilles d’un arbre
A-t-on peur qu’elles verdissent ?
A-t-on peur qu’elles parlent ?
On secoue toutes les calebasses
On tend tous les filets
Tous les arcs
Toutes les coras
De quoi a-t-on peur ici ?
Qui parle ici ?
Qui noircit par nature ?
Pourquoi tant de bruit ?
Y a-t-il le feu dans la maison ?
D’où vient cette fumée
Fabriquée de toutes poudres ?
D’où vient cette angoisse
Qui saisit tous les ancêtres à la gorge ?
La tradition est-elle en péril ?
À quoi joue-t-on ici ?
Quel masque porte-t-on dans ce labyrinthe ?
Mais l’arbre est toujours là
Planté devant la maison
Ses feuilles murmurent et verdissent
La tranquillité
L’équilibre
La non – tradition
Le non – troupeau
La femme !

(Labyrinthe, pp. 13-14)

Les femmes continuent ainsi leur quête d’elles-mêmes et de leur écriture. La fin du cauchemar semble proche. L’horizon du point d’arrivée se rapproche peu à peu. L’espoir renaît :

Un beau matin elle retrouva enfin son
territoire de femme après mille détours
elle alla droit à l’œil perçant du jour elle
capta le ton juste celui qui lui tombait dessus
comme un bagage séculaire le chant de la vie
qui lui collait à la peau

(GDS, p. 23)

Bientôt, lorsqu’elles se seront totalement retrouvées en elles et dans la société, elles pourront alors, comme Tanella, clamer avec joie :

Souvenir
O ressouvenir…
Je ne savais pas où j’allais

Mais maintenant je sais d’où je viens

(Labyrinthe, p. 19)

En attendant, leur quête multiforme se poursuit, comme lors d’une fouille archéologique où rien n’est négligé. La recherche d’un mieux-être social guide leur entreprise. Elles sont militantes et croient encore à la puissance de leur arme, la plume.

6. Véronique Tadjo 

Véronique Tadjo nous invite maintenant à la suivre sur ce chemin de latérite fait d’odeurs âcres, de poussière, d’embûches, de découragement mais aussi, à l’horizon d’un avenir incertain, de l’espoir d’avoir la force de relever le défi des épreuves placées sur notre chemin.

Latérite : Le voyage initiatique ou la quête d’un monde meilleur
Latérite est un recueil d’un seul souffle, rythmé par des accents d’un conte initiatique raconté sur un ton où l’espérance semble s’être tarie depuis longtemps. Le recueil comprend aussi bien des textes en vers qu’en prose :

Il semblait que la ville était couchées sous l’ai du temps. Rien ne bougeait. La chaleur paralysait les et les choses comme si plus rien ne devait reprendre vie. Les cabris comme figés dans un dernier moment se collaient au mur des maisons. La terre rouge inondait les rues et se répandait dans les cours. Il faisait si chaud que le soleil restait planté au beau milieu du jour, le bitume perforé des routes paraissait des plaies béantes. Aucun évènement ne frottait sur les lignes. L’ombre n’existait plus… Il semblait que tout allait finir et que rien ne pouvait commencer. Sous le soleil de plomb, plus rien n’ »avait de sens. Il semblait qu’une orbite toute-puissante avait figé les jeux et que personne n’aurait voulu empêcher le silence

(Latérite, pp. 7-9).

Le décor de la scène est fixé ! C’est un univers morne, sous un soleil de plomb et une chaleur suffocante, où la vie a déserté les êtres et les choses. Le désespoir plane au-dessus de cette ville immobile, paralysée. C’est pourtant de ce cadre inerte que surgissent les réminiscences du bonheur. Le pouvoir de la mémoire agit comme un antidote à la désolation ambiante. Le souvenir du passé heureux permet de s’évader de cette atmosphère lourde :

Et pourtant c’est là que l’amour naquit. Comme sous les arcades, jadis, elle avait goûté la fraîcheur. C’est là qu’il lui tenait la main, là qu’ils s’endormaient dans une maison qui avait cela de particulier qu’elle était toute blanche et que ses habitants étaient heureux. Ils construisaient le temps et saisissaient l’espoir.

(Latérite, p. 9)

C’est comme si l’amour allait redonner vie à cet espace inerte, mais hélas, cet amour appartient au passé. Mais ce passé vient à la rescousse du quotidien désespérant. L’initiée peut y puiser la force nécessaire pour continuer son parcours initiatique. Dans cette évocation, tout finit par se brouiller à un certain moment; le temps n’a plus vraiment d’importance. Le passé et le présent peuvent se mêler et ne faire plus qu’un :

C’est une histoire sans histoire qu’on aurait pu écrire il y a longtemps.

Il était une fois… Se laisser bercer par la magie des mots qui font la ronde… En fin de compte, c’est l’histoire de cet homme aux mille pouvoirs. De cet homme qui existe en toi, en moi, en lui aussi. Trois fois mon amour et trois fois toi-même, comme on aurait pu se rencontrer quelque part entre le passé et le présent.

(Latérite, p. 11).

Apparemment individuelle, cette histoire d’amour pourrait bien concerner un plus grand nombre de gens. Phénomène social, l’amour ou la recherche de l’être aimé demeure une ambition inscrite au cœur de la quête personnelle. L’espoir de découvrir l’être aimé anime et nourrit cette quête. Lorsque la découverte correspond exactement au rêve, l’extase devient totale :

Tu es tel que

Je t’avais songé,
Homme – nénuphar
Sur le lac de ma découverte
Ô vainqueur foudroyant
Les léthargies anciennes ;
Tu es esprit du masque
Célébrant les inimitiés,

Tu es la terre rouge

Fertile de chants amers.

(Latérite, p. 13).

L’être aimé est doté d’une puissance salvatrice. Il a les capacités de protéger, puisque le masque, dans les croyances traditionnelles, est l’incarnation des forces protectrices; redouté à cause de sa nature dite sacrée (de nombreux interdits entourent la sortie du masque qui ne s’effectue qu’à des occasions spéciales comme lors des rites d’initiation), il accompagne les initiés tout au long de leur parcours. Cependant, c’est à eux seuls que revient le devoir d’accomplir les épreuves imposées dans le rite initiatique :

Montre-lui

Les cris des dessous de la terre,

L’été accablant

Et les pluies destructrices ;

Apprends-lui

À retenir ton souffle
À la cadence

Des feuilles premières ;

Retiens sa main

Jusqu’au bout du chemin

Qu’elle vainque elle-même sa peur !

Il faut accoucher

De l’enfance,

Cracher le venin

Qui rompt la violence,

Enlacer le printemps

Et partir sur les quais.

(Latérite, pp. 15-16).

Les épreuves constituent les principes fondateurs du rite de l’initiation; c’est un processus pédagogique dans lequel on apprend à relever des défis et à sortir vainqueur des obstacles. Les initiés doivent faire leur part en s’investissant totalement dans la réussite de ces épreuves. Ce n’est évidemment pas une partie de plaisir tout comme la vie quotidienne n’est pas faite que de joie et de paix. Les situations de vie peuvent souvent être tragiques et la découverte de telles réalités sociales survient toujours sur les pistes du voyage initiatique :

La vie n’est pas faite

D’hibiscus ou de rosée ; 

Elle a la saveur

Aigre-douce

Des fruits de la passion.

Il te faudra rêver

Des cauchemars amers

Et attendre l’oubli

Des espoirs vaincus,

Admettre ta défaite

Du fond de ton sommeil

Et bêcher pour longtemps

Le sol aride

Des terres désertiques.

(Latérite, pp. 73-74)

On retrouve dans Latérite les maux dénoncés par Tavela Boni dans Labyrinthe. La quête d’un monde meilleur passe indubitablement par ce chemin de souffrances inscrit comme une stèle sur la latérite de l’espace social. Le conte cède vite la place à la dure et triste réalité des misères sociales :

Il est des cris puissants

Où perce la lumière

Et des femmes voilées

Où se taisent les refrains.

Il est aussi

Des poings fermés

Où battent

Les violences

Comme un homme enchaîné

À sa propre souffrance.

(Latérite, p. 26).

L’attitude face à la souffrance se révèle diverse; les uns crient, les autres se taisent, certains usent de la violence; chacun répond à sa manière à la douleur qui l’assaille : cris de désespoir, silence de résignation, vaine violence. Cette image de « l’homme enchaîné à sa propre souffrance », si bien évoquée par le poème de Véronique Tajo, ne va pas sans rappeler le thème de « la Liberté enchaîné » que l’on trouve aussi dans le poème  » Bidonvilles  » de Tavela Boni. Cette récurrence paraît significative d’une situation généralisée de douleur et de souffrance.

Ce long poème que constitue Latérite est bâti sur le modèle du récit avec ce ton particulier qu’à la poète de raconter avec des images, des rythmes et des accents qui ne sont pas sans rappeler une certaine oralité. Le retour de mots et de sonorités identiques associé aux images évoquant la douleur de vivre composent un air de chant triste qui dit les souffrances de la terre et éveille tout doucement un sentiment de révolte mais aussi d’impuissance :

Au fond de ton lit blanc

Tu caches tes brisures,

Tes journées sans compter,

Tes nuits à s’éveiller,

Tu revois les chemins parcourus,

Les mains tendues puis rejetées ;

Tu lis les lettres inachevées

Et tu te dis

Quelque  part

Des hommes meurent

Et des geôliers aboient

Un vieillard s’éternise,

L’envie a tout détruit ;

Tu regardes tes bas-quartiers

Et tes enfants morveux

Et quelque chose en toi

Eveille la solitude.

(Latérite, p. 68)

Le questionnement qu’une telle situation suscite semble sans fin :

Quel fardeau portez-vous

En ce monde immonde

Plus lourd  que la ville

Qui meurt avec ses plaies ?

Quelle puissance

Vous lie à cette terre frigide

Qui n’enfante des jumeaux

Qui n’élève des buildings

Que pour vous écraser

Sous les tonnes de béton

Et d’asphalte fumant ?

Vous les mangeurs

De restes, Les sans-logis,

Les sans-abri,

Quel regard portez-vous

Sur l’horizon en feu ?

(Latérite, pp. 24-25)

L’initiée (ici la poète) ne se contente pas de se lamenter sur la destinée tragique de ces mal-aimés de la société. Le but d’un rite initiatique réussi n’est-il pas de sortir vainqueur de l’épreuve ? La détermination que l’initiée acquiert tout au long de ce processus lui permet de prêter serment d’exécuter sa part du contrat social. C’est pourquoi Véronique Tadjo peut crier :

Nous bâtirons pour lui

Des fermes claires

Et des maisons en dur ;

Nous ouvrirons les livres

Et soignerons les plaies.

Nous donnerons un nom 

À chaque mendiant du coin

Et habillerons de basin

Les plus petits d’entre eux.

Il faut savoir bâtir

Sur les ruines des cités,

Savoir tracer

Les chemins de liberté.

(Latérite, p. 22)

Latérite, comme nous avons pu le constater dans les premiers extraits, renferme en filigrane un discours amoureux. Évoquée pêle-mêle au passé et au présent, cette histoire d’amour apparaît comme une toile de fond permanente ; jamais disparue ni toujours omniprésente, elle reste discrète, furtive, comme poussée par le vent du souvenir impérissable :

Exaltation

De mon identité sereine,

Tu nargues le ciel

Qui m’a donné la vie,

Tu nargues mes espoirs

Et mes refrains passés,

Tu bouscules mon ventre,

Orgasme

Au lendemain,

De ma frayeur

Tu es mon désir

Sur l’eau vive.

(Latérite, p. 36)

Rappelle-toi

Nos rires moissonnés

Dan s l’été de la ville, Nos mains ouvertes

Et nos espoirs d’hibiscus ;

Souviens-toi

Et ne renie jamais

Les moments simples

Qui furent les nôtres.

(Latérite, p. 38)

Viens te rincer

Dans mes bras tièdes

Et dans le tourbillon

De nos cœurs,

Déposer ta semence,

Faire l’amour

Au fond des yeux.

(Latérite, p. 39)

Cette histoire d’amour s’inscrit dans le parcours de la quête étant donné qu’elle comporte, elle aussi, des obstacles :

Ami aux mille regards

Homme balafon

Homme chasseur,

Homme Daba ;

Tour à tour

Gardien-prisonnier-voleur,

Pourquoi faut-il

Que je t’abandonne ?

Que j’abandonne

L’ouvrage du Tisserand,

Le kita aux couleurs chatoyantes,

Et de greniers pleins

Que j’abandonne la case

Sous les pluies torrentielles ?

(Latérite, pp. 44-45)

Le regret, comme une fatalité, plane :

J’aurais voulu

Vivre avec toi

Les heures de tes nuits

D’insomnie,

Balayer ta tristesse

Avec des rêves faits main,

Te donner des promesses,

Te dire des rendez-vous,

Mon ami

À la parole guerrière,

Laisse-moi déposer

Mes mains

Sur ton front dépouillé

De fioritures inutiles.

(Latérite, p. 46)

Le désespoir non plus, ne semble pas très loin. L’atmosphère lugubre du récit d’ouverture revient hanter les lieux :

Les jours n’avaient plus d’heures,

Les heures avaient perdu leurs minutes,

L’ennui tapissait l’atmosphère.

Et c’est ainsi que la terre bascula,

Que l’air perdit son parfum

Et que les oiseaux ne revinrent plus.

Soudain, plus rien n’avait d’importance.

Une tristesse infinie dessinait son sourire

Et elle se sentait seule.

La cité s’était vidée de son sang.

Partout où elle allait, elle croyait s’être perdue.

Il lui semblait que la solitude l’avait envahie

Jusqu’au fond de ses entrailles

Et qu’elle portait en elle un peu de désespoir.

(Latérite, p. 53)

Douleur, souffrance, désespoir balisent le long chemin de la quête initiatique de l’identité et de l’écriture. Porteur des plus grands espoirs, ce chemin est cependant marqué par la douleur d’écrire, le doute et l’angoisse de la page blanche.
L’expérience de la souffrance humaine reste permanente sous la plume des poètes africaines.

7. Bernadette Sanou

Bernadette Sanou qui est originaire du Burkina faso a choisi pour son premier recueil un titre qui évoque cette expérience particulière de la douleur. Parturition nous ouvre à ce domaine de la souffrance féminine et somme toute simplement humaine. Ce registre de la souffrance demeure ouvert avec Les tombes qui pleurent (LTQP) de sa jeune compatriote Pierrette Kanzié.

« Parturition » et « Les Tombes qui pleurent » : l’expérience de la douleur
Ces deux recueils baignent dans une atmosphère insupportable de souffrance où plane le voile d’une immense tristesse.

Parturition évoque une double douleur : celle des femmes mais aussi celle de toute une société dont le quotidien constitue une lutte permanente pour survivre. L’image saisissante des Tombes qui pleurent suffit à nous indiquer le ton du recueil.

À travers Parturition, Bernadette Sanou nous amène à découvrir et à appréhender la douleur qui frappe tous les niveaux de la vie sociale, à des degrés divers : sur les traits de la femme en couches, ceux du paysan qui trime sur une terre ingrate et aride, ceux défigurés de la fillette subissant le rite atroce de l’excision :

Je voulais simplement dire
Mon peuple
Faire mien le gamin tout nu
Au ventre bombé par la malnutrition
Mien le gamin en haillons
Traînant dans la poussière des rues
La peau du visage si blanchie par l’harmattan
Tendant aux passants une boîte de tomate vide
En guise de sébile
Mien, le vieil homme au talon crevassé
À même le sol sec.
Tirant et tirant encore la daba sur le sol sec.
Mienne, l’épouse pilant le mil pour la pâte du soir,
Pilant les feuilles de baobab sèches pour la sauce du soir
Et je quête en vain un goût de viande dans cette sauce.
Mienne, la triste cohorte de femmes
Vers un point d’eau lointain, incertain ;
Et sur leurs lèvres desséchées, un chant se meurt doucement
Mienne, la femme au ventre mûr revenant du champ :
Elle porte sur la tête un fagot de bois énorme
Et dans son dos le babil du bébé de l’an dernier.
Je voulais simplement dire
Mon peuple
Faire mienne la femme en couches qui s’éteint
La science des vieilles accoucheuses a failli,
Et les matrones du centre n’ont pu faire mieux.
Mienne, la fillette aux yeux hagards :
On la tient fermement, on lui écarte les jambes, brutalement
Et le couteau, souillé déjà
Arrache de sa gorge tendre un cri de douleur atroce !

(Parturition, p. 16)

La douleur se trouve comme tapie dans tous les recoins de l’espace social. Le quotidien en semble totalement imprégné. Lancinante, pernicieuse, elle est ressentie par tous les membres du corps social. Et la poète partage cette souffrance des siens. Toute sa préoccupation est centrée sur son peuple. Nous avons déjà pu constater comment les africaines se sentaient concernées par le destin de leurs sociétés, comment elles étaient animées du désir d’œuvrer à l’essor de celles – ci.
Comme une prière, Bernadette Sanou fait connaître son intention (Je voulais simplement dire Mon peuple). Rien d’autre ! Dire son peuple, dire ses malheurs, sa soif de vie, ses combats, voilà ce à quoi elle et ses consœurs se sentent portées. La répétition inlassable des possessifs Mon, Mien, Mienne témoigne de ce désir profond de fusion totale avec ce peuple. Les possessifs Mien, Mienne reviennent 8 fois dans cet extrait. C’est une peinture sociale complète qui décrit bien le sort de chaque catégorie; que ce soit celle des enfants, des femmes ou des vieillards, ces catégories partagent un destin commun, celui de la douleur et de la pauvreté. Elles demeurent les plus touchées par le fléau de la pauvreté notamment. L’image des enfants de la rue réduits à la mendicité reste atroce. Que dire du sort de la petite fille soumise au rite cruel de l’excision ? Que dire de celui des femmes elles – mêmes ? Leur situation, malgré les discours, ne s’est pas beaucoup améliorée. Cette douleur inqualifiable de la parturition évoque bien celle qui touche également le peuple et dont la cruauté révoltante ne peut qu’accroître la souffrance de ne pouvoir intervenir pour changer les choses. Le sentiment d’impuissance face aux drames est aussi douloureux que l’expérience de la douleur elle – même. L’impuissance peut se changer en culpabilité quand on sait que l’écrivain militant interprète sa fonction sociale comme une mission sacrée à accomplir. Les poètes africaines portent à l’égard de leurs peuples un amour qui a les accents et la couleur de la passion. Solidaires des opprimés, sensibles à l’injustice sociale, elles partagent leurs détresses et se sentent pleinement concernées par leur devenir qu’elles portent en elles comme une quête douloureuse. Les défis sont énormes, les espoirs, immenses. Combler tous ces espoirs, voilà la nature de la clause du contrat qui lie ces poètes à leurs sociétés. Ainsi, Bernadette Sanou ne se lasse pas d’insister jusqu’à atteindre son objectif. Sa supplique se fait à l’image de sa société, lente, longue et douloureuse :

Je voulais simplement dire
Mon peuple
Mienne aussi et mienne surtout
Cette foule, cette masse
Autour du cousin Mogoba
Et sur tous les visages la même anxiété douloureuse
Mienne, cette femme, là-bas, au fond de la cour ;
Elle frotte de ses mains le dos de la marmite sale
Et ses mains ont l’écaille du dos de la marmite
On la hèle, on lui apprend qu’à la ville
Son fils est élu député
Elle dit : Dépité ?
Et s’en réjouit si peu que mon cœur se glace…
Je voulais simplement dire
Mon peuple
Miens tous ces regards vides

Autour du cousin Mogoba.

(Parturition, p. 24.)

L’image de la parturition constitue un double symbole, celui d’un malaise social qui se dit en termes d’être et d’avoir. Racontée comme un conte, l’histoire du peuple que les femmes africaines portent en elles est pourtant un drame qui se joue au quotidien, dans le même décor, avec les mêmes acteurs et les mêmes spectateurs.
L’assurance de la victoire finale rythme la marche de la poète Sanou et de son peuple. La persévérance face à l’adversité et la ténacité à continuer le combat se puisent dans cette force que constitue leur union qui semble parfaite. Main dans la main, chaque pas dans la douleur se fait moins pesant et devient du coup, un pas d’espoir vers la liberté. La lutte contre le morne quotidien pour des lendemains meilleurs devient le leitmotiv de leur quête. Le plan d’action est ainsi tracé mais l’espace des urgences se prolonge, interminable. La préoccupation de la poète se fixera donc sur ces urgences plus importantes que l’expérimentation formelle. Sa poétique sera une requête polie, exprimée comme une excuse :

Que ma voix ne vous lasse point…
Cherchez ma poésie
Ailleurs que dans le jeu de mots savants
Ailleurs que dans l’image bien éclatante
Et si bien trouvée !
Cherchez ma poésie
Dans le marché central, dans la rue
Et dans les yeux ternes
Du gamin affamé
Mais surtout, mais par dessus – tout :
Que ma voix ne vous lasse point…

(Parturition, p. 13)

L’expérience de la douleur dévoilée à travers Parturition se continue à d’autres échelles, sur d’autres fronts, car la douleur domine le quotidien et y est inscrite comme un programme inévitable :

J’arrête
Mais mon pays, lui, continue, morne, lent et
Douloureux
J’arrête
Mais ma hargne, elle, persiste
Et ne me quitte pas
Mais mon corps reste lourd
Et les larmes de mes yeux s’écoulent
Gouttes de sang amer, flux et reflux
Sur mon peuple et mon pays

(Parturition, p. 38)

Rythme monotone, cadence lente et douloureuse à l’image de ce pays, la marche s’avère très rude. Faite d’arrêts et de reprises, l’évolution de la quête a tendance à stagner à cause de la douleur et de la tristesse omniprésente.

8. Pierrette Kanzie

… La tristesse ambiante relevée dans les poèmes de Bernadette Sanou est contagieuse. C’est comme si cette dernière avait passé le relais à sa compatriote burnikabè Pierrette Kanzié qui nous introduit dans un univers où les larmes continuent de couler amèrement, longuement. Les Tombes qui pleurent s’ouvrent sur une impression de profonde détresse :

Femme !
O femme !
Le monde,
Le monde est petit,
Pour contenir les larmes,
Des larmes mémorables,
Des larmes d’outre-tombe.
Vivre, c’est mourir.
Mourir, c’est
Revivre une vie nouvelle

(LTQP, p. 6)

Le contexte autour duquel se déploie le recueil est marqué par la douleur. La répétition lente, à peine murmurée (Femme! O femme ! Le monde est petit) témoigne de l’acuité de la douleur qui étreint, étouffe et donne au poème un air de longue complainte. La personne éplorée a du mal, de la peine à laisser sortir ces mots d’elle; c’est comme si elle n’y parvenait qu’au prix de mille efforts. Les pleurs l’envahissent et, comme un torrent, s’écoulent abondamment. Tout autour inspire la peur ; l’atmosphère qui s’en dégage est lugubre, sinistre :

Il est minuit.
L’oiseau de nuit chante.
Les tombes,
Des tombes juvéniles pleurent.
Les temps sont tristes

(LTQP, p. 6).

Une peine immense se dégage de chaque vers. Les larmes baignent et ruissellent sans cesse. Tel un leitmotiv, un triste refrain rythme ce poème d’un seul souffle, dit comme une très longue incantation, avec un second refrain tout aussi morose :

Les tombes
Des tombes juvéniles pleurent;
Les temps sont tristes
Le glas des mondes sonne;

Écoutez la voix
La voix du silence.
L’écho gronde.
L’écho lugubre
Des ténèbres grondent

Ces deux refrains qui reviennent toutes les deux pages de manière alternée, du début à la fin du recueil, amplifient et répandent une triste musique évoquant le silence et l’effroi.

La conscience de l’impuissance face à la mort crée un tel sentiment de découragement que la personne éplorée se convainc que la vie équivaut à la mort; une lueur d’espoir semble pourtant jaillir et l’habiter, qui lui fait percevoir la mort comme l’espérance d’une vie nouvelle. En réalité, cette espérance en la vie nouvelle cache un désespoir sans nom. C’est un univers morne, déprimant, fait de pleurs incessants. Des larmes, encore des larmes, rien que des larmes, la vie se résume à cela.

Les pleurs font partie de la vie mais lorsque la vie ne devient que pleurs, la lassitude et le pessimisme planent tout autour. Le recueil demeure ainsi parsemé de notes si tristes qu’il inspire des frissons :

Il est des âmes qui rient,
Il est des âmes qui pleurent.
Et celles qui rient
Sont celles qui pleurent.
Voyageurs
Des temps nouveaux,
Les mondes
Sont faits pour mourir;
Riez avec la mort,
Pleurez avec la vie.
L’oiseau de nuit chante;
La voix du désespoir parle ;
Les vies appellent la mort ;
On vit pour pleurer
On naît pour pleurer;
On meurt pour pleurer
Les souffles nocturnes
Caressent les visages endoloris ;
Tout s’éteint ;
Tout s’éteint ;
Sur les voies de ces mondes,
Les tombes,
Des tombes juvéniles pleurent ;
Les temps sont tristes,
Le glas des mondes sonne ;

(LTQP, pp. 36-38)

Plus rien ne vit ; tout s’éteint à petit feu sous le coup du chagrin. Le désespoir emplit l’horizon de voile effroyable et l’absurdité, telle une déesse maléfique, étend ses tentacules (Riez avec la mort, Pleurez avec la vie). L’emprise du malheur se révèle tellement forte qu’on la sent omniprésente. C’est comme si tout prenait forme dans ce moule de la souffrance, comme si rien d’autre n’existait encore :

Mes larmes seront continues
Comme l’averse.
Mes yeux
Demeurent tristes.
Vois-tu, fils
Le destin
Est une somme de malheurs;
La vie,
Un voyage dans des larmes;
On ne sent
Que le malheur,
Le malheur
Qui oppresse ;
On ne voit
Que des âmes
Des âmes
Enveloppées de douleur.
On ne voit
Que des larmes,
Des larmes
Qui maudissent
Des larmes qui tuent.

(LTQP, pp.26-28)

Nous sommes dans un univers sens dessus dessous où les voix se taisent et où le silence parle. L’ordre établi est renversé ; tout fonctionne à l’envers. En fait, quand la douleur investit les lieux, plus rien n’a d’importance :

Les morts chantent,
Dans leur antre de solitude,
Dans leur antre lugubre.
Les jours sont macabres.
Écoutez la voix
La voix du silence.
L’écho gronde,
L’écho lugubre
Des ténèbres gronde.
Les bouches n’ont plus de voix.
Les rires saignent
Les vies sont en sursis.

(LTQP, p. 9)

Nous sommes dans une structure sociale où est célébré le culte des morts. Les croyances millénaires, profondément ancrées au sein de ces sociétés traditionnelles, veulent que les morts ne soient pas morts. C’est ainsi que nous retrouvons dans le recueil de Kanzié, des dialogues déchirants entre une mère éplorée et son fils, parti pour le voyage éternel :

Fils !
O Fils !
Cesse
Les sanglots.
Les morts
Ne pleurent plus.
Les âmes sont en deuil!
Va !
Va !
Ma réponse,
Je te rejoindrai
Entends l’au revoir des cœurs,
Des cœurs qui souffrent.

O femme !
Si tu pars,
Si tu pars,
Dans le lointain pays,
Tends-moi les bras
Tes bras maternels.

(LTQP, pp. 10-11 et pp. 18-19)

Cet échange entre la mère et le fils laisse transparaître un besoin de consolation réciproque. Habituellement, ce sont les vivants qui pleurent et qui ont besoin d’être consolés. Au sein de cet espace où l’ordre est inversé, où les morts ne sont pas morts, les vivants peuvent consoler les morts et vice – versa. Lorsque les morts cohabitent harmonieusement avec les vivants comme le suggèrent les croyances religieuses, ils ont voix au chapitre plus que les vivants eux-mêmes :

Mort !
O Mort
Les morts diront
Leur dernier mot
Dis tes apophtegmes
O cœur loquace,
D’une voix
D’une voix limpide et pure

(LTQP, pp 28-29)

L’apostrophe paraît d’autant plus absurde à première vue qu’elle interpelle une absence (Mort! O mort) qui, pourtant, n’en est pas moins présente aux yeux de la personne qui croit en sa manifestation. C’est la symbolique d’un mode de vie qui transparaît à travers cet humour plutôt macabre. Devant l’adversité quotidienne contre laquelle les forces humaines sont bien impuissantes, le recours à la dérision apparaît comme une thérapie pour ne pas sombrer dans la folie. On invoque les ancêtres comme protecteurs lors des cérémonies rituelles parce qu’on les croit capables d’intercéder dans l’au-delà pour ceux qui n’y sont pas encore :

Ancêtres,
Accueillez cette âme,
Accueillez cette jeune âme ;

(LTQP, p. 35)

Le dialogue entre les vivants et les morts se poursuit au-delà de la séparation physique. Les cœurs unis le demeurent, au-delà de la mort. Ces liens dépassent ceux de la mort et les brisent totalement selon les croyances du milieu :

Femme !
O Femme !
Cœur solitaire
Au milieu
Des images brisées,
Console
Console-moi ;
Tu sais
L’endurance
Est la réponse à la vie.

Fils !
O Fils !
Cesse tes sanglots
Les morts ne pleurent plus ;
Dors,
Dors en paix ;
Demain sera meilleur
Pour les cœurs essoufflés,
Un paradis,
Pour les âmes de l’enfer ;

(LTQP, pp.45-47)

La consolation devient réciproque mais elle n’atténue pas pour autant la douleur, malgré la promesse d’un lendemain meilleur. Entre la mère et le fils, le pacte d’amour se veut éternel. Ainsi, quand la mort s’interpose, une rage folle envahit la mère dépossédée, qui, impuissante, n’a plus que la révolte comme langage. Des entrailles, monte alors une sourde complainte, insaisissable, poignante, mais, hélas, vaine :

Départ !
O pur départ !
Mais pourquoi donc
Séparer les cœurs
Déjà liés du sang maternel ?
Pourquoi ?
Mais pourquoi donc
Briser les cordons ombilicaux ?
Alors, berce,
Berce mon âme
Par la chanson de l’oubli,
Dans l’empire de la peur,
Dans l’antre de l’angoisse.
Vie !
O vie !
Demain sera mon calvaire ;

(LTQP, pp. 53-54)

À ces questions existentielles, seul, l’écho de la résignation semble répondre. Cependant, l’oubli ne devient jamais total ; on vit avec la douleur, on apprend à l’apprivoiser mais l’existence ne pourra plus jamais être la même, car les morsures du souvenir resurgiront toujours (Demain sera mon calvaire).

Le vide qui se présente dans de telles circonstances inspire souvent un profond sentiment d’amertume, de désespoir, de révolte. Surgissent alors des paroles empreintes de frustration et de douleur vive où la lassitude, telle une massue, s’abat de tout son poids :

Vie !
O vie !
Seras-tu toujours
La digne compagne
De la mort ou son ennemie ?
En ton sein reposent
Des cœurs de tristesse,
Des voix sans voix.
Ma réponse, je te rejoindrai
Sans regret
O fils !
Écoute le chant,
Le chant des agonisants

(LTQP, pp. 54-56)

Le contraste de la vie qui alterne des séquences joyeuses et douloureuses d’un même chant, demeure difficile à supporter. Lorsque les forces manquent, l’espoir aussi s’amenuise et le fardeau se fait pesant. Seules les notes moroses de la mélancolie s’égrènent, au rythme de la douleur lancinante :

La vie chante ;
Les tombes
Des tombes juvéniles pleurent;
Les temps sont tristes
Le glas des monde sonne ;
Fils de la douleur
Fils des peines
Martyre des temps passés
Va!
Va sans regret !
Les temps
Planteront des jacinthes
Sur ta tombe ;
Fils,
Fils, la terre préserve
Les tombes qui pleurent.

(LTQP, pp. 60-61)

La quête identitaire et l’expérience de la douleur nous ont ouvert les portes d’un univers où la souffrance, les larmes et la tristesse hantent le quotidien. Reflets d’une meurtrissure sociale profonde, ces expériences illustrent le parcours paradoxal qu’est la vie elle-même, faite de contrastes, d’oppositions, de hauts et de bas.

9. Pour conclure

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes
mains douces plus que fourrure,
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute
brise nocturne
 

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir,
bouche qui fait lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémit aux caresses
ferventes du Vent d’Est
 

À ces chants nostalgiques, hommages éternels à des femmes idéalisées à l’extrême dont on cherche vainement l’existence, les femmes répondent par des chants aux sonorités autres et dont les accents n’égrènent pas toujours la mélodie du paradis perdu que les hommes s’évertuent à trouver dans ces femmes qu’ils chantent :

Les poètes du couvre-feu les poètes du
couvre – femme les poètes te couvrent de
fleurs sales du village de la participation
du linge propre de la conciliation toi
l’illuminée sans lumière toi l’ouvrière au
noir au noir sans voix toi la somme
des bluffs libres comme le vent

(GDS, p. 54)

Même si tous les poètes et romanciers africains n’ont pas représenté la femme africaine à partir de leurs désirs ou fantasmes, il reste néanmoins que la vision idéaliste d’une Afrique paisible et prospère symbolisée par la femme, amante et mère, a du mal à s’effacer de l’imaginaire de nombre d’entre eux qui semblent en avoir besoin pour se ressourcer. Or, les femmes ne veulent plus se contenter de cette image ainsi que l’a si bien exprimé Mariama Bâ :

Les chants nostalgiques dédiés à la mère africaine confondue dans les angoisses d’homme à la Mère Afrique ne nous suffisent plus. Il faut donner à la femme noire dans la littérature africaine une dimension à la mesure de son engagement prouvé à côté de l’homme dans les batailles de libération, une dimension à la mesure de ses capacités démontrées dans le développement économique de notre pays. Cette place ne lui reviendra pas sans sa participation effective.

Ce message de l’une des pionnières du roman africain féminin a trouvé un écho chez ses consœurs dont l’exaspération face à cette image surannée d’elles, les a tout naturellement conduites vers la création de personnages rebelles qui leur ressemblent et dont le message de contestation ébranle la tradition :

Aujourd’hui nous irons faire du bruit
de l’autre côté du Mur la frontière à trouer
comme un essaim d’abeilles sans passeport
comme un nuage de criquets sur
Johannesburg sur Pretoria nous
irons ensemble comme un nuage fondant
chanter un requiem noir pour l’Apartheid

(GDS, p. 60)

La toile de fond pour les poètes comme pour les romancières est un espace de lutte effrénée contre un quotidien fait de douleur, de pleurs, de misères; on voit alors se déployer des figures de femmes révoltées contre un statut social imposé arbitrairement et décidées à mener leur propre quête jusqu’au bout. Des femmes atypiques apparaissent alors qui prennent leur destinée en main et remettent en cause les traditions. Les poètes décrivent des femmes qui disent leur désir sans honte, crient leur révolte face aux misères et aux injustices sociales. L’image des femmes soumises à leurs maris ou à leurs pères, absentes du champ social où tout se joue, s’évanouit peu à peu. Le décor change et les acteurs avec lui.

En se réappropriant l’image longtemps tronquée d’elles-mêmes, les femmes poètes essaient d’en donner le meilleur reflet possible, à leur manière et indépendamment de leurs confrères. La rébellion contre un discours hégémonique dominant s’organise à travers la création de personnages évoluant dans des conditions nouvelles et véhiculant un discours différent. Une ère nouvelle a commencé et l’histoire d’une autre écriture en train de se faire en témoigne. La poésie africaine au féminin ne chante pas les valeurs perdues de la Négritude, elle ne s’inscrit pas plus dans le discours féministe occidental, mais elle professe simplement l’existence des femmes africaines et exige qu’on prête attention à la voix de ces dernières.

Le premier acte de rébellion des écrivaines et poètes a consisté à braver les interdits, à briser le tabou du silence et à prendre la parole afin de raconter leur propre histoire sans intermédiaires mais comme le résume à merveille Nafissatou Diallo :

Écrire pour dire qu’on a aimé père et mère? La bonne nouvelle ! J’espère avoir fait un peu plus, avoir été au-delà des tabous du silence qui règne sur nos émotions.

Poétiquement vôtre.

Un texte pour finir cet article par du très beau : Odeur de la terre mouillée après la pluie : J’aimerais…

vendredi 29 mai 2009, à 12h16

Discrètement, comme un voleur,
Le soleil se glissât à ma fenêtre ce matin
Dois-je me lever ? J’aimerais rester sur mon lit
Juste quelques minutes !

J’aimerais rester sous ma couverture et dormir
Sans soucis, sans obligations ni chagrin
J’aimerais tout simplement dormir
Avoir la tête bien vide et sereine

J’aimerais avoir une journée sans confusion
Une journée de paix et de quiétude
Sans le bruit d’une alarme ni celui d’un train
J’aimerais me réveiller avec un sourire aux lèvres

J’aimerais qu’il pleuve aujourd’hui
J’aimerais m’asseoir sous la pluie
Ecouter son crépitement sur le sol
Et sentir l’odeur de la terre mouillée

J’aimerais être plus proche du ciel
Pour lui implorer sa sagesse
Pour qu’il me rende saine et heureuse
J’aimerais, j’aimerais… vivre.

Isabelle S. Nana ; Burkina-Faso



La poésie au Burkina Faso
28 juillet, 2010, 13:42
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Yves Dakyo, enseignant à l’U.O : La poésie comme art du langage et construction du sens

Article de jeudi 29 avril 2004

Imitation servile pour les uns, ingéniosité pour les autres, les débats sur l’essence et l’importance de la poésie sont souvent houleux. Nous avons donc voulu avoir l’éclairage d’un spécialiste de la question et M. Yves Dakyo s’est prêté à nos questions. Il est sémio linguiste littéraire de formation, et a écrit plusieurs textes sur la poésie. Maître assistant, il est le chef de département des lettres modernes de l’Université de Ouagadougou (U.O.). Dans l’interview qui suit, M. Dakyo se prononce sur les fonctions sociales du poète, l’engagement poétique la pratique poétique, au Burkina Faso… Mais avant tout, il dit ce qu’il entend par le terme poésie.    M. Yves Dakyo (YD) : La poésie est un concept difficile à définir comme tous les autres concepts de cette nature. Elle est universelle car tous les peuples connaissent la poésie même si les formes et les pratiques sont relativement variées. Quand bien même il est difficile d’avoir une définition unifiante, on s’entend généralement pour dire que la poésie est l’art du langage qui vise à exprimer un message par le rythme, par les images et par l’harmonie. Au niveau du rythme, il faut souligner que c’est au sens de Senghor lorsqu’il dit que le rythme est l’architecture du sens. C’est-à-dire toutes les formes, tous les schémas qui permettent de structurer l’espace sonore, rythmique, thématique et sémantique du poème.  Sidwaya (S). : La poésie ainsi définie sous-entend que le poète est un alchimiste ayant commerce intime avec les mots, les images et les résonnances. Cependant dans l’antiquité, il était considéré comme un illusionniste. De nos jours, quel regard portez-vous sur les fonctions sociales du poète ?   

YD. : Je trouve que la fonction de base n’a peut-être pas fondamentalement changé. Lorsqu’on remonte effectivement à Platon, le poète était un illusionniste dans le sens que c’était un imitateur de troisième degré. Et dans ce sens pour Platon, il était inutile. Il préconisait de ce fait de chasser les poètes de la cité idéale. Il est évident que cela reflète l’ambiguïté de la société par rapport au poète. Même dans la société africaine, si on considère que les griots sont des poètes, on retrouve cette même ambiguïté selon les circonstances. On les admire lorsque leurs écrits vont dans le sens du pouvoir ou dans le sens de certains aristocrates et on a tendance à les renier lorsque les poètes critiquent. On retrouve cette ambiguïté tout au long de l’histoire. Vous avez des exemples d’écrivains emprisonnés ou exilés pour les raisons politiques, et tant que la poésie existera, l’ambiguïté demeurera.  S. : La poésie ardente est certes réprimée. Mais n’avez-vous pas le sentiment que son action est souvent salvatrice, vu que le poète est un monde enfermé dans un homme selon la formule de Victor Hugo ?   YD. : Je pense que c’est à travers leur engagement dans l’écriture que les poètes et les autres écrivains portent un témoignage sur la société. Lorsqu’on regarde ce qui s’est passé sous la colonisation, il est évident que les poètes à travers leurs écrits ont essayé, non seulement de porter un regard sur cet événement, mais également d’être critiques par rapport à l’action coloniale et d’encourager les peuples africains à résister à la colonisation. Après les indépendances, le combat des poètes a encore continué puisqu’ils essaient justement de lutter contre les différents maux dont souffre la société. Lorsqu’on regarde la poésie de Paul Dakyo, jusqu’à son sixième recueil en 1989, il essaie quand même de s’engager fermement dans le combat pour l’émancipation des peuples africains. Il y a aussi certains poèmes de Senghor, Aimé Césaire…  S. : La poésie est donc indissociable du développement…   

YD. : Si on entend par développement l’épanouissement intégral de l’être humain et la promotion des droits humains, je pense que les poètes ont commencé leur combat depuis très longtemps. A travers leurs œuvres, ils contribuent à l’épanouissement, à la libération de l’homme.  S. : Baudelaire, Lamartine, Rimbaud sont des poètes occidentaux pour qui, nombre de Burkinabè ont beaucoup d’admiration. Cependant, ces mêmes Burkinabè ignorent presque tout de la  » poésie du terroir » quel est donc l’état de la pratique poétique dans notre pays ? «    Y.O. : C’est une question difficile dans la mesure où la poésie moderne, c’est-à-dire, la poésie d’expression française est relativement récente dans notre pays. Lorsqu’on fait la comptabilité de 1996 à 2000, on ne dépasse pas cinquante (50) titres. Ce n’est donc pas encore une grande poésie au plan quantitatif. Lorsqu’on fait également la répartition de cette pratique, on dénombre à peu près trente cinq (35) auteurs dont trois (03) femmes. C’est encore un genre en expansion qui n’a peut-être pas encore atteint sa vitesse de croisière. Quand même, il y a de plus en plus de jeunes qui s’expriment à travers le label poétique. Si on va au-delà des titres publiés, on remarque qu’il y a beaucoup de poèmes qui sont publiés dans des revues, des journaux. Mais la difficulté, c’est que ce sont des poèmes parcellaires.  Il faudrait que ceux-ci soient reconstitués pour qu’on puisse en avoir une idée d’ensemble. Outre cet aspect, on remarque de plus en plus, la naissance de jeunes associations pour la promotion de la poésie. Ça montre que la poésie va dans les années à venir occuper peut être un espace social plus grand, pas seulement dans les écoles et les universités, mais probablement dans des aspects plus populaires comme les bars, les cafés comme on l’a vu récemment à travers la FILO (NDLR : Foire Internationale du Livre de Ouagadougou).   

S. : Quelle analyse faites-vous du contenu des œuvres poétiques publiées ?  Si on jette un regard d’ensemble sur la poésie burkinabè, on remarque que les premiers à être publiés, c’est-à-dire à la fin des années 1975, écrivaient autour de l’ancrage géographique. Cela pouvait être repéré facilement par les titres suggestifs comme Ça tire sur le sahel, Refrains sur le sahel ou encore La guerre des sables.   Dans ces œuvres, le nom n’est pas explicitement cité mais les métonymies suggèrent la présence du Burkina Faso. Derrière cette suggestion, il y avait aussi cette volonté de dire ce qui se passe dans ce pays. Notamment au plan social. C’est ainsi que la dimension sociale prégnante traverse la poésie de Me Pacéré. Globalement, il y a cet ancrage géographique très fort, mais au tournant des années 1980, aux alentours de la Révolution, il y a eu ce regard vers les textes révolutionnaires à travers Lutte de Paulin Bamouni où on sentait déjà la présence des petites gens du peuple. Sous la Révolution, cette dimension s’est amplifiée, notamment à travers les manifestations organisées par le pouvoir à l’époque, mais aussi par les thèmes des écrivains. Que ce soit La saga des immortels ou Parturition de Bernadette Dao, l’engagement est très fort pour les petites gens du peuple (gamins dans la rue, jeunes filles excisées…).  A la fin des années 1990, on a assisté à une ouverture un peu plus intimiste où on sent que le poète tend à exprimer réellement ce qu’il ressent de façon personnelle par la forme et des thèmes plus sensuels. La poésie étant un art, chacun a sa sensibilité. Mais en ce qui me concerne, je me dis qu’avant tout ou après tout, la poésie étant un art du langage, cette dimension ne devrait pas être négligée dans un poème. Il faut donc travailler cette qualité première, la thématique pouvant varier en fonction de la sensibilité du poète et du lecteur lui-même, en fonction de son époque et de ses préoccupations personnelles.  

Interview réalisée par Arsène Flavien BATIONO Mon bonheur  J’ai vu ton sourire et sa blancheur   Dans mes rêves, tu te nommes bonheur.  

Quand tes jolis pieds caressent le sable,   leur musicalité me rappelle les fables ;  Et tout ici avec toi est beau.   La nature est verdoyante, la rivière chante d’eau.  

Dans mes angoisses si vilaines,   Apparaît ton image très sereine.   Alors réjouis-toi car demain sur les dunes,   Nous irons danser jusqu’au clair de lune.  Le vent frais soufflera et tu diras aux fleurs,   Vous êtes belles, ici c’est le bonheur !

Arsène Flavien BATIONO 

Poésie et identité culturelle chez F. T. Pacéré : de l’affirmation identitaire à l’humanisme universel

Notre propos cerne d’abord les caractéristiques socioculturelles de la poésie pacéréenne tout en définissant leur rôle dans la structuration esthétique et sémantique des textes. Il montre ensuite que cette poésie, loin de se limiter a la stricte affirmation identitaire, se veut aussi une poésie ouverte sur le monde, notamment sur les autres peuples et les autres cultures, d’ou les marques de son humanisme universel. Il conclut enfin que la poésie pacéréenne, à l’instar de l’ensemble de la poésie burkinabé écrite des années 1970 obéit à une double exigence de type dialogique et dialectique telle que le préconisaient déjà les chantres du mouvement négritudien : enracinement dans sa culture d’origine et ouverture sur le monde. Mots-clés: Poésie, identité, culture, humanisme. Notre propos s’inscrit dans une réflexion sur l’émergence de la littérature burkinabé écrite dont il définit l’éminent rôle dans l’expression de l’identité culturelle burkinabé ainsi que les enjeux et les limites de la question identitaire dans le contexte de la mondialisation et dans la perspective d’une approche interculturelle de la littérature. La littérature burkinabé écrite, a l’instar de celles de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne francophone, est une littérature émergente. De plus, depuis les années 1980, l’unanimité est faite sur une véritable éclosion de cette littérature, au regard du nombre et surtout de la qualité des écrits et des manifestations culturelles liées a la question littéraire. Enfin, la diversité culturelle et linguistique apparait comme un des atouts majeurs dans l’affirmation de l’identité burkinabé sur les plans littéraire et culturel. C’est admis, aucun écrivain (notamment africain), du fait même de son appartenance a une communauté culturelle et linguistique aux frontières souvent difficiles a délimiter, ne peut se soustraire à la dualité (phénomène du double « je ») imposée par le « jeu » de l’écriture. Celui-ci consiste, par une relation de présupposition réciproque au sens de Emile Benveniste (1974 : 78-88), a mettre simultanément en scène le « moi » et « le non-moi », c’est-a-dire l’Autre, dans un contexte de communication des cultures (dans le sens de Rogues et Corbin, 2004) et des consciences telles que définies par Jean-Paul Sartre. Aussi, dans le processus d’affirmation identitaire ou selon la philosophie senghorienne, s’affirmer, c’est aussi affirmer l’Autre, Rimbaud n’a-t-il pas raison de dire que « je est un autre »? Cette affirmation de soi et de l’Autre a toujours figuré parmi les grandes thématiques développées par les littératures francophones. Cette thématique sera prise en compte par la plupart des écrivains afro-nègres et ce double « je » (ou « jeu ») identitaire atteindra son paroxysme avec la négritude senghorienne, a travers notamment la théorie de la Civilisation dite de l’Universel (Senghor 1988). A la suite des écrivains de la première génération, celle des « épigones » selon le terme consacre de Jacques Chevrier (1990), la plupart des écrivains africains continueront à inscrire cette thématique dans leurs écrits, quels que soient leurs genres. Cette pratique est surtout perceptible chez les poètes comme pourrait en témoigner l’œuvre du poète burkinabé Titinga Fréderic Pacéré. Outre leur originalité typographique, thématique et scripturale, les textes poétiques pacéréens, d’une dimension poétique et d’un hermétisme reconnus, obéissent a une double exigence : enracinement dans la culture burkinabé notamment moaaga et ouverture au monde extérieur sur fond d’humanisme universel.  Comment, dans le contexte de la mondialisation et de la prise en compte de plus en plus perceptible de la diversité linguistique et culturelle, l’écrivain et singulièrement le poète africains francophones peuvent-ils affirmer sereinement leur identité, tout en s’inscrivant dans l’inter culturalité? Pour élucider cette problématique, notre réflexion s’appuie sur l’œuvre poétique du Burkinabé Pacéré Titinga Fréderic pour montrer d’abord dans une approche lexicale que les textes poétiques pacéréens obéissent à un double ancrage culturel : enracinement dans la culture locale, notamment moaaga et ouverture sur les autres espaces culturels. Ce double mouvement est à la base de l’originalité et de l’hermétisme de la poésie pacéréenne dont il révèle l’aspect dialectique et dialogique. L’analyse narrative montre ensuite que cette ouverture a la fois « physique » et « intérieure » fait de la poésie de Pacéré une poésie « ouverte », c’est-a-dire, une poésie « universelle » sur fond d’humanisme. L’étude conclut enfin à l’appartenance de cette poésie non seulement à celle du Burkina des années 1970, celle de l’affirmation identitaire, mais aussi a la grande poésie négro-africaine.

Frédéric Titinga Pacéré : homme d’écriture et de culture, admis à l’Académie des Sciences d’Outre-mer :

Maitre Titinga Fréderic Pacéré est né en 1943 à Manega, « terre du repos », située dans l’Oubritenga, au cœur du Moogho (territoire des Moose), au milieu des tambours et des profondeurs sublimes des mystères ancestraux, d’ou la veine si originale de sa poésie. Il a bénéficié d’une éducation dans la pure tradition moaaga.   L’homme ne s’adosse jamais au néant, dit un adage populaire. C’est fort de cet adage que Maître Titinga Frédéric Pacéré, avocat, homme de lettres, de sciences, de la  » bendrologie « , de la  » ouangologie « , du musée de Manéga entre autres, a été officiellement admis le mardi 23 mars 2010 à Paris à la prestigieuse Académie des sciences d’Outre-mer.    La cérémonie solennelle était présidée par monsieur Edmond Jouve, président de l’Académie des sciences d’Outre-mer. Ont pris également part à ladite manifestation, l’ambassadeur Beyon Luc Adolphe Tiao, ses proches collaborateurs, Maître Barthélémy Kéré, ancien bâtonnier du Burkina Faso et monsieur Marc Aircadi de Saint Paul, consul honoraire du Burkina.  Auréolé de la médaille gravée en son nom et qui fait désormais de lui un membre titulaire de l’Académie des sciences d’Outre-mer, Maître Titinga Frédéric Pacéré a tout d’abord témoigné sa reconnaissance, celle du Burkina à travers le Président du Faso, Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré, à cette auguste académie.   

En effectuant ses premiers pas dans l’institution, Maître Pacéré a tout naturellement exprimé sa joie pour cet honneur :  » cette journée, permettez-moi de le dire est la consécration d’un homme ; elle est surtout une reconnaissance de valeur à l’échelon international et une expression d’une vie plus réelle, profonde, millénaire de mon peuple et des peuples qui ont constitué le Burkina Faso « . Il a ensuite remercié le président du Faso, le Premier ministre et toutes les hautes autorités qui l’ont félicité suite à cette admission.  L’admission de Maître Pacéré, selon le président de séance, monsieur Edmond Jouve, est le fruit de ses nombreuses productions et publications littéraires, son grand chef d’œuvre qu’est la réalisation du musée de Manéga, reflet de la culture burkinabè qui entend s’opposer à la disparition des œuvres d’art de l’Afrique.   Maître Pacéré n’est pas seulement un défenseur de la culture ; plusieurs réalisations sociales dont des dispensaires, maternités, écoles, forages, banques de céréales sont aussi à mettre à son actif.  » Vous êtes humble, vous êtes un grand homme, vous avez reçu plusieurs distinctions.  Premier bâtonnier du Burkina, vous êtes aussi le père fondateur de  » Avocats sans frontières  » en 1992 et vous êtes surtout un fervent militant des droits de l’homme : tout cela fait de vous un témoin attentif de votre temps « , toujours selon monsieur Jouve.   

Le cours magistral donné par le nouvel académicien Titinga Frédéric Pacéré en ce jour mémorable avait pour thème,  » Le langage des tam-tams et des masques des Mossé au Burkina Faso « .  De ce cours, on retient que la parole dans la culture traditionnelle burkinabè et africaine n’est pas seulement ce qui est dit, prononcé ou exprimé par la bouche. La parole, selon Maître Pacéré, est un instrument de pensée, de communication et d’écriture qui permet la fixation de l’histoire. Aussi, a-t-il scindé son cours en deux grandes parties reposant sur la  » bendrologie  » ou langage des tam-tams, des tambours et la  » ouangologie  » ou langage des masques. Et le griot est celui qui est au centre de la culture sociale.   En effet, pour le conférencier, le langage des tam-tams tout comme celui des masques est celui des initiés car il est une juxtaposition de devises et de phrases. Ce n’est pas l’apparence ni ce que l’œil voit qui constitue la réalité ; mais il y a aussi la culture, ce qui s’exprime derrière les tambours, les causeries avec des métaphores des anciens, ce qui s’exprime dans le langage historique des masques, dira-t-il entre autres. En somme, ce sont des langages philosophiques et de sagesse.  Dans ce cours magistral, Maître Pacéré a malheureusement relevé le faible nombre de griots et d’initiés qui, de nos jours, sont à même d’interpréter le langage exotérique des masques. Il a déploré le fait que tout tend à disparaître d’où la nécessité de tirer déjà sur la sonnette d’alarme au risque de priver les générations futures de ce précieux patrimoine culturel, source de fierté.   

Pire, les chocs des civilisations ont aussi eu pour conséquence de dénaturer, voire de détruire les cultures africaines. La sagesse populaire africaine ne dit-elle pas : « que Dieu préserve le puits pour que les crapauds s’ébattent à jamais, à jamais, à jamais « .  En entrant à l’Académie des sciences d’Outre-mer, crème de l’intelligentsia, Maître Pacéré entend poursuivre dans de bonnes conditions ses recherches pour la défense des cultures :  » j’entends faire prévaloir les valeurs d’humanisme de l’Afrique ; cela est une responsabilité et je m’y engage car il y va de mon honneur et surtout de l’honneur du Burkina Faso « .   Au terme de cette cérémonie solennelle, l’ambassadeur Beyon Luc Adolphe Tiao a exprimé toute la fierté du Burkina Faso suite à l’admission de Maître Titinga Frédéric Pacéré à l’Académie des sciences d’Outre-mer. Il a de plus indiqué que le Burkina Faso ne ménagera aucun effort chaque fois qu’il sera question de coopération en matière de culture et de la science.  

L’Académie des sciences d’Outre-mer a pour vocation d’étudier sous leurs aspects les plus divers (scientifiques, politiques, économiques, techniques, historique, ethnographique, biologiques et sociaux et culturels) les questions concernant les pays situés au-delà des mers et de soumettre aux autorités publiques ses vœux et motions. Elle a été fondée en 1922 et compte 275 membres tous statuts confondus. L’académie décerne chaque année des prix destinés à récompenser les publications relevant de son champ d’action. 

maitrepacere.png Maître Titinga Frédéric Pacéré
Avocat et Homme de Culture
 

Maître Titinga Frédéric Pacéré est né en 1943 à Manéga de F. Pacéré Passawendé, Chef Coutumier de Manéga et de F. Sawadogo Pogodiri.  Marié le 07 septembre 1968 et Père de 3 enfants. Etudes à Ouagadougou (Burkina Faso), Abidjan (Côte d’Ivoire), Dakar (Sénégal), Rennes (France, Etudes Universitaires de Droit, Sociologie et Lettres). 



La littérature au Burkina
22 juillet, 2010, 12:21
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Généralités

Le Burkina Faso (appelé Haute-Volta jusqu’en 1984, peu après le début de la Révolution entreprise par Thomas Sankara) a souvent été considéré comme un carrefour des cultures, des peuples et des langues (estimées à 60 au début des années 1960). Une importante littérature orale – soutenue par ce que Pacece appelle la littérature du tam-tam et celle des masques – témoigne de la longue histoire des puissants royaumes mossi qui ont su perdurer du 12ème au 19ème siècles et qui forment grosso-modo le Burkina Faso d’aujourd’hui. Les Maximes, pensées et devinettes mossi de Dim-Dolobsom Ouedraogo, publiées en 1934, offrent un aperçu de cet univers à peine 30 ans après la fin du démantèlement des structures sociales du pays par l’armée française et son occupation qui coïncida avec le déplacement forcé de milliers de personnes en direction des plantations de la Côte d’Ivoire et du Ghana.  En 1962, peu après les Indépendances, Nazi Boni publie Crépuscule des temps anciens, le premier roman burkinabè. Roger Nikiema publie le second à la fin des années 1960. C’est aussi au cours des années soixante que les auteurs de théâtre s’affirment avec Moussa Sawadogo, Ouamdégré Ouedraogo et Pierre Dabiré. Au cours des années 1970, Etienne Sawadogo, Kollin Noaga et Augustin-Sondé Coulibaly prennent le relais dans le domaine du roman. Parmi les auteurs les plus connus de ces dix dernières années, on peut signaler Marie-Ange Somdah, Jean-Baptiste Somé, Pierre Claver Ilboudo, G. Patrick Ilboudo, Norbert Zongo, Jacques Prosper Bazié, Ansomwin Ignace Hien et dans le domaine du théâtre, Jean-Pierre Guingane. Du côté des femmes, c’est vers le milieu des années 1980 que les premiers ouvrages d’écrivaines burkinabè font leur apparition avec les poèmes de Pierrette Sandra Kanzié et ceux de Bernadette Dao. Cette dernière publie deux recueils de nouvelles par la suite alors que d’autres auteurs élargissent le champ de la littérature burkinabè : Angèle Bassolé Ouédraogo et Gaël Koné dans le domaine de la poésie; Monique Ilboudo, Suzy Henrique Nikiéma, Sarah Bouyain et Adiza Sanoussi dans celui du roman. Monique Ilboudo, juriste et femme politique, a remporté le Grand Prix de l’Imprimerie Nationale du Meilleur Roman 1992 pour Le Mal de Peau, publié en France par les éditions Le serpent à plumes, Paris, février 2001. C’est la première romancière burkinabè. Joseph Ki-Zerbo (1922 – 2006), grand intellectuel et opposant burkinabè, a largement contribué à l’émergence d’études historiques africaines. Premier africain agrégé d’Histoire à la Sorbonne, le professeur enseigna dans plusieurs universités africaines. Il a été le directeur scientifique des deux volumes de l’Histoire générale de l’Afrique, publié par l’Unesco. Depuis leur publication, ces ouvrages, les premiers volumes d’histoire coordonnés par un Africain, sont devenus la référence des étudiants africains en histoire. Contraint à l’exil par le pouvoir révolutionnaire du capitaine Thomas Sankara, il vécut longtemps à Dakar. De retour au Faso en 1992, il militera contre l’impunité de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il reste une figure des Indépendances, et de la vie intellectuelle. Quelques fines plumes :

Abdoulaye Diallo, Jacques Guingane, Sarah Bouyain (1968 – …), Zarra Guiro (1957 – …), Aristide Tarnagda (1983 – …), auteur prodige de théâtre contemporain : Alors, tue-moi, De l’amour au cimetière (créé aux récréatrales 2006), Les Larmes du ciel d’Août, Exils 4, pièce de théâtre et chorégraphie, mise en scène de Eva Doumbia…, Sophie Heidi Kam (1968 – …), poétesse et dramaturge contemporaine. Deux fois lauréate du Grand Prix National des arts et des lettres à la Semaine Nationale de la Culture (SNC) respectivement en 2000 avec Sanglots et symphonies et en 2004, avec Quêtes, elle s’essaye aussi au théâtre, dans le cadre du groupe  » du Cercle « , coordonné par Faustin Keoua Leturmy, lectures de textes dramaturgiques au CCF Georges Méliès de Ouagadougou. Gaël Koné (1976 – …), Honorine Mare (1972 – …), Suzy Henique Nikiéma (1983 – …) Faustin Keoua Leturmy, comédien, danseur et écrivain d’origine congolaise mais vivant à Ouagadougou, participe à cette jeune génération d’auteurs africains.  Maitre Frédéric Pacéré Titinga (1943 – …) né à Manéga, est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages sur la littérature, la culture, le droit, la sociologie et l’art. Il est également le fondateur du musée de Manéga. Chronologie des écrits essentiels 

Le premier écrivain burkinabé fut Dim Delobson, un fonctionnaire colonial d’origine princière, auteur de deux essais (l’Empire du MoghoNaba, 1933, et les Secrets des sorciers noirs, 1934). La première œuvre littéraire, la chronique historique de Nazi Boni, Crépuscule des temps anciens, a été publiée en 1962, mais l’absence d’éditeurs burkinabés réduit la diffusion des romans : Etienne Sawadogo (la Défaite du Yargha, 1977), Kolin Noago, Augustin Sondé Coulibaly (les Dieux délinquants, 1974). La production poétique est abondante : Frédéric Pacéré Titinga, le plus célèbre (Refrains sous le Sahel, 1976 ; Affiche, 1992), Jacques Prosper Bazié (Orphelins des collines ancestrales, 1983), Bernadette Dao (Parturition, 1986 ; Quote-part, 1992).

Dans les années 1980, trois romanciers émergent : PierreClaver Ilboudo (le Fils aîné, 1982 ; Adama, 1987), Patrick G. Ilboudo, mort en 1994 à l’âge 43 ans (le Procès du muet, 1987 ; le Héraut têtu, 1992) et Ansomwin Ignace Hien (l’Enfer au paradis, 1988). La création théâtrale est dominée par Prosper Kompaoré et Jean-Pierre Guingané (le Fou, 1986 ; le Cri de l’espoir, 1991).  Dans les sciences humaines, mentionnons Joseph KiZerbo, auteur d’une monumentale Histoire de l’Afrique noire (1971). S’il y a un élément très important qui n’a pas réussi à se faire embarquer dans le train du développement culturel que connaît actuellement le pays, c’est bien la littérature écrite. Cette activité qu’on ne présente d’ailleurs plus au public, parce que n’étant pas un élément nouveau dans le paysage burkinabé, continue de tirer la queue du diable. Longtemps ignorée et délaissée comme une activité sans importance, la littérature écrite demeure encore en marge des préoccupations de la grande majorité des citoyens burkinabé. En un mot, elle est très peu connue et est considérée comme le parent pauvre de la culture qui bat son plein actuellement dans ce pays. S’il est bien vrai que le savoir est la base du développement, on est alors en droit de se demander pourquoi la littérature qui est censée détenir ce savoir reste toujours en arrière plan. Sans doute ignore-t-on encore l’intérêt profond et réel de cette activité ? La genèse de la littérature burkinabé

Pourtant l’expérience du Burkina Faso dans le domaine de la littérature écrite ne date pas d’hier. Les tous premiers écrits littéraires burkinabé sont apparus bien avant même l’indépendance, comme l’ouvrage publié en 1932 par l’écrivain Dim Delobsom : « L’empire du Mogho Naba, coutumes des mossis de la Haute Volta ». Ce livre traduit sans ambages le souci de l’auteur de peindre les rites et coutumes de la société traditionnelle de son peuple d’antan pour les rappeler aux générations futures. Dim Delobsom publia en 1934 un second ouvrage intitulé  » les secrets noirs des sorciers  » deux ans tout juste après le premier – ce qui témoignait de la richesse intellectuelle de l’homme. La littérature écrite burkinabé a continué de faire son petit bonhomme de chemin. Ainsi, en 1962, le roman de Nazi Boni  » Crépuscule des temps anciens  » fut édité, véritable chef d’œuvre qui a fait presque le tour du monde et a servi de modèle d’éducation dans les établissements primaires, secondaires et supérieurs du Faso. Qui a lu cet ouvrage ne peut s’empêcher de constater au terme à quel point l’Afrique a vraiment perdu une partie de ses vraies valeurs. L’œuvre témoigne en effet de la grande sagesse des ancêtres que la civilisation occidentale est venue moduler quelque peu. 

Toutefois, Nazi Boni ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Très inspiré par sa propre culture, il  dépeindra encore certains aspects de la civilisation traditionnelle africaine à travers d’autres ouvrages comme  » Fondements traditionnels et modernes des pouvoirs en Afrique « , publié en 1969, ou encore  » Histoire de l’Afrique, résistante réaction des peuples africains aux influences extérieures « , sorti en 1971. La disparition en 1969 de Nazi Boni, a affecté toute l’Afrique, mais ne freinera pas l’élan littéraire qu’il a su insuffler au pays des Hommes Intègres. Aussi, d’autres écrivains vont émerger, auteurs d’œuvres diverses de grande valeur. On peut ainsi citer Maître Titinga Frédéric Pacéré, gros travailleur à qui l’on doit de multiples titres traitant de thèmes variés, le plus célèbre étant son mythique ouvrage sur la  » Bendrologie  » ou science du langage tambouriné sorti en 1984 ; c’est une publication en six volumes remarquablement documentée, qui constitue une excellente exploration du mystère de l’expression des tambours du Burkina que l’auteur a su nous délivrer là. Ainsi ces grands écrivains ont fait de leur mieux pour porter haut le flambeau de la littérature burkinabé. Et bon nombre continuent d’assumer la mission de raconter le pays et sa vie quotidienne par l’écriture malgré les grosses difficultés rencontrées par la littérature pour survivre, ne serait-ce que par le coût des livres qui les rendent hors de portée d’une majeure partie de la population, mais aussi par l’analphabétisme endémique. Combien sont-ils de nos jours sur l’échiquier littéraire national ? En tout cas plus d’une centaine. Et chacun essaye à sa manière, à travers son œuvre personnelle, d’apporter sa petite pierre à l’édification d’une véritable culture littéraire nationale. Les œuvres sont nombreuses et les idées divergentes et pertinentes, en général fortement ancrées dans les profondeurs des racines de la population de ce pays. On découvre à travers ces œuvres multiples les réalités culturelles, existentielles, historiques, traditionnels, ethniques. En somme, la littérature burkinabé permet de toucher du doigt les réalités quotidiennes, mais aussi de transmettre les valeurs culturelles intrinsèques, permettant à la population de mieux les appréhender pour tenter de conserver au pays une identité propre à une époque où la mondialisation participe au gommage d’une part importante de cette identité. Cela participe à préserver l’héritage culturel au bénéfice des générations futures. On sait par exemple que c’est grâce au mouvement de la négritude fondé sur la littérature négro-africaine dont les pères fondateurs furent Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon Gontrand Damas que l’Afrique a réussi à affirmer son identité culturelle en occident au cours des années de luttes d’indépendances. Grâce à eux, la littérature de ce continent est entrée dans l’histoire parce que porteuse d’un enseignement fécond. Un des buts essentiels poursuivis est bien évidemment de ne plus parler de littérature africaine d’expression française, cette langue d’emprunt servant uniquement de support pour pouvoir véhiculer l’africanisme à travers le monde. Voilà dans quel domaine se situe exactement l’intérêt de la littérature : c’est de connaître le passé pour mieux cerner le présent et engendrer un futur harmonieux sur des racines solides. Les écrivains burkinabé ont conscience de leur rôle majeur à ce point de vue. 

Vu cet intérêt capital, il est évident de reconnaître que la littérature apparaît comme un atout majeur à valoriser et à promouvoir pour le bien être de l’individu et de la société. Dans ce cas, il est inutile de dire qu’ignorer la littérature c’est ignorer ses propres valeurs. C’est faire preuve de mépris tout simplement à l’égard de ses propres racines, témoins de son identité. Toute littérature (c’est-à-dire orale et écrite) ne constitue t- elle pas les fondements de la culture d’une société ? C’est pourquoi la littérature occupe une place prépondérante dans les programmes d’enseignement à tous les niveaux d’études. Aussi doit-on poursuivre cette action même en dehors des cadres scolaires, c’est- à- dire interpeller la conscience des uns et des autres sur la nécessité d’exploiter cette matière riche de sagesse profonde qui reste la seule garantie du progrès de toute nation. Une chose est certaine, le déficit culturel est le père de tous les échecs. Bien sûr l’analphabétisme de la grande majorité de la population et l’absence des moyens financiers rendent les productions littéraires très précaires. Néanmoins si la volonté de se cultiver des citoyens était aussi manifeste et flagrante la volonté politique des gouvernants, des partenaires sociaux et des hommes de culture, l’on verrait ces problèmes diminués, voire disparaître à jamais pour céder au bonheur de la culture burkinabé en général. Voltaire écrivait :  » Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié « . Louis Ferdinand Céline renchérissait en ces termes :  » Un homme qui connaît son alphabet est un auteur qu’il ne faut pas négliger. Cela veut dire aussi que c’est un lecteur qu’on ne peut plus ne pas respecter « . 

D’après un article d’Armand Ouedraogo, écrivain, poète, romancier, nouvelliste.  Quelques références contemporaines

-Jacques Prosper Bazié : né en 1955 à Ouagadougou, Jacques Prosper Bazié est titulaire d’une Maîtrise, d’un DEA et d’un doctorat de Lettres Modernes obtenus aux Universités de Besançon et de Bordeaux. Il a opté pour le journalisme après un DEA de journalisme à Paris II.
A partir de 1988, il fait carrière au sein de l’administration culturelle et de la communication comme Directeur des Arts du Spectacles, puis Secrétaire général au Ministère de l’Information et de la Culture.
Après la Direction générale de l’Institut des Peuples Noirs de 1997 à 1999, il est nommé Conseiller culturel à l’Ambassade du Burkina Faso à Paris.
Bibliographie sélective :

-Orphelin des collines ancestrales (poésie) ; Ouagadougou : INC, 1985.- 1er Prix du G.P.N.A.L 1983

-La saga des immortels (poésie) ; Ouagadougou : Presses africaines, 1987. 1er Prix du G.P.N.L.AL 1986

-La dérive des Bozos (roman). Ouagadougou : Kraal, 1988

-Aux miradors de l’espérance (poésie). Ouagadougou : Presses africaines, 1992 

-Syllabaire de civière (conte). Paris : Chazelle, 1989

-L’épave d’Absouya (roman). Ouagadougou : Presses africaines, 1992  -Danini Geoffroy Damiba est né en 1952 à Boulsa (Namentenga). Après une Licence de Géographie à l’Université de Ouagadougou, il entra à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) et s’oriente vers une carrière administrative. Après avoir servi dans l’administration centrale il devient sous-préfet de Kongoussi puis préfet de Mangodara et Sidéradougou. Haut Commissaire de la province du Gourma e, 1992 il est nommé au même poste à Dori, province du Séno en 1994. Et en 1995, il devient Directeur de cabinet du Ministre d’Etat, Ministre de l’Environnement et de l’Eau.
Bibliographie : 

-Patarbtaale, le fils du pauvre (roman). Ouagadougou : Imprimerie nationale, 1990. 1er Prix du G.P.N.A.L. 1990

-Le geste interdit (roman). Ouagadougou : Imprimerie nationale, 1993

-Papa je te pardonne tout (roman). Ouagadougou : Imprimerie nationale, 1994.

-Boubakar Diallo : né en 1962 à Ouagadougou, Boubakar Diallo met fin à ses études universitaires dès la première année pour se lancer dans le monde des affaires, puis en 1988 il devient collaborateur de plusieurs journaux de la place : Carrefour africain, Sidwaya magazine. Fondateur et directeur en 1991 du groupe de presse JJ :  » Journal du jeudi « , « Le Marabout »,  » 24 heures « . Directeur de la maison de production « Les films du dromadaire » Bibliographie : -Le mendiant, in L’étrangère (recueil de nouvelles). Paris : Hatier, 1985.- (Coll. Monde noir). 

-Le totem (recueil de nouvelles). Paris : Harmattan, 1993

-La nuit des chiens (roman). Paris : Harmattan, 1999

-Un homme du pays (roman). Paris : Harmattan, 2000

-Fumée noire (roman). Paris : Editions Moreux, 2000

-Boureima Jacques Gueguane est né en 1941 à Garango, province du Boulgou. Tenté par la vie religieuse, il s’oriente vers l’enseignement et après des études supérieures à Abidjan, il devient professeur au Lycée P. Zinda Kaboré à Ougadougou. De 1977 à 1981, il est Directeur de la Culture au Ministère de l’Education et de la Culture puis Directeur du Centre Régional d’Action Culturelle de Lomé (Togo), institution panafricaine de formation d’animateurs et de conseillers culturels. De retour au Burkina Faso, il devient conseiller technique du Ministre de l’Information et de la Culture puis chargé de mission auprès du Premier Ministre. M. Guégané est retraité depuis 1995. Bibliographie :

-Nativité (poésies). Dakar : NEA, 1977

-La guerre des sables (Poésie). Ouagadougou : Presses Africaines ,1977

-Jean Pierre Guingane est né en 1947 à Garango, province de Boulgou. Docteur d’Etat en Lettres modernes de l’Université de Bordeaux III, Jean Pierre Guingane est professeur à l’Université de Ouagadougou dont il fut chef du département de Lettres Modernes. Après avoir été secrétaire général du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Scientifique, il devient en 1982 Secrétaire d’Etat auprès du Président de la République chargé des Arts et de la Culture. De 1991 à 1994, il est doyen de la Facultés des Lettres, des Arts et des Sciences Humaines et Sociales de l’Université de Ouagadougou.  Fondateur du Théâtre de la Fraternité, Jean Pierre Guingane est avant tout homme de théâtre : acteur, metteur en scène, dramaturge, créateur, il est le promoteur du théâtre-débats au Burkina Faso. Directeur de l’espace culturel Gambidi, il est créateur et organisateur du Festival International de Théâtre et de Marionnettes de Ouagadougou. Bibliographie -Le fou (théâtre). Abidjan : CEDA, 1986. (1er Prix du GPNAL 1984)
-Papa, oublie-moi (théâtre). Ouagadougou : Unicef, 1990
-Le cri de l’espoir (théâtre). Ouagadougou : Théâtre de la Fraternité, 1990
-La savane en transe (théâtre). Ouagadougou : Gambidi, 1997
-La musaraigne (théâtre). Ouagadougou : Gambidi, 1997

-Ansonwin Ignace Hien
Né en 1952 à Zinkoni, province de Bougouriba. Formé à l’Ecole Nationale d’Administration est Inspecteur au Ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat.
Bibliographie 

-L’enfer au paradis (roman). Ouagadougou : Presses africaines, 1988. 1er Prix GPNAL 1986
-Secrets d’alcôves (nouvelles). Ouagadougou : Presses africaines, 1989
-Au gré du destin (roman). Paris : Chazelle, 1989. 1er Prix GPNAL 1988
-Queue de guenon (contes). Paris : Cazelle, 1989.
-Larmes de tendresses (roman). Ouagadougou : GTI, 1997
-La nuit des tout-petits (contes). Ouagadougou, 1996. Prix spécial UNICEF 1996

-Pierre Claver Ilboudo est né en 1948 à Mango, province de Zoundwéogo. Après des études supérieures en Anglais il s’oriente vers une formation d’interprète traducteur sanctionnée par une Maîtrise en linguistique à Paris. Il présente une thèse de doctorat en Littérature africaine en juin 1995 :  » Nouveau roman et roman africain d’expression française. «  Fonctionnaire au Ministère des Affaires Etrangères, il a été en poste au siège de l’OUA à Addis Abeba. Il est actuellement en poste à Abidjan à la BOAD.  Bibliographie
-Le fils ainé (roman) suivi du Mariage de Tinga. Paris : Silex, 1985
-Adama ou la force des choses (roman). Paris : Présence Africaine, 1987. 1er Prix GPNAL 1984
-Le retour de Yembi (roman). Yaoundé : CLE, 1995

-Monique Ilboudo est née en 1959 à Ouagadougou ; elle est titulaire d’un doctorat en droit. Elle enseigne actuellement le droit privé à l’Université de Ouagadougou et en anime des rubriques de journaux. « Si un jour l’on m’enfermait… il me faudrait du papier et un crayon pour que je tienne bon. » Poésie, théâtre, essais philosophiques, roman, sa voix s’affirme comme l’une des plus originales et novatrices de la nouvelle littérature africaine franco- phone. Elle a obtenu le Grand Prix National des Arts et Lettres avec son roman Le mai de peau, 1992. Militante féministe convaincue et engagée sur tous les fronts, elle apporte par sa réflexion et son action une vision « d’éclaireuse » quant à la conception des droits de la femme en Afrique.
Monique ILBOUDO a été Ministre des Droits humains avant d’être nommée en 2008 ambassadeur du Burkina Faso au Danemark. 
Quelques œuvres :
de nombreux ouvrages sur le droit, entre autres Féminin-Pluriel
-Le mai de peau (roman). 1992
-Murekatete (roman). Bamako , Paris : Le Figuier, Fest’Africa éditions, 2000).
-Bila Roger Kaboré est né en 1952 à Ouagadougou. Après des études supérieures en Sciences naturelles et en biologie à Niamey puis à Toulouse, il entre à ENS Agronomique de Toulouse et passe un Doctorat de 3ème cycle en économie rurale à Abidjan. Ingénieur agronome il fait carrière au sein du Ministère de l’Agriculture et des ressources animales, avec un passage comme enseignant à l’Université de Ouagadougou et un détachement à la FAO. Actuellement, il est expert agroéconomiste au siège de l’UEMOA à Ouagadougou
Bibliographie 
-Forces obscures (poésie) in Poésie du Burkina. Ouagadougou : INC, 1983
-La princesse Yennega (légende). Paris : EDICEF, 1983
-Les indésirables (roman). Paris : Harmattan, 1990
-Histoire politique du Burkina Faso de 1919 à 2000. Paris : Harmattan, 2003
-Epopée de Boukary Koutou, empereur de Moosé (roman). Ouagadougou : Firmament, 1994
-Sous l’arbre à palabres (conte). Ouagadougou : Firmament, 1994
- Un chat pour Noël (nouvelle). La Muse : Ouagadougou 1994

-Moussa Konate né en 1956 à Lah (Mouhoun) est autodidacte : Moussa Konata obtient le Certificat d’Etudes Primaires en 1970. Puis il s’inscrit au cours du soir au Lycée Zinda Kaboré à Ouagadougou et en 1974 il est admis au Lycée technique comme auditeur libre. En 1975 il est engagé comme ouvrier imprimeur à l’Imprimerie Nationale. Toujours ouvrier imprimeur, il publie sa première œuvre en 1994. Bibliographie : -Le caïman, le chasseur et le lièvre ou le prix de l’ingratitude (conte). Ouagadougou : Imprimerie Nationale, 1986
-Le chat et la souris ou le danger de l’ignorance (conte). Ouagadougou : Imprimerie Nationale, 1987
-Le mari infidèle ( conte).- Ouagadougou : Imprimerie Nationale, 1988
-Le lièvre et les autres animaux de la brousse (conte). Ouagadougou : Imprimerie Nationale, 1990
-Le lièvre, l’hyène et les pintades ou les méfaits des feux de brousse (conte). Ouagadougou : Imprimerie Nationale, 1990
-Les 3 chiots et leur maman ou le devoir des enfants (conte). Ouagadougou : Imprimerie Nationale, 1998

-Henriette Philomène Nikiema, née en 1959 à Bobo Dioulasso. Institutrice jusqu’en 1990, Henriette Nikiema participe à l’animation artistique des enfants en danse théâtre. Elle encadre aussi la troupe théâtrale pour enfants  » Les Bourgeons du Burkina « . En 1990, elle est mise à disposition du Ministère de la Communication et de la Culture ou elle est affectée au projet franco-burkinabé de développement de la lecture publique. Elle est Directrice d’un service de la Bibliothèque Nationale.
Bibliographie :
-Le miel de la tradition (proverbes). Ouagadougou : Imprimerie Nouvelle du Centre, 1988
-L’histoire de Pendo, la petite paresseuse (contes pour enfants). Lomé : Haho, 1994 [réédition prochaine aux N.E.I.]

-Titinga Frédéric Pacere est né en 1943 à Manéga, province d’Oubritenga. Après l’Ecole Normale d’Instituteur de Dabou en cote d’Ivoire, T.F. Pacéré poursuit des études universitaires successivement à Abidjan, Ouagadougou, Dakar et Rennes (France). Son cursus universitaire est sanctionné par des licences en Lettres et en Droit. Après avoir obtenu le Certificat d’Aptitude à la profession d’Avocat, Maître Pacéré s’inscrit en 1975 au barreau de Ouagadougou. 

Personnalité hors pair et incontournable du monde juridique, associatif et culturel du Burkina Faso, Maître Pacéré est un grand précurseur et militant en faveur des droits de l’homme et de l’Etat de droit. A ce titre il est membre du conseil d’administration de nombreuses associations militantes et culturelles. Il serait vain d’énumérer ici tous les titres honorifiques et professionnels de Maître Pacéré qui en même temps qu’une vie professionnelle et militante hors normes a pu élaborer une véritable œuvre littéraire.
Bibliographie sélective :
* poésie
-Ca tire sous le Sahel. Paris : Oswald, 1976
-Refrains sous le Sahel. Paris : Oswald, 1976
-Quand s’envolent les grues couronnées. Paris : Oswald, 1976
-La poésie des griots. Paris : Silex, 1983 Grand prix Littéraire d’Afrique noire 1982
-Poème pour l’Angola. Paris : Silex, 1983 Grand prix Littéraire d’Afrique noire 1982
-Saglengo, la poésie du tam-tam. Ouagadougou : Fondation Pacéré, 1994
* Essais
-Problématique de l’aide au pays sous-développés. Ouagadougou, 1976
-Ainsi on a assassiné tous les Moose. Québec : Naaman, 1979
-Bendrologie et littérature culturelle des Moosse. Ouagadougou, 1993
-Le langage des tam-tams et des masques en Afrique. Paris : Harmattan, 1992 
-Pawindbé Fidèle Rouamba est né en 1966 à Doulougou, province de Bazéga. Licencié en Lettres Modernes de l’Université de Ouagadougou, il intègre ensuite l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature et poursuit actuellement une carrière dans l’Administration de l’Education Nationale.
Bibliographie
-Le carnaval de la mort (roman). Ouagadougou : Imp.Nouvelle du Centre, 1995. Lauréat de la 1ere édition du Grand Prix Littéraire du Président du Faso 1994.
-Bernadette Sanou Dao est née à Bamako, au Mali en 1952. Elle revient dès l’âge de 11 ans au Burkina Faso. Elle y fait ses études secondaires au Lycée Notre-Dame de Kologh-Naba de Ouagadougou. Elle poursuit ses études supérieures à Dakar, à Ohio University et à Paris (Sorbonne). Elle est titulaire d’une Licence en Lettres, d’un Master en linguistique générale et d’un DEA en linguistique africaine. De 1977 à 1985, elle est professeur de français et responsable du service linguistique appliquée à l’Institut Pédagogique du Burkina Faso (IPB). En 1986, elle est nommée à l’Institut National d’Alphabétisation (INA) avant de devenir Ministre de la Culture jusqu’en août 1987. Directrice de l’IPB, elle fonde en 1991 la Caisse Mutuelle des Femmes. Membre du Conseil Supérieur de l’Information elle a été nommée Ministre de l’Intégration Régionale en 1999.
Bibliographie :
-Parturition (poésie). Ouagadougou : MCC ; Presses Africaines, 1988
-Emeraudes (in : Poésie pour enfants). Ouagadougou : MCC ; Presses Africaines, 1986
-Symphonie (poésie). Ouagadougou : Imprimerie Nouvelle du Centre, 1992
-Quote-part (poésie). Ouagadougou : Imprimerie Nouvelle du Centre, 1992
-La dernière épouse (nouvelle). Abidjan : EDILIS, 1997

Quelques autres écrivains burkinabé de renom : -Aristide Tarnagda (1983 – …), auteur prodige de théâtre contemporain : Alors, tue-moi, De l’amour au cimetière (créé aux récréatrales 2006), Les Larmes du ciel d’Août, Exils 4, pièce de théâtre et chorégraphie, mise en scène de Eva Doumbia…

-Sophie Heidi Kam (1968 – …), poétesse et dramaturge contemporaine. Deux fois lauréate du Grand Prix National des arts et des lettres à la Semaine Nationale de la Culture (SNC) respectivement en 2000 avec Sanglots et symphonies et en 2004, avec Quêtes, elle s’essaye aussi au théâtre, dans le cadre du groupe  » du Cercle « , coordonné par Faustin Keoua Leturmy, lectures de textes dramaturgiques au CCF Georges Méliès de Ouagadougou. -Gaël Koné (1976 – …) -Honorine Mare (1972 – …)-Suzy Henique Nikiéma (1983 – …)

-Faustin Keoua Leturmy, comédien, danseur et écrivain d’origine congolaise mais vivant à Ouagadougou, participe à cette jeune génération d’auteurs africains. 



Guerre à l’illettrisme
22 juillet, 2010, 10:47
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La guerre à l’illettrisme au Burkina Faso a commencé. Des initiatives aussi louables les unes que les autres se multiplient. Sur Internet, les sites vitrines sollicitent vos dons. Mais attention, les enfants burkinabé sont entre de nombreuses mains. 

Le Burkina Faso : 80% d’analphabètes, 13% d’enfants scolarisés et des difficultés au jour le jour pour assurer la vie. Pourtant, une classe, quelques crayons et des livres, cela ne coûte pas très cher. Le pays est si beau, les enfants burkinabé si mignons, que les aider fait envie. Les associations d’aide à l’éducation au Burkina l’ont bien compris, qui mettent en ligne des photos de sourires juvéniles et des dessins plein d’innocence. Envoyez vos dons !… oui, mais à qui ? Pour quoi ? Comment ?

Côté français

L’association Edukafaso est un bon exemple d’initiative française. Première règle : aucune ingérence du point de vue de l’enseignement. » Nous ne sommes pas des missionnaires « , revendique Anne-Marie Padeau, Présidente-fondatrice. L’action des bénévoles consiste à promouvoir et financer la construction d’écoles et de bibliothèques dans plusieurs villages. Des cantines gratuites sont également mises en place au sein de l’établissement. Le tour de ce site émeut les plus insensibles : extraits de correspondance entre petits Français et petits Burkinabés, dessins chatoyants, souci éthique et générosité.

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Mais le problème, comme le note le père Maurice Oudet sur le site d’abcburkina, est que  » si à l’école primaire les cours ont lieu en français, l’alphabétisation des adultes se fait le plus souvent dans la langue des élèves « . Or, cette alphabétisation en langue vernaculaire n’est pas prise en charge par le gouvernement. Avec soixante-huit ethnies, le Burkina multiplie les dialectes.

Et que donner à lire aux Burkinabé ? Le français a beau être la langue écrite officielle, la verve proustienne ou la prose balzacienne s’assimilent à de la science-fiction au pays des hommes intègres… Pour promouvoir la littérature burkinabé, Maurice Oudet a donc créé une petite maison d’édition. A voir.

Côté Burkina

 Le site modèle côté Burkina, c’est un projet pour Réo. Réo, chef-lieu de la Province du Sanguié, est un village très animé. Petite galerie de portraits de ceux qui travaillent pour les autres : membres de l’association des baptistes, de l’association aux enfants démunis, de la Direction Pédagogique de l’Alphabétisation, de l’association des femmes… L’objectif de ce groupement, à l’initiative de deux Français, se limite à fournir du matériel. Il propose également aux enseignants ou aux bénévoles qui le souhaiteraient de les encadrer dans leur voyage au Burkina. Peut-être que les petits Blancs aussi ont des choses à apprendre ? 

On a beau ne pas savoir écrire, on dit, au Burkina, que lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui prend feu… 



La production culturelle au Burkina Faso
22 juillet, 2010, 5:17
Classé dans : Non classé

 Aux décours des descriptifs des ethnies, de leurs traditions essentielles, de leurs habitats, d leur cuisine, la suite du blog s’attachera à présenter le Faso au travers de son expression culturelle passée et présente : ce sera donc une série d’articles sur un état des lieux de la culture au Burkina : L’illettrisme, puis la littérature, la poésie, la poésie par les femmes, le théâtre, le cinéma et le FESPACO, la musique, la danse, les contes, la caste des griots Enfin une dernière série sur l’artisanat burlinabè viendra compléter ces recherches, série consistant successivement en des généralités sur l’artisants, puis la pratique des arts plastiques, le SIAO, les masques, les tissus, le travail du cuir, la vannerie, la poterie, la sculpture, les bronzes à la cire perdue, la lutherie, les chaises à palabres, le jeu d’awalé : fabrications (et accessoirement les règles et des stratégies)

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 La culture a Burkina Faso

S’il est vrai qu’il est des domaines culturels où le Burkina est en pleine effervescence, comme les cultures d’expressions traditionnelles et populaires mais aussi, le cinéma, la musique, la danse (traditionnelle pour une forte part), les approches plus occidentales de la culture telles la littérature, la poésie, le théâtre pourraient être plus développées si le niveau d’éducation intellectuelle des populations n’était si dérisoire autant en milieu urbain que rural, cela sûrement étant étroitement lié au déficit endémique de scolarisation des enfants et d’alphabétisation des adultes.

Le domaine de l’éducation  En vertu de la loi no 013/96/ADP portant loi d’orientation de l’éducation, le français et les langues nationales sont les langues d’enseignement : 

  • Les langues d’enseignement sont le français et les langues nationales
  • D’autres langues sont utilisées comme disciplines d’enseignement

Dans les faits, ce n’est pas si simple que cela peut en avoir l’air. La plupart des expériences tentées pour introduire les langues dans l’enseignement ont échoué. On parle d’alphabétisation pour les langues nationales, mais de scolarisation pour le français. C’est pourquoi seul le français est enseigné, tant au primaire qu’au secondaire. Aucune langue étrangère autre que le français n’est vraiment enseignée au primaire dans les écoles publiques. Au secondaire, deux langues sont ajoutées : l’anglais et l’allemand (ou l’arabe pour les musulmans dans les écoles franco-arabes) Seuls 17 % des enfants réussissent à terminer leur secondaire et à peine 1 % des Burkinabé atteignent le niveau universitaire. Le Burkina connaît un taux d’analphabétisme tellement élevé (80 %) qu’il constitue un véritable goulot d’étranglement au point de vue du développement économique. Parmi les pays d’Afrique subsaharienne, le Burkina reste l’un des pays ayant les taux les plus faibles de scolarisation et les plus forts d’analphabétisme. De plus, on note aussi de très grandes disparités géographiques ; par exemple, le taux d’alphabétisation est de 11,2 % dans la province de la Gnagna mais 53,2% dans celle du Kadiogole ; le taux brut de la scolarisation en 1999-2000 varie de 19,5 % au Sahel à 77,1% au Centre. Par ailleurs, les filles sont nettement sous-représentées avec seulement 40,8 % des élèves des secteurs public et privé en 1999-2000.  Précisons enfin que les manuels d’enseignement sont conçus et réalisés sur le modèle d’enseignement en France, avec parfois quelques touches d’  » africanismes «   pour mériter l’appellation de  » manuels adaptés « . Le ministère de l’Éducation ne tient que peu compte des difficultés des petits Burkinabés qui, en arrivant à l’école, doivent apprendre à parler une langue, à l’écrire et à la lire en même temps qu’elle leur sert d’instrument pour apprendre d’autres disciplines comme le calcul, les sciences, etc.  L’alphabétisation

En ce qui a trait aux langues nationales, il s’agit d’alphabétisation, non de scolarisation. Selon l’Institut national de l’alphabétisation (INA), 24 % des Burkinabés étaient capables en 1994 d’écrire et de s’exprimer dans l’une des 24 langues maternelles faisant l’objet d’un enseignement, mais surtout en mossi (Mooré), en dioula et en fulfuldé. Le taux d’alphabétisation est passé à 26 % en 1997, et un plan décennal d’enseignement de ces langues mis sur pied devrait permettre d’augmenter le nombre d’alphabétisés en langue maternelle d’ici 2010. Pourtant, l’introduction des langues africaines dans le dispositif éducatif constitue l’un des facteurs clés de la rénovation du système éducatif. Dans le domaine de l’alphabétisation-formation, les manuels sont disponibles en 22 langues et mis à la disposition des Centres permanents d’alphabétisation et de formation (CPAF) par les   » opérateurs en alphabétisation « . Rappelons que les langues dans lesquelles les Burkinabés sont alphabétisés sont les suivantes : le Sissala, le Kassena, le Gulmacema, le Dioula, le Dagara, le Lobiri, le San, le Sonraï, le Tamachek, le Bwamu, le Cara, le Zarma, le Haoussa, le Cerma, le Samogo, le Bobo, le Bissa, le Nankana, le Liyélé, le Sikité et le Winen. Beaucoup se demandent à quoi peut bien servir d’apprendre à lire dans sa langue, s’il est à peu près impossible par la suite de trouver des documents écrits dans cette même langue. Le plus souvent, c’est qu’aucun effort n’est fait pour que des documents adaptés soient disponibles dans les villages.

Les écoles bilingues

Il existe aussi des écoles bilingues (français-langues nationales). L’éducation bilingue a été mise au point par le ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBAM) en 1994 avec l’appui technique et financier de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO). L’école bilingue est une école de cinq ans de cycle scolaire, au lieu de six ans pour l’école classique, et concilie   » le savoir, le savoir-faire et le savoir-être «   de l’enfant. Dans une école bilingue, la langue maternelle de l’élève est utilisée dès la première année dans une proportion de 90 %, contre 10 % pour le français. Par la suite, le français est graduellement introduit au fil des années en faveur du français pour constituer 90 % des activités pédagogiques à la cinquième année, contre 10 % pour la langue nationale. De deux classes Mooré-français en 1994, l’éducation bilingue, aujourd’hui, compte 41 écoles bilingues expérimentées dans sept langues nationales et le français dans 10 des 13 régions du Burkina Finalement, les lois linguistiques sont quasi inexistantes dans ce pays, à l’exception de l’arrêté no 131 du 3 octobre 1991 portant organisation de la Direction générale de l’Institut national d’alphabétisation. Le plus curieux, c’est que l’Arrêté ne mentionne aucune langue en particulier, si ce n’est de la  » langue française «   et des  » langues nationales «   en général.

L’éducation, clé de toute évolution  Ainsi, sur le site de la Présidence de l’Etat on peut lire : Dans la lutte pour le progrès, la qualité des ressources humaines est un facteur essentiel.  On s’en aperçoit désormais avec plus de lucidité que par le passé. L’expérience de quatre décennies d’indépendance a démontré amplement que l’échec ou les succès mitigés de nos initiatives trouvent souvent leurs origines dans la faiblesse de nos systèmes éducatifs. En Afrique, malheureusement, les indicateurs dans ce domaine sont très faibles. Au Burkina Faso, l’analphabétisme est un vrai fléau social qui ralentit à la fois l’émancipation des individus et l’action de la puissance publique dans la mise en œuvre des processus de croissance. Et la conviction est désormais largement établie que l’avenir des pays africains dépendra, pour une grande part, de la généralisation de l’éducation ainsi que du développement de la recherche scientifique et technique. 

L’éducation doit être considérée, tant par les décideurs africains que par les partenaires du développement, non pas comme un simple   » secteur social «   mais comme un véritable investissement. C’est sous cet angle que l’on doit apprécier les efforts financiers qui lui sont consacrés et que l’on a souvent tort de considérer comme   » non productifs « . La redéfinition des finalités et des objectifs du système éducatif est une urgence qui s’impose à la quasi-totalité des pays africains. Elle implique une remise en question des programmes dominants en mettant l’accent sur une meilleure adéquation entre les filières d’enseignement et les activités qui génèrent la croissance économique. Mais en dehors même de cette inadaptation des contenus, la dispersion ou le manque de coordination des efforts des pays africains constitue aussi un lourd handicap à la rentabilisation optimale de nos investissements financiers, intellectuels et humains. Notre déficit éducatif est également tributaire de nos démarches par trop solitaires ou nationales là où, au contraire, la concertation, l’intégration et les programmes communs devraient être la règle. Il faut y remédier au plus vite. Cela est particulièrement nécessaire dans le domaine scientifique et technologique où le retard de l’Afrique par rapport au reste du monde est des plus cruels. Tous les pays qui ont réussi des avancées décisives sur le chemin du développement n’ont pu le faire qu’en domptant les sciences et la technologie. Au demeurant, ce n’est pas un hasard si la recherche fondamentale ou appliquée est l’un des principaux enjeux de la compétition entre nations industrialisées et, à l’intérieur même des États, entre grands groupes industriels. L’interpellation en ce qui nous concerne est sans ambages : développer en priorité une véritable culture de la science et de la technologie tant chez les élites qu’au niveau de la jeunesse. Il nous faut des plans appropriés de recherche mettant l’accent sur la recherche-développement et encourageant l’innovation technologique à la base. C’est l’un des domaines où le rôle de l’État, ne serait-ce que pour l’impulsion et l’orientation, restera déterminant pendant longtemps. Et le coût exorbitant que cela entraîne ne saurait être une excuse à un désengagement aussi bien de la puissance publique que des investisseurs privés, car ce serait se fermer les portes de l’avenir. Le Burkina Faso connaît mieux que tout autre pays le prix de la non-maîtrise du savoir-faire scientifique et technologique. L’analphabétisme est chez nous un vrai fléau qui, en plus de souligner une injustice criarde, ralentit l’émancipation des individus et limite l’action de l’État en faveur de la croissance car l’outil demeure, pour notre époque historique, l’objectivation de l’homme. Aussi avons-nous entrepris, en dépit des contraintes déjà lourdes, de donner à la recherche un dynamisme nouveau en adéquation avec nos exigences de développement. Nous avons adopté un plan stratégique de la recherche qui affirme le rôle prépondérant de la recherche pour l’accroissement de la productivité et l’amélioration du cadre de vie des populations. Le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) en est l’outil de promotion et de coordination. 

Cette action scientifique et technologique pourra, le moment venu, se concentrer sur des domaines particuliers porteurs de croissance ou accélérateurs de progrès. Nous pensons à l’instant même au secteur des télécommunications, pour ne citer que cet exemple. Et rien n’interdit qu’un pays dépourvu de ressources puisse exceller dans un domaine si sophistiqué. L’histoire est d’ailleurs en cela une source d’éclairage très sûre. Jusqu’à la fin du XVe siècle, l’Europe ne se distinguait guère des autres continents. Elle ne disposait pas d’atouts technologiques décisifs par rapport à l’Asie ou à l’Afrique. C’est l’intervention ou l’utilisation déterminée des nouvelles techniques de navigation, de communication, qui a permis l’ouverture de ce que les historiens appellent  » les temps modernes «   ou  » les grandes découvertes « . Les explorations puis la colonisation et la domination du reste du monde proviennent de là. La domination marquée de l’Occident sur les autres parties du monde a depuis lors changé de forme tout au long des siècles mais ne s’est affaiblie à aucun moment depuis 1492. Bien au contraire, elle s’est renforcée à chaque étape, devenant de plus en plus subtile, puisqu’elle a désormais investi les modes de pensée, de vie et les formes d’organisation sociale et politique. Chacune des étapes franchies correspond à de nouvelles découvertes et à des progrès souvent spectaculaires en matière de communication.  Les techniques nouvelles de la communication, notamment le réseau internet et les inforoutes, anéantissent de nos jours les distances géographiques et rendent le savoir accessible à toutes les régions du monde. Elles offrent à l’Afrique une opportunité exceptionnelle pour développer avec intelligence et hardiesse la qualité de ses ressources humaines. Aujourd’hui la révolution informatique transforme, à un rythme accéléré, les conditions d’existence des sociétés. Elle risque, si le continent n’a pas de sursaut salutaire, de laisser l’Afrique dans un état de marginalisation aggravée. Comme pour beaucoup d’autres choses, l’Afrique doit, là aussi, absorber sans se renier. Conformément à ce que soutient l’UNESCO, une large diffusion de l’instruction et de l’éducation est le meilleur facteur de soutien au développement. Mais il nous faut débarrasser nos systèmes éducatifs des tares qui favorisent l’extraversion de nos sociétés. L’école de l’Afrique doit s’intégrer à son milieu et œuvrer à promouvoir à la fois ses valeurs essentielles et ses produits. Elle doit être en priorité le moyen pour une formation adaptée et un perfectionnement constant de nos ressources humaines en leur facilitant la maîtrise des techniques et technologies de production puis en veillant à ce que le savoir acquis ait un sens dans l’environnement qui est le leur. C’est dans cette optique que nous avons entrepris au Burkina Faso la création d’écoles de métiers, de lycées scientifiques et professionnels, de centres d’éducation de base non formels (CEBNF) et d’écoles satellites. Nous avons voulu ces innovations comme partie intégrante de la réforme du système éducatif en leur attribuant la vocation d’établir une saine adéquation entre formation et emploi, en insérant l’école dans son milieu sociologique et en l’adaptant aux besoins réels et concrets des populations. L’éducation est devenue une urgence continentale. Éduquer, c’est bâtir le futur. Ce défi doit prendre en compte tout particulièrement les jeunes filles. En cette fin du XXe siècle, elles sont toujours exclues du savoir : le taux d’analphabétisme des femmes africaines s’élève à plus de 65%. Même lorsqu’elles sont scolarisées, on constate un nombre très important d’échecs et d’abandons de filles avant la fin du premier cycle. Or, ce sont les femmes qui éduquent les enfants, leur transmettent les règles et les valeurs communes, les connaissances de base. Ce sont elles qui socialisent l’enfant. Ce sont elles qui stimulent son intelligence, sa curiosité, sa créativité.  Un enfant vivant dans un milieu fermé avec une mère analphabète est un enfant handicapé dès le départ. Les femmes prisonnières des coutumes et des traditions du fait de leur analphabétisme ne transmettent pas le savoir et leurs enfants courent le risque de vivre la sclérose de l’ignorance jusqu’à la fin de leur vie. Nous devons mettre l’accent sur le droit légitime des femmes et des filles à l’éducation. C’est un principe de démocratie. L’inégalité entre l’homme et la femme est un constat à l’échelle mondiale mais ce phénomène est amplifié là où es femmes sont analphabètes. Les hommes qui savent lire et écrire disposent alors d’une arme supplémentaire pour maintenir les femmes sous leur férule.  Le rôle des femmes est devenu si crucial pour notre développement à tous qu’il faut agir vite. Le plan d’action pour l’éducation des filles dont la mise en œuvre est en cours au Burkina Faso a cette vocation supérieure de stimuler la scolarisation des filles et d’élever sensiblement leur taux de scolarisation. Déjà on observe en la matière une légère amélioration des statistiques. 



La mort et les rites funéraires au Burkina ; une mention particulière pour la situation de la peine de mort
16 juillet, 2010, 19:25
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Rites funéraires au Burkina

« Burkina » signifie « patrie des hommes intègres », et  « Faso » en dioula signifie  « terre de nos ancêtres ». Les funérailles sont sans doute l’un des moments les plus importants dans la vie du village. La mort n’est pas la disparition d’une personne mais seulement le passage de son esprit, appelé aussi son « double », dans un autre monde. Afin que le voyage dans l’au-delà de la personne décédée s’effectue dans de bonnes conditions, celle-ci doit être accompagnée des meilleurs soins. Le défunt, dont l’âme ne meurt pas, continue à communiquer avec les membres de sa famille. Il exprime ses humeurs et ses opinions par des manifestations ésotériques. Certaines décisions requièrent l’avis des Ancêtres avant d’être prises, c’est le féticheur qui, par des rituels et des sacrifices (1), les interroge et transmet les réponses au monde des vivants. Le défunt communique également avec les vivants en apparaissant dans leurs rêves.  Lorsqu’une personne meurt à l’âge de la vieillesse, les funérailles se déroulent en deux temps. D’abord les petites funérailles, qui sont la période de l’entre-temps et du deuil (2) ; tout est mis en œuvre pour que l’âme du défunt puisse faire un bon voyage jusque dans le monde des Ancêtres. Si le transfert ne se passait pas bien, son âme errerait dans le village et nuirait aux habitants. Aussi, on enterre le corps avec tout le matériel nécessaire au voyage. Selon les ethnies, on place dans ou sur la tombe des ustensiles de cuisine pour qu’il puisse manger, des armes pour se défendre, des couris pour payer ce dont il aurait besoin, ses sandales et ses vêtements, etc. Durant les trois ou quatre jours qui suivirent le décès d’un vieillard, on sert des repas ou des dolos (boisson fermentée ou alcoolisée) aux visiteurs qui viennent saluer la famille, les griots chantent sans cesse les louanges du défunt et de ses proches. Le soir chez les Mossi, les masques de cuir portés par les seuls initiés sortent et invoquent les Ancêtres pour qu’ils accueillent celui qui va les rejoindre. Puis la famille peut reprendre la vie quotidienne dans la maison du défunt en attendant les grandes funérailles. Celles-ci se déroulent quelques mois ou années plus tard selon le temps nécessaire à la famille pour trouver les moyens d’organiser une cérémonie à la hauteur de l’estime qu’elle avait pour le défunt. Les grandes funérailles ont lieu en mars ou en avril, avant que les travaux des champs ne reprennent. Elles se déroulent en plusieurs jours, voire une semaine ou dix jours. La participation de tous les villageois est requise. Les femmes préparent le dolo en quantité, on tue des bœufs et des chèvres, selon les moyens de la famille; plusieurs groupes de musiciens sont sollicités pour animer la fête.  (1) Sacrifice : Halbwachs dessine les traits communs du suicide et du sacrifice et leurs différences :  » Le suicidé, pas plus que le sacrifié, ne prend conseil que de lui-même. L’un, comme l’autre, exécute un acte dont les raisons se trouvent dans des représentations ou des impératifs collectifs. Mais, tandis que la société préside au sacrifice, qu’elle l’organise publiquement, tandis qu’elle en prend la responsabilité, elle ne veut pas qu’on puisse dire qu’elle est intervenue dans le suicide. Si elle l’a conseillé ou suggéré, loin de le revendiquer, une fois l’acte accompli, comme une manifestation de sa volonté ou le résultat de ses suggestions, elle le répudie :  » ce n’est pas elle qui a voulu ça (Les causes du suicide, p. 475 de  » L’Encyclopédie Sur La Mort  : la mort et la mort volontaire à travers les pays et les âges  « , un ouvrage écrit par Éric Volant – 2010 – et édité en partenariat avec  » L’Encyclopédie De L’Agora « ). Selon Baechler, dans le sacrifice, un sujet donne sa vie pour autrui ou pour une cause. Le sacrifice est direct, lorsque le sujet meurt à la place de quelqu’un, par exemple le Père Kolb à Auschwitz, en prenant la place d’un père de famille condamné à mort, qu’il connaissait à peine, mais dont il estima la vie plus importante que la sienne en tant que célibataire. On peut aussi sacrifier sa vie par respect pour une valeur, sans égard aux conséquences. Le sacrifice est alors de caractère instrumental. Ce fut le cas de Pierre Brossolette, professeur et journaliste, né en 1903, mort en 1944, socialiste résistant pendant la seconde guerre mondiale. Arrêté par les Allemands, il se jeta par une fenêtre de l’immeuble de la Gestapo, à Paris, afin de ne pas révéler à l’ennemi des secrets importants sous la torture ni d’exposer d’autres vies à la mort. « Bref, il y a des sacrifices qui trouvent directement l’accomplissement de la fin qu’ils poursuivent et des sacrifices que l’on pourrait dire instrumentaux, en ce qu’ils se présentent comme des moyens en vue d’une fin, que le sacrifice individuel ne peut réaliser à lui seul  » (J. Baechler, Les suicides, p. 225).

(2) Deuil  : Paul-Louis Landsberg, dans son Essai sur l’expérience de la mort (Seuil, 1951), décrit l’épreuve que vit une personne présente à l’acte de mourir de l’autre analyse l’effet que ce premier moment de deuil produit chez cette personne, témoin de la mort de l’autre, en termes de rupture et d’une prise de conscience de sa propre mortalité. Rappelons que l’écrivain français est un philosophe de tendance personnaliste et d’appartenance juive : Le deuil vécu en présence du mourir de la personne aimée . Et puis, un instant où tout devient calme, où tout paraît fini, où les traits crispés du visage aimé se détendent. C’est précisément dans ce moment où l’être vivant nous abandonne que nous allons faire l’expérience mystérieuse de la personne spirituelle. Pour un instant, nous ressentons un soulagement. La douleur de la sympathie charnelle est finie : mais tout de suite nous nous sentons transportés dans le monde étrange et froid de la mort accomplie. À la pitié vitale ainsi suspendue dans le vide, se substitue tout d’un coup la conscience profonde que cet être, dans la singularité de sa personne, n’est plus là et ne peut plus revenir dans ce corps. Il ne nous parlera plus, il ne vivra plus dans notre communauté comme il l’avait fait auparavant. Jamais plus.[...]L’expérience immédiate de la mort de l’autre ne nous donne d’abord aucune certitude quant à sa survie. Elle nous donne le fait de l’absence, et n’indique pas si cette absence est consécutive à un anéantissement ou seulement à une disparition à nous-mêmes. La foi en la survie nous promet que notre propre mort nous réunira avec le prochain maintenant disparu, que nous entendrons de nouveau sa parole dans des conditions inconnues et libérée du vieux corps. Mais l’expérience pure et simple de la mort du prochain ne saurait ni confirmer ni détruire cette promesse.[...]Dans les yeux ouverts d’un défunt nous n’apercevons pas seulement la fin de la vie, mais aussi bien la disparition de la personne spirituelle. Nous voyons même que l’un ne peut plus être présent, parce que l’autre n’est plus là. La vie, dans le sens biologique du mot, montre, en se terminant, qu’elle est la base de la présence, base indispensable à la réalisation de l’esprit personnel dans l’être humain.[...]Un problème existentiel se manifeste donc avant tout dans la pensée douloureuse qu’une extériorisation communicative de la personne du mort, du moins par sa voix, à nous familière, est devenue impossible. Cette bouche ne me parlera plus. Cet œil brisé ne me regardera plus. Ma communauté avec cette personne semble rompue : mais cette communauté était moi dans une certaine mesure et dans cette mesure, j’éprouve la mort à l’intérieur de ma propre existence. C’est l’expérience de la mort dans la solitude consécutive à la perte. «  

L’auteur pense qu’il y a dans l’expérience décisive de la mort du prochain, nous dirions plutôt, qu’il peut y avoir  » quelque chose comme le sentiment d’une infidélité tragique de sa part, de même qu’il y a une expérience de la mort dans le ressentiment d’infidélité.  » Je suis mort pour lui, il est mort pour moi « , ce n’est pas une façon de parler, c’est un abîme. «    » Les parents de soldats tués à la guerre, [...] ont réalisé leur souffrance quand arrivaient les lettres fatales qui les mettaient devant la présence spirituelle de la mort de leurs proches comme devant un fait accompli. Leurs efforts pour apprendre tous les détails des dernières heures de leurs aimés sont motivés par le caractère inhumain et insupportable de cette immédiateté. Devant le contact du mystère nu de la mort, l’homme essaie de retrouver le climat plus chaud du mourir pour rentrer dans cette compassion vitale dont il a besoin. Car c’est dans cette compassion qu’on croit se rapprocher du défunt en lui substituant le mourant qui semble le contenir en germe. La représentation de la douleur vitale, si atroce que soit cette douleur, a pour nous quelque chose de relativement consolant. L’acte de mourir dans lequel peut se concentrer la personne reste un acte essentiellement accessible à notre compréhension.

[...] Quelqu’un qui est mort depuis longtemps et de l’autre côté de la terre, redevient vivant seulement par la puissance de notre imagination. Seule l’expérience de la mort de l’autre nous apprend ce qu’est qualitativement l’absence et l’éloignement. Elle ravit notre âme dans une terre inconnue, dans une nouvelle dimension. Nous découvrons que notre existence est un pont entre deux mondes.  » (parsim, p. 31-45).

Musée de la Bendrologie de Manéga

A 50 km au nord de Ouagadougou, dans l’ouest africain est un village, Manéga, dans lequel on peut visiter le Musée de la Bendrologie de Manéga. image112.jpgCe musée comporte un  » pavillon de la mort « .S’il est une singularité qui distingue le Musée de la Bendrologie de Manéga de tous les musées du monde, c’est le mystère dont le visiteur est entouré en franchissant le lourd portail du Pavillon Guieguemde, abritant les principes de la mort du milieu culturel du Musée.  Les phrases qui introduisent la visite dans un rythme funèbre d’outre-tombe font comprendre à l’étranger qu’il entre dans un domaine qui n’est pas du commun des mortels. 

  • «  Fils de mes Pères 
  • Fils de mes Pères 
  • Toi, dont le sentier 
  • Traverse un sentier 
  • Quelles que soient tes convictions 
  • Philosophiques ou religieuses 
  • Je te prie ! 
  • Décoiffe-toi 
  • Déchausse-toi 
  • Cesse de fumer 
  • Entre à reculons 
  • Ici 
  • Commence la mort 
  • Ici 
  • Commandent les morts.
  • Tous les objets ici relèvent de rites des morts ; on entre et sort dès lors à reculons, déchaussé, décoiffé, cela relevant de prescriptions de la coutume concernant tous les contextes de Mort, la mort, étant l’envers de la vie, chez les Mossé.  

La première salle à gauche est consacrée aux rites d’inhumation avec les masques Karinsé et le mystique Tingsoba. La tunique du masque est composée de bandes de cotonnade ayant servi à attacher les bouches des morts et ayant recueilli les dernières sueurs, les dernières salives et les derniers sangs des êtres humains.  La deuxième salle à gauche est consacrée aux rites des funérailles avec les masques Soukous (noirs). Là, reposent un squelette avec attributs des Younyonsé et la pierre tombale de l’inhumation. La première salle à droite est consacrée aux devins Bougo dont la civilisation est antérieure au Xe siècle ; ses tenues sont couvertes de cauris (6000 dans la tradition) ; ils subissent leur initiation dans des grottes.  La deuxième salle à droite est consacrée aux fétiches de toutes configurations et natures dont les fétiches à clous qui couvrent toute la zone soudano-sahélienne et la forêt. On y trouve aussi les sceptres de générations (générations de 25 ans) et les tenues sacrées des guerres traditionnelles. 

Dans ce lourd bâtiment est la salle Joseph Wresinski consacrée à la lutte contre la misère et l’exclusion (Salle Africaine Sacrée du Quart Monde). image213.jpg

                                                                « Wilma » – orateur, maître du masque

Les fétiches à clous et statuettes sacrées

Les fétiches à clous couvrent toute l’Afrique au dessous du Sahara. Les origines et les attributions ne se recoupent pas toujours ; dans un monde qui cherche à détecter et punir les sorciers, les détenteurs de pouvoirs occultes parce qu’au service du mal et des troubles sociaux, le mystère est gardé par les détenteurs ; au plus diront-ils que leur fétiche n’est qu’au service du bien ; même s’il détecte de mauvais esprits, il peut les rendre dociles et humains ; en d’autres termes, il ne serait là que pour l’intérêt public ; il est donc difficile de trouver les liens communs et un fil conducteur pour percer le mystère des fétiches à clous. 

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Le Prêtre Bougo

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Les vêtements protecteurs et de combat

Ces habits comportent des amulettes qui sont confectionnées par des personnes spécialisées dans les compositions de poisons mystiques.

L’ennemi étant foudroyé par la vue de telle tenue portée ; les habits ont été utilisés à la fin du siècle dernier notamment dans la lutte contre la colonisation en 1896 ; les amulettes sont en peau de lion ; chaque tenue est restée imbibée de mixtures plusieurs jours durant.

image54.jpgVêtements de protection

« Déjouer la mort en Afrique » – Or, orphelins, fantômes, trophées et fétiches. 

C’est un excellent ouvrage traite de ce sujet, sorti aux éditions de L’Harmattan, Composé sous la direction de Michèle Cros et Julien Bonhomme par Julien Bondaz, Elise Guillermet, Quentin Mégret, Maxime Michaud et David Péaud.

Dans cet ouvrage, cinq jeunes anthropologues font écho à partir de leurs propres recherches ethnographiques au Burkina Faso, au Niger, au Bénin et au Mali.image63.jpg

Voici les thèmes que cet ouvrage aborde à partir de ce vers célèbre du poète sénégalais Birago Diop :  » Les morts ne sont pas morts  » :

- Comment déjouer la mort, en inverser l’inéluctable cours, rendre la vie à ceux qui, tous règnes confondus, furent exposés à ses flèches empoisonnées ?

- Si l’or est vivant, s’il prend le sang des hommes pour se nourrir, est-il possible de l’extraire, de le  » tuer  » sans risque ? Tel est le défi relevé par des milliers d’orpailleurs venus chercher fortune dans un nouvel eldorado burkinabé (Quentin Mégret).

- À quels destins sont promis les jeunes enfants lorsque leurs parents décèdent ? Entre réalité et fiction, des adultes et des enfants donnent à voir les imaginaires multiples de l’orphelin à Zinder au Niger (Élise Guillermet).

- Comment s’accomplit la métamorphose du  » mort pleuré  » en  » mort célébré  » lors des secondes funérailles chez les Lyéla du Burkina Faso ? Ces cérémonies se retrouvent aujourd’hui au cœur de polémiques et d’enjeux inédits (David Péaud).

- La mise à mort  » éthique  » des animaux serait-elle au centre de la pratique du safari au Bénin ?

- Qu’en est-il de ce tourisme cynégétique aux prétentions écologiques ? Que représente cette chasse aux trophées ? (Maxime Michaud).

- Que deviennent les objets rituels lorsqu’ils se retrouvent exposés dans les musées d’ethnographie africains ? Masques et fétiches semblent hésiter entre la mort et la vie dans les vitrines du musée national du Mali (Julien Bondaz).

Julien BONDAZ, Élise GUILLERMET, Quentin MÉGRET, Maxime MICHAUD et David PÉAUD sont membres du Centre de Recherche et d’Études Anthropologiques (CREA) de l’Université Lumière Lyon-2 au sein duquel ils mènent leurs recherches avec l’aide de Michèle CROS (professeur) et de Julien BONHOMME (maître de conférences, aujourd’hui détaché au musée du quai Branly).

La fonction de fossoyeur en pays Lyela

Si aujourd’hui, il est permis à un Lyel d’effectuer la plupart des enterrements, la mise en terre était jadis une activité réservée au fossoyeur traditionnel. Cette activité était généralement héréditaire et se transmettait de père en fils. Dans la plupart des villages, chaque quartier, voire chaque famille a toujours ses fossoyeurs. Autrefois, les cadavres n’étaient pas mis dans des cercueils mais directement dans des caveaux creusés en galeries. Seules, certaines personnes pouvaient entrer au sein de la terre et avaient le pouvoir de rouvrir des tombes, parfois à quelques semaines d’intervalle. Pour les Lyela, la terre (kie) renvoie à une puissance et sous elle, le corps de l’homme enterré devient du banco (bo).  Seul le fossoyeur traditionnel peut de nos jours encore effectuer certains enterrements tels ceux des chefs de concession ou des chefs de terre par exemple, dont les caveaux sont rouverts à l’occasion. « De nos jours, dans les enterrements des chrétiens, si quelqu’un veut être fossoyeur, il peut enterrer les chrétiens, mais dans la tombe traditionnelle où sont enterrés les chefs de dji, ce dernier ne peut pas entrer parce que le médicament que les fossoyeurs de naissance mettent dans le caveau avant d’entrer ne se trouve pas chez la personne qui a appris ce métier… Quand un chef de dji décède, on envoie dire aux fossoyeurs qu’on a besoin d’eux. Ils savent alors pourquoi ils sont sollicités et viennent avec ce médicament qu’ils versent sur le caveau avant de l’ouvrir et qu’ils mettent à l’intérieur avant d’entrer. C’est leur famille qui fait ce travail et personne d’autre. Si tu n’es pas de leur famille tu ne peux pas le faire, pas plus que la personne qui a appris à être fossoyeur. Ce fossoyeur nouvellement « initié » ne peut pas entrer dans les caveaux ni enterrer les chefs de dji. Avant, comme on enterrait les cadavres dans les caveaux, les gens se méfiaient beaucoup de ce métier. C’était ceux qui avaient le médicament  » wak « , qui pouvaient ouvrir le caveau et l’asperger de ce médicament afin de pouvoir enterrer un nouveau cadavre là-bas. Si moi j’étais fossoyeur, c’était une obligation pour mes enfants de l’être. Ici, seule la famille Bawar pouvait ouvrir et rentrer dans les caveaux. Personne d’autre ne le faisait ». (O. Bationo, Kyon).  De nos jours encore, on attribue des pouvoirs magico-religieux au fossoyeur, en l’associant parfois à un sorcier. Des témoignages laissent entendre que certains d’entre eux ont profité de leur position sociale pour entrer dans des caveaux afin de voler des os et user de sorcellerie. Suite à plusieurs incidents constatés au village de Sanguié dans les années 1940, il aurait été interdit au fossoyeur d’entrer vêtu dans un caveau : il doit y pénétrer totalement nu pour ne pas être suspecté de voler des os. 

« Dans la communauté nous entendons dire que le sorcier naît sorcier. Mais il y a des gens qui cherchent à faire du mal aux autres. Si ces derniers veulent tuer des gens, ils peuvent utiliser des ossements humains pour les empoisonner. » (O. Bationo, Lyon)

Quatrième jour : l’enterrement : Le jour se lève sur une triste nouvelle. La femme du voisin est morte subitement vers quatre heures du matin, à côté de son mari. Moussa m’explique qu’il va falloir réviser notre programme de la journée. Pas de tissage. A la place nous allons rendre visite à la famille de la défunte et aider à creuser la tombe. Faire autrement serait un affront.  » Si tu ne vas pas à l’enterrement des gens de ton village « , explique-t-il,  » le village ne viendra pas à ton enterrement. «  Moussa met donc ses habits de travail, et je fais de même. Nous avalons le petit déjeuner : du To avec de la sauce arachide. Le To est une pâte cuite faite de maïs ou de mil pilé en farine. La farine est ensuite mélanimage101.jpggée à de l’eau et cuite au feu de charbon ou de bois dans une grosse marmite. Il faut remuer fort. Ca donne une pâte gélatineuse ferme et riche que l’on casse en morceaux quand elle est tiède, et que l’on trempe dans la sauce du jour pour la manger. On mange du To matin, midi et soir, sept jours par semaine. C’est bon. On finit par s’habituer. 

La cuisine dans laquelle on prepare le To. 

Le repas terminé, nous marchons un quart d’heure jusqu’à la maison du voisin. Il est 6h30 mais déjà une grande assemblée des hommes est assise sur des bancs qui ont été disposés en cercle devant l’entrée de la maison. Les femmes sont à l’intérieur de la cour, elles pleurent bruyamment. Les hommes sont silencieux. On s’assoit parmi eux. Seuls les bruits réguliers de pelle viennent marquer les minutes qui passent. 

Moussa me fait signe de l’accompagner vers le trou qui est déjà profond. Deux personnes sont au fond, chacun avec sa grande Daba, creusant ce qui deviendra un caveau de trois mètres par un et demie, profond de deux et demie. Il doit bien y avoir une quarantaine de jeunes qui entourent la tombe. Chacun se relaie pour creuser. Chacun doit participer un peu. C’est le tour de Moussa. On plaisante que le blanc devrait creuser aussi. Je ne refuse pas. On m’explique mon inaptitude à creuser : les blancs ne peuvent pas faire de travail physique. Creuser, c’est difficile, on m’avertit. Je n’insiste pas, on ne me passera donc pas la Daba.

Funérailles Dagara : Mythe et réalités

Le pays Dagara, dans ce monde contemporain où les cultures sont agressées de toutes parts par des civilisations dites plus fortes et à l’esprit cartésien, reste fortement ancré dans ses traditions. Si les religions révélées que sont l’Islam et surtout le Christianismeimage83.jpg ont converti une grande partie du peuple Dagara, elles se sont cependant résolues à cohabiter avec les croyances traditionnelles et les Chrétiens parlent même d’inculturation. Voilà donc un peuple qui mérite d’être mieux découvert d’autant que ses pratiques sont souvent incomprises des uns et des autres. Au nombre de ces pratiques, véritables institutions sociales : l’initiation, les marchés et les funérailles. Dans le présent dossier, nous aborderons la question des funérailles dans le souci de donner le maximum d’informations sur une pratique présente dans toutes les cultures burkinabè voire africaines mais qui en ce pays Dagara est d’une particularité saisissante et pose nombre d’interrogations pour l’observateur. Une animation de balafon : contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, la question des funérailles en pays Dagara n’est pas un sujet tabou. C’est pourquoi, d’ailleurs, nous pouvons nous permettre d’approcher des initiés et des célébrants de funérailles pour un tant soit peu entrer dans leurs «  mystères  ». En pays Dagara, toute personne a droit, a priori, à la célébration de ses funérailles après le saut fatal dans l’autre monde, c’est-à-dire après sa mort. Les funérailles sont une institution forte qui rassemble autour du défunt ou de la défunte, des parents, le clan, les animateurs des funérailles (balafonnistes, cantateurs et tambourinaires), les fossoyeurs, les parents à plaisanterie, les amis. Il s’agit là des principaux acteurs dont la présence est capitale mais il faut dire que le grand public participe aux activités profanes des funérailles qui, à certaines occasions, prennent un aspect festif. C’est pourquoi les funérailles sont de véritables fora, des occasions de rencontres, d’échanges, de diffusions de messages qui drainent un grand monde autour du défunt et de sa famille. Cette participation populaire qui tend à éclipser l’essentiel ne peut cependant faire oublier que les funérailles, c’est d’abord une activité coutumière dont le déroulement répond à une sorte de liturgie dont sont maîtres des officiants attitrés dans le clan, la famille.  Un cérémonial bien réglé : Des personnes assises devant un Catafalque, trône où sera exposé (e) le défunt ou la défunte avant l’enterrement.Après le constat formel du décès d’une personne, la procédure de célébration de ses funérailles est enclenchée par l’envoi de messagers, d’annonceurs publics qui sillonnent les familles de la localité pour avertir de ce décès. Le défunt ou la défunte sera nommément cité (e) si l’intéressé (e) est suffisamment connu (e) afin qu’on puisse l’identifier. image91.jpgDans le cas contraire, référence sera faite à un membre de sa famille plus connu ou tout simplement à sa famille (au sens large) afin que les uns et les autres arrivent à identifier le disparu.  Les cantateurs , ces maîtres de la parole en pleine expression

Avec cependant l’évolution et l’éloignement des lieux d’habitation des parents, d’autres moyens d’informations (téléphone, courriers, communiqué radiophonique, etc.) sont aussi mis à contribution l’essentiel étant d’annoncer le décès. Une chose particulière en cette période d’information est que les parents à plaisanterie du défunt pour annoncer le fait aux membres de son clan, leur rependent généralement de la cendre sur la tête. Un geste bien compris de tous.  Les premiers concernés réunis, les funérailles, à proprement parler, débutent par la toilette mortuaire et s’il est accepté que le défunt a droit à des funérailles, car certaines personnes ayant enfreint les us et coutumes du clan peuvent se voir refuser ce privilège, alors le rituel est normalement poursuivi et met en branle différents acteurs dont les principaux sont : les fossoyeurs chargés de la préparation et de l’enterrement du cadavre, les parents (clan), les amis. La toilette mortuaire effectuée, le défunt est exposé sur le catafalque en attendant que les uns et les autres, informés des funérailles, y prennent part. Les personnes qui arrivent aux funérailles se soumettrent à une gestuelle qui consiste tout en pleurant à faire un certain nombre de passages et haltes à des points précis devant le catafalque. Une douce animation de balafon accompagne cette phase qui dure jusqu’au moment où on estime que les principales personnes concernées par les funérailles sont présentes. Cette période voit généralement se faire aussi l’identification par la famille du lieu où doit être creusée la tombe du disparu. Et cette tombe peut être creusée dans la cour ou à côté des concessions familiales. Ainsi est la pratique mais avec l’avènement de la communalisation dans la région, nul doute que les choses seront revues à ce niveau. La présence des principaux concernés par les funérailles ouvre une phase dite «  chaude  » de ses activités : c’est la phase de haute cantation. Les cantateurs, ces maîtres de la parole, accompagnés des balafonnistes et des tambourinaires, donnent une autre dimension aux funérailles. C’est le moment où, bénéficiant d’une «  immunité de parole  », les cantateurs peuvent dire certaines choses (louanges ou critiques) qu’ils ne pourraient dire en aucun autre lieu. Cette phase est redoutée par la famille du défunt qui ne sait jamais ce qui peut sortir de la bouche des cantateurs qui se relaient selon des séquences bien définies et qui sont parfaitement informés des «  hauts faits  » et des actes pas honorables du clan ou de la famille. Cette phase peut durer en général une demi-journée voire une journée selon la période du décès (matin ou soir) mais commence le deuxième jour des funérailles. La fin de cette phase intervient avec l’enterrement du cadavre une fois la tombe prête, après un rituel de souvenir de ce qu’était le défunt. L’enterrement marque la fin officielle des funérailles qui voit les gens se disperser. Des concertations privées ont lieu entre membres de la famille ou du clan avant que chacun ne puisse retourner à ses occupations quotidiennes. Il faut préciser que durant toute la période des funérailles, les parents, qui sont dans la douleur du fait du décès d’un du clan, sont assistés dans cette douloureuse épreuve par les amis qui, à l’occasion, peuvent faire des dons (dolo, argent, vêtements pour habiller le cadavre, etc.) en signe de leur solidarité. «  Ami  » ici est compris au sens large du mot, ce qui signifie qu’un non Dagara peut prendre part aux funérailles d’un de ses amis Dagara sans problème et poser tous les actes posés par les Dagara à l’exception de ceux relatifs à la toilette mortuaire et certains autres qui ne concernent que le clan. Il pourra par exemple pleurer, danser aux funérailles de son ami en imitant les autres.  En pays Dagara, les funérailles ont lieu à n’importe quel moment de l’année. Seule la période de l’initiation est le moment où l’on ne peut voir des funérailles célébrées. Autrement dit, rien d’autre, pas même la pluie ou l’orage, bref les phénomènes naturels, ne peut être un frein à la célébration de funérailles. D’ailleurs, une phase occulte qui précède les funérailles permet l’intervention mystique de certains clans pour soit empêcher les pluies le temps qu’il faut ou au contraire les provoquer. Il s’agira dans le dernier cas de montrer la puissance du clan du disparu lequel est affilié à la pluie. Ainsi donc, du décès jusqu’à l’enterrement du défunt, les funérailles, selon la personne du disparu ou les circonstances de la mort, peuvent durer d’un à plusieurs jours. En dehors des activités profanes auxquelles assiste le grand public, se déroulent dans un cercle d’initiés des opérations mystiques à seul but de permettre au défunt de bien vivre sa nouvelle situation, celle de rejoindre le royaume des ancêtres. Les rites funéraires, de génération en génération, sont transmises pour la sauvegarde de l’identité culturelle Dagara. 

Angelin Dabire

Interview de Kpagnane Hien Lin,

Inspecteur du Trésor, consultant expert en Micro-finance et Finances publiques, expert de la tradition Dagara : «  Dans la tradition Dagara, il n’y a pas de mort naturelle  »  «  Un vieillard qui meurt en Afrique, c’est toute une bibliothèque qui brûle  », disait avec amertume le sage Amadou Hampâté Ba. Il est cependant heureux de constater que nombre de vieillards africains n’auront pas vécu inutilement d’autant que les graines qu’ils ont semées éclosent et donnent de belles plantes que sont certains jeunes fortement ancrés en leur culture et disposés à la promouvoir. En effet, certains jeunes détiennent de précieuses informations sur l’histoire, les us et coutumes de leur société et Kpagnane Hien Lin est justement de ceux-là. C’est un jeune qui a subi les différentes initiations connues dans la société Dagara. Balafonniste depuis sa tendre enfance, il n’hésite pas, malgré sa culture dite intellectuelle qui pouvait en être un frein, à exprimer son art en jouant de son instrument à l’occasion de certaines funérailles. C’est cet initié et imbu de la culture Dagara que nous avons rencontré pour vous. Ici, il nous éclaire sur le déroulement des funérailles en pays Dagara.

*Kpagnane Hien Lin, Comment sont organisées les funérailles en pays Dagara ? Quelles en sont les différentes étapes ?

-Kpagnane Hien Lin (K.H.L) : Il y a deux séquences générales qui varient en fonction des régions Dagara car le Dagara, c’est trois peuples avec trois dialectes différents (Dagara wilé, Dagara lobi, Dagara Birifor). Ainsi, on distingue le commencement ou début des funérailles, qui est une phase douce et consiste en fait en l’information du décès. Après, on a la deuxième phase à travers laquelle on passe à une autre étape. On suppose à ce moment que l’essentiel de ceux qui doivent être autour du cadavre sont là. Dès lors, on passe à une phase de haute cantation, de célébration optimale du cadavre. *De façon concrète que se passe-t-il lorsqu’une personne décède chez le Dagara ?

-K.H.L : Il faut dire d’abord que chez le Dagara lorsqu’une personne décède, l’objectif de tout ce qui se passe est d’enterrer le cadavre. La première des choses qui est visible et assez importante, c’est de trouver d’abord les fossoyeurs (en pays Dagara personnes initiées, chargées de creuser la tombe et d’enterrer le cadavre après différentes préparations). Mais avant, il y a une phase occulte avec les féticheurs, qui consiste à chercher à savoir de quoi est morte la personne avant de commencer ses funérailles. En effet, dans la tradition Dagara, il n’y a pas de mort naturelle, on meurt toujours pour quelque chose. Le Dagara croit en la réincarnation, ce qui fait croire que lorsque vous mourrez, il y a une raison qui fait qu’on vous a rappelé de votre mission sur terre pour que vous alliez continuer votre vie avec les ancêtres là où ils vous enverront. Il s’agira, dans la deuxième hypothèse, de la terre si les ancêtres estiment que vous n’avez pas bien rempli votre mission. Aussi pour savoir comment vous préparer, on cherche à savoir d’abord pourquoi vous êtes décédé.*Il paraît justement qu’il existe des lieux en pays Dagara où l’on peut aller consulter pour savoir de quoi une personne est décédée ?

-K.H.L : L’occultisme a des degrés. Un simple fétiche peut vous révéler de quoi est décédé votre parent. Cependant, il y a des étapes supérieures telles la géomancie. Il y a effectivement un lieu dans l’actuel Ghana (les Dagara y ont des racines) où vous pouvez aller et dialoguer avec le cadavre qui vous dira pourquoi il est décédé et ce qu’il y a lieu de faire. *Y a-t-il effectivement des personnes chez le Dagara qui n’ont pas droit à des funérailles lorsqu’elles décèdent ?

-K.H.L : Tout à fait. Il y a certains décès qui ne sont pas célébrés. Le décès de quelqu’un qui est inconnu du Dagara n’est pas célébré parce que pour que des funérailles débutent chez le Dagara, il faut que quelqu’un en prenne la responsabilité paternelle (ça peut être quelqu’un du même clan que le disparu). S’agissant d’un «  étranger  » qui viendrait à mourir en pays Dagara, on ne peut d’emblée célébrer ses funérailles, mais il sera tout de même enterré. Il y a aussi le cas du Dagara en faute avec les traditions qui est excommunié, banni de la société Dagara. De même, quelqu’un qui commet beaucoup de crimes (par sorcellerie ou empoisonnement par exemple) même à l’insu du peuple et qui par la force des choses passe aux aveux, sa mort approchant, n’a pas droit à des funérailles. Il y a aussi la personne, disons décédée d’une «  mort foncière  » c’est-à-dire qui est liée à une faute contre la terre ou les ancêtres. Dans ce dernier cas, pour que des funérailles du défunt puissent être célébrées, il faudra que ses parents paient une dette envers la terre ou les ancêtres. S’il n’y a personne pour payer, on enterre simplement la personne.*Les funérailles ont-elles la même dimension s’agissant d’un enfant, d’une femme, d’un ancien ou d’un notable ?

-K.H.L : Non les funérailles n’ont pas les mêmes dimensions. L’enfant chez le Dagara quitte son état fœtus à l’âge de six jours ; ce qui correspond au temps qui s’écoule entre la tenue des jours du marché. Autrement, avant six jours, après la naissance, on n’est pas devenu homme. C’est comme si la maman avait avorté et le Dagara ne célèbre pas les funérailles d’avortons. Maintenant entre six jours et six mois on parle «  d’enfant noir  ». On le considère comme un être mais pas suffisamment mûr ce qui fait que seules les femmes pleurent le temps que la tombe soit prête. De six mois à au moins douze mois, si la maman est encore capable de porter une grossesse, les hommes vont aussi pleurer sans pour autant qu’on ne joue tous les instruments des funérailles. Seul le tambourin (tambour de forme allongée que l’on bat d’une seule baguette) est joué, le tambour intervenant cependant à un moment en attendant que la tombe soit prête. Maintenant à partir du moment qu’un enfant a un petit frère ou que ses promotionnaires ont des petits frères ou encore lorsque l’enfant marche, on parle d’homme normal.  Quand un tel enfant meurt par exemple le matin, on fera de courtes funérailles d’une journée, le temps d’informer les parents (au sens large) pour qu’ils arrivent. L’adulte, lui par contre, a des funérailles de deux nuits. Ça peut être donc deux nuits, trois jours. Si l’adulte est mort l’après-midi, on ne peut pas passer à la deuxième phase des funérailles (haute cantation) dont j’avais parlée plus haut le même jour. Il faut donc qu’on fasse cette phase-là le lendemain jour auquel on ne peut pas aussi arrêter les funérailles juste après cette phase.  Il faut donc aller forcément au surlendemain ce qui amène dans ce cas les funérailles à trois jours au lieu de deux. Pour un notable ou quelqu’un de très connu, on peut le garder autant de jours qu’il faut surtout s’il s’agit d’un notable traditionnel dont les funérailles nécessitent la préparation de dolo de funérailles qui se préparent en trois jours. De telles funérailles font au minimum trois jours donc pour que les gens boivent au moins ce dolo avant qu’on ne puisse procéder à l’enterrement.

*Pourquoi du dolo dans une situation de tristesse ? Ça ne fait pas un peu réjouissances ?

-K.H.L : Non, le dolo fait partie de la culture Dagara et cela reste tel. Dans toutes les pratiques du Dagara, interviennent des libations au dolo. Que ce soit les réjouissances ou les funérailles. Dans ce dernier cas, d’ailleurs, et s’agissant du décès d’une personne adulte et de référence qui verra des personnes venir de très loin pour les funérailles, il faut les entretenir mais dans le cadre strict des funérailles. A ce propos, c’est dommage qu’à certains décès, la famille du défunt résume les funérailles à la préparation de riz et autres au détriment de l’essentiel ; ce qui fait penser à des réjouissances. *Quand dit-on que telle personne a eu de grandes funérailles en pays Dagara ?

-K.H.L : Cela renvoie d’abord à la durée, à la taille des funérailles (3 jours, 4 jours, 5 jours, etc.). Ensuite, cela ramène au nombre de personnes ayant participé car il y a des funérailles qui drainent pratiquement tout le peuple Dagara donnant lieu à un grand rassemblement.*Qu’est-ce qu’un catafalque ?

-K.H.L : C’est le «  Paala  » en Dagara. C’est le trône du cadavre pour le magnifier, pour l’élever parmi nous une dernière fois et le renvoyer aux ancêtres avec tous les honneurs dus au cadavre. Autour de ce trône figurent tous les emblèmes de la famille et du défunt. *Et la besace ? Que trouve-t-on à l’intérieur ?

-K.H.L : La besace, c’est une peau de chèvre, de mouton ou de tout autre animal qui est tannée et dont le Dagara se sert (depuis longtemps) pour la conservation d’objets précieux tels les flèches, les cauris, etc. Quand quelqu’un sort sa besace, cela veut dire qu’il sort sa richesse, qu’il sort lui-même de son tréfonds. Donc, lorsque quelqu’un meurt, ceux qui sont vivants, pour prouver qu’ils ne sont rien sur terre, sortent de leur tréfonds en sortant leur besace pour accompagner le mort et reconnaître qu’ils ne sont rien sur terre ayant sorti leur besace devant tout le monde.*Quelles explications président au fait qu’on habille le défunt en tenue traditionnelle ?

-K.H.L : Il s’agit d’une parure pour un voyage. Avec l’évolution, cette parure a également évolué et l’on y voit maintenant certains aspects ostentatoires. Mais l’esprit est qu’on va chez les ancêtres, dans un accoutrement approprié pour être reçu. Sans cet accoutrement vous ne serez pas reçu par les ancêtres et vous allez revenir ; toute chose (le retour du défunt) qu’on ressent dans la société Dagara. En effet, tant que le défunt n’est pas parti, reçu par les ancêtres, cela va déranger certaines personnes prédisposées qui à travers des recherches occultes, sauront que le défunt n’est pas parti et feront le nécessaire pour que celui-ci soit accepté et que les troubles cessent. Il s’agit donc d’une parure faite en tenant compte du voyage (vers les ancêtres) et de la conservation du corps. Selon que c’est un homme ou une femme, on fait d’abord un sous-vêtement en tenue traditionnelle découpée en trois ou quatre morceaux et arrangée puis porté au défunt ou à la défunte avant de lui mettre les parures publiques (visibles de tous). De même, un coq et un arc accompagnent l’homme tandis qu’une louche et une calebasse accompagnent la femme pour le royaume des ancêtres.

*Justement, parlant de différence entre hommes et femmes, on dit que cela ressort à travers l’orientation du catafalque ? -K.H.L : C’est juste, les funérailles d’un homme et d’une femme ne se célèbrent pas de la même manière. Au niveau du rythme des balafons, il y a une différence. Au niveau des vêtements aussi et de l’orientation du trône. Le trône, dans le cas d’un homme, est tourné vers l’Est comme pour lui rappeler car le soleil levant, lui doit se lever avant le soleil. Et pour la femme, le trône est tourné vers l’Ouest comme pour lui rappeler que le soleil se couchant, elle doit être prête dans ses travaux domestiques afin que, la famille puisse manger et dormir. La philosophie en la matière est que l’homme travaille en se référant au lever du soleil et la femme à son coucher. D’ailleurs il s’agit des deux points cardinaux reconnus par le Dagara au lieu de quatre enseignés par le Blanc.

*Pourquoi en cas de décès d’un des leurs en ville, les Dagara ont toujours tendance à rapatrier le corps du défunt au village ? 

-K.H.L : Il faut à ce niveau relever que ce n’est pas une tradition et donc pas une obligation. Dans l’ancien temps, le pouvoir occulte faisait que le Dagara pouvait rapatrier un cadavre sans que personne ne sache que s’en est un. Il momifiait le corps et on transférait l’âme du défunt dans un bâton qui était remis à quelqu’un qui le guidait. Le cadavre, malgré son état, suivait alors exactement son guide où qu’il aille, jusqu’à destination finale, sans que les yeux alentours ne sachent qu’il s’agit en fait d’un mort. C’est une pratique qui se faisait mais ce n’est pas une tradition que de ramener le corps au village. Ce qui est obligatoire, c’est le transfert des derniers vêtements portés par le cadavre au village (là où est né le défunt) quel que soit le temps que cela peut prendre. On peut donc enterrer le Dagara en ville et acheminer ses «  saletés  », comme on les appelle (derniers vêtements) ; qui sont la preuve de son décès toute chose qui donne lieu aux funérailles. Même si vous faites des funérailles en ville, elles se feront référence à des «  saletés  » arrivées au village.

Angelin Dabire ; journal L’Opinion

Une mention particulière au sein de cet article pour ce qui est de la peine de mort au Burkina

La situation de la peine de mort : Suspendue Date de la dernière éxécution : 1988 

Le Burkina Faso a ratifié le Pacte international sur les droits civils et politiques en 1999, la Convention sur les Droits de l’Enfant en 1990, la Convention contre la Torture et les traitements et punitions cruels, inhumains ou dégradants en 1999 et le Statut de la Cour Pénale Internationale (qui interdit le recours à la peine de mort) en 2004. Comme en 2007, le Burkina Faso a voté en faveur de la Résolution des Nations unies du 18 décembre 2008 appelant à un moratoire mondial sur les exécutions. Cette résolution a été adoptée suite à un vote favorable de 106 Etats.  Au Burkina Faso la liste des crimes passibles de la peine de mort est assez conséquente : il s’agit de la trahison ou l’espionnage en temps de guerre, l’activité d’espionnage de la part d’un étranger ou d’une personne expatriée, les crimes contre l’humanité, l’homicide, le parricide, l’empoisonnement, la castration qui provoque la mort, le vol aggravé qui provoque des lésions personnelles ou la mort. La peine de mort a été appliquée seulement deux fois au cours des 37 dernières années : Le 12 juin 1984 cinq militaires et deux civils ont été exécutés après avoir été condamnés à mort la veille par un tribunal militaire pour complot contre le gouvernement.  En 1988, sept militaires ont été fusillés après avoir été condamnés à mort la veille par le tribunal militaire révolutionnaire pour avoir tué en novembre un officier de l’armée et sa femme. En 2003, deux personnes ont été condamnées à mort par contumace, par la Chambre criminelle de la Cour d’appel d’Ouagadougou, pour meurtre et mutilation.  En 1999 est entrée en vigueur la Charte africaine des droits et du bien être de l’enfant, dont le Burkina Faso est partie. L’article 5 de cette Charte interdit l’application de la peine de mort aux mineurs, aux femmes enceintes et aux mères de jeunes enfants.  De nombreuses ONG luttent en faveur de l’abolition de la peine de mort au Burkina Faso. C’est le combat mené par exemple par le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), depuis 1994.  A l’époque, un groupe de parlementaires, sous la direction de M. Benon T. Pascal avait fait une proposition de loi pour abolir la peine capitale. Mais le code pénal en vigueur, révisé en 1999, comporte toujours cette disposition.  La peine de mort au Burkina Faso : Entre efficacité et volonté politique ; un article du 11 janvier 2007 écrit par P. Pauline Yameogo   » Peine maximale ou peine capitale ou encore peine de mort, c’est le plus sévère des châtiments prononcés par la Chambre criminel de la Cour d’appel. La disposition contenue dans le code pénal, le Burkina Faso l’a héritée du droit romain et français. Cependant, cette loi du Talion pose un problème de principe en ce XXIe siècle où la question des droits de l’homme est sur toutes les lèvres. Assassinat, complicité d’assassinat, espionnage, empoisonnement, parricide, crime de trahison… Ce sont là des fautes passibles de peine capitale mentionnées dans le code pénal. Toute personne qui commet l’un de ces crimes est condamnée de mort et doit être exécutée par fusillade. Cependant, «  la condamnation n’est pas immédiatement exécutoire. Le condamné a un délai de cinq jours francs pour former un pourvoi en cassation. La loi a prévu également que le condamné puisse demander la grâce présidentielle jusqu’à trois reprises. Mais une fois toutes les voies de recours épuisées, le condamné doit être exécuté  », a expliqué M. Ouali Dama, substitut du procureur général au moment où nous réalisions l’entretien (2006) et actuellement conseiller à la Cour de cassation. On a encore en mémoire l’affaire Saul Traoré, condamné à la peine maximale en 2005 qui relance le débat sur le bien-fondé de la peine de mort. La société doit-elle châtier pour se venger ou sévir pour s’améliorer ? D’aucuns diront qu’il est du devoir de la société de se prémunir des personnes qui ont violé leurs valeurs cardinales et qui pourraient récidiver. En effet, tout le monde est unanime que le grand banditisme est recrudescent au pays des Hommes intègres. Les attaques à mains armées, les vols, les viols, les assassinats sont devenus le quotidien des Burkinabè. N’est-ce pas cet état de fait qui justifie quelque part le recours par les autorités à la peine maximale ? Selon M. Ouali, la criminalité est très développée au Burkina Faso et les moyens manquent pour la combattre. «  Il faut alors que les peines soient suffisamment dissuasives pour décourager les gens à commettre les crimes graves passibles de la peine de mort  », a-t-il indiqué. M. Ouédraogo Jean Gustave, cadre dans une institution bancaire de la place soutient cette idée. Mieux, il estime que si la criminalité est toujours grandissante au Burkina, c’est parce que la peine de mort n’est pas appliquée dans toute sa rigueur. On ne doit pas gracier quelqu’un qui s’est moqué du droit de vie de son Prochain  », a martelé M. Ouédraogo.«  La peine de mort n’est pas dissuasive  » : C’est du moins ce qu’affirme maître Prospère Farama. Comme lui, ils sont nombreux les Burkinabè qui sont contre la peine maximale. La raison première avancée est que, nul n’a le droit d’ôter la vie pour quelque raison que ce soit. Mlle Aïchou Zongo est titulaire d’une maîtrise en droit. Selon elle, il est erroné de penser que la peine capitale est dissuasive pour les meurtriers. «  Si vous pensez changer des meurtriers en gentils cambrioleurs avec la peine de mort, alors vous vous plantez  », a-t-elle laissé entendre. Le substitut du procureur général reconnaîtra d’ailleurs que ce n’est pas parce que la peine de mort plane sur la tête des gens qu’ils ne vont pas commettre des crimes graves. En effet, aucune étude scientifique n’a jamais apporté la preuve que la peine maximale a un effet plus dissuasif que les autres peines en matière de criminalité. Une enquête menée par les Nations unies en 2002 a révélé qu’  »il n’est pas prudent d’accréditer l’hypothèse selon laquelle la peine capitale aurait un effet légèrement plus dissuasif en matière de criminalité que la réclusion à perpétuité  ». M. Farama, pour sa part, estime qu’il n’est pas normal que des hommes jugent d’autres hommes en leur appliquant la mort. «  La peine capitale est un gâchis humain. Si le but de la justice c’est de permettre à une personne de se repentir et de se corriger, alors la peine de mort n’a pas sa raison d’être  », a-t-il ajouté. Sans prétendre justifier l’acte des meurtriers, cet avocat soutient qu’une personne devient délinquante parce que la société n’a pas réussi à lui faire assimiler les règles morales. Selon lui, «  la peine de mort est l’incarnation de l’échec de la société elle-même. C’est comme un parent qui n’est pas arrivé à éduquer son enfant dans le bon sens, met en lui les gènes de la délinquance et comme solution, il le liquide  ».Dans la même veine, maître Halidou Ouédraogo, président du MBDHP dira que même l’Etat n’a pas le droit d’appliquer la peine de mort. Parce qu’à son avis, c’est comme s’il assassinait de sang froid, de façon calculée et programmée un citoyen.

Une volonté politique : Depuis 1994, le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples MBDHP, selon son président, est allé en «  guerre  » contre la peine de mort au Burkina. A l’époque, un groupe de parlementaires, sous la direction de M. Benon T. Pascal avait fait une proposition de loi pour abolir la peine capitale. Mais le code pénal en vigueur, révisé en 1999, comporte toujours cette disposition. Une disposition jugée «  anticonstitutionnelle  » par M. Ouédraogo vu que le Burkina a ratifié le pacte sur le droit civil et politique ainsi que son protocole additionnel. Cependant, si la peine de mort figure encore dans le code pénal, on notera en revanche que les condamnations et surtout les exécutions sont rares. A défaut de statistiques de 1999 à nos jours, on retiendra néanmoins qu’en 2005, la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Ouagadougou a prononcé deux condamnations à la peine maximale. La dernière exécution, quant à elle, date de 1977.Une lenteur qui trouve son explication, selon Me Farama dans «  l’hypocrisie  » de la société et de la justice. «  On condamne à mort pour faire plaisir à l’opinion. Sinon, aucun Etat ne veut être pointé par les organisations de défense des droits de l’homme. C’est de l’hypocrisie. Ou on estime que la peine de mort est efficace et on l’applique dans toute sa rigueur pour avoir des résultats, ou on accepte qu’elle ne résout pas le problème de la criminalité et on la supprime  », a martelé Prospère Farama.Le président du MBDHP en appelle alors aux autorités pour qu’elles «  revoient leur copie  », car dit-il, «  si nous avons des lois c’est pour policer la vie en société. Nous ne devons pas rester dans la logique de la loi du Talion  ».

Faits et statistiques sur la peine de mort dans le monde  Au cours de l’année 2005, au moins 2148 prisonniers ont été exécutés dans 22 pays et territoires 5186 personnes condamnées à mort dans 53 pays et territoires. 94% des exécutions recensées ont eu lieu en Arabie Saoudite, en Chine, aux USA et en Iran. Les méthodes d’exécutions utilisées sont la décapitation, l’électrocution, la pendaison, l’injection létale, la lapidation et la fusillade. Selon toujours les statistiques, 13 pays africains ont aboli la peine de mort pour tous les crimes ; 20 pays la maintiennent mais ne procèdent plus aux exécutions.

P. Pauline Yameogo ; Sources Internet 


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