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Quelques mots sur la tradition des contes au Faso suivis d’un recueil de 52 contes populaires.
29 juillet, 2010, 0:39
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Le conte africain est un miroir où chacun peut voir sa propre image. C’est aussi un message d’hier, destiné à demain, et transmis à travers aujourd’hui.  Pourquoi les hommes dominent les animaux ? Dieu créa les animaux. Puis il créa les êtres humains pour leur servir de nourriture. Le lion, la panthère et l’hyène s’en régalaient. Or, un jour, les trois compères embêtèrent un peu trop un génie forgeron. Celui-ci alla trouver les hommes et leur enseigna comment tailler un morceau de bois en forme de lance. Ensuite il leur apprit l’art de forger le métal et arma le bout de la lance d’une pointe. Enfin, il leur donna la formule d’un poison à appliquer sur cette pointe, afin que tout animal qu’elle pique en meure. C’est ainsi que les hommes apprirent à fabriquer des lances qui tuaient à coup sûr et qu’ils commencèrent à chasser. Un jour, un jeune homme armé d’une de ces lances partit en chasse. A cette époque, hyène, lion et panthère habitaient ensemble. Le soir venu, le jeune chasseur ne savait où loger. Il rencontra les trois animaux et leur demanda l’hospitalité. Ceux-ci, étonnés, se regardèrent :
Notre nourriture vient chez nous ? Bizarre… 
Le patrimoine culturel oral du Burkina Faso est menacé de disparition.  » En Afrique chaque fois qu’un vieillard meurt c’est une bibliothèque qui brûle « . Le langage est le ciment de la société. Sans langage, pas de communication, et sans communication pas de développement. C’est par le langage  » cri du bébé  » que tout nouveau né s’exprime dès son arrivée parmi les hommes. En même temps, ce cri lui permet le premier souffle de la respiration, source d’oxygène pour son organisme, puis sera ensuite utilisé pour  communiquer avec l’environnement. La première relation orale essentielle se fait avec la maman :  » je veux du lait ; j’ai soif ; j’ai chaud ; j’ai froid ; j’ai sommeil ; j’ai mal « .  Une fois le langage acquis au contact des plus grands, l’enfant pénètre dans l’espace de la communication orale, encore appelé l’oralité. Dès lors, son développement mental, social, scientifique dépendra fortement de cette oralité, puisque qu’elle est le premier moyen de communication pour acquérir la connaissance sous toutes ses formes : la vie socio-culturelle, économique, l’école : écriture, lecture, calcul, philosophie, etc. 

L’oralité est donc le premier moyen de communication des groupes humains ; et en Afrique elle représente le système de la mémorisation de l’histoire qui sera retransmise par la voix des griots.

Les contes messagers du code civil de bonne conduite : Contes thématiques

* La cupidité :

 Les deux voleurs volés

Il y avait dans un village un filou qui était trop connu pour pouvoir continuer de voler : tout le monde se méfiait de lui. Quand on le voyait venir, on disait : «  Attention à ses mains !  ». Et ses mains étaient bien obligées d’être honnêtes. Un jour il décida d’aller chercher fortune ailleurs. Et voici ce qu’il fit : il prit son porte-charge, il l’emplit de vieux chiffons ; il posa par-dessus une demi-barre de sel et il l’arrangea si bien que son bagage semblait être une charge de sel.
Au même moment, dans un autre village, un autre filou qui ne pouvait plus vivre de ses vols, eut la même idée. Mais, à la place du sel, il mit sur son paquet de chiffons une bande de beau coton bien tissé, et il l’arrangea si habilement que son bagage semblait être une charge de bandes de coton.
Et voilà nos deux filous qui se mettent en route. Ils se rencontrent sur la place d’un marché. Comme ils sont un peu fatigués, ils s’asseyent l’un près de l’autre à l’ombre d’un manguier, et ils commencent à bavarder.
L’homme-au-sel dit à l’homme-aux-bandes-de-coton :
- Dans mon village les femmes n’ont plus de bandes de coton et elles ne peuvent plus se coudre des pagnes. Si je leur en apportais elles seraient contentes, et je les leur vendrais cher.
En attendant ces mots, l’homme-aux-bandes rit tout bas :
- Voilà, pense-t-il, un fameux client pour mon paquet de chiffons.
Il dit à son compagnon :
- Chez moi, c’est le sel qui manque. Aussi ne sale-t-on les mets qu’avec du kanhoua. Si j’arrivais avec une charge de sel, je serais bien accueilli, et l’on me paierait un bon prix.
C’est au tour au l’homme-de-sel de sentir plein de joie :
- Je crois, murmure-t-il, que mon paquet de chiffons se vendra bien !
- Eh, dit-il, la chance est avec nous ! Echangeons nos deux charges : vous aurez du sel pour les ménagères de votre village, et j’aurai des bandes de coton pour les femmes de chez moi.
Aussitôt dit, aussitôt fait : l’homme-au-sel prend la charge de bandes de coton, et l’homme-aux-bandes prend la charge de sel. Et les deux filous s’en vont bien vite, chacun craignant que l’autre s’aperçoive de la tromperie.
Quand ils sont loin l’un de l’autre, ils ouvrent leur paquet. Pas de sel ; pas de bandes de coton ; mais de vieux chiffons inutiles !
- Ce marchand de sel est un bandit ! Grogne l’homme-au-coton.
- Ce marchand de coton est un brigand ! Ronchonne l’homme-au-sel.
Et moi je vous demande : 

Quel est le plus voleur des deux ?

L’or malheureux de Tilk  Il était une fois un puissant roi qui avait une fille si belle que tous les hommes auraient voulu devenir son époux. La jeune princesse était fort gâtée et dans la ville il y avait un orfèvre très habile, à qui le roi avait promis la mort s’il ne découvre pas ce que sa fille veut. Ainsi, le pauvre homme travaillait jour et nuit à inventer les bijoux les plus bizarres pour parer la jeune fille, or un jour la princesse éclata en sanglots et dit à son père «  Mon père je suis humiliée, malgré tous vos présents, il y a un bijou que je ne possède pas, c’est le plus rare du monde  ». Le roi se mit en colère et fit appeler l’orfèvre et menaça de lui couper la tête, tout tremblant le pauvre homme supplia la jeune fille : «  princesse, sauvez la tête d’un misérable, si vous voulez bien me dire quel bijou j’ai oublié de vous façonner, je l’exécuterai de mon mieux.. je veux une couronne de bulles d’eau dit la princesse  ». «  Mais c’est impossible !  » Il ne put achever et sur un signe du roi les gardes le jetèrent en prison. Les jours suivants on ordonna à tous les bijoutiers d’exécuter en un mois la couronne. Le terme écoulé aucun d’entre eux n’avait pu faire le bijou. Ils furent à leur tour emprisonnées sans pitié, le chagrin de la princesse fût si grand que son père finit par prendre une décision : «  faites savoir à tout le monde que je donnerai ma fille en épouse à celui qui sera capable de fabriquer la couronne de bulles d’eau  ». Et un jour, un homme pauvrement vêtu se présenta au palais : «  seigneur, dit-il au roi tu as promis ta fille à celui qui fabriquerait la couronne, je suis celui-là  ». - Misérable crois-tu réussir là où de plus grands savants ont échoué ? - Parfaitement, il ne m’est pas impossible d’enchâsser des bulles d’eau dans de l’or, si l’on me donne ce qu’il me faut pour réaliser ma tâche. Simplement, je vous prierai de libérer tous ceux que vous avez jetés en prison avant que je n’entame mon travail. Alors sur l’ordre du roi en présence de la princesse pleine d’espoir on apporta de l’or et les meilleurs outils de bijoutier que l’on pût trouver dans le royaume. Quand tout fût prêt l’homme se tourna vers la jeune fille : «  princesse, il ne me manque plus qu’une chose pour commencer la couronne ; allez donc me chercher les bulles d’eau !  » Alors le roi comprit la leçon mais tout le monde avait entendu sa promesse. Ainsi, faute de pouvoir apporter des bulles d’eau, la belle et riche princesse épousa non pas l’un des jeunes et beaux prétendants qui encombraient sa cour, mais une homme déjà vieux et très pauvre. Moralité : il ne faut jamais demander l’impossible. Les enfants s’amusent quelques fois à souffler à travers un tuyau trempé dans de l’eau savonneuse ; de belles bulles d’air s’élèvent mais éclatent aussitôt. Une princesse veut une couronne qu’on n’a jamais vue, une couronne faite de bulles d’eau comme celle-ci. 

L’Avare et son épouse Il était une fois un jeune homme très riche qui possédait de grands troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres. Son épouse connaissait bien ses défauts , elle savait qu’il était âpre au gain et de plus en plus pingre. Mais elle ne disait rien et s’efforçait de réduire au maximum les dépenses du ménage tandis que son mari accumulait de nouvelles richesses. 

Un jour l’avare entreprit un voyage d’affaires ; au moment de son départ il confia tous ses biens à la garde de son épouse en précisant toutefois qu’il voulait retrouver tous ses animaux, sans exception lors de son retour. Sa jeune femme lui répondit de ne pas s’inquiéter à ce sujet et il partit. Or le même jour les trois frères de la jeune femme vinrent lui rendre visite. Ils furent bien accueillis par leur petite sœur qui fit égorger un poulet pour leur dîner. L’avare revient trois jours plus tard et sa première question consistait à demander si tous ses biens étaient restés intacts. Sa femme l’assura que tout était pour le mieux, hormis un vieux coq qu’elle avait égorgé à l’occasion de la visite de ses trois frères. En entendant cela l’avare entra dans une colère épouvantable. On avait osé le dépouiller d’une partie de ses richesses ! Dominé par la fureur, il battit si violemment sa femme qu’elle en fut cruellement meurtrie. Heureusement les gens du voisinage intervinrent et la dispute s’acheva. Le lendemain la jeune femme prit ses affaires en fit un baluchon qu’elle posa sur sa tête et elle partit se réfugier chez ses parents ; la séparation dura trois mois. Ce délai permit à l’avare de mesurer l’amour qu’il portait à sa femme ; mais il hésitait à aller la voir car il craignait d’être éconduit. Enfin il se décida à rendre visite à ses beaux parents. En le voyant arriver ils chargèrent leur fils aîné de tuer le plus beau mouton de leur troupeau, c’est ainsi qu’il convient toujours d’accueillir un visiteur et à plus forte raison un membre de la famille, selon les lois de l’hospitalité traditionnelle, ce qui n’est jamais un vain mot en pays Moaga. L’avare mangea à satiété, but le bon dolo ancestral, et s’endormit. Au réveil son beau père vint le saluer et au cours de la conversation il chercha à connaître les causes du retour de sa fille, mais le gendre éluda habilement toutes les questions. Il faut dire ici que la jeune femme avait observé un mutisme complet pour tout ce qui concernant son mari. Aussi le beau père décida de mettre un terme à leur brouille. Usant de toute son autorité il mit sa fille en demeure de d’expliquer elle y consentit. Son époux étant parti en voyage tous les biens du ménage avaient été laissés à sa garde, or le jour là ses trois frères étaient venus et elle n’avait tué qu’un vieux coq pour les accueillir. En apprenant cela son mari lui avait reproché de ne pas avoir fait égorger le plus beau de ses moutons afin de recevoir ses trois beaux frères, ils s’étaient disputés et excédé il l’avait battue.  Après avoir écouté sa fille, le vieil homme se tourna vers son gendre en lui demandant d’exposer sa propre version des faits. L’avare se contenta de répondre «  je n’ai rien à dire sinon que l’homme qui a épousé une femme issue d’une famille honorable doit s’estimer comblé par Dieu  » on lui recommanda plus de modération à l’égard de sa femme. Le jeune homme écouta les conseils de son beau père et jura sur ses ancêtres que plus jamais il ne battrait son épouse. Réconciliés les deux jeunes gens repartirent dans leur concession mais c’est sur le chemin de retour que se produisit la véritable explication : «  Mon cher mari, voyez où vous conduisait votre avarice ! Sans mon mensonge vous seriez déshonoré ; n’avez-vous pas éprouvé une grande honte lorsque mon père a fait égorger le plus beau de ses montons pour vous accueillir ? Et vous, êtes vous pingre au point de regretter un vieux coq qui encombrait votre basse cour ? «  Ma femme, ne dit plus rien je reconnais mes torts ; toi par contre tu as sauvé mon honneur. Désormais je te le jure tu disposeras de tous nos biens et tu agiras selon ton cœur  ». Moralité : 

La leçon était bonne et ils vécurent heureux car le jeune homme tint ses promesses en remerciant Dieu de lui avoir donné une épouse bonne et généreuse. Mes chers enfants n’oubliez jamais ce que disaient nos anciens : celui qui veut jouir de ses biens se trouvera un jour dans un gêne extrême.

* La méchanceté

Sira le sorcier  Il était une fois dans la savane Ouest Africaine une belle fille qui s’appelait Sira. Sira était belle comme l’aurore. Elle avait les dents blanches si blanches qu’on aurait dit du coton au soleil. Sira avait un cou droit, une poitrine bien dégagée. Les perles qu’elle portait autour de ses reins chantaient et mettaient en valeur sa beauté et son charme. Sira avait tout ce qui provoque, chez un homme, l’envie de l’épouser, de la garder jalousement au fond de sa case. Petite fille, Sira avait comme ami et compagnon Bani. Bani et Sira avait grandi ensemble et tout le village les appelait mari et femme. Leurs familles respectives avaient fini par se rapprocher car les deux enfants s’aimaient. Quand ils sont devenus grands les parents décidèrent de respecter leur amour et de les marier. Les noces furent célébrées avec la bénédiction de tous les parents et dans la joie de tous les amis. Mais, dans tout le village, seul Tura le sorcier n’avait pas pu contenir sa jalousie vis-à-vis de ce jeune et beau couple. Tura était très fort dans l’art occulte et la magie noire. Il avait comme compagnon de tous les jours Satan en personne. La présence de ce compagnon de malheur se manifestait par les faits suivants : Tura était toujours survolé par le vautour à la couronne blanche. Il avait toujours les yeux rouges et ne dormait jamais le jour. Lorsque les noces des deux jeunes époux furent célébrées, Tura se mit à agir. La première nuit, Sira la mariée fut frappée de terribles maux de tête. La deuxième nuit, les maux de tête persistaient et devenaient de plus en plus fréquents. La troisième et la quatrième nuit se succédèrent, le mal grandissait. A la cinquième nuit, aux maux de tête virulents s’ajoutèrent les douleurs au ventre. Sira transpirait, criait, pleurait, souffrait. Elle fit appeler sa mère et la supplia de lui trouver le remède à son mal. Ma fille, lui dit sa mère, je vais réunir tous les marabouts et sorciers de notre contrée. Si toute ma fortune doit y aller, il n’y a rien de trop cher pour toi. La mère de Sira réunit alors tous les marabouts et sacrifia la quasi totalité de son troupeau de bovins. L’opération ne fut couronnée d’aucun succès. Elle la répéta quatre fois et quatre fois rien. Les douleurs de sa fille unique persistaient toujours. 

La famille du nouveau marié commençait alors à perdre patience. Les jours se suivaient et le mal était toujours là. Arriva alors le moment où les parents du mari conclurent que la nouvelle épouse était possédée par un démon. Elle était devenue très maigre et avait perdu tout son charme à cause de la maladie. Les jours passèrent et on décida de répudier la nouvelle mariée malade. Bani qui aimait toujours sa Sira ne pu s’opposer à la décision de sa famille. Le griot Duga fut chargé d’annoncer la mauvaise nouvelle à la famille de Sira. Le mariage n’étant pas consommé, la famille de l’épouse devait en plus rembourser les frais essentiels dépensés lors des noces. Elle s’exécuta et Sira fut emportée la même nuit dans la discrétion, à califourchon comme un bébé, dans la case de la mère. Elles pleurèrent ensemble, toute la nuit. Sira s’en voulait de faire pleurer sa pauvre mère. Elle jura alors qu’elle épousera l’homme qui la guérira de ses maux. Sa mère la rassura qu’elle retournera auprès de son bien aimé Bani. La nouvelle du divorce annoncée, Tura le sorcier se présenta très tôt le matin devant la case de la mère de Sira. On sentit sa présence à cause de son odeur nauséabonde et du vol des vautours. Il rassura la mère et la fille de ses bonnes intentions de mariage et de sa disponibilité à faire le bonheur de sa fille Sira. - Ma fille est malade, complètement détruite et elle ne peut même pas se tenir debout. - Ce n’est pas un problème, dit le sorcier, je règle tout ça en trois jours ou alors je quitte ce village et vous n’entendrez plus jamais parler de moi. Sira qui entendait tout ce dialogue au fond de la case avait déjà pris sa décision. 

- Mère, je sais ce que tu penses de cet homme. Mais, j’épouserai cet homme, s’il me guérit. La mère qui n’était pas d’accord avec ce choix accepta la volonté de la fille mais ne baissa pas les bras. Aussitôt que le sorcier eut commencé le traitement, la mère couru voir son frère et lui dit : - Mon unique bébé doit épouser cet homme crapuleux. Je te prie de faire quelque chose. - Ma sœur, dit l’oncle, que la volonté des ancêtres soit faite. Jamais notre famille n’a fait du mal à personne, que cela nous soit reconnu.  Sira fut guérit par le sorcier Tura en moins de trois jours. La fille tenant sa promesse, le mariage du sorcier fut annoncé dans toutes les contrées. Par ce mariage, Tura le sorcier tenait, à la fois sa revanche sur ses adversaires et renforçait sa crédibilité auprès de ses clients. Il se moquait de tous ces devins et autres chasseurs dont les efforts de conquête ont été vains. Le jour du mariage arriva. On ne vit aucun vautour dans le ciel et il y eut une grande tornade qui chassa les convives et autres badauds venus des villages les plus éloignées. Le sorcier piqua une vive colère, au vu de cette perturbation, se retira au fond de sa case et s’endormit. Lorsqu’il se réveilla, le soleil était déjà au zénith. Il bondit de sa natte, sortit de sa case et ne vit aucun vautour. Il présentait un mauvais présage. La nuit tomba, on prépara Sira accompagnée de quelques vieilles femmes qui survivaient grâce aux nombreuses cérémonies de mariage, baptême et autres funérailles. Le cortège de femmes arriva alors au domicile du mari Tura qui, quelque peu nerveux les accueillit, néanmoins avec beaucoup de cadeaux. Lorsque la jeune épouse fut déposée dans son lit, il se précipita, se déshabilla et voulu tout de suite consommer. Mais que constata t-il ? Il n’y avait rien entre ses jambes. Il s’étonna, réactiva le feu qui éclairait la case. C’est ainsi que Sira se rendit compte que son mari, n’avait rien entre les jambes. Elle tenta de lui tenir des propos rassurants mais il ne voulait rien savoir. Il la traita de sorcière et jura de se venger. Sur le champ, il la répudia et quitta le village dans la même nuit. Sira ainsi guérie épousa à nouveau son bien aimé Bani et ils eurent de beaux enfants. Grâce à l’Amour, on triomphe de la méchanceté et de la jalousie des hommes 

Devinette : Qu’est-ce qui est vraiment nécessaire à la vie ? Quand on pose cette question, ceux qui ne sont pas intelligents pensent tout de suite à la richesse. Or il n’en est rien. Vous savez, certains n’ont aucune richesse, mais ils vivent. D’aucuns n’ont ni père ni mère, ni même frère et sœur, mais ils vivent normalement. Même ceux qui n’ont pas d’enfant arrivent à tenir le coup. Mais ce qui vous manque et fait qu’il n’est plus nécessaire de survivre, c’est l’espoir.

Les biens du défunt

Adapté par Alain-Joseph Sissao

contes1.pngIl était une fois un vieux qui partit en voyage. Il alla demander l’hospitalité à une famille. Malheureusement, il tomba malade. Quand il s’est rendu compte qu’il allait mourir, il montra toute sa richesse à son logeur. Il lui dit ceci : -Voici toute ma richesse que j’ai acquise de ma famille. Si je meurs, prends une partie pour les funérailles et tu gardes l’autre partie. Si ma famille est mise au courant de mon décès et qu’elle vient, tu lui remettras cette partie pour mes orphelins que j’ai laissés.  Quand ils eurent fini de creuser la tombe, le logeur prit l’argent avec un sac, le leur montra et leur dit que le défunt avait demandé de l’enterrer avec son argent car il n’a pas de famille. Après avoir fait sa toilette, les musulmans l’amenèrent au cimetière. Le logeur enleva une petite somme pour les funérailles et une grande partie fut enterrée avec le vieux. Quand on l’enterrait, il observait bien la place où était posé l’argent. 

Après l’enterrement dans la nuit le logeur revint pour déterrer l’argent. Quand il eut creusé et mit sa main pour retirer l’argent le défunt le saisit et lui arracha les doigts. C’est ainsi que la lèpre a commencé dans le monde. C’est donc la malhonnêteté qui déclencha la lèpre. Nul ne doit détourner l’héritage des orphelins. Celui qui le fait, finit mal. Commentaires : ce conte nous enseigne qu’il faut éviter de spolier les biens d’un défunt. En Afrique de façon générale, les biens d’un défunt sont sacrés et doivent revenir de droit aux orphelins qui en sont les principaux dépositaires. La malhonnêteté est toujours très mal ressentie. C’est ce qui explique la sanction sévère : la lèpre. Ce conte est aussi eschatologique parce qu’il montre l’origine d’un phénomène : la lèpre.

Poko et Raoogo  Une femme avait mis au monde des jumeaux en brousse. Ils s’appelaient Poko et Raoogo. Maiscontes2.png la mère amena Poko à la maison, abandonnant Raoogo dans la brousse. Un épervier vint trouver Raoogo en pleurs. Pris de pitié pour le pauvre bébé, il l’amena dans son nid où il l’éleva. Devenu grand, la première chose que fit Raoogo fut d’aller tuer l’épervier. Puis il décida ensuite d’aller tuer son père et sa mère au village. Sur la route, il chantait : - Ma mère nous a mis au monde, nous deux, elle prit Poko et abandonna Raoogo. Un géant épervier me fit monter sur un arbre, je le tuai, un singe me fit descendre, mais je l’ai tué. Mon village est vraiment un gros village, mais moi je le détruirai. Il chanta ainsi jusqu’à se retrouver devant la concession de son père où il trouva Poko. - Poko, où est mon père ?  - Mon père est en voyage. - Poko où est ta mère ? - Ma mère est allée au marigot. Quand Poko avait vu Raoogo arriver, il  alla cacher sa mère dans un canari et son père dans un grenier. Raoogo lui dit : - Mes parents n’ont-ils pas cultivé des arachides ? - Poko dit non. Raoogo entra dans la case de sa mère pour chercher des arachides. Il ouvrit le premier canari et vit sa mère cachée. Il la tua d’un seul coup. Il quitta alors la case et demanda à Poko :  - Y a-t-il quelque chose dans le grenier ? - Poko lui répondit qu’il est vidé. Raoogo alla ouvrir le grenier et vit son père qu’il tua d’un seul coup. 

Commentaires : ce conte décrit des actants qui apportent dans la société des grands bouleversements mais aussi des changements qui peuvent être positifs. Ce furent des enfants téméraires qui n’ont peur de rien. Ils correspondent chez les moose à ce qu’on appelle des «  gandaadoo  », c’est à dire des hommes courageux. La société moaaga les craint, mais, elle a besoin d’eux pour connaître certaines innovations et progrès.

Les deux orphelins  Dans un village vivaient un homme et sa femme qui ne faisaient jamais de mal à quelqu’un. Mais un jour l’homme vient à mourir. Ne pouvant survivre à la douleur causée par cette perte, la femme mourut une semaine plus tard, laissant un garçon de sept ans et une fille de quatre ans. Comme le monde peut être méchant, au lieu de recueillir les deux orphelins, les villageois se réunirent et décidèrent de les chasser du village, ne leur laissant qu’un zébu et une génisse pour héritage de leurs parents. Ils se réfugièrent dans la brousse à la frontière de deux villages. Dieu les nourrit, les habilla et fit grandir leur bétail qui passa bientôt de deux têtes à plus d’une centaine. Le garçon était chargé de la garde du troupeau pendant que la fille s’occupait du ménage. Ainsi vécurent-ils loin de l’injustice humaine jusqu’au jour où au cours d’une promenade, l’hyène aperçut la jeune fille devant leur case. Elle ne perdit pas une seconde et courut jusqu’à la cour royale où elle dit ceci : «  Roi vénéré, au cours de mes pérégrinations j’ai vu une jeune femme si éblouissante que tout l’or du monde n’aurait pas son éclat. J’ai pensé qu’elle ne pouvait que revenir de plein droit à votre majesté : voilà ce qui vaut ma si matinale visite  ». De qui s’agit-il, hyène ? «  Roi, je viens de voir la plus belle fille du monde. Nul être au monde ne saurait être son mari sauf votre majesté  ». 

Alors fais la venir et tu auras la juste récompense de ton acte. Hyène s’en retourna dans la forêt où elle enleva la jeune fille malgré ses cris de protestation. Elle fut remise au roi qui offrit une forte récompense à l’hyène, héroïne d’un jour. Quand le garçon revint le soir, il constate avec tristesse l’absence de sa sœur. Il s’en voulut de s’être éloigné de leur demeure, la laissant ainsi à la portée de quelque malfaiteur. Cette nuit là il ne ferma pas l’œil et invoqua ses parents défunts afin qu’ils l’aident à retrouver sa sœur. Des jours passèrent ; puis des mois et des années, et chaque jour il priait Dieu, lui demandant de lui ouvrir le chemin qui le conduirait à sa sœur. Voilà qu’un jour où il conduisait son troupeau, il fut pris de subitement d’une grande soif. Il se dirigea vers un puits situé à la lisière de la forêt, où les gens ont l’habitude de venir faire la lessive. Ce jour là, des esclaves du roi étaient là qui lavaient le linge et la vaisselle des reines. Tout en approchant du puits, il se mit à chanter, comme si il le faisait chaque fois qu’il ramènait le troupeau au bercail : «  petite sœur je suis de retour de retour, je suis avec le bétail, avec les bœufs, les moutons et les chèvres, me voici de retour  ». Les esclaves voulurent lui donner à boire avec la plus sale des calebasses, mais la princesse qui les avait accompagnés le fit servir avec la plus belle calebasse de sa mère. Cette princesse n’était autre que la fille de sa sœur devenue la reine bien-aimée. De retour au village notre princesse raconta la scène à sa mère et pour conclure reprit la chanson qu’avait entonnée l’homme en s’approchant du puits. Sa mère fut pleinement convaincue qu’elle ne pouvait provenir que de son grand frère, lequel la recherche donc depuis de longues années. Une semaine passa et la reine demanda l’autorisation au roi de pour se rendre au puits afin d’assister au travail des esclaves. Tôt le matin elle s’y rendit donc, priant Dieu qu’il fit venir ce jour là son grand frère. C’est alors qu’elle entendit une voix «  petite sœur je suis de retour, de retour je suis avec le bétail, avec les bœufs, les moutons et les chèvres, me voici de retour  ». Sans que nul ne s’en aperçut,  en deux foulées elle arriva aux abords de la forêt, se guidant à partir du chant de son frère ; elle s’enfonça ainsi jusqu’au fond de la forêt. Son frère perché sur un arbre la vit venir. Il se laissa choir, courut à sa rencontre et la souleva de terre pour l’embrasser ; ils ne purent se parler mais les larmes le firent à leur place. L’émotion passée, la sœur proposa à son frère de le conduire auprès du roi afin qu’ils firent connaissance, ce qu’il accepta. Quand le roi fut informé de l’événement, il organisa une grande fête où tout le monde mangea et but autant qu’il le désirait. Le lendemain, il fit construire tout un quartier pour le frère auquel il donna cent femmes, cent esclaves, cent têtes de bœufs, de vaches et autant de chèvres et de moutons. Puis il fit quérir ses autres biens restés dans la forêt. Ainsi le frère de la reine bénéficia de tous les honneurs et vécut heureux auprès de sa sœur. Tous eurent de nombreux enfants qui assurèrent la joie de leurs vieux jours. Moralité : il ne faut pas maltraiter l’orphelin car lui aussi a droit à la vie au même titre que les autres enfants. Mieux, il est entendu par Dieu dès que sa voix s’élève vers lui. 

* La plaisanterie

Le début de la parenté à plaisanterie des poesse [1], des yarse [2] et des silmissi [3]  Il était une fois deux poesse qui étaient nés le même jour, l’un le matin, l’autre, le soir. Quand ils atteignirent l’âge de se marier, ils convoitaient tous deux la même fille. Celui qui était né le matin dit que c’est lui qui épousera la fille ; celui qui était né le soir jura également que sera lui qui l’épousera. Alors une bagarre s’engagea. Ils se poursuivirent et l’un des deux entra dans un trou. Sa chance fut totale parce que là, dans le trou, une araignée tissait sa toile et la referma donc sur lui. contes3.pngQuand le deuxième arriva au bord du trou, il trouva un peul et un yarga assis sur la margelle, qui buvaient du lait. Ces derniers avaient vu le premier homme entrer dans le trou. Quand il leur demanda si quelqu’un n’était pas passé par là, le peul voulut dire oui, mais le yarga lui fit signe de se taire, ce qu’il fit. Le poèga dit au peul de ne pas avoir peur, de dire tout ce qu’il a vu, et le peul lui conseilla de creuser le trou pour voir à l’intérieur. Il  creusa donc et tua son rival. Aussi, le yarga injuria le peul et le traita de vaurien. Pourquoi a-t-il fait tuer l’homme ? Il injuria également le tueur et lui dit que l’autre ne devait pas mourir. C’est ainsi que la parenté à plaisanterie du poèga, du yarga et du peul a commencé. Jusqu’à nos jours, quand ils se rencontrent, ils s’injurient en s’amusant.  Mais on n’injurie pas la mère. Commentaires : ce conte montre que la parenté à plaisanterie si présente chez toutes les ethnies du Burkina Faso est un phénomène qui vient de la nuit des temps. Certains moose affirment d’ailleurs que «  c’est Dieu qui a envoyé le dakiire sur terre pour éviter à l‘homme d’oublier son passage éphémère sur terre  ». En effet, comme on le voit, la parenté à plaisanterie va bien au delà de la relation entre deux individus et engage tout le groupe social. C’est une prise en charge totale de l’individu dans ses caractéristiques culturelles, physiques et sociales. C’est le baromètre de régulation des tensions ethniques comme c’est le cas dans ce conte entre les poesse, les peuls et les yarse. [1] Poesse : c’est un groupe social au Moogo qui vit dans la cour royale et s’occupe de l’épreuve d’Ordalie  [2] Yarsé : c’est un groupe social au Moogo qui y a introduit l’islam mais aussi le commerce 

[3] Silmissi : c’est un groupe social au Moogo qui s’occupe surtout de l’élevage. 

* La ruse

Le marabout vicieux  Tous les hommes sur la terre étaient bons, avaient les mêmes chances, réussissaient dans les mêmes entreprises. Pourquoi sont-ils devenus différents ? Je m’en vais vous expliquer l’origine des qualités chez les hommes. Il était une fois, un marabout qui eut une jolie fille qu’il prénomma Fatima. Celle-ci enflamma le cœur de tous les hommes célibataires de notre contrée par sa beauté et son charme. Tous les garçons en âge de se marier se faisaient la concurrence pour demander sa main. Les peuls apportaient fréquemment du lait et des veaux au père. Les bambaras venaient cultiver son champ et lui donnaient une partie de leur récolte. Les manink lui offraient des captifs et les julas beaucoup de cauris. Le marabout était donc très gâté grâce à la beauté et au charme de sa fille. Il tomba alors dans le vice de la facilité. Les quatre tribus bambara, peul, jula et maninka envoyèrent chacune une délégation avec le nécessaire pour demander la main de Fatima à son père, le marabout. Il accepta les propositions des quatre délégations, promettant à chacune la mains de sa fille. Etonnés par l’attitude du marabout, les membres des quatre délégations se mirent à redoubler de talents pour arracher l’offre. A leur demande, le marabout annonça les noces de sa fille. Il devenait de plus en plus inquiet avec l’approche des échéances. La veille du mariage, Dieu lui envoya un ange car il multipliait les sollicitations et restait tard sur sa natte de prière. Il expliqua ses angoisses à l’ange qui les rapporta à Dieu. Il était un grand marabout, respecté et craint dans toute la contrée. Ses prières étaient exhaussées. Dieu lui renvoya donc l’ange porteur du message suivant : il lui ordonna d’enfermer sa fille dans une case en compagnie de trois animaux : un âne , un chat et un chien . Le lendemain, il ouvrira la case et prendra la décision qui lui semblera la meilleure. Le marabout exécuta les recommandations divines. Aux premières lueurs de l’aurore, il alla frapper à la porte de la case en appelant Fatima ; il entendit quatre voix identiques lui répondre en chœur. Il cassa la porte et se retrouva en face de quatre filles identiques et il ne put donc reconnaître sa vrai fille des autres.  Les quatre filles furent données en mariage et chaque délégation est répartie avec sa Fatima. Les convives ne purent cacher leur étonnement et le marabout gagna encore en estime, et sa renommée rayonna encore plus loin. Mais une chose l’intriguait : à quelle tribu avait-il donné sa vrai fille ? 

A cause de son vice, Dieu le punit et il ne le saura jamais. Il mourut très tôt par l’angoisse et ne put savourer les cadeaux auxquels il prétendait.

Yaboundao

Conteur : Mamadou Diallo 

Je vais vous raconter l’histoire de Yaboundao. Yaboundao était une toute petite fille qui habitait un village du Sénégal. Et Yaboundao comme tous les enfants d’Afrique aimait beaucoup les noules. Les noules ce sont ces toutes petites noix qui viennent de ces grands arbres d’Afrique qu’on appelle des palmiers. Tous les enfants adorent casser les noules pour croquer la petite amande qui est dedans. Mais Yaboundao en abusait. Elle les aimait trop. Ainsi la nuit, quand tout le monde dormait, Yaboudao restait toute seule dans la grande cour de la maison les casser et les manger. Même quand tout le village était endormi, on entendait encore Yaboundao cassant ses noules. Une nuit alors qu’elle était là toute seule à accomplir sa besogne de casseuse de noules, on entendit un lion rugir très loin dans la brousse. Aussitôt la maman de Yaboundao s’est réveillée : -  » Yaboundao, Yaboundao, Yabou dépêche-toi de rentrer dans la chambre. Tu entends ce lion qui rugit. Certainement qu’il vient vers le village. 

- Ah ! Je casse mes noules, maman. Ce n’est pas un petit lion qui fera courir Yaboundao. Yaboundao casse ses noules. » Et elle continuait à casser, tranquillement. Tous les jours, elle avait devant elle sa grosse pierre toute plate. Elle y posait ses noules et avec une toute petite pierre Yaboundao cassait, elle cassait et au fur et à mesure, elle jetait dans sla bouche ses petites noix de noule qu’elle croquait. Puis on entendit un autre rugissement, beaucoup plus nettement cette fois. Le lion s’était bien approché. Le papa s’est réveillé : -  » Yaboudao, Yaboundao, Yaboundao dépêche-toi d’entrer dans la chambre. Tu entends ce lion qui rugit ? Personne n’osera sortir pour te sauver. - Ah ! Je casse mes noules, papa. Ce n’est pas un petit chat malade qui va faire courir Yaboundao. Yaboundao casse ses noules. «  Et elle continuait à casser. Cro, cro, cro ! Elle croquait. Cro, cro, cro ! Elle croquait. Mais à présent, le lion était dans le village. Ses rugissements étaient terrifiants. Plus personne n’osait sortir. Les portes de toutes les maisons étaient bien barricadées. 

Je ne vous avez pas encore parlé du grand-frère de Yaboundao. Celui-là il dormait, là-bas, dans une autre case au fond de la cour. A son tour il s’est réveillé : -  » Yaboundao, Yaboudao, Yabou, ma ptit’ soeur, Yabou,  dépêche-toi de rentrer dans ma chambre. Ce lion va sentir que tu es là. Dépêche-toi. 

- Ah ! Je casse mes noules. «  Le lion pénètre alors dans la maison. Yaboundao se lève promptement, jette sa petite pierre et vient à la rencontre du lion. Et le lion avale Yaboundao.  Mais Yaboundao sort par les fesses du lion. Elle avale le lion. Mais le lion sort par les fesses de Yaboundao et avale de nouveau Yaboundao. Yaboundao ressort par les fesses du lion, avale le lion et elle bouche ses fesses avec du papier puis elle s’en va dormir tranquillement. Elle passe une excellente nuit et le matin de bonne heure Yaboundao s’est réveillée et elle courait de toutes ses forces. Tout le monde se demandait où pouvait s’en aller cette fille en courant si vite. Elle, elle le savait. Elle est arrivée au marché. Les gens étaient nombreux dans ce marché. Chacun achetait ce qui lui plaisait. Yaboundao, elle, s’est frayé un passage au milieu de tous ces acheteurs. Elle est venue se mettre au centre du marché, et elle a crié aussi fort qu’elle a pu : 

-  » Ah ! Vous les gens du marché, je peux bien vous faire peur ! - Nous faire peur à nous, une toute petite fille comme toi ? Même tes parents n’arriveraient pas à nous faire peur. Il n’y a que Dieu qui puisse nous faire peur. - Ah ! C’est ce que vous dîtes !  Il n’y a que Dieu qui peut vous faire peur ? Est-ce que vous en êtes sûrs ? «   Et elle s’accroupit, enleva son papier des fesses, et le lion est sorti.  Lui-même lorsqu’il est sorti avait si peur qu’il est vite allé se cacher en pleine forêt. Et les gens qui étaient là, bien sûr qu’ils avaient peur eux aussi ! Certains si effrayés qu’ils avaient oublié tout ce qu’ils avaient acheté ; d’autres avaient abandonné leurs chaussures, leurs bonnets, leur mouchoirs de tête. 

Yaboundao éclata de rire avant de retourner calmement chez elle pour continuer à casser ses noules … Et c’est là que le conte finit.

Le mariage de la fille du roi  C’était au temps où les bêtes pouvaient épouser des filles de roi. En ce temps-là était un roi qui avait une fille belle comme un lever de soleil. Et les demandes en mariage lui arrivaient chaque matin de plus en plus nombreuses. Un jour, il fit dire dans tout le royaume : - Je marierai ma fille à celui qui traversera d’un seul coup de flèche le gros baobab qui se dresse sur la place du village. Une fête sera donnée. Tous ceux qui veulent gagner ma fille viendront avec leur arc et leurs flèches ; ils montreront leur force et leur adresse. Le roi pensait qu’il garderait ainsi toujours sa fille, car le baobab du village était gros comme une tour, et personne, semblait-il, ne serait assez fort pour le traverser d’un seul coup de flèche.
Or Massa Kokari avait, comme toutes les autres bêtes de la brousse, entendu le message royal, et il aurait bien voulu épouser la riche et jolie fille du roi. Que faire ? 
Notre malin animal n’eut pas besoin de réfléchir longtemps pour trouver un moyen de se tirer d’embarras ; il s’en alla chez un perce-bois de ses amis et lui dit : - Perce-bois, mon ami, je t’ai rendu bien des services. A ton tour de m’aider. Tu vas percer de part en part le gros baobab qui se dresse sur la place du village. L’insecte partit et se mit à l’ouvrage. Il gratta, il rongea, et travailla avec tant d’ardeur et de courage qu’en trois jours la besogne fut terminée. 

Massa Kokari fabriqua une flèche assez petite pour passer dans le trou ; puis il ferma avec un brin d’écorce les deux ouvertures. Tout cela fut fait si habilement que personne ne se douta de rien.
Le jour de la fête arriva. Dès l’aube, le grand tam-tam résonna, invitant tout le monde à la réjouissance. Et l’on vit venir, par tous les chemins et les sentiers, le peuple de la brousse et de la forêt. 
D’abord les hommes : les Chefs bottés de feutre, vêtus de satin chatoyant, coiffés de chéchias brodés d’or ou d’argent ; plus loin les notables enveloppés dans leurs boubous tout blancs ; puis les femmes cliquetantes de bracelets, de colliers, de boucles d’oreilles ; le menu peuple, les servantes, les esclaves, et la bande criarde des filles et des garçons suivait en dernier. Derrière eux les animaux s’empressaient ; en tête, le groupe compact des puissants seigneurs : l’éléphant, le lion, le buffle, l’hippopotame et la panthère ; puis les biches, les gazelles, les antilopes et les girafes ; plus loin la grande famille des singes que suivait le troupeau des rats, souris, écureuils, hérissons et autres individus de moyenne importance ; plus loin encore… mais comment pourrait-on les énumérer tous : il y avait là tout ce qui court, galope, bondit, sautille, rampe ou vole, il y avait tout le peuple de la brousse et de la forêt ! La poussière montait en nuages ; le soleil étincelait ; des flûtes piaulaient, des violons à une corde grinçaient, des balafons résonnaient, des petits tam-tams crépitaient ; c’était un vacarme à affoler un sourd ! 
Au fur et à mesure qu’elle arrivait, la foule se rangeait de chaque côté du baobab, les plus légers se juchant sur les toits des cases ou les branches des arbres ; les chefs se groupaient autour de l’estrade, sur laquelle avaient pris place le roi et sa fille en costumes somptueux, entourés d’esclaves portant des parasols ou balançant des chasse-mouches. Cela dura des heures et des heures. Enfin tout le monde fut prêt et les concurrents se présentèrent. Le premier des concurrents fut Songo le buffle. Il commença, comme la politesse le veut chez ses pareils, par gratter la terre avec un de ses pieds de devant et à renifler longuement. Puis il banda un arc énorme, mais en vain : c’est à peine si le fer de sa flèche entra en entier dans le baobab. Personne n’osa rire car les cornes aiguës de Songo inspirent le respect… Après lui ce fut Mourou la panthère, dont l’élégance eut grand succès, mais dont la flèche en eut un peu moins ! Bamara, le lion, fit comme toujours forte impression par la majesté de sa crinière et la dimension de ses crocs, mais sa flèche entama tout juste l’écorce de l’arbre. M’Bali l’hippopotame parut grotesque lorsqu’il s’avança, court sur pattes, boudiné dans sa peau trop étroite, soufflant et bougonnant comme à l’accoutumée. Son tir fut encore plus mauvais que celui du lion. On conspua ce lourdaud de M’Bam, le sanglier mal peigné, qui manqua le baobab et faillit éborgner deux ou trois spectateurs, et l’on s’amusa beaucoup des grimaces et des contorsions du petit singe N’Golo. Mais ce fut un silence attentif quand l’éléphant M’Bala arriva. Celui-ci planta solidement en terre un énorme tronc d’arbre au sommet duquel était fixée une corde aussi épaisse qu’un bras ; il attacha l’autre extrémité de la corde au pied de l’arbre, la saisit avec sa trompe et, s’arc-boutant des quatre pattes, tira de toutes ses forces. L’arbre plia comme un jonc. Alors il mit en place une flèche plus longue qu’une sagaie et il lâcha la corde. 

L’arbre-arc se redressa brusquement ; la flèche partit avec un bruit d’orage et, dans un claquement de tonnerre, frappa le baobab qui trembla des racines jusqu’aux feuilles : elle avait pénétré de trois bons pieds ; mais il s’en fallait de beaucoup qu’elle eût traversé. Ce fut ensuite le tour du lièvre. Massa Kokari s’était, pour la circonstance, vêtu d’un large pantalon bleu, d’un veston rouge à boutons dorés ; il était botté comme un chef et coiffé d’un chapeau à plumes. Il se leva lentement, d’un air fier et important. Tout le monde éclata de rire. - Comment, disaient les spectateurs, voilà le lièvre qui veut se montrer plus fort que le lion, le buffle et l’éléphant ! Massa Kokari, dédaignant les moqueries, salua humblement le roi ; il salua galamment la fille, il salua dignement les grands chefs. Puis il s’en alla à la place réservée au tireur.  Il mit un genou en terre, visa longuement et han ! Il envoya la flèche. C’était un excellent tireur : la flèche entra juste dans le trou du perce-bois, traversa le baobab et souleva la poussière par derrière. Un cri d’admiration s’éleva de la foule :
-Le lièvre a gagné ! Le lièvre a gagné. 
-Sorcellerie ! Mugit le buffle.
-Diablerie ! Grondèrent le lion, la panthère, et l’éléphant. 

Mais le roi, qui aurait été très ennuyé d’avoir pour gendre un seigneur aussi redoutable et encombrant que le buffle, le lion, la panthère ou l’éléphant, s’empressa de donner sa fille à Kokari, qui l’amena aussitôt.

Un diable trompé par un cultivateur  Un jour, un cultivateur qui labourait son champ, voit arriver le diable, qui lui demande brusquement : «  Que fais-tu là ? - Je prépare la terre pour semer, répond le paysan. - Ce champ n’est pas à toi ; il est à moi comme tous les champs. De quel droit le cultives-tu ? 

- Pardonnez-moi ; mais il me faut cultiver pour vivre.  - Ecoute ; je veux bien te pardonner, mais à une condition : nous partagerons la récolte. Nous en ferons deux tas : l’un avec ce qui poussera sur la terre et l’autre avec ce qui restera dessous. Comme je suis le diable et que tu n’es qu’un paysan, c’est à moi de choisir. Je choisis ce qui sera dans la terre. Tu auras le dessus  ». Mais le paysan est malin. Il sème du mil… Le moment de la récolte arrivé, le diable vient, avec ses diablotins. Le cultivateur coupe son mil, le bat, le vanne, le met dans des paniers et va le vendre au marché. Les diables arrachent ce qui reste dans le sol ; quand ils veulent le vendre, tous les gens du marché se moquent d’eux. Le diable est en colère. Il fait venir le laboureur et lui dit : «  Tu m’as trompé cette fois. Je vais me venger. Pour la prochaine récolte, tu n’auras que ce qui poussera sous la terre. Je prendrai tout ce qu’il y aura dessus  ». Cette fois, le malin paysan plante des patates…  Quand il s’agit de récolter, le diable et les diablotins coupent les feuilles ; le cultivateur arrache les patates. Ils s’en vont tous au marché, où le cultivateur vend très bien ses patates. Le diable ne vend rien, et tout le monde éclate de rire quand il offre ses feuilles. «  Ce paysan est trop rusé pour moi  », pense le diable. Il pousse un cri de rage et disparaît. 

C’est depuis ce jour que nous ne voyons plus le diable, Il est devenu invisible.

Plus malin que le lièvre, tu meurs !  Il était une fois un lion malade, tellement malade qu’il fit appel à tous les animaux pour leur demander la cause de sa maladie et le moyen de la guérir. Les animaux se dépêchent de venir. Le lièvre reste chez lui et dit à l’hyène sa voisine :  » J’ai mon champ à cultiver ; je n’ai pas de temps à perdre. Et puis, je ne suis pas un médecin ; je ne sais pas soigner un vieux lion ! Le lion interroge chacun. La biche dit :  » notre roi mange trop de viande. «  Le caïman déclare que le lion ne se baigne pas assez souvent dans la rivière. Le singe dit :  » Le roi a dans son épaisse crinière des puces et de la poussière. Voilà pourquoi il est malade. «  Le serpent parle de variole. L’hyène, sotte comme toujours dit :  » Notre roi a une maladie qui ne se guérit pas, notre roi est trop vieux ! «  Lion, furieux, crie : « Approche, et tu verras si mon coup de griffe est donné par un vieux! « . L’hyène répond :  » Que le roi me pardonne. Je suis une ignorante. C’est le lièvre, mon voisin, qui m’a dit que le roi est trop vieux! «  

 » Qu’on fasse venir le lièvre !  » dit le lion. Le lièvre arrive donc.  » Pourquoi n’es- tu pas venu comme les autres, et pourquoi as-tu dit à l’hyène que je suis trop vieux ? «    » L’hyène est sotte ! Répond le lièvre. Elle ne sait pas comprendre. Je lui ai dit : je vais voir un grand médecin de la place, je lui dirai que le roi est malade. Il m’apprendra ce qu’il faut faire. Il a déjà guéri un vieux lion. Il guérira encore mieux un lion jeune et beau comme comme vous.
J’ai couru beaucoup, mais le médecin habite très, très loin. Voilà pourquoi je suis en retard. Mais je vous ai apporté un bon remède, qui vous guérira tout de suite. Il vous suffit de mettre un boubou fait avec la peau d’une hyène fraîchement tuée « . 
L’hyène a beau crier ; on la tue et on l’écorche. 

* La sagesse

Le conte de l’esclave et son maître ou deux hommes de parole

Conteur : Mamadou Lamine Sanogo

Le jour où le roi a acheté l’esclave, il lui a fait savoir que ce qui est sacré chez lui, c’est la confiance. Il n’aime pas trahir la confiance qu’on place en sa personne. Quant à l’esclave, il dit à son maître que ce qui est sacré chez lui, c’est la fidélité à la parole donnée. Les deux causèrent le premier soir jusqu’à une heure tardive. Or le roi était commerçant et ses affaires prospéraient bien dans toutes les contrées, et même dans les royaumes environnants. Il affecta alors son esclave dans son service commercial. Il devint, en quelque sorte, un commis voyageur.  Depuis l’arrivée de cet esclave, les affaires du roi devenaient de plus en plus prospères. Les relations entre les deux hommes devinrent de plus en plus fortes et il eut beaucoup de mécontents. Certains décidèrent de faire entrave à de telles relations. Ils dirent qu’ils vont choisir la stratégie qui consiste à se servir des femmes pour les opposer. Ainsi, l’esclave du roi sera présenté à une très belle jeune fille esclave. Elle était si belle que les prétendants se comptaient dans toutes les catégories de la société. Son maître refusait de la donner et même de la vendre. Lorsque l’esclave du roi a donné son accord, les démarches furent menées et le mariage, célébré. Avec le mariage, les affaires continuaient toujours à prospérer à telle enseigne que le nouveau marié avait très peu de temps à consacrer à ses nouvelles charges matrimoniales. Les rumeurs sur une prétendue liaison entre sa femme et son maître commencèrent alors à prendre de l’ampleur. Quand les gens vinrent voir l’esclave pour lui faire l’état de la situation, il répondit qu’en tant qu’esclave, il est à la disposition de son maître à tout moment. La vie se déroulait ainsi jusqu’au jour où le roi à son tour épousa lui-aussi une nouvelle femme. La nouvelle mariée était également très belle. Un jour, il eut des problèmes dans les royaumes voisins, ce qui nécessitait les déplacements du roi. Il chargea son esclave de trouver solution, lequel ne put résoudre le problème. Il décida donc d’entreprendre le voyage lui-même. Dès que le roi eut tourné le dos, les mêmes gens du village revinrent voir l’esclave et lui conseillèrent de se venger sur son roi. Il devait donc cocufier son roi, ce qui n’était qu’une juste réparation. Il leur répondit qu’il était un homme de principe et qu’entre lui et son roi, il règnait une telle confiance qu’il ne saurait le trahir par une simple histoire de femme. On conclut que l’esclave était un homme stupide ; sinon comment comprendre qu’il puisse rater une telle occasion de se venger. Les mêmes personnes avaient réussit à influencer la nouvelle femme du roi en la persuadant que pour bien vivre son mariage, elle devait séduire l’esclave dont la femme était l’amante de son mari. Elle fut prise au piège. Elle multiplia donc toutes sortes de stratagèmes pour avoir une liaison avec l’esclave. Celui-ci sera même invité dans le lit conjugal de son roi. Mais, il refusa de céder car, en tant qu’homme de principe, il respectait son engagement. La femme conclut qu’il avait peur de l’approcher dans le palais. 

Elle l’invita donc un jour en brousse, prétextant qu’elle va lui indiquer un chemin. Lorsque les deux se retrouvèrent en brousse, elle supplia l’esclave de coucher avec elle car elle en mourait d’envie. Celui-ci refusa. Devant cette décision, la femme insista. Arriva alors un jeune homme qui passait par là. Il leur demanda ce qu’ils faisaient dans une brousse aussi éloignée du village. La femme lui répondit qu’elle souhaitait se sacrifier à un misérable esclave qui refuse ses avances. Ce dernier se porta volontaire et devint l’amant de la femme du roi. Ainsi les deux amants multiplièrent les rencontres et s’en suivit une grossesse. Le roi revint de son voyage et trouva sa femme dans cet en état. Sur conseil des mêmes gens du village, il décida de demander à son esclave :  » Est-ce que tu montais à cet étage pendant mon absence ?  » Celui-ci répondit qu’il n’était jamais monté par là.  » As-tu aperçu quelqu’un d’autre monter sur mon étage, relança -t-il ? «  - Non – répondit l’esclave. Le roi qui faisait confiance en son esclave fut surpris et découragé à la fois ; car tous ceux qui étaient venus le voir lui avaient dit que seul cet esclave avait pu pénétrer dans la case de sa femme. Le roi questionna sa femme qui ne répondit pas et se mit à pleurer. Très affecté, le roi se retira dans sa chambre et convoqua son esclave.  - Je voudrais me suicider, lui dit-il. - Pourquoi, mon grand roi ? Tu n’y gagneras rien du tout. - Je subis la plus grande honte de ma vie, il n’y a aucune raison que je continue à vivre après un tel affront. - Avec ta permission, je vais trouver la solution à ton problème. Il suffit d’organiser un grand repas auquel tu inviteras tout ton royaume. Il est connu que chez nous on ne mange pas dans le même plat qu’un homme qu’on cocufie. Le roi ordonna donc aux femmes de préparer du couscous pour tout le monde. Quand le repas fut prêt, on invita tout le village. Les invités prirent place autour du repas et par catégorie : les enfants à part, les femmes à part, les adultes à part et les vieillards à part. Quand les gens furent installés, le roi accompagné de son esclave se joignirent au groupe des adultes. Dès qu’il fut installé, le roi remarqua un jeune homme qui prétextait avoir une fourmi dans son pantalon pour se retirer. Le roi ordonna donc qu’on marque une pause le temps qu’il revienne. Le jeune homme s’éloigna et revint pour s’installer vers les plus jeunes. On le reconduisit vers les gens de son groupe d’âge. Il s’installa mais ne mit pas sa main dans le plat. A la fin du repas, les gens se dispersèrent et le roi se retira dans son palais en compagnie de son esclave. Quand ils furent seuls, l’esclave dit à son roi d’envoyer quelqu’un chercher le jeune homme qui  troubla le repas des convives. Le jeune homme avait profité de ce moment de la fin du repas pour quitter précipitamment le village et on ne sût jamais où il partit.  Le roi dit alors à sa femme :  » Nous avons découvert qui est le père de ton enfant.  » Et la femme de répliquer que  tout le monde le sait déjà puisqu’il ne s’agit que de son plus fidèle esclave. Le roi lui répondit que c’est bien le jeune homme qui dormait dans son lit en son absence. La femme comprit alors qu’il y avait eu des confidences et demanda au roi :  » Mais, toi qui n’était pas ici, comment est-ce que tu es au courant de tout ça ?  » Le roi lui répondit qu’il s’agissait d’un secret d’homme. C’est depuis ce jour que les rois sont désormais attachés à de fidèles esclaves qui deviendront à la fin les membres à part entière de leur famille. Par conséquent, la parole donnée est essentielle. La confiance ne s’acquiert qu’au prix de l’effort 

La hyène et le coq 

Conteur : Mamadou Lamine Sanogo

Le jour où on a demandé à la hyène de répondre à cette devinette, elle a répondu que ce qui est nécessaire à la vie, c’est la viande. La hyène qui ne se nourrissait que de viande finit par goûter un jour de la volaille. Et depuis ce jour, elle prit la ferme décision de ne plus manger autre chose que de la volaille. Tous ses congénères la conseillèrent, mais tous les efforts pour la ramener à la raison se soldèrent par des échecs. Ainsi, la hyène tua beaucoup d’oiseaux de la brousse. Elle finit par faire disparaître entièrement cette espèce d’animaux.  Un jour, elle parcourut toute la brousse et ne trouva aucun oiseau. Elle se promena toute la journée mais ne vit rien du tout ; elle se promena même la nuit, mais toujours rien. Fatiguée, elle se réfugia sous l’ombre d’un grand arbre. Soudain, qu’entendit-elle dans les feuillages au dessus de sa tête : des cris de chèvre ! Elle s’étonna en ces termes : «  Dieu tout puissant, qui peut faire monter une chèvre sur un si grand arbre ? » Se rappelant sa promesse de ne manger que de la volaille, elle se détourna de cette réflexion et se mit à dormir. Quelques instants après, les mêmes cris reprirent de plus belle. Elle s’interrogea de nouveau :  » Je sais que les chèvres grimpent aux arbres, mais dans des arbres de cette taille, il faut dire qu’il y a de quoi s’interroger ! D’où peut venir cette chèvre mystérieuse ? «  Les cris reprennent une troisième fois et perturbèrent la sieste de la hyène. Elle décida alors d’en savoir d’avantage. Elle jura qu’elle mangera cet animal, qu’il fut un fauve ou une volaille : «  J’avais juré de ne jamais manger autre chose que de la volaille, mais puisque je suis seule ici et sans témoins, je vais manger cette chèvre et personne n’en saura rien. «  Lorsqu’elle leva la tête, que vit-elle dans l’arbre ? Un gros coq aux ergots très longs. Elle s’étonna en se disant :  » Mais n’est-ce pas cet oiseau qui faisait des cris de chèvre ? D’où vient-il ?  » Elle s’adressa alors au coq en ces termes : - Eh ! Toi, volaille, viens ici que je te mange. - Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. Elle reprit encore : - J’ai fini de manger tous tes parents. 

- Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. - J’ai fini de manger tous tes frères et sœurs. - Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. - J’ai fini de manger tous tes amis.  - Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. - J’ai fini de manger tout tes voisins, tout tes congénères. - Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain. Devant cette attitude du coq, la hyène piqua une vive colère et lança :  » Je ne te comprends pas : je te dis que j’ai tout mangé chez toi. J’ai même mangé tout ton espoir. «  Dès qu’elle eut lancé cette phrase, le coq sauta à terre et vint se présenter devant la hyène en lui tenant ce langage : «  Eh bien..! Tu as gagné, il ne te reste qu’à me manger moi même maintenant.  » Cette attitude troubla tant la hyène qu’elle domina sa faim et demanda au coq le pourquoi de cette décision subite. Le coq lui dit :  » Toi la hyène, certains n’ont pas de père, et pourtant ils vivent, n’est-ce pas. D’aucuns n’ont pas de mère, ils vivent bien aussi. Il y en a même qui n’ont ni parents, ni amis, mais ils s’en sortent. Mais quand on n’a plus d’espoir, il n’y a pas d’issue. Puisque tu as mangé tout mon espoir, il ne me reste plus rien. Tu peux donc me manger moi aussi. «  

La hyène réfléchit : elle qui se promène dans cette brousse en toutes saisons, elle n’a jamais pensé fonder son espoir sur quelqu’un ou quelque chose. Elle décida alors de faire du coq son espoir. Et c’est depuis ce jour qu’à l’approche du jour, le coq avertit la hyène. Et c’est encore depuis ce jour que la hyène ne mange jamais de coq.

Les trois sourds  C’est l’histoire d’une femme qui était sourde, tellement sourde qu’elle n’entendait rien du tout. Tous les matins, elle portait son enfant sur son dos et elle se rendait à son champ. Elle avait un immense champ d’arachides. Un matin qu’elle était là tranquillement à travailler dans son champ, arrive un monsieur, lui aussi tellement sourd qu’il n’entendait rien du tout non plus. Et ce monsieur cherchait ses moutons. Ecoutez-bien ! Il s’adressa à la dame : -  » Madame, je cherche mes moutons, et leurs traces m’ont conduit jusqu’à votre champ. Est-ce que vous ne pourriez pas m’aider à les retrouver ? D’ailleurs, on les reconnaît bien mes moutons, parmi eux, il y a un mouton blessé. Madame si vous m’aidez à retrouver mes moutons, je vous donnerai ce mouton blessé et vous pourrez toujours vous en servir. » Mais elle, n’ayant rien entendu ni rien compris, a pensé que ce monsieur lui demandait juste jusqu’où son champ s’arrêtait. Elle se retourna pour lui dire : -  » Mon champ s’arrête là-bas. «  Le monsieur a donc suivi la direction indiquée par la dame et par un curieux hasard il trouva ses moutons en train de brouter tranquillement derrière un buisson. Tout content, il les rassembla et vint remettre à la dame le mouton blessé. 

Mais celle-ci, n’ayant rien entendu, rien compris, a pensé que ce monsieur l’accusait d’avoir blessé son mouton. Alors elle s’est fâchée : -  » Monsieur, je n’ai pas blessé votre mouton. Allez accuser qui vous voulez mais pas moi ! D’ailleurs des moutons, je n’en ai jamais vus. «  Le monsieur quand il a compris que la femme se fâchait a pensé qu’elle ne voulait pas de ce mouton mais qu’elle voulait un mouton plus gros. Et à son tour, il se fâcha : -  » Madame, c’est ce mouton que je vous ai promis. Il n’est pas du tout question que je vous donne le plus gros de mes moutons. «  Tous les deux donc se fâchèrent ; ils se fâchèrent à un tel point qu’ils finirent par arriver au tribunal. Et le tribunal dans cette Afrique d’il y a longtemps siégeait sur la place du village, à l’ombre d’un grand arbre, l’arbre à palabres, le plus souvent un baobab. Le juge, qui était en même temps le chef du village, était là entouré de tout ces gens qu’on appelle les notables. La dame et le monsieur sont arrivés tout en continuant leur querelle. Et après les salutations c’est elle qui parla la première : 

-  » Ce monsieur m’a trouvé dans mon champ, il m’a demandé jusqu’où mon champ s’arrêtait. Je le lui ai montré et j’ai repris mon travail. Ce monsieur est parti et quelques instants après il est revenu avec un mouton blessé m’accusant de l’avoir blessé. Or moi, je jure que des moutons j’en ai jamais vus. Voilà pourquoi on est ici, monsieur le juge. «  Puis ce fut au tour du monsieur d’exprimer ses doléances : -  » Je cherchais mes moutons, dit-il, et leurs traces m’ont conduit jusqu’au champ de cette dame. A cette dame j’ai dit que si elle m’aidait à retrouver mes moutons je lui donnerais un d’entre eux, mais j’ai bien précisé le mouton blessé. Elle m’a montré mes moutons, et c’est donc ce mouton blessé que je lui ai donné. Or elle veut un mouton plus gros. Croyez-vous que je vais lui donner le plus gros de mes moutons à deux pas de la fête des moutons ? «  Le juge se leva. Il était aussi sourd qu’un pot. Et quand il a vu l’enfant sur le dos de sa mère il a pensé qu’il ne s’agissait là que d’une petite querelle de ménage. Alors il s’adressa au monsieur : -  » Monsieur. Cet enfant est votre enfant. Regardez d’ailleurs comment il vous ressemble. A ce qu’il me semble vous êtes un mauvais mari. Et vous madame, des petits problèmes comme cela, ça n’est pas la peine de venir jusqu’ici les étaler devant tout le monde. Rentrez chez vous ! Je souhaite que vous vous réconciliiez. «  Ayant entendu ce jugement, tout le monde éclata de rire. Et le rire contamina le juge, la dame et le monsieur. Que firent-ils ? Ils éclatèrent tous les deux de rire bien que n’ayant rien compris. Et c’est à partir de là que ce conte permet la question : lequel de ces trois est le plus sourd ? 

Moralité : il vaut mieux ne pas se dépêcher de donner une réponse. On conseille quelque part en Afrique, d’avoir le cou aussi long que celui du chameau afin que la parole, avant de jaillir, puisse prendre tout son temps.

Donnons-nous de bons conseils 

Adapté par Mamadou Lamine Sanogo

Ceci est l’histoire d’un fou qui vivait dans un village. Malgré son état de démence, il faisait partie intégrante de la vie du village. Il participait à toutes sortes d’activités et venait en aide à tout le monde. Un jour, les gens du village décidèrent d’aller à la chasse. Quand ils furent prêts pour le départ, le fou se décida à se joindre à la foule. Quelqu’un se leva et dit :  » si nous laissons ce fou nous suivre, ils va tuer quelqu’un en brousse et nous allons avoir des problèmes.  » Tout le monde acquiesça  : «  C’est vrai, c’est vrai…  ». Un autre dit alors au fou :  » Nous allons faire la chasse sans toi et nous allons te donner ta part de viande, au retour de la partie de chasse. «   Le fou répond en disant :  » Si vous allez en brousse et que vous m’apportez de la viande, ce n’est pas suffisant. Je n’aurai pas le même plaisir que vous car je ne vais pas sentir la joie de se promener en brousse. Je veux donc aller avec vous à cette chasse. «  Quelqu’un cria dans la foule :  » Je vous ai toujours dit de vous méfier des fous. Vous voyez, il va tuer quelqu’un en brousse et nous allons avoir des problèmes. «  Un autre dit au fou :  » Tu vois, nous allons, au cours de cette partie de chasse, allumer le feu en brousse. Comme tu n’as pas toute ta tête à toi, ç’est très dangereux pour toi et tout le monde. «  Quelqu’un d’autre répliqua :  » Les fous sont ainsi. Si nous ne l’attachons pas, il risque de mettre le feu au village avant notre retour.  » Le fou dit alors :  » tu vois que tu me donnes de bonnes idées. Si je vois le feu en brousse, je mets le feu au village. «   Tous se ruèrent alors sur le fou et le ligotèrent. Il fut jeté et enfermé dans une case. Les chasseurs partirent alors en brousse. Arrivés en pleine brousse, ils tombèrent sur un gros buisson. Ils conclurent qu’il doit abriter du gibier. Il fallait alors mettre le feu pour faire sortir les bêtes. On mit le feu et un lion bondit du buisson. A la vue du lion, la panique s’empara soudainement de la foule. Les chasseurs criaient et fuyaient de tous les côtés. Un chasseur décida alors de l’abattre avec son fusil. Dans cette atmosphère de panique généralisée, il tira dans la foule et tua un autre chasseur. Le lion s’échappa et le coup de feu suivi du cri de la victime plongèrent la brousse dans un calme insupportable. Tout devint silencieux brusquement. La chasse fut interrompue et on décida de rebrousser chemin. Pendant ce temps, au village, une femme qui revenait du puits entendit les cris du fou dans une case. Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle ne put cacher son étonnement devant cette attitude des gens du village. Elle libera le fou en reprochant aux villageois leur méchanceté pour avoir  bâillonné un homme si gentil. Quand le fou fut libéré, il aperçut la fumée qui venait de la brousse. Il saisit alors une bûche enflammée et mit le feu aux cases. La panique s’empara ainsi que tout le village. Les chasseurs rejoignirent le village chargés non pas de gibier mais du corps du chasseur mort au cours de la partie de chasse. Arrivés dans le village, ils trouvèrent les femmes en pleurs devant les maisons calcinées. Le fou s’approcha alors du brancard et dit :   » ça, c’est le gibier abattu par quelqu’un de très intelligent. Il doit être très bon avec de si longs bras et de si longs pieds  ». Tous regardèrent le fou et personne ne dit mot. 

C’est ainsi que l’on ne répétera jamais assez qu’il ne faut pas donner des mauvais conseils qui peuvent se retourner contre vous.

Le monde tourne, le monde change

Adapté par Alain-Joseph Sissao

Pendant les temps de l’esclavage, un riche homme acheta un esclave qui se prénommait Ruònigilgda (le monde tourne). Une fois chez lui, il lui demanda : 

- Que faisais-tu chez toi ?  L’esclave répondit : - Du commerce. Ainsi, le riche homme lui trouva de l’argent pour faire du commerce. Il gagna ainsi beaucoup d’argent. Mais un jour, Ruònigilgda pensa et fut mécontent et triste car il avait quitté sa famille alors que son père était très vieux et c’est lui seul qui s’occupait de toute la famille. Quand le jour se leva, il alla voir son maître et lui dit ses préoccupations : - Voici douze ans que j’ai quitté les miens. A ce moment, mon père était déjà assez vieux et moi seul était le chef de famille. A présent, je ne sais pas ce qui se passe là bas. Voilà pourquoi je suis venu vous voir. Si un esclave peut s’affranchir, je peux vous donner de quoi racheter ma liberté pour enfin retrouver ma famille.  Ruònigilgda avait de l’argent, car pendant qu’il menait son commerce, il épargnait vingt cinq francs par jour. Après l’avoir écouté, son maître accepta sa requête. Ruònigilgda lui demanda combien il devrait donner pour sa liberté, et son maître lui réclama la même somme qu’il lui avait donnée pour créer le commerce. Ruònigilgda s’exécuta et remercia son maître, car depuis douze ans son maître s’était occupé de lui comme de son propre fils ; il ne lui a pas manqué de respect, il ne l’a jamais maltraité. Arrivé dans son village, Ruònigilgda trouva que le chef du village était mort il y a bien longtemps. Mais aucun ne lui avait encore succédé. La population vint le saluer. Les riches personnes lui donnaient des présents qu’il donnait à son tour aux nécessiteux. Ainsi les gens constatèrent qu’il était riche mais surtout qu’il était généreux. Alors, on le nomma chef de village. Entre temps, Ruòniwaògda , son ancien maître tomba dans l’esclavage. On le promena de marché en marché sans trouver d’acquéreur. En effet, il était déjà vieux. Mais quelqu’un qui vit qu’on cherchait un acheteur en vain, proposa au vendeur d’aller voir Ruònigilgda parce qu’il était sûr qu’il l’achètera et le laissera dans sa cour, et qu’il ne le fera pas souffrir : il en était certain. C’est ainsi qu’on amena le vieux chez le chef Ruònigilgda. Arrivé, le chef reconnut le prisonnier. Immédiatement, il lui demanda : - Me reconnais-tu ?  Il répondit que non. Il lui posa la question trois fois, mais le prisonnier répondit toujours non. Le chef se présenta. Il acheta le vieux Ruòniwaògda et le laissa dans sa cour. Quand le vendeur partit, le chef donna cent moutons, cent bœufs et cent chèvres au vieux. Il lui fit construire une maison et lui donna des femmes. Ruòniwaògda redevint comme un chef. Ce conte nous conseille la prudence car, le monde quoique animé, tourne toujours. On peut être bien riche aujourd’hui et devenir pauvre demain ou finir mal. Ainsi, celui qui est riche aujourd’hui doit aider les autres car on sait ce qu’il se passe aujourd’hui, mais on ne sait pas ce qui peut arriver demain. 

Commentaires : ce conte montre que dans la vie tout change, tout évolue, et les puissants ne restent pas indéfiniment puissant. Seul Dieu a le pouvoir de savoir l’avenir. Ce conte montre aux puissants de ce monde qu’il faut rester toujours humble parce que demain ils peuvent se retrouver très faibles et très pauvre. Alors, ils ne récolteront que ce qu’ils ont semé.

La sagesse d’un enfant  Un brave villageois se rendait au marché de la ville voisine pour y vendre un gros bœuf. Il avait installé sa femme et toutes ses affaires sur le dos de l’animal. Un boucher qui les suivait examina l’animal et le jugeant gros et gras, il pensa qu’il ferait une bonne affaire s’il pouvait l’acheter.
- Salut mon ami, je suis boucher veux-tu me vendre ton bœuf ? 
- Je veux bien si nous nous mettons d’accord sur le prix. Après discussion l’accord se fit et le boucher déclara : - Si tu acceptes mon prix, je t’achète ce bœuf tel qu’il est. 
D’accord répondit l’homme sans faire attention ; le bœuf tel qu’il est t’appartient. Il suffit que ma femme descende de ce bœuf ! Pas du tout, j’ai acheté ce bœuf tel qu’il est, donc avec tout ce qu’il porte. Ainsi la femme est à moi. - Jamais de la vie, je garde ma femme ! La discussion durait et un passant s’arrêta sur le chemin ; après s’être informé du sujet de leur dispute, il leur conseilla de soumettre le cas au chef des paroles dont la concession était toute proche. Les deux hommes furent reçus par un enfant qui, à en juger par sa taille ne devait pas avoir plus de huit ans, c’était le prince des paroles, le fils du chef. 

- Où est ton père, petit ? - Il est parti contredire les dieux ; en effet il est allé défricher son champ pour semer du mil, mais la saison pluvieuse est encore loin ; mon père agit comme s’il était certain d’arriver à la saison des pluies, or la décision appartient aux dieux et non aux hommes. C’est pourquoi je dis qu’il est parti contredire les dieux. - Et ta mère où est-elle ? - Elle est partie changer le nom du mil ; en effet elle va piler le mil et quand elle aura fini, ce qu’elle obtiendra ne sera plus du mil mais de la farine ! Les deux hommes complètement abasourdis exposèrent leur cas à l’enfant qui leur répondit : - Allez au marché et revenez dans la soirée mon père sera rentré. Le boucher partit emmenant le bœuf et la femme du pauvre paysan.  » Ne désespère pas  » – dit l’enfant au villageois ; écoute ce que tu dois faire. Il lui parla longuement et l’homme reprit espoir et se rendit au marché pour aller retrouver le boucher qui venait de tuer son bœuf et le découpait en morceaux. 

- Boucher, je voudrais acheter ta tête-là , combien la vends-tu ? - Ne me cherche pas querelle, nous réglerons cela ce soir. - Mais non je veux simplement acheter ta tête-là. Le boucher rassuré fixa le prix de la tête du bœuf à l’homme mais celui-ci la refusa : Pourquoi cette tête de bœuf ? Je t’ai dit : «  je veux acheter ta tête, ta tête-là, tes camarades sont témoins, alors donne-moi ta tête  » - Ecoute, si tu veux… - Ne discute pas, donne-moi ta tête. Si cela t’ennuie, j’accepte que tu me donnes ma femme en échange.  A leur retour, le paysan et sa femme passèrent devant la concession du chef des paroles, virent l’enfant qui les attendait et le remercièrent. Moralité : cette histoire montre que, dans cette vie, tout change, tout évolue et ceux qui sont puissants ne seront pas infiniment puissant. Seul Dieu a le pouvoir de connaître l’avenir. Cette histoire montre aux puissants de ce monde qu’ils doivent rester toujours humble, parce que demain ils peuvent devenir très faibles et très pauvres. Ensuite, ils récolteront ce qu’ils ont semé. 

* Contes en vrac

La méchanceté des êtres  Autrefois un kinkirga tissait dans la brousse du fil de coton. Quelqu’un alluma du feu dans l’herbe, sans mauvaise intention, mais le feu se dirigeant vers le kinkirga, commença à brûler son fil.
Un homme passait : «  Viens m’aider, dit le kinkirga, à sauver mon fil. «  
-  » Bon, ça va bien  », dit l’homme ; et il alla chercher une cruche pleine d’eau et il éteignit le feu.
«  Demain matin, dit le kinkirga, viens me trouver ici. 

- Où est ta case ?  » dit l’homme. Le kinkirga lui montra une grande termitière rouge : «  Voilà ma case, viens demain à côté, j’en sortirai et je viendrai à toi.  »  Le lendemain matin, l’homme vint à côté de la termitière. Le kinkirga en sortit et lui donna une poudre : «  Mets cette poudre dans l’eau, lave-toi la figure avec cette eau et alors tu verras toutes les choses invisibles de la brousse.  » Quand l’homme eut fait cela, il devint aveugle et voyant que le kinkirga l’avait trompé, il reprit tristement le chemin de son habitation. Cependant un milan vint frapper de ses deux ailes la figure de l’aveugle et du coup les yeux de celui-ci se rouvrirent. Alors il attrapa le milan, le dépluma complètement et, le jetant par terre sans le tuer : «  J’avais fait du bien au kinkirga : il m’a fait du mal. Toi tu m’as fait du bien, aussi je te fais du mal.  » Le milan, abandonné, restait par terre sans pouvoir voler. Une petite tortue passe et vit le milan : «  Qu’est-ce que tu fais ainsi ?  » Le milan raconta ce qui lui était arrivé. «  J’ai peur de toi, dit la tortue, sans quoi je t’apporterais à manger jusqu’à ce que tes plumes aient repoussé. «  -  » Je t’en prie, fais-le – dit le milan – je ne te ferai jamais de mal.  » La petite tortue alla donc chercher des termites et elle les apporta au milan qui les mangea. La plume repoussait cependant et le milan sentit qu’il pouvait voler. Il attendit la tortue et, quand celle-ci revint avec ses termites, il la saisit et l’emporta dans les airs : «  L’homme dit du bien au kinkirga, dit-il, et celui-ci le paya en lui faisant du mal ; moi-même j’ai fait du bien à l’homme et celui-ci me paya en me faisant du mal ; toi, tu m’as fait du bien, je te paye en te faisant du mal.
Et il précipita la petite tortue par terre. Celle-ci tomba sur une pierre, s’écrasa contre elle et mourut. 

Depuis cette époque les gens et les animaux payent toujours le bien par le mal.

Le lièvre et la hyène possesseurs d’un cheval  Autrefois le lièvre et la hyène étaient camarades. Un jour ils attrapèrent un cheval :  » C’est moi qui l’ai vu le premier, dit la hyène. Il est à moi. - Non, dit le lièvre, c’est moi qui l’ai vu le premier.  » Et ils se disputèrent.  » S’il en est ainsi – dit le lièvre – vendons le cheval et partageons-nous-en les cauris.  - Bon, dit la hyène, va le vendre et rapporte l’argent. «  Le lièvre cacha le cheval dans la brousse et revint :  » J’ai vendu le cheval contre un bœuf, dit-il, mais je ne peux pas amener celui-ci. - Montre-moi où il est, dit la hyène. «  Le lièvre la mena dans la brousse et lui montra l’éléphant.  » Voilà le bœuf, amène-le si tu le peux. « 
La hyène alla mettre une corde au cou de l’éléphant et commença à tirer. L’éléphant suivit la hyène jusqu’à la case de celle-ci et fut attaché à un piquet. Le lièvre avait accompagné la hyène. 
 » Tuons-le, dit la hyène, et nous le partagerons. - Non, dit le lièvre, c’est un trop joli bœuf. Tue-le si tu le veux, moi je ne le tuerai pas. - Eh bien, moi dit la hyène, je vais le tuer. «  

Et elle alla chercher son couteau, pendant que le lièvre se cachait dans l’herbe. La hyène revint avec son couteau et en donna un coup à l’éléphant. Celui-ci, blessé et furieux, rompit la corde, tomba sur la hyène, la prit par les pieds avec sa trompe, la frappa plusieurs fois sur le sol pour l’assommer et puis l’avala. Cela fait, il prit son trot pour rentrer dans la brousse. Alors le lièvre sortit de sa cachette, alla chercher le cheval et le ramena triomphalement chez lui.

Le champ du lièvre de l’éléphant et du chameau  L’éléphant, le lièvre et le chameau voulaient cultiver un champ ensemble. Le lièvre dit :  » Nous allons travailler chacun un jour : je commencerai, puis le chameau, puis l’éléphant. «  Ainsi fut fait. Le lièvre travailla beaucoup, le plus qu’il put le premier jour. Le chameau vint le lendemain et dit :  » Comment un animal si petit a-t-il pu faire un si grand travail  ? Moi qui suis bien plus fort, j’en ferai encore un plus grand.  » Et alors il débroussa un très grand espace. Le jour suivant l’éléphant vint et dit :  » Comment le chameau a-t-il pu faire un si grand travail  ? Je ne l’en aurais pas cru capable. Mais moi, qui suis bien plus fort, j’en ferai encore davantage.  » Et il fit comme il le dit. Puis ils semèrent, sarclèrent, etc. Vint le moment de la récolte. Le lièvre alla trouver l’éléphant :  » Il y a une bête dans notre champ qui mange le mil. Elle vient la nuit. Quand je veux la chasser elle saute sur moi pour me manger et je suis obligé de m’enfuir. Il faudrait que tu voies cela. - Bon ! Dit l’éléphant. «  Puis le lièvre alla dire la même chose au chameau.  » J’irai voir la nuit « , dit le chameau. Le chameau arriva le premier, puis vint l’éléphant. Il entendit le bruit que faisait le chameau, courut sur lui et le frappa d’un coup de trompe sur le cou. Le chameau tomba par terre et se mit à hurler d’une façon si épouvantable que l’éléphant eut peur à son tour et se sauva. Il rencontra le lièvre :  » Prends ce champ, lui dit-il. Je ne veux pas d’un champ où il y a des bêtes si effrayantes. Je te le donne à toi et au chameau. «  Le lendemain le chameau arriva chez le lièvre avec le cou gonflé.  » J’en ai assez de ce champ, déclara-t-il. J’y suis allé hier et la bête dont tu m’as parlé s’est montrée plus forte que moi et a manqué de me tuer cette nuit. Je ne veux plus y retourner. Gardez le champ, l’éléphant et toi, et faites-en ce que vous voudrez. «  

Le lièvre resta donc maître tout seul du champ et mangea tout le mil avec sa femme.

La case des jours de pluie  Toutes les bêtes de la brousse se réunirent, disant qu’elles allaient faire une grande case à cause de la pluie. Mais le lièvre refusa de venir, disant qu’il était malade, chaque fois qu’on l’envoyait chercher. Cependant, on termina la case et trois jours après la pluie commença à tomber. Le lièvre accourut au grand galop pour s’y réfugier, mais les autres bêtes l’en chassèrent, indignées. Le lièvre resta donc dehors, exposé à la pluie, puis le soleil revint et toutes les bêtes se dispersèrent dans la brousse pour aller chercher leur nourriture. Le lièvre, de son côté, se procura une très grosse flûte. Cinq jours après, la pluie commença à tomber. Le lièvre arriva en courant et entra le premier dans la case avec son instrument. Il chercha un coin où il se cacha bien. Cependant, les autres bêtes entraient à leur tour. Quand elles y furent toutes, le lièvre se mit à jouer de la flûte avec violence, ce qui effraya tellement les bêtes qu’elles s’enfuirent en s’écrasant. Dehors, cependant, elles finirent par s’arrêter et on se demanda :   » Qu’y avait-il dans la case  ? - Je n’en sais rien, je n’en sais rien « , répondaient les bêtes. L’éléphant ordonna alors à l’outarde d’aller voir ce qu’il y avait. Quand l’outarde arriva, le lièvre se remit à jouer de la flûte avec fureur et l’outarde, se sauvant, alla dire que la chose effroyable était toujours dans la case. L’éléphant eut alors l’idée d’envoyer le chat qui, marchant sans bruit, pourrait arriver à la hutte sans donner l’alarme et verrait prudemment ce qu’il y avait dedans. Le chat se cacha au bord de la porte et entendit de nouveau le bruit, le lièvre soufflant sans fin dans sa flûte.  » Il n’y a pas moyen de rentrer, dit le chat. La chose redoutable fait toujours du bruit. «  L’éléphant alors envoya la hyène. En approchant de la case, celle-ci entendit du bruit et se sauva sans même aller jusqu’à la porte :  » Je suis entrée dans la case, dit-elle, et la chose a voulu me donner un coup de lance. Je me suis enfui, elle m’a poursuivi, mais n’a pas pu m’attraper. Enfin, bref, je suis saine et sauve et me voici. - S’il en est ainsi, dit l’éléphant, il faut abandonner la case. N’y allons donc plus. «  

De ce jour, les animaux abandonnèrent la case au grand profit du lièvre qui en fit son lieu de refuge ordinaire pour les jours de pluie.

Le lièvre demande à Wende de lui enseigner la ruse  Autrefois le lièvre alla trouver Wende et lui dit :  » je veux que tu me montres beaucoup de tours. - Apporte-moi alors trois choses, dit Wende. - Lesquelles ? Dit le lièvre. - Apporte-moi le lait d’une femme de buffle, des larmes de serpent et une défense d’éléphant. Si tu m’apportes tout cela, je te montrerai tous les tours. «  Le lièvre redescendit sur terre et alla d’abord trouver l’éléphant.  » Tiens, dit le lièvre, je croyais que cet arbre était plus petit que toi, mais beaucoup de gens disent qu’il est plus grand et, à le bien considérer, je crois bien m’être trompé… Décidément, tu es plus petit que cet arbre ! «  L’éléphant, piqué au vif, se leva sur ses pattes de derrière et, pour montrer qu’il était plus grand que l’arbuste, s’appuya sur lui, mais l’arbre se rompit sous le poids et l’éléphant tombant brutalement par terre se cassa une défense. Le lièvre se précipita sur la dent et l’offrit respectueusement à l’éléphant :  » tu peux la jeter, dit celui-ci. A quoi me servirait-elle maintenant ? «  Le lièvre la mit dans sa poche et s’en alla. Puis il alla trouver une vipère heurtante qui était avec ses petits. Le lièvre se cacha non loin de là et quand la mère vipère s’en alla en promenade, il tua tous ses petits. Puis il se cacha de nouveau. Quand la mère vipère revint, elle trouva tous les serpenteaux morts et se mit à pleurer. Le lièvre apparut :  » Ne pleure pas, lui dit-il, tu auras d’autres enfants.  » Bref, il la consola, ramassa ses larmes et les mit dans une petite calebasse dont il s’était muni par avance. Puis il la quitta et, retournant chez lui, il pila du sel et le mélangeant avec de la farine de mil, il en fit une boule qu’il mit dans sa poche. Puis il alla en brousse et y chercha une mère buffle. Il en trouva une à côté d’un baobab avec son petit. Le lièvre arriva en courant et, faisant semblant de buter contre le baobab, s’étala au pied de celui-ci.  » Que fais-tu là ?  » dit la mère buffle et elle le renifla de fort près. Le lièvre sortit rapidement sa boule de sel et de farine et la lui mit sous le nez et presque sur la langue. La mère buffle y gouta et même trouva cela fort de son goût. 

 » C’est bon ? dit le lièvre. - Oui, dit la mère buffle. - Eh bien ! Tous les jours je peux en avoir une. J’arrive en courant, je donne un coup de tête contre le baobab et même je tombe, mais une boule de sel et de farine de mil se détache des branches du baobab et tombe par terre. Alors je la prends ! - Et si je faisais la même chose, dit la mère buffle alléchée. Ferais-je tomber des boules ? - Certes, dit le lièvre. «  La mère buffle alla à cent mètres de l’arbre, prit son élan, arriva en courant et donna un tel coup de tête dans le baobab que ses deux cornes s’enfoncèrent profondément dans le tronc.  » Attends, dit le lièvre, après l’avoir laissée faire des efforts infructueux pour se dégager. On peut mettre du lait autour de tes cornes pour qu’il soit plus facile de les faire sortir.  - Tire du lait vite ! Vite !  » Dit la mère buffle hors d’haleine et désespérée. Le lièvre prit sa calebasse, se mit à traire, mit du lait autour des cornes, du reste sans aucun effet. Puis il partit avec ce qui restait de lait, laissant la mère buffle se débrouiller toute seule en compagnie de son bufflon. Le lièvre revint trouver Wende, lui rapportant la dent d’éléphant, les larmes de vipère et le lait de buffle et lui réclamant en retour les tours demandés.  » Tu n’as qu’à partir, dit Wende. A quoi bon te donner d’autres ruses ? Tu les possèdes déjà toutes : je ne peux en ajouter à ton sac ni d’autres ni de plus extraordinaires. Va donc… «  

Le lièvre quitta Wende et revient chez lui.

L’ingratitude punie  Wende avait une mère chèvre qu’il confia à une vieille femme. Un jour la hyène arriva et mangea tous les petits de la chèvre, pendant que celle-ci n’était pas là.
Quand la mère chèvre revint, elle ne retrouva plus que les têtes devant les cases. Alors elle creusa un puits et en dissimula l’orifice avec une natte. Elle ramassa soigneusement toutes les têtes de ses enfants et les mit sur la natte. 
Le lendemain, la hyène revint et, ne trouvant pas autre chose, se jeta sur les têtes si bien qu’elle tomba dans le puits. A ce moment-là, un âne passa à côté.  » Mon frère âne, dit la hyène, ne pourrais-tu pas me faire sortir ? - Si, dit l’âne, à condition que tu ne me fasses pas de mal après. 
- Si tu me sors, je ne te ferai pas de mal. «  L’âne laissa pendre sa queue dans le puits et la hyène s’y agrippant en sortit. Sitôt qu’elle fut dehors :  » Je vais te manger, dit-elle à l’âne, car j’ai faim. - Je t’ai fait du bien, dit l’âne résigné, tu me fais du mal, mais Dieu te punira ! «  

A ce moment-là, survint le lièvre :  » Qu’est-ce qu’il y a ? « , dit le lièvre. L’âne expliqua l’affaire.  » Ce n’est pas vrai tout cela, dit le lièvre. Il est impossible que la hyène soit sortie du puits avec ta queue. - Si, c’est vrai, dit l’âne. - Est-ce vrai ? dit le lièvre en se tournant vers la hyène. - Oui, c’est vrai, dit la hyène. - Non, ce n’est pas vrai, dit le lièvre, c’est impossible. - Eh bien tu vas voir, dit la hyène piquée. «   Et elle descendit dans le puits en servant toujours de la queue de l’âne. Quand elle y fut, s’apprêtant à remonter :  » Mon ami, dit le lièvre à l’âne, ne connais-tu pas un chemin direct pour retourner chez toi ? - Si, dit l’âne «   et il s’enfuit. 

Le lièvre s’en alla à son tour et la hyène restée dans le puits y creva.

L’homme et les animaux  Autrefois l’homme habitait dans le même village que les grandes bêtes, l’éléphant, le lion, le léopard, le singe et il n’y était pas le maître. Ces quatre bêtes allaient à la chasse dans la brousse quotidiennement et en rapportaient à manger pour tous, mais l’homme, chaque fois qu’il allait à la chasse, ne rapportait rien ou pas grand chose. Un jour les animaux se réunirent et dirent à l’homme : «  Tu n’attrapes jamais rien, tandis que nous tuons des bêtes. Si tu continues à ne rien rapporter, tu ne mangeras plus avec nous. - Bon  », dit l’homme. Le lendemain il partit à la chasse avec son arc et ses flèches qu’il avait jusque-là cachées soigneusement de peur que s’ils ne voyaient ces armes les animaux ne le tuassent. Il attrapa et rapporta une biche. Quand les animaux virent cela, ils s’étonnèrent et lui demandèrent comment il avait tué la biche. «  J’ai ma manière, dit l’homme, mais je ne vous le dirai pas.  »  Les animaux s’adressèrent au singe : «  Suis-le dans la brousse quand il partira demain et vois comment il fait pour tuer les biches. Ensuite tu nous le diras.  » Ainsi fut fait. L’homme tira une flèche de son carquois et l’ajusta à son arc. Le singe monta dans un arbre pour mieux observer. Quand l’homme banda l’arc et lança la flèche, la biche fut tuée. Le singe descendit aussitôt de son arbre et regagna en courant le village : «  Cet homme est vraiment redoutable, dit-il aux animaux. Quand il tend son bras vers quelqu’un ce quelqu’un tombe mort!  »
L’homme rapporta la biche sur son dos mais quand il leva le bras pour la saisir et la jeter à terre, tous les animaux crurent qu’il voulait tendre le bras vers eux pour les tuer et s’enfuirent. 

A partir de ce jour-là les grands animaux ne quittèrent plus la brousse et l’homme commande désormais le village.

L’homme et les éléphants  Jadis un homme créa un champ dans la brousse. Quand le mil fut mûr, tous les jours les éléphants venaient le manger et l’abîmer. L’homme ne sachant pas qui faisait cela résolut d’attendre un jour avec son sabre et de tuer qui viendrait. Il alla dans son champ et monta sur un arbre. Vers minuit deux éléphants survinrent.
L’un dit : «  Je sens quelque chose ici.  » 
L’autre répondit : «  Tu es un menteur, il n’y a rien.  » Un moment après il sentit quelque chose et dit : «  Ah oui ! C’est vrai ! Tu avais raison.  » Ils regardèrent dans l’arbre et y virent l’homme. Ils l’attrapèrent donc avec leurs trompes et le descendirent. «  Qu’est-ce que tu fais ici ?  - Tous les jours, on venait abîmer mon mil. Je me suis mis là pour savoir qui c’était, mais si j’avais su que c’était vous, les éléphants, je ne serais certainement pas venu.  » Les éléphant, flattés, lui dirent : «  Ta réponse nous plaît. Demande-nous ce que tu veux. Nous te le donnerons.  » Alors l’homme dit : «  Je n’ai besoin de rien pour moi, mais ma femme, chaque fois qu’elle a un enfant, le voit mourir. Je voudrais bien que cela n’arrive plus.  - Très bien, dit l’éléphant, je vais te donner un remède pour cela  » Il lui donna une chaîne en fer et lui dit : «  Quand tu iras chez toi, frappe la tête de ta femme avec cette chaîne. La chaîne disparaîtra alors. Et, si ta femme a un enfant ensuite, il ne mourra plus.  »
L’homme revint chez lui, frappa la tête de sa femme avec la chaîne et la chaîne disparut. La femme eut ensuite un enfant. Le jour où elle accoucha, on trouva la chaîne en fer au cou de l’enfant. Celui-ci survécut. 

Depuis cette époque, les femmes cherchent les remèdes pour mettre au cou de leurs enfants pour qu’ils ne meurent pas.

Le lion, le lièvre et la hyène chassés du village  Le lion, le lièvre et la hyène habitaient autrefois avec les hommes. Un jour, le lièvre et la hyène allèrent trouver les lionceaux et en tuèrent chacun un. Le lion revint et ne trouva plus ses lionceaux. Il chercha le lièvre et la hyène au bout du village et les tua tous les deux, à la suite de quoi les gens du village trouvèrent le trio très malfaisant et mirent à la porte le lion et sa famille, les enfants de la hyène et les enfants du lièvre. 

Depuis cette époque, ces animaux n’habitent plus avec les hommes.

La lutte de l’éléphant et de la tortue  Autrefois, à une époque où il y avait tout le temps du jour et jamais de nuit, l’éléphant et la tortue se disputèrent. «  Je vais te tuer  », dit l’éléphant. La tortue, effrayée, s’enfuit se cacher dans les rochers et l’éléphant réunit toutes les bêtes de la brousse pour la chercher.  Cependant la tortue, qui connaissait un bon remède, quand elle vit qu’elle allait être prise, saisit de la poussière et la jeta au vent et aussitôt la nuit, inconnue jusque-là, tomba sur le monde. Les animaux, ne voyant plus le soleil, eurent peur, y compris l’éléphant et celui-ci envoya le coq pour demander pardon à la tortue et obtenir d’elle qu’elle voulut bien ramener le jour. 

Le coq demanda pardon et la tortue rétablit la lumière. Mais, depuis ce temps-là, il ne fait plus clair tout le temps, et le jour et la nuit se succèdent régulièrement l’un après l’autre.

Le lièvre et l’hyène  Un jour, le lièvre alla trouver l’hyène : « Allons chercher des termites pour nos pintadeaux ». Pendant qu’ils partaient chercher des termites, ils trouvèrent un trou à ouverture étroite. Le lièvre dit :  » Hyène,  vient voir ce petit trou ; en cas de danger, Hyène, tu y entreras aisément  ». La hyène dit :  » Compère lièvre, avec tes gros yeux là, avec tes longues oreilles-là, si tu ne les mets pas ailleurs, quel danger peut me menacer, moi, l’hyène ; avec tes propos insolents-là  ». Le lièvre dit :  » Hyène, allons chercher nos termites. Je n’aime pas les longues discussions « . Pendant qu’ils parlaient, le lièvre entra dans une forêt. Il trouva un lionceau dans un fourré. Le lièvre, dans sa ruse, revint dire à l’hyène :  » Commère hyène, comme tu n’entres pas dans la forêt, donne-moi ton panier. Assieds-toi sous l’arbre à karité. J’irai chercher les termites pour toi « . 

Il prit alors son panier, le panier de l’hyène. Il alla assommer le lionceau, et le mit dans le panier de l’hyène, puis l’enfouit sous les termites. Il rapporta le panier à l’hyène et lui dit :  » Retournons à la maison « . Pendant qu’ils rentraient, arrivés au trou à l’ouverture étroite, le lion arriva à toute vitesse en colère. Le lion dit :  » Compère lièvre, je ne vois plus mon petit, c’est pourquoi je suis à votre poursuite. «  Le lièvre dit :  » Grand Oncle, si j’avais quelque chose de bon à la maison, je l’apporterai à ton petit en brousse au lieu de vouloir l’emporter à la maison « . Il renversa son panier de termites :  » Voilà, je n’ai rien dans mon panier « .  » Demandez aussi à l’hyène : on ne sait jamais ! «  L’hyène renversa son panier ; et le lionceau s’y trouvait, mort. Quand le lion bondit pour saisir l’hyène, celle-ci engouffra aisément dans le trou à ouverture étroite. Le lion appela :  » Animaux de la brousse, venez tous dans la grande plaine « . Quand les animaux de la brousse furent rassemblés, le lièvre dans sa ruse s’adressa au lion en disant : «   Grand Oncle, laissons le Calao creuser le trou. Son bec est une pioche « . Le lièvre dans sa ruse  dit aux animaux de la brousse :  » Laissez-moi déblayer la terre  pour voir la direction du trouve et je sortirai vous la montrer « . Quand le lièvre déblayait la terre  il remit à l’hyène un couteau tranchant :  » Prends ce couteau, Hyène.  Quand le calao reviendra piocher, tranche-lui le bec « . Quand le calao alla piocher la terre,  l’hyène lui trancha le bec, et le calao tomba à la renverse, évanoui. 

Le lièvre dans sa ruse  dit aux animaux de la brousse :  » Ce trou-là est mauvais ;  voyez comme il a coupé le bec de mon grand-frère calao. Maintenant faisons appel au sanglier pour creuser.  Les défenses du sanglier sont des pioches « . Le lièvre dans sa ruse  se leva de nouveau et dit aux animaux de la brousse :  « Laissez-moi déblayer la terre pour voir la direction du trou  et je sortirai vous la montrer ». Quand le lièvre déblayait la terre  il remit du sel à l’hyène :  » Prends ce sel, hyène.  Quand le sanglier viendra pour piocher, tu lui soufflera dans les yeux le sel mâché « . Et quand le sanglier se mit à piocher, l’hyène lui souffla dans les yeux le sel mâché. Le sanglier se mit alors à grogner. Le sanglier dit : «  Compère lièvre, souffle dans mes yeux ». Le lièvre dit : «  Sanglier, mes joues ne sont pas assez volumineuses. Demande plutôt au Grand Oncle  de le faire. Ce sera mieux ». Dès que le lion a soufflé, il reçoit un morceau de sel dans la bouche. Et le lion murmurait de plaisir. Le lion dit : «  Sanglier, tes larmes sont «  sucrées !  ». Le lion dit :  » Sanglier, tes larmes sont très bonnes « . 

Le lièvre dans sa ruse dit : «  Pourtant, Grand Oncle, ses larmes ne sont pas si bonnes.  La graisse de son entre-jambe, si tu goutais à cela,  tu passerais tout ton temps parmi les sangliers  ». Le lion dit alors : «  Sanglier,  la graisse de ton entre-jambe, il faut m’en donner un peu  ». Le sanglier poussa un cri de frayeur,  et il s’échappa. Les animaux de la brousse se mirent à sa poursuite. Le lièvre dans sa ruse,  encore clopin-clopant, alla dire à l’hyène : «  Voilà, Hyène, comme les animaux de la brousse sont partis,  sortons et rentrons à la maison  ».  Depuis ce jour-là,  elle n’aime plus beaucoup discuter ; L’hyène décidément n’aime plus beaucoup discuter. (Conte chanté à Toma, par Dala François Daouda. Transcrit par André Ki) La souris et le chat 

Refrain : Le conte de la souris et du chat, Personne ne peut dire qu’il ne l’a pas entendu.

Les souris se sont réunies

Elles se sont réunies en assemblée

Elles vont se cotiser
pour acheter une clochette destinée au chat. 
 1-De quelque côté où passerait le chat
qu’elles puissent entendre le son de sa clochette Refrain : Le conte de la souris et du chat, 
Personne ne peut dire qu’il ne l’a pas entendu.Les souris se sont réunies

Elles se sont réunies en assemblée

Elles vont se cotiser
pour acheter une clochette destinée au chat. 2-Une souris dit alors : 
Moi, je ne participerai pas à la cotisation.
Cet argent pour la clochette du chat
Moi, je n’y participerai pas. 
Refrain : Le conte de la souris et du chat, 
Personne ne peut dire qu’il ne l’a pas entendu.Les souris se sont réunies

Elles se sont réunies en assemblée

Elles vont se cotiser
pour acheter une clochette destinée au chat. 
3-Les protestations de ses compagnes
les plaintes de certaines se firent entendre.
 » Pourquoi tu n’y participeras pas ?
Toutes tes camarades ont participé.
Pourquoi tu n’y participeras pas ? «  
Refrain : Le conte de la souris et du chat,  Personne ne peut dire qu’il ne l’a pas entendu.Les souris se sont réunies

Elles se sont réunies en assemblée

Elles vont se cotiser
pour acheter une clochette destinée au chat. 
4- La souris de répondre :
 » Je ne refuse pas la cotisation.
La cotisation pour le chat
la cotisation pour la clochette du chat.
Celui qui peut maîtriser le chat
Immobiliser le chat
pour lui passer au cou la chaîne de la clochette
en causant
tout en causant amicalement
si je trouve cette personne
même si la cotisation s’élève à 25 francs
cela sera payé sur-le-champ
même si la cotisation s’élève à 1 000 F,
cela sera payé sur le champ
même si la cotisation s’élève à 5 000 F,
cela sera payé sur le champ. 
Refrain 2 : Le conte de la souris et du chat
ést à l’adresse des hommes.

5- Le travail qui correspond à nos moyens
nous refusons de l’accomplir. 
Refrain 2 : 
Le conte de la souris et du chat
est à l’adresse des hommes. 
6- Le travail qui correspond à nos moyens de samos
Nous refusons de le faire. 
Refrain 2 : Le conte de la souris et du chat
est à l’adresse des hommes. 
7- Le travail qui dépasse nos moyens
plus grand que nos forces
nous ambitionnons de faire cela 
Refrain 2 : 
Le conte de la souris et du chat
est à l’adresse des hommes. 
(Conte samo chanté à Toma par BONANE Maria Laamu. Transcrit par André Ki).

L’ingratitude  La famine régnait alors dans tout le pays. Un homme sort de chez lui, pour aller se promener en brousse. Il arrive au bord d’un vieux puits. Il se penche pour voir s’il y avait de l’eau, et il découvre, au fond du puits, un homme entouré d’un lion, d’un singe et d’un serpent. Il décide de les sortir de là. Il part chercher de longues lianes. Il attache une extrémité des lianes à une grosse branche située près du puits, et il jette l’autre extrémité dans le puits. Le singe se précipite et sort le premier du puits. Il est bientôt suivi du lion, puis du serpent. Il ne reste plus que l’homme à tirer d’affaire. Les animaux sortis du puits conseillent alors notre promeneur : «  Attention, surtout ne laisse pas cet homme sortir du puits !  » Mais notre homme réplique : «  Comment çà ? Je vous ai aidés à sortir, et j’abandonnerai mon semblable au fond de ce puits !  ». Et il aide l’homme à sortir du puits. Tous remercient notre promeneur, et lui promettent qu’ils n’oublieront jamais ce qu’il a fait pour eux. Quelques jours plus tard, la famine sévissait toujours. Notre homme décide d’aller à nouveau en brousse, en quête de fruits sauvages. Il rencontre le singe qui lui demande : «  N’est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l’autre jour ?  ». L’homme lui répondit : «  C’est bien moi !  ». Alors le singe lui rappelle qu’il lui avait promis de l’aider quand l’occasion se présenterait. Puis il invite notre homme à s’asseoir. Le singe appelle alors ses congénères qui arrivent nombreux. Il leur dit : «  Cet homme m’a sauvé la vie. Allez chercher les fruits du néré, et apportez-moi tout ce que vous aurez trouvé.  ». Ils partirent aussitôt. Ils apportèrent une telle quantité de gousses de néré, que notre homme n’a pas réussi à emporter le tout à la maison. Quelques jours plus tard, notre homme sort de chez lui, pour parcourir la brousse à la recherche de nourriture. Il croise le lion qui lui demande : «  N’est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l’autre jour ?  ». L’homme lui répond : «  C’est bien moi !  ». Alors le lion se met à rugir longuement, et une foule d’animaux sauvages se rassemble. Le lion leur dit : «  Écoutez bien ma parole. C’est un ordre que je vous donne. Retournez en brousse, et rapportez-moi sans tarder du gibier.  » 

Peu de temps après, les animaux sauvages reviennent avec quantité de gibier. Et voici notre homme, tout heureux, qui retourne à la maison ployant sous le poids du gibier. Bientôt, il entend parler de l’homme qu’il avait sauvé. Ce dernier s’était mis au service d’un homme riche et puissant. Comme la famine sévissait toujours, il se dit qu’il va aller le trouver pour lui demander son aide. Il arrive dans le village de cet homme riche et puissant au moment où la fête battait son plein. Il croise l’homme qu’il avait sauvé du puits. Mais le regard haineux de celui-ci en dit long sur ses intentions ! Cet homme connaissait bien le chef du village. Il va le trouver pour lui dire : «  Prends garde à toi. Un étranger vient d’entrer dans ton village. C’est un homme mauvais. Chaque fois qu’il entre dans un village, ce n’est que malheurs et destructions pour tous les villageois. Le seul remède : Il faut l’attraper, le ligoter et l’abandonner sur une haute colline. Trois jours après il faudra l’égorger et faire une fête en l’honneur des esprits du village pour écarter le malheur.  » Le roi suit aussitôt ces conseils. Et notre homme se retrouve sur la colline qui domine le village, sous un soleil brûlant. Il ne peut pas bouger. Les cordes avec lesquelles il a été ligoté le font souffrir, et le blessent cruellement. Parfois il gémit, parfois il hurle de souffrances. Un serpent passait par là. Il entend notre homme et s’approche : «  N’est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l’autre jour ?  ». L’homme lui répondit : «  C’est bien moi !  ». Le serpent reprend : «  Je vais te donner un remède, une feuille magique. A l’aide de cette feuille, tu iras ressusciter le fils du chef de village que je vais aller mordre mortellement tout de suite. Toi, pour l’instant, n’arrête pas de crier ceci : ‘ Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S’il mord l’un d’entre nous, notre médicament le protégera ou le ressuscitera.  » Et le serpent entre au village. Il n’a pas de mal à trouver le fils du chef qu’il mort à la jambe, et bientôt notre homme entend les pleurs et les cris qui montent jusqu’à lui depuis la cour du chef. Au même moment, une vielle femme passe devant lui : elle rentre de la brousse avec son fagot de bois sur la tête. Elle entend notre homme qui crie : «  Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S’il mord l’un d’entre nous, notre médicament le protégera ou le ressuscitera  ». Quand elle a déposé son fardeau, on lui annonce la mort du fils du village, mordu par un serpent. Elle va trouver le chef et lui rapporte les cris de notre homme ligoté et abandonné sur la colline : «  Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S’il mord l’un d’entre nous, notre médicament le protégera ou le ressuscitera.  » Le chef ordonne alors d’aller détacher notre homme, de lui donner à boire, et de le conduire auprès de son fils. Bientôt notre homme se trouve auprès de l’enfant du chef, étendu sur une natte, sans vie. Il pose la feuille que le serpent lui a donnée sur la tête de l’enfant. Celui-ci commence par éternuer, puis il se relève comme s’il sortait d’un profond sommeil. 

Le chef se tourne alors vers notre homme pour le remercier, et lui promet de lui offrir tout ce qu’il demandera. Celui-ci, réclame alors la cervelle de celui qui a menti sur son compte. Ce dernier se trouvait alors auprès du chef. Celui-ci ordonne aussitôt de le saisir et de le mettre à mort, pour en donner la cervelle à notre homme. Ce qui fut fait sur le champ. Conte en boore (apparenté au bwamu) – région de Bomborokuy – Zékuy : Nord-Ouest du Burkina Faso. 

Jouer au plus malin, cela « gâte » l’amitié. (Conte traduit du mooré)  Un homme avait un ami. Ils s’aimaient beaucoup. Le premier dit à son compagnon :  » Mon ami je te promets que je ne peux pas gagner quelque chose sans partager avec toi. «  Celui-ci ne le contredit pas, et ils partirent ensemble se promener. Et voici que le premier aperçoit une petite biche : couchée, morte de fatigue. Il appelle son compagnon.  » Viens voir, il y a quelque chose à terre «  ; L’autre demande :  » Qu’est-ce que c’est ? Il répond que c’est un animal qui est blessé, puis il ajoute :  » Attention, il est très dangereux ! «  Ils la laissèrent là, et rentrèrent à la maison. Le premier laisse son ami, et il court en brousse chercher la biche. Il l’a trouve, la ramasse et la porte sur ses épaules. Pendant ce temps, son ami ne l’ayant pas trouvé à la maison, va à sa recherche en brousse. Il l’aperçoit qui porte la biche. Avant que l’autre ne l’ai vu, il se cache et rentre chez lui. Quand l’autre arrive à la maison, il fait préparer la biche par sa femme, et la mange entièrement avec ceux de sa maison. Le lendemain son ami vient à nouveau le chercher :  » Mon ami, viens ! Allons nous promener. «  Soudain, en brousse, près d’un buisson ils aperçoivent un calao. Le premier se cache, puis étend la jambe, et voici que le calao monte sur sa jambe. Il l’attrape, le tue et le pose à terre. Le second arrive et dis : «  Je vais voir ce que c’est  ». 

Mais le premier s’écrie :  » Malheureux! N’y touche pas ! Ce genre d’oiseau tue les hommes. «  Ils laissèrent donc le calao à terre, près du buisson et rentrèrent chacun chez soi. Mais bientôt notre homme fit comme la première fois : il partit seul, en cachette ramasser sa proie. Et bientôt il la mange avec les siens, sans rien porter à son compagnon. Quelques jours plus tard, il va à nouveau chercher son compagnon, pour une nouvelle sortie en brousse. Ils marchèrent un moment, puis ils aperçurent un boa. Notre homme s’assoit et étend une jambe, espérant renouveler son exploit, comme avec le calao. Mais cette fois son affaire tourne mal ; le boa lui avale la jambe, et bientôt il arrive à sa poitrine. Maintenant, il comprend qu’il ne peut pas échapper seul, et il appelle son ami à son secours :  » Mon ami, viens vite me secourir, il y a un animal qui veut me tuer. «   Son ami accourt et voit le boa qui est en train d’avaler son compagnon et de le traîner vers le marigot. Et l’autre qui crie de tout son être. Pendant que le serpent le traîne, il résiste comme il peut et saisit un buisson de ses deux mains. Son ami, quand il voit cela, prend son coupe-coupe et coupe le buisson, et le boa poursuit sa marche vers son trou d’eau. Chaque fois que le malheureux attrape un buisson, son ami le coupe. Et l’autre de pleurer et de crier jusqu’à ce que le serpent arrive au marigot, et entre dans l’eau avec sa proie. Et bientôt celui-ci meurt noyé. Et le boa peut achever tranquillement son travail. Alors, son compagnon rentre chez lui, et dit aux habitants de sa maison : « Vraiment, jouer au plus malin, cela gâte l’amitié. La pauvreté, elle, ne peut pas gâter l’amitié. »

La mouche-maçonne et le crapaud  (Conte traduit du mooré) Un jour, la mouche maçonne va trouver le crapaud. Elle lui demande de l’accompagner chez sa belle-famille. Le crapaud accepte, et ils partent ensemble. Arrivés, ils saluent les beaux-parents, et la belle-mère les conduit dans une case. Là, la belle-mère leur à préparer du riz avec de la viande. Elle a apporté aussi de l’eau pour qu’ils se lavent les mains avant de manger. La mouche-maçonne se lave les mains, et prends son vol pour venir se poser au bord du plat. Et sans attendre son compagnon elle commence à vider le plat. Le crapaud aussi va se nettoyer les mains pour se mettre à table avec son ami. Mais, quand il s’est lavé les mains, en voulant venir à table, le crapaud est obligé de poser ses mains à terre pour sauter, et il se salit à nouveau. Quand il arrive, on lui dit de retourner se laver. Il repart se laver les mains, et, en revenant, il met ses mains à terre, et les salit à nouveau. On lui dit encore de retourner se laver les mains. Ce manège se répète jusqu’à ce que la nourriture et la boisson soit finies, laissant le crapaud bredouille. 

Quelques jours plus tard, c’est le crapaud qui va trouver la mouche-maçonne. Il lui demande de l’accompagner au village de sa femme. La mouche-maçonne ne refuse pas. Arrivés au village, ils se rendent chez les beaux-parents du crapaud. Ils se promènent d’une famille à l’autre, et saluent ainsi tous les habitants du village, puis ils retournent chez le père de la femme du crapaud. La belle-mère leur offre du riz et de la viande, pendant que le beau-père leur sert un pot de bière de mil : cette boisson succulente appelée dolo. La belle-mère a également apporté de l’eau pour qu’ils se lavent les mains avant de manger.  Avant de se mettre à table, la mouche-maçonne sort pour aller se soulager. Le crapaud en profite pour demander qu’on approche l’eau près de la nourriture, pour qu’il se lave les mains. Dès qu’il a fini de se laver, il se retourne et saisit immédiatement le plat de nourriture, puis il demande qu’on écarte l’eau avec laquelle il s’est lavé les mains. Ce que quelqu’un fait aussitôt. Voici que la mouche-maçonne arrive. Le crapaud lui demande d’aller se laver les mains, avant de manger. La mouche-maçonne obéit. Quand elle revient, le crapaud lui dit d’aller déposer son moteur avant de venir. Dommage, la mouche-maçonne ne peut pas voler sans émettre de bruit ! A chaque fois qu’elle approche, un bruit de moteur l’accompagne. Changeant à chaque fois de position, elle tente de voler sans faire de bruit, mais son vol est toujours accompagné d’un bruit de moteur. Elle ne réussit pas à se débarrasser de son bruit. Et voilà que la nourriture et le dolo sont finis. Cette fois, c’est elle qui repart avec la faim. C’est ainsi que le crapaud s’est vengé. Selon vous, lequel des deux a raison ?« Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer « .  Il y avait un chef à la tête d’un village. Dans ce village, un homme avait un fils à qui il donna le nom de  » Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer « . Mis au courant d’un tel nom, le chef, à cause de ce seul nom, envoya chercher l’enfant pour en faire son serviteur afin de se venger de lui. Chaque jour, il manifeste son affection à l’enfant. 

Chaque fois qu’il a besoin de quelqu’un, il appelle « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer ». Pour n’importe quelle chose, c’est à lui que le chef s’adresse, entourant l’enfant d’une grande affection. Un jour le chef présente à l’enfant un anneau en or massif. C’est pour lui en confier la garde.
L’enfant se mit à porter l’anneau au doigt pour se promener avec ses camarades. 
Il prit même l’habitude de se baigner, l’anneau au doigt. Quant au chef, il ne manifestait aucun signe d’indignation. Il gardait le silence. 
Mais un jour, l’enfant alla, avec d’autres camarades, se baigner au marigot. L’anneau lui glissa du doigt et disparut dans le marigot. Il chercha…, chercha…, mais en vain, car un poisson avait avalé l’anneau. Ses camarades coururent vite dire au chef : -  » Un tel a perdu ton anneau «  

-  » Il l’a perdu ? Tant mieux ! On dit qu’il s’appelle « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer ». Je vais le chauffer. «  Son père l’a nommé : « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer ».  » Il y a une fête dans trois jours, dit-il à l’enfant. D’ici là, j’aurai besoin de mon anneau. Si je viens à le manquer, bien que ton papa t’ait nommé : « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer », moi, je vais te tuer. Si, dans trois jours, tu ne me retrouves pas mon anneau, pour mon doigt, même si Dieu ne tue pas, moi je vais te tuer. «  L’enfant se mit à pleurer. Il va en informer sa mère. La veille, le chef appelle l’enfant et réclame son anneau, car le lendemain est un jour de fête.  L’enfant est tout en pleurs. 

Le chef lui donne cette permission :  » Vas à la maison, que ta mère te prépare ton plat préféré.
Tu mangeras toute ta part aujourd’hui. «  
Il indique l’heure à laquelle l’enfant sera exécuté. 
Celui-ci retourne informer sa mère, et lui dit de préparer du tô, avec une sauce au poisson, pour qu’il en mange avant d’être tué. La mère porte du mil à la meule ; elle l’écrase tout en pleurant. Avec la farine, elle prépare le tô.
Elle se rend ensuite au marché, pour chercher du poisson à acheter, afin de préparer la sauce.
 
Au marché, elle cherche…, elle cherche…, mais point de poisson. Au bout d’un moment, elle voit un seul poisson, un silure, posé sur le couvercle d’une corbeille. Elle avance, et demande le prix du poisson. La vendeuse le lui indique. Et la mère de l’enfant l’achète aussitôt.  De retour à la maison, elle prépare la sauce avec le poisson. L’enfant, attaché avec des chaînes, gisait à terre. Le chef ordonne qu’on lui détache les mains. Sa mère lui donne le tô. Il s’assoit pour manger. Le chef avait convoqué tous ses sujets. Les griots sont là ; les bourreaux aussi. Ils se tiennent dehors jouant des instruments de musique autour de celui que l’on va tuer. A la fin du repas, on conduit l’enfant au lieu du supplice. Le chef aussi est dehors, assis sur sa chaise. La place est entourée de monde. Tous attendent de voir comment on va le tuer. L’enfant prend une première bouchée. A la seconde bouchée, il prend le poisson pour le casser et le manger. Dès qu’il attrape le poisson et le casse en deux, quelque chose sort du poisson et fait un bruit étrange dans le plat. L’enfant fouille, et que voit-il ? C’est l’anneau ! 

Il l’observe bien, et se rend compte que c’est bien l’anneau du chef. Oui, c’est vraiment l’anneau même du chef, son anneau en or !!! Se mettant debout, il l’attache à une lanière de son caleçon. Il se rassoit. Il se régale bien de son tô. Après quoi, on le mène dehors. Le chef dit de le faire venir devant lui. On l’emmène alors au lieu du supplice. Les gens sont là, jouant des instruments de musique. Ils se réjouissent. Les coupe-coupe sont aiguisés, l’enfant est là attaché. Quand l’enfant arrive devant le chef, celui-ci lui tend la main en disant : « Si-Dieu-ne-tue, le-chef-ne-peut-tuer », remets-moi mon anneau en main, si non, on va te tuer, aujourd’hui même. »  L’enfant se lève ; il détache l’anneau de la lanière de son caleçon et le pose dans la main du chef.  Tout le monde regarde. Le chef prend l’anneau, le regarde…, le regarde…, et vois que c’est vraiment son propre anneau !  Il se retourne, et le montre à ceux qui l’entourent, en disant :  » Regardez ! C’est bien mon anneau ! «   Il déclare à l’enfant :  » Je sais à présent que le nom qui t’a été donné par ton père est véridique. Oui, vraiment, si Dieu ne tue pas, le chef ne peut pas tuer. Ton nom est bon. «  Tous ceux qui sont présents applaudissent de satisfaction. Le chef met l’enfant à l’honneur. Il l’associe à la direction du village. 

Conte en langue lyélé, donné par Hubert Bazié à Réo, en 1975. Traduction Jean Bassolé.

L’Éléphant et le Coq  Il était une fois l’éléphant et le coq. Le coq envoie un fer chez le forgeron pour faire une daba (une houe). Le lendemain, l’éléphant vient aussi chez le forgeron pour avoir sa daba. Il arrive. Il trouve que le forgeron est en train de travailler sur le fer du coq. Il demande au forgeron : «  Qui t’a donné ce travail ?  » Le forgeron répond : «  C’est le coq. » Alors l’éléphant lui crie :  » Enlève ce fer-là ! Prends mon travail tout de suite !  » Le forgeron a peur ; il enlève le fer du coq et il prend celui de l’éléphant. Le lendemain matin, le coq arrive. Il demande au forgeron : «  As-tu fini de fabriquer ma daba ?  » Le forgeron lui répond : «  J’étais en train de travailler sur ton fer. Mais l’éléphant m’a dit de l’enlever et de prendre son fer. Alors j’ai enlevé ton fer. Il est là.  » Le coq répond : «  Si c’est comme ça, enlève le fer de l’éléphant. S’il vient, tu lui dis que c’est moi qui ai commandé !  » Alors le forgeron enlève le fer de l’éléphant devant le coq et il se met à travailler le fer du coq. Le lendemain matin, l’éléphant arrive. Il demande au forgeron : «  As-tu fini ma daba-là ?  » Le forgeron lui répond :  » Non ! Le coq est arrivé et il a dit qu’il est le premier. Il m’a dit d’enlever ton fer, de le poser pour prendre son fer à lui.  » Alors, l’éléphant est fâché, fâché…Il dit au forgeron :  » Enlève le fer du coq et travaille pour moi tout de suite ! Si le coq revient, je vais lui montrer que je suis un homme.  » L’éléphant sort, il va à côté et il fait un tas de «  caca  » Il dit au forgeron : «  Si le coq vient, tu lui dis que c’est moi, l’éléphant, qui ai fait ça. Voici quelle est ma force !  »  Le lendemain matin, le coq arrive. Le forgeron lui raconte ce qu’a fait l’éléphant. Il lui montre le tas de «  caca  » que l’éléphant a posé. Le coq dit : «  Ah bon ! C’est l ‘éléphant !  » Il dit au forgeron :  » Mon frère, laisse le travail de l’éléphant et prends pour moi tout de suite !  » Et le coq monte sur le tas de «  caca  » de l’éléphant ; il éparpille tout. A son tour, il fait un petit «  caca  » et il le pose. Il dit au forgeron :  » Bon ! Si l’éléphant vient, tu lui dis que c’est moi, le coq, qui a fait ça !  Voici ma force ! Ce petit «  caca  » que j’ai fait, tu le lui montres ; c’est ma force !  » Le lendemain matin, l’éléphant arrive. Avant même d’arriver chez le forgeron, il ne voit pas le tas qu’il a fait : il n’y a plus rien. Il se dit :  » C’est quoi ça ?  » Il arrive et il demande au forgeron. Celui-ci explique :  » C’est le coq qui est venu. Il m’a dit d’enlever ton fer et de prendre son fer. Et voici ce qu’il a laissé. «  C’est sa force !  » L’éléphant pousse un cri : «  Quoi!  » ! Il est énervé, il sort, il casse des branches. Il dit : «   Ce coq-là, tu vas voir ! Je dis que moi….Il n’y a qu’à se rencontrer et nous allons faire la bataille.  »  Il donne la date de cette bataille. «  Dis au coq : s’il veut, il n’a qu’à prendre tous les animaux qui ont des ailes. Et nous allons nous rencontrer !  » Quand le coq est arrivé, on lui dit tout ça. Il doit se préparer. Le coq a tout un bataillon. Tous ceux qui ont des ailes sont avec lui : le vautour, les abeilles, les autruches, les perroquets…. L’éléphant, lui, a tous ceux qui ont des sabots : le lion, la panthère, la tortue… tous ceux qui ont des sabots !… Le jour de la bataille, l’éléphant arrive le premier avec tous ces gens. Il faut attendre le coq. Celui-ci s’est préparé avec ses gens. Le coq a rempli une grande gourde ; tu dirais, c’est de l’eau. Il a pris une autre gourde et il l’a remplie, tu dirais c’est de la boue. Et, ensemble, ils sont partis à la bataille. L’éléphant avait aussi les singes. Quand il voit arriver le coq, il dit à ses gens d’attaquer. Les singes sont montés sur les arbres. L’épervier était resté au loin. Il est venu et il enlève la tête du singe. «  Paf !  » La tête est tombée par terre. « Ca va chauffer ! » Les gens du coq avancent. Les gens de l’éléphant avancent aussi. Quand la tête du singe a été coupée, l’éléphant dit : «  Ca va ! On va commencer la bataille.  » Le coq sort la calebasse. Mais ce n’est pas l’eau qu’il y a mis, c’est les abeilles. Il les met dans une trompette et il souffle dans la trompette. Alors les abeilles sortent avec des guêpes Elles vont piquer l’éléphant. Et les oiseaux, les autruches et les autres piquent aussi les gens de l’éléphant. Les fourmis-magnans entrent dans la trompe de l’éléphant. Celui-ci commence à casser les bois autour de lui et il se met à courir. Le coq a gagné.  L’éléphant est devant et il court, il court. En courant, il fait des trous, ça fait des creux. La tortue court, mais elle tombe dans les trous de l’éléphant ; elle n’a plus de force. Ainsi, le coq a chassé les gens de l’éléphant. Le coq a gagné la bataille. 

A la fin, on dit : «  Bon ! Si tu es plus fort que quelqu’un, il ne faut pas le minimiser. Il faut avoir le respect de tout un chacun !  »

Fatuma Yelelele (Tatuma le gros ver)

Il était une fois, un ver de terre qui était gros, gros, gros comme un éléphant. Ce ver s’appelait Fatuma. Voici quatre enfants allant se promener, et rencontrèrent ce ver énorme.  Le premier enfant arriva, salua le ver et passa sans commentaires ; le second, salua et passa, le troisième salua et passa ; le quatrième arriva, ne salua même pas, mais s’écria à voix forte en disant :  » Oh…Quel ver énorme ! Depuis que je suis au monde je n’ai jamais vu un ver si gros ! «  Fatouma mécontent d’entendre ces commentaires impolis, avala l’enfant. Les trois autres coururent annoncer la triste nouvelle au village. Le chef du village délégua immédiatement trois jeunes gens très forts pour aller délivrer l’enfant. Ceux-ci se mirent en route, fort bien décidés pour le combat. Arrivés au lieu du sinistre, les jeunes gens interpellent le ver en ces termes :  » Fatuma a kèra di ?  » Fatuma que s’est-il passé ? Foutouma  répondit en chantant : 

Mógó naani ni naa :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó saba ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó fila ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Ale kele nin nana :  » a ko ! bo ! bo ! bo ! bo ! N ma tumusi ye, Fatuma yelelele N ma tumusi ye, Fatuma yelelele Den ni ye , a ye o, ne y’a ta ka kunu. Den ni ye, a ye o, ne y’a ta ka kunu : Fatuma yelelele 

Fatumu yelelele. Traduction Le quatrième vint : il dit Fatuma, salut ! Le troisième vint : idem Le deuxième vint : idem Lui seul vint : il dit :  » oh !… Je nai jamais vu cette espèce de ver, Fatuma gros, gros, gros (bis) 

Alors cet enfant, le voici, je l’ai avalé cet enfant, le voici, je l’ai avalé. Fatuma gros, gros gros. Ba o tuman tuman , ba o tuman (bis) Fatuma gros gros gros. Les trois jeunes gens étaient si heureux d’entendre cette musique qu’ils se mirent à danser, à danser jusqu’à ce que leurs pieds soient enflés, et ils oublièrent leur mission. Ne les voyant pas revenir, le chef du village délégua trois jeunes gens encore plus forts pour aller délivrer l’enfant. Arrivés au lieu du sinistre, les jeunes gens s’adressèrent au ver en ces termes : 

Fatuma a kèra di ? Fatuma que s’est-il passé ? Foutouma répondit en chantant : Mógó naani ni naa :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó saba ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó fila ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Ale kele nin nana :  » a ko ! bo ! bo ! bo ! bo ! Ne ma tumusi ye, Fatuma yelelele Ne ma tumusi ye, Fatuma yelelele 

Den ni ye , a ye o, ne y’a ta ka kunu. Den ni ye, a ye o, ne y’a ta ka kunu : Fatuma yelelele Fatumu yelelele. La réaction de ces trois jeunes gens était encore pire. Ils étaient si heureux d’entendre cette musique qu’ils se mirent à danser, à danser jusqu’à ce que leurs pieds soient enflés, et ils oublièrent leur mission. Le chef du village envoya une troisième délégation, mais toujours sans succès car Fatouma neutralisait leur attaque par sa musique. Enfin le chef du village promit de donner sa fille en mariage à celui qui arriverait à tuer ce ver de terre. Alors un lépreux se présenta tout seul, armé d’une vieille faucille. Tout le monde se moquait de lui en disant :  » ce ver que des gens sérieux et forts n’ont pas pu tuer, comment est-ce que toi un lépreux peut prétendre l’attaquer ! On verra bien ! «  Le lépreux partit en guerre avec tout son sérieux contre ce ver de terre. Arrivé sur les lieux du sinistre, il posa la question à Fatouma avec fureur :  » Fatuma a kèra di ? «  

Fatuma lui répondit de sa plus belle voix : Mógó naani ni naa :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó saba ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Mógó fila ni nana :  » a ko Fatuma fo ! «  Ale kele nin nana :  » a ko ! bo ! bo ! bo ! bo ! Ne ma tumusi ye, Fatuma yelelele Ne ma tumusi ye, Fatuma yelelele Den ni ye, a ye o, ne y’a ta ka kunu. 

Den ni ye, a ye o, ne y’a ta ka kunu : Fatuma yelelele Fatumu yelelele. Sans se laisser prendre par la musique de Fatuma, le lépreux planta sa faucille dans la gorge du ver, l’éventra, et retira l’enfant pour le ramener au village. Du ventre du ver une eau coula, coula, coula, jusqu’à l’extrémité de la terre. Ce fut ainsi l’origine des rivières. Le lépreux ramena avec triomphe l’enfant au village et eu sa récompense. Si tu vois un phénomène anormal dans la nature, ou quelqu’un de bizarre, au lieu de commencer à te moquer du phénomène ou de cette personne, garde ta langue, salue et passe ton chemin. Les jugements malveillants sur toutes choses ne te reviennent pas. Ainsi prends fin ce conte (ainsi prends fin ce mensonge).

 La jeune fille et le lion.  Conte entendu auprès de mon père Joseph Sanon dans les années 1950 traduit le 7-08-2000 par l’Abbé Joanny Sanon  Il était une fois, une fille qui s’appelait Warimangan. Ses parents l’envoyaient surveiller les champs, lesquels étaient loin du village, dans un endroit où il y avait beaucoup d’animaux sauvages. Le lion a observé que Warimangan venait toute seule chaque jour pour assurer cette tache : alors il décida de la croquer. Un jour que Warimangan était près de la hutte pour préparer son repas, le lion roi de la brousse s’approcha d’elle et la salua en ces termes :  » Wariman i ni kóngo !  » (Warimangan bonjour) Ce à quoi Wariman répondit :  » Warimangan jembe ni kóngo. Ne fa tun y’a fó ne ye ko na jara faga ne ye, jara kameleba faga ne ye k’o jeme kunba la ne kun. O lón, o lón, o lón be bi ye, o lón, o lón, o lón be bi ye  » ( » Jembe bonjour ; mon père m’avait dit qu’il tuerait un lion pour moi, un lion très galant pour moi, et ferait un tambour avec sa peau pour moi. C’est ce jour qui est arrivé, c’est ce jour qui est arrivé ! « ) Le lion en entendant cette chanson, prit peur et s’enfuit très loin. Mais il revint le lendemain toujours avec l’intention de croquer Warimangan. 

Le roi de la brousse se tint devant la fille et la salua en ces termes :  » Wariman i ni kóngo !  » Warimangan bonjour ! Warimangan lui répondit en chantant : Ce à quoi Wariman répondit :  » Warimangan jembe ni kóngo. Ne fa tun y’a fó ne ye ko na jara faga ne ye, jara kameleba faga ne ye k’o jeme kunba la ne kun. O lón, o lón, o lón be bi ye, o lón, o lón, o lón be bi ye  » ( » Jembe bonjour ; mon père m’avait dit qu’il tuerait un lion pour moi, un lion très galant pour moi, et ferait un tambour avec sa peau pour moi. C’est ce jour qui est arrivé, c’est ce jour qui est arrivé ! « ) Le lion en entendant cette chanson prit peur à nouveau et cette fois encore s’enfuit très loin. Chaque jour les choses se passait ainsi, et la fille n’osait rien dire à ses parents. Un jour elle se décida à leur en parler :  » Papa, chaque fois que je vais au champ, un lion vient me provoquer pour me manger, je chante pour lui en disant que mon père va le tuer, alors il prend peur et s’enfuit. «  Le papa répondit à sa fille :  » Ne t’inquiète pas, demain nous irons ensemble au champ et je vais tuer ce vieux lion. S’il vient te saluer ne prends même pas la peine de répondre. 

Le lendemain matin, ils partirent donc tous deux au champ. Sans tarder, le vieux lion arriva et salua comme d’habitude, mais Warimangan ne répondit pas. Le lion salua à nouveau avec colère. Warimangan ne répondit toujours pas. Le lion s’approcha de la hutte et salua cette fois en vociférant :  » Warmangan ne kongo !  » Silence ! Le lion était maintenant tout près de la fille, et son papa voyant la fureur du vieux lion eu peur, et dit à sa fille Warimangan de répondre comme d’habitude. Warimangan répondit au lion comme de coutume en chantant : ce à quoi Wariman répondit :  » Warimangan jembe ni kóngo. Ne fa tun y’a fó ne ye ko na jara faga ne ye, jara kameleba faga ne ye k’o jeme kunba la ne kun. O lón, o lón, o lón be bi ye, o lón, o lón, o lón be bi ye  » ( » Jembe bonjour ; mon père m’avait dit qu’il tuerait un lion pour moi, un lion très galant pour moi, et ferait un tambour avec sa peau pour moi. C’est ce jour qui est arrivé, c’est ce jour qui est arrivé ! « ) Le lion en entendant cette chanson prit peur une fois de plus et s’enfuit cette fois encore très loin. Le soir venu, Warimangan et son père rentrèrent à la maison. Le papa raconta à sa femme ce qu’il avait vu :  » Vraiment ce lion est dangereux, on ne peut même pas le regarder de face.  » La mère de Warimangan dit :  » c’est bon, moi j’irai voir ce vieux lion « . Le lendemain matin Warimangan partit avec sa mère. Celle-ci était armée de sa lance. Ils arrivèrent au champ. 
Ce jour là le vieux lion était pressé de les voir arriver. Il arriva majestueusement comme un roi de la brousse et de la forêt sait le faire et salua :  » Warimangan ne kongo !  » Pas de réponse.  » Warimangan ne kongo !  » dit-il à nouveau ; silence encore. 

D’un seul bon le lion s’approcha très près de la fille :  » Warimangan ne kongo  » … Silence. Au moment ou le vieux lion voulut s’abattre sur la fille, la mère lui planta sa lance dans le cœur, et le vieux lion mourut. La mère coupa la queue du lion pour l’emporter au village comme preuve de son action.  Le soir venu, dès que Warimangan et sa mère rentrèrent au village, Dieu descendit du ciel et arracha le fer de lance de la femme en lui laissant un bâton simple et en disant :  » Il n’est pas bon que la femme soit si courageuse, et même plus courageuse que l’homme. C’est pourquoi je te retire l’arme en fer, en te laissant un simple bâton « . C’est pourquoi la femme bobo n’a qu’un bâton simple comme appui, tandis que l’homme a le bâton armé du fer de lance. Ainsi prend fin cette histoire sur l’origine du courage de la femme Le lièvre et les animaux de la brousse  (Conte traduit du Mooré) La soif sévissait dans la brousse et tous ses habitants ne savaient plus quel dieu implorer, car tous les marigots avaient tari et toutes les sources étaient à sec. C’est ainsi que de guerre lasse, ils se décidèrent à creuser un puits. Tout le monde marqua son approbation, seul Lièvre n’y voyait pas nécessité. Les animaux donc sans Lièvre creusèrent le puits jusqu’à avoir une eau pure et agréable au goût. Tourmenté par la soif, Lièvre ne trouva pas d’autre solution que d’aller boire au puits commun des animaux de la brousse. 

De retour de leur randonnée, les animaux remarquèrent les traces de pas de Lièvre et s’en offusquèrent. Alors ils essayèrent de trouver un moyen pour le surprendre et le punir. Après maintes propositions, ils décidèrent de fabriquer une belle demoiselle avec de la glue qui prendrait nécessairement Lièvre s’il y touchait, et ils la placèrent à côté du puits et s’en allèrent à leur promenade. La soif ne manqua pas de diriger les pas de Lièvre vers le puits des animaux. A la vue de la jeune fille, il se montra galant et la salua. Devant le silence de celle-ci, il lui administra une gifle et sa main resta collée à la demoiselle. C’est alors qu’il lui dit : - Si tu ne libères pas ma main droite, ta tête va s’envoler lorsque je vais te donner une gifle de la main gauche ; Ce faisant, il joignit l’acte à la parole et sa main gauche aussi s’encolla. Il donna des coups de pied et ses pieds également se collèrent à la demoiselle en glue. Ne pouvant plus faire de geste, il resta suspendu jusqu’à la venue des animaux. A leur arrivée, ils furent contents de voir Lièvre enfin à leur merci. Ils le prirent et tinrent sur le champ un conseil pour trouver quel châtiment lui donner afin d’assouvir leur vengeance. Les uns proposèrent que l’éléphant le réduise en boue sous ses pattes, d’autres auraient préféré que Lion, roi de la brousse, lui broie le crâne de ses mâchoires puissantes. Pendant qu’ils discutaient, Lièvre leur proposa la meilleure façon de le tuer le plus cruellement possible. Il leur proposa de lui réaliser un collier de gros poissons et de le jeter très tôt le matin dans la rosée. Ainsi il mourra sans qu’il n’y ait ni reste ni trace. Les animaux de la brousse trouvèrent l’idée géniale. Ils confectionnèrent un collier avec de très gros poissons qu’ils mirent au cou de Lièvre. Très tôt le matin, accompagnés de tam-tams, de tambours et de flûtes, ils allèrent jeter Lièvre par terre dans la rosée.  Une fois à terre, Lièvre ne se fit pas prier pour prendre ses jambes à son cou. Plus loin et hors d’atteinte des animaux les plus rapides, il se retourna et leur demanda : - Ignoreriez-vous donc que je suis né dans la rosée pour accepter promptement et si naïvement ma proposition ? 

Moralité : On n’est jamais trop prudent. Le lièvre et le chef  (Conte traduit du Mooré) Le lièvre s’était lié d’amitié avec le chef du village. Un jour, après un repas qui avait été plus abondant que de coutume et où la bière avait coulé à flot, le lièvre provoqua le chef du village et lui dit : - Tu auras  beau faire, je suis plus malin que toi. - Pour qui te prends-tu ? , rétorqua le chef. 

- Et bien, répondit le lièvre, nous allons en faire la preuve. - Je suis, d’accord. Si tu arrives à te montrer plus rusé que moi, je te donnerai quatre-vingt bœufs de mon troupeau, mais si c’est moi qui gagne, je ne te réclamerai que sept têtes de tes moutons… Comme la fête annuelle du village devait avoir lieu dans quelques jours, le lièvre proposa : - Toi et moi, nous allons préparer de la bière pour la fête, on va parier sur ce point : quel est celui qui va présenter la meilleure bière et en plus grande quantité ? - Mais, mon pauvre lièvre, tu es ridicule ! Tu vis seul avec ta hase, ta seule femme. Comment pourra-t-elle concurrencer mes 20 femmes ? - Inutile de vouloir comparer le serpent avec une tige, quand on peut mesurer avec ses yeux, répondit le lièvre. L’avant-veille de la fête, les familles se mirent en frais pour la préparation de la bière : on ramassa le bois, on alluma les feux… Pendant ce temps, le lièvre, après avoir averti la hase, descendit dans l’unique puits du village et se cacha dans une cavité au fond près de l’eau. 

Quand les femmes du chef vinrent en bande pour puiser de l’eau, une voix d’outre-tombe sortit du puits : Femmes à la démarche de reines, attention ! Je suis dans le puits et je vous y attends. Aussitôt, abandonnant leurs seaux et leurs canaris, elles s’enfuirent chez le chef… Alors le chef envoya ses serviteurs avec des bâtons, ils regardèrent dans le puits, ils ne virent rien. Un des serviteurs se préparait à descendre ; il perçut alors une voix qui semblait sortir du fond du puits :  - Serviteur du chef, attention ! Je me repose dans les profondeurs du puits, ne me dérange pas, sinon je t’attends… Sans attendre son reste, le serviteur qui avait enjambé la margelle du puits, d’un coup de rein, ressortit et rejoignit ses compagnons, qui avaient déjà regagné la maison du chef. Tous étaient surexcités dans la cour du chef, mais personne n’osait plus s’approcher du puits maudit… Pendant ce temps la hase venait puiser de l’eau… Le jour de la fête, la hase se présenta chez le chef avec une gourde de bière. Elle était accompagnée par son mari le lièvre, habillé pour un jour de fête… Le chef comprit alors le subterfuge du lièvre, ne se fâcha pas, félicita le lièvre, et lui fit donner séance tenante les quatre-vingt bœufs qu’il avait gagnés. Bien plus, il couvrit Poko, la hase, de présents. Le chef n’était peut-être pas un rusé, mais c’était un sage. 

Si ton ennemi est plus fort que toi, tends-lui la main de la paix.

Nayelma  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Nayelma était la fille unique d’un grand roi qui gardait son tam-tam d’appel en or accroché à un arbre. Nayelma était une charmante jeune fille. Un jour, l’arbre, qui avait mystérieusement grandi, était devenu très lisse, si bien que ni le griot ni les gens du royaume ne pouvaient plus atteindre le tam-tam en or. Le roi propose alors sa fille en mariage à celui qui pourra faire descendre son tam-tam en or. La nouvelle se répand partout, même dans les royaumes voisins. Les jeunes du village de la belle Nayelma viennent essayer, mais toutes leurs tentatives échouèrent. Ceux des villages environnants échouèrent à leur tour. Tous les braves gens, chacun à leur tour, échouèrent et personne ne pût grimper jusqu’au milieu de l’arbre. 

Or, dans un royaume voisin, le roi avait un fils unique qui était beau et charmant. Il avait appris la nouvelle et désirait épouser lui aussi la belle Nayelma. Il alla trouver la vieille de son village, lui confia son souci et lui demanda son aide. La vieille lui dit : «   Je vais t’aider si tu acceptes ce que je vais te proposer.  » Le prince lui demanda donc de faire sa proposition. La vieille dit : «  Je vais te donner une peau de lépreux que tu vas porter : elle te permettra de grimper sur l’arbre lisse du roi.  » Le prince accepta volontiers la proposition et la vieille l’habilla de la peau de lépreux. Voilà notre beau prince devenu papa mouche. A son approche, les gens commencèrent à le chasser en l’insultant et en se moquant de lui, mais le roi intervint en leur priant de le laisser faire son essai lui aussi. Tous les autres ayant échoué, le roi invita donc le lépreux à venir tenter sa chance. La belle Nayelma commença alors à pleurer parce qu’elle savait que le roi ne changerait pas de décision. Le lépreux commença à grimper en chantant. Il dit : «   Que dit le père de Nayelma ?  » Le griot du roi lui répondit : «   Le père de Nayelma dit que celui qui arrivera à faire descendre le tam-tam d’or recevra Nayelma en mariage !  » Le lépreux chanta en grimpant : «  Que dit le père de Nayelma ?  » Le père de Nayelma dit que celui qui descendra le tam-tam d’or sera l’époux de Nayelma ! Il grimpa, grimpa, grimpa jusqu’au milieu de l’arbre et rechanta la même chanson ; le griot lui répondit avec les mêmes paroles. Il continua de grimper, à grimper, et arriva tout à côté du tam-tam ; là, il redit son chant et le griot lui répondit avec les mêmes paroles. Il grimpa encore et, arrivé au tam-tam d’or, il le ne toucha pas, mais redit son chant. Puis il descendit tout en chantant avec le tam-tam sur l’épaule. A ce moment, Nayelma pleura et sa mère avec elle. 

Tout le monde, mécontent, regardait le lépreux ; certains, par chagrin, ne purent pas rester pour voir la suite ; d’autres, fâchés, murmurèrent entre eux ; d’autres, par jalousie et par curiosité, ne purent pas bouger de leur place. Le faux lépreux descendit avec le tam-tam en or. Seul le roi était satisfait, tandis que tout le monde semblait être en deuil. Le grand roi donna alors sa belle-fille en mariage au lépreux inconnu ; la belle jeune fille charmante, toute blonde, toute potelée, devint ainsi la femme d’un lépreux dont personne ne connaissait ni ses origines, ni ses parents. C’est avec ces mots que les gens essayèrent de convaincre le roi, mais il leur répondit qu’il ne lèche pas la salive qu’il jette par terre. Tous les cadeaux que le roi remit à la mariée, elle les refusa, sauf les habits et les ustensiles de cuisine. Elle prit aussi de vieux vêtements pour le lépreux, son époux. Quand Nayelma fit la cuisine, elle servit son mari dans les vieilleries ; la nuit, elle prit un gros tronc d’arbre et le plaça entre sa natte et la vieille natte de son mari. C’est ainsi qu’ils vivaient. Un jour, Nayelma décida d’aller vendre du dolo au marché. La dolotière partie, le lépreux enlèva sa peau de lépreux et partit la rejoindre. Ne sachant pas que c’est son mari, elle le reçut toute contente et se demanda pourquoi ce beau garçon n’était pas venu essayer lui aussi de décrocher le tam-tam de son père afin de l’épouser. Chaque marché, le faux lépreux répèta le même stratagème et devint ainsi le client fidèle de la dolotière ; chaque fois, il partit boire du dolo et causa avec elle. Un jour, il lui proposa de fuir avec lui. Nayelma, sachant qui est le roi son père, refusa sa demande ; dès lors son chagrin augmenta de jour en jour et elle devint de moins en moins belle. Un jour, la vieille du village, celle qui avait donné la peau de lépreux, appella Nayelma et lui posa cette question : «  Ma fille, quand tu pars pour vendre ton dolo, qui est ce jeune homme qui va causer avec toi tous les jours ?  » Nayelma répondit qu’elle ne le connaissait pas, et pas même son nom. La vieille lui dévoila alors qu’il s’agissait de son mari, le lépreux, mais qu’il n’était pas un vrai lépreux : «  C’est moi qui lui ai remis une peau de lépreux pour qu’il puisse grimper sur l’arbre lisse de ton père. » Nayelma demanda : «  Que vais-je faire ?  » La vieille répondit : «  Si tu pars vendre le dolo et qu’il vient, dis-lui de t’attendre, que tu arrives. Viens ensuite prendre la peau et va la jeter au loin. C’est le fils de notre roi, il est fils unique.  » Les soucis de Nayelma augmentèrent en pensant au manque de respect, aux injures, aux souffrances et à tout le mal qu’elle avait fait au lépreux : elle se demanda ce qu’elle devait faire. La vieille lui dit que ce n’est pas si grave que cela et que cela va passer. Le jour du marché suivant, la dolotière fut pressée de partir au marché. Elle vendit son dolo en guettant l’arrivée de son jeune client, son époux, le faux lépreux. Il arriva un peu plus tard et, comme d’habitude, il but et ils causèrent… Ce jour-là, la dolotière se montra plus joyeuse que d’habitude. Après un moment, elle dit : « Je vais me soulager, je reviens tout de suite.  » Il lui demanda de ne pas tarder car il devait rentrer. Elle courut vite à la maison et trouva la peau comme la vieille l’avait dit. Elle la prit et se rendit chez la vieille qui lui dit d’aller la jeter. Nayelma creusa un trou et l’enterra, puis vint balayer la maison, remplaça les vieux ustensiles par de nouveaux qui prirent la place des vieux ; la maison fut parfumée, bien arrangée. 

Voilà notre dolotière de retour au marché. «  Je sais que tu es pressé ; ai-je duré ? Es-tu fâché ?  » Je ne suis ni pressé ni fâché, et même si j’étais fâché ou pressé, à ta vue c’est fini. Le faux lépreux soupçonna quelque chose. Peu après, il demanda à rentrer et la dolotière le suivit des yeux jusqu’à le perdre de vue. Arrivé à la maison, il constata un changement total et il préfèra rester dehors sous un arbre. Le soir, Nayelma vint le retrouver sous l’arbre. Elle le salua en souriant mais Nfatogoma – c’est le nom du prince -, ne répondit pas à son sourire. Après avoir préparé la cuisine, elle lui offrit de l’eau, mais son mari refusa de se laver. Elle lui servit à manger dans de jolis plats, mais Nfatogoma réclama les vieux plats usés avec lesquels elle le servait, en lui disant que si elle ne le servait pas avec les vieux plats, il ne mangerait pas. Elle le supplia en pleurant, mais en vain. Elle eut alors recours à la vieille qui intervint en sa faveur. Il accepta donc de se laver et de manger dans les jolis plats. La nuit, Nfatogoma réclama sa vieille natte usée et voilà Nayelma encore chez la vieille. Et tout s’est terminé : plus de reproches entre Nayelma et Nfatogoma. La paix, la joie et l’amour prirent place dans la maison et notre Nayelma redevint plus belle qu’avant. La vieille devint sa mère et Nayelma lui confia tout ce qu’elle avait dans le cœur. Elle alla la trouver et lui dit : «  Maman, dis à ton fils de retourner auprès de mon père pour lui expliquer ce qui s’est passé, que mon mari est le même homme, faute de quoi mon père va croire que je lui ai désobéi et c’est grave pour moi. Informé, le papa de Nfatogoma envoya auprès des parents de la belle Nayelma une importante délégation, accompagnée de son griot et de Nfatogoma. Nayelma, qui était avec eux, les conduisit chez le porte-parole de son père. Après de longues salutations, ce dernier leur demanda le but de leur visite. Le griot du père de Nfatogoma prit la parole et dit : «  Ce jeune homme est le lépreux qui a décroché de l’arbre votre tam-tam en or et à qui vous avez donné votre fille en mariage.  » Le porte-parole leur dit : «  Comment se fait-il qu’il soit devenu pur et beau ?  » «  Il n’était pas vraiment lépreux, mais il s’était revêtu de la peau d’un lépreux que lui avait donnée notre vieille femme.  » 

«  Pourquoi cela ? Pourquoi a-t-il fait ça ?  » «  Sans ce stratagème, il n’aurait pas pu grimper sur l’arbre lisse.  » «  Eh ! Dites la vérité ! Nous détestons le mensonge.  » «  C’est la vérité, ce n’est pas un mensonge. D’ailleurs, c’est la même vieille qui en a informé votre fille, laquelle a alors jeté la peau…  » Et au griot de répéter les choses telles qu’elles s’étaient déroulées. «  Attendez, j’arrive !  » Le porte-parole partit informer le roi, le père de Nayelma, qui lui demanda si c’est bien la vérité. Le roi envoya ensuite son griot auprès des étrangers pour les écouter. Le griot étranger répéta les mêmes phrases et le griot du roi les rapporta, tout comme le porte-parole, au roi. Le roi fit appeler les sages de son royaume pour les informer de la nouvelle. Il convoqua ensuite tous ses sujets pour les mettre au courant. On précisa au roi que Nfatagoma est le fils unique de leur roi. Le mariage de Nayelma et Nfatogoma fut à nouveau fêté pendant des semaines. Ils prirent ensuite congé de la belle-famille. Arrivés chez eux, Nfatogoma et les siens firent encore la fête pendant trois mois. Après ces grandes cérémonies, la belle et charmante Nayelma n’a plus vendu de dolo, ni fait la cuisine, ni aucun des travaux ménagers. Elle avait des servants et des servantes à sa disposition. C’est pourquoi on dit chez nous qu’un enfant ne doit pas désobéir à ses parents.

Une calebasse extraordinaire  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a bien longtemps, une calebasse avait poussé dans un village. Devenue grande, elle avalait tout ce qu’elle rencontrait sur son chemin. Tous avaient peur de la calebasse qui mange tout. Tous, les personnes et les animaux, avaient peur et se cachaient en entendant le bruit de la calebasse mangeuse. Quant à elle, elle se promenait en chantant : «  Tunméméré, tunméméré, sagajigi kamelma tunméméré  ». Tout le monde fuyait à l’approche de la calebasse, tous se cachaient, tous avaient peur. Un jour, un petit bélier dit à sa mère : «  Je répondrai aujourd’hui au chant de la calebasse.  » Sa mère lui dit qu’il est trop petit pour répondre et elle lui donna une grosse pierre en lui demandant de la briser. Le bélier réussit à la fendre en deux. Sa mère lui dit d’attendre une autre fois. Quelque temps après, le petit bélier renouvela sa demande et sa mère lui donna une nouvelle pierre. Il réussit à la casser en plusieurs morceaux, mais sa mère le trouva encore faible. Tous les villageois, hommes comme bêtes, demeurèrent à distance, sans personne pour les protéger des méfaits de cette vilaine calebasse. Quelques années plus tard, le petit bélier dit encore à sa mère : «  Maintenant que je suis fort, je vais répondre à son chant.  » Sa mère lui donna une autre pierre plus grande que les précédentes et le bélier, devenu grand et fort, réussit à la briser en menus morceaux. Sa mère, satisfaite, lui permet de répondre au chant de la calebasse. 

La calebasse extraordinaire continuait toujours sa course en cherchant quelque chose à avaler. Le bélier fut prêt à l’affronter. Il entendit la calebasse chanter : «  Tunméméré, tunméméré, sagajigi kamelma tuméméré.  » Quand sa chanson terminée, le bélier lui répondit : «  Tunméméré, tunméméré, mais sagajigi kamelma tunméméré, tunméméré  ». La calebasse mangeuse, toute fâchée, se dirigea en vitesse vers l’endroit d’où provenait le bruit. Elle chanta avec force, et le bélier fit de même. Les voilà face à face. Notre bélier recula et revint à toute vitesse en donnant un grand coup à la calebasse qui se brisa comme la pierre, dégorgeant tout ce qu’elle avait avalé. Tous ceux qui y étaient enfermés sortirent en remerciant le fort et grand. Merci bélier : nbaa, merci bélier : nbaa ! La récolte de miel du cafard  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama En ce temps-là, le cafard partit récolter du miel. Sa route passait près de la case de la poule. Arrivé devant la porte, la poule lui demande : «  Où vas-tu ?  » «  Récolter du miel. Veux-tu m’accompagner ?  » Ils font route ensemble. Leur chemin passe obligatoirement devant la porte du chat. A leur vue, le chat demande : «  Poule, où allez-vous ?  » 

Ils font maintenant route à trois, passent devant le chien qui les suit, ainsi que devant la porte de l’hyène qui s’ajoute à eux. Les voilà tous en chemin : le cafard, la poule, le chat, le chien, l’hyène. Ils passent devant la porte du lion qui fait équipe également avec eux. Une fois le miel extrait, le cafard se charge du pot bien rempli. En route pour la maison, il marche péniblement avec sa charge. Le lion demande : «  Qui est devant nous, les vieux, et nous retarde ?  » La poule dit : «  C’est le cafard.  » «  Qu’est-ce que tu attends pour nous en débarrasser ?  » La poule avale d’un coup de bec le cafard et prend le pot. Elle va un peu plus vite que le cafard, mais le lion repose sa question et la poule est mangée par le chat qui, à son tour, se charge du pot de miel. Il est plus rapide que le cafard et que la poule, mais le lion n’est pas satisfait et repose sa question. Le chien déclare que c’est le chat qui bloque la marche. «  Mais qu’attends-tu ?  » Le chien mange rapidement le chat, prend la charge, se met devant et marche promptement, comme s’il courait. Le lion dit : «  Qui est parti devant en courant trop vite pour les vieux ?  » 

L’hyène de répondre : «  C’est le chien avec ses longues pattes.  » «  Qu’attends-tu ?  » À ces mots, le chien jette le pot de miel et prend la fuite, poursuivi par l’hyène. Il court tellement vite qu’il rate la grande porte. Il veut se faufiler entre deux cases, la tête la première, mais il n’arrive pas à faire passer son derrière et reste coincé entre les cases. L’hyène arrive à son tour et le voit. Ne sachant pas que c’est le chien, elle demande : «  Derrière rouge, n’as-tu pas vu le chien par ici ?  » «  Derrière rouge  » lui répond :  » Pousse-moi, je vais entrer et je te le dirai.  » Notre hyène, de toute sa force, pousse Derrière rouge. Une fois rentré, le chien se met à crier : «  Woouu !  » Il est trop tard pour que notre hyène le rattrape, car elle a peur de «  Deux pieds  » et n’ose plus le poursuivre. Voulant jouer de ruse, elle va un peu plus loin et dit : «  Chien, mon ami, viens acheter des galettes ! Viens acheter des galettes !  » Le chien lui répond : «  Je n’ai pas d’argent, je n’ai pas d’argent !  » «  Viens acheter à crédit ! Viens acheter à crédit !  » «  Je ne vais pas là-bas ! Je ne vais pas là-bas !  Quand «  Deux pieds  » entend le cri de l’hyène et de son ami le chien, il sort et chasse l’hyène jusqu’en brousse. Depuis ce jour, l’hyène n’a pas oublié le chien : elle vient rôder autour des cases et, à défaut du chien, elle prend soit un mouton, soit une chèvre et attrape parfois un petit deux pieds (*). Quant au cafard, il n’a plus jamais rêvé de miel ; il préfère rester dans les endroits malsains, mais le problème persiste entre le chien et l’hyène. (*) l’homme.

L’hyène, le chien et le bouc  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Un jour, il y a bien longtemps, le chien et le bouc vont à la pêche. En chemin, ils croisent l’hyène qui se joint à eux. La pêche n’est pas bonne : à la mi-journée, ils n’ont pris que trois poissons : un gros, un moyen et un petit. Le bouc est chargé de faire le partage. Il prend le gros poisson, donne le moyen à l’hyène et le petit au chien. L’hyène n’est pas satisfaite de ce choix et décide de faire elle-même la répartition : elle prend le gros, donne le moyen au chien et le petit au bouc. Le chien, à son tour, n’est pas d’accord. Il leur dit : «  Donnez-moi les poissons, je vais bien les partager. Vous allez voir.  » On les lui remet, il les prépare bien et hop, il les avale et prend la fuite. L’hyène se met à le poursuivre. Le bouc, de son côté, se jette dans la boue, s’en recouvre tout le corps et prend le chemin du retour. L’hyène, fatiguée de poursuivre le chien, revient sur ses traces en se disant : « Si je n’ai pas pu atteindre le chien, j’aurai le bouc.  » En disant cela, elle se retrouve en face du bouc couvert de boue. Elle lui demande : «  Ami couvert de boue, n’as-tu pas vu le chien par ici ?  » 

«  Si tu le veux, je te donne dix coups de bâton et je t’indique où se trouve le chien.  » Notre hyène est d’accord. Le bouc la bat et lui montre un autre chemin que lui-même va prendre pour la croiser de nouveau. En le revoyant, l’hyène lui pose la même question : «  Ami couvert de boue, n’as-tu pas vu le chien par ici ?  » «  Si tu le veux, je te donne dix coups de bâton et je te montre où se trouve le chien.  » Notre hyène est battue une fois de plus par le bouc qui lui indique une autre route. L’hyène suit ce nouveau chemin tout en se disant à elle-même : «  Sa démarche est celle du bouc, sa voix est celle du bouc, mais la boue me trompe.  » Elle le croise encore et la même scène se reproduit, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’hyène se dise : «  Aujourd’hui, je rencontre beaucoup d’amis couverts de boue ; je ne trouve pas le chien mais mon corps est chaud.  » L’ami couvert de boue se trouve encore une fois devant elle. Au moment de poser sa question, elle remarque qu’une partie de la boue a été enlevée. Elle reconnaît le bouc et lui dit : «  Toi, bouc, tu m’as trop fait souffrir ! Je vais te manger à un endroit où il n’y pas de mouches. Elle l’attrape et le conduit à travers la brousse. Elle le lâche parfois pour se rendre compte s’il y a des mouches, puis continue encore plus loin, et ainsi de suite. Arrivée à un endroit où elle est enfin certaine qu’il n’y a pas de mouches, elle le lâche et lui dit : «  C’est ici que je vais te manger.  » A ces mots, son regard croise celui du roi de la forêt, le lion. Notre hyène change de version et dit au roi qui a mal au pied : «  Nous sommes venus te dire bonjour ; nous avons appris que tu es malade.  » 

Le roi leur dit : «  Je vous remercie, mais il faut me chercher des médicaments. Bouc vit avec les hommes, il doit connaître beaucoup de remèdes.  » Et il ajoute : «  Bouc, vite, dépêche-toi de me soigner.  » «  Roi, je peux bien te soigner, mais il m’est difficile de trouver ce qu’il me faut.  » «  Dis seulement ce qu’il faut.  » «  Il me faut la tête d’une hyène vivante pour faire la troisième pierre du foyer sur lequel je dois mettre le canari.  » A ces mots, l’hyène le regarde méchamment en disant : «  Comment va-t-on faire çà ?  » Le lion l’attrape en disant : «  Comment va-t-on faire ? Toi, n’es-tu pas une hyène ?  » Le bouc prend deux pierres et la tête de l’hyène sert de troisième. Il prépare le bois, allume le feu et y dépose le canari plein de feuilles. A mesure que le feu augmente, l’hyène se retire un peu et le bouc de dire : «  Roi, elle va gâter le remède si elle fait tomber le canari.  » Le lion la pousse, mais le feu augmente et la brûle avec force. Notre hyène prend la fuite, poursuivie par le lion qui n’arrive pas à l’atteindre.  L’hyène n’a pas pu manger le bouc, mais le roi, en pourchassant l’hyène, est guéri. Sachez que ces trois personnages ne se rencontrent pas sans que l’un d’eux ne prenne la fuite : le lion et l’hyène, ou l’hyène et le bouc.

Un vieux  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Autrefois, dans un village de la brousse vivait un vieil aveugle qui avait les testicules de la taille d’une grosse calebasse. Un matin, ses enfants le conduisent comme d’habitude sous le grand arbre derrière le village et partent vaquer à leurs occupations. Vers le milieu de la journée, un épervier pourchasse un margouillat qui vient se cacher sous la grosse calebasse du vieux. L’épervier dit au vieux : «  Si tu me livres le margouillat, j’ouvre tes yeux !  » Le margouillat dit  à son tour : «  Si tu me gardes, je vais soigner tes testicules et ils redeviendront normaux.  » 

Notre vieux ne sait que faire. Il appelle au secours ses femmes et ses enfants. Commence alors une grande discussion entre eux. Les uns sont pour l’épervier, les autres pour le margouillat. Alors le benjamin de la seconde femme dit à sa mère : «  Maman, il faut dire à papa de supplier l’épervier de lui donner un poussin à la place du margouillat et papa sera guéri des deux maux.  »  La femme transmet la proposition à son mari qui lui-même exprime sa doléance à l’épervier, lequel est tout content d’accepter car il n’a jamais mangé de poule. On lui apporte un gros poussin et, avec ses ailes, l’épervier frappe les yeux du vieux en passant et repassant à trois reprises. Les yeux du vieux s’ouvrent et à la quatrième fois l’épervier prend le poussin. C’est depuis ce jour que l’épervier attrape nos poussins. Le margouillat fait aussi son travail et la grosse calebasse disparaît d’entre les jambes du vieux. Depuis lors, notre vieux est guéri de ses maux. C’est aussi depuis ce jour que les derniers-nés sont aimés et dorlotés plus que les autres enfants et que les petites femmes sont le plus souvent préférées aux autres. Le cultivateur, sa femme et les génies  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a fort longtemps, un cultivateur travaillait dans son champ. Un matin, l’homme part, comme d’habitude, à la recherche de termites pour ses poules. Sa femme allume le feu pour la cuisine. Or, une famille de génies vit à côté du champ. En voyant la fumée que le foyer de la femme produit, le vieux génie envoie le plus jeune chercher une flamme. Ce dernier arrive et demande donc à prendre du feu. La femme lui dit : «  Attends, quand mon mari sera de retour. Je vais prendre le rasoir.  » 

Le petit génie s’assit. Quelque temps après, le vieux est inquiet et envoie l’aîné voir ce que fait son frère. Il va donc trouver son petit frère, le trouve assis, et lui dit : «  Kunkelen, le vieux t’a envoyé chercher du feu et tu es venu t’asseoir ?  » Le petit frère lui répond : «  C’est cette femme bavarde qui veut me raser  ». Le grand frère dit : «  Elle va me raser aussi.  » Et il s’assoit. Peu après, le vieux, toujours inquiet, envoie son troisième fils qui trouve ses deux frères assis l’un à côté de l’autre. Il demande à son frère cadet : «  Kunkelen, le vieux t’a envoyé chercher du feu et tu es venu t’asseoir ?  ». Le petit frère lui répond : «  C’est cette femme bavarde qui veut me raser  ». Le grand frère répète : «  Elle va me raser aussi.  » Il s’assoit à côté d’eux. La même chose se répète avec le quatrième, le cinquième, jusqu’au neuvième fils. Le vieux vient alors lui-même demander à son plus jeune fils : «  Kunkelen, je t’ai envoyé chercher du feu et tu es venu t’asseoir ?  ». Le petit lui répond : «  C’est cette femme bavarde qui veut me raser  ». 

Le vieux dit : «  Elle va me raser aussi.  » Il s’assoit à côté de ses fils. La femme ne sait plus que faire de ces génies qui l’entourent. Elle cherche à résoudre ce problème. Son mari n’est pas là, elle est seule. Que faire ? Elle ne peut plus préparer sa cuisine. Quelque temps après, le mari revient et voit sa cour remplie de génies. Pris de peur, il prend soin de ne pas s’approcher et demande à sa femme en restant à distance : «  Pourquoi ces génies sont-ils dans la cour ?  » La femme répond : «  Le plus petit est venu chercher du feu et je lui ai demandé de s’asseoir, lui disant qu’après ton retour, j’allais le raser. Les autres sont ensuite arrivés un à un en demandant au petit : «  Tu es venu t’asseoir, tu es venu t’asseoir ?  » Le mari lui jette le couteau qui était dans sa poche, laisse ses termites et s’enfuit. Le mari parti, la femme cherche un moyen de s’enfuir à son tour. Elle se lève, fait semblant de ramasser du bois mort, s’éloigne petit à petit et prend la fuite pour rejoindre son mari. Quand les génies s’aperçoivent que les propriétaires du champ ont pris la fuite, ils prennent tout ce qu’ils trouvent : moutons, chèvres, poules, pintades. Ils les tuent et les mangent. Depuis ce jour, quand quelqu’un demande un champ, le chef de terre exige soit un mouton, soit une chèvre, soit une poule ou une pintade pour l’offrir aux génies. C’est cette femme qui a provoqué cela : habituer les génies à manger les animaux.

Le lièvre, l’éléphant et l’hippopotame  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Un jour, le lièvre voulut savoir qui est le plus fort d’entre l’éléphant et l’hippopotame. Il va acheter une grosse corde, en attache un bout à un arbre et part chez l’éléphant en trimbalant sa corde par terre. Il lui dit : «  Ami, on m’a offert un bœuf, mais je n’arrive pas à le tirer. Si tu le veux et si tu arrives à le tirer, tu le gardes pour toi. Il lui remet un bout de la corde et lui dit : «  Attends un peu que j’aille voir s’il est toujours à l’autre bout.  » Il court trouver l’hippopotame et lui dit la même chose, détache la corde qu’il avait attachée à l’arbre, la lui remet et lui dit de se débrouiller. Il s’en va retrouver l’éléphant et lui dit que le bœuf est toujours à l’autre bout de la corde ; il lui dit également de se débrouiller et s’en va. Voilà nos deux frères qui se tirent, tirent, tirent, sans résultat ; ils redoublent d’efforts, chacun de son côté, mais en vain. Fatigués de tirer, ils ont la même idée : aller voir le bœuf en question. Chacun attache sa corde à un arbre et part voir à l’autre bout de la corde en la suivant. A leur grande surprise, ils se croisent au milieu de la corde, se demandent ce qui s’est passé et les deux donnent la même explication. Ils se rendent alors compte que le lièvre s’est moqué d’eux et décident de le punir. L’éléphant dit : «  A partir d’aujourd’hui, il ne mangera plus d’herbe ici.  » L’hippopotame, quant à lui, lui interdira de boire de l’eau. 

Or, le lièvre est caché près d’eux ; il entend toute la conversation, rentre chez lui et se met à réfléchir à ce problème qu’il a provoqué : il lui trouve vite une solution. Il tue une chèvre et en fait sécher soigneusement la peau. Il se revêt de la peau et se dirige vers la brousse en marchant péniblement. En voyant l’éléphant, il le salue sur un ton maladif. L’éléphant lui demande : «  Quelle est la maladie qui a pu te rendre ainsi, amie chèvre ?  » «  C’est le lièvre qui m’a rendue ainsi.  » «  C’est le lièvre qui t’a rendue ainsi ? Avec quoi ?  » «  Avec son mauvais doigt.  » «  Il a un mauvais doigt ?  » «  Oui, il a un mauvais doigt.  » 

«  Comment fait-il ?  » «  Il suffit qu’il te pointe de son index pour que tu deviennes comme moi ; cela fait maintenant trois jours que je suis dans cet état. » «  S’il te pointe de son index, après trois jours, tu deviens comme ça ?  » «  Non, c’est le même jour que tu deviens comme ça.  » L’éléphant dit : «  Va lui dire qu’il peut venir manger de l’herbe comme bon lui semble, que la guerre est finie.  »  Notre lièvre part trouver l’hippopotame et reprend le même discours. L’hippopotame prend peur lui aussi et l’envoie annoncer au lièvre que la guerre est finie, qu’il peut venir boire comme il veut et qu’il peut même, s’il le désire, se laver. Notre lièvre part enlever sa peau de chèvre et revient manger l’herbe, à la vue de l’éléphant. Il fait semblant d’avoir peur, mais ce dernier lui dit de ne pas avoir peur, que la guerre est finie. Il va voir l’hippopotame et c’est la même chose qui se produit. Notre ami lièvre a ainsi retrouvé la paix parce qu’il est le plus malin.

Le chien et le singe  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Autrefois, le chien et le singe étaient de véritables amis. Ils faisaient tout ensemble : ils se promenaient, ils se confiaient leurs secrets ; c’était là une vraie amitié. C’est une affaire de femme  qui va les transformer en de véritables ennemis. Le chien est fiancé à une fille d’un village voisin. Un jour, il demande à son ami de l’accompagner dans la belle-famille. Il faut traverser un petit marigot avant d’y arriver, mais ce marigot est à sec. Arrivés au marigot, le chien demande à son ami de l’aider à creuser un trou pour qu’ils puissent boire à leur retour. Le singe refuse en lui disant qu’il ne veut pas se salir. Le chien commence à creuser et le singe part en le laissant travailler. Le chien ne se décourage pas et accompli le travail pour réaliser son projet. Après avoir atteint l’eau, il repart et arrive au village où il trouve son ami en pleine causerie avec sa fiancée. Il ne dit rien, les salue et s’assoit à côté d’eux ; ils palabrent tous ensemble. 

A un moment, le chien demande à sa fiancée de rentrer avec lui, mais elle répond qu’elle ne veut plus de lui parce qu’il est sale, et qu’elle veut le singe. Commence alors une dispute et le chien, rouge de colère, retourne vers sa case. Arrivé au lieu où il s’était sali, il boit et se repose, puis entre ensuite dans le trou d’eau qu’il avait creusé mais laisse les derniers poils de sa queue flotter à la surface. Quelque temps après, le singe, tout assoiffé, arrive et veut boire de cette eau. Quand il se penche pour boire, le chien avance sa queue. Le singe l’écarte de la main sans savoir que c’est la queue du chien. Le jeu se répète à plusieurs reprises jusqu’à ce que le singe décide d’enlever cette saleté qui est sur l’eau pour boire à son aise. A sa grande surprise, c’est le chien qu’il fait sortir, et une lutte commence entre eux. Le chien mord le singe de tous côtés, le singe crie au secours en appelant sa mère, son père ; il crie, crie encore, et ses cris attirent l’attention de la panthère. A la vue de la panthère, le chien prend peur et, tout tremblant, se retrouve la queue entre les jambes. Le singe tremble aussi. «  Pourquoi faites-vous tant de bruit ?  », demande la panthère. «  C’est mon ami qui a détourné ma fiancée.  » Et le chien lui raconte toute l’histoire. La panthère lui dit : «  Attrapez-vous pour la lutte.  » Le chien attrape le singe et le jette par terre. Le singe se met à déféquer de peur. «  Prends ses selles et mange-les !  », dit la panthère au chien. Le chien mange les déchets du singe et part en pleurant. Il rencontre le bouc qui lui demande : 

«  Pourquoi pleures-tu ?  » Le chien raconte sa mésaventure au bouc qui lui dit : «  Retourne là-bas, on va voir.  » Ils retrouvent le singe et la panthère. Cette dernière dit : «  Attrapez-vous !  » Et une fois encore le chien jette par terre le singe qui se met à nouveau à se soulager. La panthère dit : «  Chien, mange ça !  » Le chien regarde le bouc qui confirme les ordres de la panthère : «  Pourquoi me regardes-tu ? Prends et mange !  » Notre malheureux chien mange les selles du singe et s’en retourne en pleurant ; en chemin, il croise l’âne qui lui demande la cause de ses pleurs ; il lui raconte sa mésaventure. L’âne lui dit : «  Retourne, j’irai voir cette panthère !  » Le chien retourne et l’âne le suit. La panthère et le singe étaient toujours là. La panthère dit : «  Allez, attrapez-vous!  » Une fois de plus, voilà le singe par terre qui défèque plus que les autres fois. La panthère dit au chien : «  Prends et mange ça vite !  » Le chien regarde l’âne qui lui répète les mêmes paroles que le bouc. Notre malheureux chien est obligé d’exécuter encore une fois la demande de la panthère. Il repart ensuite en boudant : «  Si je rencontre qui que ce soit, même le lion, je ne retourne pas là-bas ! J’ai le ventre rempli des selles du singe ; si j’avais continué mon chemin, je n’aurais pas le ventre ballonné ainsi !  » Tandis qu’il réfléchit ainsi, il rencontre le bélier. «  Qu’est-ce qui t’est arrivé pour avoir le ventre aussi ballonné ?  » Et notre chien de lui raconter toute son histoire jusqu’à l’intervention de l’âne. Le bélier lui dit de retourner là-bas, mais il refuse d’abord. Alors le bélier insiste tellement qu’il finit par accepter. Le voilà maintenant qui dandine comme un canard derrière le bélier. La panthère et le singe sont toujours là. 

Le bélier dit : «  Panthère, que s’est-il passé ?  » «  C’est moi qui dois te poser la question ou c’est toi ?  » dit la panthère. «  J’ai croisé le chien pleurant et le ventre enflé ; je lui en ai demandé la cause de son tourment et il m’a dit que tu l’avais obligé à manger les selles du singe. Je l’ai ramené ici pour voir ça de mes yeux.  » La panthère dit : «  Singe, attrapez-vous !  » Comme les autres fois, le chien le jette par terre et les selles du singe sont plus abondantes que les fois passées. La panthère à nouveau  dit : «  Chien, mange ça !  » Le bélier : «  Ne mange pas ça !  » «  Mange ça !  » «  Ne mange pas ça !  » «  Mange ça !  » «  Ne mange pas ça !  » C’est comme une rengaine entre les deux grands. Au terme, les deux protecteurs commencent à se battre, se déchirent, se griffent, aucun ne parvenant à terrasser l’autre. Fatigués, essoufflés, ils se regardent. La panthère dit au singe : «  Va dans la case fétiche de mon père, prends les vieilles griffes suspendues au mur et reviens vite. Ne t’arrête pas en chemin pour goutter à quelque fruit. Va et reviens vite !  » «  J’ai compris, je reviens vite  », dit le singe. Le bélier à son tour envoie le chien en lui disant de déterrer tous les os qu’il verra en route. Comme le singe, le chien part en flèche. Le chien ne s’est pas arrêté en route. Après quelques temps, il ramène les vieilles cornes du grand-père bélier, mais le singe a fait le contraire de ce qui lui était demandé : en chemin, il a vu des lianes bien rouges et il n’a pas pu s’en passer. Il y est grimpé en chantant, cueillant et mangeant des fruits sans se soucier de la panthère. Passant près du buisson où est le singe, la panthère entend des chansons ; levant la tête, elle voit le singe, s’approche et lui dit : 

«  Coupe-moi cette liane-là !  » Le singe, tout tremblant, lui demande en en désignant une : «  Çà ?  » Elle dit non. Il en montre une autre et la panthère dit non, puis une troisième et elle dit toujours non. Brusquement, elle saute et coupe la liane qu’elle veut : ce sont les testicules du singe ! Puis elle continue son chemin. Ce sont ces cicatrices noires qu’on retrouve sur la peau de la panthère. Or, à l’intérieur d’une termitière, vit une tortue. La tortue, en voyant couler le sang du singe, commence à chanter : «  Depuis que je suis née, je n’ai jamais vu une pluie de sang.  » Son chant attire l’attention du singe qui descend à l’intérieur de la termitière. En voyant la tortue, il lui dit : «  Je vais te manger car j’ai une faim de loup ! Va vite chercher du feu, je vais te griller, mais ne vas pas chez le chien : va plutôt chez le coq et reviens vite.  »  La tortue part aussitôt, mais va chez le chien. Elle explique son malheur au vieux chien qui lui remet une peau d’animal contenant un jeune chien. De retour, la tortue chante : «  Je suis allée chez le père coq qui m’a remis une queue pour chasser les mouches.  » Elle dépose le feu, ramasse du bois mort et allume le feu. Le singe la prend et la jette dans le feu, mais elle sort ; il la rejette encore et elle ressort, une fois, deux fois, trois fois. La quatrième fois, dame tortue se précipite sur la peau que lui a remise le chien, l’ouvre et en fait sortir l’ennemi principal du singe. Notre singe ne sait plus attendre ; il prend la fuite, poursuivi par le chien. Si le singe monte sur un arbre, le chien monte ; s’il descend, il descend. Fatigué, le singe fait une prière : «  Seigneur, je t’en prie, sépare-nous ; que l’un reste à terre et l’autre en haut !  » Dieu a entendu sa supplication. Depuis ce jour, le chien ne peut plus grimper aux arbres.

La perdrix sèche de l’hyène  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a bien longtemps, une vieille femme vivait près du village de Bouki, l’hyène. Elle avait un grand troupeau de bœufs. Bouki lui dit d’une voix amicale : «  Bonne vieille, je t’en prie, garde-moi cette perdrix : je vais au village voisin et je reviens dans peu de temps !  » Notre vieille, sans réfléchir, lui dit : «  Mon enfant, il n’y a pas de problème, donne-la-moi !  » L’hyène partie, elle prend la perdrix, la dépose dans sa case et ressort. En son absence, son chien s’empare de la perdrix de l’hyène et la mange. Bonne affaire pour l’hyène qui revient le soir et réclame sa perdrix. Elle dit : «  Maman, je suis venue chercher ma perdrix.  » 

La vieille lui répond : «  Mon chien l’a mangée.  » L’hyène rétorque : «  Si ton chien l’a mangée, je le prends à la place de ma perdrix.  » La vieille dit : «  Prends-le.  » Aussitôt dit, aussitôt fait. Bouki l’hyène emporte le chien de la vieille pour le manger. Elle revient le lendemain et dit : «  Ma perdrix !  » La vieille, tout étonnée, répond : «  Hier, je t’ai donné mon chien à sa place et tu reviens encore aujourd’hui ?  » A ces mots, l’hyène Bouki menace la vieille avec ses crocs. Prenant peur, la vieille lui dit : «  Va attraper un bœuf.  » Bouki, toute joyeuse, s’empare d’un bœuf. La même scène se répète chaque jour chez la vieille. Ainsi, chaque soir, la vieille voit diminuer le nombre de ses bœufs tandis que Bouki fait la fête avec les siens. Le dernier bœuf qui reste est le plus gros. Le soir venu, avant l’heure de Bouki, la vieille l’attache, s’assoit et le regarde, les yeux pleins de larmes. Arrive soudain le roi de la brousse. Voyant la vieille, il lui dit : «  Maman, pourquoi pleures-tu jusqu’à avoir les yeux rouges ?  » Notre bonne vieille lui raconte son histoire à partir du début. 

Le lion, roi de la brousse, dit : «  Détache vite le bœuf, attache-moi à sa place et va le cacher. Ainsi dit, ainsi fait. Et voilà le roi de la forêt au bout de la corde. Ce jour-là, Bouki est en retard : elle arrive en pleine nuit. A son arrivée, la vieille lui montre le bœuf sans dire un mot. Toute contente, Bouki, sans le savoir, détache le roi et s’empresse de rentrer. En chemin, elle croise son ami Leuk, le lièvre. Avant cette rencontre, Bouki s’est retournée pour vérifier sa proie et ses yeux ont croisé ceux du roi au moment où un éclair brillait. Elle dit au lièvre : «  Attrape mon bœuf pendant que je vais me soulager ; je reviens tout de suite.  » Le lièvre prend le bout de la corde et Bouki s’enfuit en brousse. Elle rejoint sa famille en chantant : «  J’ai flatté Jounpè et je lui ai remis le lion !  ».  Jounpè, le lièvre, s’aperçoit à son tour que ce n’est pas un bœuf qu’il tient en laisse. Il lâche la corde et veut s’enfuir, mais le lion lui dit : «  Gare à toi si tu te sauves !  » De peur, le lièvre reprend la corde et la tire jusque chez Bouki, l’hyène. Quand Bouki voit rentrer dans sa case Jounpè Leuk, le lièvre, avec Waimasa le lion, roi de la forêt, elle dit aux siens : «  Celui qui reste sur terre c’est son affaire, je n’ai rien à dire. A ces mots, tous sautent s’accrocher au toit de la maison. Le lion entre sans se presser et s’accroupit. Quelques temps plus tard, le plus petit dit : «  Papa, je suis fatigué !  » L’hyène lui dit : «  Je ne suis pas ton papa, il est en bas.  » Le petit se laisse tomber, le lion lui casse le crâne, le met de côté et attend. Le suivant dit à son tour : «  Papa, je n’en peux plus !  » «  Je ne suis pas ton papa, il est en bas  », lui répond Bouki. Lui aussi tombe et est tué comme son frère cadet. Un à un, les enfants de Bouki sont tués de cette façon. A son tour, madame Bouki dit : «  Mon mari, je suis fatiguée !  » «  Ton mari est en bas, je ne le suis pas.  » Madame hyène, n’en pouvant plus, se laisse tomber et va grossir le tas de cadavres hyènes. Maintenant, c’est Bouki qui ressent la fatigue. Il dit au roi : «  Tu vois que je suis grosse, je suis pleine de graisse ; si je tombe, elle va s’étendre. Prends de la cendre et verse-en en dessous de moi : si je tombe, ma graisse ne va pas s’étendre. Le lion, sans réfléchir, prend de la cendre et la répand sous Bouki, qui se jette alors sur la cendre, laquelle remplit les yeux de Waimasa le lion. Quand le lion a fini de s’essuyer, Bouki est bien loin dans la forêt, mais elle s’est blessée aux reins en tombant. C’est cette entorse qu’elle a gardée jusqu’à aujourd’hui. Depuis ce jour, quand elle entend le bruit du lion, elle cherche un refuge.

Lassina et son ami Funseni  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Autrefois, deux jeunes amis vivaient dans un village. Ils s’amusaient comme de jeunes mariés, ils étaient toujours ensemble, ils faisaient tout ensemble. Lasina avait un pouvoir magique que Funseni n’avait pas, et sa mère aussi était sorcière. Un jour, Lasina veut voyager et dit à Funseni : «  Si je ne suis pas là, ne viens jamais chez nous.  » Funseni dit : «  J’ai compris.  » Lasina sait que sa mère veut manger son ami, mais qu’elle ne le peut pas à cause de lui. Voilà pourquoi il a interdit à son ami de venir en son absence. 

Deux semaines après le départ de Lasina, sa mère envoie appeler Funseni et lui dit : «  C’est ainsi que vous vivez chez vous ? Cela fait deux semaines que ton ami est parti et tu n’es pas venu, même une seule fois, me dire bonjour : d’après toi, est-ce que c’est gentil ?  » Funseni, tout honteux, baisse la tête sans rien dire. La vieille ajoute : «  Je veux que tu m’accompagnes en brousse pour me chercher du bois.  » Funseni ne peut pas refuser. Il accompagne la vieille ; il a pris sa hache et son coupe-coupe. Arrivés en pleine forêt, ils voient un grand arbre mort. La vieille demande à Funseni de grimper pour y couper des branches dont elle a besoin. Funseni dit : «  Maman, cet arbre est trop gros pour moi, je ne peux pas y grimper.  » La vieille sorcière l’oblige à fermer les yeux et le fait grimper au moyen d’un sortilège. Une fois à la cime de l’arbre, elle lui dit : «  C’est pour te manger que je t’ai amené ici !  » Elle commence à aiguiser la lame de son couteau. Funseni a très peur et dit en chantant : «  Ami Lassina a a a, ami Lassina a a a, Lassina, je ne savais pas que ta mère était sorcière, or ta mère est une sorcière !  » La vieille dit aussi en chantant : «  Si tu appelles Lassina, je vais te manger, si tu n’appelles pas Lassina, tinkan, tinkan, je lave mes dents pour te manger tout entier.  » Funseni reprend sa chanson et la vieille, la sienne. À force de répéter et de crier cette chanson, Lassina finit par entendre la voix de son ami, car il est magicien. Il se dit en lui-même : «  Si je n’arrive pas vite, ma mère va manger mon ami.  » Avec sa magie, il s’envole jusqu’au lieu où la scène se passe. Il dit à sa mère : «  Laisse descendre mon ami !  » 

Sa mère dit : «  Ferme les yeux avant que je le fasse descendre !  » Lassina dit : «  Je ne vais pas fermer les yeux, mais laisse-le descendre et vite !  » A ces mots, la vieille sorcière se fâche et veut manger son fils, mais il est plus fort qu’elle et la tue. Puis, avec son pouvoir, il fait descendre son ami Funseni et lui dit : «  Que t’avais-je dit avant de partir ?  » «  Tu m’avais dit de ne pas aller dans votre cour avant ton retour.  » «  Mais que s’est-il passé ?  »  «  C’est la vieille qui a envoyé quelqu’un me chercher ; je ne pouvais pas refuser, et tu connais la suite ! Allons maintenant au village : nous ferons les funérailles et c’est fini.  » Lassina et Funseni rentrent au village et font les funérailles de la vieille. Ils ont vécu ensemble comme d’habitude jusqu’à la fin de leur vie. Ils sont morts tous les deux en même temps. Ils vivaient une véritable amitié. Après leur mort, une femme de leur village a mis au monde des jumeaux. Les gens du village ont dit que c’était Lassina et Funseni. Depuis ce jour, les jumeaux portent ces noms. Quant à la vieille sorcière, elle s’est transformée en termite et se promène dans les champs, surtout en hivernage. Ils sont appelés termites des morts.

Le prince  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a bien longtemps, dans un village vivait un homme riche qui avait un fils unique. En revenant de s’y promener, le jeune prince aperçoit trois enfants qui jouent chacun avec trois petits animaux : un petit charognard, un petit chien et un petit chat. Le jeune prince leur demande : «  Pourquoi maltraitez-vous ces petits animaux ? Laissez-les !  » Les enfants lui demandent : «  C’est parce que nous sommes des petits que tu nous dis ça ?  » Le prince leur dit : «  Je vais vous les acheter.  » 

Les enfants acceptent. Le prince donne une poignée d’or à chacun, prend les bêtes et revient à la maison. Sa maman veut le chasser à cause de ces bêtes, mais le papa, le roi, s’y oppose en disant à sa femme : «  Il ne faut jamais chasser un enfant à cause de ce qu’il ramène de sa promenade !  » Quelques temps après, le papa meurt et le petit reste avec ses bêtes et sa mère. Au bout de quelques années, ils ont fini de dépenser l’or et l’argent que le roi leur a laissés. La souffrance frappe à leur porte, mais personne ne les approche ni ne les considère. Le prince fabrique un lance-pierre pour nourrir sa mère et ses animaux. Chaque jour, il part tuer des oiseaux : un pour le chaton, un pour le petit charognard, un pour le petit chien, un pour sa mère, et le cinquième pour lui-même. S’il en tue quatre, il en donne un à chaque animal et partage le quatrième entre lui et sa mère. Si le partage est impossible, c’est lui et sa mère qui dorment à jeun, mais chaque fois sa mère se met à se plaindre. Un jour, le prince fait une mauvaise chasse et ne rapporte pas même un oiseau. Il revient s’asseoir et regarde ses petits animaux ; il ne sait que faire ni où trouver à leur donner à manger. Ce jour-là, le petit charognard dit à ses compagnons : «  Aujourd’hui, notre tuteur a le cœur triste car il n’a rien pour nous, mais je vais l’aider.  » Il part dire au prince : «  Aujourd’hui, je vais t’aider, je vais te conduire chez moi, dans mon village.  » Le prince est d’accord et va avertir sa mère qui lui dit : «  Qu’est-ce que j’ai à voir avec tes promenades inutiles ?  » Le petit charognard dit : «  Ferme les yeux !  » Et quand le prince les ouvre à nouveau, il se voit dans un endroit inconnu, au milieu d’un troupeau de charognards qui l’accueillent comme un roi. Après l’avoir salué, ils se retirent en le laissant avec son petit charognard qui lui dit : «  Mon père et ma mère vont venir te saluer et te demander ce que tu veux ! Ne leur réponds pas que tu veux de l’argent ou de l’or, mais dis à mon père que tu veux ce qu’il a au doigt et à ma mère de souffler à ton oreille !  » Le jeune prince dit : «  J’ai compris !  » Ainsi dit, ainsi fait. Il reçoit ce qu’il a demandé : une bague magique. Il lui suffit de dire ce dont il a besoin et son souhait est exaucé. Avec cette bague, le jeune prince devient très riche et sa renommée se répand partout. Il est envié, on se demande où il a reçu toute cette richesse. Poussé par sa femme, le griot du roi voisin va le trahir. Un jour, ce griot dit à son roi : «  Je vais voir ce qui se passe et d’où ce jeune a reçu toute cette richesse. Il entre dans la cour du jeune en son absence pour le louer. Sa femme le reçoit, tout en soulignant que son mari est absent. Le griot lui dit qu’elle n’est pas digne d’être la femme d’un si grand personnage et il réussit à la convaincre de lui donner la bague magique de son mari. Revenu chez son roi, il lui montre la bague. Le roi lui dit : «  C’est tout ce que tu as ramené ? Qu’est-ce que cela peut faire ?  » Le griot dit : «  Tu verras ce que ça peut faire !  » Il demande de l’or à la bague et la maison du roi en est aussitôt remplie. Le roi lui prend la bague et fait chercher le prince, qu’il ligote bien, et sa femme. Il décide de garder la femme et envoie le prince, toujours ligoté, au milieu de ses esclaves. Mais la femme intercède auprès du roi pour que son mari soit détaché et redevienne libre. 

Quant à la mère du prince, le chiot et le chaton, ils restent seuls, toujours dans la misère, tandis que le griot, son roi et les gens de son peuple sont toujours en fête. Le roi a fait construire une maison à étage pour lui et la femme du prince. Il a suspendu au mur la bague magique, au-dessus de leur lit. Un jour, le chaton dit au chiot : «  Si tu peux me faire traverser le fleuve, j’irai aider notre maître !  » (Il y a un fleuve qui sépare les deux peuples). «  Si c’est pour traverser le fleuve, il n’y a pas de problème !  » Arrivés au bord du fleuve, le chiot dit au chaton : «  Accroche-toi à mon dos, je vais te faire traverser !  » Le chiot fait monter le chaton et les voilà dans l’eau. Sur l’autre rive, le chaton dit : «  Comme toi, le chien, tu n’es pas aimé des hommes, reste à l’écart et attends-moi. Quand tu me verras revenir en vitesse, sois prêt à t’en retourner, car j’aurai la bague.  » Le chien se met à l’ombre d’un arbre à l’entrée du village pendant que le chaton part tout seul. Ce dernier entre dans la cour, dépasse les gens qui festoient, monte à l’étage et s’assoit à côté de la femme. Le roi demande : «  D’où vient ce chat ?  » La femme dit : «  C’est l’odeur des souris qui l’attire, et comme il y en a beaucoup…  » Le roi, la femme et ses parents les plus proches étaient ensemble à boire, rire, manger ; partout c’était la joie. Tout à coup, en voyant une souris, le chaton lui parle dans son langage et lui demande de l’aider à décrocher la bague. La souris sait qu’avec le chat, il faut s’exécuter : elle s’empare donc de la bague et la dépose vite aux pieds de son propre roi. Cela fait, la souris s’enfuit dans son trou. Notre ami chat prend la fuite à son tour en direction de son compagnon chien. Le chiot, en le voyant revenir en vitesse, se tient prêt pour le retour. Une fois le chaton sur son dos, ils repartent comme une flèche. Au village du roi, c’est la pagaille :  » Arrêtez le chat, il a avalé la souris avec la bague !  » Tout le peuple se met à leur poursuite. Ceux qui savent tirer à l’arc se mettent à s’en servir, mais en vain. Ils n’arrivent pas à les atteindre parce que la fête a pouvoir sur eux. Après avoir semé leurs poursuivants, le chaton demande à la bague de ramener son maître à la maison et cela se fait ainsi. 

Ayant presque atteint l’autre rive, le chiot s’arrête et dit : «  Arrivé à la maison, que vas-tu dire ? Que c’est toi qui es allé récupérer la bague ?  » Le chat dit : «  Ami, que veux-tu insinuer ?  » Le chien dit : «  Remets-moi la bague !  » Sans dire un mot, il la lui remet et ils continuent leur traversée. A quelques pas de la rive, le chiot est mordu par un silure et, voulant crier, laisse tomber la bague dans l’eau. Arrivé sur la rive, il dit au chat que la bague est tombée dans l’eau. Le chat, ne pouvant rien faire, lui dit : «  Tout cela est de ta faute ; qu’est-ce qu’on va dire maintenant ? On a souffert pour rien !  » Ils continuent leur chemin. A la maison, ils racontent leur mésaventure au prince et à la vieille qui les félicitent.  Le prince leur dit : «  Allons vider le fleuve. En route pour le fleuve, il prend un hameçon. Arrivé, il dit : «  Petit charognard, je t’ai acheté, je t’ai nourri ; toi, tu m’as donné une bague, mais elle est tombée dans le fleuve. Si tu m’as donné une bague avec bon cœur, fais que je la repêche et si un caïman ou un poisson l’a avalée, qu’il soit au bout de mon hameçon !  » Une fois l’hameçon dans l’eau, le silure l’attrape. Le prince lui ouvre le ventre, récupère sa bague et le rejette à l’eau en disant à ses amis : «  Nous allons gagner une viande meilleure que celle du silure.  » La joie est revenue à la maison. Le prince a demandé à la bague de ligoter tous les gens du roi et de les lui amener, et ce fut fait ainsi. Depuis ce temps, le chien et le chat vivent avec les humains et on dit qu’il ne faut pas envier le bien d’autrui.

 Les jeunes filles et la vieille sorcière  Conte gouin collecté par Mme Justine Fayama Il y a longtemps, deux jeunes filles décident d’aller dans un village voisin. Leur petite sœur veut les accompagner, mais son ainée s’y oppose en disant qu’elle est petite, que c’est loin, qu’elle ne pourra pas marcher jusque là-bas. La fillette, quant à elle, dit qu’elle peut y arriver, mais sa grande sœur refuse. Elles partent donc avec d’autres jeunes filles. La petite les suit en cachette. Beaucoup plus loin, une d’entre elles aperçoit la fillette et avertit les autres. La grande sœur lui enjoint de retourner au village, sans quoi elle va la frapper. Ses compagnes la supplient en lui faisant remarquer que c’est loin et qu’il faut la laisser. Une d’entre elles la prend par la main. La nuit est déjà tombée et elles ne sont pas encore arrivées à destination. Levant les yeux, elles voient de la fumée. La plus âgée dit : «  Allons demander à passer la nuit là-bas et nous continuerons demain.  » Arrivées, elles trouvent une vieille toute seule. Elles lui demandent de passer la nuit chez elle. Toute joyeuse, la vieille les reçoit avec une intention derrière la tête. Au milieu de la nuit, elle se lève et commence à aiguiser son couteau pour les tuer, car elle est une vieille sorcière. La petite fille, qui ne dort pas, dit : «  Vieille femme, que fais-tu ?  » La vieille dit : «  Toi, tu ne dors pas ?  » L’enfant dit : «  Moi, je ne dors pas comme ça !  » 

La vielle dit : «  Qu’est-ce qu’on te donne pour que tu dormes ?  » «  On me donne du maïs grillé semé la même nuit ; si je mange, je m’endors !  » La vieille sorcière sème le maïs qui pousse et donne du fruit. Elle en arrache les épis et les fait griller pour l’enfant. L’enfant mange le maïs grillé et fait semblant de dormir. La sorcière se lève à nouveau et recommence à aiguiser son couteau. La petite fille intervient en disant : «  Maman, que fais-tu là ?  » La vielle dit : «  Toi, la petite, qu’est-ce que tes parents te donnent pour te faire dormir ?  » «  Pour me faire dormir, mes parents me donnent des galettes de pois de terre semés la même nuit  », dit la fillette. La vieille sorcière fait vite ce que l’enfant a demandé. L’enfant mange les galettes et fait de nouveau semblant de dormir. La vieille se lève encore pour aiguiser son couteau, et notre petite demande : «  Maman, pourquoi ne laisses-tu pas dormir les étrangers ? Que fais-tu ainsi ?  » La vieille dit : «  Que vais-je te donner à toi, petite, pour que tu dormes ?  » 

«  Pour me faire dormir, on va au marigot me puiser de l’eau avec une perçoire (un canari qui a des trous) : je bois et je m’endors  ». Jusqu’à ce moment, ses grandes sœurs ne sont au courant de rien ; elle les réveille et les voilà toutes parties en vitesse. En chemin, elles trouvent un arbre de raisins sauvages dont les fruits sont mûrs. Elles veulent en manger, mais la petite leur dit de continuer leur chemin. Elles ont trop faim et elles ne peuvent pas continuer. Elles grimpent toutes dans l’arbre. Pendant ce temps, la vieille essaie d’amener l’eau du marigot, mais elle la perd en chemin et elle se retrouve toujours avec un canari vide. Elle fait beaucoup de vas et viens au marigot jusqu’à ce que le soleil se lève. Alors elle se fâche et retourne à la maison qu’elle trouve vide ; elle suit les traces des jeunes filles et les surprend dans l’arbre. Elle lance son couteau de sorcière en direction de la plus âgée en disant : «  Don don don lèrè, fais descendre cette fille pour moi  ». La fille tombe morte. Elle la prend et dit la même chose pour la suivante. Elle fait descendre ainsi toutes les filles qui meurent en tombant. Le tour de la petite têtue arrive. Quand la sorcière lance son couteau vers elle en disant : «  Don don don lèrè, fais descendre cette petite fille  », cette dernière change rapidement de branche, et ainsi jusqu’à ce que la vieille se fatigue et décide de monter pour la faire tomber en la poussant. Une fois la vieille sorcière dans l’arbre, la fillette saute par terre, prend le couteau et dit : «  Don don don lèrè, ressuscite-moi cette fille aimée, et la fille se lève vivante. La petite ramène ainsi à la vie toutes les filles, sauf sa grande sœur. Il faut que les autres la supplient pour qu’elle la fasse ressusciter. Moralité : il ne faut pas chasser de force un enfant qui veut te suivre là où tu vas, car tu ne sais pas ce qu’il peut t’apporter.

Un mythe des origines : le mythe des épousailles chez les Nuna  Autrefois les hommes et les femmes ne cohabitaient pas ensemble ; ils ne se rencontraient pas. Quand les femmes surprenaient un homme chez elles, elles le tuaient. Dieu avait établi deux lieux : les femmes habitaient seules en leur lieu, et les hommes, seuls dans le leur. Dieu voulait savoir lequel allait perdre courage le premier et aller chez l’autre. Un homme, malgré ses efforts, ne parvint pas à se contraindre, et imagina un stratagème pour rejoindre les femmes. Il chercha du miel dont il remplit un petit canari. La nuit venue, il alla au lieu des femmes, frappa à la porte. Une femme demanda : «  Qui c’est ?  ». Il dit qui il était. La femme demanda à nouveau : «  Que cherches-tu à attendre là ? Que veux-tu ?  ». L’homme répondit : «  Je vous apporte quelque chose !  » Les femmes reprirent : «  Qu’est-ce que c’est ?  » Il leur raconta qu’il avait du jus de verge d’homme, qui est fort succulent. Il en donna aux femmes. Une femme trempa le doigt dans le miel et en goûta. Elle vit que c’était très bon ; elle en donna aux autres femmes. Toutes en goûtèrent et virent que la chose était très bonne. Elles en distribuèrent les unes aux autres, et consommèrent tout, tout. Elles se lavèrent les mains, s’essuyèrent la bouche et rendirent à l’homme son canari. Ce dernier retourna chez lui. Il attendit quelque temps, puis ramena encore du miel. Comme les femmes en avaient goûté et savouré auparavant, elles ne le chassèrent pas ; elles prirent le miel et le consommèrent. Lorsqu’elles eurent fini de manger, elles posèrent la question à l’homme : «  Si déjà le jus de verge est si bon, qu’est-ce que ce serait si c’était la verge elle-même ?  » L’homme leur révéla que si elles obtenaient la verge elle-même, elles verraient alors qu’elle est plus succulente que son jus. Les femmes le prirent chez elles dans leur chambre. L’homme s’arrangea pour engrosser l’une d’elles. Dieu vit que l’une des femmes était enceinte, et il ne savait pas comment cela avait bien pu avoir lieu. Il voulut savoir qui de l’homme ou de la femme était allé chez l’autre. Il répandit dans l’espace des deux lieux d’habitation de la cendre. Au matin, Dieu vit que c’était les pas de l’homme qui se dirigeaient vers le lieu des femmes et s’en retournaient de chez les femmes pour aller rejoindre les hommes. Alors Dieu dit : «  Ainsi, puisque c’est comme ça, désormais c’est l’homme qui ira le premier chez la femme pour causer avec elle avant de la ramener chez lui.  » 

C’est pour cela que la femme ne parle pas la première avec l’homme et que c’est l’homme qui cherche la femme. De plus, c’est avec du miel qu’on fait la demande d’une femme. Les épousailles, c’est du miel ! Commentaire de Nicolas Bado à partir de ce conte :  » Comme on le sait, le mythe renvoie au vécu d’une culture et peut être interprété diversement. Dans le mythe Nord Nuna on affirme d’emblée l’égalité des deux sexes ; il n’y a pas un sexe qui soit à l’origine de l’autre ; mais tous les deux sont créés dans une entière autonomie. Il s’agit du vécu des Nuna qui est ici représenté. Tu es Ba-dolo, je suis Kan-dolo : même valeur dans la référence au kwala dolo, dans la différence des sexes. Les juristes burkinabè à l’envers de l’administration coloniale ont stupidement unifié les noms des Nord Nuna en Ba. : tout le monde est mâle : les filles comme les garçons ! On voit ainsi comment des intellectuels psychiquement anémiés refusent l’altérité d’une culture reconnue par des étrangers :
«  Vous devez être comme tout le monde !  » Lourde menace ! 
La contradiction et l’altérité sont acceptées dans la culture Nord Nuna en toute lucidité et courage de la vérité. Une fois posées, il reste à les concilier. 
Ce que souligne le mythe des épousailles, c’est l’égalité des deux sexes, le refus d’aliéner la femme. Porter le nom de son mari ne consonne nullement avec la culture Nun. La femme aspire à rester ce qu’elle est, la femme d’un kwala originel, celui de son père, même si par alliance elle adopte en seconde phase et secondairement l’existence d’un autre kwala. L’enfant qui naît d’elle est certes d’abord l’enfant du kwala de son mari ; mais il est aussi l’enfant de la femme et son frère est considéré comme un vrai père qui ne peut refuser de l’accueillir ; l’enfant peut donc aller vivre et s’établir chez ses oncles maternels, et hériter au nom de sa mère. C’est ainsi que dans les villages Nuna on voit partout des neko-bya installés en nombre dans la famille de leurs mamans. Ils sont considérés comme des parents, pas des concurrents. La tendance est de rassembler les neko-bya et les da-bya ; très peu de cérémonies se vivent sans qu’il y ait le rassemblement et la concertation des deux groupes. Dans le mythe que nous analysons, la rencontre sexuelle se présente comme une infraction à un interdit. L’attrait sexuel est contredit par l’interdit formulé par Dieu. L’homme n’en dispose pas ; il est dans la dépendance de Dieu. La sexualité est donc vue comme une puissance dangereuse. Pour les Nuna elle est une force sauvage que l’homme utilise momentanément pour procréer ; mais elle ne fait pas la vie de l’homme. Aussi la femme adulte se refuse très rapidement à ces relations qu’elle regarde comme infantiles, œuvres de fougue de jeunesse. Rien à voir avec l’exaltation sans limite de la relation sexuelle comme source du bonheur humain. La démesure accompagne la sexualité et qui ne sait pas la réguler en devient l’esclave. C’est donc l’homme (et non la femme comme dans le mythe de la Genèse) qui déroge à l’interdit ; c’est lui qui est faible et cède à la pulsion. Ainsi on voit que selon les cultures il se peut que ce soit l’homme qui soit plus entreprenant ou que ce soit la femme, même si les modes d’approche peuvent diverger. 

La rencontre a finalement lieu… même à l’épreuve de la mort. L’humour ici s’entoure d’éthique : dans la rencontre, ce ne sera pas la bête mâle qui s’empare de la femelle. L’humanité surgit : la parole intervient, le dialogue s’instaure qui déclare la rencontre homme-femme, rencontre de personnes qui s’unissent fondamentalement par ce qui fait leur être propre : la parole. (La Genèse est terre à terre, comme biologique : elle créa le mâle et la femelle. Adam monologue sur la beauté physique de sa femme, chair de sa chair. Dans le mythe Nuna, il les créa personne-femme et personne-homme.) Ici on ne fait pas intervenir un esprit malin qui atténuerait la responsabilité de l’homme. L’homme dans sa totale liberté assume sa pleine responsabilité et enfreint l’interdit en toute lucidité. Et pour cela il pervertit la parole ; le dabar qui dit l’événement, il s’en sert pour mentir. Au lieu de la vérité qui reconnaît l’autre, il instaure le mensonge qui réduit l’autre à un moyen de plaisir. La sexualité humaine est ainsi souvent le lieu du mensonge. Dans sa démesure elle pervertit non seulement le corps, mais l’homme tout entier, jusque dans sa relation avec l’autre homme. La richesse du mythe Nuna est grande en ce qu’il rattache la sexualité à toute la culture de l’homme : la sexualité est érigée en système : sexe-parole-nourriture-relation à l’autre. Dans la relation sexuelle qui a lieu dans le conte, on notera le point suivant : l’homme n’engrosse pas la quantité de femmes parmi lesquelles il vit. Mais il en choisit une  seule : un clin d’œil malicieux vers la polygamie qui peut même dans une culture non-chrétienne paraître déraisonnable. Elle est d’emblée hors cause dans le mythe Nuna. Les Nuna s’y soumettent pour protéger la femme du frère défunt, pour avoir une nombreuse descendance, jamais pour avoir plus de plaisir.  Le jugement de Dieu est prononcé avec humour et dédramatise la faute. Le Dieu des Nuna ne châtie pas, il ne punit pas ; il ne fait pas de mal à l’homme pour ce qu’il a fait de mauvais ; il ne condamne pas à la mort. Il aménage la dérogation à l’interdit qui conduit à la mort en une situation de vie. Que l’homme s’unisse à la femme, mais dans l’ordre ! L’homme ira donc causer avec la femme, la reconnaître comme son complément ; puis il la conduira chez lui pour lui offrir le miel de la relation sexuelle et de la vie commune. Un très beau mythe des origines et un très beau conte pour le décrire !


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