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Tissage et tissus du Burkina Faso
12 août, 2010, 5:47
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Les tissus les plus caractéristiques

Voici les plus intéressants par ordre de prix, des plus luxueux aux plus abordables :

Les Bogolans

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Les bogolans (bogolan = ce que donne l’argile) sont essentiellement fabriqués en Guinée, au Mali, au Burkina Faso et dans le nord ouest de la Côte d’Ivoire.

Conçus à partir d’un coton blanc tissé et filé à la main (toile assez épaisse), les bogolans sont le fruit d’une vieille tradition. Ces cotons sont trempés dans une teinture végétale (décoction à base de feuilles) qui donne une couleur beige voire jaunâtre. Le bogolan est alors mis à sécher au soleil puis de la boue est appliquée sur le tissu (généralement couleur du fond, ou couleur dominante de la tenture). Le tissu est ensuite remis à sécher puis est lavé pour retirer les excédents de boue (et ainsi de suite pour chaque couleur). C’est une technique laborieuse (méthode additive).

On peut aussi décolorer certaines parties déjà teintées (méthode soustractive) par l’action de savon corrosif ou bien d’eau de javel.

Des applications de décoctions (macérations de feuilles ou de fruits du tamarinier) fixent ensuite les couleurs.

Ce tissu décoré existe en deux qualités (lavable à 30°C sur l’envers) :
- Bogolan light (un coton tissé mécanique décoré de motifs au pochoir). Vous retrouverez dans ces tissus toute la douceur des couleurs de l’Afrique (le sable, la terre). Très facile d’entretien, vous pourrez l’utilisez sans problème pour toutes vos créations.
Vous le choisirez surtout pour ses couleurs naturelles contrastées !
- Bogolan extra (un coton lourd, teint à la main). Chaque pièce est unique. Vous pourrez l’utiliser pour réaliser une veste ou une jupe inédites !
Vous le choisirez surtout pour sa rareté et son originalité !
Pour en savoir plus : Confectionnés à partir de bandes mesurant une douzaine de centimètres de large, ils sont ornés de motifs abstraits, géométriques, ou encore racontent une légende ou vantent les exploits de la personne qui les portent. Après une coloration de base qui permet la fixation des autres couleurs, le tissu est exposé au soleil pour renforcer la teinte jaune obtenue. Le dessin est ensuite appliqué par un travail en négatif, en réserve, à l’aide de boues fermentées pour obtenir les différentes teintes. Après le séchage de l’étoffe au soleil, cette dernière est soigneusement lavée, afin d’enlever l’excédent de boue. Le dessin apparaît à cette étape en noir sur un fond ocre jaune. Ensuite, il est possible d’éclaircir ou de foncer certains traits par des décoctions de minéraux ou de végétaux. Les teintures successives sont fixées par des fixatifs végétaux (par exemple, les feuilles et les fruits du tamarinier qui fixent le noir et l’ocre jaune).
Les bogolans étaient portés par les sorciers et les chasseurs maliens. Ils ont une valeur mystique importante.

Le terme de bogolan désigne à la fois un tissu et un style particulier de teinture artisanale. Cette technique est utilisée en Afrique de l’Ouest : Mali, Burkina Faso, Guinée. Le mot bogolan, vient des mots bogo « terre », et lan  » avec » (en langue bambara, la plus utilisée au Mali). Comme tout « objet d’art  » africain, le bogolan est un objet puissant et symbolique. La ville de San au sud du Mali devient petit à petit la capitale du bogolan. Elle est aussi la capitale des Bobos en territoire malien après Tominian.

Sa toile grossière en coton est filée et tissée en bandes de 5 cm à 12 cm de large, puis vendue en rouleaux longs de plusieurs mètres. Ces bandes sont cousues bord à bord à la main, pour former des pièces de tissu. Le tailleur y découpe un costume. Puis l’artiste en bogolan commence son travail de teinture. La teinture de base, est obtenue par trempage dans une décoction de feuilles de ngalama et séchage à plat au soleil. L’artiste dessine avec la boue fermentée (bogo) à l’aide d’un calame ou d’un pinceau. Les parties  » rouges  » (du rouille au brun) sont faites avec une décoction d’écorces de mpécou. Oublié quelques temps, elle produira une teinture kaki. L’obtention des parties blanches de la pièce de bogolan qui se faisait en frottant ces parties au savon (écologique), a été remplacée par un mélange de poudre lessivielle, chlore et savon de karité servant de décolorant puissant.

Sont aussi employés : terre ocre, teintures minérales, décoctions végétales (feuilles ou écorces d’arbres broyées et mélangées avec de la potasse ou de la soude).

Utilisation : vêtements chauds, notamment la tenue traditionnelle des dogons. En Europe généralement, tentures ou plaids décoratifs.

Le Rabal

image33.pngOriginaire du Burkina Faso, les nomades peulhs le tissent en bandes, avec quelques motifs contrastants.
Ce tissage existe en deux qualités (laver sur l’envers à 30°C):
- un tissage « De luxe » coton écru avec motifs contrastants, dans des tons naturels, en bandes de 30 cm, réalisé sur commande auprès des habitants de la région du fleuve Sénégal et du sud de la Casamance.

Vous le choisirez surtout pour sa classe et son confort luxueux !
- un tissage ordinaire, coton écru avec inserts noirs irréguliers en bandes de 10 cm. Rustique, ce tissage permet de réaliser des jupes ou des vestes originales en noir et blanc !
Vous le choisirez surtout pour son aspect naturel et simple !

Le Tioup

image24.pngOriginaire essentiellement de Guinée, c’est un Bazin blanc sur lequel on applique une teinture bleue (indigo) par obturations manuelles, cette opération nécessitant plusieurs jours de travail. Chaque pièce est ainsi unique et présente des motifs originaux, le plus souvent des lignes ou des motifs évoquant des coquillages. Vous le choisirez surtout pour l’originalité de ses bleus profonds contrastant avec les motifs blancs !
Pour en savoir plus : produit typique de la culture mandingue. Les femmes brodent avant la teinture les parties qui ressortiront blanches. La qualité du Tioup dépend de la qualité de la suppression précautionneuse des broderies pour éviter les trous dus aux ciseaux ! L’indigo étant très tenace, nous vous conseillons de laver votre création une ou deux fois seule pour dégorger le surplus de teinture… et ensuite tout à fait normalement, même à la machine à 30 ou 40°C !

Le Bazin

image43.pngC’est un coton uni avec motif de trame, disponible dans des couleurs douces et légères (bleu ciel, jaune poussin) ou plus puissantes et profondes (chocolat, bleu nuit). Il est très populaire en Afrique ; il est utilisé notamment pour la confection de tous les costumes de cérémonie comme les grands boubous. Coton lavable à 40°C. Les sénégalais l’amidonnent pour les grandes occasions. Repassage conseillé.
Vous le choisirez surtout pour sa discrétion et sa classe !
Pour en savoir plus : Il est importé blanc de Hong Kong et d’Allemagne, vendu sur le marché local et ensuite teint. Le tissu teint est trempé dans de l’amidon, séché au soleil puis battu à la main pour le rendre brillant.

Le Batik

image52.pngCette technique d’impression consiste à enrichir un tissu blanc ou déjà coloré (Laver séparément 1 ou 2 fois pour éliminer l’excès de teinture – repassage conseillé). Deux rendus possibles :
- Batik au pochoir : des motifs en réserve sont effectuées à la cire à l’aide de pochoirs en bois
- Batik pliage : le tissu est plié, ficelé, on le trempe dans la (ou les) teinture(s) ; lorsque c’est sec, on enlève les fils et surprise, des zones contrastantes apparaissent !
Vous le choisirez surtout pour ses impressions uniques et son rendu artisanal !

Le Batik est une technique de teinture de tissu. Tous les tissus présentés ne sont pas peints mais bien teints : pour ce faire deux techniques sont utilisées : la technique des réserves et la technique des ligatures.

La technique des réserves consiste à appliquer sur le tissu une matière imperméabilisante (amidon, cassave et cire en Afrique, pétrole en Afrique et en Asie) sur les parties de la tenture que l’on ne veut pas teinter. Le maître batikier prépare lui-même ses teintes. Après le trempage du tissu les motifs imperméabilisés apparaitront non teints dans la couleur initiale du tissu. On fait alors bouillir le tissu afin de faire fondre la cire. Chaque couleur du batik nécessite un bain de teinture : il y aura autant de bains différents que de couleurs.

Exemple : un batik qui comporte 15 couleurs demandera de renouveler les opérations de trempage, lavage et séchage 15 fois. C’est une technique laborieuse.

La technique des ligatures consiste à nouer certaines parties du tissu avec un fil très serré qui empêche la teinture de pénétrer jusqu’au centre du nœud (on peut insérer au centre un caillou). Le tissu est alors trempé dans la teinture (technique très utilisée avec l’indigo). Après lavage et séchage, une fois les nœuds défaits, les zones serrées par les fils apparaissent dans la couleur d’origine du tissu alors que le fond du tissu est teinté : ces motifs auront une forme d’anneaux. Pour obtenir des lignes droites on peut aussi plier finement le tissu dans toute sa longueur et le maintenir serré avant de le teinter (technique utilisée pour obtenir aussi des fond marbrés).

La craquelure est obtenue en chiffonnant l’étoffe enduite de cire. La couleur pénètre de manière irrégulière. La cire est éliminée par un passage en eau bouillante.

C’est un procédé artisanal ancien, javanais (originaire des Indes Néerlandaises) et introduite en Europe au XVIIe siècle.
Utilisation : confection féminine, ameublement, foulards.

Le Wax

image61.pngCe coton épais est imprimé au Sénégal des deux côtés du tissu grâce à un système de cire. Il est caractérisé par ses motifs de toutes tailles, figuratifs ou géométriques et par ses variations de combinaison : bleu & orange, bleu clair & bleu foncé, jaune & rouge. Coton léger – peu transparent ; lavage machine 40°C.
Vous le choisirez surtout pour sa qualité et son originalité !

Le Khartoum

image71.pngCe tissu nous vient du nord sur les bords du fleuve Sénégal jusqu’aux confins de la Mauritanie. Ses principaux atouts sont les couleurs vives et la finesse du fil employé. Ce voile étant très transparent, il est conseillé de réaliser une doublure pour la confection des robes et

. Vous l’utiliserez pour des créations légères et fluides. Lavable à 30°C.
Vous le choisirez surtout pour son côté vaporeux et ses transparences ! Les femmes mauritaniennes font des batiks extraordinaires.

Le tissage chez les Mossi du Burkina Faso : dynamisme d’un savoir-faire traditionnel

Par Anne Grossie Docteur en anthropologie.

Introduction ; Les études sur le tissage en Afrique de l’Ouest révèlent qu’un faible intérêt a été porté aux populations mossies du Burkina Faso. La spécialiste des textiles d’Afrique de l’Ouest, Renée Boser-Sarivaxévanis (1972), souligne même leur absence parmi les collections des musées occidentaux.

Les pièces anciennes sont méconnues, et les sources restreintes. En 1892, le lieutenant-général Binger relate le  »  retard   » des Mossi dans l’industrie et précise qu’ils ne confectionnent presque pas de cotonnades, si ce n’est un tissage blanc très commun (Binger, 1892). Les Mossi seraient alors dépendants de la production haoussa des centres tels que Kano et Sokoto. Une trentaine d’années auparavant, Heinrich Barth (1859) écrivait que les Mossi fournissaient le marché de Dori en bandes de coton qui constituaient la monnaie de troc entre le Liptako et la ville de Tombouctou.

Sans permettre d’évaluer l’importance réelle du tissage chez les Mossi au XIXe siècle, ces récits convergent sur la simplicité de leurs cotonnades. Ceci explique que ces pièces traditionnelles soient apparues bien moins intéressantes du point de vue technique, graphique ou chromatique que les kente ashanti du Ghana, les ikat baoulé de Côte d’Ivoire, ou les aso oke yoruba du Nigéria.

Cependant, la fin du XXe siècle révèle le dynamisme du tissage mossi, qui en fait un exemple de développement durable. Ses mutations singulières, par rapport aux régions et pays voisins, résultent d’impulsions individuelles, dans des domaines aussi divers que la religion, la politique ou l’art. Nous étudierons les étapes de ces transformations profondes et les acteurs de ces mutations.

L’apport religieux : l’inversion du genre : Le premier changement fondamental concerne l’inversion du genre. Le tissage, qui était une activité masculine, devient pratiquée par les femmes. De manière remarquable, la religion est au cœur de la transmission de ce savoir-faire, mais si l’Islam introduit le métier à tisser chez les hommes, ce sont les missions chrétiennes qui développent cette technique dans le milieu féminin.

Renée Boser-Sarivaxévanis (1975) attribue l’origine du tissage en Afrique de l’Ouest aux tisserands castés Maabube Peul. Ils seraient partis du Mont Aïr (situé dans le Niger actuel) pour atteindre le Macina autour du VIIe siècle. À partir du Macina, leur expansion se serait faite suivant deux axes : d’une part, une migration vers l’Ouest en direction du Mont Guidimaka, afin d’atteindre ensuite les peuples côtiers Wolof, Serer et Toucouleur, et d’autre part une extension dans la boucle du Niger qui devint l’épicentre de diffusion du tissage, atteignant progressivement les populations Bambara, Dogon et Mossi, et rejoignant le peuple Haoussa.

Les routes de cette diffusion, qui s’étale sur près de dix siècles, correspondent aux axes de la conversion à l’Islam. Une relation évidente existe entre les dogmes religieux préconisant de cacher sa nudité et l’enseignement du tissage comme moyen efficace et rapide de fabriquer des vêtements. L’apprentissage du tissage se présente comme une application empirique des préceptes théoriques du Coran. Les Mossi ne se sont pas convertis de façon massive. C’est principalement le groupe Yarsé qui s’est islamisé. De manière logique, ce sont justement les hommes yarsé qui pratiquent le tissage (Roy, 1982).

Les caractéristiques techniques du métier à tisser reflètent son origine nomade, puisque c’est un métier démontable et transportable. Il se définit par son peigne et ses lices suspendues, qui lui confèrent une grande rapidité d’exécution grâce à la synchronisation du travail : les pieds sélectionnent les nappes de fils de chaîne grâce aux pédales qui actionnent les lices, et les mains assurent alternativement le passage de la navette pour former la trame, et le rabat du peigne pour tasser le tissage. Ce métier réalise une longue bande de tissage d’une dizaine de centimètres de largeur, qui est enroulée au fur et à mesure de son exécution sur la poitrinière.

Les Mossi tissent le coton, activité saisonnière, pratiquée en saison sèche, en complément des travaux agricoles de la période pluvieuse. Pour les hommes mossis, tisser n’est pas vraiment un métier, mais plutôt une occupation, qui se conjugue avec l’activité de filage des femmes.

Cependant, de manière traditionnelle, certaines femmes tissent également, mais leur production apparaît très marginale, voire confidentielle. Elles utilisent un métier vertical à lices fixées, introduit par les populations yorouba (Boser-Sarivaxevanis, 1975). Les pièces ainsi réalisées atteignent une largeur d’une cinquantaine de centimètres, et une longueur limitée par la hauteur du métier. La lenteur d’exécution du tissage sur ce métier est liée au fait qu’il soit actionné de façon manuelle, faisant travailler seulement les membres supérieurs, déjà sollicités par les activités de pilage du grain pour les préparations alimentaires. La très faible productivité du métier vertical de la femme en comparaison du métier horizontal de l’homme explique que ce type de tissage féminin ait été réservé à des vêtements plus exceptionnels, fabriqués sans souci de délai.

De par l’efficacité et la prépondérance du métier à tisser à lices et peignes suspendus, le tissage est longtemps apparu comme une activité principalement masculine. Contrairement à la pratique sporadique du métier vertical, la diffusion et la transmission du tissage du genre masculin se sont organisées à travers toute l’Afrique de l’Ouest. Cependant, les femmes ne pouvaient travailler sur ce métier pour des raisons de décence, car il nécessite une posture jambes écartées.

De manière singulière, c’est à nouveau dans un contexte religieux que le tissage chez les Mossi va connaître ses transformations les plus remarquables. Autour des années 1956-1957, des religieuses mossi de l’ordre de l’Immaculée Conception (mouvement religieux autochtone fondé en 1924) ont l’idée de concevoir et de construire un métier à tisser horizontal à pédales destiné aux femmes. Comme nous l’a expliqué Sœur Emilia.

Entretien de Sœur Emilia expliquant les débuts du tissage…Cette confrérie religieuse s’était donné pour but d’accueillir les jeunes filles fuyant le mariage forcé, et de les former afin qu’elles maîtrisent un savoir-faire leur offrant quelques revenus. Après avoir essayé la broderie et le tricot de layettes, qui s’avérèrent peu lucratifs et dépendants de la clientèle d’expatriés, elles se tournèrent vers le tissage pour rechercher des consommateurs locaux plus nombreux. En comparant la différence de productivité entre le métier à tisser vertical des femmes et celui des hommes, elles cherchèrent à fabriquer une version féminine du métier horizontal. Ce métier à pédales pour femmes, également appelé  »  métier amélioré  « , présente des différences majeures avec sa référence d’origine pour hommes. La tisseuse travaille assise sur un tabouret, dans une position décente même si elle revêt un pagne drapé. En outre, son corps est situé à l’extérieur du métier, alors que le tisserand s’installe à l’intérieur du bâti du métier, la barre de la poitrinière reposant sur les hanches. Le métier féminin permet ainsi à une femme enceinte pratiquement à terme de pouvoir tisser. En ce qui concerne le tissage à proprement parler, cette machine exécute des bandes d’une largeur supérieure au métier à tisser masculin, de 30 à 40 centimètres. Même si les femmes préfèrent étendre les fils de chaîne sur un traîneau, il est également possible de les enrouler sur un tambour fixé au métier, pour travailler dans un espace réduit, par exemple en intérieur durant la saison des pluies.

Les premiers métiers féminins à pédales, tels qu’a pu les recenser Jocelyne Étienne-Nugue (1982), à la fin des années 1970, furent construits en bois, et ils furent ensuite rendus plus robustes grâce à une structure métallique. Les principaux lieux de fabrication de métiers à tisser sont la mission des Pères blancs de Saaba, ainsi que des ateliers de soudeurs, tels celui d’Hippolyte Ouedraogo.

En une dizaine d’années, de nombreuses femmes furent formées au tissage, par un apprentissage dans une mission chrétienne, ou auprès d’une femme tisserand déjà formée. Cette situation a offert du travail aux femmes, sans porter préjudice à l’activité masculine. En effet, elle n’a pas supprimé le tissage traditionnel des hommes au coton filé au fuseau. Si cette production a diminué, cela s’explique plutôt par un contexte général où les bandes tissées ne servent plus de monnaie d’échange, et où le secteur de l’habillement s’est diversifié, avec une consommation importante de pagnes industriels imprimés et de fripes. Cependant, le pagne artisanal traditionnel remplit toujours une fonction sociale qui garantit sa production.

D’autre part, la complémentarité entre l’activité féminine de filage et le tissage masculin s’est estompé avec l’usage de plus en plus fréquent de fil industriel ; le tisserand ou la tisseuse devient donc indépendant(e) de sa source d’approvisionnement. Les artisans utilisent du fil fabriqué en Côte d’Ivoire par la FTG (Filature textile de Gonfreville), ainsi que dans le pays. Les écheveaux burkinabè ont été produits pendant une trentaine d’années par Faso Fani, implantée à Koudougou en 1970. La filature représentait 30 à 40 % de la production de l’usine, dont l’activité principale était la fabrication de pagnes industriels imprimés de type fancy. La concurrence asiatique dans ce secteur, les tentatives avortées de privatisation à la fin des années 1990 (l’État était majoritaire au capital de cette société anonyme, avec plus de 68 % des parts) et une succession de fermetures temporaires ont entraîné la liquidation définitive de Faso Fani. Depuis 2000, la production de fil de coton est assurée par la Filsah (Filature du Sahel), créée en 1997 à Bobo Dioulasso.

Le tissage féminin ne connaît pas de résistance de la part des artisans hommes, mais ne se développe pourtant pas dans un contexte idéal, à cause de la concurrence d’étoffes d’importation. En outre, la qualité d’ouvrage des femmes sortant de l’apprentissage n’est pas très compétitive. L’intervention du chef de l’État leur apportera un soutien formidable.

Le soutien politique et la professionnalisation des femmes tisserands : L’arrivée au pouvoir, en 1983, de Thomas Sankara va avoir une très grande incidence dans le secteur du tissage féminin. Le discours qu’il prononce quelques années plus tard, le 8 mars 1987 à l’occasion de la Journée internationale de la femme, illustre d’une part son appui à l’émancipation de la femme, et d’autre part son engagement à la promotion des tissages locaux ou dan fani. De manière remarquable, le pupitre duquel il parle est recouvert d’un tissage réalisé par une tisseuse sur un métier amélioré (Sankara, 2001).

Nous retiendrons deux phrases essentielles dans son discours : [La femme doit]  »  s’engager davantage, dans l’application des mots d’ordre anti-impérialistes, à produire et consommer burkinabè en s’affirmant toujours comme un agent économique de premier plan – producteur comme consommateur des produits locaux  « . Plus loin, il précise :  »  la femme dans son foyer devra mettre un soin à participer à la progression de la qualité de la vie. En tant que Burkinabè, bien vivre, c’est bien se nourrir, c’est bien s’habiller avec les produits burkinabè  « .

Thomas Sankara fixe alors un double objectif : produire et consommer. La production de dan fani va alors se structurer. Progressivement, les femmes qui tissent s’organisent en coopératives et sortent ainsi de l’invisibilité du statut de ménagère pour acquérir une reconnaissance sociale. C’est ainsi que se forme par exemple, en 1984, la Coopérative de production artisanale des femmes de Ouagadougou (COPAFO), située au centre de Ouagadougou, à côté des anciens établissements Peyrissac. Leur présidente, Marie-Odette Ouedraogo, me confia qu’elle avait appris le tissage en 1972, dans le centre social de Vilbagro, et exerçait ce métier à son domicile. L’exemple d’autres coopératives de femmes lui a fait comprendre qu’en se regroupant les femmes gagnaient davantage qu’en travaillant de manière individuelle à la maison. Elle s’associa alors avec d’autres tisseuses, des couturières formées à Dapoya et des teinturières, pour former la coopérative qui comptait 22 membres en 1998.

De même, fut créée l’UAP Godé (Unité Artisanale de Production) dans le quartier de Kamsonghin. Marceline Savadogo, la coordinatrice de l’unité, nous a expliqué qu’il s’agissait en fait d’une structure du ministère de l’Action sociale. Le ministère a équipé le centre, c’est-à-dire a financé la construction de l’établissement, a acheté les métiers à tisser et a procédé au recrutement des tisseuses. Comme nous le précise Mme Savadogo, il s’agit d’un centre de production et non d’apprentissage. Les femmes travaillent sous un grand préau, qui leur permet de tisser tout au long de l’année, sans souci des saisons. Leur production est vendue dans la boutique de la coopérative, qui donne sur l’avenue Ouezzin Coulibaly.

Grâce aux infrastructures permettant de travailler quelle que soit la saison, le tissage devint une profession à part entière, créatrice d’emplois, même au-delà de la formation des coopératives. On peut noter par exemple que l’Association des tisseuses du Kadiogo (ATK) regroupe plus de 600 femmes qui travaillent à la maison selon leur disponibilité.

Cette organisation de la production des femmes se conjugue avec un objectif de consommation locale, c’est-à-dire que les rouleaux d’étoffes tissées ne sont pas destinés à l’exportation, mais s’adressent avant tout à la population autochtone. Ce principe donna lieu au mouvement  »  Faso dan fani  « , par lequel Thomas Sankara contraint son peuple à revêtir les étoffes locales. Almissi Porgo, le conservateur du Musée National, nous relata cette période :  » sous la Révolution, l’habit traditionnel était imposé comme tenue de service. Imposé, c’est-à-dire qu’il y avait un décret pris par le gouvernement qui imposait qu’un fonctionnaire ne se présentait pas au service en d’autre tenue que dans une tenue confectionnée à travers le tissu faso dan fani. Et celui qui ne le faisait pas était passible de sanctions. Ce qui fait que le tissage s’est développé durant cette période-là. Tout le monde devait s’habiller avec ce tissu. « 

Cette mesure assura de fait une clientèle importante aux coopératives nouvellement créées et aux tisseuses à domicile. Cette action révèle l’objectif quantitatif que Thomas Sankara s’était fixé comme priorité : il fallait que les femmes produisent beaucoup de dan fani et rapidement, car elles avaient un marché assuré.

Son successeur, Blaise Compaoré, qui accède au pouvoir en décembre 1987, s’oriente davantage dans une recherche de qualité. Il met fin à la politique autoritaire du faso dan fani, mais ne néglige pas l’avenir de l’artisanat de son pays. En 1988, il institutionnalise notamment le SIAO (Salon international de l’artisanat de Ouagadougou). Thomas Sankara avait créé ce salon en 1984, pour la promotion exclusive de l’artisanat burkinabè. Blaise Compaoré décide de l’internationaliser pour qu’il devienne une vitrine de l’artisanat africain, et en fait un événement biennal organisé au mois d’octobre des années paires. Au cours de cette foire, sont décernés une série de prix de la part de l’OUA (Organisation de l’Unité africaine), de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture), de l’ACCT (Agence de la francophonie), de TV5 CIRTEF (Conseil international des radios-télévisions d’expression française), de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) et de l’OAPI (Organisation africaine de la propriété intellectuelle). L’obtention du prix TV5 CIRTEF en 1998 et du troisième prix UNESCO en 2000 par l’UAP Godé illustre un tournant réussi pour cette coopérative de femmes. Marceline Savadogo reconnaît elle-même un changement de qualité, en précisant que les couleurs des fils sont aujourd’hui mieux fixées, et les dimensions respectées. Selon elles,  »  avec le caractère obligatoire, les gens se méfiaient, ils portaient ça malgré eux, et maintenant, ils se sont rendus compte que la qualité y est  « .

Pour promouvoir à nouveau le dan fani dans une période où la clientèle féminine s’orientait vers les pagnes industriels imprimés, le ministère de la Communication et de la Culture mit en place le Concours de la meilleure étoffe, le 8 mars 1996 pour la Journée de la femme. En juin 2006, le gouvernement burkinabè, en partenariat avec l’Ambassade de France, projette d’organiser le salon  »  Fibres et matières d’Afrique, pour une mode équitable  « . Ces événements révèlent une dernière étape dans l’histoire du dan fani : le prolongement de la qualité dans la créativité, insufflé par les créateurs de Haute Couture

Dan fani et Haute Couture : d’un usage coutumier au système de mode : Pendant les premières années de son développement, le tissage de femmes s’est restreint à la reproduction des motifs élaborés par des hommes, qu’elles ont cherché à adapter. Le plus populaire d’entre eux est certainement  » gangl pèlga « , une étoffe composée d’une alternance de bandes totalement blanches ou écrues, et de bandes à rayures de chaîne bleues et noires, exécutées avec une trame noire. Pour respecter le rythme du tissage, tout en tissant des bandes plus larges, les femmes ont reproduit la structure de la chaîne, mais exécutent tout le tissage avec une trame blanche.
 » Godé  », le pagne de fête, est un autre tissage mossi largement reproduit. Là encore, la version masculine associe deux bandes différentes, mais toutes deux de trame noire. Ce motif apparaît donc plus facile à traduire en grande largeur. Ce phénomène de reproduction a également été étendu aux étoffes d’autres populations du Burkina Faso, puisque les femmes mossi tissent également des pagnes gourmantché et dafi.

Comme les femmes réalisent des bandes plus larges que celles des hommes, l’adaptation des tissages masculins sur les métiers améliorés modifie la structure du pagne en réduisant le nombre de bandes qui le constituent. Étant donné la similarité d’usage d’une étoffe générique de production masculine ou féminine, il apparaît que l’identité d’un pagne ne réside pas dans sa composition en un nombre défini de bandes, mais plutôt dans le rythme de ses rayures. L’incorporation des tissages féminins dans le système traditionnel illustre une assimilation culturelle intériorisée de ces étoffes.

Cependant, restreindre la production à des étoffes liées aux rites de passage, c’est-à-dire pour les dons effectués lors d’un mariage ou de la naissance d’enfants n’assure pas une clientèle régulière. Il a donc fallu que les femmes complètent cette production traditionnelle et s’orientent vers le marché de la mode. Cette démarche a été impulsée et accompagnée par les créateurs de Haute Couture. Pathé Ouedraogo, plus connu sous le nom de Pathé’O, est certainement l’homme qui a joué le rôle le plus influent dans ce changement.

Ce créateur d’origine burkinabè, basé à Abidjan depuis les années 1970, est actuellement un des acteurs les plus importants dans la promotion de la mode africaine. Son objectif est d’explorer les étoffes africaines dans de nouvelles lignes. Son but est que les Africaines et les Africains qui travaillent dans des bureaux en ville se sentent élégants habillés dans des vêtements africains, et qu’ils cessent d’avoir un «  complexe  » vis-à-vis du prêt-à-porter occidental et du costume cravate inadapté au climat des pays chauds. Porter des vêtements africains ne signifie plus s’habiller comme au village, mais être à la mode dans des tenues qui reflètent une certaine forme d’identité.

Contrairement à la contrainte du port du dan fani décrétée par Thomas Sankara, la démarche de Pathé’O consiste en une conversion en douceur des mentalités. Il s’agit en quelque sorte de séduire les populations africaines, de leur proposer des vêtements qui leur plaisent, dans lesquels elles se sentent bien. Le coton lui apparaît la fibre la mieux adaptée à la zone sub-tropicale, et Pathé’O l’a exploré dans les étoffes artisanales et industrielles.

C’est le concours des Ciseaux d’Or, organisé par l’usine de pagnes imprimés Uniwax, à Abidjan, qui le consacre en Côte d’Ivoire en 1987. Débute alors une longue collaboration avec le milieu industriel, qui lui fournit notamment des pagnes pour préparer ses collections. Malgré un soutien matériel important, le créateur n’est pas totalement satisfait car il ne peut pas obtenir l’exclusivité sur certains dessins, en raison de commandes trop faibles. C’est en se tournant vers l’artisanat qu’il peut pleinement développer son potentiel de créativité. En effet, le travail des étoffes industrielles consiste, à partir du tissu, à imaginer comment le magnifier dans un vêtement. En revanche, travailler avec des tisserandes permet d’élaborer ses propres étoffes. Pathé’O explore donc les savoir-faire des ateliers de tissage pour créer ses propres matières.

Cette démarche présente un double avantage. D’une part, le fait de ne pas travailler avec des étoffes traditionnelles existantes lui évite un positionnement face à la tradition qui s’oppose à l’idée de découper des pagnes, qui doivent se draper, et de décontextualiser des tissus utilisés pour des rites précis. En s’inscrivant dans la création, il propose de la nouveauté, de l’inédit, du profane. D’autre part, en créant ses propres étoffes, Pathé’O peut jouer avec le fond et la forme. En modelant des tissus déjà existants, le point de départ de sa création se restreint à l’étoffe, qu’il essaie de valoriser en la transformant en vêtement. Au contraire, l’élaboration d’un tissu peut avoir lieu après avoir imaginé, dessiné un modèle d’habit. C’est le cas par exemple de la collection Sahel, pour laquelle Pathé’O avait l’idée de tenues fluides comportant des parties frangées. Il a alors contacté l’atelier de Dieudonné Zoundi pour lui exposer son projet et lui donner les mesures précises des longueurs tissées et des parties sans trame pour les effets de franges. À partir d’un nuancier, il a également commandé sa gamme de couleurs.

La collaboration avec les tisserandes offre un grand terrain d’expérimentation, mais permet également de travailler avec des grandes quantités d’étoffes si besoin est, grâce à la forte capacité d’adaptation et à la flexibilité des artisanes. Lors de la Coupe d’Afrique des Nations de football organisée au Burkina Faso en 1998, les femmes de l’UAP Godé ont par exemple tissé 300 pagnes pour Pathé’O, qui a habillé les membres du défilé de la cérémonie d’ouverture.

Pathé’O explore le dan fani depuis plusieurs années avec l’UAP Godé, et il est souvent à l’initiative des motifs qu’elles tissent pour lui. Néanmoins, les femmes ont peu à peu compris comment explorer leurs savoir-faire et créer elles-mêmes des nouveaux motifs ou de nouvelles textures, comme les tissages gaufrés, les ikat et les lamés en lurex. La COPAFO a également décliné des collections intéressantes en travaillant sur ces aspects techniques.

L’impact de ce créateur de Haute Couture est donc profond, puisqu’il éveille tout d’abord les talents des tisserandes, et parce qu’ensuite il a des retombées dans la mode populaire urbaine. Certes, Pathé’O vend sa marque, et ses boutiques situées à Ouagadougou, Abidjan, Yamoussoukro, Dakar, Bamako, Johannesburg, Luanda, Libreville, Douala, Yaoundé et Brazzaville illustrent le succès de sa démarche à travers l’Afrique et la qualité de son travail. Mais son influence se révèle bien plus importante si l’on étudie l’attitude des personnes qui n’ont pas les moyens de s’acheter ses vêtements griffés, mais qui revêtent des vêtements tissés pour suivre la mode. En découvrant une diversité de vêtements cousus dans du dan fani à travers les défilés présentés à la télévision ou dans les magazines, les femmes burkinabè considèrent le dan fani comme un support d’élégance. Elles font reproduire les modèles chez leur tailleur de quartier, et ce phénomène de copie révèle une adhésion au message lancé par Pathé’O. Les femmes se sentent à la fois élégantes et fières de revêtir une étoffe locale, témoin de leur identité. Il semble même que le dan fani soit désormais plus porté en ville qu’au village.

Pathé’O a été le précurseur de cette aventure, qui est aujourd’hui largement suivie par d’autres créateurs burkinabè, tels que Koro Decherf et Clara Lawson. Les jeunes générations s’inscrivent dans la même démarche. Lors du FIMA 2005 (Festival international de la mode africaine) organisé à Niamey du 29 novembre au 3 décembre 2005, le Département Afrique en création de l’AFAA (Association française d’action artistique), qui dépend du ministère des Affaires étrangères, a organisé un concours de jeunes stylistes. Martine Somé, couturière burkinabè retenue parmi les dix meilleurs candidats, a présenté une collection en tissages de son pays. La promotion du dan fani passe donc actuellement par la Haute Couture.

Le rôle des créateurs devient aujourd’hui incontournable dans la promotion du dan fani, et la sphère politique soutient et encourage leur action. En janvier 2005, la Direction des arts du spectacle et de la coopération culturelle (DASC) a notamment organisé la 5e édition du Grand Prix national de l’art vestimentaire (GPNAV), qui récompense de jeunes stylistes modélistes burkinabè qui valorisent le faso dan fani. Il s’agit ainsi de s’orienter vers une consommation locale, qui s’adresse à une clientèle connaissant l’histoire et la valeur du pagne tissé. Cette étoffe s’inscrit dans le système de mode, mais ne devient pas éphémère, car elle apparaît continuellement adaptée, objet d’une créativité constante qui explore des savoir-faire.

L’évolution du tissage chez les Mossi s’avère singulière par de nombreux aspects. Elle montre comment des femmes et des hommes, qu’ils soient religieux, politiques ou artistes, ont su développer et promouvoir une activité artisanale, pour l’amener d’un contexte traditionnel à un état de modernité. Les étoffes traditionnelles continuent à être tissées et revêtues, mais la variété actuelle du dan fani élargit considérablement les occasions de son port.

L’inversion du genre de l’activité de tissage, qui devient une profession féminine, illustre la profondeur des transformations sociales et l’ouverture des mentalités. L’impact de la Haute Couture africaine se mesure dans l’adhésion des Burkinabè à revêtir leurs tissages, qui devient creuset identitaire et média de l’Afrique contemporaine. La consommation locale du dan fani est garante de durabilité et de recherche d’excellence. Le passage d’une production quantitative à une orientation qualitative pour satisfaire une clientèle locale apparaît donc exemplaire, à l’heure où certains tisserands ghanéens appauvrissent la qualité de leur kente pour être compétitifs sur le marché de l’export vers les pays occidentaux et, notamment, aux États-Unis.

Le Burkina Faso est aujourd’hui un des principaux pays producteurs de coton en Afrique, mais il exporte plus de 95 % de son or blanc à l’état de fibre brute. La perspective d’accroître la valeur ajoutée de cette matière première passe donc par le développement de filatures et la promotion du travail des artisans.

Pour citer cet article : Anne Grosfilley  » Le tissage chez les Mossi du Burkina Faso : dynamisme d’un savoir-faire traditionnel « , Afrique contemporaine 1/2006 (no 217), p. 203-215.

Le wax : un classique dans cinq Etats d’Afrique de l’Ouest

Un article d’Odile Puren ; juillet 2009

Le wax encore appelé  » tissu africain  » est un tissu en coton imprimé de qualité supérieure servant à la confection de vêtements d’une grande renommée. Son origine remonte à l’époque de l’arrivée des premiers Européens en Afrique de l’Ouest.

Les Hollandais, qui entretiennent des rapports commerciaux avec l’Indonésie depuis 1602, prennent Malacca aux Portugais en 1641.

De 1663 à1674, ils s’installent à Sumatra, Macassar, Java au moment où des guerres de succession affaiblissent les sultanats.

En 1799, la Hollande possède plusieurs colonies en Indonésie.

Au XIXe siècle, les révoltes incessantes qui s’y déroulent, décidèrent les Hollandais à recruter et à former des mercenaires sur les côtes d’Afrique de l’Ouest où ils possédaient déjà quelques comptoirs commerciaux. C’est ainsi que les hommes du royaume ashanti, situé en Côte de l’or, l’actuel Ghana, partirent combattre à Bornéo et à Sumatra. Après avoir rendu de loyaux services à leurs employeurs, ils retournèrent dans leur pays les malles remplies de jolis batiks indonésiens. Ces tissus eurent un succès foudroyant aussi bien auprès de l’aristocratie qu’auprès de tout le peuple ashanti. Le pagne batik allait bientôt acquérir la même valeur que l’or dans toute l’Afrique de l’Ouest et notamment dans ce  »  royaume de l’or  « .

image81.pngWax hollandais

Les Hollandais, en commerçants avisés, s’aperçurent rapidement du profit qu’ils pouvaient tirer de cet engouement. C’est ainsi qu’ils installèrent chez eux, en Hollande, des usines dont le seul but était d’inonder l’Afrique de l’Ouest de pagnes inspirés du modèle indonésien et fabriqués selon la technique de la cire perdue. Ces pagnes sont nommés des wax, mot qui signifie cire en anglais. Le pagne wax venait donc de naître. Des commerçantes de ces étoffes apparaissent un peu partout dans les grandes villes de l’ouest africain. Une classe de femmes riches vient de voir le jour. Au Togo, on les appelle les  » Mamans Benz  » parce qu’elles ne se déplacent qu’en voiture de luxe Mercedes-Benz et possèdent souvent plusieurs hôtels dans différents pays africains. Au départ, toutes les femmes allaient se ravitailler au Ghana. Puis quelques années plus tard, elles ont commencé à acheter directement leurs marchandises chez les Hollandais.

Le pagne n’est plus seulement un vêtement, mais une valeur de référence, un signe de reconnaissance sociale, un symbole reconnu et admis par tous. Les grands événements de la vie : fiançailles, mariage, cérémonie de baptême, de confirmation, cérémonie de fin d’apprentissage, anniversaire du débarquement des premiers missionnaires, funérailles, fêtes nationales… sont marqués par la  » sortie  » d’un nouveau modèle dont on garde précieusement un échantillon en souvenir. Un modèle marque l’appel du 18 juin 1940, un autre, l’accession du Dahomey (l’actuel Bénin) à l’indépendance, tous les autres pays de l’Afrique de l’Ouest passent la même commande.

Un autre modèle encore : la visite du Général de Gaulle en Afrique. En Côte d’Ivoire, un modèle marque aussi la victoire de l’équipe de football d’Abidjan à la finale de la coupe nationale…

Vu le succès sans cesse croissant de ces pagnes, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest installent des usines de fabrication de wax dans leur capitale ou à proximité, pour rivaliser avec le wax hollandais. Celle du Dahomey s’appelait SODATEX (Société Dahoméenne de textile) devenue aujourd’hui SOBETEX (Société Béninoise de Textile), celle de la Côte d’Ivoire s’appelle UNIWAX, celle du Sénégal se nomme SOTIBA SIMPAFRIC…De nombreux lycéens prennent des cours de dessins afin de proposer de nouveaux motifs aux sociétés de textile. Ces dernières en sortent plusieurs par mois.

image91.pngWax Ivoirien

L’usine du Bénin sort trois qualités de tissu : le wax, le védomè et le chivi. Le premier possède les mêmes qualités que le wax hollandais on l’appelle aussi chigan. Le deuxième est d’une qualité intermédiaire, le dernier est moins épais et déteint considérablement au lavage.

En Côte d’Ivoire, UNIWAX fabrique du wax et du print, tissu de qualité inférieure au wax. Les prix diffèrent selon la qualité du tissu.

image112.pngWax hollandais « fleur d’hibiscus », création de la styliste Gisèle Gomez

Le wax a toujours de très belles couleurs. C’est un tissu d’une épaisseur normale. Il ne déteint pas. Il est agréable à porter.

Divers noms sont donnés aux modèles sortis, toute provenance confondue :  » Tu sors, je sors « , sur ce modèle, on voit un oiseau sortir d’un nid et un autre prêt à le suivre ;  » Feuilles de piment « , le motif est d’un fond jaune avec des feuilles ;  » Mon mari est capable « ,  » Ton pied mon pied « ,  » Fleur d’hibiscus  »,  » Quand femme passe les hommes trépassent  »,  » L’œil de ma rivale  »,  » Z’yeux voient, bouche parle pas « … Les femmes élégantes du Togo, du Bénin, d’Abidjan… rivalisent d’imagination pour baptiser le dernier modèle qu’elles convoitent, et d’ingéniosité pour être la première à le porter.

De nombreuses jeunes filles embrassent le métier de couturière. Celles de parents aisés vont dans des écoles de couture en Europe. Certains hommes font de même. Des salons de haute couture s’ouvrent un peu partout dans les capitales des différents pays d’Afrique de l’Ouest. Les stylistes font preuve de créativité.

 » Soleil levant « ,  » Six étoiles  »,  » Diamant rose  »,  » Mamiwata  »,  » Emeraude  »… Ce sont des surnoms de femmes. Ces grandes dames de Cotonou et de Lomé possèdent leur styliste. Le tissu, une fois acheté, est remis discrètement à cette dernière qui doit impérativement proposer à sa cliente un nouveau modèle de vêtement. S’il ne lui plaît pas, elle doit en proposer d’autres jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite. Ces femmes n’hésitent pas à injurier l’imprudent qui s’aventure à insinuer que le modèle qu’elles portent a déjà été porté avant elles.

image122.png

Tissu gamaphone : wax hollandais

Malgré ce succès foudroyant, le pagne wax connaît un léger déclin dans les années quatre vingt.

Les jeans et les tee-shirts « made in China » ont commencé à envahir le marché ouest africain. Petit à petit, les jeunes et certains adultes se détournent du pagne wax qui coûte excessivement cher.

La concurrence étrangère envahit le marché bien souvent grâce à la complicité des services de douane.

Les usines battent de l’aile mais ne ferment pas.

C’est à cette époque qu’une styliste béninoise, installée en Côte d’Ivoire aura une idée sensationnelle : redéfinir la mode.

Jusqu’aux années quatre vingt, seule la communauté africaine étrangère portait du wax en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens s’habillaient comme les Européens. Ce n’est qu’après 1980 que la styliste béninoise Gisèle Gomez va lancer la mode du wax en créant un grand nombre de vêtements à partir de ce tissu. La nouvelle se propage dans toutes les capitales des pays ouest africains. Les femmes riches se rendent régulièrement à Abidjan pour se faire coudre le dernier modèle sorti. Les Ivoiriens aussi se mettent à la mode du wax.

Au début des années quatre vingt dix, le bazin et le super-bazin vont faire leur apparition. Ce sont des tissus unis avec ou sans dessins. Le premier est rêche et fin, le deuxième est très rêche et plus épais. Les vêtements en bazin ou super-bazin sont le plus souvent brodés.

Malgré cette dernière nouveauté, et un engouement pour le tissu traditionnel africain en coton tissé à la main et pour le lessi (tissu tout en dentelle, très apprécié des Nigérians), le wax garde la première place de pagne porté en Afrique de l’Ouest.

L’actuel président ivoirien, Monsieur Gbagbo et son épouse portent du wax dans toutes leurs apparitions publiques, alors les Ivoiriens redécouvrent ce pagne et le wax est revenu en force dans les habitudes vestimentaires du pays.

Les Sénégalais qui avaient un penchant pour le super-bazin se mettent à s’habiller en wax.

Les Ghanéens, quant à eux, ne se sont vraiment jamais détournés du wax.

De nos jours au Bénin, ce n’est plus un modèle de wax que l’on choisit pour un enterrement, mais trois différents :

  • Celui que porteront les enfants du défunt ou de la défunte.
  • Celui que mettront les petits enfants.
  • Et enfin celui dont se vêtiront les amis de la famille et les autres personnes présentes.

Aujourd’hui, le wax est devenu un tissu classique en Afrique de l’Ouest.

On distingue actuellement sur le marché africain :

  • le wax hollandais.
  • Le wax africain.
  • Et le wax anglais.

La renommée du wax dépasse les frontières de l’Afrique, et ce pagne se rencontre non seulement dans tous les pays africains mais aussi en Europe, notamment à Barbès à Paris où plusieurs boutiques proposent des modèles européens et africains.

L’été, on voit dans la ville de Paris, de plus en plus d’Européens habillés en wax.


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