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La mort et les rites funéraires au Burkina ; une mention particulière pour la situation de la peine de mort
16 juillet, 2010, 19:25
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Rites funéraires au Burkina

« Burkina » signifie « patrie des hommes intègres », et  « Faso » en dioula signifie  « terre de nos ancêtres ». Les funérailles sont sans doute l’un des moments les plus importants dans la vie du village. La mort n’est pas la disparition d’une personne mais seulement le passage de son esprit, appelé aussi son « double », dans un autre monde. Afin que le voyage dans l’au-delà de la personne décédée s’effectue dans de bonnes conditions, celle-ci doit être accompagnée des meilleurs soins. Le défunt, dont l’âme ne meurt pas, continue à communiquer avec les membres de sa famille. Il exprime ses humeurs et ses opinions par des manifestations ésotériques. Certaines décisions requièrent l’avis des Ancêtres avant d’être prises, c’est le féticheur qui, par des rituels et des sacrifices (1), les interroge et transmet les réponses au monde des vivants. Le défunt communique également avec les vivants en apparaissant dans leurs rêves.  Lorsqu’une personne meurt à l’âge de la vieillesse, les funérailles se déroulent en deux temps. D’abord les petites funérailles, qui sont la période de l’entre-temps et du deuil (2) ; tout est mis en œuvre pour que l’âme du défunt puisse faire un bon voyage jusque dans le monde des Ancêtres. Si le transfert ne se passait pas bien, son âme errerait dans le village et nuirait aux habitants. Aussi, on enterre le corps avec tout le matériel nécessaire au voyage. Selon les ethnies, on place dans ou sur la tombe des ustensiles de cuisine pour qu’il puisse manger, des armes pour se défendre, des couris pour payer ce dont il aurait besoin, ses sandales et ses vêtements, etc. Durant les trois ou quatre jours qui suivirent le décès d’un vieillard, on sert des repas ou des dolos (boisson fermentée ou alcoolisée) aux visiteurs qui viennent saluer la famille, les griots chantent sans cesse les louanges du défunt et de ses proches. Le soir chez les Mossi, les masques de cuir portés par les seuls initiés sortent et invoquent les Ancêtres pour qu’ils accueillent celui qui va les rejoindre. Puis la famille peut reprendre la vie quotidienne dans la maison du défunt en attendant les grandes funérailles. Celles-ci se déroulent quelques mois ou années plus tard selon le temps nécessaire à la famille pour trouver les moyens d’organiser une cérémonie à la hauteur de l’estime qu’elle avait pour le défunt. Les grandes funérailles ont lieu en mars ou en avril, avant que les travaux des champs ne reprennent. Elles se déroulent en plusieurs jours, voire une semaine ou dix jours. La participation de tous les villageois est requise. Les femmes préparent le dolo en quantité, on tue des bœufs et des chèvres, selon les moyens de la famille; plusieurs groupes de musiciens sont sollicités pour animer la fête.  (1) Sacrifice : Halbwachs dessine les traits communs du suicide et du sacrifice et leurs différences :  » Le suicidé, pas plus que le sacrifié, ne prend conseil que de lui-même. L’un, comme l’autre, exécute un acte dont les raisons se trouvent dans des représentations ou des impératifs collectifs. Mais, tandis que la société préside au sacrifice, qu’elle l’organise publiquement, tandis qu’elle en prend la responsabilité, elle ne veut pas qu’on puisse dire qu’elle est intervenue dans le suicide. Si elle l’a conseillé ou suggéré, loin de le revendiquer, une fois l’acte accompli, comme une manifestation de sa volonté ou le résultat de ses suggestions, elle le répudie :  » ce n’est pas elle qui a voulu ça (Les causes du suicide, p. 475 de  » L’Encyclopédie Sur La Mort  : la mort et la mort volontaire à travers les pays et les âges  « , un ouvrage écrit par Éric Volant – 2010 – et édité en partenariat avec  » L’Encyclopédie De L’Agora « ). Selon Baechler, dans le sacrifice, un sujet donne sa vie pour autrui ou pour une cause. Le sacrifice est direct, lorsque le sujet meurt à la place de quelqu’un, par exemple le Père Kolb à Auschwitz, en prenant la place d’un père de famille condamné à mort, qu’il connaissait à peine, mais dont il estima la vie plus importante que la sienne en tant que célibataire. On peut aussi sacrifier sa vie par respect pour une valeur, sans égard aux conséquences. Le sacrifice est alors de caractère instrumental. Ce fut le cas de Pierre Brossolette, professeur et journaliste, né en 1903, mort en 1944, socialiste résistant pendant la seconde guerre mondiale. Arrêté par les Allemands, il se jeta par une fenêtre de l’immeuble de la Gestapo, à Paris, afin de ne pas révéler à l’ennemi des secrets importants sous la torture ni d’exposer d’autres vies à la mort. « Bref, il y a des sacrifices qui trouvent directement l’accomplissement de la fin qu’ils poursuivent et des sacrifices que l’on pourrait dire instrumentaux, en ce qu’ils se présentent comme des moyens en vue d’une fin, que le sacrifice individuel ne peut réaliser à lui seul  » (J. Baechler, Les suicides, p. 225).

(2) Deuil  : Paul-Louis Landsberg, dans son Essai sur l’expérience de la mort (Seuil, 1951), décrit l’épreuve que vit une personne présente à l’acte de mourir de l’autre analyse l’effet que ce premier moment de deuil produit chez cette personne, témoin de la mort de l’autre, en termes de rupture et d’une prise de conscience de sa propre mortalité. Rappelons que l’écrivain français est un philosophe de tendance personnaliste et d’appartenance juive : Le deuil vécu en présence du mourir de la personne aimée . Et puis, un instant où tout devient calme, où tout paraît fini, où les traits crispés du visage aimé se détendent. C’est précisément dans ce moment où l’être vivant nous abandonne que nous allons faire l’expérience mystérieuse de la personne spirituelle. Pour un instant, nous ressentons un soulagement. La douleur de la sympathie charnelle est finie : mais tout de suite nous nous sentons transportés dans le monde étrange et froid de la mort accomplie. À la pitié vitale ainsi suspendue dans le vide, se substitue tout d’un coup la conscience profonde que cet être, dans la singularité de sa personne, n’est plus là et ne peut plus revenir dans ce corps. Il ne nous parlera plus, il ne vivra plus dans notre communauté comme il l’avait fait auparavant. Jamais plus.[...]L’expérience immédiate de la mort de l’autre ne nous donne d’abord aucune certitude quant à sa survie. Elle nous donne le fait de l’absence, et n’indique pas si cette absence est consécutive à un anéantissement ou seulement à une disparition à nous-mêmes. La foi en la survie nous promet que notre propre mort nous réunira avec le prochain maintenant disparu, que nous entendrons de nouveau sa parole dans des conditions inconnues et libérée du vieux corps. Mais l’expérience pure et simple de la mort du prochain ne saurait ni confirmer ni détruire cette promesse.[...]Dans les yeux ouverts d’un défunt nous n’apercevons pas seulement la fin de la vie, mais aussi bien la disparition de la personne spirituelle. Nous voyons même que l’un ne peut plus être présent, parce que l’autre n’est plus là. La vie, dans le sens biologique du mot, montre, en se terminant, qu’elle est la base de la présence, base indispensable à la réalisation de l’esprit personnel dans l’être humain.[...]Un problème existentiel se manifeste donc avant tout dans la pensée douloureuse qu’une extériorisation communicative de la personne du mort, du moins par sa voix, à nous familière, est devenue impossible. Cette bouche ne me parlera plus. Cet œil brisé ne me regardera plus. Ma communauté avec cette personne semble rompue : mais cette communauté était moi dans une certaine mesure et dans cette mesure, j’éprouve la mort à l’intérieur de ma propre existence. C’est l’expérience de la mort dans la solitude consécutive à la perte. «  

L’auteur pense qu’il y a dans l’expérience décisive de la mort du prochain, nous dirions plutôt, qu’il peut y avoir  » quelque chose comme le sentiment d’une infidélité tragique de sa part, de même qu’il y a une expérience de la mort dans le ressentiment d’infidélité.  » Je suis mort pour lui, il est mort pour moi « , ce n’est pas une façon de parler, c’est un abîme. «    » Les parents de soldats tués à la guerre, [...] ont réalisé leur souffrance quand arrivaient les lettres fatales qui les mettaient devant la présence spirituelle de la mort de leurs proches comme devant un fait accompli. Leurs efforts pour apprendre tous les détails des dernières heures de leurs aimés sont motivés par le caractère inhumain et insupportable de cette immédiateté. Devant le contact du mystère nu de la mort, l’homme essaie de retrouver le climat plus chaud du mourir pour rentrer dans cette compassion vitale dont il a besoin. Car c’est dans cette compassion qu’on croit se rapprocher du défunt en lui substituant le mourant qui semble le contenir en germe. La représentation de la douleur vitale, si atroce que soit cette douleur, a pour nous quelque chose de relativement consolant. L’acte de mourir dans lequel peut se concentrer la personne reste un acte essentiellement accessible à notre compréhension.

[...] Quelqu’un qui est mort depuis longtemps et de l’autre côté de la terre, redevient vivant seulement par la puissance de notre imagination. Seule l’expérience de la mort de l’autre nous apprend ce qu’est qualitativement l’absence et l’éloignement. Elle ravit notre âme dans une terre inconnue, dans une nouvelle dimension. Nous découvrons que notre existence est un pont entre deux mondes.  » (parsim, p. 31-45).

Musée de la Bendrologie de Manéga

A 50 km au nord de Ouagadougou, dans l’ouest africain est un village, Manéga, dans lequel on peut visiter le Musée de la Bendrologie de Manéga. image112.jpgCe musée comporte un  » pavillon de la mort « .S’il est une singularité qui distingue le Musée de la Bendrologie de Manéga de tous les musées du monde, c’est le mystère dont le visiteur est entouré en franchissant le lourd portail du Pavillon Guieguemde, abritant les principes de la mort du milieu culturel du Musée.  Les phrases qui introduisent la visite dans un rythme funèbre d’outre-tombe font comprendre à l’étranger qu’il entre dans un domaine qui n’est pas du commun des mortels. 

  • «  Fils de mes Pères 
  • Fils de mes Pères 
  • Toi, dont le sentier 
  • Traverse un sentier 
  • Quelles que soient tes convictions 
  • Philosophiques ou religieuses 
  • Je te prie ! 
  • Décoiffe-toi 
  • Déchausse-toi 
  • Cesse de fumer 
  • Entre à reculons 
  • Ici 
  • Commence la mort 
  • Ici 
  • Commandent les morts.
  • Tous les objets ici relèvent de rites des morts ; on entre et sort dès lors à reculons, déchaussé, décoiffé, cela relevant de prescriptions de la coutume concernant tous les contextes de Mort, la mort, étant l’envers de la vie, chez les Mossé.  

La première salle à gauche est consacrée aux rites d’inhumation avec les masques Karinsé et le mystique Tingsoba. La tunique du masque est composée de bandes de cotonnade ayant servi à attacher les bouches des morts et ayant recueilli les dernières sueurs, les dernières salives et les derniers sangs des êtres humains.  La deuxième salle à gauche est consacrée aux rites des funérailles avec les masques Soukous (noirs). Là, reposent un squelette avec attributs des Younyonsé et la pierre tombale de l’inhumation. La première salle à droite est consacrée aux devins Bougo dont la civilisation est antérieure au Xe siècle ; ses tenues sont couvertes de cauris (6000 dans la tradition) ; ils subissent leur initiation dans des grottes.  La deuxième salle à droite est consacrée aux fétiches de toutes configurations et natures dont les fétiches à clous qui couvrent toute la zone soudano-sahélienne et la forêt. On y trouve aussi les sceptres de générations (générations de 25 ans) et les tenues sacrées des guerres traditionnelles. 

Dans ce lourd bâtiment est la salle Joseph Wresinski consacrée à la lutte contre la misère et l’exclusion (Salle Africaine Sacrée du Quart Monde). image213.jpg

                                                                « Wilma » – orateur, maître du masque

Les fétiches à clous et statuettes sacrées

Les fétiches à clous couvrent toute l’Afrique au dessous du Sahara. Les origines et les attributions ne se recoupent pas toujours ; dans un monde qui cherche à détecter et punir les sorciers, les détenteurs de pouvoirs occultes parce qu’au service du mal et des troubles sociaux, le mystère est gardé par les détenteurs ; au plus diront-ils que leur fétiche n’est qu’au service du bien ; même s’il détecte de mauvais esprits, il peut les rendre dociles et humains ; en d’autres termes, il ne serait là que pour l’intérêt public ; il est donc difficile de trouver les liens communs et un fil conducteur pour percer le mystère des fétiches à clous. 

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Le Prêtre Bougo

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Les vêtements protecteurs et de combat

Ces habits comportent des amulettes qui sont confectionnées par des personnes spécialisées dans les compositions de poisons mystiques.

L’ennemi étant foudroyé par la vue de telle tenue portée ; les habits ont été utilisés à la fin du siècle dernier notamment dans la lutte contre la colonisation en 1896 ; les amulettes sont en peau de lion ; chaque tenue est restée imbibée de mixtures plusieurs jours durant.

image54.jpgVêtements de protection

« Déjouer la mort en Afrique » – Or, orphelins, fantômes, trophées et fétiches. 

C’est un excellent ouvrage traite de ce sujet, sorti aux éditions de L’Harmattan, Composé sous la direction de Michèle Cros et Julien Bonhomme par Julien Bondaz, Elise Guillermet, Quentin Mégret, Maxime Michaud et David Péaud.

Dans cet ouvrage, cinq jeunes anthropologues font écho à partir de leurs propres recherches ethnographiques au Burkina Faso, au Niger, au Bénin et au Mali.image63.jpg

Voici les thèmes que cet ouvrage aborde à partir de ce vers célèbre du poète sénégalais Birago Diop :  » Les morts ne sont pas morts  » :

- Comment déjouer la mort, en inverser l’inéluctable cours, rendre la vie à ceux qui, tous règnes confondus, furent exposés à ses flèches empoisonnées ?

- Si l’or est vivant, s’il prend le sang des hommes pour se nourrir, est-il possible de l’extraire, de le  » tuer  » sans risque ? Tel est le défi relevé par des milliers d’orpailleurs venus chercher fortune dans un nouvel eldorado burkinabé (Quentin Mégret).

- À quels destins sont promis les jeunes enfants lorsque leurs parents décèdent ? Entre réalité et fiction, des adultes et des enfants donnent à voir les imaginaires multiples de l’orphelin à Zinder au Niger (Élise Guillermet).

- Comment s’accomplit la métamorphose du  » mort pleuré  » en  » mort célébré  » lors des secondes funérailles chez les Lyéla du Burkina Faso ? Ces cérémonies se retrouvent aujourd’hui au cœur de polémiques et d’enjeux inédits (David Péaud).

- La mise à mort  » éthique  » des animaux serait-elle au centre de la pratique du safari au Bénin ?

- Qu’en est-il de ce tourisme cynégétique aux prétentions écologiques ? Que représente cette chasse aux trophées ? (Maxime Michaud).

- Que deviennent les objets rituels lorsqu’ils se retrouvent exposés dans les musées d’ethnographie africains ? Masques et fétiches semblent hésiter entre la mort et la vie dans les vitrines du musée national du Mali (Julien Bondaz).

Julien BONDAZ, Élise GUILLERMET, Quentin MÉGRET, Maxime MICHAUD et David PÉAUD sont membres du Centre de Recherche et d’Études Anthropologiques (CREA) de l’Université Lumière Lyon-2 au sein duquel ils mènent leurs recherches avec l’aide de Michèle CROS (professeur) et de Julien BONHOMME (maître de conférences, aujourd’hui détaché au musée du quai Branly).

La fonction de fossoyeur en pays Lyela

Si aujourd’hui, il est permis à un Lyel d’effectuer la plupart des enterrements, la mise en terre était jadis une activité réservée au fossoyeur traditionnel. Cette activité était généralement héréditaire et se transmettait de père en fils. Dans la plupart des villages, chaque quartier, voire chaque famille a toujours ses fossoyeurs. Autrefois, les cadavres n’étaient pas mis dans des cercueils mais directement dans des caveaux creusés en galeries. Seules, certaines personnes pouvaient entrer au sein de la terre et avaient le pouvoir de rouvrir des tombes, parfois à quelques semaines d’intervalle. Pour les Lyela, la terre (kie) renvoie à une puissance et sous elle, le corps de l’homme enterré devient du banco (bo).  Seul le fossoyeur traditionnel peut de nos jours encore effectuer certains enterrements tels ceux des chefs de concession ou des chefs de terre par exemple, dont les caveaux sont rouverts à l’occasion. « De nos jours, dans les enterrements des chrétiens, si quelqu’un veut être fossoyeur, il peut enterrer les chrétiens, mais dans la tombe traditionnelle où sont enterrés les chefs de dji, ce dernier ne peut pas entrer parce que le médicament que les fossoyeurs de naissance mettent dans le caveau avant d’entrer ne se trouve pas chez la personne qui a appris ce métier… Quand un chef de dji décède, on envoie dire aux fossoyeurs qu’on a besoin d’eux. Ils savent alors pourquoi ils sont sollicités et viennent avec ce médicament qu’ils versent sur le caveau avant de l’ouvrir et qu’ils mettent à l’intérieur avant d’entrer. C’est leur famille qui fait ce travail et personne d’autre. Si tu n’es pas de leur famille tu ne peux pas le faire, pas plus que la personne qui a appris à être fossoyeur. Ce fossoyeur nouvellement « initié » ne peut pas entrer dans les caveaux ni enterrer les chefs de dji. Avant, comme on enterrait les cadavres dans les caveaux, les gens se méfiaient beaucoup de ce métier. C’était ceux qui avaient le médicament  » wak « , qui pouvaient ouvrir le caveau et l’asperger de ce médicament afin de pouvoir enterrer un nouveau cadavre là-bas. Si moi j’étais fossoyeur, c’était une obligation pour mes enfants de l’être. Ici, seule la famille Bawar pouvait ouvrir et rentrer dans les caveaux. Personne d’autre ne le faisait ». (O. Bationo, Kyon).  De nos jours encore, on attribue des pouvoirs magico-religieux au fossoyeur, en l’associant parfois à un sorcier. Des témoignages laissent entendre que certains d’entre eux ont profité de leur position sociale pour entrer dans des caveaux afin de voler des os et user de sorcellerie. Suite à plusieurs incidents constatés au village de Sanguié dans les années 1940, il aurait été interdit au fossoyeur d’entrer vêtu dans un caveau : il doit y pénétrer totalement nu pour ne pas être suspecté de voler des os. 

« Dans la communauté nous entendons dire que le sorcier naît sorcier. Mais il y a des gens qui cherchent à faire du mal aux autres. Si ces derniers veulent tuer des gens, ils peuvent utiliser des ossements humains pour les empoisonner. » (O. Bationo, Lyon)

Quatrième jour : l’enterrement : Le jour se lève sur une triste nouvelle. La femme du voisin est morte subitement vers quatre heures du matin, à côté de son mari. Moussa m’explique qu’il va falloir réviser notre programme de la journée. Pas de tissage. A la place nous allons rendre visite à la famille de la défunte et aider à creuser la tombe. Faire autrement serait un affront.  » Si tu ne vas pas à l’enterrement des gens de ton village « , explique-t-il,  » le village ne viendra pas à ton enterrement. «  Moussa met donc ses habits de travail, et je fais de même. Nous avalons le petit déjeuner : du To avec de la sauce arachide. Le To est une pâte cuite faite de maïs ou de mil pilé en farine. La farine est ensuite mélanimage101.jpggée à de l’eau et cuite au feu de charbon ou de bois dans une grosse marmite. Il faut remuer fort. Ca donne une pâte gélatineuse ferme et riche que l’on casse en morceaux quand elle est tiède, et que l’on trempe dans la sauce du jour pour la manger. On mange du To matin, midi et soir, sept jours par semaine. C’est bon. On finit par s’habituer. 

La cuisine dans laquelle on prepare le To. 

Le repas terminé, nous marchons un quart d’heure jusqu’à la maison du voisin. Il est 6h30 mais déjà une grande assemblée des hommes est assise sur des bancs qui ont été disposés en cercle devant l’entrée de la maison. Les femmes sont à l’intérieur de la cour, elles pleurent bruyamment. Les hommes sont silencieux. On s’assoit parmi eux. Seuls les bruits réguliers de pelle viennent marquer les minutes qui passent. 

Moussa me fait signe de l’accompagner vers le trou qui est déjà profond. Deux personnes sont au fond, chacun avec sa grande Daba, creusant ce qui deviendra un caveau de trois mètres par un et demie, profond de deux et demie. Il doit bien y avoir une quarantaine de jeunes qui entourent la tombe. Chacun se relaie pour creuser. Chacun doit participer un peu. C’est le tour de Moussa. On plaisante que le blanc devrait creuser aussi. Je ne refuse pas. On m’explique mon inaptitude à creuser : les blancs ne peuvent pas faire de travail physique. Creuser, c’est difficile, on m’avertit. Je n’insiste pas, on ne me passera donc pas la Daba.

Funérailles Dagara : Mythe et réalités

Le pays Dagara, dans ce monde contemporain où les cultures sont agressées de toutes parts par des civilisations dites plus fortes et à l’esprit cartésien, reste fortement ancré dans ses traditions. Si les religions révélées que sont l’Islam et surtout le Christianismeimage83.jpg ont converti une grande partie du peuple Dagara, elles se sont cependant résolues à cohabiter avec les croyances traditionnelles et les Chrétiens parlent même d’inculturation. Voilà donc un peuple qui mérite d’être mieux découvert d’autant que ses pratiques sont souvent incomprises des uns et des autres. Au nombre de ces pratiques, véritables institutions sociales : l’initiation, les marchés et les funérailles. Dans le présent dossier, nous aborderons la question des funérailles dans le souci de donner le maximum d’informations sur une pratique présente dans toutes les cultures burkinabè voire africaines mais qui en ce pays Dagara est d’une particularité saisissante et pose nombre d’interrogations pour l’observateur. Une animation de balafon : contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, la question des funérailles en pays Dagara n’est pas un sujet tabou. C’est pourquoi, d’ailleurs, nous pouvons nous permettre d’approcher des initiés et des célébrants de funérailles pour un tant soit peu entrer dans leurs «  mystères  ». En pays Dagara, toute personne a droit, a priori, à la célébration de ses funérailles après le saut fatal dans l’autre monde, c’est-à-dire après sa mort. Les funérailles sont une institution forte qui rassemble autour du défunt ou de la défunte, des parents, le clan, les animateurs des funérailles (balafonnistes, cantateurs et tambourinaires), les fossoyeurs, les parents à plaisanterie, les amis. Il s’agit là des principaux acteurs dont la présence est capitale mais il faut dire que le grand public participe aux activités profanes des funérailles qui, à certaines occasions, prennent un aspect festif. C’est pourquoi les funérailles sont de véritables fora, des occasions de rencontres, d’échanges, de diffusions de messages qui drainent un grand monde autour du défunt et de sa famille. Cette participation populaire qui tend à éclipser l’essentiel ne peut cependant faire oublier que les funérailles, c’est d’abord une activité coutumière dont le déroulement répond à une sorte de liturgie dont sont maîtres des officiants attitrés dans le clan, la famille.  Un cérémonial bien réglé : Des personnes assises devant un Catafalque, trône où sera exposé (e) le défunt ou la défunte avant l’enterrement.Après le constat formel du décès d’une personne, la procédure de célébration de ses funérailles est enclenchée par l’envoi de messagers, d’annonceurs publics qui sillonnent les familles de la localité pour avertir de ce décès. Le défunt ou la défunte sera nommément cité (e) si l’intéressé (e) est suffisamment connu (e) afin qu’on puisse l’identifier. image91.jpgDans le cas contraire, référence sera faite à un membre de sa famille plus connu ou tout simplement à sa famille (au sens large) afin que les uns et les autres arrivent à identifier le disparu.  Les cantateurs , ces maîtres de la parole en pleine expression

Avec cependant l’évolution et l’éloignement des lieux d’habitation des parents, d’autres moyens d’informations (téléphone, courriers, communiqué radiophonique, etc.) sont aussi mis à contribution l’essentiel étant d’annoncer le décès. Une chose particulière en cette période d’information est que les parents à plaisanterie du défunt pour annoncer le fait aux membres de son clan, leur rependent généralement de la cendre sur la tête. Un geste bien compris de tous.  Les premiers concernés réunis, les funérailles, à proprement parler, débutent par la toilette mortuaire et s’il est accepté que le défunt a droit à des funérailles, car certaines personnes ayant enfreint les us et coutumes du clan peuvent se voir refuser ce privilège, alors le rituel est normalement poursuivi et met en branle différents acteurs dont les principaux sont : les fossoyeurs chargés de la préparation et de l’enterrement du cadavre, les parents (clan), les amis. La toilette mortuaire effectuée, le défunt est exposé sur le catafalque en attendant que les uns et les autres, informés des funérailles, y prennent part. Les personnes qui arrivent aux funérailles se soumettrent à une gestuelle qui consiste tout en pleurant à faire un certain nombre de passages et haltes à des points précis devant le catafalque. Une douce animation de balafon accompagne cette phase qui dure jusqu’au moment où on estime que les principales personnes concernées par les funérailles sont présentes. Cette période voit généralement se faire aussi l’identification par la famille du lieu où doit être creusée la tombe du disparu. Et cette tombe peut être creusée dans la cour ou à côté des concessions familiales. Ainsi est la pratique mais avec l’avènement de la communalisation dans la région, nul doute que les choses seront revues à ce niveau. La présence des principaux concernés par les funérailles ouvre une phase dite «  chaude  » de ses activités : c’est la phase de haute cantation. Les cantateurs, ces maîtres de la parole, accompagnés des balafonnistes et des tambourinaires, donnent une autre dimension aux funérailles. C’est le moment où, bénéficiant d’une «  immunité de parole  », les cantateurs peuvent dire certaines choses (louanges ou critiques) qu’ils ne pourraient dire en aucun autre lieu. Cette phase est redoutée par la famille du défunt qui ne sait jamais ce qui peut sortir de la bouche des cantateurs qui se relaient selon des séquences bien définies et qui sont parfaitement informés des «  hauts faits  » et des actes pas honorables du clan ou de la famille. Cette phase peut durer en général une demi-journée voire une journée selon la période du décès (matin ou soir) mais commence le deuxième jour des funérailles. La fin de cette phase intervient avec l’enterrement du cadavre une fois la tombe prête, après un rituel de souvenir de ce qu’était le défunt. L’enterrement marque la fin officielle des funérailles qui voit les gens se disperser. Des concertations privées ont lieu entre membres de la famille ou du clan avant que chacun ne puisse retourner à ses occupations quotidiennes. Il faut préciser que durant toute la période des funérailles, les parents, qui sont dans la douleur du fait du décès d’un du clan, sont assistés dans cette douloureuse épreuve par les amis qui, à l’occasion, peuvent faire des dons (dolo, argent, vêtements pour habiller le cadavre, etc.) en signe de leur solidarité. «  Ami  » ici est compris au sens large du mot, ce qui signifie qu’un non Dagara peut prendre part aux funérailles d’un de ses amis Dagara sans problème et poser tous les actes posés par les Dagara à l’exception de ceux relatifs à la toilette mortuaire et certains autres qui ne concernent que le clan. Il pourra par exemple pleurer, danser aux funérailles de son ami en imitant les autres.  En pays Dagara, les funérailles ont lieu à n’importe quel moment de l’année. Seule la période de l’initiation est le moment où l’on ne peut voir des funérailles célébrées. Autrement dit, rien d’autre, pas même la pluie ou l’orage, bref les phénomènes naturels, ne peut être un frein à la célébration de funérailles. D’ailleurs, une phase occulte qui précède les funérailles permet l’intervention mystique de certains clans pour soit empêcher les pluies le temps qu’il faut ou au contraire les provoquer. Il s’agira dans le dernier cas de montrer la puissance du clan du disparu lequel est affilié à la pluie. Ainsi donc, du décès jusqu’à l’enterrement du défunt, les funérailles, selon la personne du disparu ou les circonstances de la mort, peuvent durer d’un à plusieurs jours. En dehors des activités profanes auxquelles assiste le grand public, se déroulent dans un cercle d’initiés des opérations mystiques à seul but de permettre au défunt de bien vivre sa nouvelle situation, celle de rejoindre le royaume des ancêtres. Les rites funéraires, de génération en génération, sont transmises pour la sauvegarde de l’identité culturelle Dagara. 

Angelin Dabire

Interview de Kpagnane Hien Lin,

Inspecteur du Trésor, consultant expert en Micro-finance et Finances publiques, expert de la tradition Dagara : «  Dans la tradition Dagara, il n’y a pas de mort naturelle  »  «  Un vieillard qui meurt en Afrique, c’est toute une bibliothèque qui brûle  », disait avec amertume le sage Amadou Hampâté Ba. Il est cependant heureux de constater que nombre de vieillards africains n’auront pas vécu inutilement d’autant que les graines qu’ils ont semées éclosent et donnent de belles plantes que sont certains jeunes fortement ancrés en leur culture et disposés à la promouvoir. En effet, certains jeunes détiennent de précieuses informations sur l’histoire, les us et coutumes de leur société et Kpagnane Hien Lin est justement de ceux-là. C’est un jeune qui a subi les différentes initiations connues dans la société Dagara. Balafonniste depuis sa tendre enfance, il n’hésite pas, malgré sa culture dite intellectuelle qui pouvait en être un frein, à exprimer son art en jouant de son instrument à l’occasion de certaines funérailles. C’est cet initié et imbu de la culture Dagara que nous avons rencontré pour vous. Ici, il nous éclaire sur le déroulement des funérailles en pays Dagara.

*Kpagnane Hien Lin, Comment sont organisées les funérailles en pays Dagara ? Quelles en sont les différentes étapes ?

-Kpagnane Hien Lin (K.H.L) : Il y a deux séquences générales qui varient en fonction des régions Dagara car le Dagara, c’est trois peuples avec trois dialectes différents (Dagara wilé, Dagara lobi, Dagara Birifor). Ainsi, on distingue le commencement ou début des funérailles, qui est une phase douce et consiste en fait en l’information du décès. Après, on a la deuxième phase à travers laquelle on passe à une autre étape. On suppose à ce moment que l’essentiel de ceux qui doivent être autour du cadavre sont là. Dès lors, on passe à une phase de haute cantation, de célébration optimale du cadavre. *De façon concrète que se passe-t-il lorsqu’une personne décède chez le Dagara ?

-K.H.L : Il faut dire d’abord que chez le Dagara lorsqu’une personne décède, l’objectif de tout ce qui se passe est d’enterrer le cadavre. La première des choses qui est visible et assez importante, c’est de trouver d’abord les fossoyeurs (en pays Dagara personnes initiées, chargées de creuser la tombe et d’enterrer le cadavre après différentes préparations). Mais avant, il y a une phase occulte avec les féticheurs, qui consiste à chercher à savoir de quoi est morte la personne avant de commencer ses funérailles. En effet, dans la tradition Dagara, il n’y a pas de mort naturelle, on meurt toujours pour quelque chose. Le Dagara croit en la réincarnation, ce qui fait croire que lorsque vous mourrez, il y a une raison qui fait qu’on vous a rappelé de votre mission sur terre pour que vous alliez continuer votre vie avec les ancêtres là où ils vous enverront. Il s’agira, dans la deuxième hypothèse, de la terre si les ancêtres estiment que vous n’avez pas bien rempli votre mission. Aussi pour savoir comment vous préparer, on cherche à savoir d’abord pourquoi vous êtes décédé.*Il paraît justement qu’il existe des lieux en pays Dagara où l’on peut aller consulter pour savoir de quoi une personne est décédée ?

-K.H.L : L’occultisme a des degrés. Un simple fétiche peut vous révéler de quoi est décédé votre parent. Cependant, il y a des étapes supérieures telles la géomancie. Il y a effectivement un lieu dans l’actuel Ghana (les Dagara y ont des racines) où vous pouvez aller et dialoguer avec le cadavre qui vous dira pourquoi il est décédé et ce qu’il y a lieu de faire. *Y a-t-il effectivement des personnes chez le Dagara qui n’ont pas droit à des funérailles lorsqu’elles décèdent ?

-K.H.L : Tout à fait. Il y a certains décès qui ne sont pas célébrés. Le décès de quelqu’un qui est inconnu du Dagara n’est pas célébré parce que pour que des funérailles débutent chez le Dagara, il faut que quelqu’un en prenne la responsabilité paternelle (ça peut être quelqu’un du même clan que le disparu). S’agissant d’un «  étranger  » qui viendrait à mourir en pays Dagara, on ne peut d’emblée célébrer ses funérailles, mais il sera tout de même enterré. Il y a aussi le cas du Dagara en faute avec les traditions qui est excommunié, banni de la société Dagara. De même, quelqu’un qui commet beaucoup de crimes (par sorcellerie ou empoisonnement par exemple) même à l’insu du peuple et qui par la force des choses passe aux aveux, sa mort approchant, n’a pas droit à des funérailles. Il y a aussi la personne, disons décédée d’une «  mort foncière  » c’est-à-dire qui est liée à une faute contre la terre ou les ancêtres. Dans ce dernier cas, pour que des funérailles du défunt puissent être célébrées, il faudra que ses parents paient une dette envers la terre ou les ancêtres. S’il n’y a personne pour payer, on enterre simplement la personne.*Les funérailles ont-elles la même dimension s’agissant d’un enfant, d’une femme, d’un ancien ou d’un notable ?

-K.H.L : Non les funérailles n’ont pas les mêmes dimensions. L’enfant chez le Dagara quitte son état fœtus à l’âge de six jours ; ce qui correspond au temps qui s’écoule entre la tenue des jours du marché. Autrement, avant six jours, après la naissance, on n’est pas devenu homme. C’est comme si la maman avait avorté et le Dagara ne célèbre pas les funérailles d’avortons. Maintenant entre six jours et six mois on parle «  d’enfant noir  ». On le considère comme un être mais pas suffisamment mûr ce qui fait que seules les femmes pleurent le temps que la tombe soit prête. De six mois à au moins douze mois, si la maman est encore capable de porter une grossesse, les hommes vont aussi pleurer sans pour autant qu’on ne joue tous les instruments des funérailles. Seul le tambourin (tambour de forme allongée que l’on bat d’une seule baguette) est joué, le tambour intervenant cependant à un moment en attendant que la tombe soit prête. Maintenant à partir du moment qu’un enfant a un petit frère ou que ses promotionnaires ont des petits frères ou encore lorsque l’enfant marche, on parle d’homme normal.  Quand un tel enfant meurt par exemple le matin, on fera de courtes funérailles d’une journée, le temps d’informer les parents (au sens large) pour qu’ils arrivent. L’adulte, lui par contre, a des funérailles de deux nuits. Ça peut être donc deux nuits, trois jours. Si l’adulte est mort l’après-midi, on ne peut pas passer à la deuxième phase des funérailles (haute cantation) dont j’avais parlée plus haut le même jour. Il faut donc qu’on fasse cette phase-là le lendemain jour auquel on ne peut pas aussi arrêter les funérailles juste après cette phase.  Il faut donc aller forcément au surlendemain ce qui amène dans ce cas les funérailles à trois jours au lieu de deux. Pour un notable ou quelqu’un de très connu, on peut le garder autant de jours qu’il faut surtout s’il s’agit d’un notable traditionnel dont les funérailles nécessitent la préparation de dolo de funérailles qui se préparent en trois jours. De telles funérailles font au minimum trois jours donc pour que les gens boivent au moins ce dolo avant qu’on ne puisse procéder à l’enterrement.

*Pourquoi du dolo dans une situation de tristesse ? Ça ne fait pas un peu réjouissances ?

-K.H.L : Non, le dolo fait partie de la culture Dagara et cela reste tel. Dans toutes les pratiques du Dagara, interviennent des libations au dolo. Que ce soit les réjouissances ou les funérailles. Dans ce dernier cas, d’ailleurs, et s’agissant du décès d’une personne adulte et de référence qui verra des personnes venir de très loin pour les funérailles, il faut les entretenir mais dans le cadre strict des funérailles. A ce propos, c’est dommage qu’à certains décès, la famille du défunt résume les funérailles à la préparation de riz et autres au détriment de l’essentiel ; ce qui fait penser à des réjouissances. *Quand dit-on que telle personne a eu de grandes funérailles en pays Dagara ?

-K.H.L : Cela renvoie d’abord à la durée, à la taille des funérailles (3 jours, 4 jours, 5 jours, etc.). Ensuite, cela ramène au nombre de personnes ayant participé car il y a des funérailles qui drainent pratiquement tout le peuple Dagara donnant lieu à un grand rassemblement.*Qu’est-ce qu’un catafalque ?

-K.H.L : C’est le «  Paala  » en Dagara. C’est le trône du cadavre pour le magnifier, pour l’élever parmi nous une dernière fois et le renvoyer aux ancêtres avec tous les honneurs dus au cadavre. Autour de ce trône figurent tous les emblèmes de la famille et du défunt. *Et la besace ? Que trouve-t-on à l’intérieur ?

-K.H.L : La besace, c’est une peau de chèvre, de mouton ou de tout autre animal qui est tannée et dont le Dagara se sert (depuis longtemps) pour la conservation d’objets précieux tels les flèches, les cauris, etc. Quand quelqu’un sort sa besace, cela veut dire qu’il sort sa richesse, qu’il sort lui-même de son tréfonds. Donc, lorsque quelqu’un meurt, ceux qui sont vivants, pour prouver qu’ils ne sont rien sur terre, sortent de leur tréfonds en sortant leur besace pour accompagner le mort et reconnaître qu’ils ne sont rien sur terre ayant sorti leur besace devant tout le monde.*Quelles explications président au fait qu’on habille le défunt en tenue traditionnelle ?

-K.H.L : Il s’agit d’une parure pour un voyage. Avec l’évolution, cette parure a également évolué et l’on y voit maintenant certains aspects ostentatoires. Mais l’esprit est qu’on va chez les ancêtres, dans un accoutrement approprié pour être reçu. Sans cet accoutrement vous ne serez pas reçu par les ancêtres et vous allez revenir ; toute chose (le retour du défunt) qu’on ressent dans la société Dagara. En effet, tant que le défunt n’est pas parti, reçu par les ancêtres, cela va déranger certaines personnes prédisposées qui à travers des recherches occultes, sauront que le défunt n’est pas parti et feront le nécessaire pour que celui-ci soit accepté et que les troubles cessent. Il s’agit donc d’une parure faite en tenant compte du voyage (vers les ancêtres) et de la conservation du corps. Selon que c’est un homme ou une femme, on fait d’abord un sous-vêtement en tenue traditionnelle découpée en trois ou quatre morceaux et arrangée puis porté au défunt ou à la défunte avant de lui mettre les parures publiques (visibles de tous). De même, un coq et un arc accompagnent l’homme tandis qu’une louche et une calebasse accompagnent la femme pour le royaume des ancêtres.

*Justement, parlant de différence entre hommes et femmes, on dit que cela ressort à travers l’orientation du catafalque ? -K.H.L : C’est juste, les funérailles d’un homme et d’une femme ne se célèbrent pas de la même manière. Au niveau du rythme des balafons, il y a une différence. Au niveau des vêtements aussi et de l’orientation du trône. Le trône, dans le cas d’un homme, est tourné vers l’Est comme pour lui rappeler car le soleil levant, lui doit se lever avant le soleil. Et pour la femme, le trône est tourné vers l’Ouest comme pour lui rappeler que le soleil se couchant, elle doit être prête dans ses travaux domestiques afin que, la famille puisse manger et dormir. La philosophie en la matière est que l’homme travaille en se référant au lever du soleil et la femme à son coucher. D’ailleurs il s’agit des deux points cardinaux reconnus par le Dagara au lieu de quatre enseignés par le Blanc.

*Pourquoi en cas de décès d’un des leurs en ville, les Dagara ont toujours tendance à rapatrier le corps du défunt au village ? 

-K.H.L : Il faut à ce niveau relever que ce n’est pas une tradition et donc pas une obligation. Dans l’ancien temps, le pouvoir occulte faisait que le Dagara pouvait rapatrier un cadavre sans que personne ne sache que s’en est un. Il momifiait le corps et on transférait l’âme du défunt dans un bâton qui était remis à quelqu’un qui le guidait. Le cadavre, malgré son état, suivait alors exactement son guide où qu’il aille, jusqu’à destination finale, sans que les yeux alentours ne sachent qu’il s’agit en fait d’un mort. C’est une pratique qui se faisait mais ce n’est pas une tradition que de ramener le corps au village. Ce qui est obligatoire, c’est le transfert des derniers vêtements portés par le cadavre au village (là où est né le défunt) quel que soit le temps que cela peut prendre. On peut donc enterrer le Dagara en ville et acheminer ses «  saletés  », comme on les appelle (derniers vêtements) ; qui sont la preuve de son décès toute chose qui donne lieu aux funérailles. Même si vous faites des funérailles en ville, elles se feront référence à des «  saletés  » arrivées au village.

Angelin Dabire ; journal L’Opinion

Une mention particulière au sein de cet article pour ce qui est de la peine de mort au Burkina

La situation de la peine de mort : Suspendue Date de la dernière éxécution : 1988 

Le Burkina Faso a ratifié le Pacte international sur les droits civils et politiques en 1999, la Convention sur les Droits de l’Enfant en 1990, la Convention contre la Torture et les traitements et punitions cruels, inhumains ou dégradants en 1999 et le Statut de la Cour Pénale Internationale (qui interdit le recours à la peine de mort) en 2004. Comme en 2007, le Burkina Faso a voté en faveur de la Résolution des Nations unies du 18 décembre 2008 appelant à un moratoire mondial sur les exécutions. Cette résolution a été adoptée suite à un vote favorable de 106 Etats.  Au Burkina Faso la liste des crimes passibles de la peine de mort est assez conséquente : il s’agit de la trahison ou l’espionnage en temps de guerre, l’activité d’espionnage de la part d’un étranger ou d’une personne expatriée, les crimes contre l’humanité, l’homicide, le parricide, l’empoisonnement, la castration qui provoque la mort, le vol aggravé qui provoque des lésions personnelles ou la mort. La peine de mort a été appliquée seulement deux fois au cours des 37 dernières années : Le 12 juin 1984 cinq militaires et deux civils ont été exécutés après avoir été condamnés à mort la veille par un tribunal militaire pour complot contre le gouvernement.  En 1988, sept militaires ont été fusillés après avoir été condamnés à mort la veille par le tribunal militaire révolutionnaire pour avoir tué en novembre un officier de l’armée et sa femme. En 2003, deux personnes ont été condamnées à mort par contumace, par la Chambre criminelle de la Cour d’appel d’Ouagadougou, pour meurtre et mutilation.  En 1999 est entrée en vigueur la Charte africaine des droits et du bien être de l’enfant, dont le Burkina Faso est partie. L’article 5 de cette Charte interdit l’application de la peine de mort aux mineurs, aux femmes enceintes et aux mères de jeunes enfants.  De nombreuses ONG luttent en faveur de l’abolition de la peine de mort au Burkina Faso. C’est le combat mené par exemple par le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), depuis 1994.  A l’époque, un groupe de parlementaires, sous la direction de M. Benon T. Pascal avait fait une proposition de loi pour abolir la peine capitale. Mais le code pénal en vigueur, révisé en 1999, comporte toujours cette disposition.  La peine de mort au Burkina Faso : Entre efficacité et volonté politique ; un article du 11 janvier 2007 écrit par P. Pauline Yameogo   » Peine maximale ou peine capitale ou encore peine de mort, c’est le plus sévère des châtiments prononcés par la Chambre criminel de la Cour d’appel. La disposition contenue dans le code pénal, le Burkina Faso l’a héritée du droit romain et français. Cependant, cette loi du Talion pose un problème de principe en ce XXIe siècle où la question des droits de l’homme est sur toutes les lèvres. Assassinat, complicité d’assassinat, espionnage, empoisonnement, parricide, crime de trahison… Ce sont là des fautes passibles de peine capitale mentionnées dans le code pénal. Toute personne qui commet l’un de ces crimes est condamnée de mort et doit être exécutée par fusillade. Cependant, «  la condamnation n’est pas immédiatement exécutoire. Le condamné a un délai de cinq jours francs pour former un pourvoi en cassation. La loi a prévu également que le condamné puisse demander la grâce présidentielle jusqu’à trois reprises. Mais une fois toutes les voies de recours épuisées, le condamné doit être exécuté  », a expliqué M. Ouali Dama, substitut du procureur général au moment où nous réalisions l’entretien (2006) et actuellement conseiller à la Cour de cassation. On a encore en mémoire l’affaire Saul Traoré, condamné à la peine maximale en 2005 qui relance le débat sur le bien-fondé de la peine de mort. La société doit-elle châtier pour se venger ou sévir pour s’améliorer ? D’aucuns diront qu’il est du devoir de la société de se prémunir des personnes qui ont violé leurs valeurs cardinales et qui pourraient récidiver. En effet, tout le monde est unanime que le grand banditisme est recrudescent au pays des Hommes intègres. Les attaques à mains armées, les vols, les viols, les assassinats sont devenus le quotidien des Burkinabè. N’est-ce pas cet état de fait qui justifie quelque part le recours par les autorités à la peine maximale ? Selon M. Ouali, la criminalité est très développée au Burkina Faso et les moyens manquent pour la combattre. «  Il faut alors que les peines soient suffisamment dissuasives pour décourager les gens à commettre les crimes graves passibles de la peine de mort  », a-t-il indiqué. M. Ouédraogo Jean Gustave, cadre dans une institution bancaire de la place soutient cette idée. Mieux, il estime que si la criminalité est toujours grandissante au Burkina, c’est parce que la peine de mort n’est pas appliquée dans toute sa rigueur. On ne doit pas gracier quelqu’un qui s’est moqué du droit de vie de son Prochain  », a martelé M. Ouédraogo.«  La peine de mort n’est pas dissuasive  » : C’est du moins ce qu’affirme maître Prospère Farama. Comme lui, ils sont nombreux les Burkinabè qui sont contre la peine maximale. La raison première avancée est que, nul n’a le droit d’ôter la vie pour quelque raison que ce soit. Mlle Aïchou Zongo est titulaire d’une maîtrise en droit. Selon elle, il est erroné de penser que la peine capitale est dissuasive pour les meurtriers. «  Si vous pensez changer des meurtriers en gentils cambrioleurs avec la peine de mort, alors vous vous plantez  », a-t-elle laissé entendre. Le substitut du procureur général reconnaîtra d’ailleurs que ce n’est pas parce que la peine de mort plane sur la tête des gens qu’ils ne vont pas commettre des crimes graves. En effet, aucune étude scientifique n’a jamais apporté la preuve que la peine maximale a un effet plus dissuasif que les autres peines en matière de criminalité. Une enquête menée par les Nations unies en 2002 a révélé qu’  »il n’est pas prudent d’accréditer l’hypothèse selon laquelle la peine capitale aurait un effet légèrement plus dissuasif en matière de criminalité que la réclusion à perpétuité  ». M. Farama, pour sa part, estime qu’il n’est pas normal que des hommes jugent d’autres hommes en leur appliquant la mort. «  La peine capitale est un gâchis humain. Si le but de la justice c’est de permettre à une personne de se repentir et de se corriger, alors la peine de mort n’a pas sa raison d’être  », a-t-il ajouté. Sans prétendre justifier l’acte des meurtriers, cet avocat soutient qu’une personne devient délinquante parce que la société n’a pas réussi à lui faire assimiler les règles morales. Selon lui, «  la peine de mort est l’incarnation de l’échec de la société elle-même. C’est comme un parent qui n’est pas arrivé à éduquer son enfant dans le bon sens, met en lui les gènes de la délinquance et comme solution, il le liquide  ».Dans la même veine, maître Halidou Ouédraogo, président du MBDHP dira que même l’Etat n’a pas le droit d’appliquer la peine de mort. Parce qu’à son avis, c’est comme s’il assassinait de sang froid, de façon calculée et programmée un citoyen.

Une volonté politique : Depuis 1994, le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples MBDHP, selon son président, est allé en «  guerre  » contre la peine de mort au Burkina. A l’époque, un groupe de parlementaires, sous la direction de M. Benon T. Pascal avait fait une proposition de loi pour abolir la peine capitale. Mais le code pénal en vigueur, révisé en 1999, comporte toujours cette disposition. Une disposition jugée «  anticonstitutionnelle  » par M. Ouédraogo vu que le Burkina a ratifié le pacte sur le droit civil et politique ainsi que son protocole additionnel. Cependant, si la peine de mort figure encore dans le code pénal, on notera en revanche que les condamnations et surtout les exécutions sont rares. A défaut de statistiques de 1999 à nos jours, on retiendra néanmoins qu’en 2005, la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Ouagadougou a prononcé deux condamnations à la peine maximale. La dernière exécution, quant à elle, date de 1977.Une lenteur qui trouve son explication, selon Me Farama dans «  l’hypocrisie  » de la société et de la justice. «  On condamne à mort pour faire plaisir à l’opinion. Sinon, aucun Etat ne veut être pointé par les organisations de défense des droits de l’homme. C’est de l’hypocrisie. Ou on estime que la peine de mort est efficace et on l’applique dans toute sa rigueur pour avoir des résultats, ou on accepte qu’elle ne résout pas le problème de la criminalité et on la supprime  », a martelé Prospère Farama.Le président du MBDHP en appelle alors aux autorités pour qu’elles «  revoient leur copie  », car dit-il, «  si nous avons des lois c’est pour policer la vie en société. Nous ne devons pas rester dans la logique de la loi du Talion  ».

Faits et statistiques sur la peine de mort dans le monde  Au cours de l’année 2005, au moins 2148 prisonniers ont été exécutés dans 22 pays et territoires 5186 personnes condamnées à mort dans 53 pays et territoires. 94% des exécutions recensées ont eu lieu en Arabie Saoudite, en Chine, aux USA et en Iran. Les méthodes d’exécutions utilisées sont la décapitation, l’électrocution, la pendaison, l’injection létale, la lapidation et la fusillade. Selon toujours les statistiques, 13 pays africains ont aboli la peine de mort pour tous les crimes ; 20 pays la maintiennent mais ne procèdent plus aux exécutions.

P. Pauline Yameogo ; Sources Internet 


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