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Les Bissa
9 juillet, 2010, 22:29
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Ecolières bissa devant le village de Dassanga

Les Bissa forment un petit groupe vivant au sud de Tenkodogo, aux frontières et de chaque côté des frontières du Ghana et du Togo dans les provinces du Boulgou et du Koulpélogo. Leur langue fait partie du groupe Mandé.

Le poste frontalier de Bittou et ses belles recettes douanières et contrebandières, le barrage hydroélectrique de Bagré et la proximité de Tenkodogo ont permis ces dernières années de sortir la communauté bissa d’une pauvreté et d’un isolement dramatique.

Traditionnellement agriculteurs, les Bissa se sont spécialisés dans la culture de l’arachide dont leur terroir est le plus grand producteur du Faso. L’arachide occupe donc une certaine importance dans les coutumes villageoises : un jeune homme souhaitant prendre une épouse doit préalablement travailler dans les champs d’arachide de la mère de sa promise.

Leurs croyances animistes sont toujours très fortes même si beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui de confession musulmane. Grands amateurs de viande de chien (ce qui leur vaut les railleries amicales des autres ethnies) ils sont à l’origine de l’adage « c’est absurde de manger la viande du chien et de laisser sa tête ! « .image22.jpg

            Jeune fille bissa de Gnangdin,vendant des pâtisseries à l’arachide

Il est également à noter une particularité de la population burkinabé d’ethnie bissa : la plus grosse diaspora burkinabé en Europe réside en Italie (environ 8000 personnes dont un millier à Brescia) et se trouve être consituée de Bissa originaires de Béguédo (le long du Nakambé) si bien que le patelin, richissime comparé aux autres bourgades burkinabé de même taille, est surnommé  » Little Italy « . Les guichets Western Union et caisses d’épargne en rase campagne ainsi que les poteaux électriques au milieu de la brousse témoignent de l’envoi massif d’argent des immigrés bissa d’Italie.image31.jpg

                              Timbre burkinabé représentant un sac à main de l’artisanat bissa.

Comment définir l’ethnie bissa ?

On peut tenter de définir une ethnie selon des critères d’observations qui lui sont extérieurs (la linguistique, le système de parenté, l’habitat et la culture matérielle, l’organisation de la production et des techniques, les réseaux économiques et politiques en relation avec d’autres groupes) et à partir de définitions issues de la société elle-même. En ce qui concerne le groupe linguistique, les Bissa parlent des dialectes mandé. Quels sont les sentiments d’appartenance que l’on relève parmi les Bissa ? L’observation des comportements ordinaires (rencontres entre les différents groupes sur les marchés et dans les cabarets de dolo) montre que les Bissa se présentent comme un groupe différencié. Tous les Bissa se disent des  » cousins  » des Samo et ils connaissent l’histoire de la tête de chien. On croit voir dans ce cousinage la raison de la parenté à plaisanterie (appelée dosare en bissa, ou rakire en moore) par leur intermédiaire, entre les Bissa et les Yadsé, les Mossi du Yatenga. Les Samo et les Yadsé entretiennent un jeu de parenté à plaisanterie, avec gestes à l’appui des paroles, que l’on retrouve dans une moindre mesure entre Bissa et Yadsé. On peut entendre un Bissa et un Yadega s’apostropher ainsi :  » Ce sont tes ancêtres qui partaient dans les champs de mil de mon grand père, ils chargeaient les bottes sur leur tête après la récolte et ils marchaient à pied pour les apporter jusqu’à notre village ! «  

Le jeu inter-ethnique est immédiat avec les Gourounsi ; les Bissa ne font pas de différences pour cela entre les Lélé de Réo, les Nouna de la Sissili ou les Kassena de Po. Lorsqu’un Bissa et un Gourounsi se rencontrent, les insultes sont réciproques :  l’un dit  » mon esclave… !  » et l’autre répond  » mangeur d’arachides… ! «   En ce qui concerne la langue, il est à peine nécessaire de dire que les Bissa, mis à part les érudits qui connaissent les catégories élaborées par les savants européens, n’ont aucune conscience d’appartenir à une communauté de langue mandé. Il n’y a pas d’identification avec des  » parents  » Sembla ou Bobo de l’ouest du Burkina Faso, populations dites  » mandé « , pas plus qu’avec les Mana ou les Kpellé du lointain Libéria (hypothèse de Prost). Le critère linguistique, qui intervient dans la construction anthropologique de l’objet (au même titre que la parenté ou les systèmes de production) n’est plus pertinent lorsque l’ethnologue se met à l’écoute de son objet d’étude.  Les groupes bissa parlant les différents dialectes (lebri, barka et gormene) se comprennent difficilement. Caractériser les Bissa comme un îlot mandé au sein d’une aire voltaïque représente mal la réalité vécue par les Bissa. Cet énoncé devrait correspondre à un sentiment d’isolement des Bissa, or il n’en est rien. Les Bissa qui doivent établir des contacts avec les Mossi parlent le mooré, la langue des Mossi, de même que leurs voisins Gourounsi dans les mêmes circonstances. Les différents groupes Gourounsi parlent plusieurs langues dites voltaïques, mais ils ne comprennent pas les Mossi qui sont pourtant classés dans le même groupe ! Au-delà de ces pratiques de cousinage qui paraissent immuables, les relations ethniques sont marquées par des événements qui transforment les rapports entre groupes au cours de l’histoire.

Samo-Bissa-Boussa

La parenté entre Bissa et Samo est attestée à la fois par les études linguistiques (les langues Mandé sud-est), par la tradition orale (l’histoire de la tête de chien : on raconte dans les deux ethnies que leurs ancêtres communs se sont disputés pour partager une tête de chien à l’issue d’un sacrifice, voir Prost cité plus haut, 1945). Le souvenir du  » cousinage  » entre les membres des deux groupes est entretenu jusqu’aujourd’hui. Au cours de mes enquêtes, dans plusieurs villages les informateurs ont rapporté une dispute entre leurs ancêtres qui a provoqué le départ de leurs  » oncles « , devenus ensuite (ou bien  » vers le pays «  ?) des Samo. Dans leurs traditions orales, les Samo considèrent à l’inverse que les Bissa et eux-mêmes sont venus du nord-ouest pour l’étude des groupes que j’ai appelé  » Proto-Bissa « .  Le nom du clan détenteur de la chefferie à Garango : Bambara a provoqué une confusion chez Sœur Jean Bernard, qui a voulu trouver là une relation entre les Bissa et les Bambara du Mali, chez qui elle avait travaillé fortuitement avant d’être affectée à la région de Garango (Sœur Jean Bernard, 1965). Cette hypothèse est fausse pour deux raisons : Bazin montre que le fait de donner le nom Bambara au groupe du Mali moderne est récent, il est apparu au cours du XIXè siècle (Bazin, 1985). En outre, Lahuec explique qu’à Garango ce nom vient d’une devise “bambra bambra domenna zecola” qui signifie :  » ils se disputent aujourd’hui et demain se retrouvent amis « . D’après ses recherches, les Bambara de Garango disent qu’ils viennent de Yendi, dans l’Etat moderne du Ghana, après deux étapes migratoires à Bargansé (Zabré) et à Zanga (Lahuec, 1979 : 88). 

La relation Bissa-Samo-Boussa n’est construite qu’à partir des études linguistiques (Les Boussa ou Boko habitent une région située entre le nord-ouest du Nigeria et nord-est du Bénin. Leur langue est mandé). Ni l’histoire, ni l’anthropologie culturelle n’apportent de matériaux dans le sens de cette hypothèse.

Source : Le Pays bissa avant le barrage de Bagré ; Découvertes du Burkina ; Armelle Faure. 



Les Gourmantché
9 juillet, 2010, 20:48
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Les Gourmantché (aussi appelés Gurma ou Gorma) constituent un groupe ethnique africain, qui vit dans l’actuel Burkina Faso, autour de Fada N’Gourma, mais aussi dans certaines régions du Togo, du Bénin, et dans le Sud-Ouest du Niger. Leur population actuelle est estimée à environ 1 200 000 individus. Les Gourmantché occupent l’un des plus gros territoires du Burkina Faso dans tout l’est du pays dont l’ensemble de la frontière avec le Bénin et une partie de la frontière du Togo et du Niger. Ils comptent également une forte communauté dans ces pays, notamment au Bénin et seraient aujourd’hui entre 1 millions et 1,5 millions. Paradoxalement, c’est à l’extrémité de leur territoire, à la frontière du pays mossi, que se trouve le chef-lieu officiel des Gourmantché : Fada-N’Gourma. Comme les autres communautés burkinabé, ils sont consitués de plusieurs groupes linguistiques et culturels différents parmi lesquels les Bassari (à ne pas confondre avec les Bassari du Sénégal) ou les Mobo.  image12.jpgLes Gourmantché sont particulièrement reconnaissables aux longues scarifications qui leur balafrent chaque côté du visage, des tempes au menton 

La langue des Gourmantché est appelée le Gourmantchéma ou le Bigourmantcheba et fait partie des langues Gur, tout comme le Sénoufo, le Mooré ou le Lobiri. C’est une langue oti-volta de la branche gour des langues nigéro-congolaises, parlée par les Gourmantchés au Burkina Faso, au Togo, au Bénin et au Niger.Comme la majorité des peuples du Burkina (notamment les Mossi ou les Lobi), les Gourmantché se considérent comme historiquement originaires du Ghana. La société gourmantché est elle aussi faite de castes. Dans les villages gourmantché traditionnels tout comme dans les quartiers des bourgades de la région, ces castes se mélangent le moins possible. Dans le quartier des forgerons par exemple, rarements des familles d’autres castes seront installées. Ce cloisonnement est aussi religieux : si les Gourmantché sont avant tout – et parfois seulement – animistes, certains d’entre eux sont convertis à l’islam ou au christianisme. Chacun des adeptes vit dans le voisinage de ses coreligionnaires. image21.jpg

                                          Timbre de l’époque de la Haute-Volta représentant l’intronisation d’un chef gourmantché  

Pour l’étranger, le Gourmantché est souvent le plus facile des Burkinabé à identifier. La tradition des scarifications, qui tend à disparaitre en ville, permet en un coup d’œil de reconnaître la « gourmantchitude » d’un Burkinabé : des longues balafres courent du front ou des temps jusqu’au menton de chaque côté du visage. D’autres aspects culturels font connaître les coutumes de ce peuple à toutes les autres communautés du pays : les célèbres danses gourmantché font le plaisir de la population de tout le pays lors de la Semaine Nationale de la Culture à Bobo-Dioulasso et les masques traditionnels qui font leur sortie lors des grands évènements (initiations, funérailles, etc..) sont autant de manifestations de la créativité des habitants du Gurma. image3.jpg

Timbre de l’époque de la Haute-Volta représentant des danseurs gourmantché en habit traditionnel. 

Leur langue, le Gourmantché, appartient aux langues Kwa de la famille des langues nigéro-congolaises.  Selon la tradition, Diaba Lompo, premier roi des Gourmantché, serait descendu des nuages sur son cheval volant à Pama, dont il fit la première capitale de son royaume, et il serait peut-être le fils (ou le cousin) de Ouedraogo, fondateur de la dynastie mossi, si bien que Mossi et Gourmantché serait des cousins. Les Gourmantché sont un peuple à forte croyance animiste, où la géomancie est très pratiquée. Il s’agit d’une technique divinatoire fondée sur l’observation des figures formées par de la terre ou des cailloux jetés au hasard sur une surface plane. 

L’origine des Gourmantché

La tradition de l’Est

D’après des traditions Dagomba, un chasseur vint jadis du Tchad dans la région actuelle de Fada. C’était Tohadjie le vaillant guerrier qui épousa Pagawogbé, fille du roi. Ils eurent un fils, également grand chasseur qui quitta la région de Fada pour aller plus au sud. Sa première femme du nom de Souhousagbe est la fille d’un féticheur du Gourma. Le roi du Gourma lui offrit aussi sa fille en mariage. Il eut d’elle Na-Gbewa qui est le premier roi du Dagomba. Ce derimage4.jpgnier régna à Pusga, à la frontière de l’actuel Ghana. Il eut de nombreux enfants qui furent les chefs des principales dynasties, y compris celle des Mossi. En dépit de la tradition Dagomba il ne demeure pas moins vrai que les familles actuellement régnantes au Gourma viennent du Bornou. Béribéris émigrés durent conquérir les descendants de Diaba Lompo pour s’établir ou d’incorporer à ces derniers par mariage et adopter leur nom de famille. En dehors des traits raciaux communs aux Béribéris et aux Gourmantché, de certaines coutumes que l’on n’a jamais rencontrées chez les Djermas et les Haoussaa, peuples interposés entre les Béribéris et les Gourmantchés.  
Les populations de la région du Tchad-Ouest sont appelés ‘‘Sos’’. Le terme haoussa est ‘‘Béribéris’’. Trois faits semblent corroborer cette affirmation qui voudrait que les Gourmantchés viennent du Bornou : 

  • L’exode des Beriberi 
  • L’institution de l’échange de cadeaux qui se pratiqua jusqu’au milieu du XVIIème siècle. 
  • L’interdiction aux rois du Gourma de reprendre le chemin de l’Est. Pour les gens de ma génération ce troisième fait trouve son fondement dans les circonstances suivantes : au 14 Juillet 1945 quand le Gouverneur Toby convoqua le roi Simandari à Niamey, ce dernier lui répondit que la coutume lui interdisait la vue du fleuve. Mais passant outre, la force primant le droit, notre monarque fut contraint de traverser le fleuve Niger. Les conséquences ne se firent pas attendre. Se rendant au palais, un doigt du roi fut pris dans la portière qui l’écrasa. La conséquence la plus grave de cette désobéissance est la suivante : peu de temps après son voyage vers l’Est, le roi Simandari fut accusé de sacrifice humain, destitué et incarcéré. Hamtiouri, qui le remplaça transgressa lui aussi la coutume en reprenant le chemin de l’Est. Il trouva la mort peu de temps après, enterrant avec lui pour une longue période le couronnement des Rois du Gourma.
  • Cette tradition des Gourmantchés venant de l’Est est confirmée dans un ouvrage paru en 1924 à Paris : ‘‘Etudes soudanaises. Nouvelles notes sur le Mossi et le Gourounsi’’.  La Tradition Céleste image5.jpgEnfin une autre légende du pays Gourmantché, raconte que Diaba Lompo descendit du ciel tout armé, accompagné de sa femme Kombari et monté sur son cheval coursier. Avec lui, il amène une paire de chaque animal. Il atterrit vêtu de blanc dans la brousse entre Pama et Porga à Kankangou. A l’endroit de sa descente on montre encore la trace de son pied sur le rocher de Koudiaboangou, la grande montagne noire. Les pierres n’étaient pas encore solidifiées. On montre aussi l’emprunte des pieds, des mains, des coudes de la femme dans la prosternation ainsi que les empruntes du sabre que Diaba Lompo posa à côté de luiIl vécut là quarante quatre ans durant de 1204 à 1248, habitant dans une caverne. Il imposa son autorité à tous et fit régner l’ordre dans tout le pays où tout le monde se mit à cultiver la terre. 

Un jour, un homme vêtu de rouge sort d’un trou et lui sert de palefrenier. Il en fait le chef du village de Boungou, son premier notable, l’ancêtre de l’actuel Tadano, le Ministre de la guerre.

L’Histoire non mythique des Gourmantché

Tidarpo (1248-1292)

A la mort de Diaba Lompo, en 1248, son deuxième fils Tidarpo lui succède. Le fils aîné, ayant les cheveux rouges, refuse la succession royale. Il part vers l’Est et s’installe aux pieds des falaises de Madjoari. Il crée ainsi la chefferie la plus ancienne du royaume gourmantché. 

Le troisième fils de Diaba Lompo, Boagre, va vers le nord et se fixe à We, près de Gayeri. La chefferie de ce canton occupe la deuxième place des chefferies de canton juste après Madjoari parce que fondée par un fils de Diaba Lompo. Il eut de nombreux enfants et petits-fils. Entreprenant comme leur père, ils sont avides d’espace. Ils établirent peu à peu en partant de WE toutes les chefferies de cette vaste région : celles de Gayeri d’abord, puis Piela, Bilanga, Bogande et Thion.  Une fille de Diaba Lompo épouse “ l’homme vêtu de rouge ” qui était sorti étrangement d’un trou. Celui-ci nommé chef de Boungou, fonde la dynastie des Dapolgas, les premiers notables du pays appelés Tedano.  Le fils adultérin de Combari, femme de Diaba Lompo connaît des difficultés avec ses demi-frères. S’étant disputé avec Tidarpo, il quitte la caverne royale de Diaboangou et avec quelques chefs de case il s’installe à Napani où il fonde la chefferie de Pama que les Gourmantchés appellent Diafoari (le pays de la forêt). C’est l’origine de la famille des Onadja qui règne actuellement à Pama. Sous le règne de Tidarpo commencent les premières expéditions hors de Pama. Dans le Gobnangou les Gourmantchés ont des voisins remuants. Tidarpo longe les falaises et pousse une pointe jusqu’à Diapaga. Il impose son autorité et refoule les habitants de cette région dans le Koubargou. De nos jours les Gourmantchés donnent le nom de Koubargou au nord Dahomey, pays des Baribas. Un résultat de cette expédition fut la fondation de la chefferie de Diabo. A Tangarsa, dans le Gobnangou, Tidarpo remarque un valeureux guerrier du nom de Taloupo. Il en fit son palefrenier. Celui-ci quitte son pays, marche vers l’Ouest, traverse la grande brousse accompagné de plusieurs familles. Ces Gourmantchés toujours inquiétés par les peulhs des confins du Niger, cherchent une région plus hospitalière. D’abord ils servent le roi à Diaboangou. Celui-ci leur donne le commandement des villages de Lantaogo (peuplé de Gourmantché venus de la région de Bilanga), de Tangaye et Zanré (peuplé de mossi). Taloupo  s’installe à l’emplacement actuel du village et le baptise Diabo. Un de ses descendants, le chef Yemboado donne son nom au village de Diabo, “ Yemboadin ” pour les gens du village.  Aujourd’hui encore, les chefs de Diabo, portent le nom de la famille Yoni originaire de Tansarga. Ils parlent habituellement le Gourmantché. Le chef des cavaliers à le titre bien gourmantché de Tambado au lieu de Ouidinaba. La coutume exigerait même qu’un chef de Diabo, nouvellement nommé, aille recevoir l’investiture à Tansarga. La chefferie est donc gourmantché mais la population est très mélangée. Elle a adopté les coutumes, les tatouages et la langue mossi. 

Après ces deux expéditions à l’Est et à l’Ouest, Tidarpo rentra à Pama-Koudiaboangou. Il y vécu riche et puissant. Son règne, comme celui de Diaba Lompo, dura quarante quatre ans.

 Ountani : (1292-1336) 

Fils aîné de Tidarpo auquel il succéda, Ountani fut lui aussi un grand organisateur. Sous son règne, neuf chefferies nouvelles sont créées. La capitale est toujours le rocher de Koudiaboangou dans la région de Pama. Comme son père il fit plusieurs expéditions toujours victorieuses.

 A l’est : Il retourna dans le Gobnangou consolider la conquête de Tidarpo. C’est l’époque où le Gobnangou est peuplé de Baribas réfugiés, dans les marécages de la Bendjari et les montagnes peu élevées par peur des razzias qu’organisent régulièrement les Peulhs des bords du Niger. Il y a aussi les Haoussas, grands chasseurs qui parcourent les vastes forêts. Les Baribas vivent sans chef et sont particulièrement faciles à attaquer. L’un des leurs, Kouateme, avait été vendu comme esclave et emmené à KANO. Il réussit à s’enfuir à revenir dans son village natal de Tindangou. C’est alors qu’il cherche une protection pour son pays. Il va saluer le roi du Gourma, Ountani ; lui offre quarante mille cauris, des nattes, des éventails, etc. Ountani ravi des présents donne sa fille en mariage à Kouateme, le nomme chef du Gobnangou et lui promet son appui. En effet il l’aide à chasser un certain nombre de pillards au-delà du Niger et de la Pendjari. Kouateme regroupe ses administrés en villages et met à la tête de ceux-ci trois fils qui furent chefs de Yobri, Tambaga, Tangarsa. Pour ne pas favoriser telle ou telle branche de la famille du fondateur, les chefs de canton, depuis ce temps, sont pris alternativement dans ces trois villages. 

Il est à signaler qu’à cette époque les Baribas de Banikoaba, du sud de Majoari relèvent directement du roi du Gourma. Sous Ountani aussi, un de ses frères aînés crée le canton de Bizougou et la dynastie des Tankoano. Ce n’est que bien plus tard que Namoungou et Botou se sépareront du Bizougou pour être indépendants.

A l’ouest : A la même époque, commencent les chefferies du pays Yance. La mère d’Ountani, chassée par son mari, le roi Tidarpo, s’est enfuie vers l’Est et s’est remariée avec un habitant venu de Gambaga. Elle eut deux enfants : Tarwina et Yensimbou qui fondèrent Comin-Yanga et Soudouguy. L’aîné s’installe vers 1300 au village de Lamingou et commande aux quelques rares habitants. Il devient maître de la terre (Tengsoba) en se conciliant les dieux. Il vécut paisiblement, ami d’un géant Bimbidaogo et de sa sœur Bimbikopo, tous deux célèbres par leurs exploits gargantuesques. Sur Yensimbou j’ai eu peu de détails. Il est cependant à signaler qu’il fut le chef de Nabongou, gros village du canton actuel de Soudouguy. 

A ce moment les régions de Comin-Yanga et Soudouguy commencent à se peupler de mossis et de Boussancés venant de Ouargaye et de Sangma. Cette population mêlée était le réservoir d’homme du roi du Gourma. Une expression gourmantché disait : “ Comin-Yanga était sa poche ”. Le nom de Salambere que portent la plupart des gens du Yanga exprime la même chose. Il vient de Salibré qui signifie le mors du cheval, la bride qui conduit en esclavage.

Source : Nassouri Bourdia Georges, Histoire du royaume gourmantché selon les traditions orales

Une tradition Gourmantché : le cérémonie du faux départ

image6.jpgLes Gourmantché sont très attachés aux traditions, et pratiquent volontiers  » la cérémonie du Faux départ  » qui relate un fait Mossi.  Elle a lieu tous les vendredi matin, à partir de 7 h au palais du Moro Naaba. C’est un rituel formel où les différents hauts dignitaire que sont le Baloum Naaba (intendant du palais), le Larlé Naaba (gardien des traditions), le Kamsaogo Naaba (chef des eunuques), le Taspsoba Naaba (chef des armées), le Ouidi Naaba (chef de la cavalerie), le Gounga Naaba (chef de l’Infanterie) et du Soré Naaba (gardien du tambour de guerre) arrivent un à un, se saluent et se mettent en place suivant le protocole, à des endroits précis. Le Moro Naaba sort de son palais et se dirige vers son cheval, richement caparaçonné, tenu par un page. Il fait mine de monter en selle, tandis qu’un concert de lamentations s’élève de ses ministre et des différents groupes qui lui conseillent de ne pas partir. Après un temps d’hésitation, le Moro Naaba se ravise et se range à leur opinion. Il retourne dans son palais et en ressort, habillé en blanc, sous les applaudissements de ses sujets.  Ce simulacre de départ perpétue le drame que vécurent les mossi à un moment de leur histoireYadéga, prince héritier, redouté par la population, était en campagne guerrière dans le Nord, quand son père mourut. Profitant donc de son absence, les ministres intronisèrent Koundoumié son frère, comme Moro Naaba. Furieux d’avoir été évincé, Yadéga se prépara à revenir récupérer son trône en combattant Ouagadougou. Leur mère, le lui dissuada, l’acte étant déjà consommé ; une guerre entre frère, ne servirait à rien. Par contre, elle subtilisa les fétiches royaux, source de puissance et symbole de royauté, qu’elle fit parvenir à Yadega. Koundoumbié découvrit le complot et voulut se lancer à la poursuite de Pabré et combattre Yadéga. Il fit sceller son cheval ; ses ministres vinrent le voir et le supplièrent de ne pas partir. Il les écouta et renonça à son projet guerrier. Une autre version voudrait que le Moro Naaba ayant appris la fuite de son épouse bien aimée, voulut se lancer à sa poursuite pendant que des menaces d’invasion planaient sur le royaume. Ses ministres lui rappelèrent sa mission première qui est de protéger son royaume. Il se ravisa donc, renonça à aller chercher son épouse. En tout état de cause, la cérémonie du faux départ met en exergue la sagesse qui prévaut dans toute décision à prendre par le monarque.

Source : ONTB 



Un rapide bilan après trois mois au Faso
3 juillet, 2010, 18:46
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Yako le 03 juillet 2010 (J moins quatre-vingt trois jours avant de voler vers sur le sol français !) Voilà maintenant plus de trois mois que je suis à Yako ; c’est bien sûr le temps indispensable d’un bilan à mi-course.A vivre sur cette terre d’Afrique, je sais qu’obligatoirement je ne serai pas le même au retour sans toutefois être capable d’esquisser même les changements qui se seront réalisés. Je sens tout juste qu’il faudra beaucoup de temps pour tracer une silhouette approximative du nouveau bonhomme.

Le retour, bien entendu j’en rêve, j’y aspire ardemment, mais quelque part aussi il me fait peur ; je sais bien que ce moment sera doux pour ce qui est de la qualité de la vie quotidienne que je vais retrouver, et pour satisfaire cette envie impatiente de vous revoir tous ; mais certainement aussi il risque d’être difficile par cette confirmation que je perçois dès le début que tout cette aventure est transitoire, et que je vais laisser derrière moi des envies et des frustrations que je n’aurai aucun pouvoir d’estomper, et en moi des impressions quasi passionnelles d’ouvrage non terminé car évidemment interminable…

 Cela est difficile à exprimer ; j’ai donc choisi pour tenter d’expliciter mon ressenti de reproduire un poème du grand Senghor dont je pense qu’au bout de ces trois mois je commence à percevoir les multiples sens que l’auteur a voulu donner aux mots : 

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Femme nue, femme noire 

 » Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée
Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie. « 

                                            Léopold SEDAR SENGHOR  ; extrait de   » Œuvres Poétiques »  Éd. Le Seuil

Ce poème a bien sûr pour projet la revalorisation de la femme africaine, qu’il place au centre de tout processus de développement. Il est tiré de « Chants d’ombre »,  premier recueil de poèmes de l’auteur fait au total de vingt-cinq merveilleux textes écrits sur une dizaine d’années, et publié en 1945. La femme noire apparaît ici comme une mère, une protectrice à l’ombre de laquelle a grandi le jeune enfant. Le poète aime en elle cette ombre, et la douceur qu’elle répand, douceur qui berce et fait oublier les tourments de la vie.  Mais elle représente en même temps aussi l’Afrique nue, l’Afrique-mère, la terre promise, le pays riche et fertile dont Senghor rêve et au sein duquel il tend à demeurer de toutes ses forces. Il est ébloui et accaparé par une force qui le dépasse : la beauté de la femme noire.  Hélas, il y a un corollaire à cette idylle : le poète présente au terme de son texte la femme noire comme devant être réduite en cendres par le destin ; elle est l’Afrique vivante que la néo-colonisation risque d’anéantir. A mon avis, de fait la relation à l’Afrique, c’est une relation à une amante, avec une alternance de joies et de peines, de bonheurs et de rage, de certitudes et de doutes, d’espoir et de défaitisme. Je vais tenter de m’expliquer au travers de quelques épisodes que j’ai vécus intensément.image2.jpg 

* Les joies, elles sont nombreuses ; avant tout, c’est bien sûr en exerçant mon métier que je les ai le plus souvent ressenties. Ainsi je vais parler de Laetitia parce qu’elle était là à mon arrivée, parce que je n’avais jamais vu si petite crevette –un kilo et trois cent grammes à son admission-, parce qu’elle a fait mentir tous ceux qui comme moi étaient certains de l’issue fatidique à court terme, bref qu’elle ferait partie indispensablement des cinquante enfants sur cent morts avec quinze ans au Faso… Je vous la montre en photo telle qu’elle était alors car je sais que ses parents me le permettent, tout comme ils m’ont permis de la « mettre dans la boite », c’est-à-dire d’en prendre un cliché. En l’occurrence elle pose là dans la main de Rigobert, responsable matériel et logistique du centre de renutrition ; et l’on voit que le pouce gauche de « Rigo » est aussi gros que la jambe de Laetitia… Cette photo, c’était le 5 avril. Et aujourd’hui, contre toute attente, Laetitia est vivante et à priori a bien l’intention de le rester. Bien entendu je compte bien vous la montrer à nouveau en photo dans trois mois, à l’aube de mes derniers jours yakolais, car je suis sûr qu’elle aura le bon goût de grossir et de se bien porter ! 

* Les peines, les colères, elles sont aussi quotidiennes, aussi bien les plus frustes que les plus déchirantes. Sans aller chercher bien loin dans les méandres de la mémoire, reprenons l’exemple de Laetitia et de ses parents. Si le lien s’est créé avec eux promptement, ça n’est pas parce qu’ils ont engendré notre « mascotte », mais tout simplement parce qu’ils parlent français et qu’il n’est pas nécessaire de quérir un interprète pour établir des liens, avec toutes les déperditions que cela engendre indispensablement au niveau de la transmission. La maman et le papa de Laetitia maitrisent donc bien la langue française car ils ont vécu en Côte d’Ivoire où ils sont partis aussitôt après leur mariage, y travaillant entre autres activités chez un riche nassara plusieurs années de suite. Cette émigration est chose commune au Burkina, car on trouve du travail en Côte d’Ivoire, et dans toutes sortes de domaines. Beaucoup de foyers burkinabé sont « unijambistes » parce que les maris partent gagner leur vie là-bas, dans l’agriculture comme dans l’industrie, voire l’artisanat. Ainsi, la vie était relativement facile pour cette famille, elle travaillant donc pour des expatriés blancs, et lui ayant trouvé un emploi au sein de l’aéroport d’Abidjan. Trop facile sûrement car le sort en a décidé tout autrement quant à la suite de leur projet.  Les conflits ethniques entre les ivoiriens et les burkinabé ont été tels il y a quelques années qu’on peut les qualifier véritablement de faits de guerre ; cette famille a ainsi vu sa maison incendiée, drame lors duquel ils ont perdu leur peu de biens, jusqu’au permis de conduire que le mari avait pu obtenir là-bas. Il a  fallu donc revenir au Burkina clandestinement, en y trouvant pour seule source de subsides les rapports du petit champ familial à Yako, hérité du grand-père paternel. Et puis là, les problèmes se sont ajoutés les uns aux autres ; par exemple un des quatre enfants de la famille s’est avéré mal entendant. Il est vrai qu’une association caritative leur a permis d’appareiller le gamin, mais les seules piles coûtent infiniment plus que les revenus ne le permettent. Et puis hériter du champ, c’est aussi prendre en charge le grand-père impotent, « le vieux » comme dit le papa affectueusement, soit une bouche de plus à nourrir… Et le vieux a eu dix enfants dont deux filles retardées qui ont elles aussi eu des enfants, quatre chacune, d’où dix bouches supplémentaires car bien sûr les deux beaux frères ont pris la poudre d’escampette ! Et ainsi de suite jusqu’à rajouter au total vingt-quatre bouches non productives au nombre de celles du foyer. Pour remplir tous ces ventres, pourtant pas bien gros, un champ donc de quelques ares, sept chèvres, et quelques poulets malnutris ! Et puis pour compliquer les choses, la sécheresse sahélienne est réapparue, semblable à celle des années soixante-quinze. Par exemple, cette année, la saison des pluies a commencé de bonne heure, il y a un mois en l’occurrence, et ces ondées porteuses d’espoir ont engendré la réalisation des premiers semis de mil. Or depuis presque quinze jours, il n’est tombé à Yako aucune goutte d’eau du ciel et la chaleur est torride comme en avril ; ces premières graines ont donc germé, puis les jeunes plants se sont desséchés et c’est ainsi une partie de la semence qui est perdue. Voilà comment notre famille a épuisé ses réserves, et donc son grenier est maintenant prématurément vide. Pour manger, il faut par conséquent utiliser les provisions qui normalement étaient affectées aux semis, et il a fallu acheter le premier sac d’un quintal de mil un mois plus tôt que les années précédentes ; il sera sûrement nécessaire d’acquérir trois sacs de cent kilos là où deux suffisaient les autres années pour réaliser la soudure avec la production nouvelle… Or un sac de mil coûte dix-sept mille francs CFA, soit les revenus moyens d’un trimestre de paysan burkinabé ; c’est dire qu’il n’est pas question d’acheter en sus des piles pour les appareils de l’enfant mal entendant, voire même l’implant contraceptif que le mari réclame de plein accord avec sa femme, ce cas d’espèce signant la preuve d’un progressisme assez inouï dans ce pays du Faso. Alors bien sûr nul ne peut rester insensible à la situation de la famille de Laetitia et l’aide qui en résultera est bien naturelle ; mais combien il y a  de situations identiques à Yako de prime abord et dans tout le pays évidemment ! Ceux là auront eu la chance d’une conjonction de situations qui fera qu’ils pourront subsister jusqu’à la récolte et même améliorer quelque peu l’ordinaire ; mais ça n’est une minuscule tête d’épingle dans une colossale meule de foin (en pourtant il n’y a même pas de foin…). 

* Un bonheur encore, d’un tout autre ordre puisqu’elle est liée au mode d’éducation qui prévôt ici sans concession : l’anecdote qui suit en est un exemple criant, et qui n’est pas sans rappeler les façons qu’avaient nos parents de nous éduquer durant les années cinquante-soixante. Il est encore des pays où l’on sait la valeur du mot  » éducation  » ! Paul, notre délicieux cuisinier, homme aussi raffiné, délicat, discret qu’il est illettré, nous a raconté pourquoi le pilote de ligne français, papa de deux enfants, chez qui il travaillait à Abidjan de longue date l’a une fois menacé de licenciement : il le convoque un jour et lui dit qu’il ne tolèrera plus que ses deux enfants puissent demander à notre ami un goûter au retour de l’école sans dire « s’il te plait », et le recevoir sans proférer de remerciements. C’est cela, l’Afrique ; c’est cette merveilleuse histoire de la menace du licenciement de Paul ; c’est aussi le stylo que l’on oublie en fin de visite sur un chariot à dossiers du service, et que l’on retrouve trois jours plus tard, au sortir du repos hebdomadaire, à peu près au même endroit mais tout juste déplacé pour être à l’abri des chutes. On ne dérobe rien ici, on ne convoite pas, parce que le même Dieu des trois religions le souhaite et surveille, et que ce Dieu est omniprésent pour tous, quel que soit les habits portés en référence pour l’honorer ou bien la langue utilisée pour le prier.  * Une rage parfois devant des faits insupportables, dont on sait bien qu’elle est vaine car elle met en cause des phénomènes traditionnels tellement ésotériques, tellement totalement hermétiques à la raison de celles et ceux qui comme moi n’en recevront qu’une image ou des sons parcellaires, voire anecdotiques. Je vais raconter là l’histoire étouffante, c’est le mot, d’une toute petite fille de deux kilos deux-cent belle comme un soleil nouveau, entrée en soins intensifs vendredi vingt-cinq juin pour une dyspnée cyanogène (en français un manque d’air avec une coloration bleutée du visage liée à ce déficit de respiration : les médecins cachent souvent leur incompétence en utilisant des mots compliqués pour dire des choses simples et ainsi faire croire qu’ils savent !) Les symptômes consistaient en un hoquet incoercible, qui interdisait une bonne respiration, obligeant à pratiquer une oxygénothérapie en unité de réanimation, un hoquet réfractaire à toutes les thérapeutiques usuelles comme la scopolamine et autres anti spasmodiques. Ce symptome, c’était pour le praticien la preuve d’une irritation d’un nerf qui passe derrière l’estomac, portant le nom de nerf pneumogastrique (dit encore « le vague », racine que l’on retrouve dans le terme commun de malaise vagal). Or ce nerf participe à la régulation de la contraction du diaphragme. L’état de cette petite fille était donc lié à une excitation anarchique de ce nerf par le haut tube digestif (cardia, estomac) ou bien quelque chose qui en émanait. Bien entendu, aucun examen complémentaire n’était réalisable avant plusieurs jours, et au prix de trois cent kilomètres sous oxygénothérapie, pour des rendus bien souvent perdus ou ininterprétables. Enquête donc auprès de la grand-mère et de la maman pour tenter de comprendre, et l’on apprend ainsi que l’aïeule a administré le matin une « purge » traditionnelle, mélange complexe et gardé secret de plusieurs herbes et feuilles mais qu’hélas on utilise de plus en plus mal car le savoir faire des ancêtres s’est estompé avec le temps et le modernisme… Là, certainement, la décoction administrée est devenue un poison qui aura perforé la paroi postérieure de l’estomac, ce qui engendrait la libération derrière l’estomac de cet élément excitant du nerf vagal.  Durant les deux petits jours que cette petite fille a passé chez nous, les contacts avec la maman et la grand-mère se sont étoffés au fil du temps ; c’est ainsi que lors des dernières heures de vie de cette petite fille, lors de ma nuit de garde du vingt six au vingt sept juin, instants durant lesquelles nous avions encore quelque espoirs, la grand-mère m’a annoncé successivement le généreux don d’un bœuf si je la sortais de là, puis de deux bœufs, puis a introduit dans la promesse un lot quelques chèvres et même la petite fille dès quelle aura atteint l’âge de sa maturité pour le mariage, soit quatorze ans. Pourquoi ressentir la colère dans ce cas ? C’est bien sûr parce-que bien avant grand nombre de nos interventions, celle des coutumiers demeurera prioritaire et que notre savoir médical ne sera sollicité qu’en dernier recours au sein de ces familles paysannes où nul n’est allé à l’école pour y acquérir au minimum du bon sens… * Autre exemple où la colère est l’unique sentiment pouvant résulter du déroulé d’’une situation : nous avons en charge actuellement un bébé de moins de six mois fortement *et pour cause ; la maman de vingt quatre ans dont c’est le seul enfant (elle  perdu son premier l’an dernier, d’ailleurs dans notre structure) ne dispose que d’un sein nourricier efficace, l’autre étant porteur depuis un mois d’un mal dont elle estime qu’il est une malédiction dont seuls les esprits pourront venir à bout. De fait, au village elle a déjà été incisée plusieurs fois, et persiste de ces gestes de nombreuses lésions superficielles suppurées terrifiantes. C’est après de longues parlementations qu’elle a enfin consenti à me montrer ce sein monstrueux qui hélas n’est autre qu’un volumineux sein tumoral avec des excoriations nécrosées, une adhérence débutante à la cage thoracique, des ganglions sous l’aisselle et le long de la chaîne lymphatique dite mammaire interne,  l’ensemble par ailleurs manifestement en pleine poussée évolutive. Nouveaux palabres pour lui expliquer le cancer – un mal dont elle n’avait jamais entendu parler -, son pronostic, l’échéance brève hors intervention etc. Alors il a fallu interroger des confrères pour apprendre qu’à quelque deux cent kilomètres de Yako existe un hôpital, à Ziniaré, où un chirurgien pratique les tarifs opposables et où vient opérer trois mois par an un spécialiste nassara français, qui accepte donc de ne pas être rétribué. C’est fort de cette organisation stratégique et fier de l’avoir mise en place que j’ai expliqué à cette maman ce qui allait advenir de la pris en charge de son problème ; mais non, cela ne se passera pas ainsi ! Le mari s’est renseigné et lui et ses co-épouses ont décidé qu’elle resterait au village pour la soigner comme l’on sait très bien l’y faire !!! Elle sera décédée dans six mois, mais pour le mari c’est les esprits qui en ont voulu ainsi ; et pour les co-épouses ce sera une amie de moins, un peu, mais une rivale de moins, beaucoup ! Enfin, lors des grandes funérailles, dans quelques mois, la défunte grâce aux danses de masques et aux incantations ethniques ne sera plus possédée par le pêché et ainsi tout ira pour le mieux pour tous à priori (sauf pour elle à mon avis…) Et là, je sais bien ma totale impuissance devant un tel phénomène, et qu’il faudra des générations pour que ce mode d’approche du mal ne cesse.  Voilà quelques nouvelles de ma vie burkinabé, et la preuve qu’elle réserve bien des peines difficiles à vivre, mais aussi des moments fort agréables ; c’est vrai qu’on ne trouve pas ici d’hypermarchés ou de galeries marchandes, mais ce qu’on peut y découvrir est tellement plus fondamental !!!  



Les Senoufo
3 juillet, 2010, 17:58
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Le pays Sénoufo 

Le pays Sénoufo s’étend sur trois Etats : la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali.

L’ethnie Sénoufo compte environ 1.500.000 individus répartis en plus d’une trentaine de sous-groupes.

Chaque sous-groupe possède ses caractères propres mais ils sont tous liés par quelques traits culturels caractéristiques qui font l’unité des Sénoufo : la langue, les patronymes, l’organisation sociale et religieuse.

Les Sénoufo font partie des populations les plus anciennement installées sur le sol burkinabè.

Dans sa partie burkinabè, le Pays Sénoufo occupe une zone étirée au sud-ouest du pays et couvre les provinces de la Léraba et du Kénédougou. On considère généralement qu’il commence à partir de la petite ville de Sindou (à 51km à l’ouest de Banfora) et qu’il s’étend à l’ouest d’une ligne Sindou-Orodara jusqu’à la frontière du Mali.

Le territoire sénoufo n’est pas pour autant homogène, il est constitué d’îlots au milieu d’autres groupes ethniques de la grande famille « mande » (samogho, dioula).

Débordant du cadre strictement Sénoufo, nous aborderons dans ce reportage les ethnies Syemou de la région de Orodara et les ethnies gouin, turka, tussian, karaboro et tyefo près de Banfora

Environnement 

image11.jpgLe mont Ténakourou 

Le pays Sénoufo s’étend sur le massif gréseux qui occupe tout le sud-ouest du Burkina Faso. Les reliefs sont variés et très caractéristiques. Le mont Ténakourou qui culmine à 749 mètres est le sommet le plus élevé du Burkina.

Les falaises de Bérégadougou et de Banfora ainsi que les spectaculaires aiguilles ou pics de Sindou sont les attraits touristiques principaux de cette région par ailleurs particulièrement bien arrosée. Elle compte trois cours d’eau permanents : la Comoé, la Léraba et le Pandi.
La végétation naturelle est faite de savanes arborées et de forêts claires ou denses aux abords des cours d’eau le sol, fertile en fait une des grandes régions agricoles du pays…

 » Les populations de langue senoufo (rattachées au groupe voltaïque) comptent environ 1 500 000 personnes dans les années 1990 et occupent un vaste territoire qui couvre le sud du Mali et du Burkina, et le nord de la Côte-d’Ivoire. Bien que n’étant guère connues que par les travaux incomplets de B. Holas, elles sont devenues très tôt célèbres par leurs productions artistiques et la variété de leurs masques. Situées dans une zone de savanes, elles sont très diversement réparties, leur densité démographique allant de 80 habitants au kilomètre carré dans la région de Korhogo à moins de 20 habitants au kilomètre carré dans les régions périphériques du Nord et du Sud. Les Senoufo sont avant tout des cultivateurs, qui produisent de l’igname, du mil et du riz. Peu enclins à la guerre, ils ont subi de nombreuses incursions mande, puis, à la fin du XIXe siècle, les campagnes de Samory auquel la chefferie de Korhogo – historiquement prédominante par sa résistance aux Dioula de Kong, renforcée ensuite par l’administration coloniale française – avait adhéré, avant de se rallier finalement aux Français vainqueurs. Ainsi le sous-groupe senoufo de l’aire de Korhogo, les Tiembara, déjà important démographiquement, jouit-il d’une certaine prééminence «  politique  » – bien que ce terme soit relativement impropre pour qualifier une société aussi typiquement segmentaire. Les Senoufo comptent, en effet, une cinquantaine de sous-ethnies aux particularités marquées. Ils semblent avoir émigré du Mali vers leur territoire actuel, dont ils furent les premiers occupants. Aussi l’idée de conquête est-elle étrangère à leurs traditions. Le village est l’unité de référence la plus large de l’organisation sociale et rituelle de cette société lignagère à forte accentuation matrilinéaire. Un chef de terre contrôle l’intégrité symbolique du territoire et l’attribution des parcelles, tandis que les affaires villageoises sont collectivement gérées par un conseil d’anciens. Le chef de lignage est cependant l’instance habituelle du règlement des questions domestiques et rituelles.

Les Senoufo possèdent une structure religieuse remarquable, qui, très riche en matière de symbolismes et de rites, est liée à une organisation initiatique reposant sur les classes d’âge masculines (le poro). Cette organisation, qui comporte un système de prestations économiques réciproques différées entre aînés et cadets, ainsi que de strictes obligations rituelles, structure la totalité de l’univers quotidien et religieux. Elle est étayée par la loi du secret et s’inscrit territorialement dans des «  bois sacrés  » situés à la périphérie de chaque village.
Une autre institution, plutôt féminine, le sandoho, assure l’unité et la pérennité des matrilignages par sa fonction de contrôle du respect des règles d’alliance et par le fait qu’elle se recrute en ligne matrilinéaire, tout en fournissant les devins. Les funérailles, «  spectaculaires  », sont l’expression privilégiée de ces deux institutions majeures d’une société qui attache une importance essentielle à la «  bonne mort  ».

Economie & politiquesenoufo2.jpg

               Un cultivateur Sénoufo 

Les sénoufo vivent dans des villages isolés n’entretenant de relations qu’avec leurs voisins immédiats. Ces villages forment autant de terroirs autonomes et indépendants sans pouvoir hiérarchisé ou centralisé. C’est une société lignagère, l’autorité à l’intérieur du clan revient au patriarche.

Le chef de terre est un descendant du lignage fondateur du village, il est gardien et dépositaire du fétiche du village. Ses prérogatives s’exercent dans le domaine foncier et plus généralement à tout ce qui touche à la terre. Mais malgré ses prérogatives importantes ce n’est pas un chef politique.

Au sein d’une famille, l’ainé exerce une ascendance morale et spirituelle sur les autres membres. C’est lui qui préside le collège des sages (les anciens), qui protège le fétiche familial et veille aux rituels qui lui sont dus. Il organise par ailleurs les travaux agricoles collectifs et il représente la famille à l’extérieur (rapports claniques par exemple).

Le pays sénoufo bénéficie d’un climat et de sols très favorables à l’agriculture. On y cultive mil, maïs, haricot, fonio, pois de terre, patate douce, igname, arachide, sésame, tabac, coton, et riz dans les bas-fonds… L’arboriculture fruitière y est également très développée avec de vastes vergers de manguiers, orangers, papayers, citronniers et bananiers.

Jadis, la chasse était la deuxième grande activité économique des Sénoufo. Ils avaient la réputation d’être de redoutables chasseurs d’éléphants. Hélas, aujourd’hui, il ne reste que le petit gibier: lièvre, perdrix, canard sauvage, singe, …

Aperçu historique

Partis du delta du Niger, autour de la région de Kankaba (Mali), à la recherche de terres fertiles, les Sénoufo arrivèrent vers le 13ème siècle dans la région où ils résident actuellement. Korhogo (Côte d’Ivoire), protégée des incursions guerrières par le Bandama blanc devient la capitale et le siège de la plus importante chefferie sénoufo.

Au XVIIIe siècle, l’ouest burkinabé, à l’exception des pays lobi et birifor et d’une partie du pays dagara, passe sous la domination des souverains dyula de Kong.

Famara Wattara, fils de Seku, s’installe à Bobo-Dioulasso et fonde le Gwiriko tandis que son frère Bakari tente en vain de conquérir le territoire des lobi, toujours farouchement attachés à leur indépendance.

Au XIXe siècle, l’empire de Kong est démantelé. Le Gwiriko est déchiré par d’incessantes révoltes. Le royaume dafing de Wahabu, naît sur ses décombres. Plus à l’ouest, mais toujours à l’intérieur des anciennes limites de l’empire de Kong, des Traoré fondent autour de Sikasso le royaume du Kenedugu (1825). Mieux organisé que le Gwiriko, et se posant en rival de ce dernier, le Kenedugu, comme son voisin, doit affronter de nombreuses et violentes révoltes. Le Kenedugu disparaît avec la prise de Sikasso par les français (1898).

Le nom « sénoufo » est un terme Bambara du Haut-Niger qui peut se traduire par « langue des cultivateurs« . C’est un terme exogène pour désigner toutes ces populations hétérogènes installées dans cette zone et pratiquant l’agriculture.

On peut distinguer des sous-groupes « sénoufo » mais ils possèdent tous des caractères culturels communs comme la langue (les différences linguistiques se manifestent dans des nuances de prononciation : l’accent, le ton, la contraction de certains mots…), certains cultes et rites (le culte du « Komo » et les rites funéraires), la musique et la danse…

Les patronymes typiquement sénoufo sont au nombre de cinq, ils correspondent aux cinq lignages d’origine. 

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Vie intérieure

La cour est un espace découvert au sol damé. Elle est commune à tous les habitants de la concession. S’y déroule la plupart des activités domestiques et, la nuit tombée, s’y tiennent les palabres.

Chez les Sénoufo, chaque homme possède sa propre case. Les enfants et adolescents dorment soit avec leurs grands-parents soit avec leur mère.On distingue ainsi dans la concession senoufo :                  senoufo4.jpg -la case du chef de famille
-les cases des épouses (société polygame)
-les cases des hommes célibataires
-la case d’accueil pour les visiteurs
-la case des fétiches
-la cuisine accolée à la case de la femme
-les lieux de toilettes, notamment les douches
-les poulaillers et bergeries

L’intérieur de chaque case d’habitation est scindée en deux compartiments :

- l’espace de couchage avec un lit en bambou (le tara) ou en terre sur lequel est posé un matelas de paille ou de fibres de kapok

- l’espace de rangement des divers ustensiles et outils

Hormis les hommes de la famille nucléaire, aucun homme autre que le mari n’a le droit d’accéder aux cases des femmes.

Instruments de musique

Le balafon

Le balafon appartient à la famille des xylophones. Chez les sénoufo il est particulièrement long et imposant. Il possède entre 18 et 20 lames. L’instrumentiste porte, liés autour de ses bras, des grelots qui amplifient l’effet de rythme. Le balafon est utilisé lors de fêtes profanes et de réjouissances populaires. 

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Le tambour hémisphérique : le tambour hémisphérique accompagne le balafon. Des anneaux métalliues sont fixés sur les parois du tambour pour agrémenter le timbre de l’instrument.

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Le Ngoni ou harpe luth : on distingue deux sortes de ngoni : le Kamelen ngoni ou harpe luth des jeunes, et le Dozo ngoni des chasseurs. Le ngoni accompagne le balafon lors des festivités populaires, mais il peut aussi être joué en solo.

Le tambour cylindrique : Plus imposant que le tambour hémisphérique, il n’est joué que lors de funérailles

La trompe : Instrument à vent est lui aussi joué à l’occasion de funérailles

Les flûtes : Les flûtes sont populaires et constituent l’instrument de musique le plus répandu en pays sénoufo. Les jeunes hommes en jouent régulièrement en brousse, ils l’utilisent aussi comme signe de reconnaissance entre gens de même village.

Les danses populaires

Les danses populaires s’expriment lors de réjouissances familiales ou communautaires : mariages, naissances… Elles sont ouvertes à tous, même aux non-initiés. Certaines de ces danses populaires sont attachées à des corporations : danse des cultivateurs, danse des forgerons….

Les danses sacrées

Les danses sacrées sont pratiquées lors des rites initiatiques, des funérailles ou lors de la célébration des cultes dédiés aux divinités. Seuls les initiés peuvent les danser. On peut citer :

Le  » Komo  » : danse initiatique exécutée lors de la sortie du Komo ou lors des funérailles d’un initié au Komo. Cette danse est exécutée par des masques et se déroule généralement la nuit.

Le  » Dozo  » : danse initiatique des chasseurs. Elle est exécutée lors des retraites des chasseurs ou lors des funérailles d’un des leurs.

Le  » Cacare  » : danse initiatique des femmes. Elle est exécutée accompagnée de chants à l’occasion des funérailles d’une femme initiée.



Les Dioulas
3 juillet, 2010, 17:20
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Les Dioulas (nom également transcrit Dyoula ou Dyula) sont des commerçants ambulants d’Afrique occidentale, présents dans l’ancienne aire d’influence mandé. Ce sont des Mandingues. 

dioulas1.jpgLe marché de Té : pays dioula (1899) 

À l’époque de l’empire du Ghana, les groupes mandingues, dont font partie, entre autres, les Malinkés et les Soninkés, dominaient l’Afrique de l’Ouest. L’aristocratie, les membres de la noblesse, de l’empire du Ghana, ou de Ouagadougou, étaient issus des Soninkés et Malinkés. 

Les commerçants arabo-berbères musulmans venus d’Afrique du Nord et de l’Orient par les voies transsahariennes étaient en contact avec cette noblesse de Ouagadougou. C’est ainsi que naquit parmi les membres de la noblesse une élite de commerçants, islamisés par les commerçants arabo-berbères. Cette élite servait d’intermédiaire entre les populations africaines et les arabo-berbères, pour le commerce.

Cette élite de commerçants mandingues portait le nom de Dioulas, qui signdioulas2.jpgifie en malinké «  commerçants  ». Petit à petit cette élite de marchands devint de plus en plus indépendante, car grâce au commerce, ils ont pu s’enrichir de telle façon qu’ils se sont détachés peu à peu de l’aristocratie du Ghana. Devenant puissants économiquement, ils commencèrent à adopter un mode de vie nomade, de riches marchands ambulants. Avec le nomadisme qu’ils ont adopté, ils se répandirent, de l’ouest à l’est, du Sénégal au Niger, et du nord au sud du Sahel africain aux forêts de Côte d’Ivoire. 

Étant parmi les premiers musulmans d’Afrique de l’Ouest, ils ont été aussi parmi les premiers propagateurs de cette religion en Afrique, avec les Toucouleurs du royaume du Tekrour, au fleuve Sénégal, et les Malinkés.

Ils établirent plusieurs réseaux commerciaux à travers l’Afrique de l’Ouest, faisant de la langue mandingue, la langue véhiculaire. Les Dioulas établirent leur domination dans plusieurs régions, et ont constitué de puissants États islamiques, tel que le royaume de Kong, au XVème siècle, dont le fondateur est Bokar Traoré. Le royaume Kong était situé aux nord de la Côte d’Ivoire, ce royaume vivait presque exclusivement du commerce. Les Dioulas du royaume Kong étaient des musulmans tolérants vis-à-vis des populations animistes tels que les Sénoufos. Ils avaient aussi l’empire de Bégho, le royaume dioula du Gondja et de Bobo Dioulasso, où régnait la dynastie dioula de patronyme watara, descendante de Sékou Watara. 

dioulas3.jpgLe sorcier dioula et ses cailloux (1899) 

Dans le passé, l’islam très tolérant des Dioulas vis-à-vis des ethnies telles que les Sénoufos, les Dans, les Baoulés et divers autres groupes Akans, créèrent des tensions avec les Peuls musulmans qui voulaient pratiquer le djihad chez les animistes des terres dioulas. Les Dioulas protégeaient les animistes, donc ceux-ci durent guerroyer plusieurs fois contre les tentatives de djihads peulh. 

Samory Touré, d’origine dioula, établit l’empire du Wassoulou, en Afrique de l’Ouest, il portait le titre d’almamy. C’était un empire musulman, remarquable par son organisation territoriale et sociale. Samory Touré fut un grand résistant contre la colonisation. Le Wassoulou s’étendait sur une partie de la Côte d’Ivoire, du Mali et de la Guinée. Les Dioulas étant les plus grands commerçants d’Afrique de l’Ouest, ce sont eux qui détenaient la plupart des marchés, ils contrôlaient la vente de produits comme : l’or, le sel, la kola, les armes blanches ainsi que les armes à feu, les divers produits agricoles, des tissus en particulier pour la confection des boubous. Ils contrôlaient également dans certaines parties de l’Afrique, le commerce des esclaves, initié par les Européens et les Arabo-Berberes. Ils étaient les principaux fournisseurs d’esclaves auprès des Maures. 

La Côte d’Ivoire et le Mali sont des pays où les Dioulas sont particulièrement implantés. En Côte d’Ivoire, toute personne mandingue pratiquant le commerce est nommée dioula. Les Dioulas ne sont rien d’autre que des commerçants d’origine malinké, soninké ou bambara. En Afrique de l’Ouest – à part les Dioulas – les Wolofs et les Haoussas sont les principaux grands commerçants. 



Les Bobo
3 juillet, 2010, 16:43
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Leur Milieu :

Au Mali : 100 000.
En Burkina Faso : 270 000 (dont 200 000 Bwa Bobo Rouge). 

Les Bobo font partie du groupe mandé (avec les Dioula). Ils sont divisés en trois groupes, différents par la langue, les coutumes, mais ayant tous le même genre de vie. 

  • Les Bobo blancs (Kian Bobo Gbe) 

  • Les Bobo rouges (Tara Bobo Oulé), qu’on appelle aussi les Bwa. Ils vivent dans la boucle de la Volta Noire. Ils sont environ deux cent mille parlant le Bwamou, langue voltaïque 

  • Les Bobo noirs (d’origine Mandingue) (Bwa Bobo Fing) qu’on appelle Bobo simplement ou Bobo Dioula (qui a donné le nom à la ville de Bobo Dioulasso). Leur domaine s’étend de Djenné (Mali) à Bobo Dioulasso (Burkina Faso). Ils sont encore cent mille et parlent une langue mandingue (dialecte de la langue Sia). 

On constate que l’ensemble des Bobo occupent un vaste quadrilatère, à cheval sur les territoires du Burkina Faso et du Mali, limité à l’est par la Volta Noire, à l’ouest par le Bani (affluent du Niger), au nord par les falaises de Bandiagara et, au sud, par les régions de Koutiala et Sikasso.
Principales villes : San,Tominian (Mali), Nouna, Bobo Dioulasso, Houndé (Burkina Faso).

Leur Histoire :

D’origine mandée, habitant la région de Djenné, les Bobo ont été refoulés par les conquérants Soninké, puis Bambara dans la zone où ils vivent actuellement. Vers le XVe siècle, les Bobo Dioula (groupe Boulange arrivé de Djenné) s’installèrent aussi dans le pays vers Bouna et Bondoukou. Morcelés en village, jamais regroupés en confédérations, les Bobo ont su néanmoins rester indépendants de leurs puissants voisins du Mali et du Mossi.Toutefois, ils ont dû subir pendant des siècles les razzias des Songhaï, des Soninké et des Dioula. 

Pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), les Bobo se révoltèrent contre les colonisateurs français, qui réprimèrent violemment cette révolte armée.

Leur Vie Economique :

L’agriculture constitue la principale activité des Bobo. Ils élèvent des chiens dont la viande est considérée comme un mets de choix.  Les ruches des abeilles, installées dans les arbres, ont une belle forme cylindrique. Elles sont faites avec de la paille et une poterie hors d’usage. La cire sert aux bronziers pour la technique de la cire perdue. Les Bobo sont d’excellents chasseurs. La chasse collective est réalisée sous la direction du chefde chasse? 

Leur Vie Sociale :

Le village est encore l’unité économique, politique, avec un chef à sa tête. Les villages étaient indépendants les uns des autres, jamais regroupés en royaume. Il existait néanmoins des alliances avec les grosses agglomérations les plus proches. Les habitants des villages Bwa sont groupés par cinquante à cent personnes maximum pour composer une unité d’exploitation des champs de mil. Au sommet du village se trouvent le chef de la communauté civile, le chef de la terre, appelé Du So, puis les vieillards, et le conseil de famille composé des initiés. Le Du So est assisté par le chef des cultivateurs, le chef des greniers à mil et le Kala qui partage la production.Après les cultivateurs (qui ont un statut comparable aux nobles), on trouve les forgerons, les griots, les Peul, gardiens de troupeaux, et les esclaves qui jouissaient d’un statut très libre par rapport aux autres groupes ethniques. 

Leur Vie Religieuse :

Plus de 70 % des Bobo sont restés animistes. Les Bobo islamisés ou non font parfois appel aux Marabouts, mais sans pour autant négliger le culte des ancêtres et des divinités locales.
Selon une légende populaire en pays Bobo, Dieu (Dofini) créa dans le royaume des cieux le premier homme, Adama, puis la première femme, Awa. Il les fit descendre sur terre en leur donnant une peau de bouc, une daba (houe), un tambour et une houlette. Il créa ensuite quatre hommes et quatre femmes : un forgeron (Kanzani) et sa femme (Assouma), un griot et sa femme (Yekye), un Bobo et sa femme (Sounou) et un Peul. Dieu leur dit qu’ils étaient tous frères. Il remit la peau de bouc au forgeron, qui contenait les outils de son métier, le tambour au griot, la houe au Bobo et la houlette au Peul. D’après cette légende, on retrouve les quatre catégories de gens libres : les cultivateurs, les forgerons, les griots et les Peul. 
Tous les actes importants donnent lieu à des rites religieux dans lesquels les forgerons Bobo jouent un rôle de premier plan. Ils sont consultés pour le débroussaillage d’un nouveau champ, pour ouvrir la saison de la chasse, pour abattre un arbre. Chaque fois ils doivent s’assurer le consentement des esprits. L’association initiatique des masques do est présente partout dans le pays Bobo. Le Bwa durant toute sa vie va s’appuyer sur le do, puissance religieuse qui est à la base (comme le poro sénoufo) de toute la vie socio culturelle. Le do est l’incarnation d’une énergie vitale en relation directe avec la  » cause des causes « . Cette société a des rites servant à assurer la fécondité de la terre.  Chez les Bobo Fing, le do est l’esprit protecteur du village, présent aux funérailles et au début des travaux des champs. Les porteurs de ce masque doivent observer les tabous d’usage. Le masque est ensuite inhumé solennellement. Le do révèle ainsi l’importance de l’eau et le principe d’unité dont il est l’incarnation. Leur Vie Culturelle : Fêtes agraires, familiales (mariage, funérailles). La basga, fête des récoltes, se situe fin novembre. Les Bobo aiment particulièrement danser. Pour les Mossi ils sont ceux qui s’amusent toujours. Chaque circonstance religieuse ou profane donne lieu à des danses, mais leur danse préférée est le yenyen. Les griots sont les musiciens attitrés. Dans les orchestres, chaque instrumentiste a un nom particulier :  - Timbala (joueur de tambour à signaux, tin kani), Zingoba (joueur de gros tambour),  - Kengueba (joueur de tambour en longueur), 

- Dondon Zuba (joueur de petit tambour d’aisselle), Tiomba (joueur de balafon).
A l’intérieur des cases, les murs sont crépis avec de l’argile
, puis recouverts d’un enduit noir (charbon de bois pulvérisé dans l’eau). Ces murs noirs sont souvent ornés de dessins à la craie blanche représentant des animaux ou des personnages mythologiques et aussi d’empreintes de mains d’enfants ou d’adultes obtenues soit en projetant du kaolin (argile blanche) autour de la main, soit, par opposition, en appliquant la main enduite de kaolin. 
L’extérieur est crépi avec de l’argile amalgamée avec de la paille sèche et du fumier.
Leur Vie Artisanale : - Habillement : Les hommes portent une culotte très courte et très serrée et une petite blouse très ajustée, confectionnées avec des bandes de coton assemblées, blanches et bleu indigo ; les femmes portent un mini pagne noir autour des reins. - Parure : Quelques jours après la naissance d’un enfant, on lui attache un pendentif au cou (à la forme d’un caméléon ou de la lune ou du soleil) et un bracelet de fer (ou de cuivre torsadé) au poignet.
Certaines femmes de forgerons sont spécialisées dans les tatouages. Le tatouage facial est le même pour les hommes que pour les femmes. Il est effectué vers l’âge de 4 à 8 ans. Le dessin de base est identique pour tous les Bobo. Il se différencie au moyen d’un petit signe particulier propre à chaque clan. Les parties entaillées des tatouages sont saupoudrées de poudre de charbon de bois et de beurre de karité. Les tatouages sont de plus en plus rares.
- Tissage : 
Le filage est fait par toutes les femmes. Il n’y a pas de caste particulière pour le tissage réalisé par les hommes : tissage en bande étroite permettant la réalisation de très belles chemises écrues ou marines (indigo), pagnes en batik, indigo et noix de kola, châles avec réserve.
En Côte d’ivoire, le village de Sokorogo est composé de Bobo tisserands, islamisés, venus de Burkina Faso au XIXe siècle pour extraire de l’or. Après de nombreux déplacements, les gisements étant de moins en moins rentables, ils s’installèrent à Sokorogo où ils apprirent des Djimini l’art du tissage. Ces tisserands ne sont pas castés. Les différents pagnes, qu’ils produisent sur des métiers de type soudanais, portent un nom particulier, selon les motifs et les coloris utilisés : fingbe (pagne blanc), sosoni (petit haricot chamarré), mavagamoussohoto (sac de femme), gbofroto (galette), gnignangni (dent de souris), samangaraka (côte d’éléphant), etc.
- Vannerie : Ce sont les hommes qui exécutent en général les paniers et les chapeaux de paille caractéristiques (qu’on trouve au marché de Ovedrago). Mais, au marché de Bobo Dioulasso, on trouve un choix de presque toutes les vanneries bobo, qui sont très belles et souvent colorées (rouge et jaune), les très beaux paniers de mariage en vannerie rouge s’emboîtent les uns dans les autres. Les Bobo fabriquent également des nattes en tiges de mil entrelacées et bordées avec des fibres végétales, des paniers à fond très solide pour le transport des grains ou le rangement des vêtements.

- Travail du cuir : La cordonnerie est exécutée par des artisans appelés Sambi, rattachés davantage à la caste des griots qu’à celle des artisans.

- Travail du métal et du bois : La caste des forgerons détient presque toutes les activités artisanales bobo. Ils sont, en effet, à la fois forgerons, bijoutiers, fondeurs, spécialistes du fer et du bois.

Avec le fer ils fabriquent les outils utilitaires : houes, pointes de flèches, haches, herminettes, etc. Avec le bois, des pirogues, des manches d’outil, des cuillères, des louches, des tabourets à trois ou quatre pieds.
Ce sont eux aussi qui, sur le plan religieux, réalisent les masques rituels do (nom désignant, en général, le masque chez les Bobo) :

  • Masques do des Bobo Fing (région nord de Bobo Dioulasso et, dans le sud, région de Nouna). Au Mali, dans la région de San et de Koutiala, masques figurant des êtres humains stylisés ou des animaux comme le bélier, le buffle, l’antilope, le cheval. 

  • Masques Bobo Oulé (Bwa). 

  • Masques la, polychrome, évoquant le buffle mâle (emblème totémique des Bobo). 

  • Masques doyo, géométrique, très haut (2m), aux motifs, de damiers, zigzags, triangles, chevrons, servant à opposer symboliquement les classes d’âge des villages et à manifester la puissance divine. Le masque doyo des Bwa de la région de Houndé aurait été acheté à leurs proches voisins, les Gourounsi. Il présente beaucoup d’analogie, en effet, avec les masques à étages des Dogon, Mossi et Baga. lis se caractérisent par des visages ronds, animés par deux yeux en cercles concentriques, la bouche en losange, en carré ou en rond toujours en relief, le visage couronné d’un bec d’oiseau crochu surmonté d’une planche ajourée et ornée de motifs géométriques blancs, noirs et ocres

  • Masques hunibo, représentant d’une façon très abstraite les grands calaos (oiseaux mythiques). 

  • Masque nassini, représentant un coq avec sa crête mais au visage humain. Il appartient au forgeron comme le masque du bœuf et le masque du bélier. 

  • Certains masques et casques ovoïdes do évoquant un ancêtre mythique, sont creusés dans un tronc d’arbre et ont une poignée qui permet de les tenir à l’aide de la main, tellement ils sont lourds à porter. A tous ces masques s’ajoute toujours la longue jupe de fibres.

- La sculpture : à part pour réaliser certains objets culturels, elle est très rare chez les Bobo (elle est plus courante chez les Gourounsi).

- Les objets domestiques : comme les sièges, les cannes, les verrous de porte, les instruments de musique prennent couramment les formes zoomorphes et anthropomorphes qu’on trouve dans les masques. Banc, en forme de pilon, prolongé d’une tête humaine, fauteuils et chaises en bambou. - Poterie : Au marché de Bobo Dioulasso, le coin des potières présente la diversité de la production bobo en terre rouge avec des traces noires d’oxydation : plat à beignets, plat à couscous, jarre à bière de mil, canaris pour l’eau, etc. Article composé à partir du site  » Historia Mundi « 



Les Gourounsis
27 juin, 2010, 18:35
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Les Gourounsis ont de tout temps dû se protéger contre l’envahisseur, ceci explique l’architecture remarquable de leurs maisons-forteresses ; ils sont eux aussi très attachés à leur culture et à l’animisme. Dans une région assez bien arrosée avec une végétation composée de baobabs, karités, nérés, kapokiers, les Gourounsis vivent essentiellement de l’agriculture (mil, riz, élevage, chasse et cueillette) et, selon la saison, nous assistons aux activités très variées des villageois (labour, semis, récolte, construction, vannerie, cueillette…).    Les Gourounsi sont répartis du long de la frontière nord du Ghana jusqu’aux localités de Koudougou et Réo. Ils sont constitués de plusieurs sous-groupes répartis dans le centre-sud du Burkina-Faso. Les Kasséna, connus dans le monde pour leur architecture si originale dans la région de Pô, Tiébélé et Léo, les Lélé ou Lyélé dans la région de Réo, les Nuni dans la région de Léo, de Pouni et de Zawara, les Nounouma dans la région de Tchériba, les Sissala autour de Léo, les Ko dans la région de Siby. La tradition orale des Gourounsi les dirait originaires de la région du lac Tchad. Les études historiques confirment en tout cas leur présence au Burkina dès le XIIe siècle.

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Malgré les conquêtes de l’empire mossi à partir du XVe siècle et les raids esclavagiste de ce dernier sur les villages Gourounsi, les différentes communautés de cette ethnie ont toujours conservé leur autonomie et leur indépendance.

Le pays Gourounsi :

L’ethnie Gourounsi  englobe  plusieurs groupes dont les Kasséna et les Nankana (qui peuplent la région concernée).
Encore très attachés à  leur culture et à  l’animisme, les Gourounsi (et principalement les Kasséna) ont de tout temps dû se protéger contre l’envahisseur, expliquant leur architecture remarquable et efficace.
Les Gurunsis ou Gourounsis sont donc un peuple du Burkina Faso, qui se constitue en plusieurs sous-groupes. Selon le docteur Salif Titamba Lankoande, dans Noms de famille (Patronymes) au Burkina Faso) le mot Gourounsi proviendrait de la déformation du mot Guru-si qui signifie en langue Djerma du Niger «  le fer ne pénètre pas  ». Lors de l’invasion des Gourounsi par les Djermas venus du Niger vers 1860-1899 et conduit par Babatu, celui-ci ayant recruté dans son armée un bataillon de jeunes hommes forts du pays annexé, les a fait consommer du médicament traditionnel les rendant invulnérables au fer ; on les appelait Guru-si que le langage commun a transformé en «  Gurunsi  ». 

Les sous-groupes

  • les Kassenas habitant la région de , Tiébélé et Léo
  • les Lélés dans la région de Réo, Ténado et Didyr
  • les Nounis dans la région de Léo, de Pouni et de Zawara 
  • les Nounoumas dans la région de Tchériba
  • les Sissalas dans la région de Léo
  • les Kos dans la région de Siby
  •  

     

     

     

     

image21.jpgL’Amicale des parents à plaisanterie Bissa-Gourounsi (APP/B-G) a organisé le 1er et 2 août 2009 à Garango dans la province du Boulgou, la IIe édition de la parenté à plaisanterie Bissa-Gourounsi sur le thème :  » La plaisanterie au service de l’environnement « . 

 » Un Bissa, dans le temps, aurait confié une tête de chien à un vieux Gourounsi. Revenu quelques moments après pour reprendre sa viande, il constatera que celui-ci l’a déjà mangée avec sa famille « . Mythe, légende ou réalité, cette anecdote serait à l’origine de l’alliance à plaisanterie entre les deux ethnies. Mais qu’à cela ne tienne. Bissa et Gourounsi n’entendent pas rompre  » cette relation originelle « , héritage des ancêtres et véritable facteur de paix sociale. Ils l’ont ainsi démontré, ce samedi 1er août 2009 à Garango, à la faveur de la IIe édition de la parenté à plaisanterie Bissa-Gourounsi organisée par l’Amicale des parents à plaisanterie Bissa-Gourounsi (APP/B-G). Après la 1re édition, l’année dernière à Doudou, dans la province du Sanguié, c’est Garango qui a été le lieu de convergence des gens de Sapouy, Léo, Réo, Tenado, … en somme toute la grande famille gourounsi.  » Ils sont venus pour nous envahir. Mais nous leur offrons la ville pour la seule journée du 1er août. Après ils seront tous immatriculés car lorsqu’on a des biens, il faut connaître le nombre « , a annoncé le maire de la commune de Garango, André Zouré, donnant le ton des activités. Joutes oratoires, jeu verbal, histoires drôles… Chaque groupe s’est activé à rabattre le caquet de l’autre dans une ambiance très détendue. Cependant, les différents acteurs n’ont pas perdu de vue le bien-fondé de cette tradition bien ancestrale.   » C’est un bien précieux qu’il convient, par toutes les formes, tous les moyens et en toute occasion, de signifier notre attachement et le léguer aux générations futures « , a indiqué le président de l’APP/B-G, Halidou Lengani. Le parrain de ces journées, le directeur général de la SOBCA, Mamadi Napon (un Gourounsi) a abondé dans le même sens :  » la parenté à plaisanterie est une source intarissable, un patrimoine que nous ont laissé nos ancêtres et que nous devons absolument préserver « . Le thème de cette IIe édition de la parenté à plaisanterie,  » la plaisanterie au service de l’environnement « , Bissa et Gourounsi ont saisi cette occasion pour reverdir la nature de Garango.  » La relation entre parenté à plaisanterie et l’environnement est plausible et directe. Toute action que nous voulons entreprendre sur le plan social, culturel et éducatif en passant par la parenté à plaisanterie ne pourra que porter encore plus loin le message « , a souligné le parrain Mamadi Napon. Avant d’ajouter à l’endroit des organisateurs : comme le souligne l’adage,  » la culture est la seule chose qui nous reste lorsqu’on a tout perdu. Je pense que vous l’avez si bien compris et vous avez décidé de mettre cela au service de l’environnement « . A cet effet, un espace dit,  » jardin de la parenté à plaisanterie  » a été créé. Sur place, ce sont au total 500 arbres fruitiers composés de manguiers, de citronniers, de goyaviers… qui ont été plantés, bien sûr toujours dans une atmosphère très détendue. Entre-temps, ils ont été aidés dans leur activité de reboisement par le ministre d’Etat, ministre des image32.jpgAffaires étrangères et de la Coopération régionale, Alain Yoda. Avec ce jardin, Bissa et Gourounsi veulent laisser aux générations futures, un témoignage de leur fraternité. A l’issue de la journée, un match de football a opposé les deux communautés avec en prime, un trophée atypique : un panier d’arachides plus une tête de chien. Evidemment qu’il n’y a pas eu de vainqueur sur le terrain.

Siée Simplice Hien – Sidwaya 



Les Lobi, Dagari, Gan, Birifor et apparentés
27 juin, 2010, 18:12
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Les Lobis, arrivés vers le XVIIIe siècle du Ghana et de la Côte d’Ivoire, sont principalement cultivateurs et chasseurs à l’arc occasionnels. Ils ont conservé leurs traditions en résistant à tous les envahisseurs, africains ou colons européens. L’architecture de leurs cases fortifiées en terre cuite, distantes les unes des autres d’une portée de flèche, témoigne de cette histoire. Les Lobis ne possèdent pas de pouvoir centralisé. La seule autorité est celle du père de famille et la femme occupe une place très importante. Féticheurs, sorciers et devins mènent savamment rites initiatiques ou funérailles, ces grandes fêtes réunissant de nombreuses personnes, où le tan, la bière de mil, coule à flot ; ainsi ils profitent de la saison sèche pour fêter les grandes funérailles réunissant de nombreuses personnes. Ce peuple pratique également de nombreuses initiations dont le djoro qui est encore de nos jours un facteur incontournable d’intégration sociale.
Chaque village possède féticheur (prêtre attaché au service d’un fétiche – ou divinité -), sorcier (avec pouvoirs surnaturels), charlatan (= devin). 
Le Pays Lobi

Actuellement à  la frontière du Ghana et de la Côte d’Ivoire, les Lobis seraient originaires du Nord-Ouest du Ghana et auraient migré vers le 18ème siècle. Les principales ethnies de cette région sont au nombre de 7 et ont de nombreux points communs. En plus des Lobi, il y a les Birifor, Dagara, Gan, Dian, Dorossié, Téguessié. Ils sont principalement cultivateurs, et chasseurs occasionnels (à  l’arc).
La particularité de l’ethnie Lobi est surtout d’avoir pu conserver bon nombre de ses traditions en résistant à  tous les envahisseurs, qu’ils fussent africains ou colons européens. Leur architecture (cases fortifiées en terre cuite) témoigne de cette hostilité, avec des cases distantes les unes des autres d’une portée de flèche. Les Lobi sont animistes à  part entière. Ils ne possèdent pas de pouvoir centralisé. La seule autorité est celle du père de famille. La femme occupe une place très importante.
Ils profitent de la saison sèche pour fêter les grandes funérailles réunissant de nombreuses personnes. Le Tan (bière de mil) coule alors à  flot… dans des marchés, des concessions familiales, nous rencontrerons ces autochtones d’un autre temps. Ce peuple pratique également de nombreuses initiations dont le djoro qui est encore de nos jours un facteur incontournable d’intégration sociale.
Chaque village possède féticheur (prêtre attaché au service d’un fétiche – ou divinité -), sorcier (avec pouvoirs surnaturels), charlatan (= devin). 
Le long de la frontière occidentale du Ghana et sur la moitié est de la frontière ivoirienne, dans l’une des régions les plus défavorisées du pays, plusieurs ethnies apparentées, au passé parfois commun, forment l’une des communautés culturellement les riches du pays. Lobi, Dagari, Gan, Birifor, Pwe et Dan se répartissent ainsi un vaste territoire autour des villes de Goua, Lopopéni, Batié, Diébougou et Dissen. Principalement présents au Burkina Faso, ils comptent cependant de nombreux villages au Ghana et en Côte d’Ivoire. Il est commun d’appeler  » Lobi  » cet ensemble d’ethnies sans limiter cette appellation aux Lobi proprement dits. 

lobi1.jpg Photo à gauche : homme dagara de Dissen avec des bandeaux traditionnels (photo C.Costeaux)

Les Lobi, dont le nom signifierait en Lobori (la langue des Lobi) « Enfants de la Forêt « , viendraient du Ghana après avoir traversé le fleuve Mouhoun qui revêt d’ailleurs pour ces populations un caractère sacré. Considérés comme des fermiers, des chasseurs et des éleveurs, ils sont avant tout des guerriers. C’est cette réputation qui fait l’identité profonde des Lobi mais aussi de leurs cousins birifor, gan ou dagari. Tout rappelle chez eux que leur histoire s’est faite des résistances contre les raids des tribus voisines du Guiriko et du Kénédougou et des razzias esclavagistes jusqu’au milieu du XIXe siècle : leurs maisons sont des petits fortins impénétrables et l’arc et ses flèches empoisonnées, dont aujourd’hui encore les populations rurales ne se séparent pas, sont l’emblème de leurs talents guerriers. L’histoire de la résistance Lobi est d’ailleurs très récente puisque tout au long de la période coloniale jusqu’au milieu du XXe siècle les Lobi lancèrent des raids contre les Français et leurs escouades de tirailleurs africains. Les Lobis forment l’une des communautés qui a le plus conservé sa religion traditionnelle. La vénération des esprits des ancêtres et des fétiches est le pivot de leurs croyances. La case des fétiches, située en dehors de la concession familiale, tient lieu de temple où sont pratiqués les rites d’hommage et de divination. Les Lobis croient néanmoins aussi en un être suprême, nommé Thagba, créateur de tous les êtres vivants. Mais, comme chez les Sénoufo, ce Créateur ne peut être contacté que par l’intermédiaire d’esprits de la nature nommés thila. Ces esprits invisibles, parfois bienveillants parfois malins et comme les hommes sujets aux conséquences de leurs vices et vertus, exercent leurs pouvoirs sur toutes choses. Pour entrer en contact avec les esprits, chaque village et chaque hameau a au moins un prêtre fétichiste nommé le thildarL’architecture Lobi est très particulière et se révèle être la plus avancée et la plus belle du Burkina Faso avec bien-sûr celle des Gourounsi Kassena. Les habitations Lobi sont constituées d’une large concession rectangulaire de type forteresse appelée soukala et dont l’entrée se situe sur la terrasse qui n’est traditionnellement accessible qu’avec une échelle que les familles peuvent retirer pour se défendre des attaques. La terrasse ainsi formée par la construction permet de dormir en plein air durant les nuits les plus chaudes précédent l’hivernage. Une cour intérieure permet de protéger les animaux domestiques et de faire la cuisine.  lobi2.jpg 

Photo à droite : une construction typique du pays lobi : soukala en rectangle, sans ouverture latérale, avec une large terrasse et des murs en boudin de terre (photo C.Costeaux).

On reconnait donc facilement les hameaux de cette ethnie. Les strates de banco formées en lignes les différencient en outre particulièrement des formations en « briques ». Il faut d’ailleurs noter que les Gan sont la seule communauté du groupe Lobi qui n’ait pas adopté cette architecture (il s’agit plutôt chez eux de cases rondes assez classiques). Aujourd’hui les Birifor, les Lobi et les Dagari demeurent majoritairement animistes bien que plusieurs communautés chrétiennes se soient formées ces dernières années.

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Photo à gauche : enfant de la caste des forgerons de la communauté Birifor dans le village de Koulé (photo C.Costeaux)

La statuaire lobi est la plus célèbre et la plus belle du Burkina Faso. Alors que les Mossi ou les Samo montrent des masques extraordinaires, les Lobi pour honorer leur fétiches et les ancêtres utilisent des statuettes de bois qui sont d’ailleurs aujourd’hui toujours pillées par des pseudos antiquaires ou marchands d’art



Les Mossis
27 juin, 2010, 17:53
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Leur Milieu

Environ 2 500 000 en Burkina Faso (50 % de la population). Le cercle de Yatenga est une des régions les plus peuplées des Mossi. La densité atteint parfois jusqu’à 50 habitants au km2.
Langue : le moré.
Le pays mossi s’étend de la frontière Malo Voltaïque au nord, à la frontière Ghano Voltaïque au sud.
Les Mossi et leurs voisins Gourmantché ont des affinités sociologiques, religieuses et linguistiques (ils auraient un ancêtre commun). Les Mossi peuvent être divisés en deux populations : la population urbaine, qui est musulmane depuis longtemps, et la population rurale, qui a su conserver sa religion animiste.
Principaux centres : Ouagadougou, Ouahigouya, Koudougou, Yako, Kaya, Tenkodogo.

Leur Histoire

Les Mossis se sont installés au cours de migrations anciennes ainsi que les Bobos, les Gourmantchés et d’autres groupes de langue mandé. Les pasteurs peuls vivent en symbiose économique avec les agriculteurs traditionnels. Dans le Nord, les grands troupeaux des éleveurs touareg et peuls parcourent une steppe frappée par les sécheresses avant d’être convoyés vers le sud pour nourrir les pays méridionaux (Côte-d’Ivoire, Ghana) où la trypanosomiase (ou maladie du sommeil) représente un obstacle à l’élevage.  Des vestiges (pierres taillées, poteries, gravures) datant du Ier millénaire avant notre ère évoquent une civilisation néolithique encore à étudier. Les premiers agriculteurs ont imprimé leur marque dans les paysages en défrichant la forêt. Ils précédaient les ancêtres des Mossis actuels, qui peuplent la plus grande partie du pays. L’origine de ces cavaliers est mal connue. Les traditions disent qu’ils venaient de l’Est, du Sud, et même de l’Ouest.
Constitués en une aristocratie militaire, ils passèrent des accords avec les populations locales, restées propriétaires du sol, comme en témoignent les rapports traditionnels existant entre les « !chefs de terre! » et les chefs de canton, qui détiennent le pouvoir politique. On situe l’arrivée des Mossis entre le XIe et le XIVe siècle. 
Issus d’un brasmossis1.jpgsage ethnique entre les conquérants et les populations autochtones, mais formant un même ensemble culturel, les quatre royaumes mossis qui se sont progressivement constitués ne parvinrent jamais à l’unité politique.
Le plus important, le royaume du Yatenga, au nord, était en contact direct avec les empires soudanais contre lesquels il mena des expéditions (prise de Tombouctou en 1329). Il dut notamment se défendre des entreprises d’islamisation de l’empire Songhaï.
L’administration était très centralisée et permettait de mobiliser rapidement des forces de défense. La personne du roi, le mohro naba, était sacrée; il représentait la force vitale dont la puissance pouvait brûler le sol. 
Au XIXe siècle, le pays doit de nouveau faire face aux tentatives des talibés, des Bambaras de Ségou, des Peuls du Macina.
En 1895, Samory Touré tente de se constituer un État dans la savane. Les Français, qui craignent d’être pris de vitesse par les Britanniques dans la région, profitent des craintes pour établir un protectorat sur le royaume mossi de Ouagadougou, en 1896. 
De 1904 à 1919, ces nouveaux territoires de l’Empire colonial français sont rattachés à la colonie du Haut-Sénégal-Niger, intégrée à l’Afrique-Occidentale française. En 1916 se développent d’importants mouvements de résistance à la conscription. Les Mossis constituent l’essentiel des bataillons de  » tirailleurs sénégalais  » qui combattent aux côtés des troupes alliées durant la Première Guerre mondiale. On rapporte une légende sur l’origine du Royaume de Ouagadougou. Au début du XIe siècle, le roi de Gambaga, vivant dans le nord de l’actuel Ghana, s’avança vers le nord dans la région de Tenkodogo. Il avait une fille célèbre par sa beauté et son courage. Cette princesse, Poko, suivait son père dans toutes ses expéditions guerrières. Un jour, elle s’éloigna du camp et fut emportée par un cheval fougueux, dans une épaisse forêt où elle rencontra un chasseur d’éléphant, nommé Riaré, d’origine mandé, qui réussit à maîtriser sa monture emballée. Elle l’épousa et de cette rencontre naquit un fils qu’ils appelèrent Ouedraogo (ou Ouidiraogo) c’est à dire étalon. Par la suite, Ouedraogo, aidé par son beau père, soumit le pays de Tenkodogo puis tous les territoires voisins. Seules quelques ethnies échappèrent à la conquête des cavaliers en se réfugiant dans des régions marécageuses ou des falaises, comme les Dogon à Bandiagara (alors que les Foulsé n’ont pas fui).
Les descendants d’Ouedraogo fondèrent différents États Mossi
Zandoma, Ouagadougou au XIIIe siècle, Yatenga au XIVe siècle, etc. Ces États Mossi, créés par l’aristocratie des cavaliers, ont toujours eu de puissantes armées. Bien administrés, ils échappèrent au chaos général qui suivit l’invasion marocaine, Isolés, loin de la mer coupés par les forêts et le désert, ils sont restés pendant des siècles en dehors des échanges aussi bien commerciaux qu’idéologiques et religieux. (L’islam commença seulement à pénétrer chez les Mossi au XVIIIe siècle.) La valeur de ses cavaliers, au nombre magique de 333, était réputée au delà de ses frontières. C’est peut être une des raisons pour laquelle aucun conquérant africain n’a osé attaquer les Mossi. A la suite de longues luttes intestines, les États Mossi devinrent des protectorats français : Ouagadougou en 1857 et Yatenga en 1896.
Les origines des Gourmantché semblent se confondre avec l’histoire du peuple Mossi. Diaba Lompo (1204 1248), fondateur de la dynastie, serait le fils ou le cousin de Ouedraogo.
Au XIXe siècle, des luttes intérieures pour la royauté éclatèrent entre les prétendants, luttes auxquelles les Mossi s’associèrent. Aussi, lors de l’arrivée des Français en 1895, la puissance des rois du Gourma avait bien diminué.
Leur Vie Economique

Le sol du pays mossi est pauvre. Il n’y a qu’une faible partie de terres cultivables. C’est une des raisons pour laquelle de nombreux Mossi s’expatrient chaque année, notamment en Côte d’Ivoire, où ils forment une main d’œuvre saisonnière. Les Mossi sont des agriculteurs de mil, base de toute leur alimentation. L’élevage et le commerce des chevaux intéressent beaucoup les Mossi. Leur Vie Sociale

Tous les États Mossi ont la même structure sociale très hiérarchisée. Elle comprend, d’une part, un régime aristocratique sous sa forme la plus féodale et, d’autre part, possède aussi certains éléments d’un régime démocratique. Au sommet de l’État Mossi se trouve le Morho Naha, chef suprême symbolisant le soleil sur la terre. Il est à la fois dieu et empereur du Mogho (et non des Mossi, comme on le dit souvent). Il règne mais il ne gouverne pas. Ce sont les ministres qui exercent le pouvoir : dans les villages, le pouvoir est exercé par deux chefs, le premier, le Teng Naba, ou chef de la terre, exerce un pouvoir politique : le second, le Tingsoba, ou propriétaire de la terre, descendant des premiers occupants de la terre, héritier des chefs vaincus, exerce un pouvoir religieux et rituel. La noblesse est composée de trois catégories : les Dimbissi, descendants du Morho Naha, les Nabissi, descendants des chefs héréditaires, et les Nakomsé, simples aristocrates mais jouissant de nombreuses faveurs.
Les non nobles pouvaient entrer dans le conseil comme Naha, le premier ministre n’étant considéré que comme le premier serviteur de l’État.
Le premier fils d’un Morho Naha devient Naha, mais il doit pouvoir mériter la dignité de cette fonction.
Un collège électoral avait la charge de désigner le nouveau Naha, avec le pouvoir d’écarter le fils aîné du Naha si celui ci ne satisfaisait pas aux conditions requises et d’en choisir un autre parmi les fils ou les frères du Morho Naha défunt. La cour est réglée par une étiquette très minutieuse.
Musiciens et chanteurs font partie de l’entourage royal.
Chaque vendredi, à 7 heures du matin, a lieu encore au palais du Morho Naha une curieuse cérémonie à laquelle tout le monde peut assister. Le Morho Naba sort de son palais, habillé en rouge, car le soleil est sur le point de se lever.
Le Kamsora Naba, au nom des personnages de la cour, le supplie de ne pas enfourcher son cheval tout harnaché. L’empereur fait un faux départ, et se rend à ses supplications en se rendant à sa demeure. Cette coutume aurait pour origine une légende qui rappelle au Morho Naha que ses devoirs d’empereur doivent primer ses intérêts personnels.
Leur Vie Religieuse

Malgré une pénétration de l’Islam le long des routes commerciales (surtout au Yatenga), le peuple Mossi est resté animiste. Les génies (Kinkirsi) sont divisés en bons génies (Kinkir Somà) et mauvais génies (Kinkir Wese). Les Tingane sont les génies protecteurs des villages.
Il existe en pays Mossi de nombreuses sociétés secrètes : le Nyonyosé, aux rites compliqués visant à révéler à ses adeptes les secrets du monde invisible, le Poese, association fermée qui possède l’exclusivité d’une technique magique, le Singa, association de chasseurs et les mangeurs d’ » âmes « , sorciers jouissant du privilège de pouvoir capturer le double des hommes.
Les sociétés des masques du wando dansent exclusivement à l’occasion des funérailles.
Leur Vie Culturelle

Grandes fêtes périodiques mossi consacrées aux ancêtres, à la terre, à la nouvelle lune à la fin de la période initiatique.
La Tinsé a lieu en juillet, après les grandes pluies, lorsque le mil est déjà haut. Elle est célébrée en l’honneur de la divinité Tenga. Le Basgho a lieu après les récoltes (en décembre ou janvier). La fête musulmane, la Tabaski, est célébrée par les animistes Mossi comme une fête nationale. Ils l’appellent Mos’Ki Psa, fête des Mossi. Le Zambewa correspond à l’année nouvelle du calendrier musulman. Pour les Mossi, c’est une fête familiale pendant laquelle on mange et on boit beaucoup.
À Ouagadougou, à la fin du Ramadan, les enfants d’une société d’âge font avec des calebasses décorées d’animaux fantastiques la fête des animaux, le fanal.
Le soir de Noël, dans le quartier africain catholique, on peut voir dans des niches illuminées des crèches de santons de terre cuite réalisées par des enfants, art populaire extrêmement riche. 

L’habitat Mossi

Un village traditionnel Mossi est composé de concessions, suffisamment éloignées mossis2.jpgles unes des autres pour permettre à chaque famille de cultiver à proximité.
La concession est constituée de plusieurs cases d’environ 3,5m de diamètre, où vivent les membres d’une même famille.
La disposition des cases suit un plan précis, correspondant à l’ordre établi mais qui peut varier d’une région à l’autre. 



Les Peuls
21 juin, 2010, 22:14
Classé dans : Non classé

Les articles de ce blog qui vont suivre ont pour projet de faire connaître les principales ethnies plus en détail, comme les Peuls aujourd’hui, mais aussi ultérieurement les Mossis, Lobis, Gourounsis, Leylas, Bobos, Dioulas, Senoufos, Gourmantchés, Bissas, etc. Il est bien difficile pour certaines ethnies de les décrire simplement car leurs histoires, leurs religions, leur modes relationnels, même leurs vies quotidiennes sont tout sauf simples, comme par exemple aujourd’hui le cas des Peuls et ultérieurement celui des Lyelas. L’abord se fera donc plutôt sur un mode anthropologique ; c’est la raison pour laquelle ces articles ne sauraient être concis… Dans ce travail enfin, les références bibliographiques ont été citées au fur et à mesure de leur utilisation. Toutefois un récapitulatif des références utilisées pour construire chacun des articles du blog sera réalisé au terme.

Population totale des Peuls : 10 à 50 millions avec des effectifs approximatifs recensés ainsi : 

  • Nigeria : 10 400 000 
  • Guinée : 3 040 000 
  • Mali : 1 876 500
  • Cameroun : 1 574 400
  • Sénégal : 1 455 000
  • Niger : 1 147 500
  • Burkina Faso : 1 084 200, 
  • Mauritanie : 384 000
  • Guinée-Bissau : 320 000
  • Autres Groupes reliés : Toucouleurs, Wodaabes, Haoussas, Songhaïs  Région d’origine : Haute Égypte, Haute vallée du Nil  Langue (s) : Pulaar (également appelée Poular, Fulani, Pulaar) Religion (s) : Islam (sunnisme prédominant) Les Peuls sont des pasteurs de la région sahélo-saharienne qui se répartissent dans une quinzaine de pays, en Afrique de l’Ouest, mais également au Tchad, en République centrafricaine et au Soudan, une implantation géographique liée aux besoins des troupeaux de zébus et de chevaux, que la plupart élevaient à l’origine. D’abord nomades, beaucoup se sont sédentarisés. Ils sont majoritairement musulmans. Leur dispersion et mobilité ont favorisé les échanges et les métissages avec d’autres populations. Leur origine et celle de leur identité, pas uniquement liée à la langue peule (pular) a longtemps fait débat.

Dénomination

Les natifs se nomment eux-mêmes “Pullo” (sing.) prononcez [poullo], pluriel : ” Fulbhe” [Foulbé]. Nom propre : un Peul, une Peule, des Peuls. Le mot ” Pullo” viendrait du verbe ” fullade ” (éparpiller, disperser au souffle). D’après Lam, l’égyptien prr ” sortir “, aurait donné ” Pullo “, c’est-à-dire celui qui sort le lait de la vache, mais aussi, celui qui émigre. Les termes fula, fulbé, foulbé, fulani, foute sont des termes attribués par d’autres ethnies d’après les Peuls eux-mêmes. Fulla  = “ errants ” (Pullo au singulier). On rencontre aussi d’autres graphies en français, telles que poular ou peulh.  L’ethnonyme apparaît parfois sous la forme de Foulhs, Phouls, Poules, Pouli, Fouli, foullah, Poullôri .” Peul ” est le terme le plus utilisé dans les textes contemporains en français. Dans le passé, on l’orthographiait plutôt “ Peulh ” mais cette forme subsiste parfois et l’on rencontre également “ Peuhl ”. “Peul” est la transcription française du mot wolof pë’l qui désigne ce peuple. Les Fellans, Fellani, Fellahs, Fellatahs sont les Peuls du Soudan et de l’Égypte.

Etymologie

En langue peule, la racine pul  (” se réaliser ” et non pas “ être ”) désignant au 1er niveau, la fonction – essentiellement la “transhumance du bétail” – et au 2ème niveau une identité qui s’affermit dans le temps et requérant un “ travail ” sur soi. D’après Jean-Marie Mathieu : cit. ” Le radical peul ful peut être rapproché de l’indo-européen fla qui a donné ” flou ” , ” flan “…le latin follis désignait un ” soufflet de forge “. D’après René Vallette, le radical prr (racine non vocalisée) signifie blanc, clair, à l’origine du mot Pullo.  La racine est attestée en indo-européen. On la retrouve ainsi, aussi bien à travers les Pel-esets Libye antique, que les Poulasti (un ” peuple de la Mer “) qui deviendront les Philistins et donneront leur nom à la Palestine de même racine, ou encore les Pel-asges Pelasges (pel-h|2-g + sto), du nom Pélé-kos, ou encore en Dorien (autre branche de l’indo-européen) Phulè  ” tribu ”  ; Phulai  ” Tribus” ; allophulos, allophuloi, allophulismos (allo + Phulè) ” non-grecs “. En pular fud désigne à la fois la graine et l’origine de [fu] (du grec ancien fûo ” faire naître “) et ancêtre éponyme des Peuls.

Population

Les Peuls, ainsi que les Wodaabes (Bororos), sont une ethnie de nomades et semi-nomades vivant en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, au Soudan mais on les retrouve également au Nigeria, au Cameroun, au Togo.  Au Mali, les Peuls, principalement implantés dans la région de Mopti, constituent la deuxième ethnie après les Bambaras. Au Sénégal les Haalpulaar (population peule et toucouleur) constituent le deuxième groupe ethnique après les Wolofs. La Mauritanie, le Mali, le Sénégal, le Niger et la Guinée sont des pays à forte population peule. Les Peuls sont traditionnellement des nomades, essentiellement des éleveurs transhumants de vaches zébus et de chevaux (boucle du Niger/Basse-Égypte). Les ethnies assimilées qui parlent le peul sont appelées Haal Pulaaren. Ceci concerne, entre autres, les Haoussa, les Soninkés, Mandingues, Wolofs. Certains Peuls (branches séparées suite à des conflits et Parentés à plaisanterie) se sont mélangés à d’autres populations donnant ainsi naissance à de nombreuses ethnies : les Kourteï (Peuls-Sonrhaïs), Les Khassonkés (Peuls-Malinkés), les Ouassoulounkés (Peuls-bambaras). Les Toucouleurs (Tékrouri), à l’origine une ethnie distincte, ayant par la suite fusionné avec les Serères et les Peuls.

Origines et histoire

L’origine (ou les origines) des Peuls a donné naissance à une littérature abondante qu’il est difficile de résumer. De la fin du XIXe siècle aux années soixante, on les trouve sous le nom de hamites (terme désignant des tribus du nord-est de langues caucasoïdes). Ce terme est aujourd’hui quelque peu abandonné, au profit de celui plus généraliste de berbères (Jean Jolly 2002 : p 14), ou d’origine indo-européenne lorsque celle-ci est précisée. Néanmoins, on trouve aussi chez certains auteurs, une distinction entre Berbères et ” indo-européens ” d’Afrique (Peuples de la Mer, Hittites, Hyksos).D’après le Dr Lasnet, ils auraient été connus des auteurs de l’Antiquité (Pline et Ptolémée) sous le nom de leuco-Éthiopiens, c’est-à-dire ” Éthiopiens blancs “, thèse reprise par Henri Lhote.Pour Eichtal et André Arcin, ils seraient les Phout de la Bible. Bien que la question soit encore parfois débattue, comme le fit Maurice Delafosse dans ses conclusions, la plupart des chercheurs d’aujourd’hui, s’accordent à en faire des syro-libyens. ” Le fond de la population égyptienne semble avoir été constitué par une race chamitique à laquelle appartenait aussi les Gallas et les Somalis, qui s’étaient fixés au sud-est de l’Égypte, et les Berbères de Libye “. D’après leurs légendes orales, les Peuls sont originaires du Levant (terme dévolu à l’Orient).Ce mythe s’inscrit aussi bien dans les rites (prières matinales au soleil rouge du levant, pour demander le retour à Yôyô, ville mythique située en Orient, les rites funéraires, que dans les mœurs ou la psychologie) Le problème des origines est le suivant : à la lecture des différentes publications au sujet des Peuls, on notera l’abondance des termes qui relèvent tous de la difficulté de classification que posèrent les Peuls aux différents observateurs tant Européens, qu’Africains ou Arabes qui les rencontrèrent. Ainsi on trouve : blancs  – leucodermes  ; afro-méditerranéens -  méditerranéens  ; méditerranéens orientaux – périméditerranéens  ; hamites – éthiopiens  ; blancs à peaux noires – mélanodermes non négroïdes  ; cuivrés – rouges ; berbères – indo-européens ; indo-européens orientaux – asianiques ; asiatiques  –  arabo-berbères  ; nilotiques – nilo-sahariens ; ethiopides  – faux-noirs ; chamites – chamanites…. Ces termes sont employés ici ou là, du XIXe siècle à nos jours. Ils relèvent tous d’une difficulté à nommer une population frontière entre le monde ” blanc ” nord saharien et le monde ” noir ” sub-saharien.

-Préhistoire : La préhistoire se caractérise par une période sans écritures. Sources documentaires : objets, ossements, peintures rupestres, gravures, pointes de flèches…  Les Peuls, nomades par excellence, ne possèdent aucuns objets qui auraient pu se conserver dans les sables du désert. Quant aux Peuls sédentaires, les productions (poteries) sont similaires à celles de leurs voisins. Ils varient par conséquent selon les groupes et les régions. Les enquêtes ethnoarchéologiques ont montré qu’il était difficile d’assigner au document céramique une valeur de marqueur ethnique qui puisse servir à la reconstitution de l’histoire ancienne des Peuls (Christian Dupuy, Figure Peules  : 54). L’étude des tombes outre l’influence islamique sur le cérémoniel funéraire, le défunt est inhumé, enveloppé dans un drap tourné vers l’Est, c’est-à-dire vers la Mecque, néanmoins, il semble qu’il y ait toujours eu cette orientation vers l’Est, vers le Levant. Les ossements ont révélé en général un type dit ” éthiopien ” en Afrique de l’Ouest. Les rites d’inhumation en vigueur chez les Peuls non islamisés ont été jusqu’à présent trop peu étudiés (Christian Dupuy, Figures peules : 54). L’habitat des Peuls en matériaux périssables, bien que mieux décrit (Brasseur 1968 ; Dupire 1970 ; Pélissier 1966 ; Richard-Molard 1944) ne peut non plus aider à cet objectif, étant donné la faible possibilité d’en retrouver des traces en fouilles.  Les Peintures rupestres au Sahel, Tibesti, Tassili…Sources documentaires : gravures sur roches, peintures, pointes de flèches…  Les fresques du Sahel constituent une donnée essentielle de l’histoire ancienne des Peuls. Ces peintures, gravures, se retrouvent sur une ligne continue de l’Atlantique à la mer Rouge et de l’Atlas jusqu’au Sahel, l’art rupestre saharien est concentré dans deux zones, le Sahara central et la région du Nil. Elles concernent la vie des populations depuis 10 000 ans. Le Sahara de cette période compte trois zones de peuplements bien distincts : zone des pasteurs à bovidés de peuplement exclusivement blanc ; une zone de peuplement intermédiaire pasteurs à bovidés. Ce sont des individus à la peau sombre, mais non de race noire ; et une zone dite saharo-soudanaise de peuplement noir souvent des pêcheurs et des chasseurs. Les côtes sont occupées par les représentants de la culture dite ibéromaurusiennne et les côtes de la Tunisie par les représentants de la culture Capsienne Capsiens. Le peuplement attribué aux Peuls est le Sahara central et septentrional. Régions concernées : Adrar des Iforas (Algérie) ; Ennedi (Nord-Soudan) ; Djebel Ouénat (Libye) Acacus (Algérie) ; Ténéré Djado (Algérie) ; Hoggar (Algérie) ; Aïr (Algérie) ; Ahnet; Ahaggar ; Tassili-N-Ajjer (Libye) ; Fezzan (Libye) ; Uweinat (Égypte) ; Ouadaï (Nord-Soudan) ; Kharga (Égypte) ; Sites préhistoriques de l’Erythrée et de la Nubie (Haut-Nil). Ces représentations permettent de distinguer plusieurs populations aux morphotypes différents et nettement identifiables (Bernard Lugan, Histoire de l’Afrique  : 42). Il existe trois grandes périodes étudiées : l’art bubalin qui s’étend de -8000 à -5000 av. J.-C ; l’art bovidien qui s’étend de -5500 à -1500 av. J.-C ; l’art caballin qui s’étend de -1500 à -500 av. J.C. Durant la période archaïque (Bubalin) ainsi que dans la période pastorale (Bovidien), les gravures et surtout les peintures permettent d’identifier trois grands groupes de populations (Muzzolini, 1983 ; Illife, 1997 : 28) : 1. Un groupe leucoderme aux longs cheveux attribué à une culture ” europoïde ” qui occupait tout le Sahara septentrional. Il serait à l’origine des représentations des Libyens orientaux par les Égyptiens. C’est avec lui, qu’apparurent des chars de facture égyptienne (essieu vers l’avant)à deux chevaux ou ” galops volants “. Il est à noter que ce groupe présente des coiffures que l’on dira “libyennes “, ressemblant à celle figurant sur la tombe de Séti 1er, d’autres en bas à gauche, des coiffures peules, (chignons sur le front ou ” coiffures en gourdes “). Ce groupe est appelé Proto-berbères, proto-égyptiens, proto-sémites, chamites ou afrasiens et serait originaire du nord de l’Érythrée. 2. Un groupe mélanoderme mais non négroïde aux cheveux lisses, attribué aux Nilotes par Lugan. Ce groupe est parfois appelé, éthiopides, éthiopien, proto-égyptiens, proto-sémites, proto-berbères ou afrasiens par Henri Lhote. Ils sont également appelés chamites dans certains écrits anciens. 3. Un groupe négroïde des peintures dit des ” Têtes rondes ” se trouvait au Tibesti, Ennedi et Uweinat. Il y a 8000 ans, le désert du Sahara voit l’arrivée de plusieurs populations. Il s’agit des proto-berbères ou afrasiens que certains auteurs voient venir de l’Érythrée nord. D’autres au contraire, les voient venir des bords de la méditerranée. À côté de ce mouvement de pasteurs, dans la région du Tassili, d’autres populations apparaissent sur les fresques rocheuses. Ce sont des couchites ou cushites,  venus de la Nubie, et des Nilo-Shariens venus de la corne de l’Afrique. Le groupe n°2 est un groupe mystérieux à l’identité obscure. Henri Lhote dans son Extraordinaire aventure des Peuls paru en 1959, suggère que les autres types humains représentés, puissent être d’ ” autres érythréens ” qui lors de cette grande migration auraient suivi le groupe n°1. C’est pourquoi ils les appellent éthiopiens sans distinction avec le groupe n°1 (H. Lhote L’Extraordinaire aventure des Peuls  : p.3). Il existe peu d’études sur ce groupe intermédiaire à peau brune mais non négroïde. On lui a parfois attribué le nom de chamites mais on le retrouve aussi sous le vocable plus généraliste d’Orientaux ou Oriental. On lui attribue également les premières civilisations du Croissant fertile ; la première dynastie égyptienne, Sumer, Babylone, la Suziane (Royaume de Suze), la Gédrosie (Mésopotamie). Néanmoins, certains auteurs parlent à propos de ce groupe non pas de l’Érythrée nord comme lieu d’émission vers le Sahara, mais du ” nord-Est du continent “, c’est-à-dire de la région du Fayoum en Égypte. Selon Henri Lhote, les Peuls seraient originaires de la haute vallée du Nil : Haute-Égypte, Nubie et Éthiopie. Les peintures rupestres de bovins permettraient de suivre l’avancée de ce peuple, à travers des représentations stylisées dans le Sahara. Arrivé en Mauritanie et au Sénégal, les traces deviennent plus difficiles à suivre : les grottes et rochers permettant la reproduction sont plus rares. Les Peuls auraient introduit le Bos Indicus (zébu) et une race de bœuf à longues cornes en forme de ” lyre ” (H. Lhote), ainsi que l’Indigo en Afrique. Henri Lhote s’appuie sur des phénomènes culturels toujours existants. Dans le livre de Bernard Lugan, le groupe n°1 relevé dans l’Acacus, est représenté dans des scènes pastorales, l’activité de la coiffure pour être représentée à de nombreuses reprises semble importante, et les coiffures en question sont des chignons sur le sommet du front. Les femmes portent des vêtements amples et en tissus comme les femmes peules d’aujourd’hui, ce qui suppose la domestication des ovicaprinés et la connaissance de la technique du tissage. Or, on sait que ce sont les afrasiens qui ont introduit au Sahara le bétail domestique vers 8000-7000 av. J. C (B.Lugan : 49-50). D’après Henri Lhote, les peintures rupestres permettraient de suivre “ l’avancée ” des Peuls en Afrique de l’Ouest. Henri Lhote en fait des éthiopiens d’après les peintures rupestres, représentant des profils europoïdes. .Par l’arc, les vêtements, la coiffure, l’habitat en hutte hémisphérique, il les rattache au grand rameau de la civilisation hamitique comprenant les Galla mais également les Tébou du Tibesti. Il les fait partir de Haute-Égypte. L’Ethiopie et l’Érythrée possèdent aussi des peintures rupestres représentant des bœufs sans bosses identiques à ceux représentés au Sahara. Néanmoins, Henri Lhote signale que l’absence des Peuls dans ces représentations, serait un signe qu’ils ne seraient pas venus en droite ligne de l’Éthiopie. Ils auraient contourné le Sahara par le nord, longeant le Fezzan, le Tell Algérien, jusqu’à parvenir en Mauritanie, puis le Maroc et enfin, le Sénégal vers le VIIIème siècle de notre ère. Il les compare également aux Bafour, peuple de la vallée du Niger, vers Diaka, le lac Débo et le Hodh, mélange de sémites venus du nord-est, de Berbères Zénaga (formation Gétules) et de Garamantes (p.21 in Histoire du Mali). Les remarques d’Henri Lhote, d’abord contestées par de nombreux spécialistes, notamment pour des raisons chronologiques, certains auteurs ne font venir les Peuls au Sahara qu’aux alentours des IIème  siècle, IIIème  siècle de notre ère, soit à l’époque romaine (Verneau, Béranger-Féraud). Ces “fresques” de l’âge des bovidés, inscrites sur les rochers du Tassili, montrent sous la “lecture” d’ Amadou Hampâté Bâ pour les gravures à caractère symbolique ou mythologique, l’œuvre de pasteurs venus d’Égypte et datée entre 4000 et 2000 ans. Cependant, d’autres peintures rupestres, concernent des images des chars dits à “ spirales ” de la moitié du IIème millénaire avant notre ère qui étaient des motifs prisés par les Égéens et sans doute repris par des Libyens pour servir au prestige d’aristocraties locales. Ces mêmes chars ont été retrouvés sur des tombes à fosse du cercle A de Mycène et au Péloponnèse C’est aussi la période de l’introduction du cheval dans le Sahara central par les Hyksos ou du moins comme pour les chars, sa représentation sur roches. À partir de 1 500 environ apparait le char à timon simple ou ” char Égyptien “, qui va encore accentuer les différences entre les populations du nord et les populations du sud, qu’elles vont repousser vers le sud.

-Antiquité : L’Antiquité se caractérise par l’apparition de l’écriture. Sources documentaires : papyrus, ostracas (tessons de poteries gravées), objets en métal (pièces de monnaie, pièces de charrerie, d’équitation, armes, etc.), tablettes en cunéiformes du Proche-Orient.

-L’Égypte pharaonique…~ 2500 av. J.C ? Les Peuls peuple pasteur, apparaîtraient dans l’histoire de l’Égypte d’après Lilias Homberger à travers une lettre qui leur appartient, (-ng) comme un peuple ” entrant ” en Égypte dans des écrits, rédigés par des Egyptiens signalant le passage de pasteurs conduisant des bovins à longues cornes dits -ng ‘ ou -ng.w (= -ngr), dit nagor (en langue Brahoui) dans le nord-ouest de l’ Inde (Balouchistan) et dans les provinces de l’Est de l’ Iran d’aujourd’hui. Cependant les légendes orales Peules, signalent qu’ils y auraient eu plusieurs vagues d’arrivées, chacune avec leur contexte historique, étalées de manière discontinue de 2500 av. J.-C à l’ère des Ptolémée en 300 av. J.-C où leur ethnonyme, apparaît dans les textes et sur les monuments et période d’un important brassage ethnique, opéré à partir de la Basse époque égyptienne avec l’Orient et la méditerranée.

-Les Poulasti : ~ 1177 av.J.C ? Les Poulasti ou Palasti, Pelasi, ou encore Péleshet ou Péléset (en égyptien), sont un peuple de la mer, considérés comme d’ascendance grecque, devenus les Philistins, qualifiés de berbères et cousins des Coptes. Les Poulasti, apparaissent pour la première fois dans un cycle des sept tableaux légendés de Médinet-Habou. Leurs noms apparaissent sous la forme non vocalisé en égyptien prst. Ils livrent une bataille terrestre contre Ramsès III (1180-1155) dans la région de Beth-Shéan, au sud du Lac Tibériade. – Une deuxième apparition des Poulasti dans la cinquième série de Médinet-Habou, les montre arrivant par mer dans le Delta du Nil en compagnie des Sikala (indo-européens qui peupleront plus tard la Sicile)- Les Poulasti vaincus par Ramsès III, une partie de ces guerriers seront enrôlés dans l’armée égyptienne, et fourniront les garnisons des forteresses qui surveillaient en Moyenne-Égypte, le désert de Libye et la plupart feront souches dans la région où ils s’établiront en éparchies. Après Ramsès, les Pulasti devenus les Philistins, se fixèrent au Levant, où ils donneront leur nom à la Palestine qui apparaît dans les textes à partir de 800 av.J.C. Les Peuples de la Mer sont un rameau de populations indo-européennes, porteuses de la culture mycénienne, établies entre le XVème siècle av. J.-C. et le XIIIème siècle av. J.-C. sur les bords de la mer Égée et en Anatolie. Ils se livrent à la piraterie et au commerce, mais sont aussi employés comme mercenaires en Haute-Mésopotamie et en Égypte. Les Poulasti ont été associés aux Pélasge au XXe siècle, les Peuls également (Tauxier). Bien que de nombreux auteurs distinguent encore peuples de la mer (indo-européens) et berbères, après qu’ils eurent été repoussé par Ramsès III, l’ensemble des Peuples de la Mer ont été, soit inclus dans l’armée Égyptienne elle-même, soit refoulés à l’Ouest où ils ont fusionné avec les Libyco-berbères et constituèrent dès lors pour les égyptiens, l’ensemble des peuples situés à l’ouest du Nil.

-Période romaine :  Il existe trop peu de documents sur cette période et très peu d’études ont été faites sur le sujet. La plupart portent sur les Berbères des côtes ou des régions agricoles en contacts avec les Romains, aucunes sur les ” Berbères sahariens”, hormis sur les Garamantes (considérés parfois comme les ancêtres des Touaregs), les Musulames, les Gétules et les Nasamons. On peut trouver néanmoins quelques informations concernant des ostraca (tessons de poteries gravés) trouvés en Maurétanie, en Tripolitaine et dans le Fezzan, relatant les relations romano-indigènes dans deux ouvrages ; La résistance africaine à la romanisation de Marcel Bénabou et Rome en Afrique de Christophe Hugoniot. Le cas Gétules ou Gaetules : Il n’est pas certain que les Peuls eussent été connu par le passé par leur nom d’origine ou uniquement sous celui-là. Que se soit de la part des Romains ou d’autres groupes berbères. Ainsi, le terme Mauri a-t-il varié dans le temps. Il désignait à l’époque romaine, l’ensemble des numidiens, composé de plusieurs ethnies. On trouve néanmoins une étude concernant le problème des Dii Mauri (dieux Maures) faisant état du problème posé par les dii immortales Getulorum d’ordre similaire au Gens Maura, provenant d’une lecture d’un texte incertain trouvé prés d’Horrea commémorant une défaite des tribus Bavares et la mort de leurs rois. G. Camps signale que :” …la lecture de GETVLO (5°ligne) est loin d’être certaine ; nous avons pu déchiffrer péniblement GEN/O…Or nous avons d’autres exemples où l’on invoque, après d’autres divinités, le genius loci : à Satafis et à Sétif où cette invocation intervient aussi probablement après une victoire sur les Bavares.” À la période romaine ce que l’on entend par ” royaumes berbères ” sont en fait des mouvances, des alliances sporadiques. Ainsi, si les tribus berbères portaient des noms bien individualisés, comme les Suburbures, certaines dénominations recouvraient des entités plus larges et fluctuantes, comme les Libyens, les Massyles, les Masaesyles, les Numides, Les Gétules, ou les Maures. Ces entités semblent avoir compris diverses tribus distinctes. Les Musulames, les Garamantes du Fezzan et peut-être Nasamons en Tripolitaine faisaient partie, selon certains auteurs anciens, du groupe Gétules (p.280 in Rome en Afrique).Les Gétules que l’on distingue parfois mal des Garamantes seraient chez certains auteurs, les descendants des pasteurs blancs du Tassili. Il existe de nombreux écrits sur ces berbères qualifiés de ” Grands nomades ” par les Romains. G.Camps, les situe à la limite orientale de l’empire romain en Numidie, nomadisant entre le Chott el Hodna actuel et l’ancienne cité romaine de Sabratha sur la côte, à l’ouest de la Tripolitaine. Ce sont des berbères des steppes de la frange nord saharienne voisins des Bavares ou Davares et des Massyles et Masaesyles. Ils sont souvent comparés aux Garamantes avec lesquels ils partagent un mode de vie similaire. Les Gétules sont le seul groupe libyco-berbère exclusivement nomade à présenter une similarité avec la divinité peule géno, (Le qualificatif gens Numidarum dérivé du genius gentis Numidiae était le nom donné aux berbères de cette région à cause des dédicaces offertes à cette divinité).Comme le note d’ailleurs, Marcel Bénabou, p.319 : “…Il y a une démilitarisation progressive du culte et une accentuation du caractère religieux à mesure que l’on s’éloigne vers l’est…). Il n’est pas à exclure l’alliance ponctuelle d’un élément Peul avec la formation Gétule ou des berbères des régions plus à l’ouest de l’Égypte, dans le Fezzan (n’oublions pas que des mouvements ont dû mener certains Peuls dans cette région vers le III° siècle, peut-être avant…). On trouve nombre de documents sur le rôle des Gétules dans les guerres menées contre les Romains, sur leurs techniques et qualités guerrières essentiellement de guérilla.(Aristote, Politique 51,5,6,125a, et 7,10,4,1329b ; Strabon, Géographie, Hérodote, 2,29 ; Pomponius Méla, 3, 107 ; Diodore de Sicile ,3,22,1 ; Pausanias, 8,43,3 ; Lucien de Samosate, Dipsades, 7 ; Pline, Histoire naturelle, 5, 30 ; Ptolémée, 4,3,24)- Rappelons également que les Romains ne modifièrent pas les postes frontières surveillés par les berbères installés à la frontière entre l’Égypte et la Libye mais qu’ils les utilisèrent.- Période islamique : Le terme fellah apparaît en Egypte en 639, date où des tribus bédouines sont arrivées en Égypte. Sont appelés fellahs tout égyptien quelle que soit son origine. Les Fellahs sont propriétaires terriens ou pâtres. Les termes fellans  et fulani sont des régionalismes (haoussa) dérivés de l’arabe fellahs  = ” paysans “. Si les Arabes ne font aucune distinction d’origine quant aux fellahs, ils semblent distinguer les ” égyptiens de souche ” pour employer une expression moderne, qu’autorise la situation avancée de l’Égypte ancienne. Ainsi, les aegyptios tels que les appelaient les Romains, déformé en qibt (prononcé ” copt “, sans connotation religieuse au départ) désignera les égyptiens de naissance et d’origine égyptienne, tandis que les Grecs au sens strict, communauté fermée d’Alexandrie, ils sont appelés rum (emprunté à l’iranien) comme les Gréco-romains qu’ils ont découvert dans les régions syriennes et pontiques. Le (la) fellah est avant tout celui (celle) qui travaille dans les champs, ou celui (celle) qui garde les troupeaux de bœufs. On y retrouve la racine commune aux fula  (Peuls) et aux Philistins, grande figure de l’étranger dans un monde entièrement sémite (voir la légende biblique de David et Goliath dont certains exégètes pensent qu’il pourrait s’agir de deux personnages symboliques, représentant l’un, une tribu sémite, l’autre mieux armé et dont les individus sont d’une taille imposante, une tribu philistine). Le fellah est un égyptien né en Égypte, mais d’origine étrangère peu importe cette origine. Il y a donc des fellahs syriens, des fellahs juifs comme le fait remarquer l’écrivain copte Zaki (p. 31). Les fellahs propriétaires terriens, sont les descendants des Clérouques (soldats réservistes d’ Asie Mineure dont les fils nés en Égypte ont contracté mariage avec des égyptiennes et auxquels les Ptolémées ont offert des terres avec des conditions favorables d’installation), d’ailleurs ils disposaient d’une justice privée au même titre que les Grecs ce que ne possédaient pas les Coptes (p. 31-32). À l’arrivée des Arabes ils seront dépossédés de leurs terres (” la terre appartient à tous les musulmans “). Les nomades sont appelés Alog, ” bêtes, rustres “, terme méprisant dérivé de olog qui veut dire  ” vaches “. La période de l’islamisation et de l’arabisation de l’Égypte est une période trouble et de l’avis de tous les historiens, l’arrivée des bédouins (Arabes non sédentaires) va changer le paysage ethnique, social et culturel de l’Égypte en moins d’un siècle. De la période pré-islamique on sait que : L’Égypte est un pays multiculturel et multiethnique, somme de tous les peuples arrivés depuis la plus lointaine époque (Grecs, Syriens, Ferghaniens, Arabes, Berbères, Circaciens, Perses, Juifs, Kurdes, etc.) ; les égyptiens sont instruits et ont accès au démotique et parfois aux études grecques (familles riches ou d’origine grecque) ; les fellahs et tous les égyptiens parlent une ou plusieurs langues copte (démotique) ; les fellahs suivent le calendrier copte pour tous les travaux agricoles et les prescriptions alimentaires (quasi-végétarisme, ” on s’interdit de faire bombance “) ; l’Egypte est entièrement chrétienne en 380 (” la chrétienté concerne tout le corps social y compris les pâtres “), la juridiction de l’église égyptienne s’étend à la Libye, la Cyrénaïque, la Nubie et l’ Éthiopie ; Dans les campagnes survivent les anciens cultes, les fellahs pratiquent le Neirouz, fête du printemps d’origine Perse, et vouent un culte à hapi  : le Nil (divinité iranienne adaptée au Nil) dont on retrouve trace en peulh, ainsi qu’à Baal dieu punique très en vogue dans tout l’Orient et que l’on retrouve dans le patronyme peul Baal. Le monachisme touche toute la population ; l’Égypte est appelée : ” le pays aux cinquante mille moines ” .Comme le souligne nombre d’historiens, l’Égypte est un pays plat et rares sont les peuples qui venus en Égypte ont pu repasser en Asie. Il n’y a pas eu de mouvement troglodytique comme au Maghreb. Avec l’arrivée de l’Islam, les égyptiens vont fuir les famines, les persécutions, l’enlèvement et l’holocauste du bétail, les oppressions diverses, la dhimmitude (taxe infamante imposée par les Arabes), l’esclavage, etc. Cette fuite d’abord discrète (” vaste mouvement de désertion de la population civile “) atteindra son apogée en 709 et en 740, où une population hétéroclite se présentera aux portes de la Nubie chrétienne. Les égyptiens chrétiens vont se répartir entre les différents royaumes chrétiens de la Cyrénaïque, de la Nubie (nord Soudan actuel) et de l’Éthiopie (raison pour laquelle il existe de nombreuses correspondances culturelles entre certaines populations de ces différentes régions et les Peuls). Les anciens chrétiens ont été islamisés tardivement entre le XIVe et XVI siècle. Les populations qui n’ont pas pu ou pas voulu fuir ont subi l’islamisation et l’arabisation. Les populations qui ont été islamisées mais non arabisées constituent ce que l’on appelle aujourd’hui des ” minorités en terre d’islam “. Cas des Philistins de Palestine, dont quelques éléments arabo-philistins subsistent dans la région de la Tihama, (Arabie verte). Conséquence des éparchies on trouve encore des peuples qui possèdent de fortes affinités avec l’ensemble des Berbères mais également avec les Peuls. Outre la physionomie, on y retrouve les thèmes principaux attribués aux Peuls (port de chapeaux pointus, utilisation de l’indigo pour le tatouage facial et la teinture des vêtements, barratage du beurre et utilisation du beurre fondu bien que les troupeaux de bœufs aient été décimé depuis longtemps, manufacture du cuir comme on le trouve encore aujourd’hui chez les Wodaabe, yeux cernés de khôl.). Ces tribus minoritaires et disséminées sont vues comme des ” étrangers, d’origine inconnue ” par les populations Bédouines qui les entourent. Ils vivent en face de l’Égypte, de l’autre côté de la mer Rouge. Les fellahs égyptiens d’aujourd’hui sont tous musulmans et arabisés, ils portent le turban blanc. Parenté avec les coptes : les vrais égyptiens de naissance et d’origine ; ils suivent les mêmes prescriptions alimentaires, le calendrier daté du 29 août 284, est différent quant aux prescriptions du jeûne (beaucoup plus fréquent que le ramadan, même si celui-ci n’est plus rattaché à un culte, le jeûne est pratiqué par les Peuls comme hygiène mentale et physique, voire dans le cadre de la résolution de conflits politiques, méthode bien connue en Inde et que l’on ne retrouve chez aucun autre groupe berbère). Autrefois, le végétarisme concernait tous les égyptiens et tous les Libyens, “les Libyens ne consommaient pas de viande de vache en l’honneur d’Isis, les femmes observaient le jeûne et célébraient des fêtes  ” ; ils disposent de lois positivistes envers les femmes (le mariage, dot, divorce sont encore établis sur les lois héréditaires égyptiennes) – de nombreux parallèles pourrait être encore fait avec les Coptes, le mariage est monogame, l’endogamie est forte. Les femmes Coptes, comme les femmes Peules aiment les bijoux en or, qu’elles portent en bracelets de chevilles et de poignets ainsi que des boucles d’oreilles. Comme les Coptes, les Peuls ont su trouver dans l’environnement social un créneau intellectuel (grande tradition bureaucratique et de l’étude chez les Coptes). En revanche on ne sait pas si les Peuls ont un jour parlé le démotique (la langue vulgaire des égyptiens), les traces de l’ancien égyptien relevé dans le lexique peul est extrêmement faible. En outre, les Peuls ont une difficulté phonétique majeure à prononcer les sons sémites (ne prononcent pas le shin sémitique). Parenté avec les Libyens : Égyptiens et Libyens sont aux lointaines époques des peuples frères. Ils pratiquent les mêmes cultes, effectuent des pélerinages ensembles, les populations civiles passent d’un pays à l’autre, l’Égypte fut un temps dirigée par des Libyens (Amyrtée de Saïs en 404 av. J.C, Achôris en 393-380 av. J.C , Nectanébo 1er en 380-365 et enfin Téos en 365-360 av.J.C) ; démotique et libyen sont des langues proches.  Si les Peuls sont de piètres potiers, des poteries trouvées en Libye montrent des motifs triangulaires et une décoration géométrique assez similaire à l’esthétique peule ; les croyances naturalistes, sacrifices au soleil et à la lune sont également similaires. En revanche on ne retrouve pas chez les Peuls les dieux de la Libye ; les coutumes funéraires (G. Camps, 1961) montrent des tumulus (basiques), accumulations de pierres sèches recouvrant une chambre funéraire, d’autres plus complexes comme les bazinas, tumulus de pierres en assises verticales concentriques, soit en carapaces ou à degrés, soit à base cylindrique, bien que l’architecture funéraire seraient une succession d’emprunts à des usages méditerranéens(notamment grecs) sont identiques aux formes funéraires anciennes pré-islamiques que connurent et pratiquèrent les Peuls. En revanche les Peuls diffèrent des Libyens par leurs techniques militaires. Libyens et Égyptiens avaient des armées essentiellement composées de chars, le casque est rare, la cuirasse inconnue). L’art militaire Peul était composé de cavaliers, d’archers casqués et portant une cuirasse, éléments tout à fait novateurs pour l’époque pharaonique. La technique militaire peule semble appartenir à l’environnement culturel Perse (Iranien). On ne sait pas si les Peuls ont un jour parlé le libyen dont l’écriture était encore utilisée au IV siècle ap. J.C. et qui semble n’avoir été transmis qu’aux seuls Touaregs à travers le Tifinagh. Les Pélasi ou Pulasti, de même que les Peuls, sont rarement cités comme faisant partie des berbères de la Libye. Il pourrait s’agir d’une ” alliance de circonstances “. Peu d’études existent sur les relations gréco-indigènes. La plupart se concentrent sur les berbères des côtes. On peut citer Diodore de Sicile pour le Ier siècle, Hérodote pour le Ve siècle, au XXe siècle (Laronde, 1987, et Chamoux, 1953). On ne sait pas exactement quand les Peuls sont partis d’Égypte, cependant André Arcin les fait venir de la lisière nord du Sahara jusque dans le sud Marocain. Tauxier préconise la route sud-algérienne et les ferait émigrer de leur pays d’origine (moyenne Égypte) vers le VIe siècle avant l’ère chrétienne. Béranger-Féraud, Verneau et d’autres indiquent, également la route septentrionale comme étant celle de leurs migrations. Le Sahara est exclu car jugé comme étant un pays désertique et inhabitable difficile à traverser pour une population dont l’économie principale est l’élevage. Seul Motel les fait venir du sud Sahara. Cette première migration d’est en ouest leur fera atteindre la vallée du fleuve Sénégal vers le VIIIe siècle de notre ère (Lhote). Le peuplement Peul s’est par ailleurs effectué par vagues successives, dans différentes régions, à différentes époques.

-À l’Ouest région du Sahel… IXème siècle de notre ère – Dans la légende futanke, le royaume des Dia Ogo ou Namandirou, serait le premier royaume que les Peuls ont contribué a bâtir parmi d’autre populations notamment Tekrouri, Soninkés, Sereres, tous forgerons, mentionné par les historiens. Ces Peuls venus du Hodh (Sahel) après la traversé du Tagant, commandaient alors le royaume du Tekrour sur les rives du Bas Sénégal.

-De l’autre côté du Fleuve Niger… XIIème  siècle – des Peuls refusant l’islamisation de l’empire du Ghana, suite a la pression des Almoravides, fuient vers la région du Fouta-Djalon, puis vers le Macina et enfin au nord du pays Haoussa. XIIIème  siècle : Dans le Tekrour (le futur Fouta-Toro), d’autres Peuls, se mêlent surtout aux Sérères et aux Tekrouri. À partir du XIIIème siècle, les Peuls commencent avec le nomadisme leur migration ouest-est, en atteignant les régions du Macina au Mali, du Foutah Djallon en Guinée, jusqu’à atteindre les régions du lac Tchad et le nord du Cameroun. C’est ainsi qu’ils se sont étendus sur une bonne partie de la bande sahélienne, du Sénégal au Soudan. XIIIème siècle – XIVème siècle – L’Empire du Mandé, intègre dans la paix, des ethnies aussi diverses que sont les Touaregs, Wolofs, Bambara, Songhaï, Peuls, Tekrours, Dialonké, Malinké, Dogons, etc. Toutes ses populations ayant adhéré à la Charte du Manden. XVème siècle – Sonni Ali Ber empereur de l’Empire songhaï de Gao, grand maître du Soudan Occidental, rattache le Macina, territoire a majorité Peulh, à l’empire de Gao. XVIème siècle – Koli Tenguella dit Pulli, à la fois Peulh et Malinké, soumet l’État du Fouta-Toro après plusieurs tentatives. Il traversa avec son armée, le Badiar, les royaumes Sérères du Sine-Saloum, et la zone du Ferlo. Koly Tenguella dut combattre l’empire Wolof du Djolof qui avait soumis le Fouta-Toro et qui y avait installé des gouverneurs, les Farba, pour le compte du Buurba Jolof, empereur du Djolof. Koly remporte la lutte et soumet la partie orientale du Djolof. Koly Tenguella une fois roi (Silatigui) du Fouta-Toro, installe sa dynastie, les Deniankobé.  Les Peuls vont résister durant trois siècles à l’avancée islamique. L’Islamisation des Peuls fut lente, inégale et progressive. Les Peuls du Macina, du Fouta-Toro et du Sahel (Hodh) soudés par leur foi musulmane commune nouvellement embrassée, et par les rites de la Qadiriya s’implantent solidement en Guinée, sous les ordres de chefs tels qu’Ibrahima Sambego, dit Sori et Karamoko Alfa, dit Alfa Bâ. XVIIIème siècle – Les Diallubé (pluriel de Diallo) gouvernent les Peuls du Macina. Amadu Bari reçoit la bannière de la djihad, la guerre Sainte islamique, des mains du toucouleur Ousman Dan Fodio, et le titre de ” cheikou “. XIXème siècle – L’empire peul du Macina avec Amadu Bari à sa tête conquiert Tombouctou, contrôle Jelgooji, Liptaako, ainsi que le confluent du Sourou et de la Volta Noire au Sud-Ouest de l’actuel Burkina-Faso. Le XIXème siècle verra les conversions de Sékou Amadou et cette islamisation leur permettra d’avoir une certaine unité politique. Seuls les Peuls Bororos, Wodaabe “ les bannis ”, en réchapperont. Les “ convertis ” fonderont alors un empire, l’Empire peul du Macina au Mali, le royaume Peul et Mandingue du Fouladou, en Guinée le Fouta-Djalon et au Nigéria l’Empire de Sokoto. Tous les États à part les deux Fouta, nés au XIXème siècle, ont été très éphémères, malgré cela c’est ce qui leur a permis durant ce siècle, d’établir une certaine unité des fulbé, ce qui n’avait jamais été le cas avant. 1811 : les Peuls remportent une grande victoire sur les Gourmantché, à Dori. Dix ans plus tard, Ilorin sur la côte du Bénin devient un émirat peul, après la lutte menée par Mallam Alimi. En revanche battus à Kissi par les Touaregs en 1827, les Peuls doivent abandonner l’Oudalan, région située au Nord-Est du Burkina Faso.

- Période contemporaine… XXème siècle – L’arrivée des Européens, dans la région de la Guinée stoppa les grands mouvements cavaliers à la lisière des forêts du sud de l’Afrique occidentale et centrale. L’établissement des Européens stoppa également les échanges commerciaux et radicalisa dans l’ouest africain, la pratique déjà ancienne de l’esclavage. Les Peuls constituèrent un mystère pour les Européens incapables de distinguer les alliances et échanges interethniques instaurés par leur économie et une interrogation. Durant tout le XXème siècle ceux-ci les considéreront pour certains, comme des Mahométans armés (élites, nobles) et par conséquent non soumis à l’esclavage (comme les Maures ou les Touaregs), pour d’autres comme des barbares soumis au travail forcé.  - La résistance Peule : La colonisation fut tardive (Haut-Niger 1854, le Fuuta-Djalon 1896 ; Rivières du Sud 1866) et elle fut relativement brève (à peine 150 ans). D’emblée, les Peuls apparaissent aux yeux des Européens comme des Mahométans armés, au même titre que leurs voisins Maures et Touaregs. Leur société extrêmement hiérarchisée parut dès l’abord, trop complexe aux yeux des Européens et difficile à percer (problème de la langue). La France engagea une politique ” diplomatique ” avec les différents États Peuls indépendants. Plusieurs traités furent signés, notamment le ” traité de commerce et d’amitié ” 1881 entre les almami et Bayol qui marqua la première tentative directement impérialiste de la France à l’égard du Fuuta Djaloo (Principalement pour contrer les intérêts Anglais dans la région de la Sierra Leone). En règle générale, la structure coloniale organisa les différentes couches de la population peule de la manière suivante :

  • Les Nobles et les nomades, ne subissent aucune pression, ni d’ordre idéologique, ni politique, ni militaire, ni administrative, ni économique. Ils gardent leur statut et leurs prérogatives 
  • Les almami (aristocrates d’ascendance guerrière) gardent leurs lougans (terres) et tous les gens qui leur appartiennent (maquignons, esclaves productifs et captifs).Ils subissent une pression économique. Ils doivent fournir des bœufs et des esclaves. 
  • Les métis issus des unions entre peules et français (surtout au Soudan) sont inclus dans l’administration, s’ils en font la demande. 
  • Le ” petit peuple travailleur ” plus ouvert et plus sociable (Bourourés [peuls exclus du pouvoir], Dioulas, maquignons, agriculteurs, Jiyaabe, d’ascendance plus ou moins peule, ceux que Beeckman appellera ” toute la plèbe opprimée “) subit une pression administrative et idéologique. Il est soumis au ” travail forcé ” pour la puissance coloniale (années 1900), et à la scolarité obligatoire à l’intérieur des cantons gérés par les colonies (années 1930). 
  • Les captifs sont déportés (esclavage triangulaire) via les Antilles françaises, la Guyane, la Louisiane pour la France.  En signant des traités avec la France et l’Angleterre à la fois, en 1881, en leur refusant de ce fait l’exclusivité du commerce, les dirigeants du pays, les Almami, affichaient leur indépendance à l’égard des deux puissances impérialistes et du même mouvement, tentaient de les neutraliser : d’abord en rejetant la version française du traité. La récusation de toute notion de contrôle et d’ingérence, le refus opiniâtre de laisser une puissance étrangère empiéter sur la souveraineté de l’état, non seulement en 1881, mais également lors de tentatives expansionnistes ultérieures, (colonne Plat 1887-1888, colonne Levasseur 1888, colonne Audéoud 1888), la mission Briquelot en 1888-1889, à l’initiative d’Archinard, tentera vainement de convaincre les Almami des intentions pacifiques de la France. Cette résistance s’appuyait sur un concept lapidaire mais clair : ” Le Fuuta Djaloo doit être aux Peuls et la France aux français “. Or, ce principe nationaliste réitéré privait la France d’une base ” légale ” d’intervention. Le rejet par les Almami de toute notion de protectorat s’accompagnait d’une résistance militaire, consistant à entraver l’expansion de la France au Soudan en s’alliant à Samori, le principal adversaire de la France. En cela, la France se révéla à peu prés impuissante à peser sur les relations entre Samori et les Almami. Et cela d’autant plus, que depuis l’autonomie des Rivières du Sud (août 1889), celle-ci menait une politique d’expansion pacifique à l’égard du Fuuta Djaloo, remettant à plus tard l’éventualité d’une occupation militaire, tandis qu’Archinard multipliait les lettres d’apaisement à l’égard des Almami. Pour préserver sa souveraineté, le Fuuta Djaloo sut aussi habilement exploiter les conflits franco-français et franco-anglais. Jusqu’au décret du 11 juin 1865 instituant le Gouvernement général de l’Afrique occidentale française, explicitement voulu pour harmoniser la politique française, trois colonies étaient concernées par le Fuuta Djalon : Le Sénégal, le Soudan et la Guinée. Chacune d’entre elles, activait sa propre politique à l’égard de l’État peul encore indépendant. Frictions et conflits divisaient en permanence les trois colonies. L’achat de bétail tant convoité du Fuuta Djaloo donnait également lieu à une vive compétition, chaque colonie cherchant à obtenir sa part du marché. Néanmoins, le Fuuta Djalon avait la capacité de fournir tout le monde en bœufs : Samori pour ses achats d’armes et pour nourrir son armée, les troupes françaises du Soudan qui avaient de gros besoins en viande pour mener campagne contre Samori, les Anglais de Sierra Leone, les Français de Guinée… Après 1890, l’approvisionnement en bétail des troupes françaises au Soudan devient un enjeu crucial de l’affrontement à distance entre les Français et le Fuuta Djalon. Si les Almami firent parfois preuve de naïveté en politique, ils surent très bien tirer avantage de ces mésintelligences. Ils instrumentalisaient les contradictions franco-françaises pour retarder la mainmise sur leur pays. Tant Almami, que Français ou Anglais, entretenaient leurs propres espions (appelés ” agents politiques “). Les Almami, employaient souvent les mêmes espions que les Français et leur vision des évènements, moins parcellaire que celle des puissances coloniales, semblait plus réaliste. Durant cette période, les échanges commerciaux essentiels étaient les captifs, le sel, le sésame, le cuir, l’huile de palme, kolas, étoffes. La politique de la France à l’égard des captifs sera faite d’ambiguïté. Elle consiste en particulier à inciter les captifs à s’enfuir de chez leurs propriétaires Peuls, pour les détourner à son propre profit : Beeckman : ” Il serait indispensable de prévenir aux commandants du Soudan de ne pas recevoir aussi facilement les fugitifs du Fuuta Djallon qui servent à peupler les villages de liberté au détriment de notre nouvelle possession, qui a cependant besoin de tous ses bras pour la culture. Las, les Français fourbirent le concept de féodalité, inadapté mais commode, paradigme négatif pour stigmatiser, ouvrir le procès du régime, justifier l’intervention militaire et l’occupation du pays, en se servant des rancœurs et des frustrations du petit peuple opprimé. Le 14 novembre 1896, les Français défaisait Bokar Biro le neveu de Soriya Ibrahima qui lui avait succédé après sa mort en juillet 1890 (alternance Amadu / Bokar Biro, 1891-1896) à la bataille de Poredaka. Durant 150 ans, Européens et Peuls vont s’observer, sans vraiment se comprendre… Les Peuls ne sont pas un peuple soumis. Et cela va se manifester de différentes manières. D’abord contrairement aux autres colonies françaises, ils ne seront pas intégrés dans l’armée. Officiellement pour des raisons ” physiques “. La résistance peule sera le plus souvent silencieuse, discrète et sourde. Ce sera par exemple, le refus de parader au nom du nouveau vainqueur. Ainsi, à l’exposition coloniale de 1889 organisée par la France, (on y verra des Maures et des Touaregs en habits d’apparats), pas de Peuls, au grand dam des journaux de l’époque… Refus de subordination, retrait, hermétisme, refus d’apprendre les nouvelles langues, persistance des ” savoir-faire ” ancestraux, refus de la nouvelle religion imposée, associables, caractère indépendant, indifférence jugée ” hautaine ” envers les nouveaux arrivants, etc. Ils n’intéresseront guère les autorités françaises sur le plan sociétal avant les années 1950. Pourtant ce peuple que l’on dit têtu (” Tête dure “) sait reconnaître l’homme d’honneur. Au référendum du 28 septembre 1958, la Guinée, dans son ensemble dit ” Non ” à De Gaulle et à la France et ” oui ” à l’indépendance dans la proportion de 94 % des votants. Mais à Labé, ville la plus importante du Fuuta Djalon, et comportant une importante communauté peule, le ” Non ” atteindra péniblement les 58 %.  -1958 – La décolonisation du continent : L’attitude des ” nobles ” à l’égard des occidentaux, aura contribué à les renvoyer à une certaine marginalité et une rareté que rien ne prouve. Cet éloignement aura donc contribué à les éloigner des affaires publiques, du champ du politique, de l’université (les nobles ayant tendance à envoyer aux écoles cantonales, les enfants de leurs domestiques, en 1958 aucun enfant noble n’est scolarisé, ce qui a contribué à accentuer la ” lutte des classes ” entre d’une part, nobles, Bourouré et Jiyaabe et d’autre part entre Peuls sédentaires, semi-nomades et nomades. Actuellement, presque tous les villages possèdent une école. Dans le cadre des actions de développement, des ONG alphabétisent en langue nationale, ce qui permet à tous, sans distinction de statut ou d’origine, d’accéder à la connaissance. C’est aussi le temps des erreurs politiques magistrales (l’importation de produits laitiers de la zone Européenne). À partir des années 1960, la montée des nouvelles générations non soumises à l’esclavage, permirent aux jiyaabe et aux descendants des Bourrure d’autrefois, de jouer un rôle politique indéniable dans différents pays. Au Sénégal, Mamadou Dia, élu Président du Conseil de Gouvernement en novembre 1958, le demeura après la proclamation de l’indépendance du pays en 1960, mais, accusé d’une tentative de coup d’État en 1962, il fut destitué. Dès 1960, Ahmadou Ahidjo, se trouva à la tête du Cameroun. C’est aussi le temps de brefs sursauts nationalistes, en Guinée, les opposants Peuls au régime politique dictatorial de Sékou Touré furent persécutés, entraînant au début des années 1970 un million de Peuls dans la diaspora. Ainsi Telli Diallo, ex-secrétaire de l’O.U.A., arrêté en 1976, mourut de faim et de soif un an après dans l’une de ses geôles… Enfin, de 1983 à 1987, Thomas Sankara présida aux destinées du Burkina-Faso.

-Le XXIème siècle : S’ouvre pour les Peuls sur un monde au climat instable (désertification), aux guerres fratricides (Soudan), aux revendication religieuses extrémistes (Mauritanie, Niger, Mali), aux conflits ethniques, économiques, territoriaux (Niger), à l’apparition d’une élite politique d’origine non Peule ou Haal-Pularen, formée par les anciennes puissances coloniales ou l’apparition de la drogue (Guinée), facteur aggravant de pauvreté, de maladie et d’exclusion dans les villes, etc. Ces nuisances tendent peu à peu à cliver l’ensemble culturel peul déjà fractionné. L’Afrique devient un continent mondialisé, où il leur sera possible d’entrer en contact avec des populations très différentes, très éloignées d’eux sur le plan culturel et géographique.

Religion : 

Les Peuls de nos jours sont presque tous musulmans ; on trouve cependant des Peuls chrétiens inclus dans des familles musulmanes. Une partie des Peuls d’Afrique de l’Ouest, ont été parmi les propagateurs de l’islam sunnite, notamment avec des personnages de l’ethnie Tekrour (TorooBé), comme Ousmane Dan Fodio, fondateur de l’empire du Sokoto (Dèm du Sokoto), Sékou Amadou, fondateur de l’empire Peulh du Macina, et Amadou Lobbo Bari ” Emir du Macina “, Muhammad Bello ” sultan du Haoussa “, Modibo Adama, fondateur du royaume Peulh de l’Adamaoua. Sur le plan socio géographique, les Peuls conquérants pratiquant le djihad sont souvent des familles Peules sédentaires (en particulier en Afrique de l’Ouest) et métissées avec les populations avec lesquelles ils cohabitent. Création d’écoles coraniques, propagateurs de confréries soufies, soufisme. Mais l’Islam ne fait que recouvrir d’autres symboles. On relève un certain syncrétisme, qui rappelle d’autres religions, celles d’Orient où de nombreux peuples de confessions différentes, servant au polythéisme devaient cohabiter dans un même lieu. Le Panthéon hindou et iranien (sans leurs iconographies respectives), n’est pas inconnu chez les Peuls. Ainsi Go n’est-il pas sans rappeler le Go-Loka indien, le ” Taureau-Univers “, l’Unique, Indivisible. La vache est toujours sacrée et multiforme. Mitra et Varuna, le ” couple de justice “, apparenté ou non au grec Ouranos, Ôranos, reste obscur et pourtant sous-tend un certain nombre de concepts, ne serait-ce qu’à travers la notion de ” nœuds ” sacrés (sens ancien de fibnde). Si dans le Rig Veda, Arjuna est un danseur, chez les Peuls, c’est Sita l’iranienne, qui est la ” danseuse “, la ” porteuse d’anneaux rutilants “, c’est elle qui virevolte… Les couleurs sacrés, sont toujours les mêmes ; jaune (comme l’Or et le Soleil), rouge (comme la force), blanc (comme la sagesse), noir (comme le soma, et noir comme l’indigo de guerre). Couleurs que l’on retrouve sur la robe des vaches… La ” Sagesse “, Bâgha et Siddhi la ” Réalisation ” sont toujours connues des Peuls, etc. Les panthéons védiques et iranien, sont présents presque dans leur totalité dans la cosmogonie peule. Cachés, insoupçonnés sous d’autres noms ou apparaissant plus clairement, mais relevant des mêmes besoins, des mêmes concepts. Mais s’il faut parler de survivance et de mémoire, alors c’est le corps (corpus) peul qu’il faut prendre dans sa totalité comme ” corps physique ” et comme ” corps intuitif “. Issus de la fusion de peuples d’Orient, de la méditerranée, d’autochtones d’Égypte-Libye, et de Nubie (actuel Soudan), on retrouve dans le corpus peul ces diverses influences accumulées au cours des siècles… Notamment avec le symbolisme de l’Égypte antique par rapport aux bovidés, liés a de nombreuses hypostases du divin : Apis, Hathor, Isis. Tout comme ses hypostases du démiurge Amon sont représentées portant un disque solaire entre leurs cornes, Géno (divinité présente en Numidie et en Grèce ancienne où elle était un rite civique relié aux Mystères d’Éleusis) qui est le nom traditionnel donné à Dieu par les Peulhs, crée en premier la vache sacrée qui porte l’univers entre ses cornes. On retrouve également la clé Ankh, Ankh qui signifie Vie en Égyptien ancien, que l’on retrouve dans le vocabulaire Pulaar, sous le nom de Wonki, Onki en Copte, Yonki dans les langues Mandées. Le mot Wonki, Onki, Yonki, gardant le même sens. La notion ontologique du Ka qui signifie en égyptien ancien, le souffle divin, kin en Pulaar, pour le rapport avec le nez, par lequel l’homme respire donc vie, Ka en pulaar, qui veut dire être, exister. Car pour le Peulhs on ne vit que lorsque le souffle divin anime le corps physique. Sur un plan moins symbolique, il convient de ne pas oublier la lente pénétration des bergers vivants en marge des grands centres urbains, s’enfonçant toujours plus avant dans les brousses du Ghana, du Togo, du Bénin, du Nigéria, du Tchad, du Centre-Afrique… Mais c’est chez eux que persistent des traditions pré islamiques – (persistance d’un shamanisme d’élevage) : génie du cheptel Kumen ; génie de la chasse Kondoron (nomades) – (résidus de religion shivaïte shivaïsme et védique védisme) : Trinité et triades des contes initiatiques ; rite du feu ; croyances aux génies tutélaires (de type lunaires) ; traces d’une religion solaire (Œil solaire de Géno dieu Créateur) ; esprits des eaux (ondines) ; esprits aériens (sylphes) ; Ketiol dieu des arbres ; génies-nains (gnomes) ; habitants minuscules et invisibles des forêts ; génie de l’eau Tyanaba ; génie du feu ; génie du vent ; Dieu-initiateur émanation de Géno, Kaïdara  ; Lâred’i ou génies gardiens honorés sur un autel domestique (kaggu) – sont toujours présentes au quotidien.

Anthropologie sociale et culturelle :

La transmission orale des traditions et des légendes est très importante chez les Peuls. Enseignée auprès des adolescents par les personnes les plus âgées et en particulier les femmes au travers de chants, de comptines. La langue est encore essentiellement orale et transmise par les femmes. Elles véhiculent l’histoire du peuple, ses exploits, ses rites et ses vertus. Goût prononcé pour les langues, la poésie, les louanges, les épopées (joutes verbales : Kirlé au pluriel ; Hiirdé au singulier), développement d’une littérature. Dans cette transmission orale des traditions, n’oublions pas de mentionner le rôle important qu’y jouent les griots (historiens). La plupart des Peuls sont polyglottes. La beauté est recherchée, la probité, la sagesse, l’intelligence et la discrétion figurent parmi les règles à suivre du pulaaku, ces règles souples régissant la “ pulanité ”.

Artisanat

L’artisanat peul est également important : couvertures munja. La manufacture est l’affaire des “ actants ”. Les nomades peuls ne sont pas artisans, ils passent des commandes chez les autochtones des pays qu’ils traversent. Les nomades fabriquent eux-mêmes les calebasses, les chapeaux coniques, leurs tabliers de cuir. Les Peuls sédentaires pratiquent l’artisanat, un artisanat typiquement peul, mais on peut trouver dans certaines zones des fusions de styles ethniques.les Peuls sont d’excellent tisserands. Ils tissent le coton et la laine avec un métier à tisser dont l’importation viendrait d’Asie d’après Henri Lhote. Ce sont à l’image des Touaregs des orfèvres. Ils sculptent des bijoux en or et en fer qu’ils associent au cuir et à des perles. Le sens esthétique chez les Peuls est très poussé et célèbre. Chez les Peuls sédentaires, il existe des castes d’artisans, les maboulé, qui sont des tisserands ; les wailoubé s’occupent des productions en métal, alors que leurs femmes pratiquent la poterie ; les garankobé s’occupent du cuir, les laobés travaillent le bois.

Habillement

L’habillement est le fait de la culture, des circonstances, de l’utilité, de la manufacture, de la mode ambiante, des échanges culturels…  On ne dispose d’aucune représentation en dehors de celle de Médinet-Habou sur l’habillement et l’allure générale des ancêtres des Peuls… Néanmoins, la plume d’autruche que l’on voit porté par des Wodaabe (Photo) durant certaines de leurs cérémonies n’est pas sans rappeler une célèbre et unique représentation d’un Libyen peint sur la tombe de Séti 1er (tunique fermée à l’épaule, tresse devant l’oreille et coiffure de plume). On pense qu’ils devaient avoir des tatouages faciaux à l’indigo car les Peuls ont des tatouages faciaux qui leurs sont propres. Ils devaient également porter des tabliers de cuir colorés de dessins géométriques et des tuniques sans manches, manufacture qui existe encore chez les Wodaabe, les yeux sont cernés de khôl. Le ” chapeau pointu “, est également une exclusivité Peule. Leurs descendants en revanche vont innover et adapter. A ces éléments sans doute originels, vont s’adjoindre des éléments des cultures sahariennes, comme les coiffures en gourdes (mais ces cultures nous sont mal connues) et des éléments des cultures négro-africaines (comme les marques faciales ou scarifications que l’on trouve chez certains groupes). Les hommes peuls nomades portent le boubou, souvent de couleur bleu indigo et un tablier de cuir. Ils ont la tête enturbannée, comparable au taguelmoust des Touaregs, et portent un pantalon bouffant. Le chapeau conique (typiquement peul) est porté et souvent ils y accrochent une plume d’autruche. Les talismans ou gris-gris, sont portés pour se protéger des djinns. Les femmes portent le pagne, bleu indigo, et le boubou de couleur très foncée, parfois noire. Les Peuls sédentaires adoptent parfois le style des ethnies avec lesquelles ils cohabitent, chez les hommes le chapeau conique est porté, ils portent aussi des bonnets souvent de couleur blanche, le couffouné, parfois rond ou carré. Ils portent une courte tunique, par dessus laquelle ils mettent un grand boubou, souvent de couleur blanche, bleu foncé, le doloké. Les femmes portent le pagne, et le boubou, et attachent sur leurs têtes un morceau de tissu qui est la version féminine du turban, moussor. Les femmes peules pratiquent le tatouage des lèvres et des gencives à l’indigo, des paumes de la main et des pieds. Elles percent leurs oreilles et y insèrent des anneaux d’or, ou des boucles d’oreilles d’or imposantes et torsadées. Elles mettent un petit anneau soit en or ou en argent aux narines. Les jeunes filles ont à leurs poignets et à leurs chevilles plusieurs anneaux d’argent ou de cuivre symbolisant leur richesse. Les Peuls sont un peuple à cheveux longs, lisses à ondulés permettant un type de coiffure particulier où les cheveux sont ramenés sur le sommet du crâne, formant une coiffure en ” gourde ” célèbre chez les Wodaabe et les bororo. Traditionnellement, les hommes Peuls se tressent les cheveux, avec deux tresses qui descendent le long des tempes. Chez les sédentaires, certains laissent leurs cheveux longs, qu’ils enduisent de beurre de karité, beaucoup se rasent le crâne vers l’âge de 50 ans. Chez les femmes, l’art de la coiffure est très développé, pour la coiffure elles se servent de pièces de monnaie, de cauris, de beurre de karité, de perles. Les femmes sédentaires réalisent des coiffures en cimier. Les femmes bororo ramènent en chignon leurs cheveux à l’avant, le reste des cheveux sont sectionnés en plusieurs parties qu’elles tressent, et qui retombent sur les côtés de la figure et à l’arrière de la tête. Les coiffures sont nombreuses, en forme de losange, triangle, et plusieurs noms leur sont donnés. Malgré la diversité des coiffures chez les femmes Peules, le plus souvent les hommes et les femmes sont coiffés de la même façon. Les Peuls aux cheveux très lisses rasent parfois leurs cheveux suivant la mode arabe de piété, les femmes portent deux ou trois nattes simples avec un voile fin à l’arrière de la tête, simple ou richement décoré. Le “cheveu” est très investi chez les Peuls, et si leur nature le permet, la femme préfèrera les porter aussi longs que possible.Cependant, la coiffure féminine sera toujours “ nattée ”, richement décorée ou semi-couverte en public.

Le pulaaku :

Pulaaku : “ être” Peul ”. Le pulaaku est “ un ensemble de règles très subtiles ”, morales et sociales, un “ code de comportements jugés spécifiquement Peul ”, voire “ l’idéal projeté dans la manière d’être peul ”. “ Le pulaaku se retrouve chez tous les groupes Peuls, dans toutes les régions. C’est une preuve de stabilité de la catégorie et une première indication sur sa signification et sa fonction qui, manifestement ne relève pas seulement du besoin d’identification lié à des contextes historiques particuliers. Dans cette acception très générale, on peut parler de la “ pulanité ” en tant que conscience d’une identité durable, conscience unissant les Peuls, indépendamment de toute explicitation au niveau du contenu – Elizabeth Boesen. ”  L’indianiste Stein ajoutera une note enrichie à la notion de segmentary State élaborée par Aidan Southall, à propos du pulaagu comme critère de sélection à chaque niveau de pouvoir. Il note par exemple, l’absence de “ séniorité ” (contrairement aux successions et élections des groupes africains et au groupe de culture moyen-orientale proches) mais à “ l’empilement d’élection ” par le conseil de même niveau et de confirmation ou d’intronisation par le niveau supérieur. “ Dès lors, la langue elle-même, serait le pivot de plusieurs champs de signification, au tuilage des sons correspondants aux glissements de sens et le chevauchement des institutions et des groupes. En témoigne le fait que dans les sociétés peules où la “ mise en caste ” est la plus poussée, les groupes sociaux sont moins cloisonnés que ne le laissaient penser les taxinomies éthiques élaborées dans les années 1960. ”  Parmi ces valeurs peules figure la “ suavité ” beldum qui n’existerait que chez les Fulbe (bele sey to Pullo) et qui se concrétise non seulement dans leur hospitalité et leur générosité, mais dans tout leur comportement. On observe également une réticence à dire “ non ” (e woodi). C’est ainsi qu’un Peul n’opposera jamais un “ non ” ferme, il dira “ e woodi ” (c’est bien). Or, quand un Peul donne gentiment son accord, cela ne veut souvent pas dire grand-chose. Ils décrivent leur comportement comme étant forcé : le sentiment de honte, leur pudeur (semteende) ne leur laisse pas le choix. Le comportement peul n’aurait en quelque sorte aucun rapport avec autrui, mais avant tout avec lui-même. La vie nomade a développé un caractère indépendant et une hypersensibilité ne favorisant pas le contact avec autrui. La société peule est fortement hiérarchisée : l’aîné est respecté et même craint. Les formules de politesse et les règles du savoir-vivre sont nombreuses et très importantes : le vouvoiement est de rigueur. Enfin, les yeux (yitèrè) ont une grande importance et les Peuls n’aiment pas être confrontés à leur image, ni même que l’on en discute. C’est un trait caractéristique que l’on observe également à des degrés divers dans la civilisation orientale, de l’Égypte pharaonique à l’Afghanistan.

Organisation politique et intégration spatiale

On décrit parfois les Peuls comme “ foncièrement individualistes ”. “ Être Peul ”, ce serait être libre. Se réaliser en effet, ne peut se faire ni sous le joug de, ni sous la séduction de, ni même sous les conseils de… La “ pulanité ” est autonome. Il n’y a pas de communautarisme chez les Peuls, mais il y a des revendications culturelles et identitaires, des clans, des individualités, des groupes épars. Le chef ou une autorité quelconque, est élu à la participation active. On observe ainsi une alternance politique (Fouta-Djallon) au XVIIe siècle – XIXe siècle et des audits sont réalisés dès le XVIe siècle pour certains groupes. Le Moyen Âge verra l’avènement des chefferies aux petits chefs autoproclamés : impérialismes, servitudes, multiplicité des contacts de populations ont favorisé des contextes d’acculturation, exclusion et / ou marginalisation chez certains groupes. Les actes délictueux sont sanctionnés par une radiation pure et simple de la sphère identitaire. Infiltrations et tactiques de replis : les Peuls se soumettent généralement aux lois des pays qu’ils traversent.

Une nourriture pastorale

Souvent, ils pratiquent presque un lacto-végétarisme naturel sans prétentions idéologiques ou religieuses. La consommation de la viande de bœuf en particulier est prohibée sauf en de rares occasions, mariage, naissance, visites importantes. Pour pallier le manque de protéines animales les Peuls nomades pratiquent une “ saignée ” régulière aux vaches de leurs troupeaux. Consommation de miel sauvage et consommation presque exclusive de lait de vache, jument, chamelle (rare) sous toutes ses formes hormis le fromage non acclimaté kétugol : crème de lait ; kosam : lait caillé ; tiakuré : petit lait ; néba : beurre en motte ou clarifié ; komboïri : la soupe au lait est un plat peul. Dans les villes, la nourriture est plus diversifiée : fruits secs, dattes, miel, riz, mil, couscous viennent agrémenter des plats en sauces. Le petit gibier autrefois chassé à l’arc, petites perdrix sauvages ” gerlal ” et pintades sauvages ” jongal “, sont les viandes préférées des Peuls largement devant le mouton consommé lors des fêtes musulmanes ou plus couramment le poulet. Néanmoins, la consommation de viande est toujours rare et vue comme exceptionnelle – Pas de consommation de porc. Les repas sont espacés d’un jour sur deux en moyenne et la journée elle-même peut ne comporter qu’un plat unique (même dans une société d’abondance). Le lait et le thé à la menthe sont les boissons les plus courantes et consommées tout au long de la journée.

Habitat

Les Peuls habitent dans plusieurs types d’” habitations ” réparties suivant les zones géographiques et le type d’économie (sédentaires, semi-nomades ou nomades) :

  • Chez les sédentaires, le hameau (Gure) organise l’unité spatiale de chaque ferme. Un hameau regroupe un ensemble de fermes toutes identiques sauf par la taille. Il regroupe en général quinze fermes alignées les unes après les autres, soit agencés en groupes informels. Longtemps les hameaux ont été placés sous la protection de guerriers pour éviter les razzias sur le bétail. La ferme ou Wuro : disposée en sphères masculines et féminines. Un grenier (lummuure) se trouve en zone féminine (près de l’arbre à Karité porte-bonheur pour les Peuls du Bénin), d’une cour intérieure situé à l’est de cet arbre où le troupeau passe la nuit, ainsi qu’une case d’accueil de l’aîné de la ferme (dottijo). C’est la zone masculine où les hommes peuvent se réunir et discuter, là aussi que séjourne tout visiteur et tous les étrangers appelés haabe ou jananbe. Les fermes ont essentiellement un rôle de gestion des troupeaux.  La maison ronde appelée Suudu, (pl. Cuudi) disposant d’une cuisine (bawra) à plan circulaire et dans la plupart des cas en paille tressée, est disposée au nord et au sud à partir de la case d’accueil, en formant un demi-cercle qui se ferme près de l’arbre à Karité. Alors que les hommes contrôlent toutes les activités, élevage et agriculture, les habitations restent le domaine des femmes. Comme celui de la ferme, le plan intérieur de la construction est très régulier et sexué. Cependant elle ne se réfère pas à des points cardinaux mais à un axe gauche-droite et avant-arrière. Le point pivot en est la petite porte d’entrée (dammugal). Le lit de bambou et de tiges de mil (dow leeso), sur lequel dort le couple, se trouve toujours à gauche de l’entrée. On dort la tête orientée vers le milieu de la pièce, où se trouve l’emplacement du feu (hubbinirde), de sorte que l’entrée se trouve toujours à gauche. Immédiatement à gauche de l’entrée et devant le lit dont il est séparé par une natte de paille, un petit espace (ga kosonni) sert à déposer les outils agricoles et des ustensiles ménagers. Plusieurs calebasses (ciurga) où la femme conserve le lait (kosam) sont posées sur une étagère (hoore danki) au mur du fond de la case. Juste à droite de l’entrée une jatte en terre (faande boyri) sert à stocker la bouillie de mil préparé à l’avance pour plusieurs jours. Le lait doit toujours se trouver sur l’étagère du fond. Il est ainsi soustrait à la convoitise des hommes. La bouillie par contre doit rester près de l’entrée. La présence de calebasses de lait et de la jarre de bouillie indique infailliblement que la case est celle d’une femme. Les habitations rondes peuvent être de différentes tailles, avec un toit fait de nattes recouvertes de seccos, de couleurs naturelles et noires. Il existe une hutte de forme concave à l’armature plus complexe dont le toit est fait de larges nattes de couleur naturelle. La spatialisation (le positionnement) s’organise ainsi – Case du Nord Suudu Yeesaaru -Grande case Suudu maundu – Petite case Suudu Famardu. En résumé, l’espace de la ferme, y compris l’intérieur des habitations, est structuré socialement selon des critères géométriques rigoureux. Le principe ordonnateur en est la distinction entre hommes et femmes projetée selon un axe est-ouest ou gauche-droite. - En Haute-Guinée Les empires mauresques du Moyen Âge, les migrants en Europe, la colonisation ont amené d’autres types de constructions. En Haute-Guinée, les Peuls vivent dans des maisons en ciment, au toit fait de briques, avec petit jardin attenant et entourées de barrières peintes en vert pastel ou d’une clôture formant une concession appelée galle. L’élévation du site est aussi fréquente que significative. Autrefois, les nobles habitaient en hauteur sur une colline tandis que les autres habitations étaient construites au flanc ou au bas des coteaux. De nos jours la chose est encore vraie. Le choix du site dépend des conseils d’un marabout, d’un point d’eau et de la sécurité du lieu (absence de mauvais génies) ; De fait l’habitat du Peul sédentaire est souvent situé à flanc de colline, de montagne ou à leurs sommets. La construction de la maison ou de la cabane, son tracé, le choix du jour, son ornementation et son aménagement dépendent de règles religieuses précises à l’image de la kaaba (habitat traditionnel des Arabes sédentaires des montagnes Sarahoui près de la Médina). On compte également à côté de la maison d’habitation, des constructions sommaires destinées au passage : tipuru ou tipuru buguuru destinée au campement pastoral ; naagare forme simplifiée de la précédente destinée aux transhumances ; togooru ou cabane de gardiens des champs assez similaire aux précédentes ; paldi ou falaandu construction modeste dont les murs sont constitués de bambous entrecroisés recouverts de mortier ou de bouse de vache (avec une véranda) ; mahaadu habitation surmontée d’un toit conique à la charpente de bambou recouverte de paille liée ou tentugol. Certaines habitations traditionnelles ont l’intérieur richement décoré, elles sont badigeonnées ou creusées de dessins géométriques (triangles ou losanges à l’image de certaines constructions Berbères). Les murs et le lit étaient décorés de motifs en arabesques très colorés, de figures géométriques ou encore en étoiles. Les couleurs principales en étaient le noir, le jaune et le rouge, le blanc, couleurs peules traditionnelles en dehors de l’Indigo et provenant de pigments végétaux. Le plafond de certaines cases était orné de lefas, vanneries de forme ronde aux couleurs et aux motifs variés. La taille, la qualité des matériaux utilisés, la richesse des ornementations des habitations étaient autrefois bien sûr fonction de leurs habitants ; les habitats des notables étaient particulièrement remarquables.
  • Chez les nomades : Les groupes nomades vivent sous des huttes rondes de branchages recouverts de couvertures en laine, jamais sous une tente. Parfois il n’y a même pas de constructions, seulement une rangée de branchage rapidement liés, et plantés dans le sable du désert pour constituer une haie de fortune. Néanmoins cette haie sera elle-même spatialisée pour tous les actes de la vie quotidienne, tout comme la vie, la naissance, et la mort. Le mobilier est seulement constitué d’une natte et d’un reposoir pour la tête. Pour la femme, une batterie de cuisine, marmites, théière et calebasses ; Certains nomades du Niger, du Tchad et du Soudan disposent de huttes transportables, constituées de deux arceaux souples, qu’ils croisent et recouvrent de couvertures, le tout monté sur un dromadaire à l’image de leurs voisins arabes transhumants.  En résumé, l’habitat Peul toute économie confondue, se caractérise ainsi : importance spirituelle de l’établissement ou campement ; importance du feu (le premier geste de l’installation), de la hauteur (colline ; montagne); la spatialisation intérieure et extérieure ; l’organisation de la parenté (indépendance des aînés qui ont rapidement leur propre habitation) ; esthétisme et fonctionnalité (décorations vives ; huttes transportables). L’habitat comme bien des choses dans le corpus peul ne relève pas d’un archétype mais d’une succession d’états passagers avec retour au modèle initial (sédentarité pour les nomades ; nomadisme pour les sédentaires). Les Peuls ont aussi connu au cours de leur histoire d’autres types d’habitats, notamment l’habitat mauresque avec sa poétique du jardin, des moucharabiehs, des lourdes portes sculptées (que l’on retrouve dans les riches demeures à étages et terrasses, faites en argiles avec moucharabiehs sculptés dans la masse, parfois avec herses de défenses, hauts murs d’enceintes appelés tata (forteresses), créneaux, dédales ombragés et cour intérieure à l’image de ce que l’on trouve au Maroc, chez les Peuls de Tombouctou, du Mali et du Sénégal), de l’ombre, des palmeraies et des fontaines, ainsi que des villes de type mégalopoles, faites d’argile, avec cuisine, dépendances, terrasses, greniers attenants, rues étroites et rectilignes, rigoles d’évacuations, bassins d’ornementations et de rituels (villes mythiques d’Iléri et Yoyo). La terre leydi est généralement considérée comme le bien de l’agriculteur, même si les Peuls peuvent y résider, y cultiver et y faire paître leur bétail.    Élevage

La plupart des Peuls en milieu rural sont essentiellement éleveurs et leur mode de vie est rythmé par les besoins saisonniers de l’élevage. La vache tient une grande place, non seulement dans l’alimentation et l’économie des ménages, mais aussi dans les relations sociales et dans la mythologie. La colonisation a entraîné une sorte de confusion sur l’économie pastorale. La vache fut considérée comme un animal de prestige par les occidentaux puisque chaque famille tentait d’en avoir le plus possible et refusaient de s’en séparer comme bêtes à viande, c’est-à-dire d’entrée dans une “ économie rationnelle ”, de marché. L’élevage de bovins Zébu (bos indicus) est principalement pratiqué pour le lait. Il est extensif c’est-à-dire pratiqué avec un minimum d’investissement monétaire (avec dépenses limitées aux vaccins et aux médicaments) et par l’utilisation de pâturages librement accessibles. Dans un troupeau moyen l’effectif est de cinquante têtes environ, dont les trois quarts sont des femelles. Ces femelles permettent de reconstituer le troupeau rapidement en cas d’épidémie. C’est un type d’élevage “ rationnel ”, mais multimillénaire de survie. Les taureaux mâles sont consommés lors de rites précis et constituent la dote traditionnelle. Les animaux d’une même ferme sont en général conduits ensemble aux pâturages. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils soient la propriété collective des habitants de cette ferme – ni d’ailleurs la propriété privée d’une seule personne. Tous, femmes et enfants peuvent détenir des animaux dans un même troupeau. La descendance de la vache offerte comme don de naissance au mari par le grand-père maternel de l’épousée sera héritée par les enfants de celle-ci.  L’animal de prestige est le cheval. Ceci concerne les Peuls sédentaires des bassins des fleuves Niger et Sénégal et autour du lac Tchad. Par son entretien délicat, le cheval demande du pâturage ou une coopération avec des céréaliers sédentaires. Il trouve son emploi dans les parades de cour et la cavalerie (voir Libye antique). Les Peuls semblent avoir disposé par le passé d’une cavalerie lourde, avec de lourdes cuirasses et des ” cottes de mailles “…cit. : ” Jusqu’au XIXe siècle, la grosse cavalerie Foulbé ou Peuls était équipée de cuirasses ou de cottes de mailles sous des manteaux matelassés. Par la suite, les manteaux comme les cuirasses métalliques ne furent plus réservés qu’aux cérémonies […] dans la grosse cavalerie la cuirasse (comme celle des Romains) remplaçait la cotte de maille et offrait contre les flèches et les pointes une protection sans doute meilleure que les vêtements utilisés par les Mossis.” - De nombreux témoignages et descriptifs oraux, rapportent que cette cuirasse était très lourde et qu’il valait mieux ne pas tomber de cheval… ” Le cavalier Foulbé était quelque peu handicapé par la lourdeur de son armure qui l’obligeait en cas de chute, à demander de l’aide pour se remettre en selle.”

Sociétés

Il n’existe pas une société peule, mais des sociétés peules ; “ Planète Peule ”. Le corpus peul est dit “ souple ” et adaptable. Il est en évolution perpétuelle, tout en conservant ses traits caractéristiques initiaux. Les Peuls sont endogames semi agnatiques. La femme n’est pas voilée et il n’y a pas de lévirat. Il existe quatre mariages traditionnels peuls avec quatre divorces correspondants :

  • le premier mariage est décidé par les parents ; ce mariage (dewgal) a lieu vers 21 ans ;
  • le deuxième après un divorce ou un veuvage ;
  • le troisième, le “ mariage-don ” (politique) ;
  • enfin, le culnol, concubinage d’un noble avec une kordo, femme de condition servile est d’importation arabe. Un cinquième mariage islamique a été rajouté aux alentours du XVIe siècle. Il est rendu par le cadi, juge musulman, et possède deux divorces associés. Les “ Peuls rouges ” sont monogames. Les Peuls sont monogames dans l’ensemble. Ils peuvent divorcer plusieurs fois et ils contractent souvent plusieurs mariages au cours de leur vie 2 ou 3 ; la polygamie est minoritaire et se rencontre surtout chez les Peuls urbains et islamisés. Règles du cousinage (cousins de lait endam et cousins de noms, cousins de clans). Chez les Peuls Wodaabe, les enfants sont mariés très jeunes car il existe un mythe fondateur du garçon et de la petite fille. Mais la jeune fille a le droit de vivre sa vie de célibataire jusqu’à ses dix-huit ans. Chez les Bororos, lors du worso “ fêtes du Printemps ”, les hommes dansent le guerewol (photo) où elles peuvent choisir un fiancé. Les Wodaabe sont des monogames “ successifs ” avec nombreux divorces ou séparations. Le concubinage est interdit et rapidement scellé par un teegal “ épousailles ”. On note une survivance d’une ancienne gynécocratie, l’héritage est utérin (matrilinéaire).  

Les pasteurs La diversité peule tient à un éclatement des cadres géographiques. Autrefois disposé en archipels dans la zone sahélo-saharienne, le peuplement tend à se diffuser et à s’atomiser. Contesté par des cultivateurs et des agro éleveurs, le pastoralisme l’est également par d’autres pasteurs du Sahel : Touaregs, Toubous). Dernièrement, les Arabes du Tchad, descendus de façon massive dans les savanes de ce pays, ont poussé les pasteurs Peuls à descendre en Centre-Afrique, Côte d’Ivoire, Cameroun, Nigeria) où la réussite de ce pastoralisme sur de nouvelles bases écologiques en savanes humides est le plus grand défi actuel des pasteurs Peuls. Castes

La société Peule est la plus hiérarchisée d’Afrique. Ces règles hiérarchiques sont aussi plus complexes et d’un abord plus difficile pour le regard extérieur, que celles que l’on peut voir dans les chefferies berbères, Touaregs ou Maures qui connaissent aussi le maquignonnage… Les règles des castes ne semblent pas être remises en cause par le développement économique. Chacun reste dans son domaine de compétences traditionnelles. Dans les villes, il existe trois classes sociales :

  • Les nobles : DurooBe nobles (transhumants). Jaawambe, jaawanndo au sing, conseillers et auxiliaires armés des rimbe.
  • Les artisans castés : Regroupés sous le nom de nyeenybe, nyenyo au sing : Maabuube, maabo, tisserands, potières. Wailybe, baylo, bijoutiers, forgerons. Lawbe, labbo, boisseliers. Sakkebe, sakke, cordonniers. Bammbaado, wammbaabe, griots musiciens. Les nyeenybe, sont réputés pour leur endogamie.
  • Les serviles : maccube, maccudo, ou kordo : Les serviles sont d’origines ethniques diverses, souvent prisonniers de guerres, anciens serviteurs pour le bétail, l’agriculture, la forge. Ils sont devenus autonomes et développent des entreprises. L’ensemble comporte de nombreux homonymes suivant les parlers locaux ainsi que des articulations inter castes, mais relèvent toujours des mêmes distinctions sociales. Les Peuls, hormis les castes, sont regroupés en de nombreux clans ou tribus appelés leyyi : Les fulbe ururbe ou worworbe présents partout, au Sénégal, Fouta-Djallon, Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso, ce sont les Peuls de l’ouest, à l’est ils prennent le nom de burure ou bororo’en. Ils sont parmi les premiers Peuls qui se sont sédentarisés. Les fulbe laace, ce sont des Peuls qu’ont trouve spécialement au Sénégal, dans la région du djolof. Ils sont liés aux Wolofs avec qui ils cohabitent, (interpénétration linguistique), ils gardent les troupeaux des Wolofs, on les trouvait aussi dans le Sine-Saloum, et le Ferlo où ils nomadisaient, ont les appellent aussi fulbe jeeri nom qu’on donne en général à tous les fulbe de cette partie du Sénégal, la plupart sont de patronyme ka. Les fulbe jaawBe, la plus grande des leyyi peule, ils sont particulièrement présent au Sénégal, Mali, ils pratiquent l’élevage surtout ovin, mais aussi la pêche, pour les jaawBe dalli, ils se fixent parfois prés des fleuves, il y a de nombreux sous-groupes jaawbe. Ils sont à l’origine de la caste peule des jaawamBe, réputés pour être de fins stratèges dans l’ancien Fouta-toro. Les fulbe cuutinkoobe, Peuls originaires de l’ancienne région du Diara entre l’est Sénégalais, et l’ouest malien, ils sont un sous-groupe de la grande famille peule des raneebe, la plupart d’entre eux sont de patronymes Diallo, les cuutinkoobe, étaient à l’origine des jaawBe, ils sont présent au sud du Sénégal, Guinée-Bissau, Guinée.  Les fulbe yirlaabe, ils sont les Peuls les plus à l’est, Tchad, nord-est Nigeria, Adamaoua dans le Nord du Cameroun. Les yirlaabe ou ngiril, sont très présents à l’Ouest également. Ils sont tous originaires du Fouta-Toro. Les Fulbe wodaabe, surtout présents au Niger aujourd’hui et originaires du Diafunu, certains ce nomme diafunu’en, ancienne région englobant le Sahel mauritanien, le Macina au Mali, le Nord-Est du Sénégal. Ce sont les Peuls ayant le plus conservé leurs traditions nomades et leur culture, ce sont également les plus rustiques, ils sont restés très proches de la nature, ils sont de grands bouviers, et même s’ils sont majoritairement musulmans, ils pratiquent un islam très sommaire. Ils sont présent au Sénégal ou ils sont disséminés un peu partout et ou l’on trouve de nombreux sous-groupe, au Fouta-Djalon, où beaucoup se sont sédentarisés. Dans cette leyyi les sédentaires islamisés sont appelés wolarBe. Ces clans sont parfois divisés en plusieurs fractions et sous-fractions appelées kinde, selon leurs patronymes, les régions qu’ils habitent, les animaux qu’ils élèvent bovin, ovin, l’ancêtre (chef clanique) dont ils se réclament, il existe encore d’autres clans, dont les kolyaabe de Koli Tenguella, les yaalalbe. Les castes sont les mêmes, pour toutes les leyyi. Certains clans peuls, sont liés part le jongu, un lien de parenté, qui les oblige à l’entraide, au respect mutuel. Il existe 31 groupes nomades, 48 groupes semi-nomades et 29 groupes sédentarisés. Patronymes

Comme l’onomastique libyenne et l’onomastique iranienne, l’onomastique peule est indo-européenne (indo-européen). Ces noms et prénoms ont connu une grande extension géographique, au même titre que les peuples qui les portaient. Ce système hérité de l’indo-européen, se retrouve de nos jours dans les noms indiens, (indo-aryen), grecs, germaniques, slaves et celtiques. Outre les noms composés, ces principaux types d’anthroponymes voient leur inscription sociétale à travers les mythes et légendes orales transmis par ces peuples. À l’origine : [ Bari ] .Bari, nom basé sur le radical indo-européen {bhr-} ” porter ” . En sanskrit la racine {bhr-} donnera ” L’Éloquence” (Bhâratî) traduisant un passage par le verbe. La racine apparaît dès le quatrième millénaire avant notre ère sur des tablettes du Mitanni, royaume de Haute-Mésopotamie. Patronyme des anachorètes, des prêtres et des religieux, Bhari peut également apparaître comme “ le refus de la société ” ; “ qui s’extrait, s’isole ”. Dans la plupart des légendes, le savoir délivré par ce personnage apparait caché, il ne peut être révélé que par l’enseignement et l’apprentissage heuristique (comme Bach le sage-savant de la légende celtique du Taliesin) – En Égypte, on retrouve cette racine également chez les Coptes comme les Bachmourites du Delta. Au Maghreb il apparaît chez les Berbères du ” Petit-Maghreb ” (Atlas marocain) sous la forme Berri, Berry ou Berra de même racine. En Orient, il est le refuge, (souvent simple promontoire dans le désert, grotte dans une paroi rocheuse) des premiers moines chrétiens et des confréries sûfi et devient le nom dévolu aux monastères (proche du sens que l’on retrouve en arabe), comme le tell Barri en Syrie, ou la grotte Barigaza, en Inde. Ces grottes ou simples promontoires occupés par des ascètes, deviendront des temples, (comme le temple bari dans l’ Hariana au nord ouest de l’Inde) Ce sont traditionnellement dans toutes les aires culturelles de référence (grecques, celtiques, germaniques, védiques, slaves) des poètes, des lettrés, des ascètes, des personnages de haute importance morale, qui enseignent un savoir oral et ancestral. Nom porteur de chance, patronyme des louanges, des bénédictions, il est actuellement porté par des imams (almamy en pular), des marabouts. On le retrouve dans tout le Maghreb, dans tout le Proche-Orient et le Moyen-Orient. Le patronyme Peul est écrit Barry depuis la colonisation francophone et anglophone – Cette orthographe tirée de l’Ajami (barbare en arabe) a été adoptée par l’administration coloniale. On le trouve encore sous différentes orthographes : Bari, Barî ou Bhari. La position du patronyme Barry dans la société peule actuelle garde encore l’influence ancienne qu’il avait à l’origine. Sa conservation et son influence trouve son actualisation dans la permanence des compétences traditionnelles qui s’héritent en mode patrilinéaire pour ce qui est des professions. Tournés vers l’extérieur, les Barry souvent cités ou auxquels se réfèrent les sociétés peules pour tout type de conseils et d’enseignements sont en majorité des hommes. On trouve ainsi par position sociale ·

  • Barry Rhaldiyanké : détenteurs du pouvoir temporel, veillent au bon fonctionnement du groupe. Barry Sériyanké : détenteurs du pouvoir spirituel, responsables de l’enseignement. Barry Soriyanké : détenteur du pouvoir judiciaire.
  • Bâ construction à partir de la racine initiale bh(r) sont les “ guerriers ”, les “ porteurs de tambours ” et “ vont au combat avec le sourire ”, d’où une confusion étymologique avec Diallow (jaal) “ taquiner, plaisanter ” (Peul + Mandingue) mais [ba'] en racine Peule veut dire “ tourner en dérision ”. Les Bâ vont au combat avec le sourire, mais “ ils ne peuvent pas expliquer les choses ”, ce sont les Bari qui en ont la charge. Ils s’occupent de la transmission, de l’éducation, de la mémoire et de l’” élévation spirituelle ”.
  • Saw / Sow [sau] en pular ; ” doubler, séparer, distinguer”, ” métis ” par euphé. Dans la société Peule ils sont les artisans, les commerçants. Pul. / [so']”suivre”, “se mêler de” ; “apporter du bois” ; “impurs” – D’après Cheik Anta Diop il pourrait s’agir d’un rameau du peuple Sao, ayant “suivi” les Peuls depuis le Soudan. Les patronymes peuls les plus courants de nos jours sont : Ba, Barry, Bari & Bahri (Tchad, sud Libye), Akbari (Soudan, Mali), Barani (Centrafrique), Bar (Burkina-Faso), Egge, Ka, Diallo, Sall, Tall, Sow, Dia, Baldé, Bal, Baandé, Nouba, Dioum, Diagayété, Seydi, Seydou, Diaw, Thiam, Mbow, Niane, Bocoum, Sarré, Déme, Diak, Gakou, (intégration dans le groupe Wolofs du Sénégal, Mali, Mauritanie. Kara, Kan, Khan, Han, Hanne, Kaka, Kandé (Niger et Burkina-Faso). Les Diamanka, Mballo, Boiro, Sabaly, Diao, Baldé, Seydi, Kandé, habitent historiquement la région de Kolda au Sénégal où était situé historiquement l’État du Fouladou, entre le Sud du Sénégal et le Nord de la Guinée-Bissau) ; Dicko (Peuls Ardo, Guerrier) et Bello (Niger, Nigeria) ; Baal (Sénégal) ; Sow deviennent Sidibé au (Mali, Guinée, Burkina-Faso) ; les Sangaré du Mali, deviennent Sankara au Burkina Faso, qui devient Shagari au Nigeria…  

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