Pour aider celles et ceux qui dans le monde n’ont peu ou pas accès aux soins

La poterie au Burkina Faso
10 août, 2010, 5:22
Classé dans : Non classé

image13.pngLa poterie en Afrique est très ancienne. Elle apparait avant l’agriculture, dans une économie de chasse et de cueillette. Elle servait aussi bien à stocker les aliments qu’à les cuire.En dépit de l’apparition des matériaux modernes, son usage est toujours d’actualité. « Quelle est cette famille en Afrique ou au Burkina Faso, qui n’a pas de canaris ? ».
Cette exposition nous montre cette longue histoire de la poterie à travers les techniques de production, la variété des formes, la diversité des fonctions et des usages.

Introduction

Au Burkina Faso, la poterie est omniprésente, tant dans les villes que dans les villages. Si cet art est toujours aussi vivant, c’est qu’il est l’héritage d’une longue tradition bien antérieure aux temps historiques.
Les techniques de production, les formes et les fonctions ont évolué au cours des âges. Les fonctions de la poterie sont très nombreuses, dans la vie domestique tout d’abord, mais aussi dans les domaines de la religion, de la médecine, de l’architecture et même de la musique.
Aujourd’hui, malgré l’apparition des matériaux modernes, l’usage de la poterie est toujours d’actualité. En effet, quelle est la famille burkinabè ou africaine qui ne possède pas de canaris ? Cependant, la concurrence des nouvelles techniques de production et des matériaux modernes ne risque-t-elle pas de supplanter la poterie traditionnelle ?
La poterie sub-saharienne image23.png

La céramique constitue un bon indicateur du processus de socialisation d’un espace donné.
Les données archéologiques actuelles suggèrent l’apparition indépendante de la céramique en Afrique. Elles remettent en causes les thèses diffusionnistes qui faisaient venir du Proche et Moyen Orient à travers l’Égypte et le Sahara, l’invention et la diffusion de certaines technologies anciennes telles que la poterie et la métallurgie du fer en Afrique Subsaharienne.

image32.pngLes datations radiocarbones et à la thermoluminescence obtenues sur plusieurs sites archéologiques où la céramique est présente attestent de son apparition dans un contexte prénéolithique, décrochée de l’économie de production. La céramique apparaît en Afrique au sud du Sahara, avant l’agriculture et l’élevage donc dans une économie de cueillette.
L’autochtonie de l’invention des techniques de production de la céramique en Afrique au sud du Sahara est aujourd’hui certaine. Seule la pluralité des centres de production et celle des axes de diffusion restent en débat.

La poterie au Burkina Faso

Les études archéologiques et ethnoarchéologiques sur l’art céramique sont encore peu nombreuses et éparses. Une synthèse de l’histoire de la céramique au Burkina Faso permettant de définir les premiers centres de production et les divers axes de diffusion reste à établir.
On peut néanmoins esquisser les grands traits de l’histoire de cet artisanat dont les origines remontent aux cultures prénéolithiques.

La poterie prénéolithique

image42.pngFigure 1 : céramique archéologique datée de 2000 av. JC (Breuning & Wotzka – 2000)

Les données archéologiques actuelles situent l’apparition de la poterie au Burkina Faso dans un contexte prénéolithique, dépourvu des indices d’une économie de production. Les datations radiométriques obtenues sur les sites de Pentenga, Maadaga et Yobri (fig.1) dans l’extrême Sud Est du pays en zone de savane remontent à 2000 BC pour les plus anciennes céramiques associées à des microlithes. Elles contredisent la thèse diffusionniste de son introduction à partir du Sahara vers la forêt à travers le Sahel et la savane.

La poterie néolithique

image51.pngFigure 2 : céramique néolithique de Tinakoff datée de 1500 av JC (Nogelsang 1997)

La céramique accompagne le processus de néolithisation dans le Sahel burkinabé. Le second niveau du site RIM (RIM II) dans le Yatenga daté de 1650 BC contient des fragments de céramique associés à des céréales comme le mil (pennisetum), les pois de terre (voandzeia subterranéa), du matériel de meunerie (meules et broyeurs) et des haches et herminettes.Le site de Tinakoff daté de 1500 BC possède des tessons de céramique associés à des microlithes et des outils polis (fig.2) et celui d’Oursi daté de 1188 BC contient des restes de petit mil.

image6.pngFigure 3 : céramique néolithique de Sindou  (Andah 1980) La céramique découverte sur le site de Sindou (fig.3) non daté, à l’ouest du pays appartient à certains âges du néolithique. La diversité morphologique et la variété des décors témoignent d’une haute maîtrise des techniques de production céramique. Cette céramique est associée à des haches taillées, épaisses et de forme quadrangulaire.Cette céramique néolithique très fragmentée et usée a été modelée à partir des différents types d’argile d’abord avec des dégraissants inorganiques puis des dégraissants végétaux. Les récipients obtenus sont généralement de petite taille avec des parois peu épaisses, des formes sphéroïdes ou ovoïdes.Le décor relativement simple au départ était réalisé à partir des techniques telles que l’impression pivotante au peigne ou l’impression à la roulette que délimitent quelques incisions. Ces techniques décoratives ont perduré au cours du processus de néolithisation tout en s’enrichissant de nouveaux motifs, comme la cannelure, les chevrons, les ponctuations.L’utilisation de la poterie néolithique à des fins rituelles n’est pas encore prouvée de façon expresse par les données archéologiques. C’est une poterie à dominante domestique.

La poterie archéologique

L’histoire post-néolithique débute avec l’apparition des métaux. Les datations paléo-métallurgiques situent provisoirement l’apparition des techniques de production du fer autour de 400 BC soit le Vème siècle avant J-C sur les sites de Bena et Douroula localisés de part et d’autre de la boucle du Mouhoun (ex volta noire). La céramique est présente sur tous les sites de l’âge du fer et on assiste à une intensification de la production dont témoignent la variété des formes et la diversité des fonctions. Ce sont des sociétés sédentaires vivant principalement de l’agriculture, de la pêche et accessoirement du petit élevage.Outre l’utilisation domestique pour la conservation et la cuisson des aliments, la céramique sert aussi au stockage, sous forme de jarres greniers, des denrées agricoles et des produits de la cueillette. Les témoins archéologiques les plus anciens remontent au premier millénaire de notre ère.La céramique archéologique des sites d’Oursi et de Saouga au Sahel, datés du 1er millénaire après JC témoigne des évolutions techniques, morphologiques et de la variété des décors. Il en est de même à Kawara à l’ouest du pays.La poterie domestique

La céramique domestique découverte sur les sites post néolithiques témoigne de certaines innovations apparues au cours des temps historiques. L’éventail élargi des récipients traduit la spécialisation dans les techniques et la pluralité des centres de production. La multiplication des fonctions apparaît dans la pluralité des formes. Des éléments additifs tels que les anses, les tenons, les couvercles et les trépieds ou les poteries à fonds troués traduisent des différenciations fonctionnelles.

La variété des décors constitue aussi une innovation dans la céramique d’époque historique. La cannelure et le décor à la roulette, l’impression digitale et à la natte et l’engobe apparaissent sur certaines céramiques archéologiques datées du cours du 1er millénaire de notre ère. La céramique à col étiré relève des influences extérieures.

La céramique archéologique des sites d’Oursi (figure 4) et de Saouga au Sahel, datés du 1er millénaire après JC témoigne des évolutions techniques, morphologiques et de la variété des décors. Il en est de même à Kawara à l’ouest du pays.

image7.pngLes jarres greniers

Les vestiges d’un habitat compartimenté à Oursi daté du XIème siècle comportent des jarres greniers. On a découvert à l’intérieur de ces jarres des restes de provisions alimentaires composés de petit mil, de sorgho et de haricots carbonisés. Ces greniers meubles en argile crue ont été brûlés lors de l’incendie qui a occasionné l’abandon du site.

La tradition de confection des jarres greniers s’est maintenue dans certaines sociétés du Burkina Faso. On trouve ainsi des jarres greniersimage8.png chez les Kurumba de Pobé Mengao, héritiers du royaume du Lurum. Les femmes Nankana de Guelwongo en pays «  gurunsi  » gardent jalousement leurs greniers meubles qu’elles se transmettent encore de nos jours comme héritage familial. Dans les sociétés du sud ouest, il existe aussi des greniers-meubles, chez les Dian et les Lobi.
Les dimensions de ce mobilier varient d’au moins entre 50 cm et 150 cm de hauteur et l’épaisseur des parois dépasse souvent les 5 cm. Le décor incorpore des éléments anthropomorphes, zoomorphes ou fait appel à la cosmogonie. De par leur forme et leur fonction, les jarres greniers diffèrent de la céramique funéraire dont témoignent plusieurs sites archéologiques de fouilles datés au Burkina Faso.

La poterie ethnographique

Le Burkina Faso est constitué d’une mosaïque d’ethnies (plus de soixante) dont la mise en place remonte au Ier millénaire pour les sociétés considérées comme les plus anciennement établies (Nionussé / Ninsi, Dogon / Kurumba, Bissa / Sana, Bobo / Bwa, le groupe «  Gurunsi  ») La naissance et l’histoire des artisans spécialisés dans la production céramique au sein de ces ethnies se perd souvent dans les récits légendaires et mythiques. La majorité de la production céramique est dévolue aux femmes de forgerons considérées comme des castes à régime matrimonial endogame. Des exceptions existent dans lesquelles, le métier de potier est exercé par des hommes (de même que l’exogamie est pratiquée dans certaines sociétés).

L’inventaire de la céramique ethnologique au Burkina Faso n’est que partiellement réalisé. Il témoigne néanmoins d’une extrême richesse due à la multiplication des centres de production. La diversité des formes et la variété des fonctions et la pluralité des techniques de production.

Les techniques de base de production céramique diffèrent d’un groupe d’artisans à un autre. Certaines potières utilisent alternativement plusieurs techniques dans la chaîne opératoire. Ces variations techniques sont le résultat de traditions conservées et d’innovations acquises au cours de l’histoire. Parmi les éléments communs, on peut citer l’usage du dégraissant en général, la chamotte, l’absence de tour dans les séquences de montage et la cuisson en tas, à l’air libre.

La chaîne opératoire de la poterie

Les carrières

Limage9.png‘exploitation de l’argile des mares et des cours d’eau à ciel ouvert est plus répandue au Burkina Faso que celle issue de l’extraction des carrières. Ces lieux d’extraction sont en général peu éloignés mais certaines carrières peuvent se situer parfois à près de dix kilomètres du lieu de production artisanale de la poterie. Les aspects religieux, notamment les sacrifices propitiatoires qui sous tendent les activités de production céramique ont peut-être contribué au faible niveau de recherche de nouveaux sites d’extraction de l’argile. Les traditions orales attestent de l’utilisation pluri-centenaire de la majorité des carrières d’argile.

Les moyens de transport restent les paniers en matière végétale ou les assiettes métalliques portés sur la tête. L’utilisation de la charrette à traction asine se répand lentement pour cause de son coût élevé. L’argile ainsi parvenue à l’atelier peut être mis en séchage ou directement mouillée en fonction des qualités des constituants physico-chimiques.

L’atelier

Limage10.png‘atelier occupe souvent un espace réduit de l’enceinte résidentielle ou une pièce de l’habitation quotidienne. Les artisans qui façonnent à l’aide d’un moule concave, construisent des cases spécialement aménagées avec des cavités sphériques de différentes dimensions creusées dans le sol ou dans une masse d’argile. Dans les ateliers où l’on façonne en colombinage, on trouve comme équipement mobilier, des fragments de meules, des fonds et des bords de vieilles céramiques en guise de support au façonnage. Cet équipement traditionnel s’est enrichi dans certains ateliers avec l’introduction du tour métallique dans le dispositif de façonnage.La préparation de la pâte d’argile La préparation de la pâte d’argile destinée au façonnage des poteries constitue une étape importante puisqu’il s’agit de lui conférer des caractères qualitatifs à même de réduire le taux d’échec lors du séchage et de la cuisson des poteries. Les qualités physico-chimiqueimage111.pngs des argiles ont conduit les potières à adopter différentes techniques de traitement de la pâte argileuse. Dans certaines régions, on mélange deux ou plusieurs types d’argile tandis qu’ailleurs, la pâte est préparée à partir d’un seul type d’argile.
Certaines potières, après l’extraction de l’argile, la font sécher pour réduire le taux d’humidité. L’argile séchée est ensuite pilée et tamisée, soit avec des tamis faits de fibres végétales, soit avec des tamis métalliques. L’argile ainsi débarrassée des impuretés (sable, gaillettes de mica, petits galets de quartz, fragments de calcaire, débris végétaux) est mouillée pendant toute une journée et/ou une nuit, avant d’être pétrie.
Parfois, l’argile issue des carrières est directement mouillée pour la préparer au pétrissage. Le choix des techniques de traitement de l’argile dépend donc de ses constituants physico-chimiques issus du milieu de sédimentation.

Le pétrissage et les dégraissants

image121.pngCette opération est capitale puisque que c’est au cours du pétrissage que les dégraissants divers sont ajoutés à la pâte pour bien mélanger les éléments plastiques et non plastiques. Les dégraissants peuvent être d’origine minérale ou végétale ou encore des déjections d’animaux (crottins d’âne ou de bœuf). Le dégraissant le plus répandu chez les potières du Burkina est la chamotte, constituée de tessons de vieilles poteries broyées en poudre. Quelques potières utilisent, à la place de la chamotte, des scories réduites en poudre.

Certains potiers effectuent le pétrissage avec les mains, d’autres avec les pieds ou les utilisent alternativement.

Le façonnage

image131.png

image14.pngOn peut distinguer au moins trois types de façonnage avec des variations techniques, surtout dans le dispositif servant de support à la céramique en cours de fabrication et les instruments employés : le moulage, le colombinage et le modelage. Certaines potières, certains potiers combinent parfois deux techniques lors du façonnage des poteries.Le moulageLe moulage peut s’effectuer avec un moule concave ou avec un moule convexe. Le moule concave peut être fixe ou mobile. Le moule fixe est une cavité sphérique creusée soit directement dans le sol soit dans une masse d’argile séchée. Dans ce dernier cas, il se présente comme un disque à fond concave. La technique consiste à aplatir à la main l’argile façonnée en forme de disque épais. L’artisan fait tourner le disque d’argile qui devient de plus en plus mince et s’étend en forme de calotte sphérique. Il ajoute du sable à la surface de la cavité pour la rendre glissante. Lorsque le fond et la panse de la poterie sont ainsi construits, on la laisse sécher. Le bord et la lèvre se font avec des boudins d’argile qu’on lisse en y ajoutant de l’eau en en frottant le bord avec une feuille d’arbre ou la cosse d’un fruit. Certains emploient un chiffon ou d’autres instruments pour lisser le bord.Le façonnage à l’aide d’un moule convexe se fait sur le fond d’un fragment de poterie renversé. Cette technique sert à façonner uniquement le fond du pot ou un bol à ouverture très large. Le colombinageLe colombinage, s’est la superposition de colombins ou boudins en vue du façonnage d’une poterie.
Le dispositif technique du colombinage utilise toujours un plateau, généralement le fond d’un vieux canari sur lequel on forme la poterie. Certaines potières utilisent une assiette de métal émaillée. L’ensemble du dispositif tourne, ce qui permet à la potière de monter les colombins tout en étant assise. Lorsqu’il s’agit de grandes jarres, elle est obligée de tourner autour de la poterie pour monter les colombins.
L’argile est roulée en boudins en forme de fuseau. Le montage s’effectue par le pincement des colombins entre le pouce et l’index de la main droite, tandis que la main gauche servant de pression externe est placée entre le premier stade et le support. Après quelques superpositions des boudins, les jointures sont effacées à l’intérieur et à l’extérieur par lissage.
Le modelageCette technique concerne les récipients de petite dimension. La potière creuse l’intérieur de la masse d’argile à l’aide des mains ou avec des coups de poings. La mise en forme se fait par étirement et par amincissement dans un mouvement circulaire jusqu’à obtenir une forme grossière qui sera affinée par la suite. La main gauche fait tourner le dispositif mobile et la main droite régularise l’intérieur de la poterie. Après un léger séchage le bord est façonné par des boudins comme le colombinage.Le lissage

Le lissage consiste à égaliser la surface d’une poterie encore humide. Les lignes de superposition des colombins sont supprimées et les parois internes et externes sont régularisées à l’aide de divers instruments. Une large feuille d’arbre, une cosse de fruit ou le limbe de maïs sont utilisés dans l’opération de lissage. Certaines potières emploient aujourd’hui la face externe d’une cuillère métallique. Cette opération prépare la surface extérieure de la poterie à la décoration.

La décoration

Le décor en relief est très repandu dans la céramique ethnographique du Burkina Faso.image15.png La très grande variété des décors témoigne de l’ingéniosité des potières dans la combinaison des motifs. Au delà de l’aspect esthétique, le décor constitue une marque d’atelier. Des signes distinctifs permettent ainsi aux potières de reconnaître leur production au sein d’un ensemble de poteries lors de la cuisson collective. Le décor devient une marque de propriété, une sorte de label. Il s’effectue en général lorsque la surface externe est encore humide. On rencontre quelques rares décors internes à l’intérieur de la lèvre de la poterie.
Les instruments de décoration varient selon le motif recherché. L’usage de la paille tressée ou du fil de coton tressé, du bracelet torsadé en laiton est commun à beaucoup de potières. L’épi de maïs égrené ou un morceau de bois gravé permet d’obtenir d’autres motifs décoratifs. Le ressort métallique de cycles est de plus en plus employé dans la céramique contemporaine.
Parmi toutes les variétés des décors, la technique de l’impression effectuée au peigne fileté ou à la roulette est la plus répandue et la plus ancienne. Le décor incisé ou en chevrons, présent sur la céramique archéologique perdure dans la céramique ethnographique. La moulure et le décor piqueté apparaissent comme des innovations.
La cuisson

Parmi les techniques traditionnelles de cuisson des poteries, celle réalisée en tas, à l’air libre, généralement à la périphérie du village reste la plus répandue. A quelques variantes près, cette pratique est demeurée immuable. Les poteries soigneusement rangées sont recouvertes par de gros tessons. Le combustible recouvre l’ensemble des poteries à cuire. Après la mise à feu, les potières expérimentées exercent une surveillance permanente en attisant le feu selon le degré de cuisson voulu. Pour obtenir la teinte noire, les potières aspergent les récipients de décoctions de gousses de Néré (Parkia biglobosa), préalablement bouillies.
La cuisson pratiquée dans le four traditionnel est employée dans certaines régions du Burkina Faso.
L’emploi du four traditionnel est une innovation mais encore peu répandue. Le four se présente sous la forme d’une construction circulaire à toit ouvert. Des évents au niveau du sol servent à allumer le feu et à extraire la cendre. La capacité de charge de ce dispositif est moindre que la cuisson à l’air libre mais il permet un meilleur contrôle des flammes et préserve les potières des émanations de la fumée.
Le four moderne à toit conique est une innovation très récente dont l’emploi reste encore limité à quelques villages dont les potières ont suivi une formation dans des ateliers spécialisés. La capacité de charge varie selon les dimensions de la construction. Les avantages du four moderne son l’utilisation en toute saison, l’économie du combustible et la préservation des potières des brûlures.

image16.png

Les fonctions domestiques

Rares sont les domaines de la vie des sociétés burkinabé dans lesquels la céramique n’intervient pas. De la naissance à la mort, la poterie sous tend les activités des populations.
La majorité de la poterie produite au Burkina Faso a d’abord un caractère utilitaire car destinée à un usage domestique.
L’univers magico-religieux et médicinal qui sous tendent le déroulement normal de la vie nécessite une production céramique aux formes et aux décors particuliers d’où le secret qui entoure parfois les techniques de production.
L’usage domestique de la poterie est de loin la fonction prédominante et la plus répandue dans les sociétés du Burkina.

Les fonctions religieuses et médicinales

La poterie religieuse

image17.png

 

 

 

 

La séparation entre religion et médecine est pratiquement impossible à faire dans les sociétés traditionnelles burkinabé. Cette imbrication du religieux et du médicinal permet au praticien de préserver les secrets de ses pratiques médicinales.

L’inventaire de la céramique destinée aux pratiques religieuses ne peut être exhaustif du fait de la pluralité des cultes liés aux différentes divinités et au secret qui les entourent. Cette poterie est généralement fabriquée sur commande auprès des potières avec des indications précises sur la forme et le décor du récipient. C’est le domaine où l’on rencontre la plus grande diversité de formes et de décors. Les mythes et les légendes qui entourent ces récipients visent à préserver le secret des techniques de production. Ces poteries sont rituellement sacralisées en étant destinées à des usages spécifiquement réservés aux cultes. Elles interfèrent souvent avec la poterie médicinale.

La poterie médicinale

La poterie destinée à des pratiques médicinales nécessite souvent des récipients à l’état neuf pour un usage unique. Cette situation est dictée en réalité par la nécessité de rendre plus efficient l’effet des plantes portées en ébullition ou par macération. Ce type de poterie généralement de petite dimension présente une gamme assez variée de formes avec parfois des décors insolites.

Poterie et fécondité

image18.pngLes témoignages affirment l’utilisation de la poterie dans le domaine de la maternité dans certaines sociétés du Burkina.
A la naissance, le placenta est placé dans une petite poterie avant d’être enterré. Une poterie toute neuve sert à faire bouillir les plantes médicinales destinées aux bains quotidiens du nouveau né et parfois de sa mère.
Chez les Bobo,  Lobi et les Mossé, des poteries dîtes de «  gémellité  » sont expressément fabriquées à l’occasion de la naissanceimage19.png de jumeaux, considéré comme un heureux événement. Des cérémonies rituelles accompagnent ce type de naissance.
En cas d’infécondité, une poterie toute neuve sert à contenir les décoctions et les plantes médicinales nécessaires. Ces poteries sont souvent munies d’un couvercle.
Poterie et architecture

La céramique intervient dans l’habitat traditionnel burkinabé. Dans les maisons en terrasses, elle sert à délimiter et à fermer les lucarnes.
Les gouttières en bois sont remplacées dans certaines régions par des gargouilles en argile cuite.
Le sommet des cases en paille est parfois retenu par des fragments de grosses jarres.
Certaines constructions religieuses traditionnelles incorporent la poterie non seulement comme un élément décoratif mais aussi comme récipient pour des potions thérapeutiques.

image20.png

On retrouve aussi une poterie à morphologie particulière dans les minarets des mosquées, élément décoratif, mais surtout anti érosif (gargouilles).

Poterie contemporaine

La longue tradition de la poterie burkinabè et l’ouverture aux influences du monde moderne ont donné naissance à une nouvelle production plus proche des conceptions esthétiques des arts décoratifs contemporains
Les créations actuelles de certains ateliers sont l’œuvre de véritables artistes plasticiens : pièces uniques, recherche systématique de l’originalité et de l’esthétique…. Tel est le cas des créations d’Hubert Compaoré, maître potier à Ouagadougou.
Il a obtenu le Prix UEMOA au SIAO 1998 et le Prix de l’Ambassade de France en 2000. Depuis, il expose régulièrement en France et en Europe.

PS : Les textes ont été intégralement écrits par Monsieur Antoine Millogo, professeur d’Histoire et Archéologie à l’Université de Ouagadougou.


Un commentaire
Laisser un commentaire

  1. saida

    c’est très bien, je cherche les instruments de décor.
    est ce que si pussible vous m’envoieriez les photos et les décors qui a été faite avc



Laisser un commentaire

RelaxAntoiZen |
guérir-autrement |
Olivier Ange |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mutuelle senior
| مرحب...
| Le Blog de Xavier