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Excision et autres mutilations sexuelles dans le monde et au Burkina Faso
5 juin, 2010, 4:52
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La manière choisie pour aborder ce sujet mal connu, car décrivant des procédés traditionnellement et culturellement en général maintenus sous silence, a été de rechercher dans la bibliographie médicale ou non et dans la presse burkinabé des articles et à les disposer l’un après l’autre tandis qu’ils peuvent être contradictoires parfois sur certains points. Ce qui est sûr, c’est que le Burkina est loin d’être le plus mauvais élève en la matière en Afrique de l’ouest, alors que pourtant les rituels traditionnels sont profondément encrés dans les comportements des populations. Sûrement les combats féminins, les lois et positions de la révolution sankariste sur ce point, ont fait progresser les burkinabé par rapport à ce type de coutumes. 

Généralités sur l’excision : 

Une excision est, dans son sens le plus général, l’ablation d’un petit morceau de tissu biologique. Cependant le terme excision est beaucoup plus communément utilisé pour désigner spécifiquement l’excision clitoridienneL’excision clitoridienne est une Mutilation Génitale Féminine (MGF) impliquant l’ablation de la partie externe prépondérante du clitoris (clitoridectomie) et de son capuchon, parfois accompagnée de l’ablation des petites lèvres et de la suture des grandes lèvres. Cette mutilation est illégale dans la plupart des pays du monde ; de nombreuses organisations militent pour son abolition mondiale. L’excision présente plusieurs variantes qui diffèrent par l’étendue de l’ablation et des pratiques annexes.

Etendue géographique du phénomène :

Géographiquement, la pratique se rencontre en de nombreuses parties du monde, mais elle est plus courante en Afrique subsaharienne et dans quelques régions du Proche-Orient et de l’Asie du Sud Est (Yémen, Indonésie et Malaisie) (cette liste est non exhaustive). Dans les pays occidentaux, ces pratiques se retrouvent dans les communautés issues de ces pays. Selon les pays, la proportion de femmes excisées varie de façon importante, allant de 1,4 % au Cameroun à 96 % en Guinée au début des années 2000. On considère qu’environ 100 à 140 millions de femmes ont subi une excision (principalement en Afrique). Environ 2 millions de fillettes sont susceptibles de subir une telle mutilation tous les ans. Selon une étude de l’INED, 50 000 femmes ont subi des mutilations sexuelles et vivent actuellement en France

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Une définition extensive de l’excision : 

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Les 3 différents types d’excision comparés à l’anatomie féminine normale. 

Cette large aire de répartition explique sans doute aussi une large gamme de pratiques qui relèvent toutes de l’excision. En effet, au-delà de l’ablation totale des organes génitaux externes, on rencontre également :

une ablation du clitoris seul (en fait, l’extrémité du clitoris ou du capuchon clitoridien, le clitoris faisant environ dix mm de longueur), nommée clitoridectomie ;

  • l’excision, qui consiste à enlever partiellement ou totalement le clitoris et, souvent, les petites lèvres
  • des ablations partielles

  • la forme de mutilation génitale féminine la plus extrême qui soit, nommée infibulation ou circoncision pharaonique. Elle consiste à l’ablation totale du clitoris, des petites lèvres et des grandes lèvres à l’entrée du vagin. De plus, l’entrée de ce dernier est cousue jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une fine ouverture servant aux écoulements menstruels (le plus souvent, pour préserver la virginité d’une petite fille ; l’opération est alors ensuite complétée à l’adolescence par une excision véritable ou peut être renversée par un parent ou le mari lors du mariage)

  • des pratiques chirurgicales visant à la création de tissus cicatriciels, le grattage de l’orifice vaginal ou l’incision du vagin

  • l’introduction de substances corrosives ou abrasives dans le but de provoquer un resserrement du vagin

l’introcision (pratiquée par les aborigènes Pitta-Patta d’Australie et les Conibos, branche des indiens Panos, au Pérou) qui consiste à élargir l’orifice vaginal avec une lame en pierre.

Une pratique traditionnelle :

Les pratiques d’excision sont considérées comme traditionnelles dans la mesure où elles se sont installées dans un contexte animiste ou pharaonique (c’est-à-dire bien avant l’arrivée des grandes religions monothéistes dans ces contrées). D’autre part, l’excision fait souvent office de rite de passage et de reconnaissance de la petite fille dans sa société. L’excision est actuellement défendue au nom de :

  • la préservation de la virginité (considérée comme un idéal féminin au mariage),
  • l’amélioration du plaisir sexuel masculin (par le rétrécissement du vagin ou de l’orifice vaginal),
  • la protection contre le désir féminin (considéré comme malsain par les partisans de l’excision ou non contrôlable en cas d’absence d’excision),
  • raisons hygiéniques,
  • raisons esthétiques,
  • patrimoine culturel ou traditionnel (initiation à l’état de femme, peur que le clitoris n’empoisonne l’homme ou l’enfant à la naissance…)

Dans de nombreux cas, on observe que les mères participent activement aux mutilations de leur(s) fille(s) dans le but d’améliorer leurs chances de faire un «  bon  » mariage.  Le clitoris est souvent considéré comme une imperfection de la création divine, un résidu masculin devant être ôté pour que la femme soit finie. De la même manière la circoncision ou ablation du prépuce est censée enlever à l’homme la partie féminine restante. La psychanalyste Marie Bonaparte a écrit : «  Les hommes se sentent menacés par ce qui aurait une apparence phallique chez la femme, c’est pourquoi ils insistent pour que le clitoris soit enlevé  ».

Mutilations sexuelles et religions :

Ainsi, actuellement, l’essentiel des populations qui pratiquent ces mutilations sexuelles sont soit animistes, soit musulmanes. Il existe aussi certaines communautés chrétiennes au Ghana ou au Togo qui pratiquent les mutilations sexuelles ainsi que la communauté juive des Falashas. Les sources religieuses juives et chrétiennes ainsi que le Coran ne font pas mention de cette pratique.  Cependant, l’islam peut servir de moyen de justification comme d’interdiction à la pratique de l’excision. En effet n’y a pas consensus parmi les savants sunnites sur le rapport entre islam et excision, leur position allant de l’obligation à l’interdiction pure et simple. En effet, si le Coran ne prescrit aucune obligation d’excision, certains hadiths sont utilisés par les savants recommandant ou prescrivant sa pratique pour la justifier religieusement. Est notamment mentionné, le hadith rapportant que Mahomet recommanda à une exciseuse «  Effleure et n’abuse pas, car cela rend le visage plus rayonnant et est plus agréable pour le mari.  ». De même, un autre hadith indique que «  La circoncision est une tradition louable pour les hommes et un honneur pour les femmes.  ». Dans tous les cas, si ces hadiths permettent à certains savants de recommander ou obliger l’excision, les savants défavorables à sa pratique soulignent que les chaînes de transmissions qui soutiennent ces textes seraient trop faibles pour cautionner une pratique aussi grave, d’autant qu’aucun ne mentionne d’obligation formelle. Une autre défense de l’excision s’appuie sur les valeurs et la culture des sociétés. Ainsi, considérer la femme comme responsable de tous les manquements à la morale et aux bonnes mœurs légitime le contrôle strict de son comportement (notamment sexuel). La littérature juridique qui parle de l’excision, sans la recommander formellement, l’évoque sous le vocable de «  khafdh  » ou  » khifâdh  » qui signifie l’affaiblissement du plaisir sexuel. Dans le cadre islamique, la nature primordiale de l’humanité (appelée fitra) est caractérisée par les cinq éléments suivants :

  • La circoncision
  • Le fait de se raser le pubis
  • Le fait de se couper les ongles
  • Le fait de s’épiler les aisselles
  • Le fait de se tailler la moustache. 

De ce fait, la pratique de l’excision déjà traditionnellement installée bien avant l’arrivée de l’islam, n’a pas été remise en cause par l’adoption de cette religion. Récemment certains responsables religieux musulmans ont innové en s’opposant franchement à l’excision. C’est le cas par exemple au Sénégal (où des imams éduquent les populations à risque, appuient chaque argument en citant le Coran et sensibilisent aux problèmes de santé générés par l’excision) ou en Égypte (où des responsables religieux ont appelé à l’interdiction de ces pratiques et à la punition de leurs auteurs lors d’une conférence internationale sur les mutilations génitales féminines (MGF) au Caire). De plus l’islam impose une limite lorsqu’il y a un risque pour la personne concernée.

Opposition et répression : L’excision est considérée comme une mutilation grave et injuste dans les pays occidentaux, mais aussi par des organisations internationales telles que l’ONU, l’OMS et l’Unicef. Dans la plupart des pays occidentaux, elle est poursuivie et punie comme un crime grave. Il subsiste quelques régions du monde, notamment dans certains pays d’Afrique, où cette pratique reste tolérée au nom de la tradition. Toutefois, suite aux scandales internationaux que cette pratique génère, ces États ont tendance à la réprimer plus. Raisons de l’opposition :

Les opposants à l’excision en appellent au respect de l’être humain. En effet, l’excision est une atteinte à l’intégrité physique et morale de la victime de cette pratique. La plupart des opposants sont particulièrement sensibles :

  • à la mainmise du groupe social sur la sexualité des individus ;
  • à la perte du plaisir sexuel chez la femme ;
  •  aux risques encourus par la petite fille lors d’excisions dans des conditions d’hygiène parfois insuffisantes (pouvant aller jusqu’à la mort suite à une infection), ainsi qu’à la douleur liée à l’opération, souvent faite sans anesthésie ;
  • aux risques augmentés en matière de maladies sexuellement transmissibles, de susceptibilité augmentée aux affections plus ou moins graves comme les kystes, les abcès, les infections de l’urètre, rétention urinaire, etc. ;
  • aux complications, soit directes soit indirectes, que cela entraîne lors de la miction, des règles, des relations sexuelles ;
  • aux risques de mortalité accrus lors d’un accouchement ;
  • au handicap sexuel ainsi imposé (plaisir sexuel fortement limité ou impossible, relations sexuelles douloureuses), perturbation de l’identité féminine, de la représentation de sa sexualité par la femme excisée (associée à une expérience sexuelle dégradée)  

Les moyens de lutte :

En raison de son caractère culturel et traditionnel, l’excision ne peut pas seulement se voir opposer le droit. En effet, la complicité des familles et des proches rend cette lutte législative sans effet direct. Cette approche n’est possible qu’une fois les mentalités éclairées. 

De fait, de nombreux pays africains s’efforcent de faire disparaître cette coutume en employant des moyens plus participatifs :

  • Au Burkina Faso, le gouvernement utilise simultanément ses moyens d’information, de sensibilisation et la condamnation judiciaire pour lutter contre ces pratiques
  • Au Cameroun, où ce n’est qu’en 1987 que le Comité interafricain de lutte contre les pratiques traditionnelles affectant la santé de la femme et des enfants (CI-AF) a pu cartographier les populations pratiquant l’excision, les moyens de lutte utilisés passent aussi bien par l’information, l’instruction, les mesures législatives comme les initiatives économiques (à savoir : redonner une activité aux anciennes exciseuses)
  • Au Sénégal, à la suite d’un programme d’éducation non-formelle basé sur les droits humains dispensé par l’ONG Tostan, des groupes de communautés initient de manière collective des Déclarations Publiques pour la promotion des droits humains, la santé des femmes et des filles, l’abandon de l’excision et des mariages précoces/forcés. Ainsi, selon l’ONG Tostan, 3307 communautés sénégalaises ont participé à ce type de déclarations depuis 1997

Aspects légaux :

L’excision est illégale dans la plupart des pays du monde. La plupart des pays démocratiques interdisent formellement l’excision au nom du respect des Droits de l’homme, du respect de la personne humaine et de la protection de l’enfance. Ainsi, un peu partout en Europe, des coupables d’excision sont régulièrement envoyés en prison par les tribunaux. 

En France

En France, la clitoridectomie a été préconisée à la fin du XIXe siècle par des médecins comme Thésée Pouillet (1849-1923), Pierre Garnier (1819–1901) ou Paul Broca (1824-1880) pour lutter contre l’onanisme.

Aujourd’hui l’excision constitue une atteinte à la personne. Elle entre dans le cadre des violences ayant entraîné une mutilation permanente, délit passible de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende dans le cas général. Lorsque la victime est mineure de 15 ans, cela devient un crime passible de 15 ans de réclusion criminelle, 20 ans si le coupable est un ascendant légitime (Art 222-9 et 222-10 du Code pénal). Une interdiction du territoire d’une durée de cinq ans peut également être prononcée (Art. 222-47 du Code pénal).  Cependant, souvent l’excision est pratiquée lors d’un retour au pays et donc hors du territoire national. La législation française fait cependant obligation aux soignants de dénoncer toutes agressions sexuelles sur mineur. Les médecins sont tenus au signalement des cas (même potentiels) de mutilations génitales féminines, même si ces derniers sont ou devraient être effectués hors du territoire français.

Pays où l’excision se pratique traditionnellement :

En Afrique, on recense 28 pays où les mutilations sexuelles féminines sont pratiquées. La proportion de femmes excisées varie selon les pays. Trois groupes peuvent être distingués (chiffres au début des années 2000) :

  • les pays où la grande majorité des femmes sont excisées soit plus de 85 % : Djibouti, Égypte, Éthiopie, Érythrée, Guinée, Mali, Sierra Leone, Somalie, Soudan
  • les pays où seules certaines fractions de la population étant touchées et où 25 à 85 % des femmes sont excisées, proportion variant selon l’ethnie, la catégorie sociale et la génération : Burkina Faso, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée-Bissau, Kenya, Liberia, Mauritanie, Sénégal, Tchad
  • les pays où seules quelques minorités ethniques sont concernées et où la proportion d’excisées est inférieure à 25 % : Bénin, Cameroun, Ghana, Niger, Nigeria, Ouganda, République démocratique du Congo, Tanzanie, Togo 

Selon l’UNICEF, 13 pays africains disposent de lois réprimant les mutilations sexuelles féminines et autres types de violences faites aux femmes.

  • Bénin – le Bénin n’a pas de loi spécifique sur le sujet, malgré une prévalence évaluée à 50% des femmes du pays
  • Burkina Faso – Au Burkina Faso, une loi interdisant les mutilations génitales féminine (MGF) a été promulguée en 1996, pour entrer en vigueur en février 1997. Auparavant, il existait déjà un décret présidentiel établissant un Comité national contre l’excision et prévoyant des amendes à l’encontre des personnes reconnues coupables d’excision sur des fillettes ou des femmes. La loi de 1996 a renforcé la répression. Depuis, plusieurs exciseuses ont été condamnées à des peines d’emprisonnement.
  • Côte d’Ivoire - En Côte d’Ivoire, une loi promulguée le 18 décembre 1998 prévoit que toute atteinte à l’intégrité des organes génitaux d’une femme, par voie de mutilation totale ou partielle, excision, désensibilisation ou toute autre pratique, si elle s’avère néfaste du point de vue sanitaire, est passible d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans, et d’une forte amende (de 360 000 à deux millions de francs CFA). La peine est portée de cinq à vingt ans d’emprisonnement si la victime meurt des suites de son opération. Par ailleurs, si la procédure est effectuée par un médecin, il risque jusqu’à cinq ans d’interdiction de pratique professionnelle.
  • Djibouti - À Djibouti, les MGF ont été interdites par la révision du Code pénal du pays, entrée en vigueur en avril 1995. L’article 333 du Code pénal prévoit, pour les personnes reconnues coupables de ces pratiques, une peine d’emprisonnement de cinq ans et une amende de un million de francs de Djibouti.
  • Egypte - En Egypte, en décembre 1997, la Cour de cassation égyptienne a rendu un arrêt en faveur d’une interdiction gouvernementale des MGF, dans lequel il est stipulé que les contrevenants s’exposent à des sanctions criminelles et administratives. Il existe en outre un décret ministériel qui interdit ces pratiques. Malgré ces lois et décrets, les MGF se perpétuent encore en très grande majorité dans ce pays, même si certains comme Abou Shawareb en juillet 2005, ont décidé d’eux-mêmes de mettre fin à ces pratiques. Le Code pénal prévoit aussi des cas de «  blessure  » et de «  traumatisme intentionnel ayant entraîné la mort  », qui peuvent éventuellement être juridiquement applicables. On a relevé dans la presse au moins treize cas de personnes poursuivies sur la base des termes du Code pénal, notamment des médecins, des sages femmes et des barbiers, accusés d’avoir pratiqué des MGF ayant entraîné des hémorragies, des états de choc et des décès.
  • Ghana – Au Ghana, en 1989, le chef du gouvernement du Ghana, le président Rawlings, s’est formellement prononcé contre les MGF et les autres types de pratiques traditionnelles néfastes. L’article 39 de la Constitution du Ghana contient en outre des éléments visant l’abolition des pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé et au bien-être des personnes. Certains pensent que cette loi a, en fait, généré une migration des pratiques vers la clandestinité.
  • Guinée - En Guinée, les MGF sont illégales selon l’article 265 du Code pénal. Elles sont punies par une peine de travaux forcés à perpétuité et, si elles entraînent le décès de la victime dans un délai de 40 jours, le contrevenant s’expose à la peine de mort. Aucun cas de MGF n’a toutefois, à ce jour, été porté devant les tribunaux. L’article 6 de la Constitution guinéenne, qui interdit les traitements cruels et inhumains, peut aussi être interprété dans le sens de l’inclusion de ces pratiques, si un cas venait à être porté devant la Cour Suprême. L’un des membres de la Cour Suprême de Guinée travaille actuellement en collaboration avec une ONG locale, en vue d’insérer dans la Constitution guinéenne une clause spécifique interdisant ces pratiques.
  • Indonésie - En Indonésie, les autorités préparent actuellement un décret interdisant aux médecins et aux personnels paramédicaux toutes pratiques de MGF.  Les MGF sont aujourd’hui encore très répandues en Indonésie. Azrul Azwar, le directeur général des affaires de santé du pays, a déclaré que  » Toutes les structures de santé gouvernementales seront formées à relayer les informations concernant la décision d’interdiction et l’étendue du problème de la circoncision féminine. « 
  • Nigeria - Au Nigeria, il n’existe aucune loi fédérale interdisant les pratiques de MGF. Les opposants à ces pratiques se réfèrent à la section 34 (1) (a) de la Constitution de la République Fédérale du Nigeria de 1999, qui dispose qu’ » aucun individu ne sera soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants  », pour en appeler à l’interdiction des pratiques de MGF sur tout le territoire. Un membre du parlement a élaboré un projet de législation en faveur de l’interdiction, mais ce projet n’est pas encore passé en commission.
  • Ouganda - En Ouganda, il n’existe aucune loi réprimant les pratiques de MGF. En 1996, toutefois, un tribunal a statué en faveur de la prohibition de ces pratiques, sur la base des termes de la section 8 de la Charte des Enfants, promulguée cette même année, qui rend illégal le fait de soumettre un enfant à des pratiques sociales ou coutumières néfastes pour sa santé.
  • République centrafricaine - En République centrafricaine, en 1996, le président a émis une ordonnance interdisant les MGF sur tout le territoire. Cette ordonnance a force de loi, et toute infraction à son égard est passible d’une peine d’emprisonnement allant de un mois à deux ans, et d’une amende de 5 100 à 100 000 francs centrafricains. Il ne semble toutefois pas que cette loi ait jamais été appliquée dans les faits.
  • Sénégal - Au Sénégal, depuis une loi promulguée en janvier 1999, les pratiques de MGF sont illégales. Le président Diouf a fait un appel solennel en faveur de l’arrêt de ces pratiques et de la législation les interdisant. La loi modifie le Code pénal en faisant des MGF des actes criminels, réprimés par une sentence pouvant aller de un à cinq ans d’emprisonnement. Un porte-parole du RADDHO (Rassemblement africain pour la défense des droits de l’homme) a déclaré dans la presse : «  L’adoption de la loi ne se suffit pas en elle-même, car il est désormais nécessaire de la faire appliquer rigoureusement pour que les femmes en bénéficient.  » Quelques femmes se penchent sur la question.
  • Somalie - En Somalie, il n’existe aucune loi nationale spécifique interdisant les MGF. Le Code pénal mis en place par le précédent gouvernement prévoit toutefois des clauses de «  blessures  », «  blessures graves  » et «  blessures très graves  », qui pourraient éventuellement être juridiquement applicables. En novembre 1999, le Parlement de l’administration du Puntland a approuvé à l’unanimité une législation rendant ces pratiques illégales. Il ne semble toutefois exister aucun cas de mise en application de cette loi.
  • Tanzanie - En Tanzanie, la section 169A de la Circulaire spéciale sur les crimes sexuels de 1998 interdit les MGF. Ces pratiques sont punies de peines d’emprisonnement allant de cinq à quinze ans, et/ou d’une amende ne pouvant pas excéder 300 000 shillings tanzaniens. Cette législation a débouché sur quelques arrestations, mais qui ne semblent pas avoir, jusqu’à présent, abouti sur des poursuites pénales.
  • Togo - Au Togo, le 30 octobre 1998, l’Assemblée Nationale a voté à l’unanimité une loi interdisant les pratiques de MGF. Les sentences prévues vont de peines d’emprisonnement de deux mois à dix ans, à des amendes de 100 000 à un million de francs togolais. Toute personne qui aurait connaissance de telles pratiques dans son entourage et qui n’en informerait pas les autorités, est passible d’une peine de un mois à un an d’emprisonnement, et d’une amende de 20 000 à 500 000 francs togolais 

L’éradication de l’excision, une lutte de longue haleine :

La lutte contre l’excision fait partie des grands programmes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Unicef. Cette dernière a même fait du 8 février 2006 la «  Journée internationale de tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines  ». 

De nombreux traités internationaux évoquent également l’interdiction de l’excision et des mutilations sexuelles féminines en général : il s’agit notamment :

  • de la convention sur les droits de l’enfant (CDE)
  • de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes (CEDEF)
  • de la charte africaine sur les droits et le bien-être de l’enfant
  • de la charte africaine sur les droits humains et ceux des populations
  • du protocole additionnel sur les droits des femmes dit protocole de Maputo

En 2002, lors d’une Assemblée générale des Nations unies, la totalité des représentants se sont engagés à mettre fin aux mutilations sexuelles et à l’excision d’ici à 2010. Cette date est plutôt ambitieuse, malgré les récentes annonces (novembre 2005) faites en Afrique, où plusieurs exciseuses ont déposé leurs instruments (des lames et des couteaux, parfois rouillés).

Réparation chirurgicale :

Le chirurgien et urologue français Pierre Foldes et l’urologue Jean-Antoine Robein ont progressivement mis au point depuis le début des années 1980 une technique de réparation complète du clitoris, qui permet d’abord de supprimer la douleur latente laissée par la cicatrice. Elle résout également les problèmes obstétriques et urologiques causés par l’excision. En France, environ 800 femmes ont bénéficié de cette opération sous anesthésie générale ; quatre autres chirurgiens, formés par Pierre Foldes, pratiquent cette opération en Égypte et au Sénégal. Cette technique est inscrite à la nomenclature des actes médicaux remboursés de la Sécurité sociale française.

Un article écrit à partir d’un travail trouvé sur Wikipédia 

Le Burkina Faso fait reculer l’excision 

120 millions de femmes africaines mutilées ; au Burkina Faso, le gouvernement s’est résolument engagé il y a deux ans contre la coutume de l’excision. Après des années d’efforts, le sujet n’est plus tabou et les mentalités commencent à changer, mais lentement : 66 % des femmes seraient encore excisées, contre 70 % il y a vingt ans. Quand les familles font encore opérer leurs filles, elles le font clandestinement et sur des enfants de plus en plus jeunes, les accidents étant mis au compte de la «  sorcellerie  ». Mais il faudra du temps pour déraciner une pratique qui relie chaque communauté à ses ancêtres et touche au cœur de l’identité sexuelle. 

Il est midi à Sissamba, dans la province du Yatenga, dans le nord-est du Burkina Faso : un gros village aux maisons de banco, serrées autour des greniers pointus et courts sur pattes où l’on entrepose les précieuses réserves de mil. La chaleur est déjà écrasante, mais, à l’ombre d’un arbre, une douzaine d’hommes se sont rassemblés pour écouter les gens du comité provincial de lutte contre l’excision. C’est jour de marché. L’assistance est exclusivement masculine, à l’exception de Fatoumata, la sage-femme diplômée du village, qui n’osera pas intervenir dans la discussion. Car les hommes sont là. Presque tous des grands pères chenus, responsables des huit quartiers de Sissamba, dont le plus âgé est presque toujours «  chef de terre  ». Ces patriarches influents dans leur communauté savent que l’excision est un enjeu politique pour le gouvernement de Ouagadougou – depuis 1996, l’excision des filles est passible de sanctions pénales. L’un d’eux lève le doigt : «  Est-ce que le comité pourrait nous réexpliquer les conséquences de l’excision, qu’on soit sûr de bien comprendre ?  » Mme Soré Nanténé, fonctionnaire de l’action sociale, détaille alors longuement, en langue Mooré, les suites néfastes de la coutume immémoriale, très répandue en Afrique, qui consiste à enlever le clitoris et souvent les petites lèvres pour débarrasser le sexe féminin de tout ce qui peut rappeler le masculin, afin de «  rendre la femme complètement femme  ». Elle parle des risques d’hémorragie, si forte parfois que l’exciseuse ne parviendra pas à l’arrêter avec les hémostatiques traditionnels. Elle parle du choc de la douleur, dans cette partie du corps hautement innervée et vascularisée, des risques d’infection et de tétanos, lorsqu’on suture la plaie avec la bouse de vache, des cicatrices qui rendent les accouchements difficiles et perturbent une fonction urinaire normale. Applaudissements polis. Les hommes ont l’air d’approuver, parce que le gouvernement le souhaite, mais qu’en pensent-ils vraiment ? Leurs pensées sont un continent souterrain, qui sait si bien s’arranger des exigences trop visibles des gouvernements et des désirs des bailleurs de fonds, pour qui la lutte contre l’excision est «  un indicateur positif  » de développement. Un des chefs de quartier invoque la toute- puissance de la coutume, la force des interdits qui ont marqué toute son enfance. «  Si tu passes outre, tu vas mourir.  » Ils le croyaient et le croient toujours, même si l’on s’acharne à leur démontrer qu’ils ont tort. «  On a peur quand même  », avoue l’un des grands pères de Sissamba. La mort est si fréquente dans ces sociétés rurales, comment ne pas l’expliquer comme une punition ? Car le corollaire de : «  Tu vas mourir si tu enfreins les règles  » est bien sûr : «  Tu as une chance de vivre si tu les respectes  ». Si quelqu’un a respecté les règles mais meurt quand même prématurément, une autre explication est tenue toute prête, imparable : c’est une victime des sorciers, ces êtres malfaisants qui se cachent au sein de la communauté et possèdent le mystérieux pouvoir de «  manger les âmes  ». La croyance en la sorcellerie, profondément enracinée dans les sociétés africaines, est le socle sur lequel s’appuie la pratique de l’excision. Qui dit, d’ailleurs, que l’excision peut entraîner la mort ? Les agents du gouvernement l’affirment, on les écoute, mais sans trop de conviction. Quand on demande aux vieux de Sissamba – deux mille trois cents habitants – s’ils ont jamais eu connaissance de décès de petites filles excisées, ils secouent la tête : personne n’a rien vu ni entendu de ce genre. Tout se passe toujours bien. De toute façon, on établit rarement des actes de décès, en principe obligatoires. «  Les gens ont compris l’importance de l’acte de naissance, parce qu’il permet d’obtenir des aides du gouvernement, résume un fonctionnaire. Mais l’acte de décès…  » Silence des statistiques sur ces morts de petites filles. «  Nous avons réussi à briser le tabou et à susciter une prise de conscience nationale  », affirme Mme Miriam Lamizana, la très active présidente du Comité national de lutte contre l’excision (CNLPE), qui se souvient encore des réactions lorsque le journal télévisé de 20 heures, en 1992, a présenté le fameux mannequin de plastique – représentant les parties génitales féminines – qui permet de montrer les méfaits de l’excision. La presse parle alors de «  thérapie de choc  », et le ministre concerné suggère à Mme Lamizana de «  changer de stratégie  ». «  J’ai répondu : quand il s’agit d’excision, on ne peut pas montrer les dents… «  Les réactions sont encore plus violentes quand le comité, en 1996, projette à quatre-vingts chefs coutumiers un documentaire tourné dans le sud du Nigeria, La Duperie, œuvre du Comité interafricain contre les mutilations sexuelles, où l’on assiste à l’excision d’une petite fille sur un marché, dans les pleurs et les hurlements. Avant de voir le film, les chefs râlaient : c’est une affaire de femmes, ça ne nous concerne pas ! Puis, dès les premières images de l’excision, ils se sont enfuis, ils n’ont pas supporté. A la reprise de séance, ils ont dit :  » On ne savait pas que c’était ça, l’excision « . L’un d’eux s’est même écrié :  »Les femmes sont des sorcières de faire une chose pareille ! «  Du coup, ils ont signé une déclaration d’engagement contre cette pratique.  Le même film, volontairement traumatisant, a provoqué «  un choc maximal  » quand la télévision nationale en a passé un bref extrait il y a deux ans. «  Des tas de gens m’ont téléphoné pour exiger que je fasse arrêter sur le champ la diffusion, se rappelle M. Jacob Ouedraogo, haut commissaire (préfet) de la province du Yatenga. Le lendemain, ils m’ont dit qu’ils iraient casser les installations de la télé si on s’avisait de recommencer !  » Il constate qu’après cette thérapie brutale «  les choses bougent, mais ça reste souvent émotionnel. Quand on voit des scènes horribles, on pense à son propre enfant. Ensuite, on se heurte à nouveau au mur de la croyance traditionnelle qui veut que la femme modèle soit excisée  ». M. Jacob Ouedraogo veille pourtant à ce que les filles de sa propre famille ne subissent pas l’excision, et croit à la valeur exemplaire de ce comportement. «  Je dis toujours aux gens que, s’il y a un châtiment des ancêtres, c’est moi qui serai frappé, car c’est moi qui ai pris la responsabilité, et un tel engagement a du poids, parce que j’appartiens à leur culture.  » Scolariser davantage dans les campagnes : Les «  leaders d’opinion  » ont ainsi été la cible privilégiée – avec les commissaires de police, les accoucheuses et… les exciseuses – des quelque 168 causeries, 35 séminaires de sensibilisation (dont 28 pour la seule année 1997), et 30 conférences, sans compter les émissions de radiotélévision, qui ont jalonné le travail du CNLPE. Le Burkina Faso est l’un des cinq pays d’Afrique à s’être doté d’une loi réprimant l’excision, et l’un des rares résolument engagés dans cette lutte. Il s’agit du Nigeria, du Ghana, de la Guinée, de l’Egypte et donc du Burkina, qui seront bientôt rejoints par le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Chapeauté par le ministère de l’action sociale et de la famille, le comité dispose aussi depuis 1994 de véritables moyens financiers, fournis notamment par les Pays-Bas, le Danemark, le Canada et les organismes liés aux Nations unies telle l’Unicef. Les principaux donateurs, les Pays-Bas et le Danemark, ont débloqué des sommes équivalant à 2 100 000 francs et 1 500 000 francs.  Cette activité intense suscite parfois l’agacement. «  Faut-il vraiment se concentrer à ce point sur l’excision ?  », interroge Amadou, un homme politique – du parti au pouvoir – dont ni la fille ni les nièces ne sont excisées, situation désormais commune parmi les élites urbaines. «  Il faudrait surtout scolariser davantage dans les campagnes, et l’on verrait automatiquement diminuer la pratique de l’excision.  » La scolarisation, c’est en effet là que le bât blesse : selon les chiffres officiels, 35 % seulement des garçons vont à l’école, et à peine 10 % des filles. Des chiffres faibles pour un pays de 10 millions d’habitants, à vocation essentiellement agricole, mais qui possède une université de bon niveau. Ils éclairent au moins en partie l’attachement de la population à l’excision. «  Même les intellectuels subissent la pression sociale, souligne le docteur Michel Akotionga, du CNLPE. Il y a un désir très fort de continuité, et l’excision est souvent ressentie comme une compensation à la scolarisation des filles, une barrière contre la liberté sexuelle qui risque de déstabiliser les familles.  » D’autant plus que l’école est parfois un lieu de «  séduction  », voire d’abus sexuels commis par les enseignants sur leurs élèves féminines, y compris dans le primaire. Au-delà, l’école publique a déçu les espoirs placés en elle. «  Les familles reprochent à l’école de produire des chômeurs qui méprisent le travail de la terre et vivent aux crochets de leurs parents, remarque le haut commissaire du Yatenga. C’est pourquoi, dans notre province fortement islamisée, on assiste à un grand essor des medersas, ces établissements musulmans financés par les parents, où l’on combine enseignement religieux, calcul et sciences naturelles.  » Les enseignants de ces medersas, souvent formés par des instituts d’obédience saoudienne ou koweïtienne, sont favorables à la scolarisation des filles et hostiles aux «  superstitions  » datant d’avant l’islam – l’excision est inconnue dans les pays du Golfe, sauf à Oman. Le Coran ne mentionne d’ailleurs jamais l’excision : seul un  » dit  » (hadith) controversé, attribué au Prophète, recommande que la mutilation soit la plus légère possible. La majorité des théologiens musulmans ont refusé, ces dernières années, de lui prêter une légitimité religieuse. Presque tous la désavouent, à l’exception notable de certains islamistes égyptiens qui se posent en défenseurs des professions médicales, pour lesquelles l’excision est un gagne-pain. La «  géographie de l’excision  » est loin de coïncider avec celle de l’influence de l’islam. Ainsi dans le nord du Nigeria, les Haoussas musulmans n’excisent pas leurs filles alors que cette pratique est très répandue dans le Sud chrétien. C’en était un aussi pour Mme Mariam Nebié, cinquante-quatre ans, fille et petite-fille d’exciseuses, qui exerçait encore il y a peu dans la cour de sa petite maison du quartier de Tiendpalogho, à Ouagadougou. Elle recevait par excision 1000 CFA (1,5 €) et des cadeaux en nature. Mais elle a fait un bref séjour en prison, en 1995, et se contente depuis de circoncire les garçons. La peur du gendarme a des effets dissuasifs, souligne le maréchal des logis Antoine Sanon, chargé par le CNLPE de sensibiliser policiers et militaires. En 1997, plusieurs exciseuses ont été traduites devant les tribunaux avec leurs complices, et ont récolté des peines allant jusqu’à cinq mois de prison ferme et 50000 CFA d’amende. Il insiste sur le fait qu’il n’existe pas de «  brigade anti-excision  », mais une disponibilité des forces de police à intervenir dès qu’elles sont averties. L’antenne SOS-excision créée l’an dernier a reçu une vingtaine d’appels : «  Avant, c’était impensable en Afrique de dénoncer ses voisins.  » Le code pénal burkinabé prévoit un emprisonnement de six mois à trois ans, et de cinq à dix ans si l’excision a entraîné la mort. L’une des conséquences de cette évolution est d’inciter les parents à faire exciser leurs filles de plus en plus jeunes, souvent à moins d’un an. «  Autrefois, c’était un rite de passage impliquant une initiation, avec une retraite hors du village. On y apprenait à affronter la douleur de l’accouchement et toutes les souffrances de la vie « , rappelle la sociologue Isabelle Gillette, militante du Groupe femmes pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (GAMS : 66, rue des Grands-Champs, 75020 Paris, tél : 01-43-48-10-87) et auteur d’une thèse sur la polygamie et l’excision dans l’immigration africaine en France. Mais, avec la scolarisation, dès les années 60, des filles ont commencé à fuir ou à se rebeller. Aujourd’hui, les mères disent :  » Si elle le subit bébé, elle oubliera très vite la douleur ! Les risques d’accident sont plus élevés avec de tout petits bébés, et la souffrance n’en est que plus brutale et incompréhensible pour l’enfant, puisqu’elle perd tout caractère initiatique « . Pourtant, des parents qui aiment leurs enfants persistent à les conduire à l’exciseuse, dans la clandestinité et l’angoisse d’être dénoncés. Pourquoi ? «  Certains disent que, si la fille n’est pas excisée, elle va trop aimer les hommes  », répond Mme Nébié. Cette volonté de brider la sexualité féminine arrange certes les hommes, dans une société polygame où les épouses fournissent des bras pour le travail agricole, à condition que le mari s’acquitte ponctuellement de son devoir conjugal. Mais elle apaise aussi une peur qui obsède les femmes elles-mêmes : celle de voir leur mari multiplier les aventures, oublier sa famille, délaisser ses enfants, surtout dans un univers urbain qui change les règles et brouille les pistes. La frigidité est le prix à payer individuellement pour que l’ensemble des femmes «  se tiennent tranquilles  ». Et les sages épouses burkinabé pestent contre toutes ces Togolaises et Ghanéennes qui ne jouent pas le jeu de l’excision et leur prennent leurs hommes, justement «  parce qu’elles ont une autre attitude dans la sexualité  », remarque Mme Lamizana. Il y a une seconde raison à l’excision, aussi importante aux yeux des femmes : la crainte que le clitoris puisse «  tuer l’enfant  » s’il touche sa tête lors de l’accouchement. Mme Nebié raconte qu’il n’y a pas longtemps une femme de trente ans, qui avait accouché successivement de quatre enfants mort-nés, est venue la supplier de l’exciser : elle était persuadée que son clitoris tuait ses bébés. Signe cependant d’un renversement d’attitude, le maréchal des logis Sanon a été appelé dans un village parce qu’une femme avait été excisée à quatre ou cinq mois de grossesse : cette fois, des voisins craignaient que l’excision ne provoque la mort de l’enfant. Mais que dire de cette infirmière de Ouagadougou qui, n’arrivant pas à concevoir malgré un traitement moderne contre la stérilité, se fait exciser en dernier recours, à trente ans passés… et tombe enceinte ? «  Il sera très difficile de la convaincre, soupire le docteur Akotionga, que c’est une simple coïncidence.  » Une coïncidence ? Ou la preuve que, dans la plupart des sociétés humaines, le corps est soumis à un «  marquage symbolique  » qui l’influence secrètement et signe l’appartenance à une communauté. Il n’est pas facile d’y renoncer, même pour se sentir plus libre. Les patriarches de Sissamba admettent que certaines coutumes qui avaient jadis force de loi, comme les scarifications faciales, sont tombées en désuétude : «  Si la coutume a évolué sur ces points, elle peut changer aussi sur l’excision.  » Mais cela demandera plus de temps, parce que l’excision touche cette ultime frontière inscrite en chacun : celle d’une identité sexuelle fragile dans un monde mouvant où les femmes s’affirment davantage, et où les hommes, parfois, se sentent menacés. Ne voit-on pas de brillantes étudiantes de Ouagadougou refuser de faire un troisième cycle pour ne pas intimider les époux potentiels ?  L’excision n’est donc pas seulement la survivance d’un mode de pensée «  archaïque  ». Elle est aussi une réponse, violente et illusoire, à des questions conflictuelles suscitées par le monde moderne : comment contrôler la sexualité de nos enfants ? Quel équilibre désormais entre hommes et femmes ? Entre individu et communauté ? Les habitants du Yatenga ne vivent pas en vase clos. Beaucoup ont voyagé, dans leur pays ou en Afrique de l’Ouest. Ils sont souvent conscients de la relativité des coutumes, comparent volontiers les différents systèmes de mariage, de dot, de filiation. Mais ils vivent aussi dans un univers où les décrets de la terre et du ciel pèsent bien plus lourd que ceux de l’Etat. Où l’on attend avec anxiété le retour des pluies. Où l’on se demande comment échapper à la disette lorsque, comme cet hiver, les récoltes étaient maigres. Et où rien n’est plus important que de mettre des enfants au monde, puis de les maintenir en vie, afin que ne se rompe jamais le fil qui relie aux ancêtres. Précisions apportées par l’auteur : On distingue plusieurs formes d’excision. L’infibulation, pratiquée surtout dans la corne de l’Afrique, impose aussi la suppression des grandes lèvres et la fermeture presque complète de la vulve, «  cousue  » avec des épines.

Article issu du  » Monde Diplomatique « , écrit par Joëlle Stolz, journaliste Un article sur le thème  » comment l’excision recule au Burkina Faso « 

Pour quelques jours, c’est encore la saison sèche au Burkina Faso. Bientôt, on ne passera plus à Bissiri, petit village de brousse situé à une cinquantaine de kilomètres de Ouagadougou, la capitale. Une trentaine de maisons en briques, éparpillées sur plusieurs mètres carrés, parfois précédées d’une cour fermée par un mur. Sous un gros arbre, une cinquantaine de personnes attendent. Membre du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), Mme Aminata Ouedraogo se réjouit : «  Ils sont motivés, c’est déjà ça.  » Le sont-ils par l’intérêt supposé de ce qu’on va leur dire ? Par la perspective d’une distraction ? Par le défraiement que les chefs reçoivent ? En tout cas, ils sont là, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Avec trois collègues du CNLPE, Mme Ouedraogo est venue animer une des dernières «  causeries éducatives  » de la saison. Leur relais sur place, un jeune garçon d’une vingtaine d’années, vêtu d’une chemise en tissu imprimé reproduisant l’affiche de la Journée internationale de la femme, commence un discours en Mooré, seule langue que tous comprennent. Pendant dix minutes, il parle d’un ton monocorde. Mme Ouedraogo marmonne : «  Ça ne va pas.  » Elle se lève, et renvoie le jeune à sa place. Le public attend. Et c’est un feu d’artifice. Elle mime, saute d’un pied sur l’autre, va vers les femmes, se tourne vers les hommes, pose des questions, fait participer les uns, puis les autres. Elle tire la langue. «  Vous savez à quoi ça sert, ça ?  » Certains répondent. «  A manger.  » «  A lécher  » (ricanements). «  A goûter.  » «  Voilà, à goûter ; ça sert à sentir ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. On ne vous l’a pas coupée, la langue ? Vous l’avez toujours ?  » Acquiescement. «  Alors pourquoi, plus bas, on coupe ?  » Hurlements de rires. Mais hurlements qui oscillent, puis s’arrêtent, le temps que la remarque fasse son chemin. La partie est gagnée : pendant une heure, Mme Ouedraogo va développer les arguments contre l’excision, les relier aux droits fondamentaux, mettre en parallèle les différentes coutumes en montrant qu’il n’y a là rien d’universel, démonter l’argument religieux, prendre l’Europe en exemple pour prouver que des femmes non excisées peuvent aussi bien accoucher et se marier que les autres… Depuis novembre 1996 (lire «  Un des combats de Thomas Sankara « ), l’excision est interdite au Burkina Faso, sa pratique sanctionnée par le code pénal. Et, plus étonnant, la loi y est appliquée. A Kogolonaba, dans un quartier excentré de Ouagadougou, se trouvent les locaux du CNLPE. Rien n’y sent la richesse, sinon quelques lourds véhicules 4 x 4 blancs frappés du logo du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Bureaux surpeuplés, peinture qui s’écaille, couloirs encombrés de sacs de ciment. Quelques ordinateurs seulement trônent sur les tables. Il est interdit, vu le coût de la communication, d’appeler vers un téléphone portable depuis le bureau. Au mur sont punaisées des affiches contre l’excision, naïves, cruelles et crues. Ici, une jeune femme, entourée de masques africains, tient ses mains devant son sexe, conque noire d’où sourdent quelques gouttes rouges de sang. Le slogan s’étale : «  Dites non à la pratique de l’excision !  » Là, une poignée d’hommes et de femmes, fonctionnaires, tentent de lutter contre le mal. Des convaincus, des militants. Sans nuances. Pas de considération multiculturelle ici, pas de réévaluation du poids des traditions. Un mot d’ordre, un seul : faire reculer la pratique. Sociologues, chercheurs, agents publics s’y retrouvent. Depuis 1990, quarante-cinq comités provinciaux de lutte contre la pratique de l’excision (CPLPE) agissent, multipliant les déplacements sur le terrain. Car le vrai, le premier problème est l’information : aller dire dans chaque village que tout a changé, que ce qui était permis hier est interdit aujourd’hui. Il faut se représenter le Burkina Faso, l’un des pays les plus pauvres du monde (1), vaste étendue de terres souvent arides située en pleine zone sahélienne, vivant mal d’une économie essentiellement paysanne, aux mains d’un régime politique qui oscille entre arrangements avec la démocratie et périodes de durcissement. Soixante ethnies y cohabitent, qui parlent des langues différentes, avec un taux d’alphabétisation très bas (2). Quatre-vingt-cinq pour cent des habitants vivent à la campagne. Les villages sont éparpillés dans la plaine, souvent éloignés les uns des autres ; les routes goudronnées sont rares et la saison des pluies isole certaines régions pendant des mois. La première difficulté consiste à vaincre l’éloignement, les kilomètres de piste, la boue laissée par la pluie, le manque de véhicules, de haut-parleurs, même de piles pour les magnétophones… A Béré, un petit village de la province du Bazéga, une association locale, Mwangaza Action, anime une journée d’ateliers à destination des chefs coutumiers. De longues heures de travail commencent, décomposées en modules très précis. Il faut amener les intéressés à comprendre d’eux-mêmes l’absurdité de leurs positions plutôt que de leur imposer de prétendues évidences. «  La loi, c’est bien, affirme ainsi M. Roger Belensigri, sociologue travaillant à Béré. Mais ça ne sert à rien tant que les gens ne sont pas convaincus.  » Commence alors une longue suite d’exposés, dans la salle de réunion du village. Fine, habillée d’une belle robe bleue, montée sur des talons aiguilles blancs, Mme Amila Tapsora, membre de Mwangaza, déroule le programme en moré. Les panneaux sont écrits à la main sur du papier kraft, le ruban adhésif est parcimonieusement utilisé. Les chefs sont plus ou moins attentifs. L’un d’eux s’endort. Deux jeunes rient dans leur coin. La séance s’ouvre par une heure de cours sur les organes génitaux féminins, accompagnée de dessins au réalisme assez cru. Impassible, Mme Tapsora montre, avec une règle, de quoi il s’agit, après avoir demandé à deux volontaires de préciser ce qu’ils connaissent desdits organes. Pour ce qui est de l’externe, ils s’en sortent à peu près. Mais les détails plus internes et les subtilités de la reproduction leur sont inconnus ou à peu près. Ricanements et plaisanteries sont légion pendant cette étape. Puis, insensiblement, l’étau se resserre. Que savent-ils de l’excision ? Que savent-ils du pourquoi de l’excision ? Quel est, selon eux, le discours de la religion sur l’excision ? Les coutumes, les prétextes sont décortiqués, les certitudes de plus en plus ébranlées. Quand la journée s’achève, tout le monde est visiblement fatigué. Un homme a protesté parce que c’était le jour de la fête du Mouloud (qui célèbre la naissance du prophète Mahomet), et qu’on l’attendait chez lui. Un autre est parti. Mais plusieurs ont manifesté de l’intérêt, et aucun n’a violemment rejeté ce qui se disait, comme cela s’était parfois produit dans le nord du pays. Qu’en restera-t-il ? Le soir, les animateurs font le point. M. Belensigri y croit, Mme Séverine Zongo, sa collègue, exprime des doutes. Cela fait plusieurs mois déjà qu’ils sont là, et ils resteront encore six mois sur place. Elle énumère les difficultés auxquelles ils se heurtent : manque de moyens face à des demandes en augmentation, pesanteurs sociologiques, clandestinité grandissante… «  Le vrai pari, c’est d’arriver à convaincre les chefs coutumiers, explique M. Drissa Sawadogo du bureau des affaires sociales de la province du Bazéga. Ils ont peur que cela sape leur influence, ce que confirme souvent à leurs yeux la désinvolture des jeunes.  » Détenteurs d’un vrai pouvoir dans les villages, ils ont une influence supérieure même à celle des chefs religieux. Certains se sont déjà laissé convaincre. Les gens présents à Béré se souviennent de la triomphale journée du 3 mai 2003, quand vingt-trois villages ont, ensemble, fait une déclaration commune d’abandon de la pratique de l’excision. Cinq mille personnes assistaient à la cérémonie, recouvrant comme une armée la place du village. Depuis des mois (de décembre 2000 à mars 2002, avec une interruption due à la saison des pluies), Béré, Bindé et d’autres villages avaient suivi un programme d’information et de sensibilisation qui abordait droits humains, planning familial, condition de la femme… Ce fut jour de fête. La télévision et la presse du pays (qui, la plupart du temps, ne se déplace pour un reportage que s’il y a une rémunération en perspective) étaient là. Une tribune était dressée pour l’occasion. Il faisait chaud, mais on avait sorti les plus beaux costumes. Une femme est montée à la tribune. Elle a lu la déclaration : «  Nous pratiquions l’excision parce que nous pensions que c’était une bonne chose pour nos enfants, parce que nous étions analphabètes, parce que nous ignorions les conséquences d’une telle pratique sur la santé, parce que nous ignorions que tout être humain a des droits, comme celui de disposer de son corps.  » Le message est clair : c’est de l’ignorance que naît l’obscurité, c’est par l’éducation que viendra la lumière. Nord du pays, province d’Oudalan. M. Karamoko Traoré est chef coutumier. La cinquantaine, quelques boucles grises dans une barbe courte, la tête ceinte d’un chapeau traditionnel, le boubou bleu et blanc. Toute cette agitation autour de l’excision l’amuserait presque. «  On a toujours excisé. C’est la tradition. Pourquoi faudrait-il changer ? Si on ne les opère pas, les filles courent partout. Pour qu’elles arrivent vierges au mariage, il faut qu’elles soient excisées. Et c’est plus hygiénique. Dans le village de mon beau-frère, il y a des femmes qui ne sont pas excisées. Elles sont folles.  » Folles comment ? Il sourit, mais ne répond pas. «  Nous avons toujours eu du plaisir avec nos femmes. Aujourd’hui, les jeunes ne respectent plus nos coutumes. C’est pour ça qu’il y a le sida, que le divorce augmente et la prostitution aussi. Les premiers musulmans se cachaient pour prier, et ils ont fini par gagner. Ce sera pareil pour ceux qu’on oblige à exciser en cachette. Moi, j’ai voulu que mes filles soient excisées. J’ai fait mon devoir. A elles de faire le leur.  »

Ces arguments peuvent se multiplier. Ainsi entend-on dire que le clitoris contient des vers (confusion souvent faite avec les sécrétions vaginales liées à une mauvaise hygiène intime), qu’il rendrait l’homme impuissant, que le fait que la tête du bébé le touche le tuerait à la naissance… Plus sérieuse est l’idée de l’initiation, l’excision faisant souvent partie d’un rite. Mais que signifie ce rite quand on mutile les enfants de plus en plus jeunes, parfois à quelques mois seulement ? Evoquer la perte du plaisir se révèle en revanche inutile, comme le constate le sociologue Zachari Congo. «  La plupart des femmes excisées l’ont été vierges, et elles ont du mal à réaliser ce qu’elles ont éventuellement perdu. Pour lutter, il vaut beaucoup mieux mettre en avant les arguments sanitaires. On peut concevoir de renoncer à exciser pour faciliter l’arrivée d’un enfant. Pas pour que les femmes augmentent leur plaisir sexuel.  » Souvent, c’est la crainte d’obéir «  au Blanc  » qui se manifeste. Le journaliste Boubacar Traoré écrit ainsi dans un édito intitulé «  Ne condamnez pas l’excision (3)  » : «  A bien des égards, le combat contre l’excision témoigne également d’un fulgurant choc des cultures. Comment expliquer à une vieille exciseuse du Mali, dont les compétences ont été transmises par sa mère, qui les tenait de sa mère, que son activité est aujourd’hui un crime ? Il est des pratiques qui peuvent nous paraître, avec une vision occidentale, pour le moins sauvages, mais qui s’inscrivent en d’autres lieux comme un rite banal. Toutes proportions gardées, vous trouverez plus d’un Africain scandalisé de voir que beaucoup d’Occidentaux n’hésitent pas à se débarrasser de leurs propres parents, une fois qu’ils sont devenus vieux, pour les placer à l’hospice.  » L’éducation a dû s’appuyer sur sa vieille compagne, la répression. Depuis novembre 1996, une loi condamne l’excision. Elle prévoit des peines d’emprisonnement de six mois à trois ans pour les exciseuses, et de cinq à dix ans en cas de mort de la victime, plus une amende de 150 000 à 900 000 francs CFA (de 229 à 1 372 euros). Pour les médecins, c’est le maximum de la peine et l’interdiction d’exercer pendant cinq ans. Ceux qui souhaitent alerter ont à leur disposition un numéro vert, le 80-00-11-12, celui de SOS-Excision. «  Sans ça, même le coût de la communication pouvait dissuader les gens.  » C’est ce numéro qui sonne sur le bureau du gendarme Antoine Sarron. Cette fois, un voisin signale qu’une excision se prépare dans une cour, zone de Tampoui, à Ouagadougou. Avec deux autres agents, M. Sarron monte dans la voiture de la gendarmerie et démarre. Tampoui : un de ces quartiers pauvres comme il y en a de plus en plus autour de Ouagadougou, même si pointent au loin les constructions de «  Ouaga 2000  », la nouvelle ville «  à la Brasilia  » qui se bâtit. Une rue non bitumée d’où s’envole la poussière dès qu’un véhicule passe, des mendiants qui dorment à même le sol, un canal pour l’écoulement des eaux, des boutiques qui vendent de tout, des «  maquis  », petits restaurants populaires à l’intérieur desquels grésillent des abats de mouton. La voiture s’arrête devant une maison, provoquant tout de suite un attroupement. Le gendarme sort et frappe. Aussitôt, remue-ménage dans la rue, plus curieux qu’agressif. Tant mieux. Plus ils seront nombreux à voir et à entendre, plus le message portera. Une femme vient ouvrir. Sait-elle de quoi il s’agit ? Dans son œil passe la vieille lueur de ceux qui attendent la police et espèrent bien la gruger. «  Bonjour. Je suis gendarme. Nous avons reçu un coup de fil nous prévenant qu’il allait y avoir une excision.  » Silence. Un homme arrive. «  Une excision ? Ici ? Non.  » M. Sarron a déjà compris qu’il est à la bonne adresse. Les dénégations de l’homme sont à la fois trop fortes et pas assez convaincantes. Il pénètre dans la cour avec les deux autres gendarmes. Deux petites filles y jouent. Laquelle des deux doit être opérée ? Les deux, peut-être… Il est encore temps d’empêcher la chose. Lui aussi, il explique. Il rappelle que l’excision est prohibée, essaie de justifier le pourquoi de l’interdit. En face, sans avouer, la maisonnée ne nie même plus. Après une heure de discussion, M. Sarron repart. A-t-il convaincu ? Il l’ignore. Mais il préfère prévenir que réprimer. «  Maintenant, ils savent. J’espère que le message va passer. Beaucoup d’excisions ont encore lieu parce que les gens sont ignorants. S’ils le font quand même, on le saura. Et, du coup, je devrai sévir.  » En province, c’est la brigade de gendarmerie locale qui se rend sur place. Mais ils sont encore quelques-uns, trop, à passer outre. Même en ville. Ouagadougou a été bouleversée, il y a deux ans, par l’arrestation et la condamnation d’une certaine «  dame Barry  ». Le 15 août 2004, elle et treize de ses complices étaient arrêtés dans le quartier de Tanghin, en pleine ville. Seize fillettes venaient d’être excisées, toutes avec la même et unique lame. «  Dame Barry  », 70 ans, avait déjà été incarcéré quatre fois pour excision. Elle prenait 250 francs CFA (38 centimes d’euros) par opération. Cette fois, elle a écopé de six ans de prison. Peu après, le 16 août 2004, on découvrait cinq victimes à Massé, dont l’une, âgée de 2 ans, devait décéder. Le grand-père avait sollicité l’excision. L’exciseuse, une nommée Bila Kaboré, avait pourtant été sensibilisée et avait juré d’arrêter. Un mois plus tard, en septembre 2004, dans la province du Nahui, c’est une fillette elle-même qui demandait à se faire exciser parce que ses copines se moquaient d’elles. Là encore, l’exciseur avait déposé ses couteaux, mais les fétiches lui avaient dit qu’il mourrait dans l’année s’il ne le faisait pas. L’inévitable danger lié à toute prohibition se développe, à savoir le refuge dans la clandestinité. On excise en cachette, on excise de plus en plus tôt, des fillettes de quelques jours parfois, parce que c’est plus facile. Régulièrement, les gens des villes vont à la campagne, où l’on voit parfois de somptueux véhicules tout-terrain s’arrêter devant la porte d’une exciseuse. Des parents vont au Mali ou au Ghana, où aucune loi n’interdit la pratique. Il n’y a pas encore eu de condamnations prononcées pour des excisions faites à l’étranger. L’hygiène y est encore plus improbable, les tarifs augmentent. Dans quelle proportion ? Difficile de le savoir. Les «  poches de résistance  » sont encore nombreuses. Seize provinces sont toujours identifiées comme étant à forte prévalence. Pour les exciseuses, qui se transmettent leur charge de mère en fille, le métier devient de plus en plus rentable en raison de la clandestinité. «  J’ai observé ma grand-mère pendant dix ans, puis j’ai pris le relais, explique une femme de Markoye, dans la province d’Oudalan. J’ai excisé de 22 à 46 ans. J’étais contactée par les mères. J’ai arrêté le jour où une petite fille a failli mourir.  » Certaines pourtant abandonnent, et on commence dans certains pays, dont le Burkina, à voir des exciseuses arrêter. Mais que faire ensuite de ces femmes, dont on a confisqué le gagne-pain ? Un débat s’est ouvert sur la nécessité pour l’Etat de leur procurer un travail de substitution (4). Présidente du CNLPE, Mme Félicité Bassolé s’oppose à cette solution. Elle y voit à la fois une légitimation de leur activité antérieure et l’occasion pour elles de faire du chantage si ce qu’on leur propose en échange ne leur convient finalement pas. «  Je ne veux pas les reconvertir car les reconvertir, c’est aussi les reconnaître  », proteste Mme Bassolé. Beaucoup reste à faire. Certes, le CNLPE n’est pas un outil parfait. Bien que dénué de moyens, sans toujours le réel pouvoir d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé, impuissant à juguler la montée des excisions clandestines, il a obtenu des résultats. Ainsi une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) constatait-elle, en 2001, à la fois le maintien de la pratique dans quatorze provinces burkinabé sur quarante-cinq, et sa diminution le long de l’échelle des âges ; 75,4 % des femmes de plus de 20 ans étaient excisées, taux qui est tombé à 43,6 % pour les filles entre 11 et 20 ans, et à 16,3 % pour celles entre 5 et 10 ans ; 58,72 % des femmes musulmanes l’étaient. L’information sur place a grandement progressé. 90 % de la population savent désormais que la loi existe. Ceux qui la transgressent ne peuvent donc ignorer ce qu’ils font. Et ce qu’ils risquent. Selon un rapport du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) sur l’excision, trois millions de femmes africaines sont mutilées chaque année. Dans la lutte contre cette pratique, essentiellement rituelle et coutumière, il existe toutefois, depuis longtemps, un précurseur : le Burkina Faso. D’autres suivent. Ainsi, le 12 mars, des femmes représentant cinquante-neuf villages – cinquante-deux sénégalais et sept maliens – ont officiellement procédé à une déclaration publique d’abandon des mutilations sexuelles. Plus largement, seule l’instauration d’un environnement socio-économique et éducatif favorable à l’émancipation des femmes peut faire évoluer la situation…

(1) Le Burkina est classé 175e sur l’échelle du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui compte cent soixante-dix-sept pays.

(2) 8,1 % des femmes de plus de 15 ans et 18,5 % des hommes de plus de 15 ans seraient alphabétisés selon le PNUD. (3) Afrik.com, 18 février 2003 : www.afrik.com/articl e5691.html 

(4) En Guinée, certaines exciseuses ont menacé de reprendre leur activité si elles n’étaient pas mieux subventionnées, et des jeunes n’ayant jamais pratiqué se sont déclarées comme exciseuses abandonnant le métier pour avoir droit à ce travail de remplacement. Voir aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de novembre 2006.

Par Hubert Prolongeau, journaliste, auteur de Victoire sur l’excision 

Burkina Faso : pourquoi les exciseuses ne déposent pas les couteaux ?

Une enquête réalisée par Afrik.com à l’occasion de la journée mondiale pour la lutte contre les mutilations génitales féminines

Le Burkina Faso hésite de moins en moins à emprisonner les exciseuses récidivistes. Une profession qu’elles exercent par respect de la tradition, mais aussi en raison de la pression sociale et parce que les peines encourues ne sont pas assez dissuasives. Des problèmes que résolvent partiellement la sensibilisation et la reconversion des exciseuses. 

Mardi 6 février 2007, par Habibou Bangre : 

«  Je ne comprends pas ce qui m’est arrivé. Je ne comprends pas pourquoi j’ai recommencé. C’est un peu comme si c’était une fatalité. Je demande pardon et je ne recommencerai plus  », affirme, Talato Diallo, qui a pris six mois de prison ferme pour excision. C’est la deuxième fois que cette Burkinabè de 57 ans est détenue à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou pour ce motif. «  Ce n’est pas que j’ai oublié mon premier passage en prison, mais la pression sociale m’a poussée à recommencer  », poursuit-elle. 

Pression passive du village

L’excision suit en effet la règle de l’offre et de la demande, ou plutôt de la demande et de l’offre. Tant qu’il y a des parents qui veulent faire exciser leur fille, les exciseuses peinent à déposer les couteaux. Parfois de gré, pour respecter coûte que coûte la tradition, parfois de force. «  Il existe une pression passive du village qui la nourrit, la loge et lui fait du chantage en lui disant que si elle n’excise pas, elle aura des problèmes  », confie une source proche du dossier. «  Les exciseuses étant au sein d’une communauté, on les menace de les excommunier  », ajoute Alphonsine Sawadogo, chef du service coordination et appui au Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE).  Un risque que ne peuvent courir ces vieilles femmes, à qui il ne reste plus grand-chose et pas de famille pour les soutenir. La pression est particulièrement forte pour les exciseuses renommées et forcément âgées. «  Beaucoup ne veulent pas faire exciser leur enfant par des néophytes, alors ils préfèrent se tourner les femmes âgées, parce qu’on se dit qu’elles « ont la main »  », commente Adama Sagnon, procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Ouagadougou. La cote des vieilles femmes ne tient pas compte de la baisse de leur acuité visuelle qui conduit parfois à une boucherie mortelle. 

Peines minimes = récidive

Dans ce contexte, la justice burkinabè a durci le traitement dans ces affaires. «  Dans un premier temps, pour sensibiliser, on fait tout pour donner du sursis, concède Adama Sagnon. Avant que les exciseuses ne partent, nous leur expliquons que si elles recommencent, elles purgeront leur peine. Mais, avec la pression du CNLPE, il y a plus de peines fermes que de peines avec sursis qu’avant.  » Notre source anonyme fait une autre lecture de la situation : «  Une fois qu’on arrête la personne, on la défère à la maison d’arrêt. Elle fait un mois de prison et ressort parce que les gens craignent que les femmes décèdent en prison. Parfois, le dossier reste bloqué à la gendarmerie et comme les exciseuses ne sont pas sanctionnées, elles recommencent. Je dirais que dans 80% des cas il n’y a jamais eu de vraies condamnations  ». Le CNLPE fait le même constat et se plaint des répercussions sur leurs actions. «  Nous rencontrons des problèmes quant à la relaxation des exciseuses trop vieilles et des peines avec sursis qui sont mal comprises : pour les exciseuses, cela équivaut à une relaxe et une autorisation pour recommencer. Alors elles nous narguent car elles se disent qu’elles s’en tirent à bon compte  », commente Alphonsine Sawadogo.  Pour cette responsable, «  il faudrait revoir les condamnations et mettre l’accent sur les parents  ». Actuellement, c’est l’exciseuse qui est la plus durement punie car c’est elle qui conduit l’acte. «  Si l’on veut être rigoureux, il faut poursuivre les deux parents. Mais si la peine de l’acteur principal est la même que pour les parents, avec qui va rester l’enfant ?  » Interroge Adama Sagnon, qui a vu passer en 2006 une vingtaine d’affaires, dans lesquelles cinq ou six personnes étaient impliquées. 

Difficile reconversion

Autre dilemme : la reconversion des exciseuses, qui leur permettrait de se détacher des quelques milliers de francs CFA que leur rapporte chaque opération. «  Certains donnent de l’argent aux exciseuses pour qu’elles montent des AGR (activités génératrices de revenu, ndlr), mais il ne faudrait pas que cela finisse en chantage, avertit Alphonsine Sawadogo. La sensibilisation se poursuit en prison et lorsque les exciseuses sortent, si elles le veulent, nous les amenons à s’organiser en association ou à en intégrer qui existent déjà pour monter des AGR. Nous ne voulons pas donner des activités gratuitement.  »  L’exercice d’une AGR, qui ne concerne que les femmes suffisamment en forme, n’empêche pas les récidives. Mais pour Talato Diallo, incarcérée à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, l’excision, c’est de l’histoire ancienne. Elle assure que, cette fois-ci, elle ne cédera pas à ceux qui l’ont choyée pour qu’elle «  coupe  » de nouveau. «  Ce qui me fait le plus mal, c’est que mon fils n’arrive plus à se consacrer à son travail parce qu’il vient me voir toutes les deux semaines pour m’apporter le nécessaire  », explique-t-elle. Comment la native du village de Barkounba (Centre-Nord) est-elle aussi certaine de résister à la pression sociale ? «  Dieu seul sait la rancœur que je nourris pour ceux qui m’ont poussée à recommencer, mais je ne livrerais jamais bataille contre eux. Je n’ai pas besoin de l’excision pour vivre car j’ai beaucoup de qualités en médecine traditionnelle  », raconte la vieille femme. Une chose est sûre, elle n’entend pas faire profiter de ses soins au groupe qui l’a incité au crime. 



Quelques exemples d’actions ou de combats de femmes regroupées…
4 juin, 2010, 20:36
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Par exemple l’Association des Femmes Burkinabé de Ouahigouya : 

L’Association des Femmes Burkinabé de Ouahigouya (AFBO) est présidée depuis peu par Mme Madina. En compagnie de Mme Touré Fatimata, gestionnaire et secrétaire générale de l’association, et de Mme Cissé Sakétou, vice-présidente, elle nous a reçues avec peu d’enthousiasme à la Maison de la Femme, siège social de l’association, dans une grande salle qui fait office de salle de réunion et de lieu de formation. C’est également dans ce local, construit grâce au soutien de la coopération suisse, que sont exposés et vendus les batiks, les bijoux, les tissus… tous les produits réalisés par les membres de l’association. Derrière les femmes, l’organigramme de l’association présente toutes leurs activités et des affiches exposent les devises et principes de l’association. Origine :  combatsfemmes12.jpg

Créée en mars 1977 à l’initiative de trois institutrices (Madeleine Barry, Maïmouna Traoet et Fanta Ouedraogo), l’AFBO compte aujourd’hui plus de 3200 adhérents et environ 500 sympathisants. Le bureau exécutif compte une quinzaine de membres et le secrétariat permanent cinq. Dès le début, l’association a bénéficié d’un partenariat avec le  » Groupement de Femmes de Vence « , dans le cadre d’un jumelage Vence-Ouahigouya. L’idée de base était de réduire le taux d’analphabétisme chez les femmes afin de faciliter et de renforcer leur accès à l’information, et ainsi d’améliorer leurs conditions de vie et de  » promouvoir leur épanouissement « . L’AFBO se dit donc être  » une association de femmes qui œuvrent pour leur propre développement. »Objectifs : 

L’AFBO intervient dans la région du Yatenga et du Zondoma et fait de l’éducation des combatsfemmes2.jpgjeunes filles et des femmes sa priorité. Ses objectifs premiers sont l’autopromotion de la femme et de la jeune fille et la recherche du mieux-être social de la femme.

Activités :

Accès à l’eau : Avec l’appui du Groupement des Femmes de Vence-Ouahigouya, l’AFBO a pu construire des puits dans 9 villages. 

Education : l’AFBO a créé une garderie et une école primaire à Ouahigouya ainsi qu’une école rurale à Basse Néré.

Alphabétisation : l’association organise des séances d’alphabétisation en langue nationale pour les femmes adultes. Trente-trois centres ont ainsi été ouverts cette année. Des animatrices, employées par l’AFBO, travaillent sur place en permanence et des superviseuses sillonnent la région pour assurer un suivi des actions. En 2001, au Burkina Faso, 95% des femmes rurales étaient analphabètes.

Information et sensibilisation : l’AFBO organise des causeries-débats par l’intermédiaire de ses animatrices de terrain pour diffuser des informations sur la vie familiale, l’hygiène sanitaire et environnementale, les problèmes de santé publique (MST, excision, malnutrition infantile…), la gestion de trousses pharmaceutiques, le code des personnes et de la famille… Des séminaires sont organisés sur le rôle de la femme dans le développement, les droits des personnes et des familles…

Promotion socio-économique des femmes : des jeunes filles sont formées à des activités génératrices de revenus et les membres de l’association aident à développer certaines activités de soutien au développement dans les villages (maraîchage, banque de céréales, gestion de moulins, reboisement…)

Publication d’un journal trimestriel :  » Regards de Femmes  » est rédigé et imprimé en collaboration avec la municipalité de Chambéry. Fonctionnement et financement :

L’AFBO compte 18 groupements de femmes. Elle fonctionne grâce aux cotisations de ses membres, à la vente des produits qu’elle réalise (batik, arachide caramélisée, bijoux, sculptures, nappes, vêtements, paniers…), aux revenus du restaurant, et surtout grâce à des dons et subventions (Coopération suisse, association Chambéry-Ouahigouya, Groupement des Femmes de Vence-Ouahigouya…).  Un triple jumelage réussi : Appui du jumelage triangulaire entre Vence – Lanhstein – Ouahigouya : Construction de banque à céréales, construction de l’école maternelle, construction restaurant  » la Paysanne « , implantation de moulins à grains 

  • Appui du groupe des femmes de Vence : 

Fonctionnement de la maison de la femme ; formation, création et approvisionnement des trousses pharmaceutiques dans 36 villages ; réalisation de puits à grand diamètre dans 8 villages et le 9ème (en cours) ; construction des centres d’alphabétisation dans les villages Equipement des périmètres maraîchers (grillages, arrosoirs, poulies, etc.) ; appui à la formation des teinturières au Mali ; dons de laines, livres pour les membres de l’AFBO ; approvisionnement des banques à céréales ; appui en fournitures d’école et sacs d’écoliers pour les enfants démunis 

  • Appui de Lanhstein : 

En cours de mise en place : petit crédit pour les femmes.

Femmes d’aujourd’hui et de demain : 

Pour les femmes du bureau de l’AFBO,  » tout est à la charge des femmes « , et notamment l’éducation et l’alimentation des enfants. Elles estiment que  » les hommes participent moins.  » Mais depuis la création de l’association, elles peuvent observer des changements dans les comportements et les mentalités. La nouvelle génération de femmes a davantage conscience des dangers et des difficultés des grossesses à répétition. S’il était difficile, au début, de faire passer un message sur la planification familiale et la limitation du nombre d’enfants par femme, il semble qu’aujourd’hui, hommes et femmes réalisent l’intérêt des méthodes contraceptives pour améliorer les conditions de vie de tous.  Cette page a été réalisée par les membres de l’association  » Courants de Femmes «  . Mail : afbo@fasonet.bf 

Femmes du Burkina Faso, la vérité te rendra libre Un article écrit par une communauté de femmes. La syntaxe d’origine a été respectée

La vérité te rendra libre, dit-on dans la bible. La femme burkinabé connaît-elle la vérité ? Est-elle prête à assumer les responsabilités de cette vérité ? Le Burkina Faso, pays des Hommes Intègres est habité par des femmes dignes, respectables, aimables et honorables. Sont-elles capables de défendre leur liberté ? 

De quelle liberté parlons-nous ? Ne dit-on pas que la liberté se mérité, se défend et s’obtient à la sueur du front ?  Nos braves femmes de l’histoire du Burkina constituent une référence pour la femme burkinabé de ce siècle. Elles qui défiaient les Hommes, elles qui commandaient des troupes, elles qui étaient des chefs de guerre, elles qui étaient l’espoir et la chance de tout un peuple je veux parler de Yennega et Guimbi, elles qui étaient des femmes libres et restent un exemple indélébile de liberté et d’indépendance de la femme burkinabé.  Que font les femmes burkinabé de ce siècle ? Sont-elles des Yennenga ou des Guimbi ? Non pas vraiment.  Parce qu’elles ont choisi la voie de la facilité, de la prostitution silencieuse et de la recherche du gain facile. Elles attendent un homme qui a une situation stable. Pourtant elles devaient se battre au coté des hommes et même à les commander aux champs de combat (La vie). Aujourd’hui, les jeunes filles burkinabé semblent ignorer cette valeur de la femme burkinabé. Un héritage à assumer, un patrimoine à exploiter, une chance pour revendiquer ses droits les plus élémentaires. Notre guerre de ce siècle s’appelle misère, pauvreté et exclusion. Pourtant les filles burkinabé de nos jours se sentent faibles devant ces fléaux. Elles se laissent envahir par le virus du mal, le besoin de la facilité et l’envie de ressembler, mais pas celle de la liberté et de l’indépendance. Alors, elles attendent une victoire inconnue, un espoir perdu, une situation stable qui s’échappe d’homme en homme jusqu’à la ménopause.  Aujourd’hui, la jeunesse féminine burkinabé n’est pas prête à assumer ses responsabilités et à défendre ses droits et devoirs devant les hommes et les fléaux qui nous envahissent. 

Elle s’abandonne, elle manque de confiance en elle et elle attend. Elle attend le vide, l’espoir inconnu, la victoire incertaine. Elle regarde l’horizon comme s’il était à portée de main. Elle attend la victoire comme s’elle devait arriver avec le jour. Elle attend l’homme à la situation stable au lieu de défendre ses droits pour aller l’acquérir. Comme si cet homme était le soleil, et elle, la terre qui attend son tour à la prochaine révolution terrestre pour bénéficier de la lumière vainqueur des ténèbres.  Alors nos sœurs burkinabé pour la grande majorité, attendent que le soleil se lève dans un monde ou la nuit et le jour sont confondus.  Elles attendent des hommes à situation stable pour croire au mariage et au miracle de l’AMOUR. Ce cadeau tant sacré qui est devenue une source de marchandises, de spéculation et de ventilation de virus mortel. Elles restent dans leur soif à attendre jusqu’au jour qu’un irresponsable infidèle leur puise pour satisfaire son libido aux grands risques de leur inséminer le virus du SIDA.  De l’homme stable à l’Amour réel, elle reste dans un besoin d’argent quotidien qui n’attend personne. Ce besoin est impératif et s’exécute quelles que soient les conséquences. Le pire est l’expansion du virus redoutable dont le taux d’incidence ne fait que grimper dans le pays des Hommes intègres. Cette augmentation du taux d’incidence est liée à une fuite de responsabilités communes mais surtout de celles de nos sœurs qui veulent profiter sans se battre. Même s’il existe d’autres voient d’infestation et de contamination, la voie sexuelle reste la voie principale pour donner la chance à des voies secondaires de propager ce mal de ce siècle.  La guerre de ce siècle est aussi maladie alors, et mérite une grande attention de nos sœurs. 

En se disant que tous les hommes sont pareils,  En se disant que tous les hommes sont mauvais, nos sœurs s’éloignent de l’idéal de la digne femmes burkinabé. Sucer les hommes, ignorer l’AMOUR tout en voulant le mariage est une forme d’esclavage de la femme : c’est la prostitution silencieuse…  La femme burkinabé libre est celle qui est à l’image d’une femme digne, une femme responsable.  Attendre que l’homme vienne vers vous, être à la hauteur de la faiblesse ne mérite pas le respect et vous condamne à l’esclavage. Un homme qui nourrit, loge et habille une femme à toutes les chances de la malmener, maltraiter et l’expulser par la suite. De toutes les façons la liberté n’est pas assurée alors que cette vie demande de l’assurance.  Quel modèle de liberté pourriez-vous souhaiter mes sœurs ? Comme le disait Thomas Sankara, l’esclave qui ne se bat pas pour se libérer de sa situation, ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort.Par Assomption Batiana
 

Le problème particulier de l’excision au Burkina Faso sera traité au sein d’une page spéciale de ce blog 



Le mariage forcé : Une forme de violence contre les femmes
3 juin, 2010, 5:25
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Dans la société burkinabé toutes les traditions demeurent vives. La femme idéale est celle soumise et ayant une grande progéniture. Toute sa vie elle est sous tutelle des mâles de sa famille d’origine puis des obligations imposées par sa famille par alliance.  Même dans la société burkinabé dite moderne, le statut de la femme dite  » évoluée  » est une mascarade voilant une triste réalité. Toute sa vie, la femme est exposée à de multiples violences. Le mariage forcé en est une.  

Etant donné la diversité ethnique et culturelle au Burkina Faso, il existe différents types de mariages. Ces différentes types favorisent et maintiennent des pratiques de mariage sans consentement. L’individu appartient à trois sociétés différentes : l’ethnie, la nation et la religion. Pour être reconnu par ces sociétés, il doit passer trois mariages différents. Le Burkinabé répond à cette norme. Trois types de mariage sont donc célébrés au Burkina Faso : le civil moderne, le religieux monothéiste et le traditionnel ou coutumier

  • Le mariage civil moderne est célébré en application au code des personnes et de la famille depuis Août 1990. Ses conditions de fond portent sur l’âge pour l’homme et la femme et sur la liberté de consentement.

  • Le mariage religieux monothéiste englobe les mariages chrétiens et musulmans. Pour le mariage chrétien, toute contrainte pour contracter une union est interdite. Pour le musulman, si le Coran est explicite sur les conditions de mariage, force est de souligner les implications sociales résultant de son interprétation.

  • Le mariage traditionnel ou coutumier conserve une importance indéniable malgré sa signification originelle modifiée du fait qu’il n’est pas seul à régler la situation des conflits. Malgré tout, l’individu ne peut totalement s’en passer. Il est nécessaire de constater que le mariage coutumier joue un rôle d’intégration sociale des individus. Il est  » la contribution d’un contrat entre deux personnes de sexes différents créant entre elles une société de vie, des droits et des devoirs réciproques , et d’un contrat entre parentés, rendant cette union opposable aux groupes, lui assurant leur appui et légitimant les enfants « .

Il en résulte l’établissement d’un contrat entre deux lignages qui l’emporte souvent plus que les souhaits et consentements des individus. La présente étude permet de présenter des formes de mariage traditionnel dans différentes strates socioculturelles du Burkina Faso.   Chez les Mossi (ethnie majoritaire au Burkina Faso), en plus du droit détenu par l’aîné ou le chef de famille de donner une fille en mariage (le  » buud-kasma « ), on distingue d’autres manières de se procurer une femme. En effet, le  » Pog- kûuni  » ou dotation des femmes à titre gratuit, à titre de gratitude ou à titre onéreux, le  » Pog-siure  » ou dotation avec profit inaltérable, le  » Zân –boko  » ou dotation fortuite ou encore le  » Pog-rikré  » impliquent que la femme est un objet d’échange entre clans. Elle est donnée au plus offrant à un mari qu’elle n’a pas choisi ou même qu’elle ne connaît pas. Il en est de même chez les Peuhl à travers le  » Cnapawal « , chez les Gourmantché ( » O po paabu « ), chez les Bobo ( » Pri-dala « ), chez les Lobi ( » Tikoun ker « ), chez les Dagara ( » Pouré poya deb « ), chez les dioula ( » Lamogoya –furu « ). Dans tous ces cas, la femme est donnée dans le cadre et pour un soi-disant respect des traditions : respect de traditions par les hommes mais mariage forcé pour les femmes. En effet, ce concept de mariage forcé s’insère avant tout dans un système de valeurs socio culturelles de croyances profondes, voire d’une mythologie. Des traditionalistes aux conservateurs en passant par les générations influencées et les jeunes, la terminologie de mariage forcé connaît une justification selon les contextes. En effet pour certains, ce don de femmes est un héritage culturel qui a les vertus d’entretenir une cohésion sociale et de minimiser les dépravations de mœurs chez les jeunes. Pour d’autres par contre, il s’identifie à un mariage forcé étant donné l’absence de consentement.  Depuis l’indépendance, il est constaté une régression du phénomène. Mais cette régression n’est qu’apparente car il sévit toujours et continue à faire des victimes. Dans un domaine sociologique aussi important, qui touche à l’affectivité et à l’intimidé des individus, il est délicat de faire une mise en évidence quantifiée du phénomène. Toutefois, des plaintes comme l’abandon de domicile conjugal, viols et séquestrations de personnes ou encore enlèvements de mineurs, ont toujours une relation quelconque avec le mariage forcé. Ce sont en fait des manifestations de refus et même de rejet ressentis par la femme qui comprend qu’on annihile sa volonté et qu’on la ravale au même titre qu’un objet, au nom de cet honneur de la communauté. Mais les filles qui se rebellent connaissent le triste sort des pratiques magico-religieuses. En effet, battues, forcées, violées, bannies, ces jeunes filles finissent par perdre la raison et même par mourir du seul fait de leur refus de respecter la volonté parentale. Leurs raisons profondes trouvent ses fondements dans le clivage socioculturel, dans l’argument économique, dans les alliances politiques.  

Sous le vocable tradition, se cachent de nombreuses façons de percevoir la vie en communauté (règles, lois, habitudes, devoirs sociaux…). Cette tradition par exemple fait que trouver un conjoint à son enfant est un devoir social pour chaque parent. De même les difficultés liées à l’environnement économique actuel, la faiblesse du pouvoir d’achat des populations sont autant de raison qui emmènent des parents à marier leur fille de force.

L’histoire politique traditionnelle n’est pas en reste. En effet, elle regorge d’exemples de filles offertes par un chef à son homologue sous prétexte d’établir la paix, ou pire, utilisées comme des instruments politiques. De cet état de fait, il en résulte des conséquences aussi bien au plan individuel et du couple qu’au niveau de la société,  conséquences défavorisant surtout les femmes. Elles sont socialement rejetées par leur clan et finissent par être taxées de sorcellerie. Dans le moindre cas, le mariage précoce est une conséquence du mariage forcé. Mariées très jeunes, les filles conçoivent très tôt et connaissent des problèmes de santé.

Au niveau du couple, on note un non épanouissement de la femme qui subit les sévices de son mari. Des enfants sont issus de cette union et livrés à eux-mêmes. Dans le pire des cas, cela se termine par le meurtre d’un des conjoints. Socialement parlant, on assiste à la friction entre les familles, à l’exode rural des jeunes, à la prostitution, à la délinquance, au crime, etc.   Les responsables coutumiers favorisent cette situation puisqu’ils en sont les commanditaires. Il est toujours intimé à la jeune fille de rejoindre son époux qu’elle le veuille ou pas. Car sur elle, être sans valeur apparente, repose l’honneur de la famille. 

Mais que fait la loi face à de telles atrocités ? De son point de vue, le mariage forcé est réputé n’avoir jamais existé. Par conséquent ses interventions sont uniquement conciliatrices. La loi n’intervient que lorsque le problème du mariage forcé devient pénal. Face à l’échec de la juridiction, des structures religieuses ont crée des centres d’accueil pour les victimes du mariage forcé. Leur objectif est d’inculquer aux jeunes filles concernées une formation qui leur est utile pour l’avenir. Ces centres, dans bien des cas pour certains parents, sont le recours qui les disculpe un peu, en attendant de trouver une issue heureuse.

Enrayer le mariage forcé est-il possible ? Force est de reconnaître que ce phénomène est fortement encré dans les mentalités surtout dans le milieu rural. Il devient alors évident que enrayer le mariage forcé passe par la conjugaison des efforts de tous les acteurs sociaux (responsables coutumiers, victimes, associations féminines, autorités…)

Gagner un tel pari, ce serait montrer à la face du monde que le mariage forcé – qui tantôt voilé, tantôt manifeste, marque ses détracteurs à l’ombre d’un argument solide tendant à le légitimer : celui de réserver la société du célibat et du libertinage sexuel – n’est qu’une forme de violence contre les femmes.

Article rédigé à partir d’un texte du Réseau de Communication, d’Information et de Formation des Femmes dans les ONG du Burkina Faso – Recif/ONG-BF



Les femmes au Burkina, leurs vies, leurs luttes : de l’utopie révolutionnaire à la réalité aujourd’hui…
2 juin, 2010, 8:24
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La vie quotidienne des femmes burkinabè

A partir d’un article de : abc.burkinafaso.free.fr

Dans la famille rurale du Burkina Faso, le sort de la femme n’est guère enviable. Levée avant le jour, elle parcourt des kilomètres, parfois plusieurs fois par jour pour aller puiser de l’eau qu’elle ramènera ensuite sans moyen de transport. 20 à 30 litres d’eau sur la tête c’est lourd surtout quand on est jeune et qu’on a le ventre vide. Piler le mil s’apprend juste après qu’on sache marcher. Aller chercher l’eau est important mais il faut aussi quérir du bois pour cuisiner. Comme le bois est rare, il faut aller le chercher loin, souvent trop loin. Après cette mise en forme qui ne dispense aucunement la femme d’allaiter en même temps l’enfant qu’elle porte sur le dos, il faut passer aux choses sérieuses. Préparer un repas dans un pays où l’alimentation est centrée autour de la culture du mil est une chose simple : y’a qu’à piler ! C’est bon pour la ligne, on peut chanter en même temps et le son du pilon donne une note pittoresque au village lorsqu’il est traversé par des nassaras (les blancs).
Ensuite, elle va pouvoir se mettre au travail, c’est à dire être un peu productive : aller vendre quelques légumes au marché si le temps qui lui reste pour dormir n’est pas déjà compté.

Comment se déroule la journée d’une femme burkinabè ?

femme1.jpgLa femme burkinabè doit se lever très tôt. Aux alentours de 5h30 du matin elle doit avoir fini de chauffer l’eau pour la toilette de son mari et celle de ses enfants. Elle doit aussi avoir terminé de préparer la bouillie qui servira de petit déjeuner pour toute la famille. La plupart du temps, si son mari est l’aîné de sa famille, les parents de celui-ci vivent avec eux. Alors elle s’applique à travers tous les travaux domestiques de la cour.
A 8h elle va faire son petit marché, acheter ses légumes et revenir faire la cuisine. Ses enfants, notamment les filles qui ne sont pas scolarisées, font les travaux champêtres ou gardent les animaux. Après avoir fini de préparer, elle attend que son mari arrive, avant de servir le repas de midi.
Aux environs de 15 heures, toutes les femmes du village se retrouvent chez la première femme du chef du village où elles

leur marché, négociant l’achat ou la vente de leurs propres productions et marchandises.
Rentrée à la maison, elle prépare et sert le dîner. 

Puis vient alors le moment des contes, la veillée, moment favori des enfants. Quand les parents du père de famille sont chez lui, c’est la grand-mère qui raconte les histoires. Chacune possède un répertoire varié de contes. Elles racontent donc les histoires à la demande des enfants.

La réalité quotidienne de la femme Mossi :  En milieu Mossi, la belle fille doit tout faire pour satisfaire sa belle-mère mais également son mari.

- Est-ce que les hommes sont autorisés à avoir un contact avec les femmes durant leur travail ? Oui, les hommes sont autorisés à avoir un contact avec les femmes car elles leurs apportent le nécessaire pendant qu’ils travaillent.

- Pourquoi les femmes n’ont-elles pas droit au savoir ? Les femmes n’ont pas le droit au savoir parce qu’elles sont jugées inférieures aux hommes. Elles n’ont pas le droit à la parole, étant donné que ce sont les hommes qui décident. Mais elles dirigent le budget de la famille.

- Quel est le rôle de la jeune fille dans un foyer ? La jeune fille aide sa mère dans le foyer familial et apprend à faire la cuisine, elle apprend petit-à-petit suivant son âge, àfemme2.jpg faire les travaux domestiques, à aller aux champs pour plus tard pouvoir tenir les rênes de son foyer.  - Comment se fait le choix d’un mari ? Au village, presque tous les hommes sont polygames. Quand la jeune fille atteint sa puberté, on en déduit qu’elle peut donc avoir des enfants. Alors, son père va d’abord la proposer en mariage à ses meilleurs amis, faute de quoi ceux-ci peuvent casser tout contact avec lui s’ils n’ont pas été sollicités. Si aucun de ses amis ne veut de la jeune fille, son père va alors la présenter au chef de village. Si celui-ci ne veut pas non plus d’elle, elle est obligée d’attendre un prétendant accepté ou choisi par son père. De toute façon, elle est obligée de partir chez son nouveau mari. - Quelle est la place de la belle-fille dans la famille ? - Souvent la belle-fille est maltraitée dans le domicile familial. La belle mère exige qu’elle fasse tous les divers travaux. Si elle refuse de l’écouter, il est coutumier de la battre.  Elle peut être chassée de la famille et est alors rejetée par la population. Elle doit se débrouiller pour survivre.
Généralement, elle est la plus jeune des femmes de son mari. Quand elle part chez lui, elle ne connaît personne. Les anciennes femmes de son mari sont toutes jalouses d’elle. Si elle aime son mari, cela va l’aider, mais quand elle ne l’aime pas, elle fait tout pour s’enfuir parce que ses coépouses la maltraitent. A ce moment là, ses copines qui viennent lui rendre visite vont donner l’information à sa mère. Celle-ci va mettre un plan en place pour l’aider à s’enfuir (solidarité féminine, mais sans que le père de la fille ne le sache). femme3.jpgQuand elle ne peut pas l’aider, elle envoie une amie à sa fille pour lui dire qu’elle ne peut rien faire pour elle. A ce moment là, la jeune femme prépare son propre plan. Si toutefois elle réussit à s’enfuir, elle ne doit pas retourner chez ses parents sous peine d’être reniée par son père. Si son mari réussit à la rattraper, elle ne pourra plus jamais sortir sans être accompagnée. 
- Pourquoi la femme Africaine est autant soumise à son mari ? - La femme Africaine est soumise à son mari car elle est jugée inférieure à l’homme. Elle n’a pas appris à se débrouiller toute seule sans son mari, à être autonome. Quand elle veut faire quelque chose elle consulte d’abord son mari avant de se lancer. A cause de ça les hommes les prennent pour des êtres inférieurs ils les maltraitent donc comme des animaux et veulent qu’elles soient soumises. Cette situation est due à la dépendance des femmes envers les hommes. Elles ont appris à demander l’avis et l’accord de leur mari.
Texte & photos : Corine Sawadogo (1999). Ces informations lui ont été fournies par sa grand-mère, Tapsoba Denise.

La femme Burkinabé face aux traditions et religions : Le terrain animiste, l’arrivée de l’Islam, puis des courants chrétiens n’ont guère été favorables aux femmes. Le religieux, par essence peu enclin au progrès, place traditionnellement la femme au rang d’animal ou de meuble, et la méthode varie assez peu. C’est sans doute cette vision de la femme qui a permis à l’Islam de s’imposer très tôt et d’être absorbé par les cultures africaines. Les chrétiens, à leur arrivée n’ont rien trouvé à redire à la situation. C’est à travers ces traditions que se sont perpétués excision, mariage forcé et polygamie. Il faut arriver à être assez proche d’une femme africaine pour qu’elle s’ouvre sur la dureté de sa condition. Les violences faites aux femmes, les mutilations sexuelles et les viols ne sont pas vécus par la femme comme un sympathique folklore. A noter que depuis quelques années, un Islam radical d’origine arabe se répand insidieusement dans le pays, prônant un asservissement encore plus total de la femme. De plus en plus souvent on est amené à croiser des femmes entièrement voilées et vêtues de noir. La chape de plomb qui recouvre l’existence de celles-ci n’est visiblement pas prête à se soulever.  Les femmes burkinabé face au défi de l’alphabétisation : A l’instar des autres pays du monde, la Journée internationale de la femme fut aussi célébrée au Burkina Faso. En prélude à cette journée du 8 Mars, la ministre de la Promotion de la femme, Céline Yoda, a animé une conférence de presse, le samedi 27 février 2010, à Ouagadougou Le top départ de la Journée internationale de la femme dans le pays a été donné le lundi 1er mars 2010, par une marche dans la ville de Ouagadougou. Quant à la cérémonie commémorative, elle a eu lieu le 8 mars à Koudougou, dans la province du Boulkiemdé, autour du thème :  » Femmes, alphabétisation et éducation non formelle « . C’est la ministre de la Promotion de la femme, Céline Yoda, qui a introduit ce thème en préambule, lors d’une conférence de presse. Mme Yoda a ainsi indiqué que  » le 8-Mars, journée dédiée à la femme, sera célébrée cette année, sous le thème  » Droits égaux, opportunités égales. «  L’accès à l’éducation en général et des femmes en particulier est loin d’être une règle au Burkina Faso, même si des textes vont dans ce sens. Trop d’obstacles se dressent aujourd’hui, notamment  en milieu rural. Le poids des traditions tout d’abord, fait qu’il n’est pas naturel de scolariser des enfants alors qu’ils représentent rapidement une source de main d’œuvre conséquente. C’est encore plus vrai pour les filles qui peuvent être placées assez jeunes comme bonnes ou qui fourniront une aide précieuse à la maison. Dans un pays ou le taux d’alphabétisation est très faible (taux d’illettrisme de 78% en 2001 dont 90,8% pour les femmes) la tendance n’est pas prête à s’inverser même si les autorités ont pris conscience du problème. De nombreux programmes se mettent peu à peu en place pour favoriser l’accès des jeunes filles à l’école. C’est sans doute le milieu rural, en particulier dans le Nord qui accuse le plus lourd retard. Ce thème étant d’actualité, le ministère par la bouche de Céline Yoda et ses partenaires ont choisi, avec l’approbation du gouvernement, et au regard des différents défis que doit relever le Burkina en matière de promotion de la femme, de continuer de se pencher sur l’alphabétisation de la femme et l’éducation non formelle. Ce thème avait déjà retenu l’attention de tous, lors de la Journée internationale de la femme rurale, le 15 octobre dernier.  » L’alphabétisation et l’éducation non formelle au Burkina Faso révèlent de sérieuses insuffisances, quant au taux d’accès pour la population, en général, et pour les femmes, en particulier « , a-t-elle dit. Le choix du thème  » Femmes, alphabétisation et éducation non formelle  » n’est donc pas fortuit. Le ministère de la Promotion de la femme s’est voulu être ainsi, à travers la célébration de ce 8 Mars, un référent et un animateur national pour le plaidoyer et l’interpellation de tous les acteurs concernés par la question. Céline Yoda a souhaité porter la voix de toutes les femmes en quête de connaissance et de savoir, tout en s’impliquant davantage dans la sensibilisation des bénéficiaires et des acteurs, avec pour objectif d’atteindre 60% de taux d’alphabétisation à l’horizon 2015. En marge des échanges avec les hommes des médias, le ministère de la Promotion de la femme, a procédé au lancement officiel de son nouveau site web.  » Un site web bien aéré et très attractif « , nous dit le webmaster.

La femme burkinabé et le monde du travail : L’accès au monde du travail (en dehors de l’économie informelle) est extrêmement restreint pour les femmes au Burkina Faso. Le paradoxe est grand puisque la femme (dont personne ne conteste qu’elle est un pilier de l’économie) est exclue de l’emploi salarié. Sa représentation est aussi faible qu’à l’école et on ne la retrouve que dans quelques administrations comme la poste ou les banques. Des ONG offrent parfois aussi des emplois à des femmes. Globalement, la discrimination dont les femmes font l’objet dans la société est donc applicable au monde du travail. Quotas de représentation des femmes burkinabè en politique : A l’image de la chefferie traditionnelle, les femmes sont quasiment absentes de la scène politique africaine. Un frémissement se fait sentir avec une montée en puissance à travers le monde associatif et l’influence de certaines ONG. La lutte contre l’excision, contre le sida et pour l’amélioration des conditions féminines est un combat de tous les jours pour certaines associations de femmes africaines.Les forces invisibles accompagnent-elles les femmes burkinabè dans leur recherche de la justice sociale en termes de participation et de représentation dans les postes électifs et nominatifs au Burkina Faso ? L’histoire retient que le jour de la clôture du forum national sur cette problématique, le mercredi 7 juin 2009, les vannes du ciel se sont ouvertes pour laisser couler l’eau, ce précieux liquide, sur la ville de Ouagadougou. Outre ces forces invisibles, il y a ce groupe de pression bien visible au sein de l’hémicycle burkinabè, le Caucus genre. Il prépare une proposition de loi relative à une recomposition de l’espace politique burkinabè. Avant de l’introduire, il mène un véritable plaidoyer. Avis du forum national : c’est dans ce cadre que se situe le forum national tenu les 6 et 7 juin derniers. Aux termes des travaux, les participants sont convaincus de la nécessité d’une meilleure représentation des femmes en politique. Il mandate les députés du Caucus genre et leurs alliés de la société de concrétiser la volonté générale des acteurs du forum par une proposition et adoption de loi. La plaidoirie en faveur de l’avènement des quotas de 30% pour des femmes dans les postes nominatifs et électifs quelques jours après la clôture de la première session parlementaire ordinaire de l’Assemblée nationale n’est pas fortuite. Les députés sont dans la dernière ligne droite de leur mandat. Les prochaines élections législatives pointent à l’horizon en fin 2010. Le Caucus genre met le pouvoir législatif devant ses responsabilités. Le temps est venu de concrétiser les décisions en faveur d’une plus grande participation et représentation des femmes en politique. L’unanimité dégagée lors du forum national sur la participation des femmes en politique laisse augurer d’une issue favorable pour elles. Mais tant que la loi ne sera pas votée, il convient ne pas vendre la peau de l’ours sans l’avoir tué. Les femmes burkinabè attendent un signal fort du législatif. L’environnement juridique est favorable à la participation des femmes au centre des décisions politiques au Burkina Faso. Il subsiste des pesanteurs socioculturelles qui empêchent la pleine participation des femmes dans l’arène politique ; cependant, leur poids sociétal plaide en leur faveur. Les acteurs de la scène politique connaissent l’importance des femmes dans l’animation des campagnes électorales. Ils sont également conscients de leur sous-représentation dans les sphères de décision. Quand vient le moment du partage des privilèges, certains animateurs des partis politiques émettent des réserves sur les quotas. Ils évoquent la question nécessaire des réformes. Le forum a relevé qu’en la matière, il existe des normes à respecter. En plus, la question de la constitutionnalité d’une loi sur les quotas a fait l’objet de débats contradictoires. En réalité, certains acteurs politiques sont jaloux de leur monopole historique de jouissance du pouvoir politique. Accepter le système des quotas revient à concéder une partie du pouvoir aux femmes. Ils recommandent donc la prudence. Le président de l’Assemblée nationale Roch Marc Christian Kaboré ne dit pas autre chose lors de la clôture de la première session parlementaire ordinaire de l’année 2006 sur la proposition de la loi du Caucus genre : «  je souhaite que durant tout le processus, ce texte puisse être examiné sans excès, sans précipitation, ni passion, afin qu’au sortir, nous ayons un texte de loi plein de sagesse qui favorise la pleine participation des deux sexes  ». Le pourquoi des quotas de 30% : le forum national a reconnu qu’en dépit du poids démographique et nonobstant les textes nationaux et internationaux ratifiés par le Burkina Faso, les femmes sont sous représentées dans les sphères de décision. Une telle situation pose le problème de démocratie et de développement. Le rapport général souligne que «  les participants au forum sont d’avis qu’une loi pourrait modifier  » la faible participation et représentation des femmes en politique. La proposition des quotas de 30% pour la quantité de femmes est issue de résultats d’études. Ceux-ci indiquent qu’il faut ce taux minimal pour influencer les décisions dans un groupe ou dans une société. Les quotas de 30% sont en deçà des conventions ratifiées par le Burkina Faso qui parlent de parité. Le système de quotas va au moins permettre d’augmenter le nombre des femmes dans les sphères décisionnelles. Cela n’est toutefois qu’une étape dans la recherche de l’équité femme / homme. La loi doit d’être accompagnée par la volonté politique, la combativité des femmes et la combinaison des mécanismes allant du renforcement des capacités aux appuis financiers. Elle doit viser à faire des femmes  » des actrices et bénéficiaires des fruits de développement et non des observatrices passives de l’évolution politique, sociale, économique et culturelle des pays  » indique le représentant des partenaires financiers Georges Charpentier. Pour un bond réel du nombre de femmes dans la participation et la représentation dans les sphères de décision, il faut une action volontariste au niveau du pouvoir exécutif et législatif. Le soutien du président du Faso Blaise Comparé, en tant premier responsable du pays peut permettre l’avènement du système des quotas dans la vie politique du pays.

Joël Tourré ; Article issu du journal L’Indépendant 

La situation aujourd’hui (Le programme UNESCO-DANIDA, porté par l’Unesco)

L‘objectif de la réflexion sur le rôle de la femme dans la société est de Donner des moyens d’action aux femmes rurales au niveau communautaire au Burkina Faso Ce projet se situe dans le cadre du programme UNESCO-DANIDA sur les Droits de l’Homme. Il concerne le statut et le rôle de la femme dans la société. Le programme UNESCO-DANIDA vise à renforcer la conscience et le respect des droits et des responsabilités de la femme, ainsi que sa participation en tant que citoyenne active et informée. Ce projet fait partie intégrante d’un projet pilote de plus grande envergure qui teste une approche de développement intégré au niveau communautaire, basé sur les priorités des femmes afin de renforcer leurs capacités à prendre des responsabilités. Il intervient sur deux axes principaux: la formation et les infrastructures. En tenant compte du fait que les infrastructures ont été fournies par d’autres agences, la partie du projet sous la responsabilité de l’UNESCO se limite principalement à la formation.  Le projet se limite au département de Kokologho avec huit villages aux alentours, notamment, Pitmoaga, Sakouinsé, Sam, Nidaga, Goulouré, Koulnatinga, Ménéga et Douré. Lancé en août 1999, le projet est initié par l’UNESCO afin de mettre en œuvre l’article 14 de la Convention pour l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard des Femmes.   

  • L’article 14 de cette Convention précise le rôle primordial que les femmes rurales jouent dans la survie économique de leur famille par leur travail dans les secteurs non-monétaires ainsi que l’importance de donner à ces femmes l’accès égale aux hommes en ce qui concerne l’alphabétisation, le crédit, la santé, le choix de leur conjoint. Sous cette trajectoire, le projet a fixé comme objectif global la valorisation du rôle et du statut de la femme en zone rural à travers des formations qui prend en compte quatre dimensions principales : 
  • L’accès à l’information et à l’enseignement sur les droits de l’Homme et du code de la famille
  • L’accès à l’eau potable
  • L’accès aux soins de santé primaires à moindre coût
  • L’accès aux ressources pour développer des activités économiques.

Ce projet a pour but de développer principalement les capacités des femmes rurales analphabètes ou très peu alphabétisées au Burkina Faso en les formant et en leur donnant les concepts de base afin de les initier à améliorer leur statut et niveau de vie. Par le biais de la participation communautaire, les femmes sont initiées à prendre part activement dans le projet et à trouver leur intérêt, ce qui constitue la première étape vers le développement communautaire

Grâce à ces formations, les participants ont témoigné d’un progrès au niveau des capacités personnelles, du savoir et du savoir-faire. De même, l’impact de la tradition a eu une influence sur le projet.

En ce qui concerne les résultats escomptés et les objectifs, il est envisagé que les femmes de Kokologho prendront conscience de leurs droits fondamentaux, qu’elles seront capables de produire et commercialiser des produits et des médicaments artisanaux, de gérer des petits commerces,  faire de demandes de crédits et les gérer. Il est prévu qu’elles maîtriseront aussi les principes élémentaires d’hygiène ainsi que la gestion correcte de l’eau potable. L’ensemble de ces connaissances leur permettra de devenir des citoyennes mieux informées et plus actives au niveau communautaire, pour le bénéfice des membres des communautés à KokologhoContexte général : avec une population d’environ 11 millions d’habitants et sans débouchés sur la mer, le Burkina Faso se trouve dans le cœur de l’Afrique de l’Ouest, limité au Nord et à l’Ouest par le Mali, à l’Est par le Niger et au sud par le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. L’indice de pauvreté en l’an 2000 était de 58% et l’espérance de vie, de 52 ans. En 2001, le taux d’alphabétisation était de 24.8 %, bien que la région Subsaharienne affiche un taux d’alphabétisation de 62.4 %. L’espérance de vie était de 45.8 ans, ce qui fait de lui l’un des cinq pays les moins développés au monde en termes de développement humain. Les activités agro-pastorales, fortement dépendantes d’une pluviométrie très irrégulière, occupent 90% de la population. La pauvreté des sols entrave tout développement durable de l’agriculture et de l’élevage.  Depuis 1975, année internationale de la femme, le Burkina Faso n’a cessé de prôner l’amélioration de la condition féminine qui s’est juridiquement formalisée par le nouveau code de la famille. En 1989, un «  nouveau  » code de la famille beaucoup plus favorable aux femmes, et un code pénal rénové ont été élaborés et adoptés. Un Ministère de la Condition féminine a été créé en 1998 pour améliorer le statut des femmes et le Burkina Faso a ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Leurs applications, à partir du 4 août 1990, constituent les bases institutionnelles pour la libération de la femme. Cependant, le droit coutumier est le plus souvent en vigueur en zone rurale. Il faudra encore de nombreuses années et des actions de sensibilisation pour que ces innovations entrent dans les mœurs. Compte tenu d’un taux d’illettrisme de 78% en l’an 2001 (de 90,8% pour les femmes), le gouvernement met en œuvre un plan vigoureux de scolarisation des filles dans le but de réduire les disparités de genre dans ce domaine. Le gouvernement burkinabé est conscient de l’implication des femmes dans le Processus économique national et des obstacles qu’elles rencontrent à tous les niveaux,  en raison de leur niveau d’analphabétisme et de pauvreté. Elles sont exclues de l’offre des services financiers des banques classiques, ce qui handicape ultérieurement la mise en œuvre d’activités génératrices de revenu. C’est pour surmonter cette situation, que le gouvernement a mis en place le Fond d’Appui aux Activités Rémunératrices des Femmes (FAARF) et les agences internationales de développement ont appuyé la création de Caisses Populaires.

L’égalité entre les sexes est un élément essentiel de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948). Pourtant, dans presque toutes les sociétés et dans tous les domaines d’activités, les femmes sont victimes de la discrimination et  des inégalités. La persistance dans de nombreuses sociétés de stéréotypes et de pratiques culturelles et religieuses traditionnelles portent souvent préjudices aux femmes. A cela s’ajoutent la pauvreté et le manque d’infrastructures de base, ce qui a de lourdes répercussions sur la vie des femmes. La dégradation de l’environnement, l’analphabétisme des femmes, les migrations des hommes, dans un contexte caractérisé par un accès limité des femmes aux facteurs de production et à l’information, se traduit souvent par une féminisation de la pauvreté rurale. C’est pourquoi la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination  à l’égard des  femmes fait référence à la question du statut de la femme en zone rurale en liant ce statut avec les droits des femmes. Au Burkina Faso, la situation des femmes en zones rurales est particulièrement difficile. Parmi leurs nombreuses activités, elles sont chargées d’aller chercher l’eau souvent à plusieurs kilomètres en saison sèche, et du ramassage du bois. Leurs journées de travail, de seize à dix-sept heures par jour, ne leur permettent pas de se consacrer à des activités autres que celles directement  liées aux besoins domestiques essentiels.   Travaillant dans l’économie informelle, elles ont peu bénéficié, dans le passé, de la scolarisation. L’accès limité à l’éducation, à la formation, et à l’information explique un taux d’analphabétisme très élevé qui atteint 90% en zone rurale, à quelques kilomètres de la capitale de Ouagadougou. 

Etant donné la volonté du gouvernement burkinabé d’impliquer les femmes dans l’économie, il propose de leur accorder un micro crédit. Cependant le micro crédit n’est pas suffisant pour améliorer la vie des femmes car il ne peut financer les infrastructures de base, le gros équipement et la formation dont ces dernières ont si besoin.  Il est donc de plus en plus clair que pour pouvoir sensibiliser les hommes et les femmes sur les raisons fondamentales (politiques, économiques, sociales et culturelles) qui doivent encourager la valorisation de la condition féminine, il faut améliorer la qualité de vie des femmes et de leurs familles en initiant, simultanément, des projets qui allégeront leurs tâches quotidiennes. Partant de ce principe, on peut affirmer que  c’est en donnant des moyens d’action aux femmes, qu’elles pourront devenir des citoyennes plus «  responsables  ». Il est aussi évident qu’une approche de développement intégré au niveau communautaire, peut amener le développement endogène.  Les priorités des femmes qui visent à protéger la famille, sont la plupart du temps moins coûteuses et surtout coïncident avec celles du groupe familial.

La région choisie et les premiers pas vers la participation des femmes : le département de Kokologho, situé à 45 kilomètres à l’Est de Ouagadougou, est administré par un préfet et relève de la province du Boulkiemdé dont le chef-lieu est Koudougou. La population s’élève actuellement à près de 40,000 habitants dont plus de la moitié sont des femmes. Cette population est répartie entre le chef-lieu du département Kokologho (commune de 12,000 habitants) et 8 villages satellites qui sont par ordre décroissant au niveau démographique: Pitmoaga (7,300 habitants), Sakouinsé (6,500 habitants), Goulouré (6,100 habitants), Douré (3,800 habitants), Sam et Nidaga (2,000 habitants), Ménéga (1,900 habitants) et Koulnatinga (400 habitants) sur une superficie totale de 700 km2. La population vit généralement dans des concessions regroupées. La langue commune est le Mooré

Le département de Kokologho a été choisi  parce qu’il existe :

  • une population féminine très active et très motivée ;

  • une forte volonté politique nationale et locale.

  • une grande motivation de l’ensemble de la population locale ;

  • une convergence d’objectifs avec ceux du Ministère de la condition féminine ;

  • un important marché ayant lieu trois fois par semaine permettant ainsi l’écoulement de la production :

  • et un accès facile en raison d’une grande route traversant le département.   

Dans l’étude de faisabilité, une analyse avec ladite population a été menée, afin d’estimer au moyen d’une enquête, les interventions indispensables à entreprendre, pour parvenir aux objectifs ci-dessous mentionnés.  Finalement, la volonté des femmes d’y participer à permis la création d’une association de femmes : Neerwaya. Cette association a pour objet la participation aux actions de sensibilisation et de mobilisation des femmes aux problèmes  de santé et d’hygiène , la conception et la réalisation de projets économiques et sociaux ainsi que la création d’emplois dans le secteur rural pour une amélioration de vie des femmes.

Les objectifs du projet : l’objectif principal  du programme UNESCO-DANIDA est d’augmenter la connaissance et reconnaissance des droits de l’Homme et de la Femme.    En ce  qui concerne l’infrastructure du projet, la construction d’un centre communautaire pour la formation et l’information des deux sexes, géré par les femmes et destiné à servir également pour le développement d’activités génératrices de revenu pour les femmes, a été entreprise et donnée par un constructeur local. L’équipement du Centre de matériel didactique, d’équipements de production et des points d’eau ont été donnés par COOP92 et ISEANOVA, France. 

Les principaux objectifs du projet UNESCO-DANIDA concernent la formation comme suit :

  • Droits de l’Homme et droits de la Femme : Formation  et vulgarisation des droits de l’Homme et du nouveau Code de la famille auprès des villageois du département de Kokologho ;

  • Eau : Développement de la ressource en eau pour renforcer l’accès à l’eau dans les villages déficitaires; sensibilisation de la population sur les conditions sanitaires ; formation de la population à l’utilisation de l’eau et à la gestion financière et technique des points d’eau.

  • Accès à l’économie marchande : Formation des femmes aux techniques artisanales et alimentaires ; à la gestion financière et technique des petits métiers/  » microprojets  »  et de la production,  et à la mise en place des  ces projets pour leur faciliter l’accès au microcrédit.

  • Construction d’un jardin aux plantes médicinales afin de pourvoir une source importante de revenu et de rendre pérenne les structures mises en place afin de leur assurer une activité autonome.

En conclusion, à bientôt 25 ans de la révolution  » sankariste  » et de la réflexion bouillonnante que l’état de la condition féminine a engendrée, il est certain que c’est un pays où beaucoup de pas ont été réalisés en ce domaine ; la femme burkinabé n’a guère de droits, mais a conscience qu’elle peut se battre pour en obtenir : se battre contre les traditions et pouvoirs coutumiers, contre certains dogmes religieux. Beaucoup reste à faire mais l’on sent que tout peut être fait : les labours ont eu cours pour ce faire… 



Comment une entreprise privée de transports tente d’améliorer la vie quotidienne des citoyens…
31 mai, 2010, 3:28
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Pour rompre un peu la séquence des pages anthropologiques, sociologiques, politiques, descriptives, topographiques, bref sérieuses de ce  » blog « , il m’est agréable de venir raconter comment une entreprise privée de transport burkinabè tente judicieusement d’améliorer la vie quotidienne des citoyens…  Jusqu’alors, prendre le car pour se rendre de Yako à Ouagadougou ou l’inverse représentait une aventure parfois amère pour l’occidental expatrié. En effet, il était nécessaire d’arriver en gare routière bien avant l’heure théorique du départ car les places dans le bus ne sont pas numérotées, car les réservations sont impossibles, et seuls donc pouvaient espérer prendre place dans l’engin les premiers arrivés à la gare, parfois donc au minimum une bonne heure avant l’horaire théorique du premier car du matin qui est six heures. 

Attendre est toutefois en général plaisant pour qui regarde les évènements avec une certaine philosophie car laisser traîner un œil et une oreille peut engendrer beaucoup de plaisir ; Guillaume Apollinaire s’est essayé  à cette activité (et y a bien entendu délicieusement et magistralement réussi) dans un merveilleux poème qu’il a intitulé ” Lundi, Rue Christine “, texte où le promeneur jouxte bout à bout des morceaux de conversations entendus au cours de son périple piétonnier dans cette rue parisienne haute en couleurs. Ainsi au Burkina, des séquences relationnelles passionnantes se déroulent fréquemment, durant cette attente à la gare par exemple, et je regrette bien de ne pas entendre la langue Morée car sûrement il faudrait appréhender l’intégralité des discours. Ainsi tout le monde s’adresse à tout le monde : le vieux Peul interpelle la jeune femme fatale portant des talons aiguilles, et à la croupe pointue moulée dans une jupe serrée ; mais également le commerçant démarche l’agriculteur, les jeunes s’adressent aux vieux, les vieux aux jeunes, les vieux aux vieux, les jeunes aux jeunes… Toutefois, on respecte l’intimité du Nassara (du blanc), et on ne l’interpelle qu’en extrême issue, pour lui donner un conseil, voire pour lui poser une question sur le pourquoi de sa présence étrange en ce lieu à cet instant. Ce comportement résulte t’il d’un respect des protocoles coloniaux anciens, ou d’une méfiance des africains par rapport aux européens dont ils savent bien comment en général ils les accueillent dans leurs pays, dans leurs territoires javellisés, pasteurisés ?… Certains parfois accordent au nassara des privilèges en cédant par exemple leur place sur le bord du quai déjà encombré de voyageurs assis pour le temps de cette attente mais tous les regards convergent vers cette action. Les conversations que l’on entend, c’est d’abord celles de l’obligatoire relation de salutations, avec l’évocation de l’état de la santé du partenaire choisi pour palabrer, puis de celle de sa famille toute entière, puis du niveau actuel des “ affaires ”. Tout cela se décline avec une courtoisie parfaite que l’on sent de rigueur ; si d’aventure l’échange est en français, on y perçoit un langage châtié, obséquieux parfois, avec de longs moments d’excuses pour avoir osé aborder l’autre, de déni de la gêne engendrée… Les conflits même s’explicitent selon ce mode protocolaire, mais là c’est par pudeur sûrement que la langue Morée est choisie, avec de temps à autres un mot de français qui est utilisé, un idiome vraisemblablement pour lequel la langue locale ne propose pas de synonyme adapté… Même durant ces exposés des conflits, on hausse très peu la voix au Faso, on reste correct, exemplaire. De toute façon, tout finit par un accord, mérité ou arraché, mais un accord quand même, et des sourires en prime des belligérants, du public, voire des autorités lorsqu’elles sont intervenues : vieux ” chefs ” de différents niveaux hiérarchiques par exemple. Parfois même on trouve des personnes en uniforme que l’on est allé quérir pour arbitrer le protocole durant les exposés descriptifs des causes du conflit par les deux parties et leurs supporters respectifs (qui peuvent d’ailleurs changer de ” poulain ” en chemin…).  Mais revenons à notre raison d’être là : pénétrer à tous prix dans l’autocar qui vient de Ouahigouya,  parfois déjà rempli au raz-bord en arrivant, pour se rendre à Ouagadougou où tout se règle. Ouaga, mégapole ou l’on trouve l’introuvable, où l’on peut regarder l’inaccessible mobylette et en rêver, où il n’y a pas de chèvres, de cochons marrons, ou de poulets malnutris sur les trottoirs, où donc il y a des trottoirs, où les rues sont en majorité des ” goudrons “, c’est-à-dire qu’elles sont bitumées. C’est dire à quel point il est important de monter dans cet autocar qui mène directement à la réalisation ou la matérialisation des rêves, à l’action enfin positive, cet autocar donc pour lequel on a pris soin d’arriver une heure avant en gare. Comme on a choisi le mode de transport rapide, le car de la ” STAF “, celui qui roule à cent-vingt kilomètres à l’heure coûte que coûte sur la ” goudron ” où la vitesse est limitée à cent, celui dans lequel il y a soixante-quinze places assises et où tout le monde devra être assis, un peu comme dans les avions d’” Easy Jet ” ou de ” Ryanair ” mais en plus serré encore, celui qui ne ralentit pas pour récupérer la viande quand une chèvre a eu le tort de rencontrer son pare-buffles, celui qui fait le trajet Yako-Ouaga en une heure quarante cinq minutes pour cent quarante kilomètres, celui sur l’arrière duquel on trouve à peu près toujours la célèbre photo du Che immortalisé par Alberto Korda, ainsi qu’un panonceau qui ne manque pas d’inquiéter quelque peu car il comporte la mention ” jeune conducteur “. 

Si l’on n’est pas pris par le temps et les contingences du modernisme, on peut bien sûr toujours choisir la compagnie ” Air Yako ” par exemple, où le chargement du toit est plus haut que l’autocar lui-même, chargement fait de bidons, de mobylettes, de chèvres attachées, de sacs de cinquante kilos de petit mil, et en sus de deux ou trois passagers qui surveillent le bon arrimage de tout cela. Dans le car d’ ” Air Yako “, on n’y peut fermer les vitres en cas de pluie car… il n’y a plus de vitres depuis longtemps ! Et on mettra le temps qu’il faudra pour arriver car on débarque ou l’on charge des nouveaux compagnons passagers en cours de route et les marchandises qu’ils convoient, et que l’on s’arrête plusieurs fois au gré des besoins physiologiques primaires de chacune ou de chacun des co-équipiers du voyage…   Lorsqu’arrive enfin en gare le grand monstre blanc, à grand renfort de coups de klaxon et dans un épais nuage de latérite et de fumée de gas-oil, il était d’usage, et ça l’est encore pour ce qui est de la halte à Yako, d’omettre un instant toute forme de protocole ; ainsi l’homme jeune va monter le premier sous le prétexte fallacieux d’organiser la priorité pour l’accès à une place de cette femme qui a son bébé attaché dans son dos par un pagne, mais il s’assied d’abord puis organise ensuite ! Celui qui était arrivé le premier et qui méprise l’obligatoire combat qu’il faut mener pour accéder à la portière de l’engin a peu de chances de partir. S’il est vieux toutefois, ou vêtu d’un habit qui évoque qu’il est issu d’une famille de la chefferie traditionnelle, ou encore habillé du bonnet et de la djellaba qui prouvent qu’il a accompli le pèlerinage à la Mecque et qu’il porte le titre de ” hadj “, on tolèrera qu’il monte prioritairement : sont sûrement en jeu l’espoir d’une petite bienveillance ultérieure auprès du roi si l’on en a un jour besoin, ou encore là-haut, plus tard, auprès du prophète ou de Pierre et de leur employeur commun… On ne sait jamais… Dès le rush terminé, et que le ” chef de car ” s’est assuré que tout le monde est assis, nous voilà en route, en espérant et en priant que l’on n’aura pas à avoir besoin de sortir un mouchoir durant le trajet, ou encore de décoincer une jambe ou un bras, car bouger un membre est illusoire ! Sur le terre-plein de la gare, on peut voir si l’on parvient à se retourner ceux qui n’ont pas pu partir ou bien les accompagnateurs qui n’avaient pas à le faire : ils deviennent très vite tout petits, puis indiscernables car on atteint promptement la vitesse de croisière de cent vingt kilomètres par heure en usage pour les cars de la ” STAF “.  Pour éviter ces ” cafouillages ” qui ressemblaient fort à une mêlée de rugby lors d’un match de finale de coupe entre l’équipe de l’USSAP contre celle des limousins, la compagnie a donc décidé – souhait hautement humanitaire -, d’organiser au moins pour ce qui concerne le terminal de Ouagadougou le protocole de l’installation des voyageurs. Voici donc comme cela se passe :  

  • Dans la gare routière, il faut aller au guichet pour acheter un billet, au prix non négociable de mille cinq cent francs CFA (un peu plus de deux Euros) pour ce parcours de cent quarante kilomètres environ ; bien  entendu il faut proposer l’appoint au guichetier car la monnaie est fort rare dans le pays – on dit que les sculpteurs en cires perdues la fondent au même titre que les câbles électriques et tout ce qui contient du laiton en général pour pratiquer leur art -. Si l’on ne dispose pas de la somme exacte, il faut aller chercher la monnaie sur dix-mille francs hors du terminal, chez un boutiquier par exemple (lequel d’ailleurs en général n’en dispose pas plus ou tout du moins l’affirme),  puis revenir acquérir le fameux titre de transport ;  

  • Ensuite il faut se rendre au stand de départ, pour obtenir un numéro d’appel qui est écrit au feutre sur le billet, et donc il y faut décliner son identité pour la faire inscrire sur la page de cahier consacrée au véhicule affecté à ce voyage ; mais les employés ne savent écrire globalement que les cinq noms qui constituent les deux tiers des patronymes du Faso, c’est-à-dire Ouedraogo, Sawadogo, Sankara, Tall, et Traoré ; donc ça complique bien les choses de s’appeler Caillon !  

  • A priori, à ce stade, on peut penser que tout est au point et que l’on est sûr de voyager ; reste donc à trouver où s’asseoir dans cet espace d’attente que se partagent les taxis, les vendeurs d’eau, de pain, de gâteaux, ou de fruits – mangues, pommes golden, voire bananes parfois – les voyageurs, les accompagnateurs, les chèvres et les cochons, les détritus, bref afin d’attendre ensemble l’arrivée du véhicule.  

  • Puis survient, la plupart du temps à l’heure annoncée, le monstre espéré, réussissant lui sans scrupule à trouver sa place dans ce capharnaüm ; comme il vient de Ouahigouya, il vomit donc ses soixante quinze passagers et leurs bagages stockés dans son antre, qui vont de quelques bidons et sacs à leur vélo, voire carrément leur moto. On peut dire que l’agitation est à son apogée durant ce temps !  

  • Beaucoup de voyageurs n’ayant pas compris la règle du jeu, nombreux sont ceux qui se précipitent directement dans le car pour y réserver une place ; cela impose donc une phase de négociations tendues entre l’employé de la compagnie et les impétrants pour leur faire quitter l’espace acquis par la force ou la méconnaissance du processus. Bien entendu, tous les voyageurs autour du véhicule participent aux débats, parce qu’ils sont d’accords ou parce qu’ils ne le sont pas avec la règle du jeu… Cela peut donc être animé pour le moins !  

  • Voilà enfin l’autocar vidé de ses resquilleurs, et l’employé de la STAF dans l’engin, prêt à procéder à l’appel depuis une vitre de la cabine, quelquefois à l’aide d’un porte voix sifflant et gargouillant (ce qui accentue nettement le nombre de décibels ambiants). Il décline l’ordre des inscriptions, soit Ouedraogo, puis Ouedraogo, et encore Ouedraogo ; comme à peine un quart des personnes qui portent le nom de Ouedraogo savent lire leur numéro inscrit sur le billet, c’est vingt Ouedraogo qui tentent d’ouvrir un chemin pour arriver à la porte du bus… Il faut à ce moment que l’employé de la STAF explique à tous ces gens qui s’appellent pourtant Ouedraogo en toute légitimité que c’est le numéro qui compte et pas le nom patronymique seul, et cela sans avoir pensé à éteindre le porte voix. Ce matériel persiste par conséquent à siffler et à gargouiller de plus belle, couvrant les commentaires des voyageurs inscrits, de leurs accompagnateurs, et de tout un tas d’autres personnes dont on ne sait pas très bien pourquoi ils sont là à ce moment, pourquoi ils participent aux débats ; à mon avis ils sont venus tout simplement parce qu’il y a débats et que c’est des moments d’échanges qu’il ne faut rater sous aucun prétexte au Faso : chacun a un avis arrêté sur chaque sujet nécessitant des joutes verbales et les palabres sont les piments du quotidien ici, concernent quasiment tout le monde – ” sauf les muets ! Bien entendu ! ” Chantait un poète sétois moustachu et ” pipu ” bien connu !…  

  • C’est alors que les voyageurs lettrés interviennent, qui expliquent à chaque Ouedraogo que ce qui est important, c’est le numéro inscrit au feutre sur le billet et que c’est cet ordre qu’il faut respecter. C’est à partir de là qu’enfin tous les Ouedraogo, Sawadogo, Sankara, Traoré, Caillon (il y en a en général qu’un, et en plus c’est un nassara !) sont installés ; serrés donc comme des harengs mais assis et sûrs cette fois de partir… Pas d’arriver mais au moins de partir !!! Et c’est le début du périple, qui commence par une mise en condition consistant en la traversée de l’intégralité de la ville de Ouaga, à une vitesse qui avoisine les soixante à l’heure et qui permet encore toutefois de slalomer autour des vélos et des mobylettes sans en écraser les propriétaires !  

   C’est pourquoi on est bien heureux d’arriver à Yako une heure quarante plus tard, fatigués certes, mais HEUREUX… D’ailleurs, le temps a passé vite car si l’on a dormi une bonne partie du trajet, c’est qu’on a préféré fermer les yeux dès le départ, sûrement pour éviter de voir !!!  



La révolution de 1983 face au problème de la prostitution
29 mai, 2010, 6:35
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Dans le cadre de son projet pour la réintégration des femmes dans la société à l’égal des hommes, Thomas Sankara a pris la parole officiellement pour faire savoir son opinion face au problème de la prostitution. Cette page de blog consiste en la publication de trois lettres datant de cette époque :

-Une première de la main de Thomas Sankara au Congrès Mondial des Prostituées en octobre 1986,

-Une deuxième en réponse de Carla Corse Pia Covre parlant au nom du même congrès Mondial,

-Une troisième de Joséphine Ouedraogo, ministre de l’Essor familial et de la Solidarité nationale au Comité des Droits civils des Prostituées, pour définir la position du gouvernement burkinabé

Thomas Sankara écrit au congrès mondial des prostituées (octobre 1986)

Nous avons appris avec respect et admiration La tenue du 2e congrès mondial des prostituées. Nous saluons cette initiative et nous vous félicitons de vous pencher sur cette question importante. Notre point de vue est que la prostitution n’est qu’un produit des injustices sociales et de la philosophie d’exploitation qui conduisent des sociétés a la dégénérescence. C’est pourquoi au Burkina Faso, nous combattons la prostitution -mais notre stratégie pose clairement L’obligation pour nous da tuer le mal sans tuer le malade – c’est à dire éliminer la prostitution tout en protégeant la prostituée. Oui, pour nous au Burkina Faso, la prostituée n’est qu’une victime innocente des sociétés transformées en jungle où tout est utilisé pour vivre, parfois pour simplement survivre.

La prostitution, c’est le vol organisé de la grâce de la femme, c’est l’exploitation sauvage des corps d’autrui. C’est l’exploitation des êtres humains par le système de puissance du pouvoir d’achat. Au Burkina Faso, nous luttons à offrir aux prostituées des emplois qui les libéreraient de l’exploitation des autres et leur permettraient de s’épanouir et de recouvrir leur dignité et leurs droits. Nous tenons à affirmer que dans ce combat permanent, le Burkina Faso a acquis une expérience qu’il se ferait le plaisir de communiquer à votre communauté réunie. Et si un jour, dans un élan d’élargissement, vous associez des sœurs d’Afrique, nous vous prêterions notre disponibilité pour accueillir d’autres rencontres.

Tous Les droits se conquièrent et ça n’est que par la lutte persistante que vous arracherez votre droit à vous soustraire aux méthodes policières et tracassières qui voudraient vous marginaliser et vous réduire à simplement rechercher dans la résignation quelques palliatifs pour organiser et protéger ce que les sociétés injustes voudraient hypocritement présenter comme votre métier. Vous n’avez pas le droit de capituler Vous n’avez pas le droit de démissionner Pleins succès à votre congrès

Thomas Sankara

La réponse du Comité des Droits civils des Prostituées à Thomas Sankara

Bruxelles, le 3 octobre 1986

A L’attention de monsieur Le Président du conseil national de La révolution, Président du Burkina Faso, chef du gouvernement, capitaine Thomas Sankara.

Monsieur le président, Participant au 2eme congrès international des prostituées qui a lieu en ce moment même à Bruxelles, au nom du comité des droits civils pour les prostituées italiennes, nous avons pris connaissance du message, de soutien à notre initiative que vous avez eu l’amabilité de nous envoyer.

Permettez-nous tout d’abord de vous remercier du fond du cœur pour ce geste sans précédent qui témoigne à nouveau, si besoin était, le rôle moteur que, sous votre impulsion, le Burkina Faso joue dans l’épanouissement des droits de la femme africaine et en définitif de toutes les femmes du monde. Ayant suivi avec attention les efforts déployés par votre gouvernement dans cette direction au nom de toutes nos collègues nous serions extrêmement intéressées d’établir des contacts réguliers avec les responsables que vous voudrez bien nous indiquer afin de mieux connaître les situations respectives, d ’ un côté et de l’autre, qui puissent nous permettre d’examiner en commun Les solutions les plus appropriées pour mettre un terme a l’exploitation des femmes et le  » bafouement  » de leur droits. Un effort commun pourra permettre en effet, de mieux relayer dans nos pays, l’affreuse condition de nombre de femmes africaines contraintes a s’adonner a la prostitution, par un système social venu du fonds des âges et perfectionné sous le colonialisme, qui enlève aux femmes tout droit véritable, y compris celui de pouvoir disposer librement de leur corps sans La contrainte de l’argent. Puisque je crois savoir qu’aucun contact réel n’a pu être établi entre nos organisations et les prostituées des pays africains, nous osons espérer que par votre biais cela puisse être réalisé au Burkina Faso, première étape d’une série de contacts, que Justement a partir de votre pays serait en mesure d’unir des efforts de nous toutes et nous permettre le cas échéant de proposer que notre prochain congrès ait lieu exactement en Afrique, ce qui donnerait par ailleurs à notre initiative un retentissement spectaculaire.

En vous renouvelant nos sentiments de remerciements et d’estime, croyez, monsieur le président, a l’assurance de notre profond respect. Pour Le comité des droits civils des prostituées

Carla Corse Pia Covre

Lettre de Joséphine Ouedraogo, ministre de l’Essor familial et de la Solidarité nationale au Comité des Droits civils des Prostituées

Ouagadougou le 1er décembre 1986

Le Ministre de l’Essor Familial et de la Solidarité National Au Comité des droits civils des prostituées  Objet : Recherche d’information  Suite à votre télex en date du 3 octobre 1986, adressée au Camarade Président du Faso et dans notre effort de recherche de solutions à l’ensemble des problèmes liés à l’épanouissement de la femme en général et de la prostituée en particulier, je viens par cette correspondance établir un premier contact entre votre comité et mon département, œuvrant pour la même cause. En effet, le ministère de l’Essor Familial et de la Solidarité Nationale œuvre pour la réhabilitation des groupes défavorisés, leur réinsertion sociale et la responsabilisation du Peuple Burkinabè à l’accomplissement de cette mission. Dans le souci de mieux cerner les orientations de votre Comité, je vous serais reconnaissant de bien vouloir nous envoyer une documentation relative au Comité et à la charte mondiale des prostituées. Tout en vous remerciant de votre collaboration, je vous prie de croire à la profonde gratitude. La patrie ou la mort nous vaincrons Joséphine Ouédraogo 



La condition féminine au Burkina Faso : une conceptualisation révolutionnaire au départ…
28 mai, 2010, 20:42
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Au sein des pays d’Afrique de l’Ouest mais aussi globalement sur une large part du globe, rares sont les pays où la condition féminine ait été remise en cause aussi clairement que cela a été fait au Burkina Faso dès les premiers jours de la révolution « sankariste », laquelle a posé d’emblée le projet de la réintégration des femmes dans la société à l’égal des hommes. Certes la distance entre le discours d’alors et la situation des femmes aujourd’hui est grande, mais sûrement il y a dans ce pays un ferment d’évolution et de désir d’avancer, et nombreuses sont les actions militantes qui prennent en charge le combat dans des prises en charges de thématiques variées : Sida, culture, alphabétisation, planification /contraception, scolarisation des filles. Dans ce blog, les pages qui vont suivre seront consacrées pour l’essentiel à ce sujet, et les problèmes seront traités de la réelle position de la femme aujourd’hui tant du point de vue des ses droits mais aussi de ses devoirs, ainsi que des thèmes de combat féministe comme le mariage forcé, l’excision, la pratique de la planification, la sexualité des jeunes. Pour introduire ces pages, il est intéressant de revenir aux origines des actions, à savoir les positions affichées et les souhaits de Thomas Sankara, et ce par la reproduction intégrale d’un discours long, certes, mais formidablement documenté et à la charge émotionnelle impressionnante !

« La libération de la femme : une exigence du futur » : Discours de Thomas Sankara le 8 mars 1987  » Il n’est pas courant qu’un homme ait à s’adresser à tant et tant de femmes à la fois. Il n’est pas courant non plus qu’un homme ait à suggérer à tant et tant de femmes à la fois, les nouvelles batailles à engager. La première timidité de l’homme lui vient dès le moment où il a conscience qu’il regarde une femme. Aussi, camarades militantes, vous comprendrez que malgré la joie et le plaisir que j’ai à m’adresser à vous, je reste quand même un homme qui regarde en chacune de vous, la mère, la sœur ou l’épouse. Je voudrais également que nos soeurs ici présentes, venues du Kadiogo, et qui ne comprennent pas la langue française étrangère dans laquelle je vais prononcer mon discours soient indulgentes à notre égard comme elles l’ont toujours été, elles qui, comme nos mères, ont accepté de nous porter pendant neuf mois sans rechigner. 

Camarades, la nuit de 4 août a accouché de l’œuvre la plus salutaire pour le peuple burkinabè. Elle a donné à notre peuple un nom et à notre pays un horizon. Irradiés de la sève vivifiante de la liberté, les hommes burkinabè, humiliés et proscrits d’hier, ont reçu le sceau de ce qu’il y a de plus cher au monde : la dignité et l’honneur. Dès lors, le bonheur est devenu accessible et chaque jour nous marchons vers lui, embaumés par les luttes, prémices qui témoignent des grands pas que nous avons déjà réalisés. Mais le bonheur égoïste n’est qu’illusion et nous avons une grande absente : la femme. Elle a été exclue de cette procession heureuse. Si des hommes sont déjà à l’orée du grand jardin de la révolution, les femmes elles, sont encore confinées dans leur obscurité dépersonnalisante, devisant bruyamment ou sourdement sur les expériences qui ont embrassé le Burkina Faso et qui ne sont chez elles pour l’instant que clameurs. Les promesses de la révolution sont déjà réalités chez les hommes. Chez les femmes par contre, elles ne sont encore que rumeurs. Et pourtant c’est d’elles que dépendent la vérité et l’avenir de notre révolution : questions vitales, questions essentielles puisque rien de complet, rien de décisif, rien de durable ne pourra se faire dans notre pays tant que cette importante partie de nous-mêmes sera maintenue dans cet assujettissement imposé durant des siècles par les différents systèmes d’exploitation. Les hommes et les femmes du Burkina Faso doivent dorénavant modifier en profondeur l’image qu’ils se font d’eux-mêmes à l’intérieur d’une société qui, non seulement, détermine de nouveaux rapports sociaux mais provoque une mutation culturelle en bouleversant les relations de pouvoir entre hommes et femmes, et en condamnant l’un et l’autre à repenser la nature de chacun. C’est une tâche redoutable mais nécessaire, puisqu’il s’agit de permettre à notre révolution de donner toute sa mesure, de libérer toutes ses possibilités et de révéler son authentique signification dans ces rapports immédiats, naturels, nécessaires, de l’homme et de la femme, qui sont les rapports les plus naturels de l’être humain à l’être humain. Voici donc jusqu’à quel point le comportement naturel de l’homme est devenu humain et jusqu’à quel point sa nature humaine est devenue sa nature.  Cet être humain, vaste et complexe conglomérat de douleurs et de joies, de solitude dans l’abandon, et cependant berceau créateur de l’immense humanité, cet être de souffrance, de frustration et d’humiliation, et pourtant, source intarissable de félicité pour chacun de nous ; lieu incomparable de toute affection, aiguillon des courages même les plus inattendus ; cet être dit faible mais incroyable force inspiratrice des voies qui mènent à l’honneur ; cet être, vérité chamelle et certitude spirituelle, cet être-là, femmes, c’est vous ! Vous, berceuses et compagnes de notre vie, camarades de notre lutte, et qui de ce fait, en toute justice, devez vous imposer comme partenaires égales dans la convivialité des festins des victoires de la révolution. C’est sous cet éclairage que tous, hommes et femmes, nous nous devons de définir et d’affirmer le rôle et la place de la femme dans la société. Il s’agit donc de restituer à l’homme sa vraie image en faisant triompher le règne de la liberté par-delà les différenciations naturelles, grâce à la liquidation de tous les systèmes d’hypocrisie qui consolident l’exploitation cynique de la femme. En d’autres termes, poser la question de la femme dans la société burkinabè d’aujourd’hui, c’est vouloir abolir le système d’esclavage dans lequel elle a été maintenue pendant des millénaires. C’est d’abord vouloir comprendre ce système dans son fonctionnement, en saisir la vraie nature et toutes ses subtilités pour réussir à dégager une action susceptible de conduire à un affranchissement total de la femme. Autrement dit, pour gagner un combat qui est commun à la femme et à l’homme, il importe de connaître tous les contours de la question féminine tant à l’échelle nationale qu’universelle et de comprendre comment, aujourd’hui, le combat de la femme, burkinabè rejoint le combat universel de toutes les femmes, et au-delà, le combat pour la réhabilitation totale de notre continent.  La condition de la femme est par conséquent le nœud de toute la question humaine, ici, là-bas, partout. Elle a donc un caractère universel.

La lutte de classes et la question de la femme.  Nous devons assurément au matérialisme dialectique d’avoir projeté sur les problèmes de la condition féminine la lumière la plus forte, celle qui nous permet de cerner le problème de l’exploitation de la femme à l’intérieur d’un système généralisé d’exploitation. Celle aussi qui définit la société humaine non plus comme un fait naturel immuable mais comme une anti physis. L’humanité ne subit pas passivement la puissance de la nature. Elle la prend à son compte. Cette prise en compte n’est pas une opération intérieure et subjective. Elle s’effectue objectivement dans la pratique, si la femme cesse d’être considérée comme un simple organisme sexué, pour prendre conscience au-delà des données biologiques, de sa valeur dans l’action.  En outre, la conscience que la femme prend d’elle-même n’est pas définie par sa seule sexualité. Elle reflète une situation qui dépend de la structure économique de la société, structure qui traduit le degré de l’évolution technique et des rapports entre classes auquel est parvenue l’humanité. L’importance du matérialisme dialectique est d’avoir dépassé les limites essentielles de la biologie, d’avoir échappé aux thèses simplistes de l’asservissement à l’espèce, pour introduire tous les faits dans le contexte économique et social. Aussi loin que remonte l’histoire humaine, l’emprise de l’homme sur la nature ne s’est jamais réalisée directement, le corps nu. La main avec son pouce préhensif déjà se prolonge vers l’instrument qui multiplie son pouvoir. Ce ne sont donc pas les seules données physiques, la musculature, la parturition par exemple, qui ont consacré l’inégalité de statut entre l’homme et la femme. Ce n’est pas non plus l’évolution technique en tant que telle qui l’a confirmée. Dans certains cas, et dans certaines parties du globe, la femme a pu annuler la différence physique qui la sépare de l’homme. C’est le passage d’une forme de société à une autre qui justifie l’institutionnalisation de cette inégalité. Une inégalité sécrétée par l’esprit et par notre intelligence pour réaliser la domination et l’exploitation concrétisées, représentées et vécues désormais par les fonctions et les rôles auxquels nous avons soumis la femme. La maternité, l’obligation sociale d’être conforme aux canons de ce que les hommes désirent comme élégance, empêchent la femme qui le désirerait de se forger une musculature dite d’homme. 

Pendant des millénaires, du paléolithique à l’âge du bronze, les relations entre les sexes furent considérées par les paléontologues les plus qualifiés de complémentarité positive. Ces rapports demeurèrent pendant huit millénaires sous l’angle de la collaboration et de l’interférence, et non sous celui de l’exclusion propre au patriarcat absolu à peu près généralisé à l’époque historique ! Engels a fait l’état de l’évolution des techniques mais aussi de l’asservissement historique de la femme qui naquit avec l’apparition de la propriété privée, à la faveur du passage d’un mode de production à un autre, d’une organisation sociale à une autre. Avec le travail intensif exigé pour défricher la forêt, faire fructifier les champs, tirer au maximum parti de la nature, intervient la parcellisation des tâches. L’égoïsme, la paresse, la facilité, bref le plus grand profit pour le plus petit effort émergent des profondeurs de l’homme et s’érigent en principes. La tendresse protectrice de la femme à l’égard de la famille et du clan devient le piège qui la livre à la domination du mâle. L’innocence et la générosité sont victimes de la dissimulation et des calculs crapuleux. L’amour est bafoué. La dignité est éclaboussée. Tous les vrais sentiments se transforment en objets de marchandage. Dès lors, le sens de l’hospitalité et du partage des femmes succombe à la ruse des fourbes. Quoique consciente de cette fourberie qui régit la répartition inégale des tâches, elle, la femme, suit l’homme pour soigner et élever tout ce qu’elle aime. Lui, l’homme, surexploite tant de don de soi. Plus tard, le germe de l’exploitation coupable installe des règles atroces, dépassant les concessions conscientes de la femme historiquement trahie. L’humanité connaît l’esclavage avec la propriété privée. L’homme maître de ses esclaves et de la terre devient aussi propriétaire de la femme. C’est là la grande défaite historique du sexe féminin. Elle s’explique par le bouleversement survenu dans la division du travail, du fait de nouveaux modes de production et d’une révolution dans les moyens de production. Alors le droit paternel se substitue au droit maternel ; la transmission du domaine se fait de père en fils et non plus de la femme à son clan. C’est l’apparition de la famille patriarcale fondée sur la propriété personnelle et unique du père, devenu chef de famille. Dans cette famille, la femme est opprimée. Régnant en souverain, l’homme assouvit ses caprices sexuels, s’accouple avec les esclaves ou hétaïres. Les femmes deviennent son butin et ses conquêtes de marché. Il tire profit de leur force de travail et jouit de la diversité du plaisir qu’elles lui procurent. De son côté dès que les maîtres rendent la réciproque possible, la femme se venge par l’infidélité. Ainsi le mariage se complète naturellement par l’adultère. C’est la seule défense de la femme contre l’esclavage domestique où elle est tenue. L’oppression sociale est ici l’expression de l’oppression économique. Dans un tel cycle de violence, l’inégalité ne prendra fin qu’avec l’avènement d’une société nouvelle, c’est-à-dire lorsque hommes et femmes jouiront de droits sociaux égaux, issus de bouleversements intervenus dans les moyens de production ainsi que dans tous les rapports sociaux. Aussi le sort de la femme ne s’améliorera-t-il qu’avec la liquidation du système qui l’exploite. 

De fait, à travers les âges et partout où triomphait le patriarcat, il y a eu un parallélisme étroit entre l’exploitation des classes et la domination des femmes ; Certes, avec des périodes d’éclaircies où des femmes, prêtresses ou guerrières ont crevé la voûte oppressive. Mais l’essentiel, tant au niveau de la pratique quotidienne que dans la répression intellectuelle et morale, a survécu et s’est consolidé. Détrônée par la propriété privée, expulsée d’elle-même, ravalée au rang de nourrice et de servante, rendue inessentielle par les philosophies Aristote, Pythagore et autres et les religions les plus installées, dévalorisée par les mythes, la femme partageait le sort de l’esclave qui dans la société esclavagiste n’était qu’une bête de somme à face humaine. Rien d’étonnant alors que, dans sa phase conquérante, le capitalisme, pour lequel les êtres humains n’étaient que des chiffres, ait été le système économique qui a exploité la femme avec le plus de cynisme et le plus de raffinement. C’était le cas, rapporte-t-on, chez ce fabricant de l’époque, qui n’employait que des femmes à ses métiers à tisser mécaniques. Il donnait la préférence aux femmes mariées et parmi elles, à celles qui avaient à la maison de la famille à entretenir, parce qu’elles montraient beaucoup plus d’attention et de docilité que les célibataires. Elles travaillaient jusqu’à l’épuisement de leurs forces pour procurer aux leurs les moyens de subsistance indispensables. C’est ainsi que les qualités propres de la femme sont faussées à son détriment, et tous les éléments moraux et délicats de sa nature deviennent des moyens de l’asservir. Sa tendresse, l’amour de la famille, la méticulosité qu’elle apporte à son œuvre sont utilisés contre elle, tout en se parant contre les défauts qu’elle peut avoir. Ainsi, à travers les âges et à travers les types de sociétés, la femme a connu un triste sort : celui de l’inégalité toujours confirmée par rapport à l’homme. Que les manifestations de cette inégalité aient pris des tours et contours divers, cette inégalité n’en est pas moins restée la même. Dans la société esclavagiste, l’homme esclave était considéré comme un animal, un moyen de production de biens et de services. La femme, quel que fût son rang, était écrasée à l’intérieur de sa propre classe, et hors de cette classe même pour celles qui appartenaient aux classes exploiteuses. Dans la société féodale, se basant sur la prétendue faiblesse physique ou psychologique des femmes, les hommes les ont confinées dans une dépendance absolue de l’homme. Souvent considérée comme objet de souillure ou principal agent d’indiscrétion, la femme, à de rares exceptions près, était écartée des lieux de culte. Dans la société capitaliste, la femme, déjà moralement et socialement persécutée, est également économiquement dominée. Entretenue par l’homme lorsqu’elle ne travaille pas, elle l’est encore lorsqu’elle se tue à travailler. On ne saurait jeter assez de lumière vive sur la misère des femmes, démontrer avec assez de force qu’elle est solidaire de celle des prolétaires.  De la spécificité du fait féminin. Solidaire de l’homme exploité, la femme l’est. 

Toutefois, cette solidarité dans l’exploitation sociale dont hommes et femmes sont victimes et qui lie le sort de l’un et de l’autre à l’Histoire, ne doit pas faire perdre de vue le fait spécifique de la condition féminine. La condition de la femme déborde les entités économiques en singularisant l’oppression dont elle est victime. Cette singularité nous interdit d’établir des équations en nous abîmant dans les réductions faciles et infantiles. Sans doute, dans l’exploitation, la femme et l’ouvrier sont-ils tenus au silence. Mais dans le système mis en place, la femme de l’ouvrier doit un autre silence à son ouvrier de mari. En d’autres termes, à l’exploitation de classe qui leur est commune, s’ajoutent pour les femmes, des relations singulières avec l’homme, relations d’opposition et d’agression qui prennent prétexte des différences physiques pour s’imposer. Il faut admettre que l’asymétrie entre les sexes est ce qui caractérise la société humaine, et que cette asymétrie définit des rapports souverains qui ne nous autorisent pas à voir d’emblée dans la femme, même au sein de la production économique, une simple travailleuse. Rapports privilégiés, rapports périlleux qui font que la question de la condition de la femme se pose toujours comme un problème. L’homme prend donc prétexte la complexité de ces rapports pour semer la confusion au sein des femmes et tirer profit de toutes les astuces de l’exploitation de classe pour maintenir sa domination sur les femmes. De cette même façon, ailleurs, des hommes ont dominé d’autres hommes parce qu’ils ont réussi à imposer l’idée selon laquelle au nom de l’origine de la famille et de la naissance, du « droit divin », certains hommes étaient supérieurs à d’autres. D’où le règne féodal. De cette même manière, ailleurs, d’autres hommes ont réussi à asservir des peuples entiers, parce que l’origine et l’explication de la couleur de leur peau ont été une justification qu’ils ont voulue « scientifique » pour dominer ceux qui avaient le malheur d’être d’une autre couleur. C’est le règne colonial. C’est l’apartheid. Nous ne pouvons pas ne pas être attentifs à cette situation des femmes, car c’est elle qui pousse les meilleures d’entre elles à parler de guerre des sexes alors qu’il s’agit d’une guerre de clans et de classes à mener ensemble dans la complémentarité tout simplement. Mais il faut admettre que c’est bien l’attitude des hommes qui rend possible une telle oblitération des significations et autorise par là toutes les audaces sémantiques du féminisme dont certaines n’ont pas été inutiles dans le combat qu’hommes et femmes mènent contre l’oppression. Un combat que nous pouvons gagner, que nous allons gagner si nous retrouvons notre complémentarité, si nous nous savons nécessaires et complémentaires, si nous savons enfin que nous sommes condamnés à la complémentarité. Pour l’heure, force est de reconnaître que le comportement masculin, fait de vanités, d’irresponsabilités, d’arrogances et de violences de toutes sortes à l’endroit de la femme, ne peut guère déboucher sur une action coordonnée contre l’oppression de celle-ci. Et que dire de ces attitudes qui vont jusqu’à la bêtise et qui ne sont en réalité qu’exutoires des mâles opprimés espérant, par leurs brutalités contre leur femme, récupérer pour leur seul compte une humanité que le système d’exploitation leur dénie. La bêtise masculine s’appelle sexisme ou machisme, toute forme d’indigence intellectuelle et morale, voire d’impuissance physique plus ou moins déclarée qui oblige souvent les femmes politiquement conscientes à considérer comme un devoir la nécessité de lutter sur deux fronts. Pour lutter et vaincre, les femmes doivent s’identifier aux couches et classes sociales opprimées : les ouvriers, les paysans… Un homme, si opprimé soit-il, trouve un être à opprimer : sa femme. C’est là assurément affirmer une terrible réalité. Lorsque nous parlons de l’ignoble système de l’apartheid, c’est vers les Noirs exploités et opprimés que se tournent et notre pensée et notre émotion. Mais nous oublions hélas la femme noire qui subit son homme, cet homme qui, muni de son passbook (laissez-passer), s’autorise des détours coupables avant d’aller retrouver celle qui l’a attendu dignement, dans la souffrance et dans le dénuement. 

Pensons aussi à la femme blanche d’Afrique du Sud, aristocrate, matériellement comblée sûrement, mais malheureusement machine de plaisir de ces hommes blancs lubriques qui n’ont plus pour oublier leurs forfaits contre les Noirs que leur enivrement désordonné et pervers de rapports sexuels bestiaux. En outre, les exemples ne manquent pas d’hommes pourtant progressistes, vivant allègrement d’adultère, mais qui seraient prêts à assassiner leur femme rien que pour un soupçon d’infidélité. Ils sont nombreux chez nous, ces hommes qui vont chercher des soi-disant consolations dans les bras de prostituées et de courtisanes de toutes sortes ! Sans oublier les maris irresponsables dont les salaires ne servent qu’à entretenir des maîtresses et enrichir des débits de boisson. Et que dire de ces petits hommes eux aussi progressistes qui se retrouvent souvent dans une ambiance lascive pour parler des femmes dont ils ont abusé. Ils croient ainsi se mesurer à leurs semblables hommes, voire les humilier quand ils ravissent des femmes mariées. En fait, il ne s’agit là que de lamentables mineurs dont nous nous serions même abstenus de parler si leur comportement de délinquants ne mettait en cause et la vertu et la morale de femmes de grande valeur qui auraient été hautement utiles à notre révolution. Et puis tous ces militants plus ou moins révolutionnaires, beaucoup moins révolutionnaires que plus, qui n’acceptent pas que leurs épouses militent ou ne l’acceptent que pour le militantisme de jour et seulement de jour ; qui battent leurs femmes parce qu’elles se sont absentées pour des réunions ou des manifestations de nuit. Ah ! Ces soupçonneux, ces jaloux ! Quelle pauvreté d’esprit et quel engagement conditionnel, limité ! Car n’y aurait-il que la nuit qu’une femme déçue et décidée puisse tromper son mari ? Et quel est cet engagement qui veut que le militantisme s’arrête avec la tombée de la nuit, pour ne reprendre ses droits et ses exigences que seulement au lever du jour !  Et que penser enfin de tous ces propos dans la bouche des militants plus révolutionnaires, les uns que les autres sur les femmes ? Des propos comme «  bassement matérialistes, profiteuses, comédiennes, menteuses cancanières, intrigantes, jalouses etc.  » Tout cela est peut-être vrai des femmes mais sûrement aussi vrai pour les hommes ! Notre société pourrait-elle pervertir moins que cela lorsqu’avec méthode, elle accable les femmes, les écarte de tout ce qui est censé être sérieux, déterminant, c’est-à-dire au-dessus des relations subalternes et mesquines ! Lorsque l’on est condamné comme les femmes le sont à attendre son maître de mari pour lui donner à manger, et recevoir de lui l’autorisation de parler et de vivre, on n’a plus, pour s’occuper et se créer une illusion d’utilité ou d’importance, que les regards, les reportages, les papotages, les jeux de ferraille, les regards obliques et envieux suivis de médisance sur la coquetterie des autres et leur vie privée. Les mêmes attitudes se retrouvent chez les mâles placés dans les mêmes conditions. Des femmes, nous disons également, hélas qu’elles sont oublieuses. On les qualifie même de têtes de linottes. N’oublions jamais cependant qu’accaparée, voire tourmentée par l’époux léger, le mari infidèle et irresponsable, l’enfant et ses problèmes, accablée enfin par l’intendance de toute la famille, la femme, dans ces conditions, ne peut avoir que des yeux hagards qui reflètent l’absence, et la distraction de l’esprit. L’oubli, pour elle, devient un antidote à la peine, une atténuation des rigueurs de l’existence, une protection vitale. Mais des hommes oublieux, il y en a aussi, et beaucoup ; les uns dans l’alcool et les stupéfiants, les autres dans diverses formes de perversité auxquelles ils s’adonnent dans la course de la vie. Cependant, personne ne dit jamais que ces hommes-là sont oublieux. Quelle vanité, quelles banalités ! Banalités dont ils se gargarisent pour marquer ces infirmités de l’univers masculin. Car l’univers masculin dans une société d’exploitation a besoin de femmes prostituées ; Celles que l’on souille et que l’on sacrifie après usage sur l’autel de la prospérité d’un système de mensonges et de rapines, ne sont que des boucs émissaires.  La prostitution n’est que la quintessence d’une société où l’exploitation est érigée en règle. Elle symbolise le mépris que l’homme a de la femme. De cette femme qui n’est autre que la figure douloureuse de la mère, de la sœur ou de l’épouse d’autres hommes, donc de chacun de nous. C’est en définitive, le mépris inconscient que nous avons de nous-mêmes. Il n’y a de prostituées que là où existent des «  prostitueurs  » et des proxénètes.

Mais qui donc va chez la prostituée ?  Il y a d’abord des maris qui vouent leurs épouses à la chasteté pour décharger sur la prostituée leur turpitude et leurs désirs de stupres. Cela leur permet d’accorder un respect apparent à leurs épouses tout en révélant leur vraie nature dans le giron de la fille dite de joie. Ainsi sur le plan moral, on fait de la prostitution le symétrique du mariage. On semble s’en accommoder, dans les rites et coutumes, les religions et les morales. C’est ce que les pères de l’Église exprimaient en disant qu’ «  il faut des égouts pour garantir la salubrité des palais  ». Il y a ensuite les jouisseurs impénitents et intempérants qui ont peur d’assumer la responsabilité d’un foyer avec ses turbulences et qui fuient les charges morales et matérielles d’une paternité. Ils exploitent alors l’adresse discrète d’une maison close comme le filon précieux d’une liaison sans conséquences.  Il y a aussi la cohorte de tous ceux qui, publiquement du moins et dans les lieux bien pensants, vouent la femme aux gémonies. Soit par un dépit qu’ils n’ont pas eu le courage de transcender, perdant confiance ainsi en toute femme déclarée alors instrumentum diabolicum, soit également par hypocrisie pour avoir trop souvent et péremptoirement proclamé contre le sexe féminin un mépris qu’ils s’efforcent d’assumer aux yeux de la société dont ils ont extorqué l’admiration par la fausse vertu. Tous nuitamment échouent dans les lupanars de manière répétée jusqu’à ce que parfois leur tartufferie soit découverte. Il y a encore cette faiblesse de l’homme que l’on retrouve dans sa recherche de situations polyandriques. Loin de nous, toute idée de jugement de valeur sur la polyandrie, cette forme de rapport entre l’homme et la femme que certaines civilisations ont privilégiée. Mais dans les cas que nous dénonçons, retenons ces parcs de gigolos cupides et fainéants qu’entretiennent grassement de riches dames. Dans ce même système, au plan économique la prostitution peut confondre prostituée et femme mariée  » matérialiste  ». Entre celle qui vend son corps par la prostitution et celle qui se vend dans le mariage, la seule différence consiste dans le prix et la durée du contrat. Ainsi en tolérant l’existence de la prostitution, nous ravalons toutes nos femmes au même rang : prostituées ou mariées. La seule différence est que la femme légitime tout en étant opprimée en tant qu’épouse bénéficie au moins du sceau de l’honorabilité que confère le mariage. Quant à la prostituée, il ne reste plus que l’appréciation marchande de son corps, appréciation fluctuant au gré des valeurs des bourses phallocratiques. N’est-elle qu’un article qui se valorise ou se dévalorise en fonction du degré de flétrissement de ses charmes ? N’est-elle pas régie par la loi de l’offre et de la demande ? La prostitution est un raccourci tragique et douloureux de toutes les formes de l’esclavage féminin. Nous devons par conséquent voir dans chaque prostituée le regard accusateur braqué sur la société tout entière. Chaque proxénète, chaque partenaire de prostituée remue un couteau dans cette plaie purulente et béante qui enlaidit le monde des hommes et le conduit à sa perte. Aussi, en combattant la prostitution, en tendant une main secourable à la prostituée, nous sauvons nos mères, nos soeurs et nos femmes de cette lèpre sociale. Nous nous sauvons nous-mêmes. Nous sauvons le monde.

La condition de la femme au Burkina : Si dans l’entendement de la société, le garçon qui naît est un  » don de Dieu  », la naissance d’une fille est accueillie, sinon comme une fatalité, au mieux comme un présent qui servira à produire des aliments et à reproduire le genre humain. Au petit homme l’on apprendra à vouloir et à obtenir, à dire et être servi, à désirer et prendre, à décider sans appel. A la future femme, la société, comme un seul homme et c’est bien le lieu de le dire assène, inculque des normes sans issue. Des corsets psychiques appelés vertus créent en elle un esprit d’aliénation personnelle, développent dans cette enfant la préoccupation de protection et la prédisposition aux alliances tutélaires et aux tractations matrimoniales. Quelle fraude mentale monstrueuse !  Ainsi, enfant sans enfance, la petite fille, dès l’âge de 3 ans, devra répondre à sa raison d’être : servir, être utile. Pendant que son frère de 4, 5 ou 6 ans jouera jusqu’à l’épuisement ou l’ennui, elle entrera, sans ménagement, dans le processus de production. Elle aura, déjà, un métier : assistante-ménagère. Occupation sans rémunération bien sûr car ne dit-on pas généralement d’une femme à la maison qu’elle «  ne fait rien ?  ». N’inscrit-on pas sur les documents d’identité des femmes non rémunérées la mention «  ménagère  » pour dire que celles-ci n’ont pas d’emploi ? Qu’elles «  ne travaillent pas ?  ». Les rites et les obligations de soumission aidant, nos soeurs grandissent, de plus en plus dépendantes, de plus en plus dominées, de plus en plus exploitées avec de moins en moins de loisirs et de temps libre. Alors que le jeune homme trouvera sur son chemin les occasions de s’épanouir et de s’assumer, la camisole de force sociale enserrera davantage la jeune fille, à chaque étape de sa vie. Pour être née fille, elle paiera un lourd tribut, sa vie durant, jusqu’à ce que le poids du labeur et les effets de l’oubli de soi physiquement et mentalement la conduisent au jour du Grand repos. Facteur de production aux côtés de sa mère dès ce moment, plus sa patronne que sa maman elle ne sera jamais assise à ne rien faire, jamais laissée, oubliée à ses jeux et à ses jouets comme lui, son frère. De quelque côté que l’on se tourne, du Plateau central au Nord-est où les sociétés à pouvoir fortement centralisé prédominent, à l’Ouest où vivent des communautés villageoises au pouvoir non centralisé ou au Sud-ouest, terroir des collectivités dites segmentaires, l’organisation sociale traditionnelle présente au moins un point commun : la subordination des femmes. Dans ce domaine, nos 8 000 villages, nos 600 000 concessions et notre million et plus de ménages, observent des comportements identiques ou similaires. Ici et là, l’impératif de la cohésion sociale définie par les hommes est la soumission des femmes et la subordination des cadets. 

Notre société, encore par trop primitivement agraire, patriarcale et polygamique, faite de la femme un objet d’exploitation pour sa force de travail et de consommation, pour sa fonction de reproduction biologique. Comment la femme vit-elle cette curieuse double identité : celle d’être le nœud vital qui soude tous les membres de la famille, qui garantit par sa présence et son attention l’unité fondamentale et celle d’être marginalisée, ignorée ? Une condition hybride s’il en est, dont l’ostracisme imposé n’a d’égal que le stoïcisme de la femme. Pour vivre en harmonie avec la société des hommes, pour se conformer au diktat des hommes, la femme s’enferrera dans une ataraxie avilissante, négativiste, par le don de soi. Femme-source de vie mais femme-objet. Mère mais servile domestique. Femme-nourricière mais femme-alibi. Taillable aux champs et corvéable au ménage, cependant figurante sans visage et sans voix. Femme-charnière, femme-confluent mais femme en chaînes, femme-ombre à l’ombre masculine. Pilier du bien-être familial, elle est accoucheuse, laveuse, balayeuse, cuisinière, messagère, matrone, cultivatrice, guérisseuse, maraîchère, pileuse, vendeuse, ouvrière. Elle est une force de travail à l’outil désuet, cumulant des centaines de milliers d’heures pour des rendements désespérants. Déjà aux quatre fronts du combat contre la maladie, la faim, le dénuement, la dégénérescence, nos soeurs subissent chaque jour la pression des changements sur lesquels elles n’ont point de prise. Lorsque chacun de nos 800 000 émigrants mâles s’en va, une femme assume un surcroît de travail. Ainsi, les deux millions de Burkinabé résidant hors du territoire national ont contribué à aggraver le déséquilibre de la sex-ratio qui, aujourd’hui, fait que les femmes constituent 51,7 pour cent de la population totale. De la population résidante potentiellement active, elles sont 52,1 pour cent. Trop occupée pour accorder l’attention voulue à ses enfants, trop épuisée pour penser à elle-même, la femme continuera de trimer : roue de fortune, roue de friction, roue motrice, roue de secours, grande roue. Rouées et brimées, les femmes, nos soeurs et nos épouses, paient pour avoir donné la vie. Socialement reléguées au troisième rang, après l’homme et l’enfant, elles paient pour entretenir la vie. Ici aussi, un Tiers Monde est arbitrairement arrêté pour dominer, pour exploiter. Dominée et transférée d’une tutelle protectrice exploiteuse à une tutelle dominatrice et davantage exploiteuse, première à la tâche et dernière au repos, première au puits et au bois, au feu du foyer mais dernière à étancher ses soifs, autorisée à manger que seulement quand il en reste ; et après l’homme, clé de voûte de la famille, tenant sur ses épaules, dans ses mains et par son ventre cette famille et la société, la femme est payée en retour d’idéologie nataliste oppressive, de tabous et d’interdits alimentaires, de surcroît de travail, de malnutrition, de grossesses dangereuses, de dépersonnalisation et d’innombrables autres maux qui font de la mortalité maternelle une des tares les plus intolérables, les plus indicibles, les plus honteuses de notre société. 

Sur ce substrat aliénant, l’intrusion des rapaces venus de loin a contribué à fermenter la solitude des femmes et à empirer la précarité de leur condition. L’euphorie de l’indépendance a oublié la femme dans le lit des espoirs châtrés. Ségréguée dans les délibérations, absente des décisions, vulnérable donc victime de choix, elle a continué de subir la famille et la société. Le capital et la bureaucratie ont été de la partie pour maintenir la femme subjuguée. L’impérialisme a fait le reste. Scolarisées deux fois moins que les hommes, analphabètes à 99 pour cent, peu formées aux métiers, discriminées dans l’emploi, limitées aux fonctions subalternes, harcelées et congédiées les premières, les femmes, sous les poids de cent traditions et de mille excuses ont continué de relever les défis successifs. Elles devaient rester actives, coûte que coûte, pour les enfants, pour la famille et pour la société. Au travers de mille nuits sans aurores. Le capitalisme avait besoin de coton, de karité, de sésame pour ses industries et c’est la femme, ce sont nos mères qui en plus de ce qu’elles faisaient déjà se sont retrouvées chargées d’en réaliser la cueillette. Dans les villes, là où était censée être la civilisation émancipatrice de la femme, celle-ci s’est retrouvée obligée de décorer les salons de bourgeois, de vendre son corps pour vivre ou de servir d’appât commercial dans les productions publicitaires.  Les femmes de la petite bourgeoisie des villes vivent sans doute mieux que les femmes de nos campagnes sur le plan matériel. Mais sont-elles plus libres, plus émancipées, plus respectées, plus responsabilisées ? Il y a plus qu’une question à poser, il y a une affirmation à avancer. De nombreux problèmes demeurent, qu’il s’agisse de l’emploi ou de l’accès à l’éducation, qu’il s’agisse du statut de la femme dans les textes législatifs ou dans la vie concrète de tous les jours, la femme burkinabè demeure encore celle qui vient après l’homme et non en même temps. Les régimes politiques néocoloniaux qui se sont succédé au Burkina n’ont eu de la question de l’émancipation de la femme que son approche bourgeoise qui n’est que l’illusion de liberté et de dignité. Seules les quelques femmes de la petite bourgeoisie des villes étaient concernées par la politique à la mode de la «  condition féminine  » ou plutôt du féminisme primaire qui revendique pour la femme le droit d’être masculine. Ainsi la création du ministère de la Condition féminine, dirigée par une femme fut-elle chantée comme une victoire. Mais avait-on vraiment conscience de cette condition féminine ? Avait-on conscience que la condition féminine c’est la condition de 52 pour cent de la population burkinabè ? Savait-on que cette condition était déterminée par les structures sociales, politiques, économiques et par les conceptions rétrogrades dominantes et que par conséquent la transformation de cette condition ne saurait incomber à un seul ministère, fût-il dirigé par une femme ? Cela est si vrai que les femmes du Burkina ont pu constater après plusieurs années d’existence de ce ministère que rien n’avait changé dans leur condition. Et il ne pouvait en être autrement dans la mesure où l’approche de la question de l’émancipation des femmes qui a conduit à la création d’un tel ministère-alibi, refusait de voir et de mettre en évidence afin d’en tenir compte les véritables causes de la domination et de l’exploitation de la femme. Aussi ne doit-on pas s’étonner que malgré l’existence de ce ministère, la prostitution se soit développée, que l’accès des femmes à l’éducation et à l’emploi ne se soit pas amélioré, que les droits civiques et politiques des femmes soient restés ignorés, que les conditions d’existence des femmes en ville comme en campagne ne se soient nullement améliorées. Femme-bijou, femme-alibi politique au gouvernement, femme-sirène clientéliste aux élections, femme-robot à la cuisine, femme frustrée par la résignation et les inhibitions imposées malgré son ouverture d’esprit ! Quelle que soit sa place dans le spectre de la douleur, quelle que soit sa façon urbaine ou rurale de souffrir, elle souffre toujours. Mais une seule nuit a porté la femme au cœur de l’essor familial et au centre de la solidarité nationale. Porteuse de liberté, l’aurore consécutive du 4 août 1983 lui a fait écho pour qu’ensemble, égaux, solidaires et complémentaires, nous marchions côte à côte, en un seul peuple. La révolution d’août a trouvé la femme burkinabè dans sa condition d’être assujettie et exploité par une société néocoloniale fortement influencée par l’idéologie des forces rétrogrades. Elle se devait de rompre avec la politique réactionnaire, prônée et suivie jusque-là en matière d’émancipation de la femme, en définissant de façon claire un politique nouveau, juste et révolutionnaire.

Notre révolution et l’émancipation de la femme : Le 2 octobre 1983, le Conseil national de la révolution a clairement énoncé dans son Discours d’orientation politique l’axe principal du combat de libération de la femme. Il s’y est engagé à travailler à la mobilisation, à l’organisation et à l’union de toutes les forces vives de la nation, et de la femme en particulier. Le Discours d’orientation politique précisait à propos de la femme : «  Elle sera associée d tous les combats que nous aurons à entreprendre contre les diverses entraves de la société néocoloniale et pour l’édification d’une société nouvelle. Elle sera associée à tous les niveaux de conception, de décision et d’exécution dans l’organisation de la vie de la nation tout entière  ». Le but de cette grandiose entreprise, c’est de construire une société libre et prospère où la femme sera l’égale de l’homme dans tous les domaines. Il ne peut y avoir de façon plus claire de concevoir et d’énoncer la question de la femme et la lutte émancipatrice qui nous attend. «  La vraie émancipation de la femme c’est celle qui responsabilise la femme, qui l’associe aux activités productrices, aux différents combats auxquels est confronté le peuple. La vraie émancipation de la femme, c’est celle qui force la considération et le respect de l’homme  ». Cela indique clairement, camarades militantes, que le combat pour la libération de la femme est avant tout votre combat pour le renforcement de la Révolution démocratique et populaire. Cette révolution qui vous donne désormais la parole et le pouvoir de dire et d’agir pour l’édification d’une société de justice et d’égalité, où la femme et l’homme ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. La Révolution démocratique et populaire a créé les conditions d’un tel combat libérateur. Il vous appartient désormais d’agir en toute responsabilité pour, d’une part, briser toutes les chaînes et entraves qui asservissent la femme dans les sociétés arriérées comme la nôtre, et pour, d’autre part, assumer la part de responsabilité qui est la vôtre dans la politique d’édification de la société nouvelle au profit de l’Afrique et au profit de toute l’humanité. Aux premières heures de la Révolution démocratique et populaire, nous le disions déjà : «  l’émancipation tout comme la liberté ne s’octroie pas, elle se conquiert. Et il incombe aux femmes elles-mêmes d’avancer leurs revendications et de se mobiliser pour les faire aboutir  ». Ainsi notre révolution a non seulement précisé l’objectif à atteindre dans la question de la lutte d’émancipation de la femme, mais elle a également indiqué ta voie à suivre, les moyens à mettre en œuvre et les principaux acteurs de ce combat. Voilà bientôt quatre ans que nous œuvrons ensemble, hommes et femmes, pour remporter des victoires et avancer vers l’objectif final.  Il nous faut avoir conscience des batailles livrées, des succès remportés, des échecs subis et des difficultés rencontrées pour davantage préparer et diriger les futurs combats. Quelle œuvre a été réalisée par la Révolution démocratique et populaire dans l’émancipation de la femme ?

Quels atouts et quels handicaps ? L’un des principaux acquis de notre révolution dans la lutte pour l’émancipation de la femme a été sans conteste la création de l’Union des femmes du Burkina, (UFB). La création de cette organisation constitue un acquit majeur parce qu’elle a permis de donner aux femmes de notre pays un cadre et des moyens sûrs pour victorieusement mener le combat. La création de l’UFB est une grande victoire parce qu’elle permet le ralliement de l’ensemble des femmes militantes autour d’objectifs précis, justes, pour le combat libérateur sous la direction du Conseil national de la révolution. L’UFB est l’organisation des femmes militantes et responsables, déterminées à travailler pour transformer [la réalité], à se battre pour gagner, à tomber et retomber, mais à se relever chaque fois pour avancer sans reculer. C’est là une conscience nouvelle qui a germé chez les femmes du Burkina, et nous devons tous en être fiers. Camarades militantes, l’Union des femmes du Burkina est votre organisation de combat. Il vous appartient de l’affûter davantage pour que ses coups soient plus tranchants et vous permettent de remporter toujours et toujours des victoires. Les différentes initiatives que le Gouvernement a pu entreprendre depuis un peu plus de trois ans pour l’émancipation de la femme sont certainement insuffisantes, mais elles ont permis de faire un bout du chemin au point que notre pays peut se présenter aujourd’hui à l’avant-garde du combat libérateur de la femme. Nos femmes participent de plus en plus aux prises de décision, à l’exercice effectif du pouvoir populaire.  Les femmes du Burkina sont partout où se construit le pays, elles sont sur les chantiers : le Sourou (vallée irriguée), le reboisement, la vaccination-commando, les opérations «  Villes propres  », la bataille du rail, etc. Progressivement, les femmes du Burkina prennent pied et s’imposent, battant ainsi en brèche toutes les conceptions phallocratiques et passéistes des hommes. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que la femme au Burkina soit partout présente dans le tissu social et professionnel. Notre révolution, durant les trois ans et demi, a œuvré à l’élimination progressive des pratiques dévalorisantes de la femme, comme la prostitution et les pratiques avoisinantes comme le vagabondage 3t la délinquance des jeunes filles, le mariage forcé, l’excision et les conditions de vie particulièrement difficiles de la femme. En contribuant à résoudre partout le problème de l’eau, en contribuant aussi à l’installation des moulins dans les villages, en vulgarisant les foyers améliorés, en créant des garderies populaires, en pratiquant la vaccination au quotidien, en incitant à l’alimentation saine, abondante et variée, la révolution contribue sans nul doute à améliorer les conditions de vie de la femme burkinabè. Aussi, celle-ci doit-elle s’engager davantage dans l’application des mots d’ordre anti-impérialistes, à produire et consommer burkinabè, en s’affirmant toujours comme un agent économique de premier plan, producteur comme consommateur des produits locaux. La révolution d’août a sans doute beaucoup fait pour l’émancipation de la femme, mais cela est pourtant loin d’être satisfaisant. Il nous reste beaucoup à faire. 

Pour mieux réaliser ce qu’il nous reste à faire, il nous faut d’avantage être conscients des difficultés à vaincre. Les obstacles et les difficultés sont nombreux. Et en tout premier lieu l’analphabétisme et le faible niveau de conscience politique, toutes choses accentuées encore par l’influence trop grande des forces rétrogrades dans nos sociétés arriérées. Ces deux principaux obstacles, nous devons travailler avec persévérance à les vaincre. Car tant que les femmes n’auront pas une conscience claire de la justesse du combat politique à mener et des moyens à mettre en œuvre, nous risquons de piétiner et finalement de régresser. C’est pourquoi, l’Union des femmes du Burkina devra pleinement jouer le rôle qui est le sien. Les femmes de l’UFB doivent travailler à surmonter leurs propres insuffisances, à rompre avec les pratiques et le comportement qu’on a toujours dit propres aux femmes et que malheureusement nous pouvons vérifier encore chaque jour par les propos et comportements de nombreuses femmes. Il s’agit de toutes ces mesquineries comme la jalousie, l’exhibitionnisme, les critiques incessantes et gratuites, négatives et sans principes, le dénigrement des unes par les autres, le subjectivisme à fleur de peau, les rivalités, etc. Une femme révolutionnaire doit vaincre de tels comportements qui sont particulièrement accentués chez celles de la petite bourgeoisie. Ils sont de nature à compromettre tout travail de groupe, alors même que le combat pour la libération de la femme est un travail organisé qui a besoin par conséquent de la contribution de l’ensemble des femmes. Ensemble nous devons toujours veiller à l’accès de la femme au travail. Ce travail émancipateur et libérateur qui garantira à la femme l’indépendance économique, un plus grand rôle social et une connaissance plus juste et plus complète du monde. Notre entendement du pouvoir économique de la femme doit se départir de la cupidité vulgaire et de la crasse avidité matérialiste qui font de certaines femmes des bourses de valeurs-spéculatrices, des coffres-forts ambulants. Il s’agit de ces femmes qui perdent toute dignité, tout contrôle et tout principe dès lors que le clinquant des bijoux se manifeste ou que le craquant des billets se fait entendre. De ces femmes, il y en a malheureusement qui conduisent des hommes aux excès d’endettement, voire de concussion, de corruption. Ces femmes sont de dangereuses boues gluantes, fétides, qui nuisent à la flamme révolutionnaire de leurs époux ou compagnons militants. De tristes cas existent où des ardeurs révolutionnaires ont été éteintes et où l’engagement du mari a été détourné de la cause du peuple par une femme égoïste et acariâtre, jalouse et envieuse. L’éducation et l’émancipation économique, si elles ne sont pas bien comprises et utilement orientées, peuvent être sources de malheur pour la femme, donc pour la société. Recherchées comme amantes, épousées pour le meilleur, elles sont abandonnées dès que survient le pire. Le jugement répandu est impitoyable pour elles : l’intellectuelle se «  place mal  » et la richissime est suspecte. Toutes sont condamnées à un célibat qui ne serait pas grave s’il n’était pas l’expression même d’un ostracisme diffus de toute une société contre des personnes, victimes innocentes parce qu’elles ignorent tout de «  leur crime et de leur tare  », frustrées parce que chaque jour est un éteignoir à une affectivité qui se mue en acariâtrie ou en hypochondrie. Chez beaucoup de femmes le grand savoir a provoqué des déboires et la grande fortune a nourri bien des infortunes. La solution à ces paradoxes apparents réside dans la capacité des malheureuses instruites ou riches à mettre au service de leur peuple leur grande instruction, leurs grandes richesses. Elles n’en seront que plus appréciées, voire adulées par tant et tant de personnes à qui elles auront apporté un peu de joie. Comment alors pourraient-elles se sentir seules dans ces conditions ? Comment ne pas connaître la plénitude sentimentale lorsque l’on a su faire de l’amour de soi et de l’amour pour soi, l’amour de l’autre et l’amour des autres ? Nos femmes ne doivent pas reculer devant les combats multiformes qui conduisent une femme à s’assumer pleinement, courageusement et fièrement afin de vivre le bonheur d’être elle-même, et non pas la domestication d’elle par lui. 

Aujourd’hui encore, et pour beaucoup de nos femmes, s’inscrire sous le couvert d’un homme demeure le quitus le plus sûr contre le qu’en-dira-t-on oppressant. Elles se marient sans amour et sans joie de vivre, au seul profit d’un goujat, d’un falot démarqué de la vie et des luttes du peuple. Bien souvent, des femmes exigent une indépendance sourcilleuse, réclamant en même temps d’être protégées, pire, d’être sous le protectorat colonial d’un mâle. Elles ne croient pas pouvoir vivre autrement. Non ! Il nous faut redire à nos soeurs que le mariage, s’il n’apporte rien à la société et s’il ne les rend pas heureuses, n’est pas indispensable, et doit même être évité. Au contraire, montrons-leur chaque jour les exemples de pionnières hardies et intrépides qui dans leur célibat, avec ou sans enfants, sont épanouies et radieuses pour elles, débordantes de richesses et de disponibilité pour les autres. Elles sont même enviées par les mariées malheureuses pour les sympathies qu’elles soulèvent, le bonheur qu’elles tirent de leur liberté, de leur dignité et de leur serviabilité. Les femmes ont suffisamment fait la preuve de leurs capacités à entretenir une famille, à élever des enfants, à être en un mot responsables sans l’assujettissement tutélaire d’un homme. La société a suffisamment évolué pour que cesse le bannissement injuste de la femme sans mari. Révolutionnaires, nous devons faire en sorte que le mariage soit un choix valorisant et non pas cette loterie où l’on sait ce que l’on dépense au départ mais rien de ce que l’on va gagner. Les sentiments sont trop nobles pour tomber sous le coup du ludisme. Une autre difficulté réside aussi sans aucun doute dans l’attitude féodale, réactionnaire et passive de nombreux hommes qui continuent de par leur comportement, à tirer en arrière. Ils n’entendent pas voir remettre en cause des dominations absolues sur la femme au foyer ou dans la société en général. Dans le combat pour l’édification de la société nouvelle qui est un combat révolutionnaire, ces hommes de par leurs pratiques, se placent du côté de la réaction et de la contre-révolution. Car la révolution ne saurait aboutir sans l’émancipation véritable des femmes. Nous devons donc, camarades militantes, avoir clairement conscience de toutes ces difficultés pour mieux affronter les combats à venir.  La femme tout comme l’homme possède des qualités mais aussi des défauts et c’est là sans doute la preuve que la femme est l’égale de l’homme. En mettant délibérément l’accent sur les qualités de la femme, nous n’avons pas d’elle une vision idéaliste. Nous tenons simplement à mettre en relief ses qualités et ses compétences que l’homme et la société ont toujours occultées pour justifier l’exploitation et la domination de la femme.

Comment allons-nous nous organiser pour accélérer la marche en avant vers l’émancipation ? Nos moyens sont dérisoires, mais notre ambition, elle, est grande. Notre volonté et notre conviction fermes d’aller de l’avant ne suffisent pas pour réaliser notre pari. II nous faut rassembler nos forces, toutes nos forces, les agencer, les coordonner dans le sens du succès de notre lutte. Depuis plus de deux décennies l’on a beaucoup parlé d’émancipation dans notre pays, l’on s’est beaucoup ému. II s’agit aujourd’hui d’aborder la question de l’émancipation de façon globale, en évitant les fuites des responsabilités qui ont conduit à ne pas engager toutes les forces dans la lutte et à faire de cette question centrale une question marginale, en évitant également les fuites en avant qui laisseraient loin derrière, ceux et surtout celles qui doivent tue en première ligne. Au niveau gouvernemental, guidé par les directives du Conseil national de la révolution, un Plan d’action cohérent en faveur des femmes, impliquant l’ensemble des départements ministériels, sera mis en place afin de situer les responsabilités de chacun dans des missions à court et moyen termes. Ce plan d’action, loin d’être un catalogue de vœux pieux et autres apitoiements devra être le fil directeur de l’intensification de l’action révolutionnaire. C’est dans le feu de la lutte que les victoires importantes et décisives seront remportées. 

Ce plan d’action devra être conçu par nous et pour nous. De nos larges et démocratiques débats devront sortir les audacieuses résolutions pour réaliser notre foi en la femme. Que veulent les hommes et les femmes pour les femmes ? C’est ce que nous dirons dans notre Plan d’action. Le Plan d’action, de par l’implication de tous les départements ministériels, se démarquera résolument de l’attitude qui consiste à marginaliser la question de la femme et à déresponsabiliser des responsables qui, dans leurs actions quotidiennes, auraient dû et auraient pu contribuer de façon significative à la résolution de la question. Cette nouvelle approche multidimensionnelle de la question de la femme découle de notre analyse scientifique, de son origine, de ses causes et de son importance dans le cadre de notre projet d’une société nouvelle, débarrassée de toutes formes d’exploitation et d’oppression. II ne s’agit point ici d’implorer la condescendance de qui que ce soit en faveur de la femme. II s’agit d’exiger au nom de la révolution qui est venue pour donner et non pour prendre, que justice soit faite aux femmes. Désormais l’action de chaque ministère, de chaque comité d’administration ministériel sera jugée en fonction des résultats atteints dans le cadre de la mise en œuvre du Plan d’action, au-delà des résultats globaux usuels. À cet effet, les résultats statistiques comporteront nécessairement la part de l’action entreprise qui a bénéficié aux femmes ou qui les a concernées. La question de la femme devra être présente à l’esprit de tous les décideurs à tout instant, à toutes les phases de la conception, de l’exécution des actions de développement. Car concevoir un projet de développement sans la participation de la femme, c’est ne se servir que de quatre doigts, quand on en a dix. C’est donc courir à l’échec. Au niveau des ministères chargés de l’éducation, on veillera tout particulièrement à ce que l’accès des femmes à l’éducation soit une réalité, cette réalité qui constituera un pas qualitatif vers l’émancipation. Tant il est vrai que partout où les femmes ont accès à l’éducation, la marche vers l’émancipation s’est trouvée accélérée. La sortie de la nuit de l’ignorance permet en effet aux femmes d’exprimer, et d’utiliser les armes du savoir, pour se mettre à la disposition de la société. Du Burkina Faso, devraient disparaître toutes les formes ridicules et rétrogrades qui faisaient que seule la scolarisation des garçons était perçue comme importante et rentable, alors que celle de la fille n’était qu’une prodigalité. L’attention des parents pour les filles à l’école devra être égale à celle accordée aux garçons qui font toute leur fierté. Car, non seulement les femmes ont prouvé qu’elles étaient égales à l’homme à l’école quand elles n’étaient pas tout simplement meilleures, mais surtout elles ont droit à l’école pour apprendre et savoir, pour être libres. Dans les futures campagnes d’alphabétisation, les taux de participation des femmes devront être relevés pour correspondre à leur importance numérique dans la population, car ce serait une trop grande injustice que de maintenir une si importante fraction de la population, la moitié de celle-ci, dans l’ignorance. Au niveau des ministères chargés du travail et de la justice, les textes devront s’adapter constamment à la mutation que connaît notre société depuis le 4 août 1983, afin que l’égalité en droits entre l’homme et la femme soit une réalité tangible. Le nouveau code du travail, en cours de confection et de débat devra être l’expression des aspirations profondes de notre peuple à la justice sociale et marquer une étape importante dans l’œuvre de destruction de l’appareil néocolonial. Un appareil de classe, qui a été façonné et modelé par les régimes réactionnaires pour pérenniser le système d’oppression des masses populaires et notamment des femmes. Comment pouvons-nous continuer d’admettre qu’à travail égal, la femme gagne moins que l’homme ? Pouvons-nous admettre le lévirat et la dot réduisant nos soeurs et nos mères au statut de biens vulgaires qui font l’objet de tractations ? II y a tant et tant de choses que les lois moyenâgeuses continuent encore d’imposer à notre peuple, aux femmes de notre peuple. C’est juste, qu’enfin, justice soit rendue. Au niveau des ministères chargés de la culture et de la famille, un accent particulier sera mis sur l’avènement d’une mentalité nouvelle dans les rapports sociaux, en collaboration étroite avec l’Union des femmes du Burkina. La mère et l’épouse sous la révolution ont des rôles spécifiques importants à jouer dans le cadre des transformations révolutionnaires. L’éducation des enfants, la gestion correcte des budgets familiaux, la pratique de la planification familiale, la création d’une ambiance familiale, le patriotisme sont autant d’atouts importants devant contribuer efficacement à la naissance d’une morale révolutionnaire et d’un style de vie anti-impérialiste, prélude à une société nouvelle. 

La femme, dans son foyer, devra mettre un soin particulier à participer à la progression de la qualité de la vie. En tant que Burkinabé, bien vivre, c’est bien se nourrir, c’est bien s’habiller avec les produits burkinabé. II s’agira d’entretenir un cadre de vie propre et agréable car l’impact de ce cadre sur les rapports entre les membres d’une même famille est très important. Un cadre de vie sale et vilain engendre des rapports de même nature. II n’y a qu’à observer les porcs pour s’en convaincre. Et puis la transformation des mentalités serait incomplète si la femme de type nouveau devait vivre avec un homme de type ancien. Le réel complexe de supériorité des hommes sur les femmes, où est-il le plus pernicieux mais le plus déterminant si ce n’est dans le foyer où la mère, complice et coupable, organise sa progéniture d’après des règles sexistes inégalitaires ? Ce sont les femmes qui perpétuent le complexe des sexes, dès les débuts de l’éducation et de la formation du caractère. Par ailleurs à quoi servirait notre activisme pour mobiliser le jour un militant si la nuit, le néophyte devait se retrouver aux côtés d’une femme réactionnaire démobilisatrice ! Que dire des tâches de ménage, absorbantes et abrutissantes, qui tendent à la robotisation et ne laissent aucun répit pour la réflexion ! C’est pourquoi, des actions doivent être résolument entreprises en direction des hommes et dans le sens de la mise en place, à grande échelle, d’infrastructures sociales telles que les crèches, les garderies populaires, et les cantines. Elles permettront aux femmes de participer plus facilement au débat révolutionnaire, à l’action révolutionnaire. L’enfant qui est rejeté comme le raté de sa mère ou monopolisé comme la fierté de son père devra être une préoccupation pour toute la société et bénéficier de son attention et de son affection. L’homme et la femme au foyer se partageront désormais toutes les tâches du foyer. Le Plan d’action en faveur des femmes devra être un outil révolutionnaire pour la mobilisation générale de toutes les structures politiques et administratives dans le processus de libération de la femme. 

Camarades militantes, je vous le répète, afin qu’il corresponde aux besoins réels des femmes, ce plan fera l’objet de débats démocratiques au niveau de toutes les structures de l’UFB. L’UFB est une organisation révolutionnaire. À ce titre, elle est une école de démocratie populaire régie par les principes organisationnels que sont la critique et l’autocritique, le centralisme démocratique. Elle entend se démarquer des organisations où la mystification a pris le pas sur les objectifs réels. Mais cette démarcation ne sera effective et permanente que si les militantes de l’UFB engagent une lutte résolue contre les tares qui persistent encore, hélas, dans certains milieux féminins. Car il ne s’agit point de rassembler des femmes pour la galerie ou pour d’autres arrière-pensées démagogiques électoralistes ou simplement coupables. II s’agit de rassembler des combattantes pour gagner des victoires ; il s’agit de se battre en ordre et autour des programmes d’activités arrêtés démocratiquement au sein de leurs comités dans le cadre de l’exercice bien compris de l’autonomie organisationnelle propre à chaque structure révolutionnaire. Chaque responsable UFB devra être imprégnée de son rôle, dans sa structure, afin de pouvoir être efficace dans l’action. Cela impose à l’Union des femmes du Burkina d’engager de vastes campagnes d’éducation politique et idéologique de ses responsables, pour le renforcement sur le plan organisationnel des structures de l’UFB à tous les niveaux. Camarades militantes de l’UFB, votre union, notre union, doit participer pleinement à la lutte des classes aux côtés des masses populaires. Les millions de consciences endormies, qui se sont réveillées à l’avènement de la révolution représentent une force puissante. Nous avons choisi au Burkina Faso, le 4 août 1983, de compter sur nos propres forces, c’est-à-dire en grande partie sur la force que vous représentez, vous les femmes. Vos énergies doivent, pour être utiles, être toutes conjuguées dans le sens de la liquidation des races des exploiteurs, de la domination économique de l’impérialisme. En tant que structure de mobilisation, l’UFB devra forger au niveau des militantes une conscience politique aiguë pour un engagement révolutionnaire total dans l’accomplissement des différentes actions entreprises par le gouvernement pour l’amélioration des conditions de la femme. Camarades de l’UFB, ce sont les transformations révolutionnaires qui vont créer les conditions favorables à votre libération. Vous êtes doublement dominées par l’impérialisme et par l’homme. En chaque homme somnole un féodal, un phallocrate qu’il faut détruire. Aussi, est-ce avec empressement que vous devez adhérer aux mots d’ordre révolutionnaires les plus avancés pour en accélérer la concrétisation et avancer encore plus vite vers l’émancipation. C’est pourquoi, le Conseil national de la révolution note avec joie votre participation intense à tous les grands chantiers nationaux et vous incite à aller encore plus loin pour un soutien toujours plus grand, à la révolution d’août qui est avant tout la vôtre. En participant massivement aux grands chantiers, vous vous montrez d’autant plus méritantes que l’on a toujours voulu, à travers la répartition des tâches au niveau de la société, vous confiner dans des activités secondaires. Alors que votre apparente faiblesse physique n’est rien d’autre que la conséquence des normes de coquetterie et de goût que cette même société vous impose parce que vous êtes des femmes. Chemin faisant, notre société doit se départir des conceptions féodales qui font que la femme non mariée est mise au ban de la société, sans que nous ne percevions clairement que cela est la traduction de la relation d’appropriation qui veut que chaque femme soit la propriété d’un homme. C’est ainsi que l’on méprise les filles-mères comme si elles étaient les seules responsables de leur situation, alors qu’il y a toujours un homme coupable. C’est ainsi que les femmes qui n’ont pas d’enfants, sont opprimées du fait de croyances surannées alors que cela s’explique scientifiquement et peut être vaincu par la science. La société a par ailleurs imposé aux femmes des canons de coquetterie qui portent préjudice à son intégrité physique : l’excision, les scarifications, les taillages de dents, les perforations des lèvres et du nez. L’application de ces normes de coquetterie reste d’un intérêt douteux. Elle compromet même la capacité de la femme à procréer et sa vie affective dans le cas de l’excision. D’autres types de mutilations, pour moins dangereuses qu’elles soient, comme le perçage des oreilles et le tatouage n’en sont pas moins une expression du conditionnement de la femme, conditionnement imposé à elle par la société pour pouvoir prétendre à un mari. 

Camarades militantes, vous vous soignez pour mériter un homme. Vous vous percez les oreilles, et vous vous labourez le corps pour être acceptées par des hommes. Vous vous faites mal pour que le mâle vous fasse encore plus mal ! Femmes, mes camarades de luttes, c’est à vous que je parle : vous qui êtes malheureuses en ville comme en campagne, vous qui ployez sous le poids des fardeaux divers de l’exploitation ignoble, «  justifiée et expliquée  » en campagne ; vous qui, en ville, êtes sensées être des femmes heureuses, mais qui êtes au fond tous les jours des femmes malheureuses, accablées de charges, parce que, tôt levée la femme tourne en toupie devant sa garde-robe se demandant quoi porter, non pour se vêtir, non pour se couvrir contre les intempéries mais surtout, quoi porter, pour plaire aux hommes, car elle est tenue, elle est obligée de chercher à plaire aux hommes chaque jour ; vous les femmes à l’heure du repos, qui vivez la triste attitude de celle qui n’a pas droit à tous les repos, celle qui est obligée de se rationner, de s’imposer la continence et l’abstinence pour maintenir un corps conforme à la ligne que désirent les hommes ; vous le soir, avant de vous coucher, recouvertes et maquillées sous le poids de ces nombreux produits que vous détestez tant nous le savons mais qui ont pour but de cacher une ride indiscrète, malencontreuse, toujours jugée précoce, un âge qui commence à se manifester, un embonpoint qui est trop tôt venu ; Vous voilà chaque soir obligées de vous imposer une ou deux heures de rituel pour préserver un atout, mal récompensé d’ailleurs par un mari inattentif, et pour le lendemain recommencer à peine à l’aube. Camarades militantes, hier à travers les discours, par la Direction de la mobilisation et l’organisation des femmes (DMOF) et en application du statut général des CDR, le Secrétariat général national des CDR a entrepris avec succès la mise en place des comités, des sous-sections et des sections de l’Union des femmes du Burkina. Le Commissariat politique chargé de l’organisation et de la planification aura la mission de parachever votre pyramide organisationnelle par la mise en place du Bureau national de l’UFB. Nous n’avons pas besoin d’administration au féminin pour gérer bureaucratiquement la vie des femmes ni pour parler sporadiquement en fonctionnaire cauteleux de la vie des femmes. Nous avons besoin de celles qui se battront parce qu’elles savent que sans bataille, il n’y aura pas de destruction de l’ordre ancien et construction de l’ordre nouveau. Nous ne cherchons pas à organiser ce qui existe, mais bel et bien à le détruire, à le remplacer. Le Bureau national de l’UFB devra être constitué de militantes convaincues et déterminées dont la disponibilité ne devra jamais faire défaut, tant l’œuvre à entreprendre est grande. Et la lutte commence dans le foyer. Ces militantes devront avoir conscience qu’elles représentent aux yeux des masses l’image de la femme révolutionnaire émancipée, et elles devront se comporter en conséquence. Camarades militantes, camarades militants, en changeant l’ordre classique des choses, l’expérience fait de plus en plus la preuve que seul le peuple organisé est capable d’exercer le pouvoir démocratiquement. La justice et l’égalité qui en sont les principes de base permettent à la femme de démontrer que les sociétés ont tort de ne pas lui faire confiance au plan politique comme au plan économique. Ainsi la femme exerçant le pouvoir dont elle s’est emparée au sein du peuple est à même de réhabiliter toutes les femmes condamnées par l’histoire. Notre révolution entreprend un changement qualitatif, profond de notre société. Ce changement doit nécessairement prendre en compte les aspirations de la femme burkinabè. La libération de la femme est une exigence du futur, et le futur, camarades, est partout porteur de révolutions. Si nous perdons le combat pour la libération de la femme, nous aurons perdu tout droit d’espérer une transformation positive supérieure de la société. Notre révolution n’aura donc plus de sens. Et c’est à ce noble combat que nous sommes tous conviés, hommes et femmes. 

Que nos femmes montent alors en première ligne ! C’est essentiellement de leur capacité, de leur sagacité à lutter et de leur détermination à vaincre, que dépendra la victoire finale. Que chaque femme sache entraîner un homme pour atteindre les cimes de la plénitude. Et pour cela que chacune de nos femmes puisse dans l’immensité de ses trésors d’affection et d’amour trouver la force et le savoir-faire pour nous encourager quand nous avançons et nous redonner du dynamisme quand nous flanchons. Que chaque femme conseille un homme, que chaque femme se comporte en mère auprès de chaque homme. Vous nous avez mis au monde, vous nous avez éduqués et vous avez fait de nous des hommes. Que chaque femme, vous nous avez guidés jusqu’au jour où nous sommes continue d’exercer et d’appliquer son rôle de mère, son rôle de guide. Que la femme se souvienne de ce qu’elle peut faire, que chaque femme se souvienne qu’elle est le centre de la terre, que chaque femme se souvienne qu’elle est dans le monde et pour le monde, que chaque femme se souvienne que la première à pleurer pour un homme, c’est une femme. On dit, et vous le retiendrez, camarades, qu’au moment de mourir, chaque homme interpelle, avec ses derniers soupirs, une femme : sa mère, sa sœur, ou sa compagne. Les femmes ont besoin des hommes pour vaincre. Et les hommes ont besoin des victoires des femmes pour vaincre. Car, camarades femmes, aux côtés de chaque homme, il y a toujours une femme. Cette main de la femme qui a bercé le petit de l’homme, c’est cette même main qui bercera le monde entier. Nos mères nous donnent la vie. Nos femmes mettent au monde nos enfants, les nourrissent à leurs seins, les élèvent et en font des êtres responsables.  Les femmes assurent la permanence de notre peuple, les femmes assurent le devenir de l’humanité ; les femmes assurent la continuation de notre œuvre ; les femmes assurent la fierté de chaque homme. Mères, soeurs, compagnes, II n’y a point d’homme fier tant qu’il n’y a point de femme à côté de lui. Tout homme fier, tout homme fort, puise ses énergies auprès d’une femme ; la source intarissable de la virilité, c’est la féminité. La source intarissable, la clé des victoires se trouvent toujours entre les mains de la femme. C’est auprès de la femme, sœur ou compagne que chacun de nous retrouve le sursaut de l’honneur et de la dignité. C’est toujours auprès d’une femme que chacun de nous retourne pour chercher et rechercher la consolation, le courage, l’inspiration pour oser repartir au combat, pour recevoir le conseil qui tempérera des témérités, une irresponsabilité présomptueuse. C’est toujours auprès d’une femme que nous redevenons des hommes, et chaque homme est un enfant pour chaque femme. Celui qui n’aime pas la femme, celui qui ne respecte pas la femme, celui qui n’honore pas la femme, a méprisé sa propre mère. Par conséquent, celui qui méprise la femme méprise et détruit le lieu focal d’où il est issu, c’est-à-dire qu’il se suicide lui-même parce qu’il estime n’avoir pas de raison d’exister, d’être sorti du sein généreux d’une femme. Camarades, malheur à ceux qui méprisent les femmes ! Ainsi à tous les hommes d’ici et d’ailleurs, à tous les hommes de toutes conditions, de quelque case qu’ils soient, qui méprisent la femme, qui ignorent et oublient ce qu’est la femme, je dis : «  Vous avez frappé un roc, vous serez écrasés  ». Camarades, aucune révolution, et à commencer par notre révolution, ne sera victorieuse tant que les femmes ne seront pas d’abord libérées. Notre lutte, notre révolution sera inachevée tant que nous comprendrons la libération comme celle essentiellement des hommes. Après la libération du prolétaire, il reste la libération de la femme. Camarades, toute femme est la mère d’un homme. Je m’en voudrais en tant qu’homme, en tant que fils, de conseiller et d’indiquer la voie à une femme. La prétention serait de vouloir conseiller sa mère. Mais nous savons aussi que l’indulgence et l’affection de la mère, c’est d’écouter son enfant, même dans les caprices de celui-ci, dans ses rêves, dans ses vanités. Et c’est ce qui me console et m’autorise à m’adresser à vous. C’est pourquoi, Camarades, nous avons besoin de vous pour une véritable libération de nous tous. Je sais que vous trouverez toujours la force et le temps de nous aider à sauver notre société.  Camarades, il n’y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société, que jamais, mes pas ne me transportent dans une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. J’entends le vacarme de ce silence des femmes, je pressens le grondement de leur bourrasque, je sens la furie de leur révolte. J’attends et espère l’irruption féconde de la révolution dont elles traduiront la force et la rigoureuse justesse sorties de leurs entrailles d’opprimées. Camarades, en avant pour la conquête du futur ; Le futur est révolutionnaire ; Le futur appartient à ceux qui luttent. La patrie ou la mort, nous vaincrons ! «  



La force aujourd’hui de la chefferie coutumière aujourd’hui au pays
28 mai, 2010, 12:58
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Rôles et fonctions de la chefferie coutumière au XXIème siècle au Burkina Faso 

Depuis les prises de position de Thomas Sankara, connu pour avoir rompu avec la société traditionnelle inégalitaire burkinabé, par l’affaiblissement brutal du pouvoir des chefs de tribus, les rôles de la chefferie traditionnelle sont difficiles à appréhender car beaucoup de ses interventions concernent des domaines ou la justice républicaine ne peut accéder, pouvant même, on le verra en fin de page, conduire à des comportements terrifiants. La médiation nationale de  » l’Alliance pour refonder la gouvernance  » au Burkina Faso a initié un processus de réflexion sur «  la cohabitation des légitimités dans le cadre de la gouvernance locale  ». Il s’agissait de susciter la réflexion à tous les niveaux (communal, intercommunal et national) et le partage d’expériences vécues par différents acteurs (élus, pouvoirs traditionnels et religieux, organismes d’appuis aux collectivités, personnes ressources, sages, spécialistes du droit et de la philosophie politique, leaders, etc.), pour ensuite, dégager des pistes et axes d’approfondissement pour établir des propositions novatrices pouvant améliorer la gouvernance locale. Au Burkina Faso comme dans bien d’autres pays de l’Afrique de l’ouest francophone, l’une des inconnues des réformes politiques et institutionnelles en général et celle de la décentralisation en particulier, est la place qu’elles accorderont, formellement ou non, aux détenteurs de pouvoirs ou porteurs de légitimités autres que ceux issus du suffrage universel ou des découpages politico-administratifs, comme les chefs coutumiers, religieux, féticheurs, confréries, leaders de la société civile, etc. C’est dire le flou qui définit leurs droits et pouvoirs. Il est donc nécessaire de promouvoir le dialogue entre droit positif moderne et coutumier notamment sur les questions foncières, les mécanismes de régulation sociale, de la prévention, de gestion et de résolution de conflits. Le processus de dévolution des pouvoirs, des compétences et des ressources du niveau central (l’état) vers des organes élus locaux (les conseils municipaux et régionaux) à travers la réforme de la décentralisation a connu un tournant décisif depuis avril 2006 au Burkina Faso. En effet, le pays est entré dans une dynamique de communalisation intégrale. Tous les citoyens du Burkina sont désormais aussi citoyens d’une commune, qu’elle soit rurale et urbaine. Du coup cette réorganisation à la fois territoriale et institutionnelle va sans doute poser avec acuité la problématique des ordres de légitimités, de leur cohabitation dans l’animation de la vie publique, de l’accès et de la gestion de l’espace public. Au regard des enjeux de pouvoirs qui se jouent sur les arènes locales et de la nécessité d’œuvrer à prévenir les risques de divorce entre les dynamiques institutionnelles et celles socio-historiques,  » l’Alliance pour refonder la gouvernance  » a et doit donc travailler sur les définitions exactes des fonctions de chacun des acteurs, officiel, religieux, ou coutumier.  C’est là un devoir de grande importance car il est certain que le pouvoir coutumier, s’il n’a pas de reconnaissance de droit décisionnel officiellement (l’état s’arrêtant à le consulter pour la réalisation de réformes sociétales importantes), ses pouvoirs sont en fait considérables de façon non officielle, particulièrement dans les couches populaires de la société. En effet, il faut passer sûrement par le Naaba pour tout ce qui  est relationnel (mariage, gestion des conflits dans les familles, le quartier, le village, entre les familles). Le pouvoir coutumier est vraisemblablement outrancièrement conservateur pour tout ce qui relève de la position de la femme dans la société, et son avis est demandé par les usagers sur tous les domaines, voire des domaines aussi complexes que la prise en charge par la société de maladies comme le SIDA, etc. Enfin, il existe bien entendu un flou total sur les revenus des autorités coutumières dont les trains de vie sont pourtant considérables. Aucun Naaba sûrement ne peut prouver une rentrée d’argent régulière et de traçabilité fiscale claire sauf s’il est en même temps député, maire ou conseillers. Tout cela n’est donc pas uniquement du domaine du folklore et des traditions populaires, mais doit bel et bien acquérir un cadre juridique officiel. Tout est à faire, et surtout à dire ! Parfois, dans certaines régions du Burkina, une simple consigne de vote du naaba détermine aujourd’hui encore l’issue du scrutin… En outre les chefs traditionnels font partie maintenant de l’échiquier politique. Ainsi, l’Assemblée nationale en compte 5 parmi les 111 députés et ils sont au nombre de 8 sur 162 à la deuxième chambre du Parlement.. Les communes sont, elles aussi, investies par des chefs coutumiers : par exemple le Larlé naaba, Victor Tiendrébéogo, vient de fêter ses dix ans de règne ce qui ne l’empêche pas d’en être à son second mandat de député du parti au pouvoir.

Un travail statistique d’enquête sur l’opinion de la population du Burkina

réalisé par The Afrobarometer sur le rôle que doit jouer la chefferie coutumière aujourd’hui : Introduction

L’objectif de ce bulletin est d’analyser les opinions des citoyens burkinabè sur les chefs coutumiers. Plus précisément, nous demandons si les citoyens burkinabè veulent que les pouvoirs de leurs chefs traditionnels soient augmentés et si les chefs devraient être impliqués dans la politique partisane et être salariés par le gouvernement pour faire leur travail.  Selon les résultats de cette enquête, il apparaît que la confiance de la population envers l’institution traditionnelle est plus grande que la confiance envers les institutions modernes. La majorité des répondants pense que l’influence des chefs traditionnels dans la gouvernance locale devrait s’augmenter. Cependant, une majorité des répondants pense que ces derniers doivent représenter toutes leurs populations à égalité et non s’affilier à un parti politique. Pour la majorité, les chefs traditionnels, en raison des services rendus à la communauté, devraient être rémunérés par le Gouvernement. C’est en particulier aux niveaux de la résolution des conflits locaux et de la distribution des terres que les responsabilités des chefs coutumiers sont le plus souligné par les personnes enquêtées.

Sources de données et rappel méthodologique Ce document utilise les données de l’enquête Afrobaromètre Round 4 au Burkina Faso, qui a été conduite en 2008. L’Afrobaromètre est un réseau regroupant une vingtaine de pays africains et qui mène des recherches sur les comportements publics face aux problèmes économiques, politiques et sociaux en Afrique sub-saharienne. Les enquêtes du réseau consistent à recueillir les points de vue des citoyens ordinaires sur la gouvernance, la démocratie, la réforme économique, la société civile et la qualité de vie dans leurs pays respectifs.  L’édition 2008 (Round 41) des enquêtes Afrobaromètre au Burkina Faso a été réalisée sur un échantillon aléatoire de 1200 individus ayant plus de 18 ans et répandus dans les treize régions du pays. Les interviews sont menées en face-à-face dans la langue parlée par l’interviewé. A l’image de la population burkinabé, la base de données Afrobarometer reflète une proportion plus importante d’individus dans le milieu rural (74%) par rapport au milieu urbain (27%). Cette base de données indique aussi une forte proportion d’individus n’ayant pas reçu d’enseignement formel ou ayant reçu un enseignement informel seulement (y comprit l’enseignement coranique) (62%) ; très peu (3%) ont un niveau universitaire et le reste s’est limité au primaire (18%) et au secondaire (18%).

Présentation des résultatsLa confiance aux chefs coutumiers : les chefs coutumiers occupent une place très importante dans la vie des Burkinabé. Aux yeux de ceux-ci, l’institution traditionnelle qu’ils représentent est la plus crédible par rapport aux institutions modernes. Les résultats montre que 75% des enquêtés font confiance aux chefs coutumiers contre un pourcentage moindre pour les institutions modernes. En analysant les opinions des répondants sur leur confiance aux chefs coutumiers, on constate que les opinions positives sont sensiblement identiques pour les hommes (75%) et les femmes (75%). Bien que les ruraux font davantage confiance aux chefs traditionnels que les citadins. En effet, 78 % des répondants en campagne ou plus de 3 personnes interrogées sur 4, ont confiance en l’autorité coutumière contre 63% pour les répondants en ville qui leur font confiance. Généralement le niveau de confiance aux chefs coutumiers est élevé mais un peu contrasté entre jeunes et moins jeunes. Les individus de 35 ans et plus semblent avoir un peu plus confiance que les jeunes de moins de 35 ans, aux chefs coutumiers. 77% des répondants de 35 ans et plus leur font confiance tandis que 72% seulement pour les jeunes :  Parmi les citoyens burkinabè qui font confiance aux chefs traditionnels, force est de constater que ce sont les non instruits qui leur font le plus confiance (79%) par rapport aux instruits (62%).

L’influence des chefs coutumiers dans la gouvernance de la communauté locale : les Burkinabé en majorité (56%) pensent que l’influence des chefs coutumiers dans la gouvernance locale devrait augmenter, contre 14 pour cent qui pensent le contraire.  Question :  » Pensez-vous que l’influence des chefs coutumiers devrait augmenter, rester au même niveau ou diminuer dans la gouvernance de la communauté locale ? «  L’influence des chefs coutumiers dans la gouvernance de la communauté locale devrait augmenter selon plus de la moitié (57%) des répondants vivant en milieu rural, contre la moitié (51%) pour ce qui concerne l’opinion des citadins. S’agissant de la diminution de l’influence des chefs traditionnels, seule une minorité, que ce soit en ville ou en campagne, est favorable à cette option (14% pour les répondants du milieu rural et 19% pour les répondants du milieu urbain). La majorité des répondants, quelle que soit la tranche d’âge, est favorable à ce que l’influence des chefs coutumiers augmente dans la gouvernance de la communauté locale : 57% des répondants âgés d’au moins 35 ans et 54% des jeunes de 18 à 34 ans y sont favorables. Notons également que 15% des ruraux et 15% des citadins pensent que cette influence devrait rester au même niveau. Quant à l’influence des chefs traditionnels dans la gouvernance locale, pour plus de la moitié des non instruits et des instruits, elle devrait s’augmenter. Mais c’est au niveau des instruits qu’on pense le plus que cette influence devrait diminuer. Précisément, 23% des instruit pensent que l’influence des chefs traditionnels devrait diminuer contre 12% des non instruits.  La participation des chefs coutumiers dans la politique partisane : dans une démarche non partisane, environ la moitié des enquêtés (49%) estime que les chefs traditionnels doivent représenter toutes leurs populations à égalité et être non affiliés à un parti politique. Les hommes (55%), davantage que les femmes (44%), pensent que les chefs coutumiers doivent représenter toutes leurs populations à égalité et devraient rester non partisans et non affiliés à un parti politique. Question : Laquelle des affirmations suivantes est la plus proche de votre opinion ? Affirmation n°1 : les chefs coutumiers doivent représenter toutes leurs populations à égalité. Ils devraient rester non partisans et non affiliés eux-mêmes à aucun parti politique. Affirmation n°2 : les chefs coutumiers sont des citoyens comme tout le monde et ont le droit de décider pour eux-mêmes s’il faut soutenir ou non un quelconque parti politique. S’agissant de l’affiliation ou de la non-affiliation des chefs coutumiers à un parti politique, ce sont davantage les citadins (plus de 53%) que les ruraux (48%) qui pensent que les chefs doivent représenter toutes leurs populations à égalité et devraient rester non partisans et non affiliés à un parti politique. Une minorité de répondants pense au contraire que les chefs traditionnels sont des citoyens comme tout le monde et ont le droit de décider pour eux-mêmes s’il faut soutenir ou non un quelconque parti politique. Ces opinions minoritaires ont à peu près la même proportion en ville et en campagne (respectivement 40% et 41%).  Les jeunes de 18 à 34ans tout comme les personnes âgées de plus de 35ans sont attachés à l’idée que les chefs coutumiers doivent représenter toutes leurs populations à égalité et qu’ils devraient rester non partisans et non affiliés eux-mêmes à un parti politique. Mais les plus jeunes sont davantage favorables à une représentation non partisane des chefs traditionnels que les moins jeunes (53% et 47% respectivement). 57% des burkinabè non instruits pensent qu’elle doit augmenter et 51% des instruits le pensent également. Age et affiliation des chefs coutumiers a un parti politique : Une grande majorité des instruits (environ 59%) estime que les chefs coutumiers doivent représenter toutes leurs populations à égalité et devraient donc rester non partisans et non affiliés eux-mêmes à un parti politique, contre un pourcentage moindre et inférieur à 50% pour les non instruits (49%) qui partage la même opinion.

Rémunération salariale des chefs coutumiers : Pour la majorité des Burkinabé, compte tenu du service rendu à la communauté, les chefs traditionnels devraient être rémunérés par le Gouvernement. En effet 56% des Burkinabé pensent que les chefs coutumiers devraient recevoir un salaire du gouvernement parce qu’ils servent leur communauté. Par conte 32% pensent que pour mieux servir leurs populations ils doivent rester indépendants et ne doivent pas recevoir de salaire du gouvernement. Les hommes (35%) sont plus nombreux que les femmes (30%) à estimer que pour mieux servir leurs populations, les chefs coutumiers doivent rester indépendants du gouvernement et ne doivent pas recevoir de salaire de celui-ci.  Question : Laquelle des affirmations suivantes est la plus proche de votre opinion ? Affirmation n°1 : pour mieux servir leurs populations, les chefs coutumiers doivent rester indépendants du gouvernement. Ils ne doivent pas recevoir de salaire du Gouvernement. Affirmation n°2 : les chefs coutumiers servent leurs communautés et le gouvernement et devraient recevoir un salaire du Gouvernement pour leur travail. Les répondants ruraux sont plus nombreux à penser que les chefs coutumiers servent leurs communautés et le gouvernement et devraient par conséquent recevoir un salaire de ce dernier pour leur travail. En effet, ils sont environ 58% à être d’accord avec cette idée contre une proportion moindre, environ la moitié, pour ceux qui habitent les villes du Burkina Faso Les répondants de 18 à 34 ans et ceux âgés de plus de 35 ans sont favorables à l’idée que les chefs coutumiers servent leurs communautés et le Gouvernement, et devraient par conséquent recevoir un salaire du Gouvernement pour leur travail ; les plus jeunes étant davantage (57%) favorables que les moins jeunes (53%) à cette idée. Seulement 35% et 33% respectivement d’entre eux sont favorables à ce que les chefs coutumiers restent indépendants du gouvernement en ne percevant pas de salaire.  Dans le domaine éducatif, les non instruits pensent en grande majorité (58%) que les chefs coutumiers servent leurs communautés et le gouvernement, et devraient donc recevoir un salaire de celui-ci pour leur travail. Cette opinion est nettement moins partagée au niveau des instruits (47%).

Responsabilité des chefs traditionnels dans la résolution des conflits locaux et la distribution des terres : Pour ce qui concerne les tâches de la communauté, les responsabilités des chefs coutumiers aux yeux des Burkinabé se situent principalement aux niveaux de la résolution des conflits locaux et de la distribution des terres. Cependant à des proportions très faibles, ils pensent que les chefs coutumiers devraient intervenir dans la gestion des centres de santé, dans la gestion des écoles et dans le maintien de la loi et de l’ordre. En effet, ils sont seulement 1%, respectivement 2% et 3% à estimer que les chefs traditionnels en sont responsables. S’agissant de responsabilités des chefs coutumiers, aussi bien les femmes que les hommes estiment que les chefs devraient s’occuper davantage de la résolution des conflits locaux et de la distribution des terres.  Quant aux responsabilités assignées aux chefs coutumiers, environ 31% des individus interrogés en milieu rural pensent que la distribution des terres leur incombe, contre seulement environ 19% des répondants de la ville qui partagent la même opinion. Il en est de même concernant la résolution des conflits. Environ les mêmes proportions de répondants, aussi bien en milieu rural que urbain, estiment que la résolution des conflits devrait incomber aux chefs traditionnels (respectivement 25% et 23%). Les opinions sur les responsabilités incombant le plus aux chefs coutumiers, à savoir la résolution des conflits locaux et la distribution des terres, ne semblent pas connaître de variations significatives suivant l’âge du répondant, en particulier en ce qui concerne la résolution des conflits. Toutefois, on note une légère différence en ce qui concerne l’attribution des terres : 26% des jeunes de 18 à 34ans contre 32% des plus de 35 ans cite cette responsabilité comme devant incomber aux chefs. Concernant le rôle des chefs coutumiers dans la distribution des terres et dans la résolution des conflits locaux, les avis sont partagés entre non instruits et instruits. En effet, ils sont environ 25% des non instruits et 26% des instruits qui estiment que les chefs coutumiers sont responsables de la résolution des conflits locaux. Et également en proportion proche respectivement 29% pour les non instruits et 27% pour les instruits à estimer que les chefs sont responsables de la distribution des terres.  Conclusion Selon les résultats de cette enquête, on notera que les chefs traditionnels du Burkina jouissent beaucoup de soutien et de respect des gens. La majorité des Burkinabés ont confiance en leurs chefs traditionnels, ce qui est parfois plus élevé que celui d’autres institutions modernes. Par conséquent, ils veulent que leurs chefs restent non partisan, mais en même temps, qu’ils perçoivent un salaire du gouvernement.  Afrobarometer Briefing Paper No. 79; January 2010 The Afrobarometer is produced collaboratively by social scientists from 20 African countries. The coordination is provided by the Center for Democratic Development (CDD-Ghana), the Institute for Democracy in South Africa (Idasa), and the Institute for Empirical Research in Political Economy (IREEP) in
Benin. We gratefully acknowledge the generous support of the Canadian International Development Agency (CIDA), the UK Department for International Development (DfID), the Royal Danish Ministry of Foreign Affairs (RDMFA/DANIDA), the Swedish International Development Agency (SIDA), and the United States Agency for International Development (USAID) for Afrobarometer Round 4 research, capacity building and outreachactivities.
For more information, see: www.afrobarometer.org
 

Un article du 30 janvier 2009 trouvé sur Lefaso.net traitant en ces termes de la chefferie coutumière : Peut-on républicaniser les « bonnets rouges » ?  » Chasser la chefferie coutumière des institutions de la république, elle revient au galop.  » C’est la principale leçon qui transparaît des résultats du dernier sondage d’opinion réalisé par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD). A la faveur d’une enquête sur la compréhension que les Burkinabè ont des institutions démocratiques, la question du statut des chefs coutumiers a refait surface dans les débats publics formels et informels. Une question aussi récurrente qu’insoluble qui ne devrait laisser personne indifférent. En tout cas, pas les enquêtés dont certains disent faire plutôt confiance à ces institutions coutumières considérées à tort ou à raison comme  » informelles  » alors qu’elles influent de près ou de loin sur le jeu politique au Faso.On n’a pas besoin de sondage pour s’apercevoir de l’omniprésence de ces «  gardiens de la tradition  ». Dans l’arène politique où ils se battent envers et contre tout, ils ne sont pas pour autant des citoyens comme les autres. En tout cas, lorsqu’un naaba – pour ne prendre que cet exemple – se présente à une élection républicaine et démocratique, il n’hésite pas à user de ses prérogatives pour prendre un ascendant sur son adversaire. Il n’est pas sur le même pied que ses adversaires. L’absence de statut de la chefferie constituerait-elle «  une entrave à l’équité de la compétition électorale  » comme en a conclu le Pr Augustin Loada du CGD ? Dans un contexte sociopolitique où l’électorat est majoritairement analphabète, on peut croire que la démocratie est biaisée lorsqu’un candidat, déjà nanti d’une notoriété traditionnelle, se présente face à un autre qui ne compte que sur sa capacité de séduire un auditoire avec un programme politique qu’il n’a généralement pas. Avec ses «  obligés  » et autres «  sujets  » qui s’alignent systématiquement derrière lui, sans autre forme de discernement, le naaba, dit aussi «  bonnet rouge  » a non seulement plusieurs longueurs d’avance sur ses concurrents, mais il a aussi plusieurs formes de recours pour faire pencher la balance électorale de son côté. C’est probablement de cela que s’inquiète le Secrétaire exécutif du CGD. Mais le tout n’est certainement pas de s’inquiéter de cet état de fait ou même de dénoncer la promiscuité entre la politique et la chefferie coutumière. Le vrai projet, comme il a d’ailleurs su le relever, c’est d’arriver à un statut qui met les chefs à l’écart du jeu politique ou qui leur confère une position dans laquelle ils peuvent aller en compétition au même titre que les autres. Dans le deuxième cas, force est de relever qu’il est pratiquement impossible de séparer le chef de ses attributs, même s’il ôte provisoirement son bonnet ou se défait de son boubou. La meilleure issue serait de leur assurer un retrait sécurisé, qui les mette à l’abri de toute tentation d’aller pêcher dans les eaux troubles du marigot politique. Seulement voilà, quelles garanties la république serait-elle prête à offrir à ces «  bonnets rouges  », surtout à ceux qui ont déjà pris goût aux dividendes plus substantiels que procure un mandat électif ? L’équation est plus simple à poser qu’à résoudre. En effet, si le modèle ghanéen d’apprivoisement républicain des chefs coutumiers semble séduire le CGD, il n’est pas moins vrai que les contextes des deux pays sont différents et les réalités politiques aussi. Remettre à leur place des chefs coutumiers déjà habitués à tirer profit de la politique peut se révéler plus fastidieux qu’on peut l’imaginer. Surtout que dans le cas du Burkina ces acteurs semblent être allés si loin dans les arcanes des institutions publiques qu’on se demande s’ils accepteraient de se retirer aussi facilement pour aller se contenter de ne gérer que des coutumes qui ne rapportent pas grand-chose. L’esprit de cette chefferie-là n’est-elle pas finalement trop polluée par la politique au point qu’il est quasiment devenu impossible d’en faire cet «  arbitre impartial  » dont on rêve tant ? Comme on peut le voir, ce n’est pas seulement la chefferie qui constitue une «  entrave à la compétition électorale  ». Une certaine pratique politique a largement contribué à asservir les chefs coutumiers et à en faire les brouettes d’une machine politicienne destructrice des valeurs coutumières. Il n’est un secret pour personne que la plupart de ces coutumiers – comme on les appelle – se jettent corps et âme en politique pour survivre. Autrement dit, ils ne résistent pas au rouleau compresseur du parti au pouvoir qui use et abuse de tous les moyens pour les avoir de son côté en période électorale. Aussi déplorable qu’est l’allégeance des représentants des coutumes et des traditions au pouvoir politique du moment, celle-ci n’est pas une coalition de circonstance qu’il suffirait de briser. Les chaînes sont plus solides qu’on ne peut l’imaginer ; en l’occurrence, dans les régions où les chefs coutumiers sont si présents dans l’environnement et la conscience des populations qu’ils influencent quasiment de façon permanente la vie sociale et politique. Dans le cas d’espèce, il est pratiquement impossible de bâtir la société démocratique sans les chefs. Mais il est aussi illusoire, voire incongru, de croire que toutes les régions obéissent à cette réalité. Aussi, une législation qui conférerait un rôle politique aux chefs coutumiers risquerait-elle fort de ne pas être bien accueillie dans toutes les régions du Burkina. En effet, si on ne peut pas se passer d’un naaba ou d’un dima sur le Plateau mossi, par exemple, il n’en est pas de même dans l’Ouest ou au Sahel. Par ailleurs, le statut même de chef coutumier présente le risque d’être un fourre-tout dans lequel il sera bien difficile de distinguer les coutumes de la religion, qu’elle soit traditionnelle ou importée. En somme, le sondage du CGD a le mérite de reposer le problème du statut de la chefferie coutumière dans l’environnement institutionnel du Burkina. Les chemins de la république ne sont pas impénétrables pour les «  bonnets rouges  ». Mais force est de reconnaître qu’il s’agit là d’une équation complexe que le législateur devrait résoudre avant peut-être qu’il ne soit trop tard. F. Quophy ; Journal du jeudi

Forum à la suite de cet article : (reproduit car c’est une bonne photographie des opinions populaires) -Chefferie coutumière : Peut-on républicaniser les « bonnets rouges » ? 30 janvier 2009

Réponse : 14:06, par le peuple de yelkayé : La politique devrait être le combat pour un idéal. Or il y a longtemps que l’idéal a déserté la politique. Le chef avec sa bicyclette attends les négociations politiques pour monnayer son pouvoir ou supposé tel avec une Yamaha mate. Actuellement le tube digestif a tout remplacé. Ce n’est pas la faute des traditionnels. La dépouille du Burkina Faso se partage, il est normal que les chefs soient du Festin. Mais attention, le festin est empoisonné à l’arsenic. Ils vont mourir à petit feu. Les cyniques me diront qu’il vaut mieux toujours mourir de quelque chose. Aya, Yamyelé, que dis-tu ?

-Chefferie coutumière : Peut-on républicaniser les « bonnets rouges » ? 30 janvier 2009

Réponse : 15:10, par Moi : Une autre nécessité est d’éduquer l’électorat à la compréhension des choses. Les partis politiques de la majorité comme de l’opposition ont fait de la création de parti un gagne pain. L’éveil de conscience du peuple est passé au second plan et on préfère les raccourcis. Tous les partis politiques, surtout les grands gueules de l’opposition n’attendent que les subventions. J’ai remarqué que certains de ces chefs de parti sont plus fréquents dans « makis » quand les subventions tombent. Il y a aussi les chefs religieux, les marabouts, imans et autres chefs d’églises qui ne savent aussi se la fermer. Ils parlent comme des pieds et prennent position de façon stupide. La soutane est aussi devenue une monnaie d’échange. Quelle honte ! -Chefferie coutumière : Peut-on républicaniser les « bonnets rouges » ? 30 janvier 2009

Réponse : 12:29, anonyme : De la nécessité d’éduquer le peuple à la compréhension est chose est un véritable dilemme dans nos démocraties qui n’ont pas acquis ce mode de gestion de la chose publique par l’histoire et la tradition mais pas importation pure et simple. Dans l’utilisation et l’application de la démocratie par ce raccourci, la grande question est qui doit éduquer le peuple : les politiques ? L’histoire (évolution naturelle des choses ou apprendre à ces dépends) ? Les premiers sont déjà intéressés et ne peuvent par conséquent servir que leurs intérêts. La deuxième alternative ne peut que coûter cher (Corruptions, déchéance, révolution, guerre civile.) Dans ces conditions, ils sont absolument de bons catalyseurs du jeu politiques, des personnes indépendantes et désintéressées politiquement donc. Jusqu’à présents les responsables religieux de toutes confessions du Burkina participent toujours à la paix sociale du pays. Ils sont assez bien placés pour contribuer à l’éveil des consciences, en particulier à l’éducation au jeu démocratique. Il ne peut être question qu’un éducateur  » la ferme  » pour emprunter votre style, sinon les conséquences pour l’éduquer seront désastreuses. Si nous refusons leur contribution aujourd’hui, c’est que nous acceptons la dérive du pays vers les conflits. J’encourage fermement l’action des responsables religieux dans l’éducation des nos populations à la démocratie. C’est une œuvre de civisme et de citoyenneté louable pour notre nation.

-Chefferie coutumière : Peut-on républicaniser les « bonnets rouges » ? 30 janvier 2009 Réponse : 23:30 ; anonyme : Vous avez parfaitement raison, seulement « savoir la fermer » signifie se taire quand il faut. Cela se conjugue avec  » savoir l’ouvrir « . Comme vous le dites la politique telle qu’elle est actuellement importée et échappe à nos traditionnels. Nous serions heureux si les chefs traditionnels pouvaient éduquer sans partie pris. L’éducation dont il est question viendrait difficilement d’eux. Eux mêmes ne savent pas parfois pourquoi les politiques agissent. Une fois dans un bureau de vote, tous les bulletins étaient d’un parti politique sauf un. Le délégué chef de village dit alors « si je pouvais savoir qui a mis ce bulletin, je le chasserais du village ». Et si c’est l’enseignant du village, et si c’est l’infirmier, et si c’est l’agent d’agriculture toutes ces personnes qui sont au village loin de leur terroir pour travailler avec d’autres ethnies et familles. Bref. Il faut commencer par éduquer les chefs à cette nouvelle forme de gestion du pays qu’est la démocratie avant de les laisser s’engouffrer là dedans. 

-Chefferie coutumière : Peut-on républicaniser les « bonnets rouges » ? 30 janvier 2009

Réponse : 17:34 ; anonyme : Laissez les chefs tranquilles. Je me demande souvent si certains africains comprennent la situation dans laquelle ils vivent. Chaque peuple a sa marche. Je ne suis pas chef ni fils de chef coutumier. Je constate seulement que les chefs sont le produit original de ma société, moaga. Le peuple moaga, de mémoire d’homme a construit sa société, sans copier les valeurs d’une autre société. Ce n’est pas à Karl Max, ou Lénine, ou De Gaulle , on Mao Tsé Toung que notre peuple s’est référé pour se construire. Il n’a ni utilisé ni la bible, ni le coran ou d’autre religions de l’occident ou de l’orient pour se construire. Mon chef se promène dans notre village sans une kalachnikov, un pistolet. Il n’a même pas un garde de corps. Le chef n’est pas celui qui détourne les deniers publics. Il est généralement l’enfant du village pas et non pas un étranger qui vient de loin sous prétexte de connaissance. Le chef trouve sa raison d’être dans son village pas ailleurs. La société moaga est donc bâtie sur l’esprit communautaire, une société bien organisée dans la discipline, le travail et l’équilibre sociale. Beaucoup de moss naissent et grandissent dans cette communauté et apprennent ces riches valeurs.  Comment voulez-vous que je ne respecte pas la décision de mon chef qui vit avec mes réalités ? Comment voulez vous que je nie ma société ? Vous dites que nous sommes analphabètes, c’est pourquoi la démocratie ne marche pas. Je vous dis alors, laissez les analphabètes choisir ceux qu’ils veulent et les lettrés choisir leur démocrates. Vous ne pouvez pas convaincre les analphabètes mais pensez pouvoir développer tout un pays. Cessez d’être arrogant, cessez d’insulter de braves gens. Le problème n’est pas l’analphabétisme mais des soi-disant intellectuels, avides du pouvoir qui ne peuvent pas apporter des solutions à leurs défis. Oui, obtenir la voix d’un analphabète est un défi. Vous parlez de démocratie lorsque vous n’êtes pas au pouvoir. Une fois au pouvoir vous faites tout pour que vos enfants vous succèdent. Qui voulez-vous tromper ?  -Chefferie coutumière : Peut-on républicaniser les « bonnets rouges » ? 30 janvier 2009

Réponse : 23:42 ; anonyme : Vous êtes un peu naïf sur les bords. Le pays mossi est une civilisation très très récente qui a bénéficié de beaucoup d’apports extérieurs. En vérité le Mhoro (système de gouvernance des mossi) est très moderne. Il (le système) s’est même laissé corrompre par certains mensonges des historiens qui sont très patents même si personne ne cherche à les dénoncer. Pour ce qui est de propreté des chefs (ils ne détournent pas, etc.) c’est justement ce que les gens demandent que l’on conserve en leur donnant un statut clair comme celui du Mhoro Naba. Ils s’expriment peu sur les choix politiques à faire. Se prostituent peu ou pas. Si on laisse les chefs se mettre trop dans la politique, à la longue, ils auront besoin de garde de corps et de véhicules blindés et n’auront le respect de personne.

-Chefferie coutumière : Peut-on républicaniser les « bonnets rouges » ? 30 janvier 2009

Réponse : 14:25 ; par Franck dit aspirant Barde : Je suis moaga et fier de le dire ; si la chefferie moaga abandonnait le peule maintenant, que nous reste-il de dignité, le naaba exerce la force, le naaba représente ceux qu’il gouverne, le naaba dit le droit, tout cela dans la mesure de l’acceptable, sinon il meurt… Il n’y a pas à fantasmer : le chef coutumier qui prend sa population en dérision, mourras, pour un détournement de somme qui lui est confiée, pour des terres qu’il voudra s’approprier illégalement, pour une conduite qui frise la moral moaga, et on dit couramment – nabaramb toum -yoodant ti neba ka néyé la wend-nam néen allie- .Donc s’il dépasse une certaine limite même dame nature s’en même et le naaba va mourir ou doit mourir. -Chefferie coutumière : Peut-on républicaniser les « bonnets rouges » ? 30 janvier 2009

Réponse : 21:28, par Thomas Dakin Pouya : La chefferie traditionnelle et la politique sont deux entités qui, loin de s’opposer, se complètent.  » C’est, disent les anciens, au bout de l’ancienne corde qu’il faut tresser la nouvelle « . Seulement, nous l’avions du reste souligné dans un article qui avait ouvert les débats à l’époque, c’est par souci de conserver au  » bonnet rouge  » tout le respect qui lui est dû que nous avions demandé à nos hommes de loi de statuer sur la chefferie traditionnelle. La question est récurrente et nous sommes convaincus que tôt ou tard il va falloir lui apporter un début de réponse légale. Nous avons foi en notre intelligence nationale pour trouver des réponses par nous-mêmes aux problèmes que l’on se pose. Mais, il ne s’agit pas non plus de réinventer la roue, car nous pensons humblement que le modèle ghanéen est beaucoup plus proche de nos réalités burkinabè que celui du Code napoléonien français qui nous régit. La question n’est plus, en notre sens, d’être pour ou contre la participation de la chefferie traditionnelle dans le débat politique, mais de comment il peut le faire sans se faite « hara-kiri ». Comment le chef traditionnel peut faire valoir son statu dans le développement de son village, son canton, sa province…sans oublier que, inféodé à la politique ou non, il le fait déjà. Ne peut-on pas créer, à coté des législateurs élus et des multiples institutions de la république, des sièges revenant de droit aux structures coutumières ?Un document qui montre l’importance encore aujourd’hui de la chefferie coutumière au Faso Fête Coutumière du Samand Naaba

Ce document provient de la publication  » Le Pays  » du 5 février 2010, dans la rubrique Burkina Faso.

Sa Majesté le Samandin Naaba a célébré sa fête coutumière communément appelé « Nabasga » le dimanche 11 avril 2010. L’événement a réuni parents et amis dans la cour traditionnelle de Samandin, au secteur 7 de Ouagadougou. Le Nabasga est une fête coutumière qui a lieu après les récoltes. C’est l’occasion de dire merci aux ancêtres et à Dieu à travers des offrandes. C’est donc des moments de communion, de demande de paix, de grâce, de protection. C’est aussi une occasion de vénérer les ancêtres, de les remercier et de demander leur protection. Le responsable coutumier demande le pouvoir, la force et la puissance pour bien diriger son peuple. Pour la circonstance, on réserve du mil spécialement destiné à la fête qui ne peut être consommé dans d’autres circonstances. Et la fête coutumière dure quatre jours. A chaque étape, il y a des rites secrets qui sont faits. Généralement, la fête commence à partir du jeudi et prend fin le dimanche avec les réjouissances populaires. A cette occasion, le Naaba laisse éclater sa joie, organise une fête à son domicile et fait préparer à boire et à manger pour la famille, les amis, les invités et pour tout le monde, comme nous l’a confié Christophe Pitroipa de la cour du Samand Naaba. Pour cette année, plusieurs activités se sont invitées à la fête du Samand Naaba, si bien que celle-ci avait un caractère plus social. En effet, en plus des danses traditionnelles, il y a eu un tournoi maracana qui a permis de récompenser toutes les équipes participantes et de récompenser le vainqueur avec la coupe. L’autre fait marquant de la fête a été la remise de vivres (un sac de 50 kg de maïs pour chacun) à une centaine de personnes nécessiteuses. Ces actions de solidarité se poursuivront dans les années à venir, selon le Samand Naaba. Une ambiance musicale riche et diversifiée, le manger et le boire ont, entre autres, agrémenté l’événement qui a connu la participation de plusieurs personnalités. Le Nabasga du Samand Naaba a lieu 14 jours après celui du Mogho Naaba. Le Samand Naaba est le responsable de l’extrême cour du Mogho Naaba. « Le Nabasga est comme une nouvelle année. C’est notre 1er-Janvier pour remercier Dieu et les ancêtres de nous avoir donné la santé et la prospérité par nos revenus afin de nous occuper de nos familles et de nos proches, explique le Samand Naaba. » Samandin compte environ 20 000 habitants, couvre une partie du secteur 2 et va au-delà de la Patte d’Oie.

Koyir Désiré SOME ; Cet article est repris du site http://www.lepays.bf/spip.php?article263  Au Burkina : les excès des chefs dérangent le pouvoir parfois

Un article de Syfia Burkina

Au Burkina certains chefs coutumiers estiment avoir le droit de vie ou de mort sur leurs sujets même s’ils sont en même temps députés, maires ou conseillers. Leurs dérives embarrassent le gouvernement dont ils sont des alliés non officiels de poids. Scandale à Pô, au sud du Burkina, vers la frontière avec le Ghana. Depuis deux mois, la ville est secouée par une sombre affaire de meurtre qui se serait produite dans la cour royale. La victime est un jeune homme, accusé de vol. Et le chef incriminé est aussi le maire de la ville. Grand émoi au sein de la population ! Autre lieu, autre scandale et pratiquement même scénario. A Tenkodogo, à l’Est du pays, le naaba ou chef traditionnel de la localité, est accusé d’avoir fait traîner de force et battre à mort, il y a plus de six mois, dans son palais, un de ses « sujets », fonctionnaire à la retraite. Celui-ci aurait tenu des propos jugés désobligeants sur l’action politique du souverain qui milite au sein du parti au pouvoir. Dans les deux cas, la justice suit son cours, mais trop lentement aux yeux des citoyens. Les juges chargés des dossiers ont beau s’expliquer, rien n’y fait : l’homme de la rue reste sceptique sur l’issue des procès. Les accointances des chefs coutumiers avec le régime en feraient des intouchables. Rois et faiseurs de rois.
Dans certaines régions du Burkina, une simple consigne de vote du naaba détermine aujourd’hui encore l’issue du scrutin… Mais les chefs traditionnels ne se contentent plus d’être des faiseurs de rois, ils descendent désormais dans l’arène politique. Ainsi, ils sont 5 députés sur les 111 que compte l’Assemblée nationale. A la deuxième chambre du Parlement, on en compte 8 sur 162 membres. Les communes sont, elles aussi, investies par les têtes couronnées. Le Larlé naaba, Victor Tiendrébéogo, vient de fêter ses dix ans de règne ce qui ne l’empêche pas d’en être à son second mandat de député du parti au pouvoir.  Fondateur de la revue  » Tradition et modernité « , aujourd’hui disparue, ses nombreuses interpellations des membres du gouvernement au sein de l’Assemblée nationale le font passer pour l’avocat attitré des chefs coutumiers. Certains le considèrent même comme le porte-parole du Mogho naaba, l’empereur des Mossi. Il assume et reconnaît ne pas être un politicien comme les autres. « En période de campagne politique, explique le Larlé Naaba, mon statut constitue un handicap. Je m’interdis de faire des promesses démagogiques aux populations comme certains hommes politiques : on me demanderait rapidement des comptes puisque élections ou pas, moi j’exerce toujours mon pouvoir. » Mais peut-on faire la politique à moitié et exercer son mandat de chef traditionnel à mi-temps ? Pour certains intellectuels, les chefs n’ont rien à faire sur la scène politique.  » Un chef qui désire s’engager dans la politique doit au préalable renoncer publiquement à la chefferie dont il est investi, estime ainsi Albert Ouédraogo, professeur de Lettres à l’Université de Ouagadougou, sinon, ce chef n’est plus un rassembleur mais devient au contraire un partisan et à ce titre s’expose aux désaveux et critiques violentes d’une partie de son électorat.  » Pour cet enseignant,  » l’intrusion des chefs dans l’arène politique apparaît comme un cri de défense, un geste désespéré d’une classe sociale qui refuse de se laisser mourir « . A ses yeux, les chefs sont les perdants d’un monde qu’ils n’ont pas su prévoir.  » Ils se retrouvent brutalement à la place des spectateurs après avoir joué les premiers rôles », analyse-t-il. Le pouvoir politique quant à lui reste silencieux sur ces affaires de souverains ayant droit de vie et de mort sur leurs sujets. Il ne veut pas s’attaquer de front aux dérives des chefs, pour éviter de se les mettre à dos. Mais il sait que les excès de la chefferie constituent un frein à l’ »approfondissement de la démocratie « . Un membre du parti au pouvoir observe :  » C’est un vrai problème. Les chefs constituent des soutiens en période électorale, mais ils en viennent à démobiliser nos militants par certaines de leurs pratiques contraires à la démocratie et aux droits de l’homme « . Le malaise est réel et l’idée de trouver un statut clair pour ces notabilités politiques et coutumières fait son chemin. Le Larlé Naaba propose que la Constitution accorde à la chefferie traditionnelle un statut juridique.  » Car elle continue de jouer un rôle important. Même là où l’administration a du mal à toucher les administrés, il y a toujours un chef pour maintenir l’équilibre de la société ». Albert Ouédraogo prône, quant à lui, la création d’un cadre officiel d’expression, une sorte de sénat dont on pourrait requérir l’avis sur des questions touchant à l’unité nationale et à la paix sociale. Une instance de trop ? Beaucoup pensent que non, car le régime se serait bien passé de ces excès gênants des chefs coutumiers pour se consacrer à la résolution de l’interminable crise sociale qui l’oppose à la société civile et aux partis politiques membres du Collectif contre l’impunité.
Un conte Burkinabé où intervient le vieux chef sage : Le vieillard est un remède. 

Un homme avait mis au monde un enfant.
Quand l’enfant grandit un peu, il se fit régulièrement raser la tête. Un moment arriva où l’enfant dit à son père :  “Papa, tu avais l’habitude de me raser la tête.
A partir d’aujourd’hui tu ne me raseras plus la tête jusqu’à mon mariage.
De plus, je me marierai avec une femme qui a déjà eu deux enfants de son premier mariage. Et après ce mariage, je n’irai plus au champ pour cultiver. Le père accepta la proposition de son fils.  
L’enfant devint adulte et atteint l’âge du mariage.
Il rechercha et trouva effectivement une femme qui avait déjà eu deux enfants de son premier mariage. Les deux jeunes se mirent d’accord, et le jeune homme aller demander la main de la femme à ses parents qui acceptèrent. Il alla ensuite trouver son père qui, lui aussi, donna son accord. Ils se marièrent, et, ce même jour, on lui rasa la tête
en lui laissant quatre touffes sur la tête :
une touffe au-dessus du front, une de chaque côté du crane,
et la quatrième sur la nuque.  Il avait précisé qu’après son mariage, il ne cultiverait pas.
C’est avec cette idée en tête, qu’il prend un sac et se rend chez le chef du village.
Il s’adresse au chef en ces termes :
” Chef, je suis venu vous voir. Avez-vous remarqué ma tête rasée ?”
Le chef répond par l’affirmative. Il demande alors au chef : “Combien y-a-t-il de touffes de cheveux ?”
Celui-ci répond : “Quatre.”
Le jeune homme dit alors au chef :
“Chaque touffe a un sens bien particulier.
Si vous arrivez à trouver le sens de chacune de ces touffes,
coupez-moi la tête.
Si vous n’y arrivez-pas, alors, regardez ce sac.
Vous le remplirez de mil pour me permettre de nourrir ma famille.”  
Le chef rétorque que cela n’est pas difficile.
Qu’il a déjà eu à faire à des énigmes plus difficiles,
et qu’il est parvenu à s’en sortir. Le chef se met alors à réfléchir, du matin jusqu’au soir.
En vain. Il ne trouve aucun sens à ces quatre touffes de cheveux.  Il finit par donner l’ordre à ses serviteurs de servir le jeune homme.
Et celui-ci rentre chez lui avec son sac plein de mil. 
Par la suite, dès qu’avec sa famille il a mangé tout le mil,
il retourne chez le chef avec son sac vide.
Et chaque fois, c’est le même stratagème. Tant et si bien que c’est maintenant le chef qui nourrit sa famille !  Le chef du village avait une fille.
Cette dernière observa le manège de cet homme,
et demanda à son père s’il était l’esclave de ce dernier. Le chef répondit à sa fille que cela la dépassait.
Puis il lui expliqua la situation.  
C’est alors que sa fille lui demanda du miel,
avec lequel elle allait prendre sa revanche sur cet homme. Le chef accepta. Peu après la jeune fille dit à son père qu’il était temps, maintenant, d’appeler l’homme en question.  Quand celui-ci arriva, la fille lui donna une pleine calebasse de la liqueur qu’elle avait préparée avec le miel. Il faisait chaud. L’homme avait soif, et il but toute la liqueur d’un seul trait, si bien qu’il ne se possédait plus. Alors la fille du chef s’approche de lui, et lui demande pourquoi on l’avait rasé ainsi, en laissant quatre touffes de cheveux.
Le jeune homme lui répondit : “Même mon père ne le sait pas !
Pourquoi veux-tu que je te le dise ?  
La fille répond : “Alors, tu ne peux pas le dire à quelqu’un ?”
Il répond : “Je peux le dire, mais pas à n’importe qui !
Je peux même te le dire, mais à condition que tu ne le dises pas à ton père.” La fille accepte alors la proposition.  Le jeune homme lui dit alors :
La touffe de cheveux qui se trouve sur le front s’appelle :
“Le chef n’est pas la propriété d’un seul sujet.”
Celle qui se trouve sur le côté droit veut dire :
“Le vieillard est utile dans un village.”
La touffe du côté gauche signifie :
“Il ne faut pas s’approprié l’enfant d’autrui.”
Enfin, celle de la nuque a pour nom :
“Il ne faut pas marcher au pas de course avec une femme.” La fille s’écria : “C’est cela que mon père a recherché en vain !
Mais je ne lui dirai pas.”
L’homme lui dit alors que s’il ne lui avait pas dit, elle-même ne pouvait pas trouver seule cette énigme.  
De retour chez lui, le jeune homme commença à avoir peur.
Il se dit que la fille allait certainement dire tout à son père.
Pour en avoir le cœur net, il se rend à nouveau chez le chef avec son sac.
Arrivé, sans tarder, il dit au chef : “C’est toujours la même chose qui m’amène ici.” Cette fois-ci le chef répond : “Aujourd’hui, quelqu’un aura des surprises !”
Aussitôt, il fait appeler les vieux du village, et aussi le bourreau pour lui couper la tête, en lui précisant de bien aiguiser son sabre.    Ensuite, il demande aux enfants du jeune homme d’attacher leur père, et de le coucher à terre. Les deux enfants de la femme s’exécutent. Seul son fils se met à pleurer. C’est alors qu’un vieillard apostrophe le chef du village, et lui dit : “Chef, tu nous as convoqué, mais tu ne nous a pas dit un mot sur ce que tu es en train de faire.”   
Le chef raconte alors à l’assemblée qu’aujourd’hui il a réussi à trouver l’énigme, et qu’il est temps maintenant de couper la tête à ce plaisantin.
Le vieillard lui demande alors comment il a fait pour percer le secret.
Le chef avoue que c’est sa fille qu’il lui a révélé la solution. Alors le vieillard demande au chef de prendre le temps de réfléchir à ce qu’il est en train de faire, en lui disant :  “Chef as-tu réfléchi ?
Est-ce toi qui as créé la chefferie ?
Certains citoyens ne te connaissent pas, mais quand ils viennent à toi,
ils disent qu’ils vont voir le chef.
Peux-tu prétendre appartenir à une seule personne ?
De plus, pourquoi n’as-tu pas voulu couper la tête toi-même à ce jeune homme, et pourquoi as-tu fais appel à nous les sages ?
En plus de cela tu as demandé aux enfants d’attacher leur père.
N’as-tu pas remarqué que seuls les enfants d’autrui ont exécuté ton ordre ?
Et puis, n’est-ce pas ta propre fille qui t’a informé du secret ? Le chef répond que tout cela était vrai.  
C’est alors que le vieillard précise au chef :
“Le jeune homme n’a fait que de te donner des conseils.
Et donc, il est plus sage que toi !
En plus de ces conseils, il t’a averti du danger de se confier aveuglement à sa femme préférée ! Le chef reconnu ses torts et fit relâcher le jeune homme.
Ce dernier, également, se rendit compte de son impertinence envers le chef.
(Conte traduit du jula par M. Tamini Gabriel)  



L’exploitation de l’or au Burkina : la richesse ou le malheur ?
28 mai, 2010, 12:43
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La remise en route de quelques gisements d’or a laissé croire aux Burkinabé que la richesse est au bout de la pelle … Nous allons voir à travers quelques articles les espoirs que cette extraction créent, mais aussi avec d’autres témoignages à quel point cela engendre des drames sociaux à risques, des conséquences écologiques désastreuses, des déviances graves (dépravation, travail des enfants, etc.) et ne débouchera pas sur cet essor économique tant espéré. 

Exploitation minière au Burkina Faso : Essakane, la plus grande mine d’or en construction

Un article de Alban Kini  Le Premier ministre, Tertius Zongo a procédé, jeudi 19 mars 2009 à Essakane, dans la province du Séno au lancement officiel des travaux de construction de la mine d’or de la localité, qui dureront un an et demi. 

Le ministre en charge des Mines, Abdoulaye Abdoulkader Cissé (devant à droite) a exhorté les populations locales à s’approprier la mine d’or d’Essakane. Les populations de la localité ont massivement fait le déplacement pour assister au lancement officiel des travaux de construction de la mine d’or d’Essakane. Le top de départ officiel des travaux de construction de la mine d’or d’Essakane, la plus grande exploitation minière jamais connue au Burkina Faso, est donné. C’est le chef du gouvernement, Tertius Zongo lui-même qui a posé l’acte symbolique de lancement des travaux de construction, jeudi 19 mars 2009 à Essakane, localité située à une soixantaine de kilomètres de Dori, chef-lieu de la région du Sahel. Prévus pour durer dix-huit mois, les travaux sont exécutés par la société minière Essakane-SA. Cette entreprise a récemment noué des relations d’affaires avec la société canadienne AIM Gold Corporation qui en est devenu l’actionnaire majoritaire. Le ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie, Abdoulaye Abdoulkader Cissé, a souligné l’importance socioéconomique de l’exploitation de cette mine d’or. Selon lui, les estimations faites dans l’étude de faisabilité font ressortir que la mine d’or d’Essakane rapportera à l’Etat burkinabè, au titre des taxes, divers impôts et royalties, plus de trente (30) milliards de francs CFA par an. En outre, l’exploitation engendrera d’autres retombées substantielles. Le ministre a cité entre autres, la création de 800 emplois directs et autant d’emplois indirects, la réalisation de plusieurs infrastructures à hauteur de 9,25 milliards de francs CFA. Par ailleurs, Abdoulkader Cissé a exhorté la société Essakane-SA à « prendre rapidement toutes les dispositions utiles qui doivent concourir à la construction diligente de cette mine, selon les règles de l’art, afin que le projet devienne une réalité ». Il a également rassuré les populations d’Essakane et environnants que le projet est le leur. De l’avis du ministre Cissé, l’étude d’impact environnemental a pris en compte les préoccupations des populations riveraines, des collectivités locales et des organisations écologiques. « A cet égard, la société Essakane-SA, avec l’engagement solidaire des sociétés Orezone ressources et AIM Gold corporation, alimentera un compte fiduciaire à hauteur de 3,5 milliards de francs CFA pour le suivi environnemental et la restauration du site », a précisé le ministre en charge des Mines. 

Le PDG de Essakane-SA, Charles Tashereau :  » La ville d’Essakane sera un centre économique important, qui va continuer à se développer quand la mine fermera ses portes « . Par un acte symbolique, le Premier ministre a donné le top de départ officiel des travaux de construction de la mine aurifère d’Essakane, qui dureront normalement 18 mois. De son côté, le Président-directeur général (PDG) de Essakane-SA, Charles Tashereau, a souligné que sa société et AIM Gold, ainsi que tous les travailleurs, tous les entrepreneurs, toute l’équipe, œuvrent à développer une mine-modèle en Afrique de l’Ouest. L’un des soucis de M. Tashereau est d’avoir une mine qui sera responsable, qui aura la meilleure performance en opération, mais aussi qui assurera la protection de l’environnement. Le PDG a également souhaité que les relations avec tous les partenaires « restent aussi bonnes qu’elles le sont actuellement ». Pour lui, cela nécessite beaucoup de communication, de confiance, de respect et de franchise de la part de tous. Le même sentiment de réussite anime les responsables de la société AIM Gold Corporation. De l’avis de Philip Mark, représentant le président de cette société, le projet Essakane est plus qu’une simple mine. « C’est un projet qui va accélérer le développement de la région du Sahel et nous sommes très fiers d’y jouer un rôle », a-t-il déclaré. Les infrastructures prévues autour de la zone d’extraction du minerai d’Essakane, sont une usine de traitement de l’or, une centrale électrique, des routes d’accès. 

Il est également prévu la construction d’une station de stockage et fourniture de carburant et lubrifiants. Il y sera aussi érigé des infrastructures d’hébergement, de restauration, de loisirs, des équipements de production et annexes (bureaux, ateliers, magasins, laboratoires… A cela, il faut ajouter un barrage d’alimentation en eau de l’usine et un réseau d’adduction d’eau entre le barrage et les différentes composantes de l’usine. Un des effets du développement de la mine concerne le déplacement de certains hameaux, quartiers et villages afin de permettre la construction des infrastructures nécessaires. Pour se faire, un comité consultatif a été mis en place, comprenant entre autres, les représentants des différents groupes socioprofessionnels, religieux des villages et des quartiers concernés. A l’issue de la cérémonie de lancement des travaux, le Premier ministre et la délégation qui l’a accompagné dont le président de l’Assemblée nationale et des membres du gouvernement, se sont rendus sur un site de populations nouvellement réinstallées. Les Mines d’or de Soula

Nathalie Modoux. 

La recherche de l’Or dans les collines de Soula est massive depuis 1986. C’est une activité répandue dans tout le Burkina depuis la grande sécheresse de 1983. Il y a de nombreux gisements aurifères dans les collines burkinabé. Cependant la concentration en or n’y est pas suffisante pour permettre une exploitation industrielle. Des reconnaissances française, allemande et hollandaise l’ont montré. Ces gisements permettent toutefois une exploitation familiale. Bien que les conditions de travail y soient dangereuses, les villageois estiment que c’est un bon moyen de trouver de quoi améliorer leur quotidien.  Paysage désertique. Pas un arbre, ni un buisson, pas la moindre goutte d’eau, même pas un fond de marigot ou un puits qui aurait jadis fonctionné…endroit hostile. Et pourtant, ils sont là. Ces hommes et ces femmes, par centaines, installés dans des abris de fortune en natte pour se protéger des ardeurs du soleil. Ils sont là, seuls, entre amis ou en famille, à la quête de l’or. Et ils creusent. Il n’y a pas de concession. Premier arrivé, premier servi. Avec la pioche ou avec la houe, ils attaquent la terre. Ils en font un tas à côté du trou et ils s’enfoncent jusqu’à 10 ou 15 mètres de la surface et même 30 mètres pour les trous les plus profonds. Un morceau de bois est posé en travers du puits. On y attache une corde, d’une qualité plutôt médiocre, et les hommes s’y accrochent pour descendre ou monter. Quand ils sont au fond, ils remplissent de terre et de roche des sacs qui sont remontés à la surface par la corde. Il y a des puits tous les 5 mètres. Et ils sont reliés entre eux par des galeries horizontales. On peut en compter jusqu’à 10 par puits. Si ça s’éboule ? Oh oui ! Ça arrive ! On se dépêche de dégager les gravats pour aller récupérer le compagnon resté au fond. Il est juste blessé ? C’était son jour de chance ! Il est mort ? .C’est la fatalité. Etayer les parois pour consolider les puits ? Bien sûr… Mais avec quel bois ??? Il est rare que les mineurs trouvent un placage d’or sur la roche. Ils la broient avec un mortier pour la réduire en poudre. Ensuite, ils mélangent la poudre avec de l’eau et ils font couler l’ensemble sur un plan incliné. Celui-ci est recouvert d’un tissu, une sorte de feutrine, sur lequel les paillettes d’or s’accrochent. Elles sont ensuite minutieusement récupérées et soigneusement rangées. Il y a des marchands d’or sur le site. Ils pèsent les paillettes et les rachètent pour les revendre en ville. L’équivalent d’une pièce de 50 FCFA en poids d’or est vendu 10500 FCFA, soit 105 FF. Certains vivent de cette activité à l’année, d’autres ne la pratiquent qu’en saison sèche, une autre catégorie de mineurs ne vient qu’en période de famine pour se procurer juste de quoi nourrir la famille. Il est difficile de connaître les quantités d’or trouvées, les mineurs restent très vagues sur ce sujet… La concentration de mineurs attire divers commerçants. Des femmes viennent vendre de la nourriture, des marchés sont organisés plusieurs fois par semaine, des habitants de Soula viennent vendre l’eau à 1000 FCFA les 200 litres. Et ils en vendent ! Il n’y a aucun point d’eau sur les collines, ni pour boire, ni pour laver la poudre de roche… Des femmes profitent de la concentration d’hommes pour se prostituer et obtenir de quoi nourrir les enfants. On nous a dit que c’était des ghanéennes… la femme burkinabé ne ferait pas ça, même pour survivre avec ses enfants pendant que son époux est parti plusieurs mois gagner de l’argent à l’étranger. « En Afrique il y a des choses que l’on sait, mais qu’on ne peut pas dire ».Burkina Faso : début de la  » production commerciale  » d’or à la mine de Mana

Par Ouestafnews L’exploitation de la mine d’or de Mana au Burkina Faso a désormais atteint un niveau de  » production commerciale, a appris Ouestafnews de sources autorisées. 

La mine d’or de Mana se trouve dans la province des Balé (ouest du Burkina Faso), à environ 150 km de Ouagadougou. Elle est tenue par la Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest (la Semafo), dont le siège se trouve au Canada. « En mai, la mine d’or de Mana a produit 5.000 onces d’or, ce qui porte la production totale à ce jour à 9.400 onces « , annonce la SEMAFO dans un communiqué qui souligne que 53.000 tonnes de minerai ont été traités dans la même période pour arriver à ce résultat. Selon Benoït La Salle, président de la Semafo SA, l’objectif est d’arriver à produire en 2008 entre 60 et 70.000 onces d’or à partir de Mana. 

Depuis quelques années le gouvernement Burkinabé mise sur le secteur minier et plusieurs centaines de permis d’exploration ont été délivrés ces dernières années à des compagnies australiennes, sud africaines, nord américaines… L’exploitation de l’or, jadis laissées aux orpailleurs qui se limitaient à une exploitation artisanale, est l’un des piliers de cette nouvelle politique minière. La Semafo, qui gère la mine de Mana par le bais de sa filiale locale Semafo Burkina, opère dans deux autres pays ouest africains, la Guinée et le Niger et s’intéresse essentiellement à l’or et à l’uranium. De nouveaux gisements d’or au Burkina Faso et au Mali

Source : Altercom – Le Pays 

Jeudi 5 Juin 2008  Ce sont deux sociétés canadiennes, Etruscan (au Burkina Faso) et Rangold (au Mali), qui vont mettre en valeur deux nouveaux gisements d’or dans ces pays. Au Burkina Faso, la mine d’or de Yougo située dans la région du Centre-Est, non loin de la capitale régionale (Tenkodogo), est distante de la capitale politique et administrative, Ouagadougou, de 180 km. La société Etruscan a investi 40 millions de dollars US (22 milliards de F CFA) en infrastructures, création d’emplois (150 permanents) et compte produire en 7 ans, 19 tonnes d’or. Trois nouveaux gisements devraient bientôt entrer en exploitation : Kalsaga, dans le Yatenga (région du Nord) devrait produire 18 tonnes ; Taparko dans le Centre-Nord (entre Kaya et Dori) a un potentiel immédiat de 30 tonnes. Essakane dans la région du Sahel et Manafouberi dans la région du Mouhoun, sont des sites qui disposent d’un important potentiel aurifère. 

Au Mali, la mine d’or de Loulo, située à 35 km à l’ouest de Kéniéba (dans l’Est du Mali, non loin de Kayes, à 600 km de Bamako, en allant vers le Sénégal), affiche 45 tonnes de réserves d’or à ciel ouvert ; mais elle recèle, selon les experts, des ressources de 110 tonnes dans sa partie sulfurée ; plus en profondeur, la mine comporterait un gisement de 60 tonnes d’or. Loulo se présente désormais comme la mine d’or la plus importante du Mali, de par sa durée de vie (20 ans) et l’importance du gisement qui pourrait atteindre les 170 tonnes. Plus de 800 personnes ont travaillé à la construction de l’usine qui aurait coûté 109 millions de dollars (60 milliards de F CFA). L’impact de la mine d’or de Loulo pour l’économie malienne se fait déjà sentir, par les impôts, les royalties, les droits de douane et les dividendes versés en faveur de l’Etat malien qui détient 20% des actions de la SOMILO-SA, la société chargée de l’exploitation de la mine de Loulo. Historiquement, la nouvelle mine de Loulo est l’une des plus anciennes du Mali, depuis que ce pays a choisi d’industrialiser cette filière. 

Elle avait été découverte depuis le début des années 80, par des organismes français de recherche et d’exploitation minière ; en raison de l’enclavement de la zone, la partie française a manifesté peu d’empressement à mettre en valeur le gisement ; de plus, la chute inattendue du prix du métal jaune n’incitait pas à l’investissement. La société canadienne Rangold a pris alors le risque de racheter le permis de recherche en 1995 et de conduire les travaux à terme. Le gouvernement malien a divisé le pays en provinces minières pour mieux gérer et développer la prospection. Burkina Faso: Exploitation de l’or à mana dans les Balé et le Mouhoun : Leurres et malheurs des populations

Un article de Ali Traoré trouvé sur le site allAfrica.com

2 Juillet 2009  Mai 2006, lancement des travaux de construction de la mine d’or de Mana, localité située à cheval entre la province des Balé et celle du Mouhoun, à environ 200 kilomètres de Ouagadougou. Mars 2008, première coulée d’or. Entre ces deux périodes et les phases suivantes du processus d’installation du site minier, que d’espoir et de déceptions des populations des villages de la zone qui ont été dépossédées de leurs terres par la Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest (SEMAFO) contre dédommagement et promesses. Ces populations ont changé de comportement, de mentalité… Progressivement, l’espoir s’est mu en désenchantement et le rêve en cauchemar. Témoignages sur les inquiétudes, les leurres et malheurs des riverains de la zone aurifère de Mana. « L’argent de l’or est venu « chier » sur nous (…) Manger du poisson sec au petit déjeuner, ce n’est plus possible… » Tels étaient les propos tenus par certains habitants de Wona, Yona, Somona, Dangouna, Fofina, Bissa et Bana aux premières heures de leur dédommagement en juillet 2008. La Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest (SEMAFO), après avoir pris possession des champs pour la construction de la mine d’or de Mana, a indemnisé les propriétaires terriens. Aussi, les populations de ces villages, situés de part et d’autre dans les GA_googleFillSlot( « AllAfrica_Story_InsetB » ); provinces des Balé et du Mouhoun, sont devenues subitement riches, très riches même. Ces nouveaux riches ne manquent pas de faire étalage de leurs caprices et folies. Le paiement de la première tranche des sommes s’est effectué le 10 juillet 2008. Dès le premier marché qui a suivi cet événement (le marché de Wona), ce fut l’occasion pour les uns et les autres d’exhiber leur fortune :  » Les assiettes, les plats et les vélos n’ont pas suffi « , témoigne le premier adjoint au maire de Bana, Salifou Dao. Il n’est pas question de parler d’épargne ni à la banque, ni à la caisse populaire locale.  » Seuls quelques consciencieux ont mis leur argent dans la caisse locale et d’autres à la succursale d’une banque. La majorité des gens a préféré rentrer chez elle avec son argent « , indique M. Dao. La SEMAFO a dédommagé à 282 000 FCFA l’hectare de champ. Les uns et les autres ont connu des sorts différents : ceux qui exploitaient de grands espaces ont engrangé des sommes d’argent pouvant atteindre pour certains, neuf millions de FCFA. Les autres se situent dans la fourchette de 200 000 FCFA à 500 000 FCFA. Mais ils ont eu tous, plus ou moins, la même réaction face à l’argent : la concurrence dans les achats de motocyclettes, de postes téléviseurs, de postes radios, de plaques solaires, de plats de haute qualité, de pagnes bazin… Les gens qui ne se sont pas lancé dans l’achat de biens immobiliers ont démontré leur force de frappe dans les cabarets et les buvettes. Les autres, ceux qui ont pensé aux lendemains difficiles, ont investi dans des charrues, des bœufs, dans la construction des maisons, etc. 

Adama Traoré, cultivateur à Wona, a empoché 500 000 FCFA de dédommagement. Il regrette l’usage qu’il en a fait :  » J’ai acheté une mobylette et un bœuf. Le 13 août 2008, plus rien. J’ai dû ajouter de l’argent de ma poche afin de pouvoir effectuer mes dépenses « . Modou Zina, un autre cultivateur du village de Wona a été plutôt prudent dans les dépenses. Il a été dédommagé à hauteur de sept millions de FCFA pour son champ de 13 hectares et un verger de 46 pieds de manguiers. « J’ai conseillé aux enfants de ne pas gaspiller l’argent, mais d’acheter des charrues et des bœufs « , confie-t-il. En témoin averti et résigné, le major du Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Wona, Seydou Ouattara raconte :  » Avec le dédommagement des populations, le niveau de vie a changé. Quand un d’entre eux se paie une motocyclette, son voisin l’imite « . Et de poursuivre :  » Deux jours après l’indemnisation, une boutique de vente de motocyclettes s’est installée à Wona. Au moins 50 motocyclettes ont été vendues dans le seul village « . L’un des gérants du dépôt de vente des motos, Daouda Séré explique :  » Nous avons appris que les cultivateurs ont reçu leur argent. C’est pour cela que nous sommes venus nous installer à Wona. Ça fait notre affaire. Par jour, on peut vendre deux à trois motocyclettes. C’est encore plus intéressant les jours de marché de Wona « . Aux dires de ceux que l’odeur de l’argent de l’or a attirés à Wona, la motocyclettes, y compris la carte grise, coûte 500 000 FCFA sur place. Selon M. Séré, ce même engin coûte entre 375 000 FCFA et 425 000 FCFA à Ouagadougou. Il justifie la différence des prix en ces termes :  »  Le transport d’une mobylette de Ouagadougou à Wona revient à 5000 FCFA et la carte grise varie entre 22 000 et 25 000 FCFA « . A entendre les uns et les autres, l’argent de l’or a vraiment entraîné un changement du rythme de vie dans la localité. Certaines sources bruissent qu’après l’indemnisation, plus de 100 motocyclettes ont été vendues dans les sept villages. Le protocole du préfet et du maire de la commune rurale de Bana, Kassa Padiéni le confirme, non sans humour.  » Avec le dédommagement, les gens étaient très contents et ne faisaient qu’acheter des engins, des charrues, des bœufs, etc. La plupart a acheté de grosses cylindrées avec des roues larges et grosses. D’autres ont acheté des postes radios appelés « tête de lion » « . Mais Kassa Padiéni est inquiet. Et pour cause :  » L’avenir est à craindre parce que ceux qui ont été désintéressés, quand ils entrent dans les buvettes et les cabarets, ce sont eux qui parlent. Les autres n’ont pas droit à la parole. Ils se disent qu’ils recevront encore de l’argent l’année prochaine et n’ont donc rien à craindre « . Les paysans n’ont plus de terre pour cultiver : tout comme l’argent de l’or qui a « chié » sur les populations de Wona, Yona, Somona, Dangouna, Fofina, Bissa et Bana, les problèmes et les angoisses s’abattent également sur eux. Très vite, après l’indemnisation, surgissent des plaintes, des désaccords, des inquiétudes et autres malentendus. Le premier adjoint au maire de Bana, Salifou Dao donne le ton :  » Le problème, c’est qu’ils ont pris la terre avant de venir discuter des modalités de réparation « . Aussi, dans cette zone réputée grande productrice de coton et de céréales, les mots qui reviennent dans les causeries des cultivateurs sont :  » Nous n’avons plus de terre pour cultiver « . Le regret se fait sentir dans les propos du genre :  » c’est comme si nous avons rompu un pacte. Nos parents nous ont légué la terre et nous, à notre tour, nous l’avons vendue « . Le conseiller municipal du village de Yona, Douin Lassina Gnanou est désemparé :  » on a pris mes six hectares de terre cultivable et on m’a donné 2 725 000FCFA. Ce qui fait que je n’ai plus de champ « . Pour lui, l’ouverture de la mine d’or a plutôt créé des problèmes dans sa localité, jadis tranquille.  » Avant la construction de la mine d’or, je gagnais environ deux millions de FCFA par an dans la culture du coton. L’année dernière, à cause de la mine, je n’ai eu que 600 000 FCFA « . Modou Zina de Wona se trouve dans la même situation.  » Quand nous sommes allés chercher la terre ailleurs, ils nous ont dit de payer. Les propriétaires terriens veulent maintenant louer la terre à 100 000 FCFA l’hectare par an « . Pour le major du CSPS de Wona, Seydou Ouattara, la situation est préoccupante :  » Il faut craindre un conflit foncier, d’une part, au sein de la population, et d’autre part, entre les éleveurs et les agriculteurs car la grande superficie de terres cultivables est occupée « . Deux villages ont été déplacés pour permettre le déroulement des travaux de construction de la mine. Le village de Somona a été totalement délocalisé et reconstruit par la SEMAFO. Quant au village de Dangouna, il a été déplacé à moitié et également reconstruit. Là- bas, comme dans les autres villages, les mécontents ne manquent pas. Le non respect des engagements : maints habitants se plaignent de la non reconstruction de leurs maisons. Certains avancent que leurs terres ont été absorbées alors qu’ils n’ont rien reçu. 

Le chef de service Environnement, chargé des relations avec les communautés et les autorités locales de la SEMAFO, Omar Traoré, réplique :  » Il n’y a pas ce type qui n’a pas été relogé. On n’est pas venu pour loger tout le monde. Quand on fait un impact sur un bâtiment, on le remplace « . Concernant ceux qui ont vu leurs champs retirés alors qu’ils n’ont pas été indemnisés, Seydou Ouattara confirme :  » le nerf du problème est qu’il s’agit d’analphabètes. Après l’affichage des listes, quand les propriétaires terriens venaient les consulter, leurs préoccupations étaient de savoir s’ils ont leurs noms sur les listes. Si c’est le cas, c’était suffisant. Le propriétaire du champ repartait tout content, car il s’attendait à une indemnisation en ignorant que c’est en fonction de la superficie qu’on indemnise les gens  » ; Le maire de Bana impute la responsabilité à ceux qui disent qu’ils n’ont pas vu leurs noms sur la liste. Pour lui,  » Les plaignants n’ont pas du tout raison. La société a d’abord mesuré les champs, elle-même. Mais après, les listes ont été affichées pour que ceux qui ne voient pas leurs noms viennent se plaindre afin que les erreurs soient réparées « . Le chef de service Environnement, chargé des relations avec les communautés et les autorités locales de la SEMAFO, Omar Traoré confirme les dires du maire de Bana avec plus d’arguments :  » Dans un premier temps, nous avons fait un levé topographique de tous les champs dans un rayon de 14 kilomètres carrés (km2) en présence des représentants de chaque village. Sur les 14 km2, nous avons fait un recensement de tous les champs. Lors des réunions, nous avons bien dit aux gens que seuls les champs cultivés seront dédommagés « . Selon Omar Traoré, la population était informée, lors des différentes rencontres, que les champs en jachère ne seraient pas indemnisés. Il précise :  » Les gens qui se plaignent du fait que leurs noms ne figurent pas sur les listes sont ceux qui avaient leurs champs en jachère ou abandonnés depuis longtemps « . M. Traoré a révélé qu’au total, 605 champs ont été recensés parmi lesquels certains possédaient quatre à six champs. En définitive, 434 producteurs sont à dédommager. Si le maire de Bana s’accorde avec les dirigeants de la SEMAFO sur ce point, il partage cependant, certains désidératas de ses administrés :  » Nous sommes en train d’engager de nouvelles négociations, car il y a de nouveaux problèmes à savoir le cas des champs de certains paysans entièrement noyés à cause des travaux de la SEMAFO « . Le chargé de l’environnement, Omar Traoré dément :  » Tous les cultivateurs dont les champs sont en bordure de la route ont été dédommagés, mais les gens continuent à les exploiter « .  Les emplois non qualifiés en priorité aux autochtones : l’administrateur de la SEMAFO, M. Ouattara estime qu’il n’y a pas eu de sincérité dans la transmission de l’information :  » Quand le voisin est absent pendant le recensement des champs, celui qui connaît bien son champ, même si c’est trois hectares, il dit que c’est deux … « , précise-t-il. En plus de ces plaignants, d’autres estiment qu’ils n’ont pas été dédommagés alors que les routes de la SEMAFO traversent leurs champs et font que l’eau et la poussière envahissent leurs cultures. Mais la plus importante des accusations formulées à l’adresse de la SEMAFO est le non-respect de ses engagements.  Les populations autochtones sont déçues des responsables de la société minière qui, disent-elles, n’ont pas tenu leurs promesses.  » On nous avait promis d’embaucher nos enfants et les ressortissants de la localité, mais ce n’est pas le cas « , clame-t-on de partout.  » C’est totalement faux de soutenir qu’il n’y a pas beaucoup d’autochtones embauchés par la SEMAFO « , enchaîne l’administrateur, directeur national de l’usine, Elie Justin Ouédraogo. Et de préciser par ailleurs :  » Pour les emplois non-qualifiés, la priorité est donnée aux fils de la localité. Moi-même, à cause de ce principe, je n’ai même pas pu placer, ne serait-ce qu’un cousin ou un neveu. Pourtant, ce n’est pas ce qui manque !  » L’effectif des employés fournis par le chef du personnel, à la date du 22 octobre 2008, prouve que les emplois permanents non qualifiés étaient de 144 dont 135 des ressortissants de la région de la Boucle du Mouhoun et des sept villages des communes de Bana et de Kona (soit 93,73% de l’ensemble des emplois permanents non qualifiés). Les employés sont repartis comme suit : SEMAFO, 48 employés sur 58, soit un taux de 84%, TPS (société de gardiennage), 48 employés sur 48, soit un taux de 100%, OK IN (hébergement et restauration), 23 employés sur 23, soit un taux de 100% et le laboratoire, 6 employés sur 6, soit un taux de 100%. Les dirigeants de la SEMAFO relèvent que les emplois des prestataires de service que sont TPS, OK IN et le laboratoire sont des emplois à mettre à leur actif. M. Ouédraogo se dit même inquiet de cette mentalité des populations pour qui, tout devrait revenir aux ressortissants de la localité. Selon lui, quelle que soit leur bonne volonté, il y a des limites :  » C’est sûr qu’il y a plus de 300 jeunes qui cherchent du boulot là-bas, alors que pour les emplois non qualifiés, la SEMAFO n’a besoin que de 100 à 150 personnes « . Sur la question, le maire de Bana, Kélétigui Mahama Coulibaly, prend position pour sa population et relève :  » On nous a promis que la priorité reviendrait aux locaux pour le recrutement. Mais on est loin du compte. Nous nous sommes retrouvés avec dix à douze ressortissants de la localité embauchés dans l’usine « . Il reconnaît néanmoins qu’il y a par ailleurs 44 réservistes à la Société de sécurité (TPS) qui veillent sur les installations de la mine. Le maire de Bana admet que les ressortissants de la localité bénéficient d’une centaine d’emplois, mais qui sont pour la plupart mal rémunérés. Et d’ajouter :  » Ce dont parlent les populations, c’est l’embauche à l’usine  « . Sur ce point, il prend le contre-pied des propos des dirigeants de la SEMAFO :  » Je sais de quoi je parle. La réalité est qu’au niveau de la mine, le recrutement à l’intérieur a été vissé. Seulement les emplois bénévoles autour ont été libéralisés « .  » Les plaignants n’ont pas du tout raison « , concède le maire. Un vide juridique sur la question foncière au Burkina Faso : l’administrateur, directeur national de la SEMAFO regrette leur manque de fermeté sur la question :  » On aurait dû être plus radical. Il fallait les empêcher de cultiver « . Le maire de Bana est pourtant catégorique :  » Je dis non, ces champs n’ont pas été dédommagés. Ce n’est ni de la faute de la SOCREG, ni de la faute de la SEMAFO, mais ce sont des données nouvelles que nous constatons, car c’est la première saison pluvieuse (saison 2008-2009) après la construction de la mine d’or « . Sur quel texte se fonder pour dédommager quelqu’un à qui on prend la terre au Burkina Faso ? Les dirigeants de la SEMAFO et de la SOCREG (chargée du dédommagement des populations et des études environnementales) n’ont pas trouvé de réponse à cette interrogation au moment de passer à l’indemnisation de ceux qui ont été dépossédés de leurs terres. Pour le directeur de SOCREG, Adama Demé, quand sa structure pilotait le processus, il n’y avait pas de disposition légale au Burkina en matière de désintéressement des propriétaires terriens.  » Il n’y a pas de loi, ni de règlement, ni de texte là-dessus. Alors, qu’est-ce qu’on fait ?  » Face à ce vide juridique, il indique qu’ils se sont inspirés des directives de la Banque mondiale. Ces directives stipulent que si vous prenez la terre à quelqu’un, il faut la remplacer par une autre terre. C’est le principe de la terre contre la terre.  » Or, dans la zone de Mana, il n’y a pas de terre en remplacement. « , confesse Adama Demé. Pour la Banque mondiale, dans le cas contraire, il faut un paiement juste et équitable qui permet la restauration des revenus, explique- t-il.  » Le problème est qu’il n’y a pas de texte. Aux Travaux publics (TP) par exemple, si une route passe dans le champ de quelqu’un, on s’arrête là-bas, on calcule et on lui donne 15 000 FCFA… « . De tâtonnement en tâtonnement, une solution a été trouvée pour indemniser les populations de Mana.  » Nous nous sommes dit, comme la durée de vie de la mine est à peu près de huit ans, on va essayer d’être équitable. Nous avons demandé à la mine de payer au moins cinq ans la valeur productive des champs retirés « , a fait comprendre M. Demé. Après toute cette gymnastique pour parvenir à cette solution, M. Demé révèle qu’on leur a reproché, au cours d’une commission nationale des mines, d’avoir surpayé les terres.  » Des Burkinabè nous ont critiqué disant que c’était trop cher payé. J’ai soutenu que c’est bien ainsi. Mais si le Burkinabè pense qu’on donne trop d’argent à son frère, c’est son problème. Lui, il est un fonctionnaire, il a un salaire à la fin du mois. Le paysan, lui, n’a que sa terre. S’il la perd, il a tout perdu. Quel que soit l’argent qu’on lui donne, ça ne peut pas compenser cette perte « , soutient-il. Celui-ci sait de quoi il parle.  » En 2000, j’ai participé à une opération de ce genre au Niger. La famille du chef d’un village a perçu 100 millions de FCFA. J’y suis reparti au mois de mars 2008, il n’y avait plus rien. Huit ans après, on ne dirait même pas que cette famille a reçu un copeck « , témoigne-t-il. L’autre vide à combler et qui a causé des difficultés est le manque de textes précisant clairement qui dédommager, l’exploitant de la terre ou le propriétaire terrien.  » Il y a des gens qui sont venus lors des enquêtes nous dire : un tel n’est pas le propriétaire de ce champ. C’est mon grand père qui lui avait donné la terre à cultiver « , explique Elie Justin Ouédraogo.  » Dans notre démarche, ce n’est pas le propriétaire qu’on dédommage, mais celui qui exploite la terre. Les vrais propriétaires sont donc mécontents car ils n’ont pas eu grand-chose « , fait-il savoir. A ce stade, laisse observer M. Ouédraogo, on estime que la terre appartient à l’Etat. L’administrateur, directeur national de la SEMAFO pense que ceux qui ont perdu leurs terres et qui n’ont pas cherché tout de suite des champs, auront du mal à acquérir de nouveaux champs  » Parce que maintenant, les gens ne vont plus se contenter de dire, donne-moi un poulet et va cultiver…  » Concernant le montant total des indemnités,  » Nous sommes pratiquement à plus d’un milliard deux cents millions de FCFA qui doivent être débloqués « , mentionne Adama Demé.   Nous avons opté de payer les gens en trois tranches car nous estimons que ce serait dangereux de remettre le montant total de la compensation à chacun, en une seule traite « , justifie- t-il. Ainsi, tous les montants inférieurs à 500 000 FCFA, ont été réglés en une seule tranche (la première). Tous les montants dus, compris entre 500 000 FCFA et 2 500 000 FCFA ont connu un règlement de 500 000 FCFA à la première tranche et le reste à la dernière tranche. Les indemnités supérieures à 2 500 000 FCFA sont payées en trois tranches dont 20% pour la première tranche, 40% pour la deuxième et 40% pour la dernière. Selon Omar Traoré, la somme totale versée aux populations à la première tranche se chiffre à plus de 407 millions 106 mille FCFA. 

Le tout n’est pas de donner de l’argent aux gens : pour Adama Demé,  » L’essentiel n’est pas de donner de l’argent aux gens, il ne faut pas contribuer à leur paupérisation « . Pourtant, c’est ce qui semble être le cas sur le terrain. Elie Justin Ouédraogo fait savoir :  » Quand les gens n’avaient pas l’habitude de posséder une certaine somme et qu’ils se retrouvent subitement avec beaucoup d’argent, la propension à consommer et à dépenser est importante « . Il espère que ceux qui achètent des motocyclettes, des postes téléviseurs, etc. ont déjà des champs.  » Ce serait vraiment dommage que l’argent dont la philosophie de base est d’aider les gens à reconstituer les champs et les outils de production soit mal utilisé. Si l’argent n’a pas servi à cela, c’est vrai que nous serons face à un problème « , s’inquiète M. Ouédraogo. Pour amoindrir les chocs qui pourraient survenir, les dirigeants de la SEMAFO ont élaboré un plan de développement local intégré des villages de la zone de la mine d’or de Mana.  » Il s’agit de tirer des leçons de ce qui s’est passé ailleurs (Poura), non seulement en apportant du poisson aux populations, mais en leur apprenant surtout à pêcher « , souligne M. Ouédraogo. L’autre enjeu de ce projet est la solidarité intercommunale. La zone de la SEMAFO est entourée d’une dizaine de villages. Cependant, les trois villages les plus concernés sont Wona, Kona et Bana. Wona qui est le lieu d’implantation de la mine relève administrativement de la commune de Bana. Selon l’expérience des responsables de la SEMAFO, une telle configuration est souvent un terreau favorable à des conflits dès lors qu’un acteur extérieur est susceptible de modifier le rapport de forces à travers ses réalisations. Comme si c’était un projet prémonitoire, effectivement, le 24 mai 2009, le préfet de Bana, Jules Bamouni a révélé  » Qu’il y a de petites querelles, même entre Somona et Wona. Chacun prétend que le site est dans son village. Peut-être que la mine a favorisé cela, mais selon mes informations,  « Il n’y a qu’une douzaine d’autochtones employés dans la mine », a souligné le maire de Bana, Kélétigui Mahama Coulibaly. Il semble qu’un problème existe depuis longtemps entre Wona et Bana. Tout comme le préfet de Bana, le premier adjoint au maire qui est de Wona, Salifou Dao a laissé entendre que le conflit entre Wona et Bana est un vieux problème.  » On est nés  en trouvant ça. Ce problème est indépendant de la mine « , dit-il. Pourtant, les velléités de séparation de Wona et ses alliés de Bana est clairement affichée. Trois villages, à savoir Wona, Litena et Sinkona ont même déjà écrit au préfet de Bana pour demander leur séparation de Bana. Le village de Somona était associé au projet, mais s’est désisté. Au regard de la situation, le préfet de Bana est préoccupé :  » Il s’agit maintenant de bien gérer la situation pour qu’il n’y ait pas de scission « . Le maire de la commune rurale de Bana admet, en effet, qu’un plan de développement local était en cours d’élaboration. Mais Kélétigui Mahama Coulibaly reste ferme :  » Il faudra que les infrastructures cadrent avec le niveau de vie des populations « . A entendre M. Coulibaly,  » Les gens nous envient avec la présence de la mine, mais concrètement, tout est laissé à l’initiative de la SEMAFO « .  Endommagement ou dédommagement ? Pour le maire de Bana, la mine d’or sera une bénédiction s’il y a un accompagnement effectif. M. Demé affirme également que la mine d’or de Mana peut contribuer au développement local, mais à certaines conditions :  » Qu’effectivement l’Etat, la compagnie minière et les populations s’engagent dans un processus de partage, de faire les affaires de la bonne manière « . Et de dire que c’est là le problème :  » La société minière vient s’installer. Son activité entraine des impacts et des risques sociaux et environnementaux. De l’autre côté, la mine tire de l’argent, mais elle n’est pas seule. Elle le fait avec l’Etat qui est actionnaire à 10%. Le problème est qu’il faut partager les risques. Ce n’est souvent pas le cas « . Le maire de Bana estime que sa commune ne gagne pratiquement rien de la mine dont les réserves sont estimées à 900 000 onces d’or.  » Seulement 20% des taxes superficielles par an, soit environ trois millions de FCFA, alors que l’Etat encaisse 80% « , déplore-t-il. Il demande aux bonnes volontés de ne pas fermer les portes :  » Lorsque vous arrivez devant une institution et que vous vous présentez, on dit, mais si vous êtes de Bana, il n’y a rien à faire, vous avez une mine d’or, vous aurez tout « . Et pourtant, sur le terrain, la réalité semble être tout autre. La déception et la désillusion commencent déjà à s’installer après les moments d’euphorie et de folie qui ont suivi les premiers dédommagements. Certains ont déjà la nostalgie de l’ancienne époque où ils possédaient leurs terres et étaient maîtres de leur destin, pourvu qu’il pleuve abondamment. Mais l’administrateur, directeur national de la Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest tente de rassurer :  » peut-être que pour la deuxième tranche, on pourra convaincre les gens de mettre leur argent à la banque ou à la caisse populaire locale afin de mieux l’utiliser. Ils vont tirer des leçons du passé « . Et arriva les 12 et 13 février, dates au cours desquelles le paiement de la deuxième tranche des indemnisations s’est effectué. Les mentalités ont-elles évolué sur l’utilisation à bon escient de l’argent ? Le premier adjoint au maire de Bana, Salifou Dao, explique à-propos la situation :  » En comparaison avec la première tranche, les gens ont un peu mieux géré les sommes de la deuxième tranche. Beaucoup ont pu construire et certains ont eu recours à la banque ou à la caisse populaire locale pour y déposer leur argent. La mauvaise utilisation des indemnisations de la première tranche a servi de leçon « . Tout comme M. Dao, le chef de service du CSPS de Wona, Seydou Ouattara souligne qu’il a aussi senti un petit changement avec le paiement de la deuxième tranche.  » Quelques-uns ont investi dans l’immobilier, acheté des charrettes, construit des maisons, mais en ce qui concerne la jeunesse, c’est toujours l’achat des motocyclettes « , relève-t-il. Un signe pour se convaincre que l’argent ne circule plus à Wona comme par le passé, est que le vendeur de moto qui s’était spécialement installé après le paiement de la première tranche, a levé le camp. Et Seydou Ouattara d’expliquer les raisons de son départ avec ironie :  » Les affaires ont fructifiées pendant un certain temps, mais maintenant, l’argent est presque fini. Beaucoup de gens se sont déjà appauvris « . Une prise de conscience commence à naître chez les populations sur la bonne utilisation de l’argent, car il ne reste qu’une dernière tranche pour quelques-uns, étant donné que la plupart a été indemnisés au cours des deux premières opérations. Cela suffira-t-il pour sauver ceux qui se sont adonnés au gaspillage sans prévision? N’est-ce pas le médecin après la mort ? Une mine d’or au Burkina Faso

Un article issu du site de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne = Pédagogie Freinet  Janvier 2009  En Afrique, le Burkina Faso, pays très pauvre, est pourtant riche en minerais. Il y a de l’or. Et des familles misérables risquent leur vie pour en récupérer quelques paillettes. 

Le Burkina est l’un des pays des plus pauvres du monde.
Mais son sous-sol contient divers minerais, qui intéressent l’industrie mondiale – souvent, sans retombées économiques sensibles pour la population locale.
L’exploitation  » artisanale  » de l’or, (présent sur une bonne partie du territoire), a développé des pratiques désastreuses pour les hommes et pour l’environnement.
Problèmes sociaux, enfants non scolarisés, accidents, intoxications, pollutions… la ruée vers l’or fait des ravages. 
Le Burkina Faso, ancien territoire de l’Afrique Occidentale Française  sous le nom de Haute-Volta, est devenu indépendant en 1960. C’est un pays de 274.000 km2, peuplé d’environ 15 millions d’habitants. Sans accès à la mer, vivant presque exclusivement d’une agriculture rendue difficile par le climat, le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du monde. Un habitant sur deux vit avec moins d’un dollar par jour. Cependant la présence d’or est signalée sur presque tout le territoire et sa recherche est en plein essor depuis environ vingt-cinq ans. L’or est exploité industriellement dans des mines (Poura, Essakane, Guiro), et artisanalement, par orpaillage, sur de nombreux gîtes (Yako, Ouahigouya, Kaya, Yalogo, Goraom Gorom, Sebba, Kongoussi, Bogandé, Gaoua, Houndé…) Le paysage aux abords de la mine : un hameau avec ses greniers à mil aux murs de terre et aux toits de paille. Avec la terre de cette région, on fabrique des briques qui sont ensuite séchées au soleil et qui servent à élever les murs des constructions. Un abri recouvert d’un épais toit de paille sert de lieu de réunion pour les palabres, lorsque les arbres ne fournissent pas une ombre suffisante. Des sacs en plastique noir dispersés par l’harmattan, (vent chaud venant du désert), polluent toute la savane, même si beaucoup sont récupérés et découpés en lanières que l’on tisse pour en faire des sacs et des paniers. 

L’orpaillage est une technique artisanale. Les hommes lavent dans l’eau des rivières les sables ou les terres qui contiennent des paillettes d’or.
On a recours à cette technique lorsque la concentration en or sur les gîtes est faible et dans les régions où il n’existe que des indices de présence d’or.
Lorsqu’il s’agit d’un véritable gisement, l’exploitation est industrielle c’est-à-dire qu’elle se fait avec des machines qui permettent de creuser plus facilement et à grande échelle.
L’or est désormais le deuxième produit d’exportation du pays après le coton. 
Dans la province de Bam, près de la ville de Kongoussi, se situe le village de Lourgou. L’une des nombreuses sociétés minières présentes au Burkina Faso y exploite depuis des années une mine d’or, selon des méthodes plus proches de l’artisanat que de l’industrie. La mine consiste en une multitude de puits, trous qui peuvent atteindre 70 mètres de profondeur, simplement creusés dans le sol sans que leurs parois soient consolidées. Seule l’ouverture est renforcée par des sacs et les mineurs posent leurs pieds sur des branchages pour ne pas effriter le sol. Chaque puits est équipé d’une poulie fixée à une poutre, sur laquelle s’enroule une corde qui permet de descendre et de remonter. Des galeries partent du fond du puits. De la surface, on peut entendre les bruits assourdis, les voix des mineurs. Ces puits sont extrêmement dangereux : ils s’effondrent régulièrement en ensevelissant des mineurs. Les jeunes garçons et les hommes qui y travaillent sont simplement équipés d’une lampe électrique. Les outils utilisés par les mineurs restent très rudimentaires. Tout le travail se fait  manuellement, sans le secours d’aucune machine. Les mineurs utilisent en particulier la daba, une sorte de hachette à tranchant perpendiculaire au manche. Aucune ventilation n’est prévue, ce qui rend le travail épuisant. Les femmes et les enfants pilent ensuite les morceaux cassés par les hommes pour en faire une poudre. La mine est pauvre : on n’en retire que de petites quantités d’or, et les ouvriers y gagnent à peine de quoi manger. Le site n’est pas fermé mais gardé par des hommes en armes engagés par la société minière et tout vol est sévèrement puni. Les accidents du travail sont fréquents : aucune règle de sécurité ne protège les mineurs. C’est un travail très dur qui a lieu dans un bruit assourdissant, dans la chaleur torride – il fait entre 35 et 45 degrés – et la poussière ! L’eau : l’activité minière réclame de grandes quantités d’eau. En effet, après traitement, la poudre obtenue est mélangée à l’eau. La boue liquide s’écoule sur un plan incliné couvert d’une toile émeri destinée à retenir les particules d’or, plus lourdes, qui restent coincées entre les grains de la toile. Or, l’eau est rare au Burkina Faso comme dans tous les pays du Sahel. Les sociétés minières doivent forer profondément le sol pour alimenter leurs mines. Certaines de ces sociétés participent depuis 2004 au programme  » les mines pour l’eau  » destiné à faire profiter les habitants des forages qu’elles pratiquent pour leur activité, et qui fournissent une eau plus abondante et de meilleure qualité que celle traditionnellement utilisée par les populations. En effet, selon l’UNICEF, dans cette partie de l’Afrique 80% des maladies et des décès chez les enfants ont pour cause la mauvaise qualité de l’eau qu’ils boivent. 

Pathogènicité de la méthode de purification : Un ouvrier amalgame l’or et le mercure en versant du mercure dans l’eau riche en poudre d’or. Le mercure attire l’or et il se forme une boulette constituée de mercure et d’or : c’est l’amalgame. L’eau qui reste est ensuite filtrée dans un chiffon pour en recueillir les dernières particules d’or.
La boulette de mercure et d’or est déposée dans une vieille boîte de conserve où elle est  » grillée  » au chalumeau et portée à incandescence. Le mercure s’évapore, seul l’or reste. Les microgouttelettes de mercure respirées par l’ouvrier et son entourage sont très dangereuses pour leur santé. Par ailleurs, les métaux lourds toxiques contenus dans la roche, tel le plomb, ou utilisés pour extraire l’or, comme le mercure, provoquent des pollutions chimiques qui contaminent les sols et les cours d’eau s’ils sont utilisés et rejetés sans précaution. Cela entraîne de très graves maladies et malformations chez les hommes comme chez les animaux. 
Un désastre écologique : les rapports des ONGs chargées de la protection de l’environnement dénoncent l’état de délabrement total des sites miniers. Ces zones deviennent dangereuses pour les hommes et pour les animaux à cause des entrées de puits laissées à ciel ouvert et des tas de gravats. Site aurifère de Nébia – La mort à ciel ouvert et à portée de pioche

Cyrille Zoma ; article trouvé sur le site allAfrica.com

18 Mars 2010  Le bilan est on ne peut plus alarmant, et on ne peut blâmer les autorités communales de Dassa d’avoir pris la décision de fermer, même temporairement, le site d’or du village de Nébia situé juste à six kilomètres du chef-lieu de la commune. En effet, du 13 février (jour du démarrage de l’exploitation) au 10 mars de cette même année, on a enregistré sur ce site trois éboulements avec un total de sept (7 morts). Nous avions fait, ce 14 mars, un déplacement dominical sur les sites de Nébia et de Divolé (3 km plus loin) pour mieux nous imprégner de la situation. Et là, on a le tournis de voir que sur le site de Nébia, exploité anarchiquement et où on a de l’or presque à ciel ouvert, on a là aussi, la mort juste à portée de pioche. Il n’est pas rare de voir à Koudougou, à Réo ou dans quelques villages, des jeunes en jeans cintrés, en baskets ou en chaussures très tendance, le cou et les bras bardés de chaînes et de colliers faire des piques de vitesse et pavanant avec un look de jeunes friqués, chevauchant des motos Spark, Appache, ou JC Super. Dans les maquis, c’est sur leurs tables que s’amassent le plus de bouteilles d’alcool et où on est sûr de boire à satiété. 

Ces gazeurs ne sont autres que les chercheurs d’or travaillant dans les sites dont regorge particulièrement la province du Sanguié. L’envie d’imiter ces  » fortunés  » est vite née et le besoin de se faire de l’argent tout de suite et maintenant fait le reste. Ainsi, on voit des jeunes tout larguer pour rejoindre ces sites où souvent, c’est la désillusion qui les ramène sur terre. Et de sites, on en a à profusion dans le Sanguié. Dans la seule commune de Dassa, le maire François Bassié nous en a énuméré trois : Nébia, Divolé et Yerdioun, et de préciser que ces potentialités leur posent beaucoup de problèmes. Pour ce qui est du site de Nébia et faisant son historique, François Bassié a indiqué que ce sont les bergers du village qui ont, dans leurs promenades, vu quelque chose qui brillait. Intrigués, ils ont un peu gratté et se sont rendu compte qu’ils avaient là ni plus ni moins que de l’or. Comme une traînée de poudre, la nouvelle de l’existence de l’or à Nébia s’est vite répandue et les orpailleurs qui squattaient le site de Divolé et ceux désœuvrés du site de Yerdioun, fermé depuis un certain temps, n’ont fait que se rabattre sur le village. Du 13 février 2010, date de l’arrivée des premiers chercheurs d’or au 10 mars date de l’éboulement mortel, 2000 à 3000 aventuriers du métal précieux ont investi le village qui ne comptait que quelques centaines d’habitants. Nébia était un site prisé d’autant plus qu’ici le sol est sablonneux, contrairement à Divolé où l’or est logé dans le granit. Cependant, cet avantage géologique va constituer le côté fragile du site car les trous sont instables, les risques d’effondrement sont légion, le danger permanent, et la mort à portée de pioche. 

Un mois, trois éboulements et sept morts : même si les orpailleurs méprisent toutes ces nuisances, il y a aussi le danger permanent que représente le site même du fait de la fragilité de sa composition sablonneuse. Comme l’a conté Ernest Kikan Soulama, haut-commissaire du Sanguié, en moins d’un mois, le site a enregistré trois éboulements. - Le premier a eu lieu une semaine après l’ouverture du site à savoir le 22 février. Un éboulement qui n’aurait pas fait de victime à en croire les orpailleurs, même si le maire reste sceptique car, dit-il, ce jour-là, ils ont trouvé une dizaine de paires de chaussures qui jonchaient l’entrée du trou. Faut-il croire que les orpailleurs ont délibérément menti pour ne pas avouer qu’il y a des personnes enfouies dans le sable au risque de voir le site fermé ? On est tenté de le croire surtout que pour beaucoup de chercheurs d’or, quand une mine ne  » bouffe  » pas de gens, c’est dire qu’il n’y a pas suffisamment d’or ou qu’il est maudit. C’est ce que nous a confié Parfait Bationo dit  » Burkina Faso « , le bien-nommé, qui creuse depuis 1996. Globe-trotter, il nous a confié fièrement avoir dans son palmarès des sites comme Poura, Fada, Perkoa, Guido, Sandié, Thion, Yerdioun, Divolé, Poa, Pama, Nadialpoun et maintenant Nébia. Il dit que c’est le seul boulot qu’il maîtrise et préfère travailler dans les mines au risque de sa vie que d’être rattrapé un jour pour des actes de brigandage. « Il y a certes des incidents mais on leur demande de  » nous donner la route  » pour qu’on reprenne le travail. Si c’est le travail de l’or, la mort est là toujours et c’est le travail de Dieu. Même moi je peux rester dans le trou mais ce n’est pas grave. J’ai vu des camarades et des frères mourir dans les trous mais ça ne me décourage pas car c’est normal quand on cherche l’or. Lui aussi (l’or) veut bouffer. La mort est là, mais nous aussi on est là, et on travaille aussi pour nous nourrir », a raconté « Burkina Faso », précisant qu’il a fait sortir du trou l’équivalent de 17 charrettes de sable qu’il n’a pas eu le temps de traiter et ajoutant qu’il a vu des éboulements plus dramatiques que ce qui est arrivé à Nébia. - Après le premier éboulement du 22 février, un autre est survenu le 5 mars et aurait tué une seule personne.  - C’est le troisième qui a été plus meurtrier avec sept personnes prises dans le piège. Cinq sont morts sur le coup, un des deux évacués à l’hôpital de Koudougou a succombé par la suite. En un mois donc, la mine de Nébia a  » bouffé  » sept personnes.  Et si cette fréquence devait se poursuivre ou s’empirer, vu qu’on n’est qu’en début d’exploitation, il faudra croire que l’or de Nébia a une telle boulimie qu’il convient de stopper. Et c’est ce qu’ont décidé, avec sagesse, les autorités communales de Dassa. Il faut dire que si cette décision a été prise suite aux drames qui se sont succédé sur le site, d’autres raisons justifient aussi cette fatwa communale. La proximité du site avec l’école primaire (une centaine de mètres) a fait que l’école a été vite envahie par la poussière. Son domaine s’est transformé en site de prospection. Des maladies ont fait jour. Mais aussi les élèves ont vidé les classes pour rallier le site où ils ont des sous à glaner à travers les services qu’ils proposent dans le domaine du ramassage et du lavage de la terre, de la vente d’eau et de nourriture. La poussière a contraint un enseignant à abandonner son logement, vite transformé en parking. Les grandes filles aident leurs mères sur le site avec tous les risques de dépravation que cela comporte.  » On mangeait, buvait et respirait la poussière. Les élèves désertaient l’école pour le site. Depuis deux semaines l’école est fermée. On va ouvrir demain (lundi 15 mars) avec la peur que les élèves ne soit tentés d’aller jouer ou fouiller dans les trous restés béants « , nous a confié Néya Bayon, le directeur de l’école de Nébia qui compte trois classes (CPI, CP2, CMI) et 188 élèves tenus par trois enseignants. 

Si la police est maître des lieux, il faut dire que les orpailleurs ne s’avouent pas vaincus. En effet, il nous a été rapporté que certains viennent la nuit, à la faveur de l’obscurité, ramasser le sable pour le traiter plus loin, ou rentrent même dans les trous au péril de leur vie. Ils s’adonnent à cette pratique dans le noir complet, n’utilisant leurs lampes-torches que de façon brève et en cas de strict besoin afin d’éviter d’être repérés. Naturellement certains se font prendre et reprendre malgré leurs supplications de ne plus recommencer. C’est dire qu’il est grand l’attrait du métal jaune. Et c’est dire que cette présence policière est loin d’émousser les ardeurs des assoiffés d’or. Le commissaire Dieudonné Ouattara, directeur provincial de la police nationale du Sanguié, s’est montré tout aussi déterminé en affirmant que les agents y seront cantonnés jusqu’à ce que la mairie de Dassa juge la situation favorable à un retrait. « Si on lève le dispositif maintenant, le site sera de nouveau envahi. Il y a certes des difficultés mais cela ne doit pas nous empêcher de faire notre boulot », a indiqué Dieudonné Ouattara. Sexe, drogue, brigandage et dépravation : même s’il n’a pas voulu s’étendre sur le sujet, le commissaire Dieudonné Ouattara reconnaît qu’avec l’apparition de site non règlementaire comme celui de Nébia, des difficultés d’ordre sécuritaire font jour. L’absence d’un concessionnaire ou de quelqu’un possédant un permis d’exploiter pouvant être un répondant complique davantage la situation. 

Et c’est naturellement qu’on voit se développer sur ces sites, comme c’était le cas à Nébia selon le maire de Dassa François Bassié, des phénomènes comme la prostitution, la drogue, les actes de brigandage ou de délinquance parfois juvénile. Parfait Bationo, notre  » Burkina Faso « , jure, la main sur le cœur, que lui n’a jamais touché à la drogue. L’alcool ou le café noir, oui, mais la drogue, qu’elle soit en comprimé, en herbe ou en liquide, non. Lui préfère faire confiance à la force dont la nature l’a gratifié. Cependant, il reconnaît que la drogue et d’autres excitants sont omniprésents sur les sites d’orpaillage et il en connaît beaucoup qui ne s’en privent pas. Le maire François Bassié est conscient de l’existence de ces tares sur les sites de sa commune, que ce soit à Nébia ou à Divolé.  » Il faut sur le plan institutionnel qu’on repense les dispositions d’octroi de permis d’exploitation de l’orpaillage. Sans consulter la commune on voit un concessionnaire qui débarque, organise le village, ignore royalement l’autorité communale « , s’est insurgé le maire de Dassa, citant les conséquences qui en découlent dont la destruction systématique de la nature, de l’environnement et des arbres fruitiers souvent centenaires.  » Et puis on se retrouve avec une panoplie de personnes dont on n’a ni l’identité, ni les objectifs. On voit se développer la prostitution, la drogue, la violence et toutes sortes de dépravations, et quand il y a des ennuis, ça retombe sur la mairie qui ne fait que subir et qui ne retire rien de ces sites car les décisions d’exploiter sont prises depuis Ouagadougou « , a poursuivi François Bassié visiblement en colère et déplorant la forte pression qui est faite sur les maigres ressources en eau du village. Il a avoué tout ignorer du cahier de charges des concessionnaires et souhaite qu’il puisse y être inséré des clauses en matière de réhabilitation des sites détruits. Sinon présentement la commune n’est pas associée à des négociations concernant le cahier de charges pour ce qui est de l’exploitant du site de Divolé que nous avions visité ce même dimanche 14 mars. Ce trou que tu vois, c’est notre PMU-B : Divolé est situé à juste 3 Km de Nébia. Dès qu’on y met les pieds, on est vite fasciné par cette sorte de colonne vertébrale qui serpente au flanc est de la colline qui annonce le village. Ce qui s’apparente à une colonne vertébrale est en fait une longue succession de trous d’une profondeur vertigineuse. Tout comme à Nébia, on se demande comment un homme peut avoir le courage de s’engouffrer dans un tel tunnel. On a là une sorte de souricière avec un trou d’à peine 80 cm de long sur 60 cm de large, mais dont la profondeur peut atteindre plus de 15 m. Mais là où on a le tournis, c’est que tout au fond, ces trous s’élargissent en un enchevêtrement de compartiments qui se rejoignent dans un désordre total. Si le travail est facile à Nébia du fait de la constitution sablonneuse du sol, accentuant du coup les risques d’éboulement, à Divolé, c’est dans la pierraille qu’il faut creuser pour suivre l’hypothétique filon, souvent visible que par les seuls initiés. Malgré la disponibilité des jeunes creuseurs pour nous faire percevoir les traces d’or sur les fragments de pierre, nous ne voyions que dalle, ébahis devant ce granit qui, paraîtrait-il, contient de l’or et qui justifie toute cette violence faite à cette zone forestière et toute cette débauche d’énergie, de temps, de moyens, tant humains que financiers. Voyant notre incrédulité, un jeune d’à peine 20 ans, tout couvert de poussière et de crasse, nous lance, l’air amusé, que ce trou que nous voyons, c’est leur PMU-B. Il a affirmé n’avoir aucune peur à entrer dans ce gouffre et jure que c’est là qu’il trouvera son bonheur. Les autres membres du groupe confirment ses dires et nous confient qu’au fond, les compartiments suivent le même sens que le filon. Un filon qui semble conduire vers le sommet de la colline si on se réfère à la succession des trous creusés du bas vers le haut de la colline. Nous n’avions pas pu mettre la main sur le concessionnaire du site, mais un jeune, surnommé « Américain », qui nous a guidés depuis Nébia, nous a expliqué le fonctionnement du site : la chaîne part de l’extraction des blocs de granite, qui seront concassés en de petits morceaux, lesquels seront confiés à des moulins qui vont les moudre en une farine très fine. C’est cette farine qui sera lavée et relavée jusqu’à isoler la poudre d’or. A Nébia, la procédure est presque similaire sauf qu’elle est facilitée là-bas car, au lieu de granite, c’est du sable qui est extrait de la mine. Là tout comme à Divolé, c’est la poussière et la chaleur qui règnent en maîtres et on comprend que le conseiller municipal de Dassa, Jean Goldberg Bayili, natif de Nébia, nous ait confié que depuis l’apparition des sites les villageois développent de nouvelles pathologies respiratoires. Ces pathologies développées par les orpailleurs sont loin de décourager ceux qui considèrent que c’est dans ces trous qu’ils tireront leur salut. Et pour nous en convaincre,  » Américain  » qui est en fait un acheteur pour le compte d’un invisible patron, en s’entourant de mille et une précautions, sort de sa poche quelques miettes d’or qu’il nous montre en nous précisant que ça pèse autour de 15g et coûte autour de 225 000 FCFA au prix de 15 000 f le gramme. 

Une fortune donc pour ces individus qui prennent d’assaut les sites dans l’espoir de glaner quelques grammes. Cela signifie du coup que ce serait chimérique de penser que le site de Nébia restera définitivement fermé. Le maire de Dassa ne perd pas de vue une réouverture du site, même s’il enrage contre la marginalisation des autorités communales dans les négociations et l’octroi des permis, la non-association des populations qui pourtant récoltent les pots cassés, le chaos, la désolation, la destruction de l’espace, la contamination de la nappe phréatique et les ennuis sanitaires qu’on leur laisse. L’extraction engendre des problèmes environnementaux avec la destruction des arbres, la pollution de l’air du fait de la poussière résultant du creusage et du vannage, la pollution de cours d’eau, des puits et de la nappe phréatique du fait de l’utilisation abusive et incontrôlée de produits chimiques pour le traitement de l’or. « Pour moi, mieux vaut ne pas exploiter des sites de ce genre qui créent des problèmes à long terme pour les populations », s’est-il opposé préconisant qu’on cherche des compromis avec les comités villageois de développement (CVD) et les conseils municipaux. Il a dit que le conseil municipal acceptera la décision de réouverture du site mais pour cela, il souhaite que la population ait son mot à dire afin d’éviter d’être le dindon de la farce.  » Quelles sont les compétences des communes en matière de négociation de permis d’exploitation minière ? Qu’est-ce qui est prévu en matière de réhabilitation des sites, de reboisement, ou de dédommagement des populations ?  » Sont autant de questions que se pose l’édile de Dassa. Il a d’ailleurs eu une rencontre avec les villageois autour de la question de la fermeture de la mine. Au cours de cette rencontre, il a été convenu que les villageois ramasseront le sable déjà extrait pour le travailler et voir ce qu’ils pourront en tirer de telle sorte que le bénéfice profite à tous. On peut se  » soulager « , même en plein jour : pour le moment et comme nous l’expliquait le président du CVD de Nébia, Issaka Badiel, son village n’a pas profité de ce site. Il est presque heureux à la vue du village minier, qui s’était constitué en un rien de temps, détruit et incendié par les agents de force de l’ordre quand ils sont venus chasser les orpailleurs et sécuriser le site. 

Dans ce village construit avec de la paille, des branches, du bois et des toiles, on trouvait presque du tout : bar, vidéoclubs alimentés par groupes électrogènes, restaurants, boutiques et, bien sûr, les coins de plaisir. On pouvait aussi se procurer des stupéfiants comme cette herbe et ces drogues que les agents du commissaire Seydou Ouoba ont saisies au moment de leur intervention. A Divolé, le village minier est encore plus développé et plus fourni et un rien confident,  » Américain  » nous glisse à l’oreille que même le jour on peut se soulager. Il a bien dit  » soulager  » mais on a compris ce qu’il voulait nous dire. Sacré  » Américain  » qui visiblement trouve son compte dans cette activité de rachat de l’or à en juger par son apparence, ces vêtements pas aussi bon marché que ça, et sa moto flambant neuve. Deux questions au haut-commissaire du Sanguié, Kikan Ernest Soulama : - pourquoi avoir laissé prospérer ce site anarchique de Nébia ? 

 » Vous avez touché là un vrai problème que nous avons en tant qu’autorités. Vous savez que nous sommes dans un pays pauvre très endetté et lorsque quelqu’un pense qu’il y a un site quelque part qui peut résoudre tous ses problèmes, on ne peut qu’aboutir à ce que nous avons vécu. La population sait très bien que l’exploitation anarchique est interdite. Je me suis personnellement rendu sur plusieurs sites pour raisonner les occupants, mais les gens sont têtus. On voit certains tenter de corrompre l’autorité quand on manifeste l’intention de fermer un site. Dès que vous fermez et que vous tournez le dos, le site est de nouveau envahi, comme ce fut le cas à Nébia après le premier éboulement. Ce n’est qu’au troisième éboulement et avec les morts qu’il y a eu qu’ils ont compris la difficulté pour eux de nous forcer la main, car force doit rester à la loi. Il y a une loi (la Loi 042-2004/AN du 16 novembre 2004) qui réglemente les sites d’orpaillage qu’ils soient traditionnels ou industriels, de sorte que l’Etat en tire profit au même titre que les orpailleurs. «  - Comment et par qui se fait l’octroi des autorisations d’exploiter ?  » L’octroi du permis de recherche se fait au niveau du ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières. Le Sanguié regorge d’or et abrite plusieurs sites. J’ai échangé avec des orpailleurs et leur ai conseillé d’aller retirer des permis d’exploiter. Les orpailleurs ont accusé la lenteur au niveau du ministère. «   Mais cela n’est pas vrai car le ministre a délégué ses pouvoirs au Directeur général des mines auprès de qui ces permis peuvent être retirés facilement et en peu de temps. Pour ceux qui veulent se mettre en règle, il n’y a aucun problème. L’administration a un réflexe de compte rendu. Au niveau du maire et du préfet de Dassa et à mon niveau des rapports ont déjà été adressés au niveau du gouverneur. Lui aussi fera le relais au niveau du ministère et c’est de là que la situation sera décantée. 



L’économie du Burkina
28 mai, 2010, 12:32
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Quelques chiffres :

PIB : 5.111 millions dollars US (2004) ; Parité de pouvoir d’achat : 15.970 millions dollars US (2004) ; Agriculture, forêt, pêche : 30.8% du PIB (2004) ; Mines, manufactures, constructions, services publiques : 19.9% du PIB (2004) ; Services : Services : 49.4% du PIB (2004) ; Dépenses des administrations publiques : 20.2% du PIB (2004) ; Exportation de biens et services : 8.6% du PIB (2004) ; Importation de biens et services : 22.9% du PIB (2004) ; Dépenses pour l’éducation : non connues Utilisateurs d’Internet : quantité non connue ; Dépenses de santé : 4.3% du PIB (2002) ; Superficie en milliers de km² : 274 ; Population en milliers (2007) : 14 784 ; PIB par habitant, USD à prix constant 2000 (2007) : 268 ; Espérance de vie (2007) : 52.3 ; Taux d’analphabétisme (2007) : 69.6 PNB (1998) : 2,6 milliards de $ US. ; PNB/hab. : 240 $ US. ; Budget (est. 1998) : recettes, 273 milliards de F CFA ; dépenses, 317,5 milliards. ; Le taux de croissance de l’économie dépasse 5 %. ; Dette extérieure (1997) : 1,3 milliard de $ US. ; Importations (1997) : 544 millions de $ US (dont 28,4 % de biens d’équipement, 13,4 % de produits pétroliers, 11,3 % de produits alimentaires ; en provenance principale de Côte d’ivoire, France, Togo, Nigeria). ; Exportations (1997) : 251 millions de $ US (dont 59,3 % de coton, 19 % de bétail, 15 % d’or, cuirs et peaux, karité) principalement vers la Côte d’Ivoire, la France, l’Italie, le Mali ; Agriculture : Elle occupe, avec l’élevage, 84 % de la population, représente 32 % du PIB(1998) et procure les principales ressources d’exportation ; Cultures vivrières (1998) : sorgho, 945 000 t ; millet, 600 000 t ; maïs, 370 000 t ; riz, 90 000 t ; voandzou, 34 000 t ; tomates, 30 000 t ; gombos, 26000 t ; oignons 22000 t ; cultures maraîchères. ; Cultures commerciales (1998) : canne à sucre, 400 000 t ; coton-graine, 340 000 t (190 000 t en 1991) ; arachide, 150 000 t ; noix de karité, 70 000 t ; tourteaux d’oléagineux, 165 000 t ; sésame, 17 500 t ; haricots verts, 3 800 t. ; Cheptel (1998) : bovins, 4,5 millions ; ovins, 6,2 millions ; caprins, 7,9 millions ; porcins 600 000. ; Pêche : 8 000 t de poisson (1996). ; Mines et industries : Le secteur industriel représente 28 % du PIB en 1998. Le potentiel minier assez riche est encore peu exploité. ; Productions (1997) : or, 1,45 t (par orpaillage traditionnel) ; manganèse, 140 000 t ; petite exploitation de phosphate, de calcaire (production de chaux et de poudre de dolomie pour amender les sols, marbre) et de zinc. Électricité (1997) : 275 millions de kWh. ; Industries agroalimentaires : bière et boissons gazeuses, minoteries, huileries, sucrerie (31 000 t en 1998), égrenage de coton (202 600 t en 1997), textiles, cuir, industries chimiques et métallurgiques. ; Tourisme : 140 000 visiteurs ont apporté 39 millions de $ US en 1998. ; Communications et services : Participation à la compagnie multinationale Air Afrique, et compagnie nationale Air Burkina sur les lignes intérieures et les liaisons avec les pays voisins ; deux aéroports internationaux (Ouagadougou et Bobo-Dioulasso). ; 560 km de chemins de fer : liaisons Ouagadougou-Abidjan et Ouagadougou-Kaya. ; Près de 21 000 km de routes et pistes, dont 16 % bitumés. ; Parc automobile : 6 véhicules pour 1 000 habitants (1997). ; Téléphone : 3 lignes principales pour 1 000 habitants (1997). ; Télévision : 6 postes pour 1 000 habitants (1997).

Analyse de la situation économique du pays en 2007 par l’OCDE

L’analyse qui suit est l’œuvre essentiellement à l’Organisation de coopération et de développement économique ou OCDE ; c’est une organisation internationale qui aide les gouvernements à répondre aux défis économiques, sociaux et de gouvernance. L’OCDE est l’un des plus grands éditeurs dans les domaines de l’économie et des politiques publiques. Ses publications sont un support de choix pour la diffusion de ses travaux intellectuels, tant en version imprimée qu’en ligne. Le Burkina reste l’un des pays les plus pauvres de la planète, avec 44.8 pour cent de sa population vivant avec moins de 1 USD par jour. L’activité économique a pourtant marqué un saut qualitatif ces dix dernières années, avec une croissance moyenne de 5.9 pour cent entre 1997 et 2006. La croissance a atteint 6.1 pour cent en 2006, contre une moyenne de 3.1 pour cent dans l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Ces bons résultats sont dus à la poursuite des réformes structurelles et des investissements soutenus. La croissance a cependant ralenti en 2007, avec un taux de 4.3 pour cent dû à la chute de la production de coton. Une reprise progressive est attendue, avec 4.7 pour cent projetés en 2008 et 5.8 pour cent en 2009. L’inflation a ralenti, s’élevant à 2.4 pour cent en 2006 et 2.0 pour cent en 2007, des taux nettement inférieurs à 2005 (6.4 pour cent). Une bonne production vivrière et l’approvisionnement suffisant des marchés a ralenti la hausse des prix des produits alimentaires. Les projections tablent sur une inflation de 2 pour cent en 2008 et 2009. Fait notable, la baisse de l’inflation s’est soldée par l’augmentation de 4.7 pour cent du revenu par tête en 2006. L’économie burkinabè a remarquablement bien résisté, depuis 2004, à la crise ivoirienne. Le conflit dans le pays voisin a connu une accalmie, il est vrai, avec la signature de l’Accord de Ouagadougou, le 4mars 2007. La croissance économique du Burkina Faso reste malgré tout volatile, pour quatre raisons principales : une agriculture peu diversifiée, un réseau routier insuffisant, des ressources énergétiques limitées, ainsi que l’enclavement du pays. Cette situation géographique entraîne des coûts élevés de transport de marchandises, qui pénalisent la compétitivité de l’économie dans son ensemble. Les finances publiques demeurent sous tension, malgré le soutien important des bailleurs de fonds. L’augmentation continue des dépenses publiques a aggravé le déficit primaire, passé de 4.7 pour cent du PIB en 2006 à 5.7 pour cent en 2007. Une lutte efficace contre la pauvreté implique la maîtrise des dépenses publiques, le maintien de la dette à un niveau soutenable et une progression plus rapide de la pression fiscale.

Développements économiques Récents : Le coton reste la locomotive de l’économie, mais le secteur minier s’annonce prometteur. L’activité économique a marqué le pas en 2007, avec un taux de croissance de 4.3 pour cent. Entravée par la chute de la production cotonnière, la croissance n’est plus tirée que par l’industrie et les services, à hauteur de 1.7 et 1.2 pour cent respectivement. La contribution limitée à 0.14 pour cent en 2007, en raison d’une crise non résolue dans la filière coton. La tendance à la baisse des cours du coton a d’ailleurs conduit à la révision des révisions économiques. La croissance ne devrait pas dépasser 4.7 pour cent en 2008, au lieu des 6 pour cent initialement attendus. Elle ne s’approchera de cet objectif qu’en 2009, avec un taux de 5.8 pour cent, et grâce à d’une faveur d’une reprise généralisée agriculture comprise. En attendant, le secteur primaire, l’un des piliers de l’économie nationale (35.5 pour cent du PIB), est durement touché. La production cotonnière est en effet tombée de 649 400 à 434 000 tonnes entre 2006 et 2007, en raison de plusieurs facteurs : mauvaises conditions climatiques, baisse de 14 pour cent des prix, payés aux producteurs (145 francs CFA le kg, au lieu, de 165 francs CFA en 2006), hausse des prix des intrants, et retards de paiement des paysans pour la dernière campagne, sans oublier l’annonce tardive du prix plancher aux producteurs. Les cultivateurs ont réduit es superficies consacrées au coton et développé des cultures céréalières de subsistance, telles que le maïs, le mil et le sorgho. La production céréalière a augmenté de 1.5 pour cent en 2007, également stimulée par l’aménagement de nouveaux bas-fonds et de périmètres irrigués. Passée de 3.68 à 3.73 millions de tonnes entre 2006 et 2007. Cette production est censée couvrir les besoins du marché intérieur. Cependant, 15 provinces demeurent déficitaires, sur les 45 que compte le pays. Les surplus dégagés dans certaines régions ne parviennent pas aux provinces touchées par la pénurie de céréales, à cause du mauvais état des routes, d’une mauvaise circulation de l’information et du manque d’organisation. Cette situation s’est soldée par des tensions inflationnistes. Pour les juguler, le gouvernement a lancé en novembre 2007 un programme de vente de céréales à prix sociaux. Les exportations de produits d’élevage ont repris progressivement. Elles sont favorisées par la réouverture de la frontière avec la Côte d’Ivoire et une meilleure organisation des flux commerciaux avec d’autres pays voisins, tels que le Ghana et le Togo. L’élevage a contribué à hauteur de 0.33 pour cent à la croissance du PIB en 2007, contre 0.46 pour cent en 2006. L’industrie, qui représente 23.1 pour cent du PIB, affiche une croissance de 8.2 pour cent en 2007, tirée par les mines et les grands travaux. L’essor des Bâtiments et travaux publics (BTP) doit beaucoup au chantier de la Zone d’activités commerciales et administratives (Zaca), qui vise à réaménager le centre-ville de Ouagadougou, la capitale. Divers monuments, palais des sports et infrastructures sont en construction, de même que de nombreux projets immobiliers privés. La chute de la production cotonnière a entraîné un déclin des activités d’égrenage en 2007. Cette baisse a pesé sur les performances de l’ensemble du sous-secteur des manufactures et des mines. L’activité minière, toutefois, a été renforcée par l’exploitation effective des mines d’or deTaparko et la meilleure organisation de l’orpaillage. La production d’or, premier produit d’exportation du pays, est passée de 7.4 à 9 tonnes entre 2006 et 2007. Les dispositions du nouveau code minier, adopté en 2003, devraient porter leurs fruits sur la période 2008-09. Des travaux en vue de l’exploitation des mines d’or de Mana et Kalsaka ont en effet été lancés en 2007. Trois autres mines d’or, Essakane, Inata et Bayildiaga sont en construction, de même que la mine de zinc de Perkoa. En outre, deux permis d’exploitation ont été accordés à de petites mines, l’une d’or à Banouassi et l’autre de manganèse à Kiéré. L’industrie devrait croître de 2.7 pour cent en 2008 et 5.96 pour cent en 2009. Les manufactures devraient tirer profit, avec l’égrenage, de la reprise attendue de la production cotonnière. Quant aux mines, elles devraient connaître un nouvel élan, avec une croissance de 3.89 pour cent en 2008 et 6.39 pour cent en 2009. Le secteur des services, 41.3 pour cent du PIB, a connu une croissance estimée à 5 pour cent en 2007, contre 6.2 pour cent en 2006. Ce ralentissement s’explique par la faible contribution des services non marchands et par la baisse d’activité des services marchands. Les postes et télécommunications, le commerce, les transports et les services financiers ont montré le plus de dynamisme. Les télécommunications, en croissance de 6.6 pour cent en 2007, prospèrent grâce à l’essor de la téléphonie mobile. La privatisation de l’Office national des télécommunications (Onatel) a été menée à bien en 2007, avec le rachat de 51 pour cent des parts par Maroc Télécom. Celtel, un opérateur de téléphonie mobile, est par ailleurs devenu un fournisseur de services à part entière, à la faveur de la libéralisation de l’accès à Internet. Le commerce a lui aussi progressé, grâce à la vente au détail. Quant aux transports, ils ont profité de la reprise du trafic ferroviaire entre Ouagadougou et Abidjan. Les services devraient croître de 5.8 pour cent en 2008 et 7 pour cent en 2009, grâce au commerce, aux télécommunications et aux services financiers. Le tourisme, en essor, affiche un fort potentiel. La capacité d’accueil dépasse 10 000 lits. La promotion de la destination Burkina Faso commence à donner des résultats : plus de 400 000 arrivées ont été enregistrées en 2007, un niveau qui devrait passer à 447 000 en 2008 et 500 500 en 2009. L’investissement a progressé de 38.4 pour cent en 2007, grâce à l’amélioration du climat des affaires. Les mines, les télécommunications et l’immobilier stimulent l’investissement privé, en hausse de 64.5 pour cent en 2007. Les investissements publics ont pour leur part augmenté de 9 pour cent, grâce à l’accroissement des dons et aux dépenses faites dans les télécommunications avant la privatisation d’Onatel. Le ralentissement de la croissance en 2007 s’explique en partie par le tassement de la consommation privée (2.2 pour cent du PIB). Deux grandes causes à ce phénomène : la baisse des revenus des producteurs et les tensions inflationnistes sur les marchés mondiaux des produits alimentaires. L’investissement devrait croître de 10.9 pour cent en 2008 et 13.1 pour cent en 2009. L’investissement privé va ralentir, tandis que les investissements publics vont augmenter de 9.1 pour cent en 2008 et 9.9 pour cent en 2009. Les estimations donnent un taux de consommation finale de 3.1 pour cent en 2008 et 3.6 pour cent en 2009, lié à la faible progression des revenus.

Politique macro-économique ; Politique budgétaire : Le Burkina Faso a passé en 2003 des accords de prêts à faibles taux d’intérêt avec le Fonds Monétaire International (FMI). Le premier accord, conclu au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), est arrivé à échéance en septembre 2006. Un nouvel accord a suivi, en février 2007. Les recettes publiques ont atteint 18 pour cent du PIB en 2007, un niveau comparable à 2006 (18.1 pour cent). Les réformes visant à améliorer les performances des administrations fiscales n’ont pas eu l’impact espéré. Le taux de pression fiscale, qui n’a pas dépassé une moyenne de 12 pour cent du PIB durant la période 2000-2006, reste inférieur à la norme communautaire de 17 pour cent du PIB en vigueur dans l’UEMOA. Ces résultats traduisent les retards pris dans la mise en œuvre de certains volets de la réforme budgétaire. Depuis juin 2007, le logiciel Syntax permet l’envoi automatique de lettres de rappel aux contribuables retardataires ou non déclarants. Tous n’ont pas été contactés, cependant, en raison de difficultés dans la saisie des bases de données de la Division des grandes entreprises (DGE). Par ailleurs, le gouvernement n’a pas pu respecter son engagement de réduction du délai de remboursement des crédits de Taxe sur la valeur ajoutée (TVA). De même, les modules Sydonia de saisie à distance des déclarations par les commissionnaires en douane agréés n’ont pas pu entrer en vigueur. Les protestations des syndicats ont contraint au report de l’application du mécanisme d’ajustement automatique des prix des produits pétroliers, malgré la forte hausse des cours internationaux du pétrole. Les dons, en légère baisse par rapport à 2006, ont représenté 5.3 pour cent du PIB en 2007, contre 5.6 pour cent en 2006. Les dépenses et prêts se sont élevés à 24 pour cent du PIB en 2007, contre 23.3 pour cent en 2006. Leur croissance reste modérée, bien que tirée par la hausse des dépenses en capital, nécessaires à la mise en œuvre du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP). Ce programme prioritaire vise à remplir les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Les autorités ont maintenu leurs efforts de discipline budgétaire, mais ont dû procéder à de nouvelles dépenses. Des recrutements, par exemple, ont été faits dans la fonction publique. Il a aussi fallu réparer les sinistres provoqués par les inondations de juin 2007 dans la région du Centre Est. En outre, une subvention importante a été accordée à la Société nationale d’électricité du Burkina (Sonabel), en raison de la flambée des cours du pétrole. Cette subvention n’a pas dépassé le plafond de 22 milliards de francs CFA fixé en 2006 par les pouvoirs publics. Les intérêts dus au titre de l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale (IADM) ont baissé de plus de 60 pour cent. Ce facteur a limité la hausse des dépenses courantes. Les ressources dégagées par l’Initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) ont quant à elles augmenté de 36 pour cent, passant de 24.8 milliards de francs CFA en 2006 à 33.7milliards de francs CFA en 2007. Leur utilisation rigoureuse a permis de financer le développement social (éducation, santé primaire, action sociale), avec une politique axée sur les résultats. En tant que membre de l’UEMOA, le Burkina est tenu de respecter les critères du Pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité entré en vigueur le 1er janvier 2000. Ce pacte vise à préserver la stabilité du cadre macro-économique des pays membres de l’UEMOA. Il concerne aussi bien le solde budgétaire que la pression fiscale, l’inflation, l’encours et les arriérés de la dette. Trois critères n’ont pas été respectés par le Burkina Faso en 2007 : le taux moyen de pression fiscale, inférieur à la norme communautaire, le solde budgétaire, en raison du niveau soutenu des dépenses publiques, et le compte courant de la balance des paiements. Priorité sera donnée en 2008 à l’accroissement des ressources propres et à la rationalisation des dépenses publiques, pour mieux lutter contre la pauvreté. Entre 2007 et 2008, les dépenses devraient augmenter à hauteur de 0.9 pour cent du PIB. La fin de la recapitalisation de la Société burkinabè des fibres et textiles (Sofitex), principale société cotonnière du pays, devrait relancer les investissements. Le même effet est attendu du démarrage effectif des activités du Compte du défi du Millénaire. Le Burkina Faso est éligible depuis 2005 à ce compte d’aide bilatéral, créé en 2004 par les États-Unis. Au total, les investissements devraient s’élever à 13.2 pour cent du PIB en 2008, contre 10.9 pour cent en 2005.

Politique monétaire : La politique monétaire du Burkina, déterminée par la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), a pour priorité le contrôle de l’inflation. Elle est alignée sur la politique conduite dans la zone Euro, puisque le franc CFA, monnaie de l’UEMOA, est arrimé à l’euro. Les avoirs extérieurs nets ont augmenté de 21.3 pour cent en 2007, contre 8.4 pour cent en 2006. Les avoirs intérieurs, en revanche, accusent une forte baisse, – 12.2 pour cent en 2007 – contre une légère hausse de 1.8 pour cent en 2006, conséquence directe de la mauvaise récolte cotonnière. Cette chute s’explique en effet par la recapitalisation de la compagnie cotonnière Sofitex, ainsi que par les difficultés des institutions financières engagées auprès des opérateurs de la filière coton. L’augmentation des avoirs extérieurs nets tient en partie à l’allègement de la dette au titre de l’IADM. Le crédit à l’État est passé de -6.4 pour cent en 2006 à -20.9 pour cent en 2007. L’encours du crédit intérieur résulte principalement d’une hausse de crédit à l’économie qui a augmenté de 8.7 pour cent en 2007, après avoir déjà connu une hausse de 11.2 pour cent en 2006. Cette évolution résulte des crédits ordinaires octroyés à des sociétés cotonnières et aux entreprises intervenant dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et des BTP. La masse monétaire a progressé de 9.1 pour cent en 2007. L’indice harmonisé des prix à la consommation (IHPC) est estimé à -0.7 pour cent en 2007, grâce à la bonne campagne agricole 2006/07, qui s’est soldée par une baisse du prix de produits alimentaires. Pour 2008/09, un taux d’inflation annuel de 2 pour cent en moyenne est attendu. Cette prévision repose sur l’hypothèse d’une augmentation moins rapide des cours du pétrole et d’une baisse du prix des céréales.

Position extérieure : Le solde de la balance des paiements s’est amélioré : hors financement exceptionnel, il a été estimé à 160 milliards de francs CFA en 2007, contre 35.4milliards de francs CFA en 2006. Ce nouvel excédent résulte principalement de la privatisation d’Onatel, une transaction de 144.3 milliards de francs CFA. Le déficit du compte courant est estimé à 13.6 pour cent du PIB en 2007. Il devrait s’aggraver en 2008 (15.2 pour cent) et en 2009 (14.9 pour cent). La baisse des exportations de coton, qui ont rapporté 44milliards de francs CFA en 2007, va creuser le déficit commercial. Les importations, en hausse, portent sur des produits de plus en plus chers, tels que les hydrocarbures, le blé et le riz. Le déficit du compte courant n’est pas conforme à la norme du Pacte de convergence de l’UEMOA, qui exige des pays membres un excédent d’au moins 5 pour cent du PIB. Le déficit de la balance des services s’est élevé à 5.1 pour cent du PIB en 2007, contre une moyenne de 4.3 pour cent sur la période 1996-06. Ce déficit devrait se réduire légèrement, pour passer à 4.9 pour cent en 2008 et 4.8 pour cent en 2009. Cette évolution traduit une forte dépendance du pays à l’égard de l’aide extérieure. Les transferts courants, eux, sont en baisse : d’une moyenne de 5.2 pour cent du PIB sur la période 1996-06, ils n’ont pas dépassé 3.5 pour cent en 2007. La tendance devrait continuer en 2008 et 2009 (3.3 pour cent). Elle résultera de la baisse des transferts privés, à hauteur de 1.2 pour cent du PIB en 2007 et 0.9 pour cent en 2009. L’Union européenne (UE), principal partenaire commercial, représente 40 pour cent des importations du Burkina Faso et 60 pour cent de ses exportations. La France, ancienne puissance coloniale, compte pour 20 pour cent des importations du Burkina Faso et 40 pour cent de ses exportations. Le pays dépend aussi de ses voisins de l’UEMOA, à hauteur de 25 pour cent pour les importations et 20 pour cent pour les exportations. La Côte d’Ivoire joue d’ailleurs un rôle prépondérant, totalisant 15 pour cent des importations du Burkina Faso et 10 pour cent des exportations. À l’instar des autres pays membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), le Burkina Faso préconise la poursuite des négociations sur la mise à niveau des économies ouest-africaines, afin de tirer le meilleur parti possible des accords de partenariat économique (APE) passés avec l’UE. La dette extérieure a représenté 34.5 pour cent du PIB en 2007, contre 9 pour cent en 2006. En valeur actuelle nette, elle a atteint 104.7 pour cent des exportations en 2007, contre 88.1 pour cent en 2006, à cause de la dépréciation du dollar et de la baisse des exportations, consécutive à la chute des cours du coton et à la mauvaise récolte de 2007. La tendance, qui devrait se poursuivre, est également renforcée par la hausse des dépenses liées au CSLP et aux OMD. Selon les prévisions, la dette extérieure en valeur actuelle nette devrait s’élever à 124.2 pour cent des exportations en 2008, et 132.8 pour cent en 2009. D’où l’impérieuse nécessité de réduire le déficit budgétaire. Il est prévu de renforcer les capacités du Comité national de la dette publique (CNDP), grâce à l’adoption d’une nouvelle politique conforme aux normes internationales. L’encours de la dette, qui va en augmentant, devrait s’élever à 23.6 pour cent du PIB en 2008, puis 27.5 pour cent en 2009. Le Burkina Faso a bénéficié en 2006 de l’annulation de sa dette multilatérale, dans le cadre de l’IADM. Un ballon d’oxygène important, dans la mesure où cette dette s’élevait à 700milliards de francs CFA. L’aide bilatérale attendue du Millennium Challenge Account (MCA) américain devrait encore réduire la dette extérieure. Le Burkina Faso a souscrit en mars 2005 à la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, et conclu la même année, avec ses principaux bailleurs de fonds, un accord sur l’organisation des appuis budgétaires. Parmi ces partenaires figurent la Banque africaine de développement (BAfD), la Banque mondiale et l’UE. Les autorités du Burkina Faso ont élaboré un plan d’action sur la période 2007-10, qui a d’abord mis l’accent sur l’appropriation de l’aide en 2007. Les efforts ont porté sur l’élaboration des documents de stratégie et le renforcement des capacités de suivi, ainsi que des systèmes de contrôle budgétaire. Il est d’ailleurs prévu d’intégrer dans le CSLP les mesures de performance et de décaissements du Cadre général d’organisation des appuis budgétaires du CSLP (CGAB/CSLP).Ces efforts se poursuivront en 2008, année au cours de laquelle le Burkina Faso doit assister à la conférence sur les progrès de la Déclaration de Paris, qui se tiendra au Ghana, sous l’égide de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En 2009, la priorité sera à l’harmonisation de l’aide. Il s’agira alors de promouvoir les financements communs et de définir des procédures simplifiées.

Questions structurelles – Développements récents : La réforme de l’administration publique s’est traduite en 2007 par la déconcentration progressive des services et une justice plus accessible et efficace. Des réformes visant la transparence, la fiabilité et l’efficacité dans la gestion budgétaire continuent d’être mises en œuvre. Une stratégie de renforcement des finances publiques a été définie, ainsi qu’un plan d’action visant à améliorer l’exécution du budget. L’approvisionnement en énergie fait l’objet d’une attention particulière. Le pays, en effet, dépend à 70 pour cent des hydrocarbures, à 25 pour cent des ressources hydrauliques et à environ 5 pour cent de ses importations d’électricité. C’est dire à quel point l’économie du Burkina Faso reste vulnérable. La hausse des cours du pétrole, cependant, y a été anticipée mieux qu’ailleurs dans la sous-région. Le choc a été amorti, grâce à une réforme mise en œuvre à partir de 2000 avec l’appui de la Banque mondiale. Un mécanisme a été instauré, pour établir les tarifs en fonction des coûts. Dans le cadre de ce programme, des subventions ont couvert 70 pour cent de l’approvisionnement du pays en hydrocarbures en 2007. Les tarifs de l’électricité ont progressivement augmenté, avec une hausse de 12.5 pour cent entre 2004 et 2006. À terme, le secteur sera libéralisé, par souci de productivité. La Sonabel devrait être privatisée à la fin 2009 au plus tard. En attendant, les sociétés publiques doivent disposer des ressources nécessaires au maintien de la consommation et à l’interconnexion du réseau avec la Côte d’Ivoire, d’où l’électricité est importée. La construction du réseau d’interconnexion reliant le Burkina Faso au Ghana a commencé en 2007. Toutes ces mesures ont permis au pays de pallier, en juin et juillet 2007, à une rupture de l’approvisionnement en gaz, causée par la faible capacité de mise en bouteille de la Société nationale burkinabè des hydrocarbures (Sonabhy). Des initiatives sont en cours pour la promotion des biocarburants. Un accord a été signé avec une société française, pour un projet qui devrait démarrer en 2008. La couverture électrique du pays doit augmenter, grâce à deux programmes : l’électrification des petits centres urbains, d’une part, et la plate forme multifonctionnelle pour la réduction de la pauvreté en milieu rural, d’autre part. Une étude d’électrification rurale dans les treize régions du pays est par ailleurs financée par la BAfD, en vue d’un projet annoncé pour 2008. Les travaux d’une nouvelle route entre Yégueresso, Débougou et la frontière du Ghana ont commencé en 2007. La construction de deux routes se poursuit, entre Dédougou et Bobo-Dioulasso et entre Kongoussi et Ouagadougou. Le bitumage des voies urbaines était en cours en 2007 dans les deux principales villes du pays, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Des études et des recherches de financements ont été lancées, en vue de la construction d’un nouvel aéroport à Ouagadougou et de l’aménagement de l’aéroport actuel. Le processus de privatisation se poursuit, malgré les retards pris sur son calendrier. Une tranche supplémentaire de 20 pour cent des parts d’Onatel devrait être mise en vente en 2008 sur le marché financier régional. En outre, une part de 6 pour cent du capital d’Onatel est réservée au personnel de l’entreprise. Une partie de la Banque internationale du Burkina Faso (BIB) est également en cours de cession. Le capital de la Sonabel et de la Sonabhy était censé, lui aussi, être mis en vente en 2008, dans le cadre de la réforme du secteur de l’énergie. Cependant, les retards enregistrés dans les audits de ces deux sociétés devraient conduire à un report de la vente finale en 2009. Des rapports sur la privatisation du Bureau des mines et de la géologie du Burkina Faso (Bumigeb) et du Centre de contrôle des véhicules automobiles (CCVA) sont en cours d’examen. Quant à la privatisation des aéroports internationaux de Ouagadougou et Bobo- Dioulasso, elle a été suspendue. Le climat des affaires s’améliore : le Burkina Faso a été classé parmi les cinq pays africains ayant fait le plus de réformes dans le rapport 2007 de la Société financière internationale (SFI) intitulé Doing Business better. Des chambres de commerce spécialisées ont été créées. La taxe d’enregistrement des décisions judiciaires a été réduite, tout comme les frais de transfert et d’enregistrement des propriétés. Le délai d’enregistrement d’une entreprise a été ramené à 23 jours, grâce aux nouveaux Centres de formalités des entreprises (Cefore). L’accès problématique des PME au crédit reste l’une des principales entraves au développement, selon les institutions financières multilatérales. Les difficultés rencontrées par les banques lors de la crise de la filière coton ont incité les autorités à accélérer la réforme du secteur financier. Le gouvernement envisage non seulement de faciliter l’accès au crédit des PME, mais aussi des agriculteurs et des candidats au logement. Une banque de l’habitat devrait ainsi voir le jour, tandis que les procédures judiciaires relatives au crédit seront améliorées. Un centre d’arbitrage, de médiation et de conciliation a été créé à Ouagadougou, pour résoudre plus de litiges commerciaux à l’amiable. Un centre de gestion agréé a par ailleurs été mis sur pied, afin d’aider les entrepreneurs à dresser des bilans comptables conformes aux normes. Un fonds d’appui aux initiatives des jeunes a aussi été lancé. Les employés du secteur minier, eux, devraient bénéficier de mesures prises pour inciter leurs employeurs à établir des contrats de travail à durée déterminée. Une nouvelle Autorité supérieure du contrôle de l’État (ASCE), instance unique de lutte contre la corruption, a été instaurée en octobre 2007, et sera fonctionnelle en 2008. Ses compétences, larges, vont du contrôle général de l’État à la lutte contre la fraude et la corruption à tous les niveaux. En matière de ressources naturelles, priorité est donnée à la gestion participative des forêts et des étendues d’eau. Un Conseil national de l’eau (CNE) a été instauré en 2003, pour assurer une meilleure gestion des ressources. La faiblesse des pluies a entraîné la mise en place, avec l’appui du Maroc, d’un programme d’accroissement des précipitations par ensemencement des nuages. Une politique nationale de l’habitat s’est fixé deux grands objectifs : rationaliser les opérations d’aménagement des espaces d’habitation et définir les normes en matière de construction. Dans le secteur agricole, la réforme de la filière coton a permis en 2007 la création d’un fonds de lissage, avec le soutien de la Banque mondiale. Des financements ont été sollicités auprès de tous les partenaires du Burkina Faso, pour permettre à ce fonds de stabiliser les revenus des producteurs. L’État a par ailleurs bouclé sa contribution, en 2007, au plan de recapitalisation de la Sofitex, une société cotonnière en restructuration, avant sa privatisation.

Développement des compétences techniques et professionnelles : L’offre en enseignement technique, très faible, est concentrée à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Avec 30 000 inscrits en 2006/07, la filière ne représente que 8 pour cent du total des élèves. Elle comprenait presque autant de filles (49.4 pour cent) que de garçons (50.6 pour cent). Les filles ont une préférence marquée pour les métiers du secteur des services et les formations de courte durée, entre deux et quatre ans d’études. Le secteur privé domine largement l’enseignement technique et professionnel, avec 78 pour cent des établissements et 80 pour cent des effectifs. Disparate et peu organisée, la formation professionnelle passe pour l’essentiel par les Centres de formation professionnelle (CFP), qui mettent l’accent sur les métiers de l’agriculture. Les CFP représentent 38.7 pour cent des établissements de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle (ETFP), mais seulement 5 pour cent des effectifs. L’enseignement technique, au contraire, représente 18.2 pour cent des établissements de l’ETFP et plus de 60 pour cent des effectifs de l’ETFP. Il existe, au total, 401 établissements spécialisés dans l’ETFP, selon une enquête menée en 2005 par l’Observatoire national de l’emploi et de la formation professionnelle (Onef). Contrairement aux CFP, ils manquent de filières agronomiques (6 pour cent du total) et se concentrent trop sur les services et l’industrie (55 pour cent des filières de l’enseignement technique et 35 pour cent de celles de la formation professionnelle). D’autre part, les frais d’inscription élevés, entre 150 000 et 500 000 francs CFA par an, rendent ces formations hors de prix pour la majorité. Ces établissements, qui n’ont pas de liens réels avec le monde de l’entreprise, sont critiqués pour la multiplicité de leurs intervenants, une méthode parfois défaillante et des ressources insuffisantes. Les cursus portant sur les métiers des services et de l’industrie comptaient des effectifs de 6 200 élèves en 2006. Le manque de contacts avec les entreprises rend difficile l’insertion professionnelle de ces diplômés. Faute de trouver un premier emploi, certains cherchent à intégrer les écoles préparant aux métiers de la fonction publique, ou s’orientent vers d’autres études auxquelles ils sont mal préparés. En matière de formation professionnelle, la qualification des personnes travaillant dans le secteur informel reste un enjeu central. Cette meilleure qualification fait partie des actions prioritaires de l’axe n° 3 du CSLP, en vue de l’élargissement des opportunités d’emplois et des activités génératrices de revenus. Environ 30 000 opérateurs du secteur informel ont suivi entre 2005 et 2007 des sessions de formation proposées par l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) et le Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage (Fafpa). L’action du privé paraît tout aussi cruciale, avec des organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent sur le secteur informel en milieu rural. La fonction de ministre délégué de l’Enseignement Technique et Professionnel a été créée en 2002, au sein du ministère des Enseignements Secondaire, et Supérieur et de la Recherche Scientifique. La formation professionnelle, quant à elle, se trouve sous la tutelle du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Jeunesse et de l’Emploi, créé en janvier 2006. Le ministère du Commerce, pour sa part, est responsable du renforcement des capacités des entrepreneurs. Le ministère de l’Agriculture assure le volet formation des agriculteurs, et le ministère des Ressources animales la formation des éleveurs. Les ministères du Travail, de l’Emploi et de la Jeunesse et de la Fonction publique sont aussi impliqués, de même que la Chambre de commerce et d’industrie (CCI). La multiplicité des institutions concernées pénalise l’ETFP, pourtant identifié comme l’un des meilleurs moyens de lutter contre la pauvreté. Aussi le gouvernement a-t-il entrepris d’élaborer une politique nationale, qui faisait jusqu’à présent défaut, et qui devrait être adoptée courant 2008. Un volet consacré à la formation professionnelle doit également figurer dans la politique nationale de l’emploi, en cours d’élaboration. Cette nouvelle politique nationale d’ETFP vise à faciliter l’accès des filières. L’objectif consiste à réduire les frais d’inscription pour les sections les plus porteuses : génie civil, électricité et dérivés, mécanique et maintenance, métiers de l’hôtellerie, menuiserie et plomberie. La qualité des cours devrait s’améliorer, avec un effort de formation des formateurs et la fourniture de matériel pédagogique. Une meilleure planification est aussi recherchée. Enfin, les fonds nécessaires seraient plus facilement mobilisés s’il y avait plus de coopération entre l’État, le secteur privé, les parents d’élèves et les partenaires au développement. Deux grands projets de formation ont été lancés en 2007, sur cinq ans. Le premier cherche à former 25 000 étudiants au métier d’entrepreneur, au rythme de 5 000 jeunes par an. Le second ambitionne de former 50 000 jeunes à différents métiers (électricien, plombier, etc), au rythme de 10 000 élèves par an. L’ANPE a été restructurée en 2005, afin de mieux promouvoir l’emploi et la formation professionnelle. Un Observatoire de synthèse et d’analyse des informations statistiques sur l’emploi et la formation professionnelle a également été créé. Un projet de soutien à l’ETFP, financé par Taïwan, a été préparé pour 2008.Deux autres projets sont prévus pour 2008/09, l’un sur la formation des scolaires aux métiers, l’autre sur une préparation à l’insertion professionnelle des étudiants en fin de cycle. L’État et les bailleurs de fonds financent l’essentiel de l’ETFP public. À cause de la diversité des institutions concernées, les données manquent, qui permettraient de chiffrer le niveau des ressources budgétaires consacrées au secteur. Après la création du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Jeunesse en 2006, le gouvernement a promis d’y consacrer au moins 1 pour cent de son budget, soit environ 10milliards de francs CFA annuels. À cette somme s’ajouteront en 2007 les 5.8 milliards de francs CFA attendus de la taxe d’apprentissage, versée par les employeurs privés. Cette taxe s’élève à 4 pour cent des salaires bruts pour les salariés nationaux, et à 8 pour cent pour les étrangers. L’Agence française de développement (AFD) a été l’un des principaux soutiens à la formation professionnelle et aux métiers de l’artisanat, à hauteur de 1.18 milliard de francs CFA sur la période 2004 – 07. La Suisse et l’Autriche ont financé la cellule d’appui à la formation professionnelle à hauteur de 92 et 179 millions de francs CFA respectivement. L’Allemagne, l’UE, Taïwan, la Banque mondiale, la Banque islamique de développement (BID) et le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) interviennent également. Tous ces développements s’inscrivent dans un contexte de mondialisation et d’intégration régionale, impliquant une quête constante de productivité. L’instauration d’un système cohérent d’ETFP s’avère d’autant plus indispensable que la productivité des ressources humaines est trop faible. La filière doit s’intégrer dans le système global d’enseignement, et permettre la coordination de tous ses acteurs. De ce point de vue, la mise en œuvre d’une politique nationale, en 2008, représente un enjeu majeur pour l’État et ses partenaires.

Contexte politique : Des élections législatives ont été remportées en 2007 par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), au pouvoir, avec 65.8 pour cent des voix. Le parti de Blaise Compaoré, le chef de l’État, a obtenu une majorité de 73 des 111 sièges de députés que compte le Parlement. Un nouveau gouvernement a été formé, comprenant 35 membres, parmi lesquels 5 femmes. Blaise Compaoré a pris en 2007 la présidence de la Cedeao et de l’UEMOA. Il a offert sa médiation en Côte d’Ivoire et au Togo, contribuant à la conclusion d’un accord politique à Lomé, le 20 août 2006, et à l’Accord politique de Ouagadougou, signé le 4 mars 2007 par les protagonistes du conflit ivoirien. Le Burkina Faso en a tiré une certaine reconnaissance internationale. En septembre 2007, le pays a en effet été nommé membre non permanent du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU). Pour la période 2008-09. Deux anniversaires ont été célébrés simultanément en octobre 2007 au Burkina Faso : les 20 ans de pouvoir de Blaise Compaoré et la mort de son prédécesseur, Thomas Sankara, un jeune président aux idées révolutionnaires. Cette disparition a surtout été commémorée par la société civile et la veuve de Thomas Sankara, donnant l’impression d’un bras de fer entre les autorités et le spectre d’un idéal encore vivace, chez les jeunes notamment. Malgré l’existence de plusieurs organes de contrôle et de lutte contre la corruption, le pays a reculé de neuf places en 2006 dans le classement de Transparency International (TI). La nouvelle Autorité supérieure du contrôle de l’État (ASCE) fondée en 2007 doit reprendre les attributions de l’Inspection générale d’État, de la Haute autorité de coordination de la lutte contre la corruption (HACLC) et de la Coordination nationale de lutte contre la fraude. Cette nouvelle institution publiera ses rapports et pourra intenter des actions en justice. A signaler, par ailleurs : le pays a abrité, du 24 au 26 octobre 2007, le 7e Forum africain sur la gouvernance (FAGVII), consacré au renforcement des capacités de l’État en Afrique.

Contexte social et développement des ressources humaines : La lutte contre la pauvreté commence à donner des résultats. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est passée de 46.4 pour cent en 2003 à 44.8 pour cent en 2006. Le revenu réel moyen a cependant accusé une baisse de 1.1 pour cent en 2007, à cause de la chute des revenus dans la filière coton, des inondations, du déficit céréalier de certaines provinces et du renchérissement de l’énergie. Cette baisse devrait se traduire par une hausse de 0.3 pour cent de l’incidence de la pauvreté par rapport à 2006, avec 45.1 pour cent de la population vivant avec moins de 1 USD par jour en 2007. Dans le classement 2007-08 de l’Indice de développement humain (IDH) réalisé par le Pnud, le Burkina Faso est arrivé en 176e position, sur une liste de 177 pays. Toutefois, les estimations laissent entrevoir une baisse de l’incidence de la pauvreté avec un taux de 43.9 pour cent en 2008 et de 42.1 pour cent en 2009. Cette baisse devrait résulter de la hausse de 5.5 pour cent des revenus tirés de l’agriculture vivrière en 2008/09. Les revenus des agriculteurs de rente devraient aussi progresser, à hauteur de 7.7 pour cent en 2008 et 9.4 pour cent en 2009. Selon une enquête menée en 2007 sur la base du Questionnaire des indicateurs de base de bien-être (QUIBB), l’accès des ménages aux services sociaux de base va en s’améliorant. En 2007, 79 pour cent de la population avait un accès physique à l’eau potable, contre 74 pour cent en 2005. L’eau potable est utilisée comme eau de boisson par 74.3 pour cent des ménages, même si seulement 6.3 pour cent d’entre eux disposent de leur propre robinet intérieur. L’accessibilité physique et économique donne un taux global d’accès à l’eau potable de 62.3 pour cent en 2007, contre 40 pour cent en 1990. Le pays paraît donc en bonne voie, pour atteindre son objectif de réduction de moitié de la part de sa population n’ayant pas accès à une source d’eau potable. Une nouvelle loi d’orientation a été adoptée en 2007 dans l’éducation, visant à rendre l’école gratuite jusqu’à l’âge de 16 ans. Le principe de gratuité a été expérimenté à la rentrée 2007/08 dans 45 départements du pays, à raison d’un département par province. Une distribution gratuite de livres scolaires pour les élèves du primaire a été lancée en août 2007. Les résultats du Plan décennal de développement de l’éducation de base (PDDEB), sur la période 2001 – 10, s’avèrent satisfaisants. Dans l’enseignement primaire, le taux brut de scolarisation est passé de 30 à 66.5 pour cent entre 1990 et 2006. Ce taux s’est élevé 67.9 pour cent en 2007, selon l’enquête QUIBB. La scolarisation progresse aussi dans le secondaire : elle est passée de 19.1 à 25.9 pour cent entre 2005 et 2007. Ces résultats viennent d’une politique volontariste, avec un programme intitulé ” Un département, un collège d’enseignement général “. Le nombre d’établissements a augmenté, de même que les effectifs. Dans l’enseignement supérieur, l’ouverture de l’Université de Koudougou, la troisième université publique du pays, en octobre 2005, n’a pas résolu les problèmes de sureffectifs à Ouagadougou. Certaines promotions de l’Université de Ouagadougou, en effet, comptent plus de 1 000 étudiants. L’ouverture d’une seconde université dans la capitale, en 2008, devrait soulager les infrastructures existantes. Des actions ont été entreprises pour favoriser la scolarisation des filles. La disparité entre filles et garçons a diminué. Entre 2005 et 2007, le taux de scolarisation des filles a augmenté de 9.8 pour cent contre 7.3 pour cent chez les garçons. Au total, 59.9 pour cent des filles sont scolarisées, contre 67.7 des garçons. En dépit de cette progression, l’écart reste important, et l’indice de parité des sexes s’établit à 0.88. La poursuite des tendances observées donnerait un taux brut de scolarisation de l’ordre de 85 pour cent en 2015. L’objectif de scolarisation universelle en 2015 paraît difficile à atteindre. L’amélioration de ces différents indicateurs a souvent été obtenue au détriment de la qualité. Dans certaines écoles primaires, les classes de première année du cours préparatoire (CP) comptent plus de 100 élèves. L’opération de distribution gratuite des manuels scolaires connaît des difficultés dans certaines localités. Deux mois après la rentrée, certains élèves attendaient toujours les livres. Dans la santé, d’énormes progrès ont été réalisés grâce à la politique nationale adoptée en 2000. La mortalité infanto-juvénile est passée de 219 à 151 pour mille entre 2000 et 2006, selon des sources nationales. La mortalité infantile, de son côté, est tombée de 105 à 81 pour mille sur la même période. Les services de santé sont plus accessibles : leur rayon moyen d’action théorique est passé de 9.4 km à 7.8 km entre 2000 et 2006. Les travaux de construction du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Ouagadougou ont été lancés en 2007, avec l’appui de Taïwan. Le nouvel hôpital disposera de 600 lits, et ambitionne de former les futurs médecins avec des critères d’excellence, tout en proposant des soins de haut niveau. Le suivi régulier des tendances des maladies à potentiel épidémique a permis de mieux lutter contre la méningite. Une réduction du taux de mortalité a été observée sur l’ensemble de ces maladies. Celui de la méningite est tombé à 8.5 pour cent en 2006, contre 21 pour cent en 2005, tandis que 0.57 pour cent des malades frappés par la rougeole n’ont pas survécu en 2006, contre 2 pour cent d’entre eux en 2005. Un cadre stratégique de lutte contre le VIH/Sida a été élaboré. La prévalence du VIH/Sida a baissé au cours des dix dernières années, passant de 7.17 à 2.03 pour cent entre 1997 et 2006. Le pays est en bonne voie pour stabiliser et inverser la tendance actuelle. Malgré ces progrès, les projections montrent que le Burkina Faso ne pourra pas atteindre les OMD sans redoubler d’efforts. La réduction de la pauvreté reste faible, et le taux de scolarisation n’a pas encore franchi le seuil de 70 pour cent. De même, la mortalité infanto juvénile reste élevée. Les autorités ont décidé de mettre au point une stratégie d’accélération des OMD en 2008, avec sept domaines prioritaires : la responsabilisation des acteurs, l’éducation, l’égalité des sexes, l’énergie, les infrastructures, l’eau et le VIH/Sida. Du point de vue financier, les actions entreprises sont évaluées à plus de 10 000 milliards de francs CFA. Une étude réalisée en 2005 a montré que le marché de l’emploi se caractérise par son manque d’unité et sa fragmentation en trois bassins différents. L’agriculture, d’un côté, emploie 85 pour cent de la population active. L’emploi ” moderne “, lui, se concentre dans les villes et englobe la fonction publique et le secteur formel, pas plus de 200 000 personnes au total. Le secteur informel, enfin, occupe 70 pour cent des actifs non agricoles. Selon l’enquête QUIBB 2007, le taux de chômage atteint 7.8 pour cent de la population active dans les campagnes, et 17.7 pour cent dans les villes. Les 15-24 ans sont les Plus touchés, notamment en milieu urbain, où leur taux de chômage s’élève à 29.4 pour cent, contre 21.4 Pour cent pour les 25-29 ans.

L’économie du Burkina examinée à la loupe par le biais d’une excellente ” photographie ” du développement d’un gros village : Saponé

Pour mieux digérer ce plat compact qui a été servi pour faire connaître les données théoriques, industrielles, économiques, politiques de l’évolution du Burkina Faso, nous allons prendre le temps de découvrir une étude fouillée trouvée sur le net et qui concerne la région de Saponé, à partir de laquelle nous pourrons imaginer des généralités sur l’économie du pays tout entier. Les Informations que ce document contient ont été recueillies par Natacha Hervé et Pierre Servain en avril 2001, dans le cadre du cours de Faouzia Belachémi à l’Université de Saint-Denis – Paris 8

L’activité agropastorale (Informations recueillies auprès de Julien Ilboudo, Théodore Compaoré, Eric Bounkoubou, Emmanuel Ilboudo ; Le Centre Agricole était malheureusement fermé)

La principale activité économique à Saponé est l’activité agropastorale. Elle concerne la grande majorité de la population. Aussi Saponé vit au rythme des récoltes. Les récoltes sont, par ordre d’importance de production, le mil, le sorgho, puis le maïs, l’arachide, et enfin le riz et le sésame. Voici la chronologie des semences, de début juin à juillet-septembre : le sorgho rouge, les arachides, les haricots, le petit mil, le sésame, le mil, et enfin le maïs. En ce qui concerne l’élevage, deuxième activité économique de Saponé, on y trouve majoritairement des bovins, mais aussi des ovins, des caprins, des porcs et de la volaille. La période de travail agricole s’étend d’avril à janvier. La période de contre-saison s’étend quant à elle de janvier à avril. Les activités que l’on peut pratiquer durant les contre-saisons sont rares : petit commerce, maçonnerie, élevage, vente des chapeaux et d’artisanat… La majorité de cette population est surtout désœuvrée. Le quart des cultivateurs environ utilisent des outils agricoles modernes, tels que la charrue. Le Centre Régional Agricole, ex Organisme Régional de Développement, effectue un travail à Saponé de sensibilisation et de formation aux techniques agricoles modernes, notamment pour augmenter la protection des végétaux et de la récolte, de développer la lutte anti-érosive, lutter contre les feux de brousse et favoriser la coopérative agricole.

Professions des habitants de Saponé-Karkuidighin

La population de Saponé se compose d’une majorité de cultivateurs, dont beaucoup sont également éleveurs, puis de commerçants dans les boutiques ou au marché (ce qui n’exclue par la culture ni l’élevage, qui constituent au contraire souvent la source de production du commerce), de salariés (AVLP : lycée privé, atelier de soudure, pharmacie, administration centrale, radio AVLP ; FDC et Caisse Nationale), de fonctionnaires (écoles, centre médical, préfecture, inspection primaire, commissariat, poste), de religieux à la Mission catholique (les 3 prêtres, la sœur supérieure et l’équipe sacerdotale, mais aussi les filles qui fuient le mariage coutumier), de la cour du Naaba (le Naaba et ses conseillers), et enfin, de vieux, et de jeunes.

Activités des jeunes (Informations recueillies par des jeunes de Saponé)

La population de Saponé, comme celle de toute l’Afrique noire, est très jeune. Celle-ci tente de composer entre l’attachement à sa terre natale, qui forme le leitmotiv principal des diverses associations, le plus souvent montées par des jeunes, et le désir de partir pour réussir économiquement, à Ouagadougou, la proche et accessible capitale, ou enfin d’émigrer dans les pays riches, avec dans l’ordre de convoitise : la Côte d’Ivoire, la France ou un autre pays d’Europe, les Etats-Unis. Le rêve est le plus souvent de partir pour revenir riche au pays, afin d’aider sa famille et de développer le village. En attendant, les jeunes sont souvent désœuvrés, surtout en période sèche. En période de travail agricole, d’avril à janvier pour les non-scolarisés, ils aident leurs parents aux travaux champêtres. En période sèche, les seules activités en dehors des petits bouleaux sont les petits chevaux, la pratique du jeu d’awélé, et bien sûr la palabre. Les petits bouleaux sont ce qu’espèrent le plus les jeunes. L’Etat en propose quelquefois (rarement), ou plus souvent des particuliers, ou encore l’AVLP, qui se retrouve par là le principal employeur pour les jeunes, pour des travaux ponctuels de maçonnerie. De nombreux jeunes se qualifient ainsi de ” maçons ” ou d’” aides-maçons “. Il est vrai que la maçonnerie est un secteur qui embauche à Saponé, surtout en saison sèche, avec l’apparition de nouvelles constructions en tous lieux, de type traditionnelle (concession ronde) ou moderne (concession carrée). Un travail de maçonnerie rapporte environ 2 500 CFA par jour pour le maçon, et environ 750 CFA pour son assistant. Les autres travaux possibles à Saponé pour les jeunes consistent, pour les femmes, à la pratique de petits commerces (dolo, beignets, mangues, légumes), sans compter les travaux ménagers qui revient nécessairement à la femme, ce qui occupe le plus clair de leur temps. Les jeunes hommes, en plus de la maçonnerie, peuvent faire également du commerce dans les boutiques ou au marché (vêtements, médicaments, tissus, etc. achetés au grand marché de Ouagadougou et revendus au village) ; ils peuvent en outre faire de l’élevage, de la mécanique (réparations de tout objets), ou de l’artisanat de bois (menuiserie, ébénisterie). A noter que l’artisanat est étonnement peu présent à Saponé-Karkuidighin, ce qui n’est pas le cas dans les villages voisins, où l’on réalise de la poterie, où l’on fabrique des chapeaux renommés, où l’on pratique du jardinage, etc. Certains adultes n’hésitent pas à qualifier la jeunesse de Saponé comme ” paresseuse “. Donner de l’activité lucrative ou de loisir aux habitants de Saponé, particulièrement les jeunes, est un objectif actuel de toutes les associations (voir la page Associations).

La gestion des ressources naturelles

1) La gestion de l’eau : (informations recueillies auprès d’André Nakoulouma (préfet-maire de Saponé), d’Emmanuel Ilboudo (AVLP) et du Rapport d’évaluation du Jumelage Brest/Saponé)

La gestion de l’eau est toujours l’un des éléments cruciaux de la vie de villages sub-sahariens, soumis à la sécheresse. La commune de Saponé est relativement bien dotée quant aux nombres de puits et de pompes, même si l’eau peut arriver à manquer dans certains quartiers et villages périphériques. Plusieurs modes de gestion des puits et des pompes coexistent à Saponé. Généralement chaque point d’eau comprend son propre ” comité de gestion “, qui fixe une cotisation. Celle-ci peut être de 5 CFA pour deux sceaux d’eau, ou de 500 CFA par homme et par an et 250 CFA par femme (qui utilisent nettement plus d’eau que leurs maris ; les points d’eau sont d’ailleurs le principal point de rencontre des femmes), ou encore d’autres tarifs et systèmes de tarifications (par couples…). Les dolotières et les propriétaires d’animaux paient parfois davantage, pour la simple raison qu’ils consomment davantage (les dolotières sont les productrices de dolo, la bière de mil). L’argent recueilli est placé dans les banques locales, à savoir la Caisse Nationale et la caisse de l’AVLP. Il arrive également que le comité de gestion ne demande aucune cotisation, mais seulement une participation aux frais quand une réparation est à faire ; ou bien encore qu’aucun comité de gestion n’existe, et que la pompe ou le puits ne soit laissé à l’abandon quand il nécessite une réparation est à faire, par faute de moyens.

2) La gestion de la terre : (informations recueillies auprès d’André Nakoulouma (préfet-maire), du Naaba Padre (chef de canton) et Emmanuel Ilboudo (AVLP))

La gestion de la terre est sans doute l’un des principaux nœuds de coexistence entre l’administration publique et la coutume. Une nette évolution s’est faite dans tout le Burkina Faso quand le gouvernement sankariste a retiré la gestion de la terre aux chefs coutumiers pour la faire prendre en charge par l’administration publique. Depuis l’arrivée au pouvoir du Président Blaise Compaoré, la gestion coutumière a toutefois repris ses marques (qu’elle n’a d’ailleurs jamais réellement totalement perdues). Mais la à la gestion coutumière de la terre coexiste maintenant la gestion administrative. La préfecture de Saponé a désormais effectué le plan de cadastre de Saponé-Karkuidighin. Du point de vue de la coutume, la terre est inaliénable, personne ne peut en être propriétaire, car la terre appartient aux ancêtres. On doit cependant demander l’autorisation d’exploitation au chef de la terre, rôle qui est tenu à Saponé par le chef de canton, pour construire des bâtiment, des puits, planter des arbres, créer un terrain agricole, ou quoi que ce soit. Le prêt de la terre concerne aussi l’ancien exploitant, et les anciens du village, que le chef coutumier consulte. Un prêt ou une nouvelle forme d’exploitation doit donner lieu à des sacrifices d’animaux, selon la coutume animiste. L’administration publique voit quant à elle la possession de la terre comme une propriété, qui doit être officialisée à la préfecture ; en dernier lieu la terre appartient à l’Etat. Pour légaliser la propriété foncière, les informations quant à la localisation et les dimensions de la parcelle doivent être communiquées à Kombisili, aux Domainex. Une taxe foncière est prélevée à Saponé-Karkuidighin, à raison de 100 CFA par m² et par an (ce tarif sera peut-être à la hausse quand Saponé deviendra une commune de plein exercice) ; les autres quartiers et villages ne sont pas l’objet de taxes. Plus aucune parcelle de Saponé n’est libre, y compris en brousse. Pour l’administration publique, la gestion de la terre devrait être aux mains des CVGT (Comité Villageois de Gestion des Terroirs) uniquement. Les CVGT sont des comités composés de villageois, reconnus officiellement comme interface avec la société civile. Chaque village est censé posséder son CVGT.

3) Taxes et impôts publics : (informations recueillies auprès d’André Nakoulouma, préfet-maire)

La perception de Saponé perçoit plusieurs types de taxes. L’une des tâches principales des percepteurs est de négocier ces taxes avec la population qui, bien souvent, ne peut pas les payer. Le trésor public se montre généralement assez conciliant et compréhensif, même si le préfet regrette que le budget de la préfecture en pâtisse. Les foyers acquittent ainsi une taxe d’habitation sur le terrain de Saponé-Karkuidighin, de 100 CFA par m² et par an, les autres quartiers et villages n’étant taxés. Il existe également des taxes sur les voitures, et sur les places sur le marché (voir plus loin). Avec les prochaines transformations de Saponé, à savoir le projet de mise en place de canalisation d’eau potable, peut-être d’électricité dans un avenir plus lointain, le changement de statut de la commune en commune de plein exercice, et surtout sans doute la construction de la route goudronnée qui rejoint Ouagadougou à la frontière du Ghana en passant par Saponé-marché, avec une bretelle vers Saponé-Karkuidighin, la préfecture entend agrandir la commune de Saponé et par là même engendrer l’arrivée de fonds par les taxes. Aussi la préfecture a nommé une commission pour noter toutes les possibilités d’exploitation. Les projets sont la reconstruction du marché en dur, avec l’idée d’avoir des ressources permanentes, la construction d’un lieu d’abattage et de soins vétérinaire, et la construction d’un espace de stationnement pour les véhicules.

4) Les banques et les prêts : (Informations recueillies auprès de Mr Dala, de la Caisse Populaire de Saponé et qui exerce ses fonctions à la Poste de Saponé, et Roger Kafando, caissier du Crédit petit commerce de l’AVLP à la Caisse Nationale d’Epargne à la Poste (CNE))

La Caisse Nationale d’Epargne s’adresse aux fonctionnaires et aux salariés. Son activité principale concerne la prise en charge des retraites. – La Caisse Populaire : La Caisse Populaire, organisme national, est ouverte à Saponé-Karkuidighin depuis décembre 1997. Ce n’est pas une banque car on ne peut pas y émettre des chèques. Trois salariés y travaillent. L’ouverture d’un compte s’élève à 1000 CFA pour les frais d’inscription. Deux types de dépôts sont possibles : le Dépôt à Vue (DAV), qui ne donne pas lieu à des intérêts, contrairement au Dépôt à Terme (DAT), qui offre un intérêt de 2 à 4% ; le détenteur doit alors choisir un intervalle de temps pendant lequel il ne peut retirer son argent déposé. La clientèle se compose fonctionnaires (une quarantaine en avril 2001), de groupements de femmes (sept), de commerçants et surtout de cultivateurs (500). Ce sont les commerçants qui empruntent le plus d’argent. Les crédits vont de 1 CFA à 10 000 CFA. Leurs taux d’intérêts sont de 10% pour un emprunt d’une durée de un mois à un an, de 20% entre un et deux ans, 30% entre deux et trois ans, 40% entre trois et quatre, et 50% entre quatre et cinq ans (!). A noter que si de tels taux d’intérêts paraissent exorbitants pour des occidentaux, ils sont largement acceptés au Burkina Faso, et ces initiatives sont même saluées comme des exemples pour le développement du pays (à tort ?). Du reste, pour l’année 2000, seuls 5% des emprunteurs n’ont pas remboursé leurs dettes ; ceux-ci sont alors entendus par les enquêtes de police. – Crédit petit commerce de l’AVLP : Le Crédit de l’AVLP existe depuis 1988. Jusqu’en 1995, la Caisse petit commerce de l’AVLP proposait des crédits agricoles pour les hommes cultivateurs, pour l’achat des bœufs, d’ânes, de charrettes, de charrues, ou d’autre matériel agricole. Le crédit s’élevait à 8% pour quatre ans, plus 5% par année supplémentaire. Mais l’AVLP a arrêté ce type de prêt pour cause de ” non-recouvrement ” ; les femmes poseraient moins de problèmes de ce type, selon le caissier de la Caisse petit commerce de l’AVLP. L’AVLP s’adresse aujourd’hui uniquement aux femmes pur leur activité de petit commerce, à savoir le commerce de beignet, de dolo (bière de mil), de mil germé, de céréales… Les femmes qui obtiennent un crédit doivent avoir un compte à la Caisse petit commerce de l’AVLP, et doivent emprunter de l’argent pour un projet qui soit bénéfique à un groupement de femmes, même si les prêts sont individuels. L’objectif de ce crédit est ” l’autonomisation de l’activité de la femme “. Les taux d’intérêts sont de 10% pour une durée de 9 mois, plus 5% si le délai est dépassé. Cela est assez rare selon le caissier du Crédit petit commerce de l’AVLP. Quand cela arrive la Caisse demande les raisons de ce retard, et accordent plus ou moins de clémence (il s’agit généralement de problèmes de famille, de décès…). La convocation au commissariat n’a été nécessaire que deux fois depuis la création du crédit. Du mois d’octobre 2000 à celui d’avril 2001, 309 femmes ont emprunté à la Caisse pour un montant de 10 000 CFA, le montant le plus important étant de 50 000 CFA. Le montant total emprunté en avril 2001 s’élève à 8 690 000 CFA.

5) Le marché (Informations recueillies auprès du Naaba Padre (chef de canton) et de Hervé Zongrana (chef de marché))

Historique : Le marché de Saponé-Karkuidighin est actuellement le plus grand de département de Saponé. Il est pourtant récent. Auparavant trois villages se relayaient, aurythme d’un village par jour, chacun accueillant le marché tous les trois jours. Il s’agit des villages de Saponé-marché, de Bagana, et d’un autre (le nom nous manque). Le marché de Karkuidighin s’est créé selon la volonté du Naaba GOGHO, quand Saponé a été érigé en préfecture, avec son lot de fonctionnaires à nourrir. Il a lieu tous les trois jours. Les autres marchés existent toujours, tous les trois jours également. L’invention du marché chez les Mossi (Informations recueillies auprès du Naaba Padre) ” C’est la mère de Naaba OUBRI qui a créé ce qu’on appelle ” le marché “. Elle faisait des galettes dans sa cour et elle les donnait aux enfants, qui les revendaient pour certains dans la rue. Comme les gens ne pouvaient pas rentrer dans la cour de l’Empereur pour acheter des galettes, et qu’ils les trouvaient si bonnes, ils ont demandé à la mère de l’Empereur de sortir. Et elle est venue cendre ses galettes dehors. D’autres femmes sont venues l’aider. Elles ont fait des beignets. Les hommes ont fait ” c’est bien, mais on veut du dolo. Et c’est ainsi que le marché est né. “ – Fonctionnement humain du marché de Karkuidighin : Le premier chef de marché a été le petit fils du Naaba GOGHO. Celui-ci s’est ensuite disputé avec le préfet alors en place, qui en tant que représentant de l’Etat n’avait pas la même vision du marché que le petit-fils du chef coutumier. L’administration publique nomme dès lors les chefs de marché (qui ne sont pas tenus d’accepter la tâche). Aujourd’hui et depuis 1995, Hervé ZONGRANA est le troisième chef de marché de Karkuidighin. Il est aidé dans sa fonction par Paul NINKIEMA, qui s’occupe également du marché de Bagara. Les deux personnes se partagent spatialement le travail (voir le croquis). Le rôle du marché est tout d’abord de veiller au bon fonctionnement du marché, en tentant de calmer les esprits en cas de dispute, même si le chef de marché ne possède pas d’autorité particulière, en dehors du fait qu’il représente, selon chacun, l’Etat, ou le chef coutumier. Il est également chargé de diffuser au marché les communications de ses supérieurs, à savoir ici aussi la préfecture, et d’un autre coté la chefferie coutumière. Son second rôle, attribué par la préfecture, est de percevoir les taxes auprès des commerçants. L’actuel chef de marché a tenu à nous dire que sa fonction n’est pas évidente, ” à cause du danger, il y a des médications mauvaises ” (des médicaments douteux, voire plus bas). Pour ces services, le chef de marché était rémunéré jusqu’à dernièrement par des ristournes, sans salaire fixe, selon la coutume. La préfecture paie aujourd’hui le chef de marché tous les six mois, à raison de 25% des tickets (voir plus bas) ; ce qui fait ” peu “, insiste Hervé Zongrana, chef de marché de Karkuidighin : ” Je me fatigue pour les gens (…) Je voudrais partir car je m’appauvris mais je ne peux pas car je serais accusé de vol. (…) J’ai vendu 18 chèvres pour rembourser un crédit il y a 3 ans. Ca fait 7 ans que je suis chef de marché. Chaque année je suis obligé de vendre.(…) Le marché ne marche pas depuis trois ans, je ne sais pas pourquoi (ce qui correspond à l’ouverture des crédits de la Caisse Nationale à Saponé, qui a largement profité aux boutiquiers, situés en dehors de la place du marché, qui ont beaucoup investi, Note de l’Auteur) Fonctionnement économique du marché de Karkuidighin Les échanges se font toujours en argent, ou à crédit, jamais par troc. Les commerçants sur la place du marché (voir le croquis) paient une taxe à la préfecture, perçue par le chef de marché et son assistant. En échange de la taxe, ceux-ci donnent des tickets de 25 CFA, 15 CFA ou 10 CFA. Les taxes pour les places sont chaque jour de marché de : 50 CFA pour les dolotières (productrices de dolo, la bière de mil) 50 CFA ou 25 CFA pour les restauratrices 30 CFA pour les vendeurs de pagnes 25 CFA pour le boucher 25 CFA pour les établiers (petite alimentation et petits objets en toutes sortes) 25 CFA ou 15 CFA pour les vendeurs de légumes A noter que ces prix sont approximatifs, et dépendent beaucoup de la plus ou moins bonne vente des commerçants ; quand ceux-ci ne peuvent pas payer, le chef de marché ne peut les y obliger. Son rôle, comme les autres percepteurs, est en grande partie de négocier le paiement des taxes. Il doit aussi les négocier avec le préfet, le percepteur et le chef coutumier, qui fixent collégialement les taux des taxes. Cette taxe rapporte environ 25 000 CFA par mois, dont 25% revient au chef du marché, qui le partage avec son assistant.

Organisation spatiale : Le marché de Karkuidighin est organisé spatialement depuis cinq ans, selon la volonté du préfet alors en place. Selon le chef de marché, ” avant, c’était le désordre “. Les commerçants se placent dans le marché selon leur type de production (voir le croquis). Ils se placent toujours au même emplacement ; ils construisent eux-mêmes leur abri. Il n’y a pas un emplacement fixe pour le au bétail, mais ces animaux se vendent régulièrement en des lieux divers, autour de la place du marché.

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Légende : A-Place du marché ; B-Vendeurs des jours de marché ; C-Concession de la famille Gogho (famille royale)

Rythmes du marché : Le marché de Karkuidighin a lieu tous les trois jours, ce qui est un rythme habituel pour les marchés mossi. Il débute avec le dolo et les vendeuses de mil, vers 6h du matin, et dure tant qu’il y a du dolo à boire, généralement vers 19h, 20h. Le plus gros des vendeurs arrivent en vélo avec leur marchandise vers 10h. Les heures d’influence sont surtout entre 11h et 13h, et en fin d’après-midi, c’est-à-dire en fait les horaires durant lesquels les fonctionnaires viennent faire leurs achats. Lorsque le marché tombe un dimanche, c’est à dire tous les 21 jours, est organisé un bal poussière (ou bal populaire) pendant la soirée, généralement au bar Sport bar, ou plus souvent encore à l’Ambiance bar. Les vendeurs et leurs produits. Les produits vendus au marché sont de plusieurs sortes. Il se vend tout d’abord des pagnes, des vêtements, des et des produits divers, tels que le café, du savon, des boîtes d’allumettes, des bonbons, etc… Tous ces produits sont préalablement achetés sur le Grand marché de Ouagadougou. Certains vendeurs de vêtement font également office d’atelier de couture pour les réparations. La grande majorité des produits vendus au marché sont de la production alimentaire locale, qui proviennent le plus souvent des terrains de leurs producteurs-vendeurs (souvent le producteur, ou le cueilleur, et le vendeur ne sont pas la même personne, mais appartiennent à la même cellule familiale ; plus rarement les vendeurs achètent la marchandise à leur producteur ou cueilleur). Bien sûr ce type de production dépend énormément de la saisons. Il s’agit notamment des légumes, tels que des tomates, des oignons, des poivrons, de l’ail, des choux, des haricots… (certains de ces produits proviennent des barrages de Kuarma et Barna, à quelques kilomètres de Karkuidighin). Il s’agit également de mangues, nombreuses sur la terre de Saponé-Karkuidighin pleine de manguiers ; du pissa, aliment de base pour le vinaigre du tô (galette de mil : plat populaire) ; de l’arachide, du mil, du maîs, du gombo. Il se vend également des poules élevées par leurs vendeurs, et du poisson commandé à des commerçants de Ouagadougou et séché par leurs vendeuses. Il se vend enfin de la production artisanale locale : des canaris (pot) en terre cuite, une boucherie, du dolo, des beignets, et des restauratrices qui vendent des plats de riz et de pâte avec de la viande achetée à la boucherie. Il faut noter enfin les chapeaux de Saponé. Ceux-ci sont construits avec peu d’outils et beaucoup de savoir-faire, à base de karsé (sorte de paille) qui provient du Ghana, et de cuir acheté à la boucherie pour certains modèles. La grande majorité des produits sont acheminés par vélo. La navette Ouagadougou/ Saponé (voir plus bas) est également largement utilisée. Prix de quelques produits du marché (en avril 2001, à titre indicatif) (Informations recueillies auprès des commerçants) Les prix sont sensiblement plus chers qu’à Ouagadougou, où les commerçants de Saponé viennent généralement s’approvisionner pour les revendre au village (ex : un produit acheté 125 CFA à Ouagadougou est revendu 150 CFA, un produit acheté à 1 000 CFA est revendu à 1 250 CFA). Les prix donnés ici sont à titre indicatif, ils ne sauraient être fixes. A noter, en ce qui concerne l’alimentation, que le mois d’avril correspond à l’apogée de la saison sèche ; les prix s’en ressentent donc. Rappel : 100 CFA = 1 FF. Pantalon : 1250 CFA Réparation de vêtements : 1 000 à 1 500 CFA, selon le tissu Savon : 150 CFA Sucre : 450 CFA Lessive : 50 CFA Légumes : par lots de 25, 50 ou 75 CFA Chapeaux de Saponé : entre 10 000 et 20 000 CFA, selon le modèle Poule : de 12 500 à 20 000 CFA, selon la bête Canaris : 20 CFA la petite, 200 CFA la grande Boucherie : 1 200 CFA le jarret Beignet : 5 CFA l’unité Céréales : 450 CFA le lot de sorgho, 500 CFA le lot de mil, 15 CFA le lot de gombo Mangues : 5 CFA pour 2 mangues Poisson séché : sachets de 25, 50 ou 100 CFA Dolo : 25 CFA la petite calebasse, 50 CFA la grande Plat des restauratrices : 50 ou 75 CFA selon les plats

Les boutiquiers (Informations recueillies auprès des boutiquiers) : 

Le marché n’est pas l’unique lieu de commerce de Karkuidighin, même s’il en est le principal. Les divers boutiquiers s’installent pour la plupart autour de la place du marché. Ici, la très grande majorité des commerçants sont des hommes, inversement au marché. L’ensemble des marchandises sont achetées auparavant, ou livrées (pour les boissons) depuis Ouagadougou.

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Légende

1 Divers : commerces général, matériel scolaire, buvettes, télécartes, ateliers de couture, ateliers de bois, coiffeur, ciment et tôle, etc. ; 2 Atelier de sculpture (JC Ilboudo) ; 3 Rôtisseries ; 4 Kiosque (débit de boisson et plats préparés) ; 5 Sport bar (débit de boisson) ; 6 Ambiance bar (débit de boisson) ; 7 Atelier de bois ; 8 Station d’essence ; 9 Réparation de vélos et mobylettes ; 10 Soudeurs

Prix de produits des magasins permanents (en avril 2001, à titre indicatif) Stations d’essence : une dizaine, dont deux sont plus importants. (450 CFA par litre) Réparation vélos et mobylettes : une vingtaine (de 750 à 6 000 CFA) Pièces détachées de vélos et mobylettes : deux. (Pneu mobylette à 6 250 CFA, pneu vélo à 2 230 CFA) Commerce général : une dizaine. Ils s’y vend toutes sortes de petits articles, tels que de la lessive (50 CFA), du savon (150 CFA), du sucre (500 CFA)… Télécentre et photographie: deux. (100 CFA par unité téléphonique, 500 CFA la photographie) Ateliers de couture : cinq. Les ateliers sont équipés de machines à couture, de mètres, des ciseaux, de table pour faire des patrons… (Entre 1 000 et 1 500 CFA la réparation, et entre 1 550 et 2 500 CFA la fabrication, selon les tissus et les modèles ; pour les fabrications, ce sont les consommateurs qui amènent le tissu) Kiosques, buvettes, bars : respectivement trois, deux et deux (le Sport bar et l’Ambiance bar). Les boissons sont sodas et bières. Les kiosques servent également des plats de riz, pâtes et viandes. (300 CFA les bouteilles de coca et Fanta, 400 CFA la So B Bra (marque nationale de bière), 75 CFA le thé, 50 à 75 CFA les plats) Matériel scolaire : un cahier 200 pages à 300 CFA, 100 pages à 150 CFA, 48 pages à 100 CFA, crayon Bic à 75 CFA) Ciment et matériel de construction : un. (Tôles à 3 250 CFA, sacs de ciments à 4 500 CFA, sacs de riz 50 kg à 12 000 CFA) Coiffeur : un Ateliers de soudure : quatre. Les ateliers servent à la réparation de charrettes pousse-pousse, de portes métalliques, de fenêtres, de chaises, d’outils agricoles. Les ateliers, à l’exception de l’atelier AVLP, sont équipés de chalumeau à gaz. L’atelier AVLP, équipé d’un groupe électrogène pour souder, peut également fabriquer certains de ces articles. A noter que les soudeurs à Karkuidighin ne font pas partie de la famille des forgerons, sauf exception. Ceux de la famille qui pratiquent toujours la forge le font à Bonogo (les forgerons forment une sorte d’ethnie au Burkina Faso, respectée et crainte, une ethnie à part, qui se permet de se détacher de la société et de s’exprimer ouvertement avec la plus grande franchise). Ateliers de fabrication de meubles en bois : trois. Les apprentis ont suivi une formation à Ouagadougou. Les fabrications se font sur commande (un buffet à 65 000 CFA, une cuisinère à 2 500 CFA, un lit à 60 000 CFA) Artisan sculpteur d’art : un (voir ci-dessous) L’artisanat à Saponé-Karkuidighin (Informations recueillies auprès des artisans) Les produits artisanaux de Saponé-Karkuidighin sont les chapeaux de Saponé, les canaris, les produits alimentaire (dolo, beignets, plats), les outils agricoles, les meubles en bois (voir plus haut pour tous ces produits). Les chapeaux et les canaris ne sont pas construits à Karkuidighin, mais dans les villages voisins. Karkuidighin compte un seul sculpteur d’art, Jean-Claude Ilboudo, petit père (oncle) du Naaba, et également pasteur (voir la page Religions). Il produit toutes sortes d’objets en bois, tels que des awalés (jeu africain ; de 4 000 CFA à 8 5000 CFA), des statues (10 000 CFA pour une statue de 60 cm), des coupe-papiers, des tableaux, des mortiers… Il vend à domicile, mais aussi dans une boutique à Saponé et surtout dans les foires et les concours. Les étrangers, et tout particulièrement les Brestois (le département de Saponé est jumelé avec la Ville de Brest, aussi de nombreux Brestois viennent à Saponé, le plus souvent dans le cadre de chantiers internationaux) forment la plus grande partie de sa clientèle. Ses outils (scie, étau, cutters, gousses, égoïne, râpe, papier à poncer…) proviennent de Ouagadougou, ou ont été donnés par un ami brestois. Il va chercher son bois en brousse, ou l’achète à Ouagadougou, pour le bois de meilleure qualité, qui provient du sud du pays ou de Côte d’Ivoire. Jean-Claude ILBOUDO a suivi un apprentissage à Abidjan (Côte d’Ivoire) pendant 2 ans, puis à Ouagadougou au Centre National des Arts entre 1978 et 1985. Il exerce son métier à Saponé, et non à Ouagadougou, pour continuer à exercer sa fonction religieuse (voir la page Religion). Fils de sculpteur de daba (outil agraire), il forme ses enfants à l’artisanat du bois. (Note de l’Auteur : Attention à être présent pendant qu’il effectue la commande, et à ne jamais payer en avance !!!) On peut s’étonner qu’il existe si peu de production d’artisanat à Karkuidighin, alors que les villages environnants produisent des chapeaux, font du jardinage, de la poterie. Certains adultes n’hésitent pas à dire que les jeunes de Karkuidighin sont ” paresseux “. Certaines initiatives sont cependant menées, dans le cadre d’associations (voire la page Associations).

La liaison Ouagadougou – Saponé (Informations recueillies auprès de Naaba Padre (chef de canton), Emmanuel Ilboudo (AVLP), Mathieu Bilgo (ex professeur du lycée AVLP), André Nakoulouma (préfet-maire de Saponé).)

Saponé-Karkuidighin se situe à 37 km (ou 42 km, selon les sources) de la capitale, à deux heures et demi de navette ou de mobylette, ou quelques heures de vélo. Une piste rejoint les deux, en passant par Saponé-marché. La piste se transforme actuellement en route bitumée (voir ci-dessous). Aussi la proximité de la capitale du Burkina Faso se fait beaucoup sentir à Saponé : les commerçants s’approvisionnent largement à Ouagadougou, et notamment dans son Grand marché, ce qui permet au village de ne pas être trop isolé. Certains jeunes effectuent leurs études à la capitale. Un bon nombre des habitants de Saponé ont déjà vu ” la ville “, et la ” vie urbaine “, à commencer par les jeunes. En même temps Saponé est suffisamment loin de Ouagadougou pour ne pas y être absorbée, reléguée en simple périphérie de la capitale. Les habitants de Saponé sont partagés entre le désir d’aller tenter sa chance hors du village, dans la capitale ou ailleurs (Côte d’Ivoire, Europe et notamment la France, Etats-Unis), et en même temps le désir de rester au pays. Un désir souvent exprimé est celui de partir et de revenir au village en y amenant la richesse et le développement à la famille et au village. * Les navettes Ouagadougou / Saponé : Une navette privée d’un chauffeur ouagalais effectue la navette Ouagadougou / Saponé-marché depuis plus de 30 ans avec son fourgon, tous les trois jours, jours de marché. La liaison coûte 750 CFA. Elle dure entre deux heures et deux heures et demi, car la piste est mauvaise (avant la construction de la route bitumée), et les arrêts de la navettes sont nombreux. Une seconde navette privée existe depuis 1998, par l’initiative de l’ancien chauffeur de la préfecture de Saponé, maintenant à la retraite, Amadou Nadenbega. Il est aidé dans son travail par trois jeunes de Saponé, qui se chargent des bagages et de faire payer les trajets ; ils ne sont pas de la famille du chauffeur. Cette navette, semblable à la première (fourgon, 750 CFA…) effectue le trajet en fonction de la demande, une, deux ou même trois fois par jour. Ce sont bien sûr les jours de marché qui voient le plus d’affluence. A noter que cette navette existe depuis la mise en place de la Caisse Nationale à Saponé, qui a permis aux commerçants d’investir beaucoup, et d’avoir ainsi besoin de davantage de liaisons avec la capitale pour acheminer la marchandise. Les navettes sont en effet pleines de personnes (jusqu’à une vingtaine de personnes environ, en étant plus que serrés), et des marchandises en tout genre, sacs de ciment, bois, sacs de riz, vélos, bagages… Quant aux horaires des trajets, les navettes partent quand elles sont pleines. Ce qui peut être très rapide ou bien très long. Il arrive que les navettes s’arrêtent pour prendre une nouvelle personne pleine de bagages alors qu’on est déjà plus que serrés, et qu’on y reste longtemps, car un voyageur marchande le prix du trajet. La navette est elle aussi un lieu propice à la palabre. * La route goudronnée, la RN 06 Le traçage de la route goudronnée passant à Saponé, la RN 06, fut l’un des principaux enjeux politiques locaux de ces dernières années. Elle joint Ouagadougou à la frontière du Ghana, en passant par Léo et Saponé. Le tout était de savoir si elle passerait par Saponé-marché, Karkuidighin, les deux, aucun des deux, avant de rejoindre Léo, à l’est. Chacun voulait bien entendu que la route passe par son village, car cela pourrait amener un grand développement au village. Le préfet compte ainsi rebâtir le marché en matériau durs, et a plusieurs autres projets pour agrandir économiquement Saponé-Karkuidighin, qui deviendra bientôt commune à plein exercice (voir ci-dessus la partie taxes et impôts, et la page Historique). Aussi le projet a mis énormément de temps à se mettre en place, après beaucoup de discussions. Selon Eric Bonkoungou au bout de quelques années ” tout le monde voulait que la route goudronnée passe, que ce soit par le ciel ! “. Ainsi il y eut officiellement trois projets de tracés pour la RN 06, de 1970 à 2000. Le tracé de 2000 est définitif, les travaux ont commencé depuis Ouagadougou début 2001.  

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 Légende :

Jaune : 1ere proposition de route (1970)

Vert : 2e proposition de route (1979)

Bleu : tracé définitif de la RN 06, avec une bretelle qui rejoint Saponé-marché à Saponé-Karkuidighin

Le tracé définitif reprend donc la piste déjà existante, qui rejoint Ouagadougou à la frontière en passant par Saponé-marché, avec une bretelle Saponé-marché / Karkuidighin. C’est un semi-échec pour les habitants de Karkuidighin, et notamment le préfet, le chef coutumier et l’AVLP qui ont participé aux négociations car la route principale ne passe pas par leur village, contrairement aux deux tracés précédents, mais est tout de même desservi par une bretelle goudronnée. Selon le préfet, le choix définitif a été déterminé par le manque d’arguments que pouvaient donner les habitants de Saponé-Karkuidighin, car le village n’est pas assez important. Le tracé définitif est le moins coûteux, car il reprend la piste déjà existante ; elle est également la moins nocive à l’environnement. Emmanuel Ilboudo, secrétaire-général de l’AVLP, regrette que Saponé-Karkuidighin n’avait pas de leader politique assez influent pour avoir gain de cause, alors que ” la route devrait passer par le chef-lieu de préfecture, dans le cadre de la politique de décentralisation ” menée par le gouvernement. Selon lui les politiques ont agi sans même consulter le chef coutumier du canton, le Naaba PADRE, en ajoutant que ” c’est ça qui va tuer le Burkina, car ils mettent tout sur le politique “. Le Naaba PADRE regrette quant à lui le premier tracé, car il permettait de construire quatre sites de barrages pour irriguer 36 hectares. Le tracé définitif n’en permet aucun. Les financements sont publics, de l’Etat du Burkina Faso. La société chargée de la construction de la route est FABOUL KARA. A Saponé, l’AVLP loue ses bâtiments d’accueil pour les ouvriers.

Informations recueillies par Natacha Hervé et Pierre Servain en avril 2001, dans le cadre du cours de Faouzia Belachémi à l’Université de Saint-Denis – Paris 8.


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