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Les Gourmantché
9 juillet, 2010, 20:48
Classé dans : Non classé

Les Gourmantché (aussi appelés Gurma ou Gorma) constituent un groupe ethnique africain, qui vit dans l’actuel Burkina Faso, autour de Fada N’Gourma, mais aussi dans certaines régions du Togo, du Bénin, et dans le Sud-Ouest du Niger. Leur population actuelle est estimée à environ 1 200 000 individus. Les Gourmantché occupent l’un des plus gros territoires du Burkina Faso dans tout l’est du pays dont l’ensemble de la frontière avec le Bénin et une partie de la frontière du Togo et du Niger. Ils comptent également une forte communauté dans ces pays, notamment au Bénin et seraient aujourd’hui entre 1 millions et 1,5 millions. Paradoxalement, c’est à l’extrémité de leur territoire, à la frontière du pays mossi, que se trouve le chef-lieu officiel des Gourmantché : Fada-N’Gourma. Comme les autres communautés burkinabé, ils sont consitués de plusieurs groupes linguistiques et culturels différents parmi lesquels les Bassari (à ne pas confondre avec les Bassari du Sénégal) ou les Mobo.  image12.jpgLes Gourmantché sont particulièrement reconnaissables aux longues scarifications qui leur balafrent chaque côté du visage, des tempes au menton 

La langue des Gourmantché est appelée le Gourmantchéma ou le Bigourmantcheba et fait partie des langues Gur, tout comme le Sénoufo, le Mooré ou le Lobiri. C’est une langue oti-volta de la branche gour des langues nigéro-congolaises, parlée par les Gourmantchés au Burkina Faso, au Togo, au Bénin et au Niger.Comme la majorité des peuples du Burkina (notamment les Mossi ou les Lobi), les Gourmantché se considérent comme historiquement originaires du Ghana. La société gourmantché est elle aussi faite de castes. Dans les villages gourmantché traditionnels tout comme dans les quartiers des bourgades de la région, ces castes se mélangent le moins possible. Dans le quartier des forgerons par exemple, rarements des familles d’autres castes seront installées. Ce cloisonnement est aussi religieux : si les Gourmantché sont avant tout – et parfois seulement – animistes, certains d’entre eux sont convertis à l’islam ou au christianisme. Chacun des adeptes vit dans le voisinage de ses coreligionnaires. image21.jpg

                                          Timbre de l’époque de la Haute-Volta représentant l’intronisation d’un chef gourmantché  

Pour l’étranger, le Gourmantché est souvent le plus facile des Burkinabé à identifier. La tradition des scarifications, qui tend à disparaitre en ville, permet en un coup d’œil de reconnaître la « gourmantchitude » d’un Burkinabé : des longues balafres courent du front ou des temps jusqu’au menton de chaque côté du visage. D’autres aspects culturels font connaître les coutumes de ce peuple à toutes les autres communautés du pays : les célèbres danses gourmantché font le plaisir de la population de tout le pays lors de la Semaine Nationale de la Culture à Bobo-Dioulasso et les masques traditionnels qui font leur sortie lors des grands évènements (initiations, funérailles, etc..) sont autant de manifestations de la créativité des habitants du Gurma. image3.jpg

Timbre de l’époque de la Haute-Volta représentant des danseurs gourmantché en habit traditionnel. 

Leur langue, le Gourmantché, appartient aux langues Kwa de la famille des langues nigéro-congolaises.  Selon la tradition, Diaba Lompo, premier roi des Gourmantché, serait descendu des nuages sur son cheval volant à Pama, dont il fit la première capitale de son royaume, et il serait peut-être le fils (ou le cousin) de Ouedraogo, fondateur de la dynastie mossi, si bien que Mossi et Gourmantché serait des cousins. Les Gourmantché sont un peuple à forte croyance animiste, où la géomancie est très pratiquée. Il s’agit d’une technique divinatoire fondée sur l’observation des figures formées par de la terre ou des cailloux jetés au hasard sur une surface plane. 

L’origine des Gourmantché

La tradition de l’Est

D’après des traditions Dagomba, un chasseur vint jadis du Tchad dans la région actuelle de Fada. C’était Tohadjie le vaillant guerrier qui épousa Pagawogbé, fille du roi. Ils eurent un fils, également grand chasseur qui quitta la région de Fada pour aller plus au sud. Sa première femme du nom de Souhousagbe est la fille d’un féticheur du Gourma. Le roi du Gourma lui offrit aussi sa fille en mariage. Il eut d’elle Na-Gbewa qui est le premier roi du Dagomba. Ce derimage4.jpgnier régna à Pusga, à la frontière de l’actuel Ghana. Il eut de nombreux enfants qui furent les chefs des principales dynasties, y compris celle des Mossi. En dépit de la tradition Dagomba il ne demeure pas moins vrai que les familles actuellement régnantes au Gourma viennent du Bornou. Béribéris émigrés durent conquérir les descendants de Diaba Lompo pour s’établir ou d’incorporer à ces derniers par mariage et adopter leur nom de famille. En dehors des traits raciaux communs aux Béribéris et aux Gourmantché, de certaines coutumes que l’on n’a jamais rencontrées chez les Djermas et les Haoussaa, peuples interposés entre les Béribéris et les Gourmantchés.  
Les populations de la région du Tchad-Ouest sont appelés ‘‘Sos’’. Le terme haoussa est ‘‘Béribéris’’. Trois faits semblent corroborer cette affirmation qui voudrait que les Gourmantchés viennent du Bornou : 

  • L’exode des Beriberi 
  • L’institution de l’échange de cadeaux qui se pratiqua jusqu’au milieu du XVIIème siècle. 
  • L’interdiction aux rois du Gourma de reprendre le chemin de l’Est. Pour les gens de ma génération ce troisième fait trouve son fondement dans les circonstances suivantes : au 14 Juillet 1945 quand le Gouverneur Toby convoqua le roi Simandari à Niamey, ce dernier lui répondit que la coutume lui interdisait la vue du fleuve. Mais passant outre, la force primant le droit, notre monarque fut contraint de traverser le fleuve Niger. Les conséquences ne se firent pas attendre. Se rendant au palais, un doigt du roi fut pris dans la portière qui l’écrasa. La conséquence la plus grave de cette désobéissance est la suivante : peu de temps après son voyage vers l’Est, le roi Simandari fut accusé de sacrifice humain, destitué et incarcéré. Hamtiouri, qui le remplaça transgressa lui aussi la coutume en reprenant le chemin de l’Est. Il trouva la mort peu de temps après, enterrant avec lui pour une longue période le couronnement des Rois du Gourma.
  • Cette tradition des Gourmantchés venant de l’Est est confirmée dans un ouvrage paru en 1924 à Paris : ‘‘Etudes soudanaises. Nouvelles notes sur le Mossi et le Gourounsi’’.  La Tradition Céleste image5.jpgEnfin une autre légende du pays Gourmantché, raconte que Diaba Lompo descendit du ciel tout armé, accompagné de sa femme Kombari et monté sur son cheval coursier. Avec lui, il amène une paire de chaque animal. Il atterrit vêtu de blanc dans la brousse entre Pama et Porga à Kankangou. A l’endroit de sa descente on montre encore la trace de son pied sur le rocher de Koudiaboangou, la grande montagne noire. Les pierres n’étaient pas encore solidifiées. On montre aussi l’emprunte des pieds, des mains, des coudes de la femme dans la prosternation ainsi que les empruntes du sabre que Diaba Lompo posa à côté de luiIl vécut là quarante quatre ans durant de 1204 à 1248, habitant dans une caverne. Il imposa son autorité à tous et fit régner l’ordre dans tout le pays où tout le monde se mit à cultiver la terre. 

Un jour, un homme vêtu de rouge sort d’un trou et lui sert de palefrenier. Il en fait le chef du village de Boungou, son premier notable, l’ancêtre de l’actuel Tadano, le Ministre de la guerre.

L’Histoire non mythique des Gourmantché

Tidarpo (1248-1292)

A la mort de Diaba Lompo, en 1248, son deuxième fils Tidarpo lui succède. Le fils aîné, ayant les cheveux rouges, refuse la succession royale. Il part vers l’Est et s’installe aux pieds des falaises de Madjoari. Il crée ainsi la chefferie la plus ancienne du royaume gourmantché. 

Le troisième fils de Diaba Lompo, Boagre, va vers le nord et se fixe à We, près de Gayeri. La chefferie de ce canton occupe la deuxième place des chefferies de canton juste après Madjoari parce que fondée par un fils de Diaba Lompo. Il eut de nombreux enfants et petits-fils. Entreprenant comme leur père, ils sont avides d’espace. Ils établirent peu à peu en partant de WE toutes les chefferies de cette vaste région : celles de Gayeri d’abord, puis Piela, Bilanga, Bogande et Thion.  Une fille de Diaba Lompo épouse “ l’homme vêtu de rouge ” qui était sorti étrangement d’un trou. Celui-ci nommé chef de Boungou, fonde la dynastie des Dapolgas, les premiers notables du pays appelés Tedano.  Le fils adultérin de Combari, femme de Diaba Lompo connaît des difficultés avec ses demi-frères. S’étant disputé avec Tidarpo, il quitte la caverne royale de Diaboangou et avec quelques chefs de case il s’installe à Napani où il fonde la chefferie de Pama que les Gourmantchés appellent Diafoari (le pays de la forêt). C’est l’origine de la famille des Onadja qui règne actuellement à Pama. Sous le règne de Tidarpo commencent les premières expéditions hors de Pama. Dans le Gobnangou les Gourmantchés ont des voisins remuants. Tidarpo longe les falaises et pousse une pointe jusqu’à Diapaga. Il impose son autorité et refoule les habitants de cette région dans le Koubargou. De nos jours les Gourmantchés donnent le nom de Koubargou au nord Dahomey, pays des Baribas. Un résultat de cette expédition fut la fondation de la chefferie de Diabo. A Tangarsa, dans le Gobnangou, Tidarpo remarque un valeureux guerrier du nom de Taloupo. Il en fit son palefrenier. Celui-ci quitte son pays, marche vers l’Ouest, traverse la grande brousse accompagné de plusieurs familles. Ces Gourmantchés toujours inquiétés par les peulhs des confins du Niger, cherchent une région plus hospitalière. D’abord ils servent le roi à Diaboangou. Celui-ci leur donne le commandement des villages de Lantaogo (peuplé de Gourmantché venus de la région de Bilanga), de Tangaye et Zanré (peuplé de mossi). Taloupo  s’installe à l’emplacement actuel du village et le baptise Diabo. Un de ses descendants, le chef Yemboado donne son nom au village de Diabo, “ Yemboadin ” pour les gens du village.  Aujourd’hui encore, les chefs de Diabo, portent le nom de la famille Yoni originaire de Tansarga. Ils parlent habituellement le Gourmantché. Le chef des cavaliers à le titre bien gourmantché de Tambado au lieu de Ouidinaba. La coutume exigerait même qu’un chef de Diabo, nouvellement nommé, aille recevoir l’investiture à Tansarga. La chefferie est donc gourmantché mais la population est très mélangée. Elle a adopté les coutumes, les tatouages et la langue mossi. 

Après ces deux expéditions à l’Est et à l’Ouest, Tidarpo rentra à Pama-Koudiaboangou. Il y vécu riche et puissant. Son règne, comme celui de Diaba Lompo, dura quarante quatre ans.

 Ountani : (1292-1336) 

Fils aîné de Tidarpo auquel il succéda, Ountani fut lui aussi un grand organisateur. Sous son règne, neuf chefferies nouvelles sont créées. La capitale est toujours le rocher de Koudiaboangou dans la région de Pama. Comme son père il fit plusieurs expéditions toujours victorieuses.

 A l’est : Il retourna dans le Gobnangou consolider la conquête de Tidarpo. C’est l’époque où le Gobnangou est peuplé de Baribas réfugiés, dans les marécages de la Bendjari et les montagnes peu élevées par peur des razzias qu’organisent régulièrement les Peulhs des bords du Niger. Il y a aussi les Haoussas, grands chasseurs qui parcourent les vastes forêts. Les Baribas vivent sans chef et sont particulièrement faciles à attaquer. L’un des leurs, Kouateme, avait été vendu comme esclave et emmené à KANO. Il réussit à s’enfuir à revenir dans son village natal de Tindangou. C’est alors qu’il cherche une protection pour son pays. Il va saluer le roi du Gourma, Ountani ; lui offre quarante mille cauris, des nattes, des éventails, etc. Ountani ravi des présents donne sa fille en mariage à Kouateme, le nomme chef du Gobnangou et lui promet son appui. En effet il l’aide à chasser un certain nombre de pillards au-delà du Niger et de la Pendjari. Kouateme regroupe ses administrés en villages et met à la tête de ceux-ci trois fils qui furent chefs de Yobri, Tambaga, Tangarsa. Pour ne pas favoriser telle ou telle branche de la famille du fondateur, les chefs de canton, depuis ce temps, sont pris alternativement dans ces trois villages. 

Il est à signaler qu’à cette époque les Baribas de Banikoaba, du sud de Majoari relèvent directement du roi du Gourma. Sous Ountani aussi, un de ses frères aînés crée le canton de Bizougou et la dynastie des Tankoano. Ce n’est que bien plus tard que Namoungou et Botou se sépareront du Bizougou pour être indépendants.

A l’ouest : A la même époque, commencent les chefferies du pays Yance. La mère d’Ountani, chassée par son mari, le roi Tidarpo, s’est enfuie vers l’Est et s’est remariée avec un habitant venu de Gambaga. Elle eut deux enfants : Tarwina et Yensimbou qui fondèrent Comin-Yanga et Soudouguy. L’aîné s’installe vers 1300 au village de Lamingou et commande aux quelques rares habitants. Il devient maître de la terre (Tengsoba) en se conciliant les dieux. Il vécut paisiblement, ami d’un géant Bimbidaogo et de sa sœur Bimbikopo, tous deux célèbres par leurs exploits gargantuesques. Sur Yensimbou j’ai eu peu de détails. Il est cependant à signaler qu’il fut le chef de Nabongou, gros village du canton actuel de Soudouguy. 

A ce moment les régions de Comin-Yanga et Soudouguy commencent à se peupler de mossis et de Boussancés venant de Ouargaye et de Sangma. Cette population mêlée était le réservoir d’homme du roi du Gourma. Une expression gourmantché disait : “ Comin-Yanga était sa poche ”. Le nom de Salambere que portent la plupart des gens du Yanga exprime la même chose. Il vient de Salibré qui signifie le mors du cheval, la bride qui conduit en esclavage.

Source : Nassouri Bourdia Georges, Histoire du royaume gourmantché selon les traditions orales

Une tradition Gourmantché : le cérémonie du faux départ

image6.jpgLes Gourmantché sont très attachés aux traditions, et pratiquent volontiers  » la cérémonie du Faux départ  » qui relate un fait Mossi.  Elle a lieu tous les vendredi matin, à partir de 7 h au palais du Moro Naaba. C’est un rituel formel où les différents hauts dignitaire que sont le Baloum Naaba (intendant du palais), le Larlé Naaba (gardien des traditions), le Kamsaogo Naaba (chef des eunuques), le Taspsoba Naaba (chef des armées), le Ouidi Naaba (chef de la cavalerie), le Gounga Naaba (chef de l’Infanterie) et du Soré Naaba (gardien du tambour de guerre) arrivent un à un, se saluent et se mettent en place suivant le protocole, à des endroits précis. Le Moro Naaba sort de son palais et se dirige vers son cheval, richement caparaçonné, tenu par un page. Il fait mine de monter en selle, tandis qu’un concert de lamentations s’élève de ses ministre et des différents groupes qui lui conseillent de ne pas partir. Après un temps d’hésitation, le Moro Naaba se ravise et se range à leur opinion. Il retourne dans son palais et en ressort, habillé en blanc, sous les applaudissements de ses sujets.  Ce simulacre de départ perpétue le drame que vécurent les mossi à un moment de leur histoireYadéga, prince héritier, redouté par la population, était en campagne guerrière dans le Nord, quand son père mourut. Profitant donc de son absence, les ministres intronisèrent Koundoumié son frère, comme Moro Naaba. Furieux d’avoir été évincé, Yadéga se prépara à revenir récupérer son trône en combattant Ouagadougou. Leur mère, le lui dissuada, l’acte étant déjà consommé ; une guerre entre frère, ne servirait à rien. Par contre, elle subtilisa les fétiches royaux, source de puissance et symbole de royauté, qu’elle fit parvenir à Yadega. Koundoumbié découvrit le complot et voulut se lancer à la poursuite de Pabré et combattre Yadéga. Il fit sceller son cheval ; ses ministres vinrent le voir et le supplièrent de ne pas partir. Il les écouta et renonça à son projet guerrier. Une autre version voudrait que le Moro Naaba ayant appris la fuite de son épouse bien aimée, voulut se lancer à sa poursuite pendant que des menaces d’invasion planaient sur le royaume. Ses ministres lui rappelèrent sa mission première qui est de protéger son royaume. Il se ravisa donc, renonça à aller chercher son épouse. En tout état de cause, la cérémonie du faux départ met en exergue la sagesse qui prévaut dans toute décision à prendre par le monarque.

Source : ONTB 


2 commentaires
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  1. Sondé Amadou Saoud

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  2. kiéma

    diabo n’a pas été créé par les gourmantché mais par les descendants d’un zaoga marié jadis avec une fille d’un chef gourma.ces descendants sont actuellement à zonatenga (le pays des zaosés), un des villages de la commune de diabo, et sont les propriétaires terriens reconnus, y compris les terres sur lesquelles est bati le village de diabo actuel- yemboadin.
    diabo n’est pas un village gourmantché, mais un village zaoga!!!!
    ce n’est pas parce que l’arrière arrière mère des habitants de ce village est gourmantché, que les fondateurs de cette zone sont des gourmantchés.



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