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Les pratiques religieuses et sectaires au Burkina Faso
17 mai, 2010, 16:11
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Les pratiques religieuses et sectaires au Burkina Faso doc religionsbf.doc

Le Burkina Faso est l’un des pays les plus hétérogènes d’Afrique pour ses nombreuses croyances locales ou importées. Le Burkinabé est profondément croyant. Ces vingt dernières années ont connu cependant de profonds changements dans la répartition des confessions déclarées avec une lente décroissance des croyances traditionnelles, une montée des religions importées et une explosion des mouvements sectaires se réclamant « évangélistes ».  Aucune statistique nationale (*) n’est réalisée concernant les religions du Burkina Faso et il est donc difficile d’estimer la réelle répartition des croyants. Seule l’église catholique, par son registre des baptêmes, peut fournir des chiffres précis. On voit donc fleurir de ci de là, des approximations souvent farfelues. On peut cependant évaluer la population chrétienne entre 15% et 20% (dont 10% de catholiques), et la population musulmane entre 30 à 40%. De à 40 à 55% des Burkinabé conserveraient donc de nos jours une religion traditionnelle.

L’islam

L’islam est très clairement la première religion du pays en nombre de croyants. Avec 30 à 40% de burkinabés musulmans, le pays demeure cependant le moins islamisé de la zone sahélienne (Sénégal, Mali, Niger ou Tchad comptent tous plus de 80% de musulmans).  Présent de manière éparse sur l’actuel territoire du Burkina Faso depuis le XVème siècle, l’islam n’est réellement implanté que depuis le XIXème siècle. Ce sont les Peulhs qui les premiers ont formé une communauté musulmane cohérente et chroniquement implantée. Les migrations et les conquêtes, principalement mandingues, ont ensuite contribué à propager l’islam dans la plupart des communautés ethniques du Faso.  Plus tard, durant la période coloniale, les autorités françaises ont favorisé le développement de l’islam perçu comme un allié contre certaines chefferies locales animistes hostiles à la présence française. A partir des années 40 et encore plus depuis l’indépendance, la proportion de musulmans à explosé pour réunir aujourd’hui plus d’un tiers de la population. 

Comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, les musulmans burkinabé se partagent en diverses confréries et courants de pensée. Issues pour la plupart du sunnisme, ces confréries ont des origines géographiques et historiques variées :  Le courant salafiste (wahabisme), celui qui génère le plus d’illuminés et/ou d’agités, est assez peu représenté au Burkina Faso bien que son influence soit grandissante. Partisans d’une lecture à la lettre du coran, ils sont à l’origine des plus formidables preuves d’extrémisme du siècle passé et du siècle en cours. Les Tidjanes, très présents au Sénégal et dont les marabouts sénégalais sont les importateurs en Afrique noire, sont représentés au Faso depuis 1925. Ils comptent quelques marabouts, écoles coraniques et mosquées à Ouagadougou et dans la province du Yatenga.  La confrérie Quadriyya, créée au XIIème siècle en Irak, est quant à elle principalement présente chez les Peulhs.La Communauté Musulmane du Burkina Faso est cependant l’organisation religieuse et associative dans laquelle se retrouvent la plus grande partie des musulmans du pays au-delà même de leurs affinités confrériques. Tolérants sur de nombreuses pratiques sociales, il permet à des néo-musulmans nés avec des croyances et des coutumes traditionnelles de se retrouver dans une pratique « soft » de l’islam. L’influence de la Communauté Musulmane du Burkina Faso en fait l’interlocuteur privilégié des autorités et des autres structures associatives.
Pour finir, le chiisme (d’inspiration iranienne) ne compte que quelques rares membres qui tiennent quelques écoles coraniques. 
Comme pour les communautés ethniques, les quartiers des villes sont souvent constitués de groupes religieux homogènes. Ainsi à Ouagadougou, un quartier comme Nemnin (quartier à forte population peulh) est très majoritairement musulman. Ces quartiers à forte proportion musulmane accueillent souvent ce qu’on appelle une « mosquée du vendredi », à savoir une mosquée de plus grande taille pouvant accueillir un grand nombre de fidèles lors de la prière du vendredi (à l’opposé des petites mosquées de quartier). 
Aujourd’hui, Peulhs, Mandingues, Marka et Touareg sont les communautés qui comptent la plus forte proportion de musulmans. Ce sont également les plus anciennement convertis à l’islam. Mais pratiquement toutes les autres ethnies du pays ont dans leurs rangs des musulmans dans diverses proportions : Mossi, Bissa, Gourmantché, Gourounsi, etc.  La polygamie est très largement pratiquée, principalement en milieu rural ou dans les milieux urbains les moins pauvres (une femme coûte cher, trois n’en parlons pas). La religion musulmane est parfaitement bien intégrée à la vie du pays avec des mariages inter religieux relativement courants et une participation aux évènements festifs nationaux. Il est amusant de voir que l’extraordinaire tradition des crèches de Noël à laquelle les enfants chrétiens du pays tiennent tant s’est adaptée aux enfants musulmans qui construisent durant les fêtes de fin d’année des petites mosquées qui n’ont rien à envier aux cathédrales miniatures de leurs camarades.  Sur tout le territoire, diverses radios FM émettent des programmes religieux musulmans et la plupart des fêtes islamiques (tabaski, korité, etc.) sont des jours fériés au Burkina Faso. 

L’islam du Burkina Faso est pour le moins modéré et la plupart des Burkinabé le pratiquent de manière très libérale, surtout dans ce pays qui produit 70 litres de bière par an et par habitant. Depuis plusieurs années, différents courants animés par des Pakistanais transpirants ou des Burkinabé de retour de pèlerinage en Arabie Saoudite suscitent l’inquiétude des autorités. Il arrive de plus en plus fréquemment (moins souvent qu’à Paris ou Marseille cependant) de croiser dans les rues de Ouagadougou ou Bobo des fantômes grillagés qui étaient autrefois des femmes.  Il est à noter l’importance grandissante de l’influence étrangère dans l’islam burkinabé puisque la plupart des mosquées sont financées par des pays arabes (la construction de mosquées est comptabilisée par ces pays comme « aide au développement », chacun son truc…). On imagine facilement que l’obédience confrérique de l’imam d’une mosquée payée par le Koweit se rapprochera de celle du généreux pays donateur.  Parmi les débordements également à déplorer, on peut parler des Garibous, ces enfants de pauvres familles rurales confiés des marabouts (maîtres coraniques) pour apprendre le coran et qui finissent par passer leurs journées à mendier (pour le compte du marabout, puis pour leur propre compte) et à sniffer de la colle. Ce problème est préoccupant dans l’ensemble des villes du pays.  Pour finir, l’excision est toujours largement pratiquée dans certaines communautés du pays. Malgré des campagnes de sensibilisation, cette mutilation génitale demeure un problème bien que le pourcentage de fi Il est également à noter qu’un grand nombre d’élèves sont scolarisés dans des écoles privées dites « franco-arabes ». Il s’agit très généralement d’écoles coraniques n’enseignant nullement aux élèves le programme officiel burkinabé en français. Les élèves de ces écoles sont de fait exclus du système de formation normal à l’inverse de ceux fréquentant l’école publique et participant aux activités coraniques en dehors des heures de cours. Le catholicisme

Le catholicisme est présent au Burkina Faso depuis les premiers temps de la colonisation et l’arrivée des premiers missionnaires. La première paroisse du pays ne fut cependant fondée que le 22 janvier 1900, à Koupéla, par Monseigneur Hacquart. La ville demeure d’ailleurs le foyer le plus dynamique de la vie catholique du pays.  Au cours du XXème siècle, les différentes communautés du pays, des Mossi aux Gourounsi en passant par les Lobi ou les Gourmantché, ont vu une partie de leurs membres intégrer l’église catholique. Aujourd’hui, les catholiques sont environ 1,5 millions au Burkina Faso, soit plus de 10% de la population nationale. Cette proportion tend à augmenter chaque année au détriment des religions traditionnelles. A Ouaga comme en province, les églises sont pleines, tout comme les séminaires formant les futurs religieux. Toutes les communautés du pays comptent des catholiques dans leurs rangs même si certaines (comme les Peulhs ou les Touaregs) sont très majoritairement musulmanes.  La plus grande partie du clergé est constituée de religieuses et de religieux du pays bien que quelques étrangers officient dans certaines paroisses des 13 évêchés que compte le pays (Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koupéla, Ouahigouya, Diébougou, Dédougou, Koudougou, Fada N’Gourma, Manga, Banfora, Kaya, Nouna, Dori).  Comme partout en Afrique, l’église catholique contribue pour une grosse part à l’enseignement au Burkina Faso via un nombre d’écoles, de collèges, de lycées et d’établissements supérieurs en constante augmentation. L’année scolaire 2008-2009 a compté près de 50 000 élèves inscrits dans les 200 établissements catholiques du pays, tous niveaux confondus, avec – et c’est important – une légère majorité de filles (52%).  La qualité de l’enseignement des établissements privés catholiques génère un taux de succès aux épreuves largement supérieur à la moyenne nationale (65% de réussite au BAC contre 27% de moyenne nationale par exemple). Cela attire donc des élèves de toutes confessions dont de nombreux enfants de familles musulmanes.  Les ONG et structures de soin catholiques par leurs diverses actions médicales, de sensibilisation, de microcrédit ou de formation contribuent également au développement du pays et principalement de ses zones rurales. Comme pour l’enseignement, les aides ne sont pas dispensées sur des critères religieux et tout burkinabé peut en profiter. Ainsi, Secours Catholique, Comité Catholique contre la Faim, Emmaus Burkina (le Relais Burkina) et des centaines de dispensaires à travers le pays sont autant d’ONG indispensables aux populations défaforisées.  Les principales fêtes catholiques du pays, tout comme celles des musulmans, sont des jours fériés au Faso. Ainsi, les fêtes de Pâques, du 15 août ou de Noël sont toujours très animées.

Les sectes de l’univers biblique

Ce type de mouvement est très apprécié au Burkina ou au Bénin car il brouille les pistes en ajoutant les chants, les transes, pseudos-guérisons miraculeuses et incantantions mystiques à l’aspect déjà familier de la bible. Le moindre illettré aux dents longues peut du jour au lendemain créer son « église » dans un entrepôt et y inviter tous ses nouveaux fidèles qui par leur fréquentation et leur aumône assureront directement la subsistance du « pasteur ».  Ainsi les sectes d’origine américaine qui avaient le monopole il y a encore 10 ans se sont vues dépassées par les centaines d’églises sectaires locales qui ont fleuri à travers le pays. En conséquence, Témoins de Jéhovah, Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, Eglise des Saints des Derniers Jours et j’en passe, rencontrent moins de succès que jadis !  Dans une région du monde où les débouchés économiques sont rares et où trouver du travail constitue un parcours du combattant, créer une secte biblique est un des meilleurs business de ce début du XXIe siècle ! D’autant que le Burkina Faso permet une liberté totale de culte (prévu dans la constitution) et que certains groupuscules disposent même d’une fréquence FM. Ils bénéficient d’ailleurs pour la plupart d’une certaine respectabilité et la notion de secte paraît totalement étrangère au Burkinabé moyen.  Il suffit de se balader durant une heure à Ouagadougou pour voir une pléthore de lieux de culte aux noms exotiques plus ou moins étranges ou ridicules : Eglise des Assemblées de Dieu, Eglise du Christianisme céleste (!!!), Eglise Nagbangré, Eglise apostolique, Eglise Bethel, Eglise Baptiste, Eglise néo-apostolique (pour les schismatiques de l’Eglise Apostolique !), Eglise évangélique de la Grâce, Eglise des Chrétiens Rachetés (!!!), Eglise de la vie nouvelle, Eglise de Pentecôte, Eglise protestante du Plein Eveil, Eglise Eliel, etc. Y’en a pour tous les goûts ! Les Burkinabé adeptes de ce type de mouvements en changent d’ailleurs fréquemment. Il est en outre rare (bien que de moins en moins) d’appartenir à un mouvement sectaire   » par héritage « .  Si la plupart de ces mouvements sectaires sont inoffensifs, certains défraient cependant régulièrement la chronique pour leurs faits d’armes criminels ou comiques.  Il y a peu de temps, une église nommée  » Eglise du Christ de Sabah, ministère de la guérison divine  » a été détruite par les habitants du secteur 30 de Ouagadougou après que ses fidèles eurent essayé d’attraper un albinos du quartier pour le sacrifier (les albinos sont souvent sacrifiés ou découpés en Afrique). Une autre a pris feu parce que le  » pasteur  » faisait mettre des bougies allumées sur le front de ses adeptes (pour des guérisons miraculeuses) et que la perruque d’une brave mère de famille a flambé. Deux exemples graves ou amusants de faits divers que l’on peut lire dans la presse chaque mois au Burkina Faso. En vrac, on lit des cas de viols, de sacrifices, de faits de pédophilie, d’arnaques ou d’extorsions de fond. S’il n’existe aucunes statistiques précises concernant la religion au Burkina Faso, on peut cependant estimer le nombre d’adeptes de ces mouvements bibliques sectaires à 1/3 ou 1/2 des Burkinabé se réclamant  » chrétiens « . A côté de ces sectes figurent bien sûr les habituelles congrégations bourgeoises : Lions Club, Rotary, fraternités de francs-maçons, etc. Si en France (et dans le reste du monde occidental) ce genre de mouvements est constitué principalement de personnes aisées parfois sorties d’une caricature de Zola, leurs  » succursales  » africaines ne sont guère radieuses. C’est un peu un mélange de club de bridge pour troisième-âge, de réunion de l’Ordre du Temple Solaire, et d’organisation de cooptation consanguine. Ils sont cependant complètement inoffensifs malgré la paranoïa exacerbée injustifiée des francs-maçons qui sont juste essentiellement des adeptes de secrets et qui sont convaincus de faire partie d’une élite intellectuelle.Les religions et croyances traditionnelles

Une majorité de Burkinabé pratique une religion dite « traditionnelle » de manière exclusive ou parallèlement à une religion « importée » (islam, christianisme). Ces religions traditionnelles associées aux ancêtres et/ou aux esprits avec lesquels on communique ou on rend hommage grâce à des masques, des sacrifices ou des fétiches sont englobées sous le vocable « animisme » ou « fétichisme ».  Ces croyances, omniprésentes dans le paysage social national, parfois associées à des superstitions, sont profondément ancrées dans les esprits.  Chaque communauté ethnique a ses propres croyances ancestrales. Parfois, certains rites sont même limités à un seul village. La richesse et la variété de ces religions traditionnelles participent aux fondements culturels du Burkina Faso.  Les Lobis forment l’une des communautés qui a le plus conservé sa religion traditionnelle. La vénération des esprits des ancêtres et des fétiches est le pivot de leurs croyances. La case des fétiches, située en dehors de la concession familiale, tient lieu de temple où sont pratiqués les rites d’hommage et de divination. Les Lobis croient néanmoins aussi en un être suprême, nommé Thagba, créateur de tous les êtres vivants. Mais, comme chez les Sénoufo, ce Créateur ne peut être contacté que par l’intermédiaire d’esprits de la nature nommés thila. Ces esprits invisibles, parfois bienveillants parfois malins et comme les hommes sujets aux conséquences de leurs vices et vertus, exercent leurs pouvoirs sur toutes choses. Pour entrer en contact avec les esprits, chaque village et chaque hameau a au moins un prêtre fétichiste nommé le thildar.  Les Mossi croient en un équivalent de paradis, un monde meilleur que les ancêtres auraient atteint et qui serait en contact direct avec le monde des hommes, pouvant même l’influencer. Ces ancêtres peuvent aider ou punir leurs descendants et sont seuls juges pour leur autoriser l’entrée future dans le monde des ancêtres. A la mort du descendant, si l’accès au « paradis » lui est refusé par son ancêtre il est condamné à errer au hasard pour l’éternité. En raison de ces croyances, lorsqu’un Mossi jure sur ses ancêtres ou sur ses terres, c’est que la situation est grave. Car ses terres sont directement reliées aux ancêtres et sont un moyen d’entrer en contact avec eux. L’importance de la concession familiale, qui possède et occupe ces terres, est donc primordiale. Le père de famille est respecté et toute action, bonne ou mauvaise, d’un membre est imputée à toute la famille. Les Kassena (une communauté du groupe des Gourounsi), croient quant à eux en un créateur suprême à qui est dédié un fétiche au centre de chaque village. Chaque hameau organise des mascarades rituelles représentant l’esprit de ce créateur. Ces mascarades sont destinées à défaire les ennemis, assurer la paix dans le village et la communauté et protéger la fertilité des femmes. Chaque famille possède en outre un autel sur lequel les objets sacrés sont réunis et les sacrifices effectués pour protéger l’harmonie de la famille et de ses membres.  Chez les Sénoufo, plusieurs ancêtres et esprits des bois sont révérés. La double divinité de Maleeo et Kolotyolo (l’Ancienne Mère et le Dieu Créateur) sont au coeur de ces croyances. Kolotyolo ne peut être contacté que par l’intermédiaire d’autres divinités (Yiriigifolo ou Nyehene). Maleeo, tel un juge suprême s’incarne quant à lui parfois dans des tams-tams sacrés devant lesquels voleurs et meurtriers sont jugés. Via des sociétés secrètes comme celle de Poro (elle-même sous le patronnage d’une autre divinité Nerejao, ancêtre femelle), les Sénoufo assurent de bonnes relations entre le monde vivant et le monde des ancêtres. La société secrète de Sandogo est elle chargée des oracles et de la divination, rituel important dans la religion sénoufo. Pora est réservée aux hommes (et parfois aux jeunes filles ou aux vieilles ménopausées). Sandogo est une société secrète de femmes.  Mais toutes ces croyances ont engendré certaines superstitions particulièrement nuisibles. Ainsi, un grand nombre de femmes sont régulièrement accusées de sorcellerie et sont bannies de leur village sans possibilité de revoir un jour leur famille. Le sort de ces femmes, souvent vieilles, est le plus souvent la mendicité. Le Centre Delwendé, financé par l’Eglise Catholique, héberge et nourrit plus de 400 femmes accusées de sorcellerie dans le quartier de Tanghin à Ouagadougou.  Toujours dans la famille des superstitions nuisibles, on peut noter le sort réservé aux albinos. S’ils sont moins souvent découpés en morceaux qu’en Tanzanie ou au Burundi pour être revendus comme ingrédients aux sorciers, ils sont en tous cas régulièrement sacrifiés pour porter chance ou jeter un sort. Plusieurs associations s’emploient à défendre les albinos du pays contre ces crimes.  Passons sur les crimes rituels, les lynchages de rétrécisseurs (ou voleurs) de sexe, les interdits professionnels castiques, qui alimentent régulièrement la rubrique faits divers de la presse nationale.  (*)  Le gouvernement burkinabé a estimé, dans son recensement de 1996, qu’approximativement 60% de la population pratiquent l’islam et que la majorité de ce groupe appartient à la branche sunnite alors que les minorités restantes adhèrent
aux branches chiite, Tijane ou salafiste et wahhabite. Le gouvernement burkinabé a aussi estimé que 24% de la population conservent des croyances traditionnelles animistes, que 17% pratiquent le catholicisme et que 3% font partie de divers cultes protestants. Ces chiffres paraissent complètement décalés par rapport à la réalité. 



La végétation et la faune du Burkina Faso
17 mai, 2010, 12:04
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Plus de 128 espèces animales ont été répertoriées dans les nombreuses aires protégées de Faune dont les plus emblématiques sont : le lion, le léopard, l’éléphant, le buffle, le phacochère, les antilopes, les singes, l’hyène, le chacal, l’hippopotame, le crocodile, le boa, le varan, les tortues et les hérissons. A cette liste, il convient d’ajouter les nombreux oiseaux dont les plus recherchés sont les perroquets, les francolins, les tourterelles, les merles, les outardes, les calao, les oies, les roussettes.

La végétation

Les végétaux ont besoin d’air, de lumière, d’eau et de sels minéraux qu’ils puisent dans le sol. Ils dépendent donc essentiellement du climat et des conditions podologiques. L’action de l’homme, par ses destructions et ses cultures, a parfois transformé le paysage végétal.

La formation végétale la plus fréquente est celle de la savane avec un tapis de graminées sous un étage légèrement arboré. Cette végétation diffère profondément du nord au sud en fonction des précipitations. L’intérêt du Burkina-Faso est que l’on passe progressivement de la forêt claire (sud du pays) à la steppe (extrême nord). En remontant la route de Bobo-Dioulasso à Dori, on assiste petit à petit à la disparition des arbres au profit d’arbustes puis de buissons.
Trois grands domaines sont parfaitement reconnaissables, avec des zones de transitions peu différenciées pour le passage d’une zone à l’autre.

Le domaine soudano-guinéen.

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Localisé dans le sud-ouest du pays, il bénéficie des précipitations les plus abondantes (supérieures à 1150 m/m) qui favorisent le développement des espèces ligneuses dont la densité et le peuplement sont particulièrement important.
C’est le domaine de la forêt claire, avec des arbres d’une hauteur de 15 à 20 m. Près des cours d’eau se développent les forêts galeries dont certaines ont l’aspect de véritables forêts denses, notamment sur les bords de la Comoé. Sous ce couvert dense se développent les fougères arborescentes.

Le domaine soudanien   

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Il constitue le principal couvert végétal du Burkina-Faso. Les précipitations annuelles dépassent 600 m/m mais sont toujours inférieures à 1 000 m/m.
Les espèces doivent supporter une sécheresse plus longue ; elles donnent une savane arborée qui va en s’éclaircissant et en diminuant de taille vers le nord. Les arbres ont moins de 10 m de haut. Les espèces dominantes sont le karité, le néré, le jujubier, le caïlcédrat…
L’étage herbacé est formé de plusieurs strates de graminées avec de nombreux buissons.
Sur les bowé, surface à cuirasse affleurante, ou trouve de petites prairies d’herbes fort appréciées du bétail.
Comme cela est de règle en Afrique, les divers types de végétation se répartissent selon des bandes parallèles à l’équateur. Ces types sont parfois modulés par l’altitude, ce qui n’est pas le cas au Burkina-Faso où l’altitude moyenne est de 400 m. 

Le domaine sahélien 

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Il est situé au nord de l’isohyète 650 m/m. La diminution des précipitations élimine la plupart des espèces précédemment citées, à l’exception des épineux qui ne forment plus que des savanes arbustives. C’est le domaine du baobab et de la brousse tigrée avec des plaque d’épineux alternant avec des espaces sans végétation.
Dans la partie sud sahélienne, les arbustes sont extrêmement rares sur les cordons dunaires. Par contre , la strate des graminées forme de véritables prairies ou steppes ; au pied des dunes pousse le « bush sahélien », une brousse tigrée avec des graminées de meilleure qualité. Les arbres (tamarinier, jujubier, acacia) se trouvent uniquement à proximité des mares. 

La faune 

Pays de savanes, le Burkina-Faso est le domaine privilégié des herbivores de grande taille (damalisque, bubale, hippotrague, cob de Buffon, etc.). Les éléphants, les buffles et phacochères parcourent de vases espaces au rythme des saisons ; les hippopotames se réfugient dans les mares et les cours d’eau.
Tous ces animaux, à l’exception de l’éléphant et de l’hippopotame, sont guettés par de nombreux carnivores : lion, guépard, serval, chat sauvage, hyène et chacal. Parmi les primates, le cynocéphale, le babouin et le patas sont particulièrement bien représentés.
Les oiseaux sont nombreux et variés : passereaux, perroquets, pintades, outardes, aigles, cigognes, vautours voisinent auprès des points d’eau avec le héron, le pélican ou le flamand rose.
Lacustres ou fluviaux, les points d’eau hébergent les crocodiles ; dangereux pour les batraciens et les poissons, ils s’attaquent aussi aux oiseaux et aux mammifères. Les poissons (capitaine, poissons tigres, silures et tilapias), participent au ravitaillement en protéine de la population.
Les reptiles sont nombreux : pythons, vipères et najas. Utiles dans la mesure où ils s’attaquent aux rongeurs et autres destructeurs de récolte, les vipères et najas sont venimeux et leur morsure est souvent mortelle.
Les insectes sont avant tout des prédateurs : ils annihilent les efforts de production de denrées alimentaires, soit qu’ils s’attaquent directement aux plantes (sauterelles et coléoptères), soit ils véhiculent des maladies (trypanosomiase, paludisme, filariose) à la suite de piqûres effectuées sur les hommes.
Pour éviter la disparition des animaux, la chasse est réglementée.
Le Burkina-Faso possède quelques parcs naturels où il est possible de voir tous ces animaux en totale liberté.  

Les parcs nationaux 

Ces parcs sont au nombre de trois et permettent de voir la faune et la flore d’Afrique de l’Ouest.

Le parc national d’Arli, dans le sud-est du pays, est à plus de 520 km de Ouagadougo. Il a été créé entre 1950 et 1960 et sa superficie couvre 760 000 ha. Le parc dispose d’un décor naturel grandiose avec les falaises de Tambarga et de Gobnangou. L’infrastructure hôtelière est bien adaptée pour un tourisme de qualité.

Le parc national de Kaboré Tembi est à 120 km de la capitale. C’est l’ancien parc national de Po qui a été débaptisé au début des années 90. Il s’étend sur plus de 150 000 ha et est le domaine privilégié des éléphants. Malheureusement les trafiquants d’ivoire ont détruit une partie des troupeaux. La partie forestière recèle une quantité de grandes essences (fromagers, caîlcédrats, baobabs, etc.). C’est le domaine des oiseaux et des singes.

Le parc national de W s’étend sur plus d’un million d’hectares ; il est à cheval sur le Bénin (500 000 ha), le Niger (300 000 ha) et le Burkina-Faso (200 000 ha). C’est le plus grand espace protégé de faune et de flore d’Afrique occidentale. Vers la frontière du Bénin vivent les lions et la vallée de la Tapoa est de domaine privilégié des éléphants. Le centre touristique se situe à Diapaga qui dispose d’un important campement hôtelier. Toutes les espèces vivants en Afrique de l’Ouest sont présents dans ce parc naturel. 

Tourisme au Burkina Faso: Faune et Flore

Le tourisme de vision et cynégétique peut se pratiquer dans les nombreux parcs, réserves et forêts dont :

Le parc d’Arly : 92 500 ha, dans la région de l’Est, cette réserve est le refuge de tout ce qui peut avoir comme espèces de faunes sauvages. Les falaises du Gobnangou et de Tambarga constituent la toile de fond faisant ressortir les galeries forestières s’élevant le long de la rivière Pendjari. L’hôtel d’Arly assure un hébergement décent. On peut y voir des lions, des éléphants, des antilopes, des singes, des hippopotames, des buffles, des phacochères. Beaucoup d’oiseaux vivent dans le parc, notamment des rapaces (hiboux, aigles, charognards, etc.) C’est la plus belle réserve du Burkina Faso.

Le Parc National Tambi Kaboré : 150 000 ha, le long du fleuve Nazinon, ce parc s’appelait Parc National de Pô. Il porte le nom, en mémoire d’un agent forestier, assassiné lâchement par un braconnier en 1981. Un mémorial y a été d’ailleurs érigé. Ce parc a été longtemps réputé pour ses grands troupeaux d’éléphants. Très braconné, le parc ne possède plus guère de gros porteurs. Néanmoins, ses 600 km de pistes permettent de voir des antilopes, des singes, des phacochères et plus difficilement des fauves, des buffles et des crocodiles. Beaucoup d’oiseaux y ont fait leur domaine de prédilection. De grandes essences comme le baobab, le caïlcédrat et le fromager dominent la flore de cette forêt protégée.

Le Parc du W : Le nom W vient de la forme dessinée par les méandres du fleuve Niger, formant frontière au Nord-Est du Parc. Le Parc est à cheval sur 3 pays : le Bénin, le Niger et le Burkina Faso. Il couvre 300 000 ha au Burkina. Le domaine à plus d’un million d’ha. C’est l’un des plus grands parcs d’Afrique. Il possède en abondance toute la grande faune des savanes : buffles, éléphants, hippopotames, lions, antilopes, phacochères, singes, etc. C’est également un grand sanctuaire pour les oiseaux, surtout aquatiques (ibis, hérons, grues couronnées, oies). Des aménagements sont en cours pour offrir dans la partie burkinabè des éco lodges ; actuellement la seule possibilité d’hébergement se situe à Diapaga.

La forêt classée des Deux Balé : Située à 7 km au Sud de Boromo, cette forêt est arrosée par les rivières qui lui ont donné ce nom. Il est loisible de voir des éléphants, des buffles et des antilopes. Logement assuré à Boromo.

La mare ornithologique d’Oursi : située dans la Réserve du Sahel, et tout comme dans les autres mares, lacs et points d’eau, cette retenue d’eau est le refuge de nombreux oiseaux aquatiques (héros, cormorans, martin pécheurs, etc.) de rapaces (aigles, faucons, vautours, serpentaire, buse et busards, etc).

Le Parc Animalier de Ziniaré : Propriété privée du Président du Faso, ce parc abrite des espèces animales en semi liberté (lions, antilopes, buffles, etc). très fréquenté par ceux qui séjournent à Ouagadougou, l’accès est conditionné par le respect des mesures sécuritaires. Le Parc est situé à une trentaine de km de Ouagadougou et sert de cadre de compétitions de sports de main (hand ball, volley ball, basket ball).

Le Ranch de Nazinga : Le Ranch se situe non loin de Pô. On y trouve toutes variétés de faune sauvage (lions, buffles, éléphants, antilopes, phacochères, singes, etc. Le logement et la logistique sont assurés sur place. Il sert de refuge aux animaux qui fuient le Parc National Tambi Kaboré.

Le Parc Urbain Bangr Weoogo : Poumon vert de Ouagadougou, cette enclave végétale, au delà de la richesse floristique qui s’y développe (de nombreuses essences locales y sont entretenues) les citadins peuvent admirer quelques espèces animales (petit gibier) mises en cage. Le parc est un lieu multifonctionnel (sport d’entretien, détente, éducation environnementale, etc.)

La réserve de la Biosphère de Bala : Outre les hippopotames qu’on trouve à la mare, une abondante avifaune fait de la réserve, située à une soixantaine de km de Bobo-Dioulasso, une zone de prédilection pour les oiseaux.

Les arbres que l’on trouve de façon endémique au Faso :

Le Burkina Faso ne possède pas une flore luxuriante comme dans les grands pays humides, mais la nature l’a doté  » d’arbres providence  » comme :

Le baobab : très répandu au Nord du pays, symbole de la puisance, est très utile sur le plan alimentaire (ses fruits, les  »pains de singe », sont très riches en vitamine, se dégustent en nature ou en boisson ; ses feuilles sont utilisées en cuisine pour les sauces, etc.). Sur le plan médical (les feuilles et les racines ont des vertus curatives) et sur le plan utilitaire (son écorce sert à extraire des fibres avec lesquelles l’on fabrique des cordes, des paniers, des hamacs, etc.)

Le karité : Rencontré dans la savane, il est également connu sous le nom de  »arbre à beurre ». La pulpe de ses fruits est consommée tandis que les amendes de ces fruits servent à la production de beurre qui est utilisée en cuisine, en cosmétique et quelque fois pour vernir le crépi des maisons. Le beurre peut également servir d’onguent.

Le néré : Réputé pour ses fruits dont la pulpe est consommée nature tandis que les graines, après transformation donnent  »le soumbala » utilisé comme ingrédient en cuisine. Celui-ci donne un goût très particulier aux mets.

Le gommier : L’arbre est apprécié pour la gomme arabique qui est utilisée en pharmacie (emballage des comprimés et gélules) en confiserie (chewing-gum) en papeterie (en collage des enveloppes, des timbres-poste) en cuisine (remplace le gombo comme liant aux sauces) en médecine (contre le rhume, la toux, etc.)

Le jujubier : très répandu dans les steppes du Sahel, les fruits sucrés de cet arbre épineux sont très appréciés par les pasteurs nomades.

Le tamarinier : très ombrageux, il est souvent planté dans les villages où il sert de lieu de repos ou de réunion sous son ombre. Il produit des fruits succulents en abondance dont on extrait un jus de boisson ou de cuisine.

Le palmier : très entretenu dans l’Ouest du pays, il est apprécié surtout pour sa sève qui donne le vin de palme, connu sous l’appellation  »Bangui ». Outre cette boisson, les feuilles sont utilisées dans la vannerie.

Le Kaïcedrat : le spécimen splendide qui se trouve à l’entrée du jardin de la maison des « expats » à Yako est énorme : sûrement plus de deux mètres de diamètre au tronc et une hauteur de quarante mètres au moins. On m’a dit qu’il a au moins cent-quarante ans. Les racines sont apparentes en boursoufflent et soulevant le sol à plus de dix mètres de rayon de son tronc. Les fruits ressemblent à des grosses noix, félées par deux fentes perpendiculaires. Ils sont gris et à coque dure. On ne les consomme pas. Celui de la maison MSF dont je parle date de la période coloniale car c’est un arbre que les colons appréciaient de par sa robustesse, mais aussi par l’ombre fraiche qu’il engendre été comme « hiver ». C’est un arbre à feuilles persistantes. Sur ces racines, des cicatrices ressemblent à des gros agarics champêtres, avec une sorte de pied et un chapeau. Les pouvoirs coloniaux les ont planté volontiers car ces arbres étant énormes, robustes, et se voyant de loin, ils permettaient de deviner la direction de la piste et ses éventuels virages.

Les arbres fruitiers de diverses espèces font la renommée du Burkina Faso grâce aux exportations. Le manguier figure en tête de liste, suivi par les orangiers, les anacardiers (noix de cajou). 

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Thomas Sankara, l’homme intègre, le  » Che  » africain
17 mai, 2010, 8:43
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Thomas Sankara était un « Peul-Mossi » issu d’une famille catholique. Son père était un ancien combattant et prisonnier de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Il a fait ses études secondaires d’abord au Lycée Ouézin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays, puis à partir de la seconde et jusqu’au bac à Ouagadougou, au PKM, le Prytanée militaire du Kadiogo. Il a suivi une formation d’officier à l’Académie militaire d’Antsirabé, à Madagascar, et devint en 1976 commandant du CNEC, le Centre national d’entraînement commando, situé à Pô, dans la province du Nahouri, à 150 km au sud de la capitale. La même année, il se lie d’amitié avec Blaise Compaoré lors d’un stage d’aguerrissement au Maroc. Ensemble, ils fondent le Regroupement des officiers communistes (ROC) dont les autres membres les plus connus sont Henri Zongo, Boukary Kabore et Jean-Baptiste Lingani. En septembre 1981, il devient secrétaire d’État à l’information dans le gouvernement du colonel Saye Zerb. Il démissionne le 21 avril 1982, déclarant « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! » Le 7 novembre 1982, un nouveau coup d’État portait au pouvoir le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo dont Sankara devint le Premier ministre en janvier 1983, mais il fut limogé et mis aux arrêts le 17 mai, après une visite de Guy Penne, conseiller de François Mitterrand. Le lien entre la visite de Guy Penne et l’arrestation de Sankara reste sujet à controverse, même si les soupçons d’une intervention française restent forts. Un nouveau coup d’État, le 4 août 1983 plaça Thomas Sankara à la présidence. Il définit son programme comme anti-impérialiste, en particulier dans son « Discours d’orientation politique », écrit par Valère Somé. Son gouvernement retira aux chefs traditionnels les pouvoirs féodaux qu’ils continuaient d’exercer. Il créa les CDR (Comités de défense de la révolution), qui hélas eurent toutefois tendance à se comporter en milice révolutionnaire faisant parfois régner une terreur peu conforme aux objectifs de lutte contre la corruption.  Pour définir l’essentiel de ses idées et de ses actions politiques :

Thomas Sankara était en premier lieu un des chefs du Mouvement des non-alignés, les pays qui durant la Guerre froide ont refusé de prendre parti pour l’un ou l’autre des deux blocs. Il a beaucoup côtoyé des militants d’extrême gauche dans les années 1970 et s’est lié d’amitié avec certains d’entre eux. Il a mis en place un groupe d’officiers clandestin d’influence marxiste : le Regroupement des officiers communistes (ROC). Dans ses discours, il dénonce le colonialisme et le néo-colonialisme, notamment de la France, en Afrique (essentiellement les régimes clients de Côte d’Ivoire et du Mali, lequel Mali lance plusieurs fois, soutenu par la France, des actions militaires contre le Burkina Faso). Devant l’ONU, il défend le droit des peuples à pouvoir manger à leur faim, boire à leur soif, être éduqués. Pour redonner le pouvoir au peuple, dans une logique de démocratie participative, il créa les CDR (Comités de défense de la révolution) auxquels tout le monde pouvait participer, et qui assuraient la gestion des questions locales et organisaient les grandes actions. Les CDR étaient coordonnés dans le CNR (Conseil national de la révolution). Les résultats de cette politique sont sans appel : réduction de la malnutrition, de la soif (construction massive par les CDR de puits et retenues d’eau), des maladies (grâce aux politiques de « vaccinations commandos », notamment des enfants, burkinabé ou non) et de l’analphabétisme (l’analphabétisme passe pour les hommes de 95% à 80%, et pour les femmes de 99% à 98%, grâce aux « opérations alpha »). Thomas Sankara est aussi connu pour avoir rompu avec la société traditionnelle inégalitaire burkinabé, par l’affaiblissement brutal du pouvoir des chefs de tribus, et par la réintégration des femmes dans la société à l’égal des hommes. Son programme révolutionnaire se heurta à une forte opposition du pouvoir traditionnel qu’il marginalisait ainsi que d’une classe moyenne peu nombreuse mais relativement puissante Il a aussi institué la coutume de planter un arbre à chaque grande occasion pour lutter contre la désertification.  Il est le seul président d’Afrique (et sans doute du monde) à avoir vendu les luxueuses voitures de fonctions de l’État pour les remplacer par de basiques Renault 5. Il faisait tous ses voyages en classe touriste et ses collaborateurs étaient tenus de faire de même. Il est célèbre aussi pour son habitude de toujours visiter Harlem (et d’y faire un discours) avant l’ONU. Il est considéré par certains comme le Che Guevara africain.  Extrait du discours de Thomas Sankara à la vingt-cinquième Conférence au sommet des pays membres de l’OUA ; Addis-Abeba, le 29 juillet 1987   »

[...] Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés, ce sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies, ce sont les colonisateurs qui endettaient l’Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins. Nous étions étrangers à cette dette, nous ne pouvons donc pas la payer. La dette, c’est encore le néo colonialisme où les colonisateurs se sont transformés en assistants techniques ; en fait, nous devrions dire qu’ils se sont transformés en assassins techniques ; et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement.  Des bailleurs de fond, un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le bâillement suffisait à créer le développement chez les autres. Ces bailleurs de fond nous ont été conseillés, recommandés ; On nous a présenté des montages financiers alléchants, des dossiers ; nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans, même plus c’est-à-dire que l’on nous a amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus. Mais la dette, c’est sa forme actuelle, contrôlée, dominée par l’impérialisme, une reconquête savamment organisée pour que l’Afrique, sa croissance, son développement obéisse à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangères, faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier c’est-à-dire l’esclave tout court de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer les fonds chez nous avec l’obligation de rembourser. On nous dit de rembourser la dette, ce n’est pas une question morale, ce n’est point une question de ce prétendu honneur de rembourser ou de ne pas rembourser ; Monsieur le président, nous avons écouté et applaudi le premier ministre de Norvège lorsqu’elle est intervenue ici même : elle a dit, elle qui est Européenne, que toute la dette ne peut pas être remboursée. La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fond ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons en sûrs également. Ceux qui nous ont conduits à l’endettement ont joué comme dans un casino ; quand ils gagnaient, il n’y avait point de débat, maintenant qu’ils ont perdu au jeu, ils nous exigent le remboursement ; et l’on parle de crise. Non ! Monsieur le Président, ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu, la vie continue ! Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer ; nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette ; nous ne pouvons pas payer la dette parce que, au contraire, les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé ; on parle du plan Marshall qui a refait l’ Europe Économique mais ne parle jamais du plan Africain qui a permis à l’Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leur économie était menacée, leur stabilité était menacée. Qui a sauvé l’Europe ? C’est l’Afrique ! On en parle très peu, on en parle si peu que nous ne pouvons pas nous être complices de ce silence ingrat. Si les autres ne peuvent pas Chanter nos louanges, nous avons au moins le devoir de dire que nos pères furent courageux et que nos anciens combattants ont sauvé l’Europe et finalement ont permis au monde de se débarrasser du Nazisme. La dette, c’est aussi la conséquence des affrontements et lorsque l’on nous parle aujourd’hui de crise économique, on oublie de nous dire que la crise n’est pas venue de façon subite, la crise existe de tout temps et elle ira en s’aggravant chaque fois que les masses populaires seront de plus en plus conscientes de leur droit face aux exploiteurs. Il y a crise aujourd’hui parce que les masses refusent que les richesses soient concentrées entre les mains de quelques individus ; il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l’étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l’ Afrique ; il y a crise parce que face à richesses individuelles que l’on peut nommer, les masses populaires refusent de vivre dans les ghettos, dans les bas quartiers ; il y a crise parce que les peuples partout refusent d’être dans Soweto face à Johannesburg. Il y a donc lutte et l’exacerbation de cette lutte amène les tenants du pouvoir financier à s’inquiéter. On nous demande aujourd’hui d’être complices de la recherche d’un équilibre, équilibre en faveur des tenants du pouvoir financier, équilibre au détriment de nos masses populaires. Non, nous ne pouvons pas être complices, non, nous ne pouvons pas accompagner ceux qui sucent le sang de nos peuples et qui vivent de la sueur de nos peuples, nous ne pouvons pas les accompagner dans leur démarche assassine. Monsieur le président, nous entendons parler de club, club de Rome, club de Paris, club de partout. Nous entendons parler du groupe des cinq, du groupe des sept, du groupe des dix peut être du groupe des cent et que sais-je encore. Il est normal que nous créions notre club et notre groupe en faisant en sorte que dès aujourd’hui Addis Abeba devienne également le siège, le centre d’où partira le souffle nouveau : le club d’Addis Abeba. Nous avons le devoir aujourd’hui de créer le front uni d’Addis Abeba contre la dette. Ce n’est que de cette façon que nous pouvons dire aux autres qu’en refusant de payer la dette nous ne venons pas dans une démarche belliqueuse, au contraire, c’est dans une démarche fraternelle pour dire ce qui est. Du reste, les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaires en Afrique mais ceux qui veulent exploiter l’Afrique, ce sont les mêmes qui exploitent l’Europe ; Nous avons un ennemi commun. Donc notre club parti d’Addis Abeba devra également dire aux uns et aux autres que la dette ne saurait être payée. Et quand nous disons que la dette ne saurait être payée ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. Parce que nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. Entre le riche et le pauvre, il n’y a pas la même morale. La bible, le coran, ne peuvent pas servir de la même manière celui qui exploite le peuple et celui qui est exploité ; il faudrait alors qu’il y ait deux éditions de la bible et deux éditions du coran. 

Nous ne pouvons pas accepter qu’on nous parle de dignité, nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle de mérite de ceux qui payent et de perte de confiance vis à vis de ceux qui ne paieraient pas. Nous devons au contraire dire que c’est normal aujourd’hui, nous devons au contraire reconnaître que les plus grands voleurs sont les plus riches. Un pauvre, quand il vole, il ne commet qu’un larcin ou une peccadille tout jute pour survivre par nécessité. Les riches ce sont eux qui volent le fisc, les douanes et qui exploitent les peuples. Monsieur le président, ma proposition ne vise pas simplement à provoquer ou à faire du spectacle, je voudrais dire ce que chacun de nous pense et souhaite. Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée ? Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion et aller tout de suite à la banque mondiale payer ! Tous nous le souhaitons ! Je ne voudrais pas que l’on prenne la proposition du Burkina Faso comme celle qui viendrait de la part de jeunes sans maturité et sans expérience. Je ne voudrais pas non plus que l’on pense qu’il n’y a que les révolutionnaires à parler de cette façon. Je voudrais que l’on admette que c’est simplement l’objectivité et l’obligation et je peux citer pour exemples ceux qui ont dit de ne pas payer la dette, des révolutionnaires comme des non révolutionnaires, des jeunes comme des vieux. Je citerai par exemple Fidel Castro, il n’a pas mon âge même s’il est révolutionnaire mais je pourrais citer également François Mitterrand qui a dit que les pays africains ne peuvent pas payer, que les pays pauvres ne peuvent pas ; Je pourrais citer Madame le premier ministre de Norvège, je ne connais pas son âge et je m’en voudrais de le lui demander. Je voudrais citer également le président Félix Houphouët-Boigny. Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence. «  Jeanne Aicha Ba a signé le 13 juillet 2009 un article bien documenté et une analyse fort didactique intitulé  » Thomas Sankara, leader charismatique – ou le Che Guevara africain » ;  il semble opportun de le publier ad integrum dans ce blog 

 » Né le 21 décembre 1949 à Yako en Haute Volta, actuel Burkina Faso, Thomas Sankara a fréquenté l’école primaire à Gaoua, a commencé ses études secondaires au Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo et est entré par la suite au Prytanée militaire du Kadiogo où il a obtenu son baccalauréat. Il a ensuite entrepris une carrière militaire, notamment au Madagascar où il est revenu de l’Académie Militaire d’Antisirabe (Madagascar) avec le grade de sous-lieutenant. Il a également fait un stage à l’école de parachutisme de Pau en France puis au centre de parachutiste de Rabat au Maroc. Au niveau de sa carrière politique, il a été nommé secrétaire d’état à l’information en 1981 sous le régime de Seye Zerbo, par la suite, il devient premier ministre sous la présidence de Jean-Baptiste Ouédraogo en 1983. Il a été en prison la même année à la suite de la visite de Jean-Christophe Mitterrand, le fils de François Mitterrand, qui était à l’époque le conseiller de son père en matière d’affaires Africaines. À la suite d’un coup d’état avec l’actuel président, Blaise Compaoré, il devient président le 4 août 1983 à l’âge de 33 ans. Lors de son premier anniversaire au pouvoir, il changea le nom du pays, de Haute Volta en Burkina Faso, il a également changé le drapeau et a écrit un nouvel hymne national. Thomas Sankara est sans aucun doute le personnage de l’histoire Burkinabé le plus connu et le plus populaire dans le monde. Au delà de son rôle, de ses actions et de son leadership, il est devenu une figure populaire et symbolique de l’histoire au Burkina Faso et est, autant considéré comme tel en Afrique et dans le monde. Il était un leader charismatique. Le fait qu’il était un guitariste et qu’il aimait les motocyclettes, des choses pourtant très simples, ont également contribué à son charisme. Grâce à sa politique, Thomas Sankara constituait un espoir pour le peuple Burkinabé et l’Afrique. La participation de plusieurs femmes à des postes ministériels, environ le quart, ainsi que, sa politique axée sur l’éducation, la santé, l’élimination de la corruption et de la famine, et enfin, le reboisement ont fait de lui quelqu’un d’intègre, un homme juste et droit. L’amélioration du statut des femmes était l’une des priorités de Sankara, ce qui était sans précédent en Afrique occidentale, à l’époque. La circoncision des filles a été interdite par son gouvernement, il condamnait également la polygamie, et faisait la promotion de la contraception. Son gouvernement a été le premier gouvernement africain à reconnaître le SIDA comme un fléau et constituant une menace importante pour l’Afrique. Thomas Sankara était un homme du peuple, accessible et simple, il se mêlait à la population sans aucun problème, il a même déjà été arbitre lors d’un match où son gouvernement jouait.  De par ses activités, ses actions, ses discours et sa politique, Sankara était quelqu’un de troublant et de gênant. Il était dérangeant pour plusieurs personnes et pays, puisqu’il rejetait ce que la majorité des autres présidents faisait, approuvait ou prônait, comme la corruption ou la non reconnaissance des droits des femmes. En outre, contrairement à plusieurs chefs d’états, Sankara, ne croyait pas au fait que les pays industrialisés vont l’aider à développer son pays. Au contraire, pour lui, le développement du Burkina Faso se fera par la participation et le travail du peuple Burkinabè. Il prônait l’idée que le Burkina ne devait compter que sur lui-même et sa population. Il appartenait, sans aucun doute, au groupe de chefs africains qui ont voulu donner au continent africain en général et à leur pays en particulier une nouvelle dimension socio-économique. On le surnommait « Tom Sank », et il a souvent été comparé à Che Guevara, pour bien des africains, et sur plusieurs autres continents, il était considéré comme un Che Guevara africain. Thomas Sankara était un nouveau style de chef d’état. Il fascinait les gens et personne ne restait indifférent face à lui. C’est pourquoi il fut si aimé et si haï en même temps. Plusieurs années après sa disparition, le monde garde de lui l’image d’un leader intègre et modeste, qui a changé les mentalités de la majorité ses concitoyens et donné une certaine dignité à son pays. Une image et un idéal qui résistent encore au temps. On peut, donc dire que sa mort a été vraiment un échec pour ceux qui voulaient l’éteindre et éliminer son nom. Puisqu’elle a permis de donner un signal à la jeunesse africaine, qui se reconnaît en ce héros et leader et dont son courage, ses politiques, ses discours et ses actions guident plusieurs jeunes africains, qui sont l’espoir Africain de demain, et qui continuent de le percevoir comme quelqu’un qui pouvait freiner l’injustice et la misère en Afrique. Son entourage le décrit comme quelqu’un de taquin, d’amical, de chaleureux et d’humoristique. Dès fois lyrique et poétique, mais toujours égal à lui-même : un nationaliste jusque dans l’âme, un idéaliste, un organisateur, un rigoureux, un méticuleux, un audacieux, un provocateur, un homme imprévisible et attachant qui aimait les belles choses et la simplicité. Cependant, une des limites de ses actions était de vouloir prendre les biens des riches pour les distribuer aux pauvres. Il n’a pas, non plus, remarqué le scepticisme croissant de son peuple à l’égard de ses politiques. À cet effet, le fait d’obliger un ministre à payer sa facture d’électricité a été dénoncé par plusieurs personnes. Même si la majorité du peuple burkinabé était d’accord avec ses politiques, ils ne trouvaient pas cette attitude correcte et digne d’un chef d’état. Sa totale confiance envers son entourage, sa rapidité dans ses actions, ses discours et ses politiques ont en bout de ligne mené à sa perte. {…].  La popularité de Thomas Sankara se situait principalement dans ses nombreuses qualités charismatiques, son énergie communicative, son exigence envers lui-même et les autres, son intelligence, sa créativité, sa sincérité, sa loyauté, sa conception de la justice, l’ampleur du travail qu’il était capable d’accomplir, et sa simplicité. Son leadership, quant à lui, résidait au niveau de sa capacité à faire adhérer les gens à ses actions, en restant toujours très proche des populations, tant sur le plan physique qu’au niveau du langage qu’il utilisait, sa capacité à entraîner son entourage et son peuple, mais aussi son intégrité, ses convictions et sa modestie. D’après Bruno Jaffré (1997), les seuls véritables reproches qu’on pourrait lui faire, c’est d’avoir accédé au pouvoir trop jeune, d’avoir voulu aller très vite dans une situation pourtant extrêmement difficile en regard des objectifs que la révolution s’était fixés, et des moyens disponibles pour les atteindre. Ce qu’on peut lui reprocher c’est finalement d’avoir été trop humain, trop sensible. C’est son humanité qui l’avait amené à pousser son entourage à s’atteler à une tâche que beaucoup pensaient inhumaine car trop ambitieuse. Thomas Sankara a été assassiné à la suite d’un coup d’état organisé par son ancien compagnon et l’actuel président, Blaise Compaoré, le 15 Octobre 1987. Toute la population Burkinabé défilait dans les rues pour le pleurer et les jours suivants, des milliers de personnes se sont rendus sur sa tombe en condamnant ainsi l’assassinat.  »

Jeanne Aicha Ba

 Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara fut assassiné lors d’un coup d’État organisé par celui qui était considéré comme son frère, Blaise Compaoré. Plusieurs jours plus tard, il fut déclaré « décédé de mort naturelle » par un médecin militaire. L’absence de tout procès ou de toute enquête de la part du gouvernement burkinabé a été condamnée en 2006 par le Comité des droits de l’homme des Nations unies. Par ailleurs, le gouvernement français de l’époque (cohabitation entre Jacques Chirac qui gouverne et François Mitterrand qui préside) est soupçonné d’avoir joué un rôle dans cet assassinat, ainsi que plusieurs autres gouvernements africains gouvernés par des amis de la France. Kadhafi pourrait être impliqué et avoir utilisé ce meurtre pour redevenir un ami de la France. C’est notamment la famille Sankara, réfugiée en France, qui soutient ces hypothèses. Cette hypothèse est aussi soutenue par la plupart des historiens africains. Si la décision de condamner l’absence d’enquête constitue une première mondiale dans la lutte contre l’impunité, elle est insuffisante, puisqu’elle n’a conduit à aucune condamnation. Thomas Sankara a été proclamé modèle par la jeunesse africaine au forum social africain de Bamako 2006 et au forum social mondial de Nairobi en 2007. L’ancien président Thomas Sankara est enterré à Ouagadougou ; le cimetière est devenu aujourd’hui un lieu de manifestations pour ceux qui partagent encore ses idéaux. Depuis le 28 décembre 2005, une avenue de Ouagadougou porte son nom, dans le cadre plus général d’un processus de réhabilitation décrété en 2000 mais bloqué depuis lors. Diverses initiatives visent à rassembler les sankaristes et leurs sympathisants, notamment par le biais d’un comité national d’organisation du vingtième anniversaire de son décès, de célébrer sa mémoire, notamment par des manifestations culturelles, tant au Burkina Faso qu’en divers pays d’implantation de l’immigration burkinabé. En 2007, pour la première fois depuis 19 ans, la veuve de Thomas Sankara, Mariam Serme Sankara a pu aller se recueillir sur sa tombe présumée lors des 20es commémorations à Ouagadougou.  En conclusion,

Thomas Sankara, l’homme intègre Rarement président africain aura autant incarné la dignité et la volonté d’exister d’un continent meurtri. Assassiné le 15 octobre 1987, le président du Burkina Faso, Thomas Sankara, est devenu un symbole et une référence politique majeure pour toute l’Afrique. Les points cardinaux de son action, durant ses quatre ans au pouvoir, étaient : lutte contre la corruption, développement autocentré, condamnation du néocolonialisme, éducation et santé pour tous, émancipation des femmes. Dans tous ces domaines, il a adopté des mesures concrètes comme la réduction du train de vie de l’Etat (à commencer par le sien propre), interdiction de certaines importations de produits alimentaires et réforme agraire, campagnes de scolarisation et de vaccinations (pour lesquelles il a reçu les félicitations de l’Organisation mondiale de la santé), dénonciation des ingérences françaises, interdiction de la polygamie et lutte contre l’excision, etc. Les commémorations du vingtième anniversaire du coup d’Etat au cours duquel Sankara a trouvé la mort se sont accompagnées de conférences, de débats et de concerts au Burkina Faso mais aussi en Europe et dans le reste du monde. Ces manifestations se sont déroulées malgré les menaces de mort lancées contre certains de leurs animateurs. En mai 2006, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a fait droit à une demande de la Campagne internationale justice pour Sankara (CIJS), effectuée au nom de la veuve de Thomas Sankara, Mariam. Il a demandé au gouvernement actuel du Burkina Faso, issu du putsch de 1987, de diligenter une enquête indépendante sur les circonstances de la mort de Sankara et de rectifier son certificat de décès (il porte toujours la mention  » mort naturelle « ). La procédure se poursuit et une pétition de soutien à la CIJS est lancée. La décision du Comité représente une première dans la lutte contre l’impunité concernant les auteurs de coups d’Etat. 

Cet article a été construit à partir de plusieurs références écrites et de plusieurs sites internet, dont le Forum Des Peuples En Lutte, dit encore Forum d’informations sur les peuples sans état, pour le respect des Droits de l’Homme et de la Démocratie.

Bibliographie : Jaffré Bruno : «  Biographie de Thomas Sankara : La patrie ou la mort, nous vaincrons  », Paris/Montréal, l’Harmattan, 1997. 



De l’histoire à la politique aujourd’hui
17 mai, 2010, 8:28
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Un rapide tour de l’histoire du Burkina, déjà longuement abordée dans ce blog, est nécessaire pour comprendre les grandes directions prises par le Faso en matière de politique.

Brefs retours sur l’histoire

Dès le premier millénaire avant notre ère, les premiers agriculteurs ont imprimé leur marque dans les paysages en défrichant la forêt. Ils précédaient les ancêtres des Mossi actuels, qui peuplent tout le centre du pays. On situe l’arrivée des Mossi entre le XIe et le XIVe siècle. Issus d’un brassage entre les conquérants et les populations autochtones, mais formant un même ensemble culturel, les quatre royaumes mossi qui furent progressivement constitués ne parvinrent jamais à l’unité politique. Au nord, le royaume du Yatenga fut en contact direct avec les empires soudanais contre lesquels il mena des expéditions (p. ex., la prise de Tombouctou en 1329). Il dut également se défendre des tentatives d’islamisation de l’empire Songhaï. 
Les autres populations du Burkina eurent leur propre histoire, faite du brassage avec d’autres peuples (Gourmantchés, Bwas, Sénoufo, Gans). Dans le Nord, les Touaregs, les Peuls, les Songhaï et les Djerma se sont établis plus récemment. Le XVe siècle marqua l’arrivée, par l’ouest, de populations de langue mandingue, en particulier des marchands Dioula qui seront à l’origine de Bobo-Dioulasso.

La pénétration française : au début du XIXe siècle, des Bambaras de Ségou et des Peuls du Macina s’installèrent dans la région et islamisèrent l’Est voltaïque. En 1895, le Mandingue Samory Touré (vers 1830-1900), un homme de guerre redoutable, tenta de se constituer un état dans la savane. Devançant les Britanniques et les Allemands, les Français Voulet et Chanoine s’emparèrent de Ouadagoudou en 1897et signèrent un traité de protectorat avec le naaba (roi). Par la suite, les Français ne s’occuperont que fort peu du développement du pays, qui servira surtout de « réservoir de main-d’œuvre » pour les plantations. 

C’est à cette époque qu’apparurent les premières écoles (entre 1898 et 1903), notamment à Ouagadougou, Gaoua et Tenkodogo. L’implantation de ces « embryons d’écoles » avait été créée à l’intention des militaires qui en assuraient la direction avec l’aide d’interprètes. On enseignait uniquement la langue française. Par la suite, d’autres écoles furent fondées par les missionnaires. 

De 1904 à 1919, ces nouveaux territoires de l’Empire colonial français furent rattachés à la colonie du Haut-Sénégal et Niger, intégrée à l’Afrique occidentale française et englobant l’actuel Soudan et l’actuel Burkina. En 1916, d’importants mouvements de résistance à la conscription se développèrent. Les Mossi constituèrent l’essentiel des bataillons de « tirailleurs sénégalais » qui combattirent aux côtés des troupes alliées durant la Première Guerre mondiale ; ils furent appelés ainsi parce qu’ils embarquaient pour le continent européen à Dakar.
En 1919, fut créée la colonie de Haute-Volta, avec Ouagadougou pour chef-lieu. En 1932, un an après qu’une grande famine eût ravagé le pays, la Haute-Volta fut démembrée sous la pression des colons européens de la Côte d’Ivoire, du Soudan français (l’actuel Mali) et du Niger.  Le centre et le sud de la Haute-Volta furent annexés à la colonie de la Côte d’Ivoire, le nord intégré au Soudan français et l’est au Niger. Le travail forcé et les impôts, sans oublier la répression à cause des soulèvements, avaient déjà profondément marqué les consciences ; beaucoup de citoyens quittèrent le pays pour le Ghana. Pour des raisons d’économies budgétaires, la colonie fut dissoute en 1932. La Haute-Volta, dont beaucoup d’habitants avaient combattu pour la France libre sur les champs de bataille européens de la Seconde Guerre mondiale, retrouva son unité en 1947 lorsque l’administration coloniale reconstitua le pays « dans ses limites de 1932″.

De l’indépendance de la Haute-Volta à la révolution :

La Haute-Volta devint une république autonome en 1958 au sein de la Communauté franco-africaine, sous la direction de Maurice Yaméogo (1921-1993), chef de l’Union démocratique voltaïque (UDV). Il fut donc de 1959 à 1966, le premier président de la République de Haute-Volta, actuel Burkina Faso.

Maurice Yaméogo : « Monsieur Maurice » a incarné l’État voltaïque au moment de l’indépendance. Mais du petit séminaire de Pabré en 1939 à son accession à la présidence en 1959, son ascension politique ne s’est pas faite sans difficulté. Ses débuts prometteurs en tant que grand conseiller de l’Afrique occidentale française (AOF) de 1948 à 1952 ont été suivis par une traversée du désert. Et ce n’est que grâce à une succession de volte faces que le conseiller général de Koudougou parvient à se hisser au cours de l’année 1958, no 2 du gouvernement de Ouezzin Coulibaly, puis président du Conseil après sa mort de ce dernier. 

Malgré une assise politique mal assurée, Yaméogo réussit par des concours de circonstance à renforcer sa position et même à imposer ses choix. Ainsi, après la proclamation de la République le 11 décembre 1958, il opère en 1959 un surprenant retournement de position sur la fédération du Mali. Puis, par le biais de manœuvres discutables, élimine toute opposition parlementaire. L’Union Démocratique voltaïque-Rassemblement Démocratique Africain (UDV-RDA) épurée de ses adversaires, s’impose en parti unique. La Haute-Volta se trouve avant même l’indépendance, le 5 août 1960, sous le joug de sa dictature. 

Son régime est corrompu, rythmé par ses sautes d’humeur, et marqué par une instabilité ministérielle chronique. Il en est de même pour sa politique étrangère, tumultueuse, notamment avec la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny. Finalement, le 3 janvier 1966, suite à sa décision d’imposer de rigoureuses mesures d’austérité financière, un soulèvement populaire l’amène à démissionner ; ayant instauré un régime de parti unique, sa gestion du pays avait été très controversé. Celui-ci est le résultat direct d’une coalition des syndicats avec la chefferie traditionnelle et le clergé. S’ensuit pour Maurice Yaméogo, une atimie liée à sa gestion douteuse des finances. 

En 1959, le pays adhéra au Conseil de l’entente, une organisation qui regroupait les pays francophones de la région : Côte d’Ivoire, Niger, Dahomey (l’actuel Bénin) et Togo. Il accéda à l’indépendance le 5 août 1960 sous le nom de Haute-Volta. Le président Yaméogo fut chassé du pouvoir lors d’un soulèvement populaire en 1966 (En 1993, il décède après avoir été réhabilité par le président de la République Blaise Compaoré). 

L’histoire politique de ce pays sera marquée ensuite par de nombreux coups d’État.

Aboubacar Sangoulé Lamizana, chef d’état-major général de l’armée de Haute-Volta, est né le 31 janvier 1916 à Zignara dans la province du Sourou.    

Né en 1916 à Zignara, Aboubacar Sangoulé Lamizana fait ses études primaires en Haute-Volta et à l’école primaire supérieure Blanchot au Sénégal. Elève à l’école des officiers africains à Saint-Louis (Sénégal), il est incorporé le 18 janvier 1936 dans l’armée française comme « tirailleur sénégalais ». Il gravit les différents grades de l’armée française avec qui il a combattu en Indochine et en Algérie. Après l’indépendance de la Haute-Volta le 5 août 1960, il est chargé de créer l’armée nationale, avec le concours d’autres officiers tel le colonel Yorian Gabriel. Le 1er novembre 1961, il est nommé chef d’état-major général des forces armées. 

Après le soulèvement populaire du 3 janvier 1966 qui a amené à la démission du premier président Maurice Yaméogo, il devient président de la république au nom de l’armée. 

Le 14 juin 1970, il fait adopter une nouvelle constitution qui précise que « les charges et prérogatives de la République seront assumées par la personnalité militaire la plus ancienne dans le grade le plus élevé », c’est-à-dire lui-même. Des élections législatives sont organisées en décembre 1970. 

Le 19 février 1971, il nomme comme premier ministre Gérard Kango Ouédraogo. 

Des querelles entre le premier ministre et le président de l’assemblée nationale Joseph Ouédraogo entraînent une paralysie de l’État. Le 8 février 1974, Aboubacar Sangoulé Lamizana suspend la constitution. Un gouvernement de Renouveau national est nommé, composée en majorité de militaires, dont Saye Zerbo, nommé ministre des Affaires étrangères. 

Aboubacar Sangoulé Lamizana élabora à son tour un nouveau plan de remise en ordre de l’économie en instaurant, lui aussi, une politique économique draconienne. Les militaires reprirent le pouvoir en 1974, mais les contestations populaires entraînèrent la chute du gouvernement militaire en 1977. La nouvelle Constitution restaura le multipartisme limité à trois partis. Le gouvernement jeta les bases d’une première réforme de l’enseignement dont l’idéologie apparaissait dans un document intitulé « Réforme de l’éducation, dossier initial ». Cette réforme proposait un enseignement préscolaire pour assurer « l’éveil des enfants », un cycle d’enseignement de base d’une durée de huit ans et un cycle de spécialisation et de recherche (Basée sur l’emploi des langues nationales comme support d’enseignement, la réforme se révéla un échec : elle sera même abrogée par le Conseil national de la révolution, en septembre 1984, pour « non-conformité avec les réalités et les aspirations des populations qui dénonçaient la ruralisation de l’école ».) 

En 1978, le général Sangoulé Lamizana reprit ses fonctions comme président de la République. 

En mai 1978, une élection présidentielle est organisée. Mis en ballottage au premier tour, il est élu au second tour avec 56,27 % des voix face à Macaire Ouédraogo. 

En 1980, des grèves, déclenchées par le syndicat des enseignants se généralisent. Pendant deux mois, plusieurs secteurs du pays sont paralysés. Le 25 novembre, un coup d’État militaire est perpétré par le Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN). Aboubacar Sangoulé Lamizana est renversé et le colonel Saye Zerbo, ancien ministre des affaires étrangères deviendra le chef de l’État. 

Le 3 janvier 1984, Aboubacar Sangoulé Lamizana est jugé par un Tribunal populaire de la révolution. On lui reproche sa gestion de 400 millions de francs CFA de fonds spéciaux. Il est acquitté. Aboubacar Sangoulé Lamizana  meurt le 26 mai 2005.

Le colonel Saye Zerbo est donc porté au pouvoir Le 25 novembre 1980. Il suspendit les institutions et instaura un « Comité militaire de redressement pour le progrès national ». En 1982, de jeunes officiers le renversèrent, mettant en place un nouveau gouvernement militaire dirigé par le capitaine Thomas Sankara, tandis que le médecin-commandant Jean-Baptiste Ouedraogo s’emparait de la présidence du pays. Bref, la vie au Burkina fut bien difficile et mouvementée !

De la révolution à la démocratisation

L’arrestation en août 1983 de Thomas Sankara, alors premier ministre, déclencha l’intervention de l’armée et ouvrit une période d’exaltation révolutionnaire qui allait voir la libération du sauveur, et marquer profondément le pays. 

Thomas Isidore Noël Sankara est un personnage emblématique dont nous parlerons peu sur cette page car il mérite une page particulière de ce blog. C’est un révolutionnaire et un homme politique nationaliste, panafricaniste et tiers-mondiste burkinabé. Il est né le 21 décembre 1949 à Yako en Haute Volta et mort assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou au Burkina Faso. Il fut comparé à Che Guevara  et désigné sous le patronyme de « Che Guevara Africain ». 

Il incarna et dirigea la révolution burkinabé du 4 août 1983 jusqu’à son assassinat lors d’un coup d’État qui amena au pouvoir Blaise Compaoré, le 15 octobre 1987. Il a notamment fait changer le nom de la Haute-Volta, issu de la colonisation, en un nom issu de la tradition africaine le Burkina Faso, le pays des hommes intègres et a conduit une politique d’affranchissement du peuple burkinabé jusqu’à son assassinat. Son gouvernement entreprit des réformes majeures pour combattre la corruption et améliorer l’éducation, l’agriculture et le statut des femmes. Son programme révolutionnaire se heurta à une forte opposition du pouvoir traditionnel qu’il marginalisait ainsi que d’une classe moyenne peu nombreuse mais relativement puissante. 

L’héritage politique et « identitaire » de Thomas Sankara – tout comme ceux de Patrice Lumumba, Amílcar Cabral, Kwame Nkrumah, Ben Mhidi en Algérie – est considérable en Afrique et en particulier dans la jeunesse africaine dont une bonne partie le voit comme un modèle.

Blaise Compaoré fut donc le nouveau président qui succéda à Thomas Sankara. 

Il lança une « campagne de rectification », qui visait, entre autres, à « réajuster » la politique économique du pays et à rétablir la coopération avec la France. 

Blaise Compaoré, né le 3 février 1951 à Ziniaré, village au Nord de Ouagadougou, est donc le président de la République du Burkina Faso depuis 1987. Il est le fondateur de l’actuel parti au pouvoir, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès. Il a été impliqué dans le meurtre de Thomas Sankara son prédécesseur dans le coup d’État de 1987. Il a été élu président en 1991, dans une élection qui a été boycottée par l’opposition ; il a été réélu en 1998 et en 2005.

Participation au coup d’État de 1987 : 

Il a pris le pouvoir le « Jeudi noir » 15 octobre 1987, lors d’un coup d’État sanglant au cours duquel Thomas Sankara, son prédécesseur à la tête de l’État, a été tué.  Compaoré a décrit le meurtre de Sankara comme un « accident » ; cependant, cette affirmation est largement contestée. Au moment de prendre la présidence, il a déclaré que Sankara avait  » trahi l’esprit de la révolution « . Il engage alors une politique de  » rectification de la Révolution « , en réalité un retour à la normale des relations avec la Côte d’Ivoire et implicitement de la France, qui s’étaient précédemment envenimées. En septembre 2008, le sénateur et ex seigneur de guerre libérien, Prince Johnson affirmera que ses hommes avaient participé à l’assassinat de Thomas Sankara et cela sous l’instigation de Blaise Compaoré. Juste après son accession au pouvoir, il a éliminé deux chefs révolutionnaires Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani, accusés de comploter à l’encontre du régime. La responsabilité de Blaise Compaoré dans l’assassinat de Sankara a fait l’objet d’une plainte contre le Burkina Faso déposée par Mariam Sankara, la veuve de Thomas Sankara. En avril 2006, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a condamné le Burkina Faso pour refus d’enquêter sur les circonstances de la mort de Thomas Sankara (et d’en poursuivre les responsables).

Élection de 1991 et de 1998 : 

Compaoré a été élu président en 1991. Les principaux partis de l’opposition avaient boycotté cette élection pour protester contre sa prise de pouvoir illégale. Lors de cette élection, le taux de participation a été de 25%, traduisant la très forte instabilité politique et la protestation dans la population. En 1998, il a été réélu une première fois. Quelques jours après sa réélection, le célèbre journaliste Norbert Zongo est assassiné par des éléments de sa garde rapprochée sous l’instigation de son frère François Compaoré.

Élection de 2005 : 

En août 2005, il a annoncé son intention de participer à la prochaine élection présidentielle. Les hommes politiques de l’opposition ont déclaré son souhait de se représenter en 2005 comme anticonstitutionnel à cause d’un amendement à la constitution passé en 2000, limitant un président à deux mandats et réduisant la longueur d’un mandat de sept à cinq années, empêchant ainsi Compaoré de briguer un troisième mandat. Les partisans de Compaoré ont contesté ceci, arguant que l’amendement ne pouvait pas être appliqué rétroactivement. Malgré les objections de l’opposition, en octobre 2005, le conseil constitutionnel a jugé que Compaoré étant un président en exercice en 2000, l’amendement ne pouvait pas prendre effet avant la fin de son second mandat, l’autorisant ainsi à présenter sa candidature à l’élection de 2005. Le 13 novembre 2005, Compaoré a été réélu comme président face à 12 autres candidats en étant crédité de 80,35% des votes. Bien que 16 partis de l’opposition aient annoncé une coalition pour empêcher Compaoré de garder le pouvoir, personne n’a finalement voulu abandonner son poste à un autre leader de la coalition et l’alliance a échoué. Compaoré a prêté serment pour un nouveau mandat présidentiel le 20 décembre 2005. 

Aux termes de la Constitution du Burkina Faso, Blaise Compaoré peut encore se présenter comme candidat à l’élection présidentielle du 21 novembre 2010 pour un dernier mandat de cinq ans.

Rôles internationaux et régionaux 

En 1993, le président Compaoré était à la tête de la délégation du Burkina-Faso qui a participé à la première Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique. 

A l’issue de la 6e conférence des chefs d’États de l’Autorité de Liptako-Gourma réunie à Gao (Mali) les 25 et 26 avril 2005, il a été reconduit comme président de cette organisation internationale. 

Lors du sommet des chefs d’États à Ouagadougou les 1er et 2 juin 2005, il a succédé au président malien Amadou Toumani Touré comme président en exercice de la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-Sad). 

Compaoré a joué un rôle de médiateur dans des problèmes régionaux. Le 26 juillet 2006, il a été désigné comme le médiateur du Dialogue inter togolais, qui s’est tenu à Ouagadougou en août 2006 et qui a abouti sur un accord entre le gouvernement et les partis de l’opposition. Il est aussi intervenu comme médiateur dans la crise ivoirienne qui a opposé le président ivoirien Laurent Gbagbo et le leader des Forces nouvelles Guillaume Soro. Un accord de paix signé par les deux partis a été signé à Ouagadougou, le 4 mars 2007. 

En tant qu’intervenant dans des médiations, la crédibilité de Blaise Compaoré est notamment contestée par Louise Arbour, présidente de l’ONG International Crisis Group (ICG) , qui a déclaré à The International Herald Tribune  » M. Compaoré, qui a été militaire, meneur d’un coup d’Etat et parrain politique de Charles Taylor (ex-chef rebelle et ancien président du Liberia, actuellement jugé pour crimes contre l’humanité, ndlr), n’est pas l’homme le plus fiable pour prêcher la démocratie et favoriser le pouvoir civil « .

Assassinat de Norbert Zongo 

Le président Compaoré et sa garde présidentielle ont été impliqués dans la mort du journaliste Norbert Zongo en décembre 1998 et continuent d’intimider les médias au Burkina Faso, d’après l’organisation internationale Reporters sans frontière. Les allégations de meurtre de Norbert Zongo ont été la cause d’une des seules fois où le pouvoir de Compaoré a été vraiment contesté et inquiété. 

En 1988, il institua le ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBAM), dont la mission était de mettre en place une éducation de base qui aurait comme objectif de « dispenser à tout Burkinabé un minimum éducatif correspondant aux besoins et aux potentialités du pays et censé former des individus susceptibles de participer, de manière consciente et efficace, à leur propre développement et à celui de la communauté ». 
La nouvelle Constitution de 1991 imposa le multipartisme et une certaine démocratisation.  Après l’échec d’un Forum de réconciliation nationale, en février 1992, la vie politique resta dominée par le parti du président Compaoré, qui fut élu en novembre 1998 avec 87,5 % des suffrages exprimés. 

En juin 1993, cinq textes de loi redéfinirent l’organisation territoriale du pays, créant des collectivités territoriales décentralisées au plan des provinces et des communes. Après sa réélection de 1998, le président Campaoré a fait modifier la Constitution en 1997 afin de profiter du droit de se représenter à la présidence autant de fois qu’il le souhaitait. Il a été accusé de s’impliquer en Sierra Leona et au Liberia pour des affaires de diamants, et de s’ingérer dans la guerre d’Angola et de Côte d’Ivoire. On dit aussi que la destruction de l’avion transportant les présidents hutus du Rwanda et du Burundi, qui déclencha le génocide de 1994, fut planifiée lors d’une réunion au Burkina Faso.

Une politique linguistique 

En principe, tous les Burkinabés jouissent de droits linguistiques égaux. Comme il est précisé à l’article 1er de la Constitution de 1997 :  

Article 1 

1) Tous les Burkinabés naissent libres et égaux en droits.
2) Tous ont une égale vocation à jouir de tous les droits et de toutes les libertés garantis par la présente Constitution.
3) Les discriminations de toutes sortes, notamment celles fondées sur la race, l’ethnie, la région, la couleur, le sexe, la langue, la religion, la caste, les opinions politiques, la fortune et la naissance, sont prohibées.

En vertu de l’article 35 de la Constitution du 27 janvier 1997, le français est la langue officielle :  

Article 35 

1) La langue officielle est le français.
2) La loi fixe les modalités de promotion d’officialisation des langues nationales.

Mais il s’agit là d’une « position attentiste » qui n’a guère évolué. Jamais le gouvernement burkinabé n’a fait adopter une quelconque loi destinée à fixer ces  » modalités de promotion d’officialisation des langues nationales « . Cette disposition constitutionnelle semble seulement un moyen subtil utilisé pour calmer les ardeurs des partisans de l’introduction des langues burkinabé dans le domaine scolaire. Ce paragraphe ne reconnaît pas dans les faits  un statut particulier aux langues nationales. Les autorités politiques ont donc laissé les langues nationales à une réalité inférieure et marginale, car le seul cadre où elles ont droit de cité est le milieu familial. 

La langue de l’État est donc officiellement le français ;  voyons ce qu’il en est dans les faits : en ce qui a trait à la législature, seul le français est admis au Parlement (lorsqu’il n’est pas aboli), et ce, tant dans les débats que dans la rédaction et la promulgation des lois. Bref, c’est la même politique depuis la colonisation française. Pour communiquer avec la population, la plupart des hommes politiques ont encore recours au français et laissent le soin aux  » interprètes  » de traduire le message dans les langues nationales. 

Dans les tribunaux, toutes les langues nationales sont permises à l’oral, surtout le mossi (Morée), le dioula, le bissa, le lobi, le peul, le lyélé et le Marka. Cependant, dans les documents écrits, seul le français est utilisé. Le juge rend officiellement ses sentences en français, mais le tribunal traduit la sentence à partir du français vers toute autre langue lorsque cela est jugé nécessaire. Il ne s’agit pas d’une politique linguistique orientée vers les langues nationales, c’est simplement une question de force majeure. 

Dans l’Administration gouvernementale, les fonctionnaires répondent généralement dans la langue locale du citoyen, mais les documents écrits ne sont disponibles qu’en français. Cette pratique est incontournable étant donné que la majorité de la population est analphabète et ignore souvent le français. Le mossi, le dioula et le peul sont beaucoup plus utilisés que les autres langues nationales. Pour contenter à la fois les partisans des langues maternelles et ceux du français, certains avaient proposé de les inclure dans l’administration et d’en tenir compte dans la rédaction des actes administratifs, mais rien n’a été fait.

Le domaine de l’éducation 

En vertu de la loi no 013/96/ADP portant loi d’orientation de l’éducation, le français et les langues nationales sont les langues d’enseignement : 

1) Les langues d’enseignement sont le français et les langues nationales.
2) D’autres langues sont utilisées comme disciplines d’enseignement. 

Dans les faits, ce n’est pas si simple que cela peut en avoir l’air. La plupart des expériences tentées pour introduire les langues dans l’enseignement ont échoué. On parle d’alphabétisation pour les langues nationales, mais de scolarisation pour le français. C’est pourquoi seul le français est enseigné, tant au primaire qu’au secondaire. Aucune langue étrangère autre que le français n’est vraiment enseigné au primaire dans les écoles publiques. Au secondaire, deux langues sont ajoutées : l’anglais et l’allemand (ou l’arabe pour les musulmans dans les écoles franco-arabes).  

Seuls 17 % des enfants réussissent à terminer leur secondaire et à peine 1 % des Burkinabés atteignent le niveau universitaire. Le Burkina connaît un taux d’analphabétisme tellement élevé (80 %) qu’il constitue un véritable goulot d’étranglement au point de vue du développement économique. Parmi les pays d’Afrique subsaharienne, le Burkina reste l’un des pays ayant les taux les plus faibles de scolarisation et les plus forts d’analphabétisme. De plus, on note aussi de très grandes disparités géographiques ; par exemple, le taux d’alphabétisation est de 11,2 % dans la province de la Gnagna mais 53,2% dans celle du Kadiogole ; le taux brut de la scolarisation en 1999-2000 varie de 19,5 % au Sahel à 77,1% au Centre. Par ailleurs, les filles sont nettement sous-représentées avec seulement 40,8 % des élèves des secteurs public et privé en 1999-2000.  

Précisons enfin que les manuels d’enseignement sont conçus et réalisés sur le modèle d’enseignement en France, avec parfois quelques touches d’ » africanismes  » pour mériter l’appellation de  » manuels adaptés « . Le ministère de l’Éducation ne tient que peu compte des difficultés des petits Burkinabés qui, en arrivant à l’école, doivent apprendre à parler une langue, à l’écrire et à la lire en même temps qu’elle leur sert d’instrument pour apprendre d’autres disciplines comme le calcul, les sciences, etc.

- L’alphabétisation 

En ce qui a trait aux langues nationales, il s’agit d’alphabétisation, non de scolarisation. Selon l’Institut national de l’alphabétisation (INA), 24 % des Burkinabés étaient capables en 1994 d’écrire et de s’exprimer dans l’une des 24 langues maternelles faisant l’objet d’un enseignement, mais surtout en mossi (morée), en dioula et en fulfuldé. Le taux d’alphabétisation est passé à 26 % en 1997, et un plan décennal d’enseignement de ces langues mis sur pied devrait permettre d’augmenter le nombre d’alphabétisés en langue maternelle d’ici 2010. Pourtant, l’introduction des langues africaines dans le dispositif éducatif constitue l’un des facteurs clés de la rénovation du système éducatif. Dans le domaine de l’alphabétisation-formation, les manuels sont disponibles en 22 langues et mis à la disposition des Centres permanents d’alphabétisation et de formation (CPAF) par les « opérateurs en alphabétisation ». Rappelons que les langues dans lesquelles les Burkinabés sont alphabétisés sont les suivantes : le sissala, le kasena, le gulmacema, le dioula, le dagara, le lobiri, le san, le sonraï, le tamachek, le bwamu, le cara, le zarma, le haoussa, le cerma, le samogo, le bobo, le bissa, le nankana, le liyélé, le sikité et le winen.  

Beaucoup se demandent à quoi peut bien servir d’apprendre à lire dans sa langue, s’il est à peu près impossible par la suite de trouver des documents écrits dans cette même langue. Le plus souvent, c’est qu’aucun effort n’est fait pour que des documents adaptés soient disponibles dans les villages.

- Les écoles bilingues 

Il existe aussi des écoles bilingues (français-langues nationales). L’éducation bilingue a été mise au point par le ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBAM) en 1994 avec l’appui technique et financier de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO). L’école bilingue est une école de cinq ans de cycle scolaire, au lieu de six ans pour l’école classique, et concilie « le savoir, le savoir-faire et le savoir-être » de l’enfant. Dans une école bilingue, la langue maternelle de l’élève est utilisée dès la première année dans une proportion de 90 %, contre 10 % pour le français. Par la suite, le français est graduellement introduit au fil des années en faveur du français pour constituer 90 % des activités pédagogiques à la cinquième année, contre 10 % pour la langue nationale. De deux classes Mooré-français en 1994, l’éducation bilingue, aujourd’hui, compte 41 écoles bilingues expérimentées dans sept langues nationales et le français dans 10 des 13 régions du Burkina.  

Finalement, les lois linguistiques sont quasi inexistantes dans ce pays, à l’exception de l’arrêté no 131 du 3 octobre 1991 portant organisation de la Direction générale de l’Institut national d’alphabétisation. Le plus curieux, c’est que l’Arrêté ne mentionne aucune langue en particulier, si ce n’est de la « langue française » et des « langues nationales » en général.

- Médias et vie économique

Dans la vie économique, le français occupe une place presque exclusive, notamment à l’écrit. L’anglais suit de très loin. Cependant, les communications informelles orales se déroulent souvent en mossi ou en dioula, parfois en peul.  

Dans les médias, le décret no 95-306/PRES/PM/MCC portant cahier des missions et charges des radiodiffusions sonores et télévisuelles privées au Burkina Faso prévoit que toute station de radiodiffusion sonore ou télévisuelle devra, à travers ses programmes, contribuer à la promotion de la culture et des langues nationales : 

Article 7

Toute station de radiodiffusion sonore ou télévisuelle devra à travers ses programmes contribuer : 

- au développement économique;
- à l’épanouissement culturel et social de la population,
- à la promotion de la culture et des langues nationales. 

Les émissions radiophoniques sont produites en français et dans une dizaine de langues nationales. Les différentes stations de radios, tant publiques que privées, ont aménagé des plages horaires consacrées aux informations en langues nationales dans leur programme ; les journalistes ont droit à une quinzaine de minutes pour présenter leur  » journal parlé  » aux locuteurs de la langue locale qu’ils utilisent (dioula, Mooré, foulfouldé, etc.). Étant donné que la population ne sait pas lire, les politiciens jettent leur dévolu sur la radio qui couvre tout le territoire national, contrairement à la télévision qui n’atteint que quelques villes du pays. Par exemple, lors des campagnes électorales, les militants de différents partis livrent leurs messages en français aux auditeurs tout en laissant aux journalistes et aux  » crieurs publics  » (individus sans formation désignés pour jouer les interprètes) le soin de traduire et de commenter à la population les propos en langues nationales. Malheureusement, la plupart des informations données dans les langues nationales sont très souvent tronquées, car les journalistes ne reçoivent aucune formation particulière. Leur recrutement se fait  » sur le tas « , alors que la véritable qualification c’est de parler une langue nationale. Les journalistes qui communiquent en français sont considérés comme des professionnels, tandis que les journalistes en langues nationales sont perçus comme étant de  » seconde zone. 

La Télévision nationale du Burkina diffuse massivement en français et dans six langues nationales (mooré, dioula, fulfuldé, bissa, dagora, gulmacema) des bulletins d’information. La presse écrite, dont six quotidiens et plusieurs hebdomadaires, ne paraît qu’en français.  

En somme, on pourrait citer Louis-Jean Calvet à propos du français en Afrique dans Linguistique et colonialisme : la colonisation n’a pas introduit le français en Afrique (au sens où les peuples africains colonisés par la France parleraient français), elle a simplement mis en place une minorité francophone qui gouverne et impose sa loi à une majorité non francophone. 

Le Burkina pratique une politique de non-intervention en ce qui a trait au français et une politique très sectorielle pour les langues nationales. Il faut dire que l’État a toujours été plus préoccupé à consolider le pouvoir en place que de gérer des langues qui, dans les faits, ne causent apparemment pas de problème de société. En ce sens, le Burkina a simplement poursuivi la politique coloniale. En Afrique, ce genre de politique est de plus en plus appelé à changer pour laisser davantage de place aux langues nationales. Beaucoup de Burkinabés pensent que l’État devrait accorder plus d’importance à ces langues, mais la connaissance du français est devenue une obligation d’ordre économique. Le pays n’a pas encore réussi à harmoniser ses politiques linguistiques. 

Le fonctionnement politique actuel du Burkina Faso

Le Burkina Faso est une république présidentielle, où le président est à la fois chef de l’État et chef du gouvernement. Le pouvoir exécutif est aux mains du gouvernement tandis que le pouvoir législatif est partagé entre le gouvernement et le parlement. Le pouvoir judiciaire est indépendant des deux premiers. Officiellement multipartite, la vie politique est dominée par le Congrès pour la démocratie et le progrès.

Pouvoir exécutif 

Le président est Blaise Compaoré. Il appartient au parti CDP (Congrès pour la Démocratie et le Progrès). Il préside le pays depuis le 15 octobre 1987. 

Le premier ministre est Tertius Zongo. Il exerce la fonction depuis le 4 juin 2007 

Le président est élu pour cinq ans au suffrage populaire. Il nomme le Premier ministre avec l’accord du parlement. Une modification de la constitution entrée en force en 2000 aurait pu empêcher Blaise Compaoré de se représenter à sa propre succession en 2005, mais le Conseil constitutionnel jugea qu’il ne pouvait s’appliquer avant la fin de son second mandat, qui doit intervenir en 2010.

Pouvoir législatif 

L’Assemblée nationale compte 111 membres élus pour cinq ans à la proportionnelle. 

 

Partis politiques et élections

Élection présidentielle de 2005 

L’actualité politique au Burkina Faso est dominée par l’élection présidentielle qui a lieu le 13 novembre 2005. Le président Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, a annoncé le 8 août 2005 qu’il accepte la requête de son parti, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), qui lui demande de se porter candidat à sa propre succession. Il a été investi dans son fief de Ziniaré et devrait remporter le scrutin face à une opposition divisée et sans repère. 

C’est la première fois depuis le rétablissement du multipartisme en 1991 que l’opposition participe à un scrutin présidentiel. En 1991 et en 1998, les partis d’opposition avaient boycotté l’élection présidentielle, laissant Blaise Compaoré quasiment seul en lice. 

Contestation de la rééligibilité : la candidature du président Compaoré est fortement contestée par cette opposition qui y voit une violation de la constitution. 

Selon les arguments des opposants, la constitution – telle que révisée après le drame de Sapouy – limite le nombre de mandats présidentiels à deux ; cela découle de l’article 37 de la loi fondamentale burkinabé, d’après lequel : Le président est élu pour cinq ans. Il est rééligible une seule fois. Le président Compaoré, ayant été élu pour une première fois en 1991 et réélu en 1998, ne peut donc se présenter une troisième fois. 

Les partisans du président arguent que la loi n’est pas rétroactive et que la disposition qui impose la limitation des mandats, ayant été adoptée alors que le président était à mi-chemin de son deuxième mandat, ne peut empêcher Blaise Compaoré de se présenter à nouveau aux suffrages. 

Le débat est tel que chacun semble avoir raison ; seul le Conseil Constitutionnel, chargé de valider les candidatures, peut trancher. 

Selon les analystes, tout se présente en faveur du président, non pas que le Conseil soit à ses ordres, mais parce que le principe de la non-rétroactivité des lois favorise son interprétation.

Élections municipales du 23 avril 2006 

Les élections se sont déroulées dans les 357 communes. 70 partis politiques ont présenté des listes pour l’élection de 17 786 conseillers. 

Selon les résultats définitifs de la Commission électorale nationale indépendante, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti du président Blaise Compaoré, a largement rapporté les élections avec 72 % des sièges à pourvoir : 

- Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) : 12 854 conseillers. 

- Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) : 1637 sièges 

- Union Pour la République (UPR): 610 sièges. 

- Parti pour la Démocratie et le Socialisme (PDS) : 357 sièges. 

- Parti Africain de l’Indépendance (PAI) : 337 sièges. 

Élections législatives du 6 mai 2007 

Les élections législatives ont été organisées au Burkina Faso le 6 mai 2007 pour renouveler l’Assemblée nationale, qui compte 111 députés. L’élection a eu lieu à la représentation proportionnelle avec répartition aux plus forts restes et est organisée sur un seul tour. La campagne électorale s’est déroulée du 14 avril au 4 mai minuit. Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti du président Blaise Compaoré a emporté la majorité absolue avec 73 députés sur 111. 

Contexte : lors des précédentes élections en 2002, le parti du président Blaise Compaoré, le CDP, avait obtenu une courte majorité. L’assemblée sortante comptait 57 députés du CDP et 54 appartenant à 12 partis de l’opposition. 

Le 15 novembre 2005, Blaise Compaoré avait été réélu président pour un troisième mandat. 

Le 23 avril 2006, le CDP avait remporté largement les élections municipales. 

Pour cette élection, le CDP était donné favori. 

Candidats : la Commission électorale nationale indépendante (CENI), présidée par Moussa Michel Tapsoba, a validé 3691 candidatures présentées par 47 partis et regroupements de partis politiques 3 955 dossiers de candidatures soumis par 49 partis politiques. 

Le scrutin : il s’est déroulé dans le calme. Environ 4 000 observateurs, envoyé par l’Union africaine, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et des ONG, en ont supervisé le déroulement. 

Selon Gérard Philipson, chef de la mission des observateurs de l’Union africaine, « le vote s’est déroulé dans la discipline mais tout laisse présager d’un taux de participation assez bas ». 

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) considère que les élections se sont bien déroulées mais accuse les partis politiques de pratiquer la fraude. M. Boris Edson Yaméogo, directeur de la communication de la CENI a ainsi déclaré le 9 mai que « Tout s’est bien déroulé dans l’ensemble. Mais du côté des partis politiques, il y a des gens qui choisissent délibérément d’aller aux fraudes ». 

Les résultats : voici les résultats complets provisoires publiés le 12 mai par la Commission électorale (en attente de la confirmation par le Conseil constitutionnel). 

Inscrits : 4 466 354 

Votants : 2 520 488, soit 56,4% 

Résultats : 

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), a obtenu 73 sièges. 

L’Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain, (ADF/RDA), a obtenu 14 sièges. 

L’Union Pour la République (UPR) dispose de 5 sièges. 

L’Union Pour la Renaissance/Mouvement Sankariste (UNIRS/MS) a obtenu 4 sièges. 

La Convention de Forces Démocratiques du Burkina (CFDB) obtient 3 sièges. 

L’Union des Partis Sankaristes (UPS) dispose de 2 sièges. 

Le Parti pour la Démocratie et le Progrès/Parti Socialiste (PDS/PS) en obtient 2. 

Le Rassemblement pour le Développement du Burkina (RDB) en obtient également 2,     comme le Parti pour la Démocratie et le Socialisme (PDS). 

Les partis suivants, soit le Parti pour la Renaissance Nationale (PAREN), le Parti Africain pour l’Indépendance (PAI), le Rassemblement Populaire des Citoyens (RPC) et l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social ne disposent chacun que de un siège. 

La chambre comprend donc 111 députés. 

En conclusion

Le Burkina a connu, depuis son indépendance, au moins 10 régimes politiques différents, dont trois constitutionnels et sept militaires, ces derniers étant les résultats des coups d’État. Plus précisément, le pays a  » bénéficié  » de quinze ans de gouvernement constitutionnel et de dix-neuf ans de règne militaire. Étant donné que les régimes militaires sont généralement autocratiques et dictatoriaux, la violence et la violation massive des droits de l’homme ont profondément marqué le pays qui, aujourd’hui, demeure l’un des plus pauvres de l’Afrique. 

Le régime actuel est une république présidentielle, où le président est chef de l’État et le premier ministre chef du gouvernement. Le pouvoir exécutif est aux mains du gouvernement tandis que le pouvoir législatif est partagé entre le gouvernement et le parlement. Le pouvoir judiciaire est indépendant des deux premiers. Officiellement multipartite, la vie politique est dominée par le Congrès pour la démocratie et le progrès. 



Géographie du Burkina Faso
16 mai, 2010, 23:29
Classé dans : Non classé

Continent : Afrique Région : Afrique de l’Ouest  Coordonnées 13° 00′ N, 2° 00′ W Ses habitants sont les Burkinabè ou Burkinabés. La capitale est Ouagadougou, située au centre du pays. Le Burkina Faso est membre de l’Union africaine (UA) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (C: EDEAO). Depuis janvier 2008, le Burkina Faso fait partie pour deux ans du Conseil de sécurité des Nations unies en tant que membre non permanent.Étymologie : Ancienne colonie française, la Haute-Volta obtient l’indépendance en 1960. Le nom actuel du pays (Burkina Faso) date du 4 août 1984, sous la présidence du révolutionnaire Thomas Sankara. Il signifie la patrie des hommes intègres en langues locales Mooré pour (burkina signifiant «  intégrité, honneur  », et Faso qui est un terme emprunté à la langue songhaï) et bamanankan ou dyula (faso se traduisant par «  territoire ou terre  »). C’est une combinaison dans deux langues principales du pays (le mooré parlé par les Mossi, ethnie majoritaire du Burkina et le bamanankan ou « langue des Bambara » ou des Dioula parlée dans la sous-région ouest-africaine). On appelle les habitants les Burkinabè (invariable) ou Burkinabés, le suffixe « bè » désignant l’habitant (homme ou femme) est en fulfuldé, langue parlée par les Peuls, peuple d’éleveurs nomades également présents dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest. Le choix de ce mélange de langues (fondé sur les trois langues ayant le statut de langue nationales avec le français) dans la dénomination du pays et de ses habitants, traduit la volonté d’unification d’une société multi-ethnique (plus de 60 ethnies).  En français, on utilise Burkina ou Burkina Faso dans les usages courants, et Burkina Faso dans les usages officiels. Le terme Faso remplace le terme République. Donc, il est déconseillé d’utiliser « République du Burkina Faso ».

Devise nationale : Unité-Progrès-Justice.

Langue officielle : français

Capitale : Ouagadougou
12°20′N, 1°40′W ; p
lus grande ville : ouagadougou

Etat : république Président : Blaise Compaoré

Premier ministre : Tertius Zongo.

Territoire : Superficie au 73e rang mondial : 274 200 km²
Terres : 99,9 %
Eau : 0,1 %, négligeable

Population : classée 65ème

- Totale (2009) : 15 746 232 habitants

- Densité : 48 hab/km2

Indépendance : de la France. Date : 5 août 1960

Gentilé : Burkinabé, Burkinabé,e

IDH (2007) : 0,389 (bas) (177e)

Monnaie : Franc CFA (XOF)

Fuseau horaire : UTC+0

Hymne national : Ditanyé (l’Hymne de la Victoire)

Domaine internet : .bf

Indicatif téléphonique : +226

Côtes : 0 km

Frontières : Total 3 193 km : Bénin 306 km, Côte d’Ivoire 584 km, Ghana 549 km, Mali 1 000 km, Niger 628 km, Togo 126 km.

Le Burkina Faso est entouré par le Mali au nord et à l’ouest, par le Niger au nord-est, au Sud-Est par le Bénin et au Sud par le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Il n’a donc pas de débouché sur la mer. C’est un pays très plat, puisque le point culminant est le Tenakourou à 747 m à l’ouest.

Altitude maximale : Tenakourou (749 m)

Altitude minimale : Rivière Mouhoun (200 m)

Plus long cours d’eau : Mouhoun, 680 km (dans le pays)

Climat :

- Régions naturelles :

Ayant un climat tropical, le pays n’a que deux saisons, une saison sèche et une saison des pluies. Le pays est un dégradé de ce qu’on peut trouver en Afrique : la pointe nord est désertique, avec le Sahel et se transforme graduellement en savane lorsqu’on va vers le sud. On y trouve même des forêts (région de Bobo-Dioulasso et Banfora ainsi que vers Gaoua et les frontières ivoiro-ghanéennes).

- Bilan hydrique du Burkina Faso :

Les précipitations tombant sur le pays sont médiocres en moyenne ; elles alimentent des cours d’eau peu puissants qui coulent presque tous vers les pays voisins du sud. D’après Aquastat, la hauteur d’eau annuelle moyenne des précipitations est de 748 millimètres, soit pour une superficie de 274 000 kilomètres carrés, un volume de précipitations annuelles de 204,95 kilomètres cubes, arrondis à 205 km³ (France métropolitaine 477,99 km³).

De ce volume précipité, l’évapo-transpiration et les infiltrations consomment quelques 197 km³. Restent 8 kilomètres cubes de ressources d’eau superficielle produites sur le territoire du pays (en interne). De plus une quantité renouvelable de 4,5 kilomètres cubes d’eau souterraine est produite chaque année, en interne également. Le pays ne reçoit pas de supplément d’eau provenant de pays voisins. Les ressources totales en eau du pays se montent donc à 12,5 kilomètres cubes (1 km³ = 1 milliard de m³). La quantité d’eau disponible (qui comprend l’ensemble des ressources créées en interne, plus les apports extérieurs éventuels) est de 12,5 km³ par an, soit pour une population de quelques 15 millions, un peu plus de 800 m³ par habitant et par an ; ce qui peut être considéré comme faible mais suffisant actuellement. La répartition spatiale des disponibilités en eau étant cependant très inégale, il est probable que de gros investissement dans la gestion de l’eau seront nécessaires dans les prochaines décennies.

On considère que la totalité de ce volume d’eau produit au Burkina Faso quitte le territoire, et ce à destination des pays suivants : Ghana : 8,7 km³ par an (il s’agit du débit des affluents de la Volta).

Côte d’Ivoire : 1,3 km³ (Comoé et Volta Noire notamment), Niger 1,3 km³ (il s’agit des débits de plusieurs petites rivières, comme le Mékrou, le Gorouol ou le Goroubi), Togo 1,2 km³ (dont la Pendjari)

Subdivisions : Le Burkina Faso est divisé en 45 provinces numérotées de 1 à 45 ; les noms de leurs capitales sont indiqués entre parenthèses :  Balé (Boromo) ; Bam (Kougoussi) ; Banwa (Solenzo) ; Bazéga (Kombissiri) ; Bougouriba (Diébougou) ; Boulgou (Tenkodogo) ; Boulkiemdé (Koudougou) ; Comoé (Banfora) ; Ganzourgou (Zorgho) ; Gnagna (Bogandé) ; Gourma (Fada N’Gourma) ; Houet (Bobo-Dioulasso) ; Ioba (Dano) ; Kadiogo (Ouagadougou, la capitale) ; Kénédougou (Oradora) ; Komandjoari (Gayéri) – autre écriture : Komondjari ; Kompienga (Pama) ; Kossi (Nouna) ; Koulpélogo (Ouargaye) ; Kouritenga (Koupéla) ; Kourwéogo (Boussé) ; Léraga (Sindou) ; Loroum (Titao) ; Mouhoun (Dédougou) ; Nahouri (Pô) – autre écriture : Naouri ; Namentenga (Boulsa) ; Nayala (Toma) ; Noumbiel (Batié) ; Oubritenga (Ziniaré) ; Oudalan (Gorom Gorom) ; Passoré (Yako) ; Poni (Gaoua) ; Sanguié (Réo) ; Sanmatenga (Kaya) ; Séno (Dori) ; Sissili (Léo) ; Soum (Djibo) ; Sourou (Tougan) ; Rapoa (Diapaga) ; Tuy (Houndé) – autre écriture : Tui ; Yagha (Sebba) ; Yatenga (Ouahigouya) ; Ziro (Sapouy) ; Zondoma (Gourcy) ; Zoundwéago (Manga)

Les 45 provinces sont regroupées en 13 régions administratives qui sont (capitale entre parenthèses) : Boucle du Mouhoun (Dédougou) ; Cascades (Banfora) ; Centre (Ouagadougou) ; Centre-Est (Tenkodogo) ; Centre-Nord (Kaya) ; Centre-Ouest (Koudougou) ; Centre-Sud (Manga) ; Est (Fada N’Gourma) ; Hauts-Bassins (Bobo Dioulasso) ; Nord (Ouahigouya) ; Plateau-Central (Ziniaré) ; Sahel (Dori) ; Sud-ouest (Gaoua) Les treize régions ont été créées le 2 juillet 2001.

Reliefs : Deux grands types de paysages existent au Burkina : La plus grande partie du pays est couverte par une pénéplaine. Elle forme un relief très légèrement vallonné avec par endroits quelques collines isolées, ultimes vestiges d’un massif du précambrien. C’est un paysage assez monotone, avec un sol le plus souvent coloré en ocre par la latérite. La partie sud-ouest du pays forme un massif gréseux. Le point culminant du pays s’y trouve : le Ténakourou (749 m). Le massif est limité par des falaises très escarpées atteignant 150 m de haut. Falaise de Banfora , Pics de Sindou etc. L’altitude moyenne est de 400 m et le différentiel entre les deux points extrêmes ne dépasse pas 600 m. Le Burkina Faso est donc un pays plutôt plat, avec quelques accidents de terrain localisés.

Hydrographie : Quoique peu élevé et relativement peu arrosé, le Burkina a un réseau hydrographique assez important, surtout dans sa partie méridionale. Les cours d’eau se rattachent à trois bassins principaux : les bassins de la Volta, de la Comoé et du Niger.

Le pays devait son ancien nom de Haute-Volta aux trois cours d’eau qui le traversent : le Mouhoun (anciennement Volta Noire), le Nakambé (Volta Blanche) et le Nazinon (Volta Rouge). Le Mouhoun est le seul fleuve permanent du pays avec la Comoé qui coule au sud-ouest.

1) Le bassin de la Volta : Le plus important, il s’étend au centre et à l’ouest du pays sur une superficie de 178 000 km². Il est constitué par trois sous-bassins majeurs : ceux du Mouhoun, du Nakambé et de la Pendjari. Les eaux de ses bassins se rejoignent au centre du Ghana, où elles forment le lac Volta.

- Le Mouhoun (Volta Noire) : seul cours d’eau permanent avec un bassin versant de 92 000 km², il prend sa source sur le versant nord du massif gréseux de la falaise de Banfora, dans une région où les précipitations dépassent 1 000 mm par an. Il coule d’abord vers le nord-est puis s’infléchit brusquement vers le sud. Au confluent du Sourou, le bassin versant du Mouhoun et ses principaux affluents (Plandi, Kou, Voun Hou) fournissent un débit moyen de 25 m³/s. Ce débit est cependant très irrégulier. Le principal affluent du Mouhoun est le Sourou, rivière à pente peu accusée, qui draine l’ancienne plaine lacustre du Gondo dont le bassin versant est de 15 200 km². Ce bassin, presque totalement sahélien ne produit que de faibles écoulements. À l’état naturel, lors des décrues, le Sourou alimentait le Mouhoun. Depuis 1984, les ouvrages de dérivation et de contrôle installés en amont de la confluence avec le Mouhoun permettent le stockage de 250 millions de m³ dérivés des crues d’hivernage et de restituer le surplus dans le Cours aval du Mouhoun pendant la saison sèche. Changeant brusquement de direction après la boucle du Sourou, le Mouhoun coule vers le sud-est puis plein sud, formant frontière avec le Ghana. Il parcourt le pays sur une distance d’environ 860 km.

- Le Nakambé (Volta Blanche) : il prend sa source à l’est de Ouahigouya, dans une région qui reçoit 500 à 600 mm d’eau par an. Il draine un bassin versant de 50 000 km².Il draine toute la partie centrale et le nord du plateau central et ne coule que pendant la saison des pluies. Les premiers écoulements intermittents peuvent se produire en mai, mais ce n’est qu’en juillet/août que les débits deviennent permanents à la station de Wayen et se renforcent vers l’aval pour atteindre à Bagré un débit moyen de 145 m³/s en août.

- Le Nazinon (Volta rouge) : lui et son principal affluent la Sissili, drainent la partie sud-ouest du plateau central avec un bassin versant de 20 000 km². Leur régime hydrologique est très voisin de celui du Nakambé.

2) La Pendjari :

Il forme la frontière sud-est du Burkina avec le Bénin, reçoit en rive droite trois affluents (le Doudodo, le Singou et la Konpienga) dont les bassins versants totalisent 21 600 km². Ces affluents apportent moins de 30% du débit moyen de la Pendjari qui elle-même tarit complètement une année sur deux en avril à Porga au Bénin.

3) Le bassin de la Comoé : il draine l’extrémité sud-ouest du pays sur un bassin versant de 18 000 km². Il prend sa source dans les falaises de Banfora. Son cours, coupé par des rapides et des chutes, communique avec des mares permanentes situées au pied de la falaise de Banfora, comme le lac de Tengrela. Les écoulements sont permanents. La pluviométrie relativement abondante de ces régions confère aux rivières qui s’y trouvent un régime nettement soudanien avec une augmentation des débits dès le mois de juin et les débits de crue en août/septembre pouvant atteindre 500 m³/S.

4) Le bassin du Niger : 

Il draine le nord-est et l’est du pays et a un bassin versant de 72 000 km². Les affluents burkinabè du Niger les plus septentrionaux sont en grande partie endoréiques (le Béli, le Gorouol, le Goudébo et le Dargol) et peuvent provoquer des crues importantes. Par contre, les affluents soudano-sahéliens (la Faga, la Sirba, la Bonsoaga, le Diamangou et la Tapoa) ont des régimes un peu moins irréguliers et contribuent à la crise dite soudanienne du Niger qui se produit en septembre. Ces cours d’eau de faible débit ne forment souvent qu’un chapelet de mares. Toutes les rivières du Burkina excepté le Mouhoun et celles du sud-ouest (bassin de la Comoé) sont temporaires : ne coulant que de juillet à octobre)  En dehors du réseau hydrographique Il existe des bassins fermés qui alimentent de nombreuses grandes mares ou lacs naturels, sans écoulement permanent ou temporaire, qui occupent les bas-fonds ou les espaces interdunaires : les lac de Tingrela, de Bam et de Dem, les mares d’Oursi, de Béli, de Yomboli et de Markoye. Les observations effectuées sur la mare d’Oursi et le lac de Bam laissent penser que le fond de ces lacs se colmate par des dépôts argileux. Le manque d’eau est souvent problématique, surtout au nord du pays.Climat : ces informations complètent celles déjà apportées par ce blog il y a quelques semaines ; les précisions supplémentaires ne sont pas inintéressantes. Le Burkina Faso possède un climat tropical de types soudano-sahélien (caractérisé par des variations pluviométriques considérables allant d’une moyenne de 350 mm au Nord à plus de 1 000 mm au Sud-ouest) avec deux saisons très contrastées : la saison des pluies avec des précipitations comprises entre 300 mm et 1 200 mm et la saison sèche durant laquelle souffle l’harmattan, un vent chaud et sec, originaire du Sahara. La saison des pluies dure environ 4 mois, entre mai-juin et septembre, sa durée est plus courte au nord du pays. On peut donc distinguer trois grandes zones climatiques :

1) zone sahélienne au nord du pays : moins de 600 mm de pluviométrie par an et amplitudes thermiques élevées (15 à 45 degrés).

2) zone soudano-sahélienne entre 11° 3′ et 13° 5′ de latitude Nord. C’est une zone intermédiaire pour les températures et les précipitations.

3) zone soudano-guinéenne au sud du pays : plus de 900 mm de pluie par an et des températures moyennes relativement basses. On distingue deux saisons inégales : une saison d’hivernage très courte de 3 à 4 mois (juin à septembre), et une saison sèche de 8 à 9 mois (octobre à juin).

La rareté et la mauvaise répartition des pluies provoquent des migrations de plus en plus fortes des populations principalement du Nord et du centre vers les villes, le Sud-ouest du Burkina Faso et les pays de côte. La température varie de 16 à 45 degrés Celsius ;

l’évaporation moyenne annuelle est estimée à 3 000 mm et la recharge annuelle de la nappe souterraine à 40 mm.

Environnement :

1) La savane ouest soudanienne La savane ouest soudanienne (littéralement de l’anglais West Sudanian savanna) est une des écorégions définies par le WWF, c’est un des biomes de savanes et les forêts claires tropicales et subtropicales de l’ouest africain. Elle s’étend sur le centre-sud Sénégal, le Burkina Faso, le sud malien, le sud nigerien, le nord de la Côte d’Ivoire, du Bénin, de la Gambie, du Ghana, de la Guinée et du Nigeria.

Cette savane est bordée au nord par un biome désertique et au sud par des forçes tropicales. Les écorégions de l’ouest et de l’est sont séparées par le plateau de Mandara, qui occupe une partie du massif montagneux de haute altitude qui sépare l’ouest de l’Afrique de son centre. Ce massif offre une frontière naturelle pour plusieurs taxons végétaux et permet de différentier ces deux écorégions, par exemple l’Isoberlina. La faune est au contraire identique de part et d’autre mis a part quelques petits animaux endémiques à une zone, par exemple comme Crocidura Cendrillon, Lemniscomys linulus des mammifères, ou comme huit espèces de reptiles, et trois d’amphibiens endémique dans cette zone. Le climat de cette savane est chaud et sec. En matière de végétaux, elle est constituée pour sa partie boisée de grandes espèces d’arbres et pour sa partie herbeuse d’ «  herbes à éléphant « . L’altitude varie de 200 à 400 mètres.

L’habitat a été considérablement réduit, dégradé et fragmenté par les activités agricoles, le feu, et l’exploitation forestière et la fabrication de charbon de bois. Les populations de la plupart des grandes espèces de mammifères ont été décimées par la chasse trop intensive. Ceci est particulièrement vrai dans les zones densément peuplées comme au Nigéria. La savane ouest soudanienne, dans sa partie septentrionale, abrite également la limite méridionale de l’extension des plateaux à brousse tigrée.

En 2008, seulement, 6,7% de cette zone est protégée, ce qui représente cependant 90 000 km2. Les parcs nationaux de cette savane sont :

- le parc national de la boucle du Baoulé au Mali ;

- le River Gambia National Park en Gambie ;

- le parc national du Niokolo-Koba au Sénégal ;

- le Kainji Lake National Park au Nigeria ;

- le Mole National Park au Ghana ;

- le parc national de la Comoé de Côte d’Ivoire ;

- les parcs transfrontaliers des parcs nationaux du Niger, du Burkina Faso, et du Bénin. La protection dans ces parcs est bien souvent uniquement de principe.

Économie :  États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) : Le Burkina Faso est un pays en voie de développement. Une situation qui s’explique en partie par la faiblesse des ressources naturelles, et de celles des prix de ces ressources naturelles sur le marché mondial, l’aridité des sols et l’absence de mise en valeur durant la période coloniale, la démographie. L’agriculture représente 32% du produit intérieur brut et occupe 80% de la population active. Il s’agit principalement d’élevage mais également, surtout dans le sud et le sud-ouest, de culture de sorgho, de mil, de maïs, d’arachides, de riz. Dominée par le coton, dont le pays est le premier producteur en Afrique avec 700 000 tonnes en 2006 principalement tournées vers l’exportation, l’économie résiste tant bien que mal à la chute des cours mondiaux.

Le chômage entraîne un fort taux d’émigration : par exemple, trois millions de Burkinabè vivent en Côte d’Ivoire. Selon la banque centrale des États de l’Afrique de l’ouest, ces migrants rapatrient chaque année des dizaines de milliards de francs CFA au Burkina Faso. Depuis les expulsions du Ghana en 1967, cette situation provoque également des tensions avec les pays d’accueil. La dernière crise remonte aux événements de 2003 en Côte d’Ivoire qui ont entraîné le retour ponctuel de 300 000 migrants. Le tiers de la population du pays vit en dessous du seuil de pauvreté. L’aide internationale contribue également pour une grande part à l’activité économique du pays.

Il convient par ailleurs de citer quelques productions minières : cuivre, fer, zinc et surtout or ; ce dernier fera l’objet d’une page de blog particulière. Le Burkina Faso est membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et de l’Autorité de Liptako-Gourma qui est chargée de prévenir les crises alimentaires et les sécheresses par la coopération de chaque pays membre.

Quelques données économiques : Produit Intérieur Brut PIB : $7,136 milliards (2007 -Québec -Institut de la Statistique).

Produit Intérieur Brut PIB par habitant : $483 (2007 -Québec -Institut de la Statistique) PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA) : $1185 (2007 -Québec -Institut de la Statistique).

Produit Intérieur Brut (PIB) – Taux de croissance réelle : 3,50 % (2006) Taux d’inflation (indice des prix à la consommation) : 6,40 % (2006). 

Exportations : $835 millions (2007 -Québec -Institut de la Statistique)  Importations :$1745 millions (2007 -Québec -Institut de la Statistique)

Démographie :

- Population : 13 902 972 habitants - Densité de la population : 50,7 hab./km²

- Taux de croissance de la population : 3,00 %

- Âge médian (population totale) : 16,5 ans – Hommes : 16,3 ans ; Femmes : 16,7 ans.

- Structure par âge : 0-14 ans = 46,8 % ; 15-64 ans = 50,7 % ; 65 ans et plus = 2,5 %. - Rapport de masculinité (population totale) : 0,99 homme/femme ; à la naissance, 1,03 homme/femme, chez les moins de 15 ans, 1,01 homme/femme, chez les 15-64 ans, 0,99 homme/femme, chez les 65 ans et plus, 0,67 homme/femme.- Part de la population urbaine : 18,3 %

       Sources : The World Factbook, CIA ; ONU ; FAO 

* Natalité au Burkina Faso :

- Taux brut de natalité : 65,62 ‰ - Indice synthétique de fécondité : 6,47 enfant(s)/femme

       Source : The World Factbook, CIA 

* Mortalité au Burkina Faso :

- Taux brut de mortalité : 15,60 ‰.

- Taux de mortalité infantile (population totale) : 91,35 ‰ dont hommes : 99,17 ‰ et femmes : 83,30 ‰.

- Espérance de vie à la naissance (population totale) : 48,85 ans dont hommes : 47,33 ans, et femmes : 50,42 ans.

      Source : The World Factbook, CIA 

* Migration et composition culturelle au Burkina Faso :  - Taux de migration nette : 0 ‰
- Composition ethnique : Mossis à plus de 40 %, puis Gurunsis, Senoufos, Lobi, Bobos, Mandingues, Peuls.

Autres indicateurs sociaux au Burkina Faso :

- Taux d’alphabétisation (population totale) 26,6 % dont hommes : 36,9 % et femmes : 16,6 % - Nombre moyen d’années passées à l’école : 4 ans.

- Taux de séropositivité au VIH/SIDA : 4,2 % (chez les adultes) - Taux d’accès à l’eau potable : 51 %.

- Taux de chômage : N/D %

     Sources : The World Factbook, CIA ; ONU

Situation sanitaire :

Le réseau sanitaire du pays est de qualité médiocre et a perdu une grande partie de sa crédibilité auprès de la population. Le nombre de décès à l’hôpital est élevé. Par ailleurs, il n’existe pas de système de sécurité sociale pour garantir l’accès aux soins des plus pauvres. Des organisations humanitaires comme Médecins sans frontières sont donc engagées dans des actions permanentes d’assistance médicale. Avec un taux d’infection au VIH estimé à 4,2 % de la population (8,5 % à Ouagadougou), le Burkina fait partie des cinq pays d’Afrique de l’Ouest les plus touchés par le SIDA. Il fait également partie de la «  ceinture méningée  » qui s’étend de l’Éthiopie au Sénégal. C’est ainsi que le SIDA, le paludisme et la méningite sont les plus grandes causes de mortalité, avec les diarrhées, le tétanos et la rougeole chez les enfants.

Là encore, la description de la situation sanitaire particulière du Burkina imposera la réalisation d’une page de blog spécialement consacrée à ce problème.

Langues :  Les dialectes et langues nationales

Il existe tout de même plus de 60 langues et dialectes dont les principales sont : le mooré, langue parlée par l’ethnie Mossi, le san parlé par les Samos, le fulfuldé parlé par les Peuls, le gulmancéma parlé par les Gourmantché dans l’Est du Burkina Faso, le dagara parlé par les Dagaris, le dioula qui est une langue commune à plusieurs pays d’Afrique de l’ouest (la Côte d’Ivoire, le Mali, la Guinée etc.), le lobiri parlé par les lobis, le marka, le bobo, le bwanu parlé par les bwabas, le senoufo, le Toussian parlé par les Toussians, le kassena et le lyélé (langues parlées par le peuple dit Gourounsi qui en réalité s’appelle lui-même « Noun », sud-est et centre ouest) et le bissa qui est la langue parlée par l’ethnie des Boussancé appelé couramment Bissas. - La langue officielle et administrative : comme la plupart des pays d’Afrique de l’ouest, le Burkina Faso a pour langue officielle le français.

Religions :

Selon les données du CIA World Factbook de 2008, l’islam est la principale religion du Burkina Faso (50 %) alors que 40 % de la population est animiste. Les confessions chrétiennes sont pratiquées par 10 % de la population. Parmi les chrétiens, les catholiques sont majoritaires.  Le recensement général de la population en 1996 donnait à peu près les chiffres suivants : (animistes : 47 % ; islam : 31 % ; christianisme : 21 % ; autres : 1 %). Etant donné que le recensement de 2006 ne s’est pas intéressé à la question, la jugeant trop sensible, tout comme la composition des groupes ethniques, il semble difficile ici de valider les chiffres publiés par CIA W.Factbook, au vu du grand écart, et de l’inversion des chiffres en dix ans seulement. Ce problème des religions sera traité sur une page spéciale du blog.

Culture :

Rubrique vue grossièrement : toutes les formes d’expression artistique seront traitées sur des pages particulières du blog.

Les manifestations les plus remarquables sont :

- Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), le plus grand festival de cinéma africain sur le continent a lieu tous les deux ans à Ouagadougou (février, années impaires).

- Le SIAO, Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou, a lieu lui aussi tous les deux ans, principalement les années paires (fin octobre – début novembre). C’est le plus grand salon de promotion de l’artisanat africain. - A lieu également tous les deux ans à Bobo-Dioulasso durant une semaine, la semaine nationale de la culture (SNC), tremplin de la culture nationale, sous régionale et de la diaspora.

- Le Festival Ciné Droits Libres pour les droits de l’Homme et la liberté de la presse  - Le festival International de cultures urbaines Waga Hip Hop qui se déroule chaque année depuis 2000.

- Le FITMO/Festival International de Théâtre et de Marionnettes du professeur Jean Pierre Guingané ;

- Le Festival Jazz à Ouaga ;

- Les Nuits Atypiques de Koudougou (NAK) ;

- Le festival International de Théâtre pour le Développement (FITD), etc.

La presse culturelle tient une place de choix. On peut citer L’Observateur Dimanche, Star Hebdo et Evasion. Depuis deux ans, une Association de jeunes journalistes culturels du nom de  » Planète Culture  » couvre les principaux festivals du pays.

Fêtes et jours fériés :

- 1er janvier : Jour de l’an

- 3 janvier : soulèvement populaire (soulèvement populaire du 3 janvier 1966)

- 8 mars : journée internationale des droits de la femme.

- Variable : Tabaski (Aïd el-Kebir) ; 70 jours après la fin du ramadan

- Variable : lundi de Pâques.

- 1er mai : Fête du Travail.

- 40 jours après Pâques, l’ascension : Jésus, ayant rassemblé ses fidèles, rejoint son père aux cieux.

- Mouloud : naissance de Mahomet - 50 jours après Pâques : pentecôte (Descente du Saint-Esprit parmi les apôtres).

- 5 août : fête de l’indépendance.

- 15 août : assomption.

- 1er novembre : Toussaint (Fête de tous les saints).

- 11 décembre : fête nationale pour la république de 1958.

- 25 décembre : noël (naissance de Jésus-Christ).

Sports : 

La liste des sports du Burkina Faso qui inclut tant les sports d’équipes que des activités sportives individuelles est grande. La population locale aime les sports d’équipe comme le football, le handball et le basket-ball, mais aussi des pratiques sportives individuelles comme la boxe, l’athlétisme, le vélo, le tennis attirent un grand nombre de jeunes.

* Le pays a participé à un certain nombre de tournois de tennis internationaux. La pratique du tennis au Faso n’a pas le niveau de qualité des normes internationales. Le pays a ainsi participé au prestigieux tournoi de tennis de la Coupe Davis depuis 2001. Le meilleur résultat qui a été accompli par les participants était une deuxième place dans le Groupe IV en 2003. Le Faso a cessé d’y participer de nouveau.

* Le sport d’équipe qu’est le football peut être considéré comme le sport le plus populaire du Burkina Faso. La pratique des sports a permis à ce pays pauvre de l’Afrique, par ailleurs dépourvu de littoral maritime engageant aux pratiques aquatiques d’émerger un peu en Afrique avec toutefois un succès limité. Mais en foot-ball, le Burkina Faso est arrivé 4ème dans l’édition 1998 du tournoi de Tasse Africaine. Les joueurs de l’équipe nationale de foot-ball du Burkina Faso sont surnommés  » les Étalons « . Chaque CAN (Coupe d’Afrique des nations), tous les 2 ans (années paires), est un grand événement.

Les résultats récent du championnat du Burkina Faso de football :

- L’Étoile Filante Ouagadougou, club de Ougadougou, a gagné 12 fois le championnat dont la dernière fois en 2008

- L’ASFA Yennega (inclut Jeanne d’Arc), club également de Ouagadougou, a gagné 9 fois le championnat dont la dernière fois en 2009

- Les Silures, équipe de Bobo Dioulasso, a gagné 7 fois le championnat dont la dernière fois en 1980 - L’ USFA (inclus ASFAN et USFAN), club de Ouagadougou, a gagné 7 fois le championnat dont la dernière fois en 2000.

- Le RC Bobo, club de Bobo Dioulasso, a gagné 3 fois le championnat dont la dernière fois en 1997. - L’USFR Abidjan-Niger, club basé à Ouagadougou, a gagné 3 fois le championnat dont la dernière fois en 1968.

- L’ASF Bobo, club de Bobo Dioulasso, a gagné 2 fois le championnat dont la dernière fois en 1966. L’US Ouagadougou, club basé à Ouagadougou, a gagné 2 fois le championnat dont la dernière fois en 1983.

- La Commune FC, club de Ouagadougou, a gagné 1 fois le championnat, en 2007.

- Le Rail Club du Kadiogo, club basé à Kadiogo, a gagné 1 fois le championnat en 2005.

La Coupe du Burkina Faso de football : elle concerne bien entendu énormément les supporters qui ne rateront un match à la, télévision pour rien au monde. D’ailleurs, les soirs de match, les appareils sont installés sur les trottoirs par les particuliers pour permettre à ceux qui n’en disposent pas de pouvoir assister à la rencontre. Existe aussi La Super coupe du Burkina Faso de football, qui est une compétition de football créée en 1993 opposant le champion du Burkina Faso au vainqueur de la coupe du Burkina Faso. La compétition est aussi connue sous le nom de Coupe de l’Association Sportive des Journalistes du Burkina.

* Le vélo (ou le VTT), quant à lui, est non seulement le mode de transport le plus utilisé du pays, mais aussi le sport national grâce à la célèbre course cycliste « le Tour du Faso ». Pour un touriste, acheter, louer, se faire prêter ou emmener son propre vélo au Burkina Faso est toujours simple et bon marché. A l’exception de Ouagadougou où monter sur un vélo s’apparente à une démarche suicidaire, tout le reste du pays est un paradis pour les cyclistes puisque même les routes nationales sont peu fréquentées : certaines possèdent même une piste abritée par des arbres et utilisées par les charrettes et les deux-roues (il s’agit des anciennes routes longeant les nouvelles nationales).

- Le Tour du Faso est une course cycliste par étapes disputée chaque année. La première édition a eu lieu en 1987. C’est devenu depuis la course cycliste la plus importante d’Afrique. L’épreuve était organisée jusqu’en 2009 par Amaury Sport Organisation (ex-Société du Tour de France). - La Route de l’amitié est une compétition cycliste par étapes organisée en 1996, 1997 et 2002 en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Elle n’a plus été organisée depuis 2002 en raison des évènements survenus en Côte d’Ivoire qui ont conduit à une certaine tension entre les deux pays.

- Les championnats du Burkina Faso de cyclisme sur route sont organisés tous les ans. - La Boucle du coton est une compétition cycliste internationale, organisée au Burkina, et destinée, en principe, aux cyclistes issus des pays producteurs de coton (le Burkina Faso est le plus grand producteur du continent africain). Elle a été créée en 2005 et fait partie de  » UCI Africa Tour  » en catégorie 2.2.

En 2006, y ont participé des cyclistes du Burkina Faso, du Bénin, de Côte d’Ivoire, du Mali, du Niger, du Togo et du Sénégal. En 2007, y ont aussi participé des cyclistes venus de France, du Maroc et de Libye dont l’un, Atunsi Fathi Amed, a obtenu la seconde place du classement général final. * Le Burkina Faso a participé aux Jeux olympiques d’été de 2008 à Pékin. Il s’agit de sa 7e participation à des Jeux d’été. L’équipe est composée de seulement deux athlètes, à savoir Julien Ouedraogo en escrime et Hanatou Ouelgo en judo. Le pays n’a rapporté aucune médaille depuis 2004.

Accès à la technologie :

Lignes de téléphone : 3 097 400 (en 2006)

Téléphones portables : 2 572 200 (en 2006)

Nombre de fournisseurs d’accès Internet : 15 (en 2006). La technologie ADSL (qui permet d’avoir de hauts débits) est disponible depuis 2005. En février 2008, l’internet par CDMA (internet sans fil via un Modem 3G+) est opérationnel.

Infrastructures :

* Le réseau routier inventorié du Burkina Faso a une longueur totale de 61367 km dont 15272 km sont classés. Le réseau classé a fait l’objet d’une classification administrative et d’une classification technique.

Le réseau non classé est constitué de pistes rurales. Les chiffres ci-après présentent les linéaires du réseau par classe administrative et par standard d’aménagement (Chiffres 2006) :

- Routes Nationales : 2 547 kms sont des routes bitumées, 3583 des routes en terre, 567 des pistes en terre, soit 6697 kilomètres au total - Routes Régionales : 31 kms sont des routes bitumées, 2394 kms des routes en terre, 1156 kms des pistes en terre, soit 3581 kilomètres au total.

- Routes Départementales : 6 kms sont des routes bitumées, 4284 kms des routes en terre, 704 kms des pistes en terre, soit 4994 kilomètres au total.

- Pistes Rurales : 0 kms de routes bitumées, 0 kms des routes en terre, 46095 kms des pistes en terre, soit 46095 kilomètres au total.

Le Burkina possède donc 2584 kms de routes bitumées, 10261 kms de routes en terre, 48522 kms de pistes en terre, soit un réseau de 61367 kms au total.

* Voies ferrées :

Le Burkina Faso dispose d’un seul corridor ferroviaire qui le relie au port d’Abidjan. C’est la liaison Kaya / Ouagadougou / Bobo Dioulasso / Abidjan longue de 1 252 km et repartie quasiment à longueur égale dans les deux pays : Kaya / Ouagadougou / Bobo Dioulasso / Toussiana / Banfora / Niangoloko à la Frontière de Côte d’Ivoire (622 km) pour le Burkina Faso comprenant : Ouagadougou /Bobo Dioulasso / Frontière Côte d’Ivoire (519 km).

Ouagadougou / Kaya (100 km) : Cette ligne ferroviaire est à écartement métrique et en voie unique sur la presque totalité de sa longueur. La charge maximum à l’essieu est de 17 tonnes et la vitesse d’exploitation est de 50 km/h pour les trains de passagers et de 30 km/h pour les trains de transport de marchandises.

* Aéroports : Nombre : 33 (dont 2 avec des pistes goudronnées : l’Aéroport international de Ouagadougou et l’Aéroport de Bobo-Dioulasso depuis 2007. Un seul aéroport est donc international, soit celui de Ouagadougou.

Codes :

Le Burkina Faso a pour codes internationaux :

BF, selon la norme ISO 3166-1 (liste des codes pays), code alpha-2,

BF, selon la liste des codes internationaux des plaques minéralogiques, BFA, selon la norme ISO 3166-1 alpha-3 (liste des codes pays),

BFA, selon la liste des codes pays utilisés par l’OTAN, code alpha-3, BUR, selon la liste des codes pays du CIO,

UV, selon la liste des codes pays utilisés par l’OTAN, code alpha-2, XT, selon la liste des préfixes OACI d’immatriculation des aéronefs,

Jeux populaires :

Découvrez le jeu d’awalé, jeu de stratégie simple mais qui demeure un chef-d’œuvre d’intelligence ludique. Différents jeux de cartes et autres jeux à même le sable méritent que l’on s’y intéresse.
Enfin, les Maliens (et les Sénégalais) sont parmi les meilleurs joueurs au monde du jeu de dames, avec les Russes et les Néerlandais, alors que les mêmes ne comptent guère sur la scène internationale du jeu d’échecs.

Un article à partir de Wikipédia essentiellement, et d’autres sources livresques 



La saison des pluies a commencé…
9 mai, 2010, 12:11
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Ouagadougou le 8 mai 2010

L’information essentielle est que la saison des pluies a commencé hardiment, lesquelles pluies sont sans commune mesure avec les quelques ondées que nous recevions depuis quelques semaines et qui s’appelaient « pluies de mangue », soit ces averses fortes mais courtes qui amenaient ces fruits à maturation.

Il s’agit cette fois de vraies pluies tropicales : le déluge a ainsi débuté jeudi soir vers 18 heures et a perduré jusqu’à hier vendredi quatorze heures quasiment sans discontinuer. Il s’agissait de trombes qui en quelques minutes recouvraient par endroits la latérite de plus de dix centimètres d’eau, eau contre laquelle il a fallu se battre à peu près dans chaque maison, dans chaque case, dans chaque hutte ; ainsi les phases du centre de renutrition étaient couvertes de trois à quatre centimètres de boue et cela a posé pour le moins des problèmes car les matelas en plastique sont à même le sol (sauf en salle des soins intensifs) et certains surnageaient carrément ! Mais étonnamment la température ambiante ne s’est pas pour autant rafraichie, ce qui était souhaité et aurait été fort agréable…

Les mamans s’activaient avec les raclettes mais leurs visages resplendissaient de bonheur car la pluie, c’est l’annonce que le mil va germer dans les champs ; aussi quelque part, elles souhaitent ardemment que ces averses perdurent et j’en ai soupçonné certaines de marmonner des prières de louange à Dieu ou à Allah tout en chassant l’eau de l’unité de soins avec énergie.

Un tel orage, c’est le mil qui germe et c’est bien, mais c’est aussi pour les expatriés une source de petites difficultés quotidiennes ; ainsi, l’installation électrique de Yako est particulièrement précaire déjà en temps normal ; donc le courant a cessé d’alimenter les maisons mais aussi l’hôpital dès le premier éclair. Un inconvénient immédiat est que le château d’eau de la ville n’est plus fonctionnel car la pompe y est bien entendu électrique. Et cela a duré dix-huit heures : pas de lumière, pas de clim, pas d’eau au robinet et donc pas de douches, bref un certain inconfort et l’obligation de se contenter de se laver le bout du nez avec la Lafi, l’eau minérale burkinabé, et de plus parcimonieusement car le prix en est prohibitif (une bouteille d’eau coûte le même prix que la bouteille de bière 33 de fabrication locale !) Cela étant, mieux vaut se laver à l’eau qu’à la bière 33 !

Autre désagrément, plus de lumière dans les unités de soins ; certes un système de mise en route automatique d’un groupe « lectrogène existe, qui alimente le centre de renutrition et le bloc opératoire de l’hôpital régional qui jouxte le CREN MSF. Mais ce groupe a été offert et installé par une ONG qui sûrement connaissait mal les habitudes burkinabé puisqu’elle l’a enfermé dans une structure maçonnée par crainte de dégradations ou de vol ; aussi bien évidemment, la chaleur dans le local est telle que lorsqu’il se met en route, l’appareil cesse immédiatement de fonctionner, laissant toutes les structures qu’il est censé dépanner dans l’obscurité. En outre, la précaution était bien peu essentielle car d’une part il n’y a quasiment jamais de vols au FASO, et que d’autre part le poids du groupe électrogène dépasse deux tonnes : il y a peu d’ânes qui pourraient tirer la charrette qui le supporterait s’il jamais il était dérobé !

Et puis hélas ces ondées peuvent engendrer aussi des catastrophes, et c’est arrivé à hier après midi à Yako ; un enfant de onze ans est tombé la tête la première dans une flaque et a dû inhaler de la boue car la mort a semble t’il été instantanée. J’ai cru comprendre qu’il a été emmené immédiatement par une automobile au CMA, l’hôpital local, et que le médecin n’a pu que constater le décès. La violence de ces averses est telle que le deux septembre dernier on parle encore d’un quartier entier de Ouagadougou qui a été détruit en quelques minutes ; cette catastrophe a fait cinq morts, et c’est quarante-cinq mille personnes qui ont perdu ce jour là les quelques biens qu’ils possédaient ; un terrain hors de Ouaga leur a été attribué par l’administration, laquelle a distribué aussi des plaques de tôle et des tasseaux de bois aux familles pour reconstruire des cases. Mais bien évidemment, c’est un quartier nouvellement « installé », et donc totalement dépourvu de commodités comme un centre de soins primaires par exemple ; c’est donc à MSF qu’incombe la charge d’imaginer une solution prompte autre que l’implantation d’une de ces structures d’urgences dont l’organisation dispose et qu’elle manipule parfaitement bien ; en effet, l’état burkinabé n’a pas les fonds nécessaires pour prendre en charge la mise en place d’une unité sanitaire, aussi bien médicale qu’obstétricale (et le quartier en question est à plusieurs dizaines de minutes du centre de Ouaga et du CHU).

Ces pluies correspondent donc au climat d’automne en Europe, avec pour corollaire la maturation de végétaux qui sont ceux habituels en cette saison. Ainsi la production de mangues touche à sa fin et c’est les raisins que l’on va commencer à trouver chez les producteurs. Il s’agit d’une variété à gros grains violacés, extraordinairement sucrés, à pépins, et cela constituera nos desserts pendant plus d’un mois. Miam !!!!



Pour comprendre l’essentiel de l’âme africaine, quoi de mieux que de connaître ses locutions et idiomes, de découvrir ses proverbes usuels, ses contes populaires ?
9 mai, 2010, 0:06
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La citation du jour :

- Tandis que j’attendais un matin le chauffeur à qui j’avais demandé par téléphone de venir me chercher à la maison pour m’emmener travailler au CREN, je ne le voyais pas arriver et regardais ma montre avec sûrement une certaine agitation qui reflétait mon inquiétude. Demandant au portier pourquoi à son avis la voiture n’arrivait pas promptement, je reçus la merveilleuse réponse suivante :  » Vous en Europe vous avez une montre ; nous ici, nous avons le temps « . Tout était dit !!!

- En Afrique, on dit « qu’il faut rendre le temps au temps » : comme l’occident devrait méditer ces mots !

Quelques locutions et expressions idiomatiques bien d’ici :

Elles ont été choisies pour leur fréquence d’utilisation, et présentées sans ordre rationnel, alphabétique ou autre, comme on le fait traditionnellement au Faso…

- Le deuxième bureau : terme chipé aux Congolais : c’est le nom donné quotidiennement à la maîtresse, celle que le mari adultère entretient partiellement ou totalement ; certains hommes emploient un deuxième, un troisième bureau, et plus…

- Les Etalons : c’est le nom qui est donné aux footballeurs burkinabè, non pas pour rendre hommage à leur supposée virilité, mais pour faire référence au cheval fougueux de la princesse Yennenga, à l’origine du mythe de la création des royaumes Mossé.

- Goudron : c’est le nom donné à une véritable chaussée, pour la comparer avec la route en latérite. Comme la désignation d’un pâté de maison se fait selon le nombre de mètre qu’il occupe, on peut entendre lorsque l’on demande son chemin : « tu prends à gauche au deuxième six mètres, puis le deuxième goudron à droite ». 

- Le bidon : c’est un mot souvent entendu lorsqu’on traverse un village en automobile tandis que la vitre est ouverte ; les enfants arrivent donc pour demander les bidons éventuels que détiendraient les passagers.  Il s’agit en fait des bouteilles d’eau minérale de marque  « Lafi » vides, bouteilles que les enfants récupèrent car le recyclage fait partie du système D des campagnes burkinabè.

- Tantie : c’est un terme affectueux, voire une marque de respect, utilisé pour s’adresser avec déférence à une femme. On l’utilise volontiers pour interpeller amicalement une commerçante ou adoucir ses exigences lors de la négociation d’un bon prix.

- Farafi ou Nissa Blegue : le farafi veut dire le noir en langue Dioula, comme il se dit Nissa Blegue en Morée. Ce peut être utile de connaître ces mots pour répondre intempestivement aux enfants espiègles qui ne feront pas l’économie d’une taquinerie auprès d’un voyageur blanc qu’ils qualifieront de Toubabou en Dioula, ou de Nassara en Morée. Leur répondre « Farafi » ou « Nissa Blegue » peut les subjuguer, à condition de choisir la bonne langue pour les bons enfants ! 

- Burkina Faso :  Nom donné au pays le quatre août mille-neuf-cent quatre-vingt quatre par le révolutionnaire pur et dur Thomas Sankara. Il est la combinaison de deux langues les plus parlées dans le pays, le mot Burkina issu du Mooré et signifiant « intègre » et le mot Faso issu du Dioula et qui signifie « patrie » ; donc Burkina Faso égale Petrie des Hommes intègres.

- Abacoste : Il est le raccourci de la locution « abat le costume ». Il signifie le costume de ville souvent porté en Afrique, constitué d’une veste chemise à manches longues ou courtes et d’un pantalon, l’étoffe pour les réaliser ayant été choisie au marché. Ce terme pourrait venir du Zaïre, qui est l’actuelle République Démocratique du Congo, né après son accession à l’indépendance. L’abacoste est à l’image de la grande majorité des vêtement portés au Burkina : il est le résultat du travail de nombreux couturiers dont la devanture est reconnaissable de loin par le fait qu’elle est peinte en couleur chatoyante, verte ou jaune, avec écrit en façade le mot couture ainsi que le nom de l’artisan ; il s’y ajoute un dessin de mise en valeur pour attirer celles et ceux des clients potentiels qui ne savent pas lire et écrire, soit la grande majorité de la population ; ce dessin évoque un ciseau au profil malhabile, une machine à coudre, ou un mètre à ruban. Ainsi, chacune et chacun a son couturier comme on a en Europe son médecin ou son avocat, et pense d’ailleurs qu’il est le meilleur en qualité de travail et en matière de prix. Mais il y en a un parfois tous les vingt mètres et ils ont tous du travail ! Ils sont donc tous le meilleur de quelqu’un. Par exemple, la blouse que l’on utilise à l’hôpital n’est pas achetée dans une centrale d’achats de matériel médical, mais bel est bien commandée au couturier pour l’art duquel le centre hospitalier a opté. Le nouveau médecin devra préciser donc à son arrivée ses mensurations, les endroits où il souhaite des poches, la longueur de la blouse, et sa matière : synthétique ou coton. Tout se fait donc aux exactes mesures et, à en croire les expats bien informés, à des prix pour le moins compétitifs. Et chacune et chacun qui repart dans son pays d’origine doit d’ailleurs dans les actions à mener avant le départ passer chez « son couturier » pour y retirer les commande prudemment passées quelques jours avant l’issue du séjour de sa mission.

- Il n’y a pas de problème : cette locution essentielle dans le déroulé d’une relation orale se retrouve dans toutes les bouches et pour toutes les occasions. Ce leitmotiv est africain en général, donc burkinabè en particulier. C’est pour les locaux une manière de rappeler qu’ils abordent la vie et ses vicissitudes avec philosophie, tranquillité, et sérénité, mais c’est aussi une manière de rassurer l’européen dont ils perçoivent clairement le stress dont il est assailli, l’inquiétude devant la tournure que prennent les évènements programmés et qui n se déroulent pas tout à fait comme il les avait imaginés.

- Mais qui me pousse ? : Le « Qui me pousse » est le nom donné à un alcool local tiré du palmier, dont la puissance à déclencher le trouble est légendaire. Celui qui a abusé de ce nectar rentre à pied chez lui d’un un pas pour le moins incertain, indécis, et se demande tout au long du trajet : « mais qui me pousse ? »

- Le Tô :  se dit saghbo en Morée : c’est un plat préparé à base de farine de mil ou de maïs cuite dans de l’eau et formant une pâte à laquelle on adjoint une sauce contenant divers ingrédients comme des épices variés, des feuilles de baobab, des feuilles de chou, de l’oseille. C’est le plat national burkinabè, proche du foufou que l’on mange au Burundi ou au Congo, bien que les habitants de ces pays considèrent avec peu de sérieux ceux qui cuisinent le tô du Burkina et préfèrent prendre les dix ou vingt minutes pour confectionner le leur auquel ils ajoutent volontiers du sorgho. Le tô est un plat fort économique et de plus très nourrissant. On le consomme surtout dans le pays Mossi et dans le sud du Burkina.

- Le vélo : il représente avec la mobylette le moyen de transport le plus largement utilisé, d’autant qu’il est peu coûteux, qu’il ne justifie pas d’apport de carburant, que le pays globalement est plat. Ainsi l’on croise sur les routes et les pistes des colonnes entières de cyclistes qui transportent sur l porte bagage que l’on ne peut qu’imaginer toutes sortes de charges vivantes (poulets, pintades), fragiles (canaris en argile), ou volumineuses (caisses de polystyrène empilées en des tas inouïs). 

Pour les grands sportifs, le tour du Faso est un rendez-vous incontournable qui attire des cyclistes amateurs mais aussi professionnels du monde entier.

- Le taxi-brousse : c’est volontiers un « Hiace » Toyota antédiluvien d’en principe neuf places. L’utiliser impose un grand stoïcisme et une grande patience ; c’est en effet au moment de partir qu’une quinzaine d’africains prend place sur la plate forme du véhicule ou sur son toit, lequel comporte aussi un grand nombre de sacs de cinquante kilos de riz ou de petit mil, une grand ‘foison de poulets vivants attachés par les pates, des chèvres elles aussi liées aux pattes, des bicyclettes et mobylettes, tous ces produits étant déposés par-dessus les bagages du voyageur. Souvent les enfants sont rois et il est fréquent de se retrouver avec un loupiot sur ses genoux dont on comprend bien qu’il fera peut-être la totalité du voyage. Parfois, c’est quelques centaines de mètres après le départ que la passe de carburant se matérialise par l’arrêt inconditionnel du moulin, et par malchance les jerricans sont sous le tas de bagages dont la hauteur réalisait à peu près une fois et demie celle du véhicule, dont le châssis d’ailleurs n’était pas loin de se frotter à la chaussée ; il faut donc démonter le savant ficelage qui assurait la stabilité du « gratte-ciel » roulant. C’est enfin quand tout est remonté et prêt à  ré-fonctionner qu’un compagnon de voyage musulman va demander à quérir sa natte qui est dans le chargement au beau mitant du toit pour la dérouler au sol et prendre le temps de situer la direction de la Mecque afin d’accomplir l’intégrité de sa prière coranique. S’énerver ne résout strictement rien et il est donc nécessaire d’accorder une totale confiance au chauffeur qui est le seul maître à bord après Dieu et qui maîtrise parfaitement toute la face apparente du protocole (sachant que les possibilités d’aventure au sein d’un taxi brousse sont infinies et que le voyage en cours n’en révèlera qu’un tout petit échantillonnage !!!

- Le poulet bicyclette : Il s’agit d’une volaille quasiment sauvage qui se promène au voisinage des maquis dans les rues de villages et des villes, les maquis étant les restaurants populaires burkinabè. On l’appelle ainsi parce que lorsqu’il court pour traverser la route devant une mobylette ou un Land-Cruiser, il n’est pas sans évoquer un coureur cycliste. Lorsqu’on commande à manger au Maquis, on l’attrape pour le manger de suite, en général grillé ou avec une sauce forte en ail. C’est dire le temps qu’il faut pour être servi car il faut successivement l’attraper, le tuer, le plumer, le découper, et le faire cuire. Bien entendu, sa chair est ferme, succulent même s’il y a peu à manger sur ses os car il court toute la journée en plain air. On ne peut évidemment le manger autrement qu’avec les doigts.

- L’alternative au poulet bicyclette est le poulet télévisé : ce dernier est cuit à la broche dans une rôtissoire en verre. Il tire donc son nom des vitrines dégoulinantes de graisse de ces appareils, qui rappellent ainsi (de fort loin) un écran de télévision car en plus ça bouge dedans ! Les locutions traditionnelles burkinabè ne reculeront devant rien pour faire rire l’interlocuteur, partager son rire, et être content qu’il soit content !!!

- Le pagne : il est ce vêtement composé d’un simple morceau d’étoffe que les femmes nouent autour de leur taille en guise de jupe. La diversité des motifs imprimés est infinie, et est le signe d’une Afrique qui ne cesse d’évoluer et qui affiche une inépuisable créativité. Les pagnes peuvent devenir des supports médiatiques en périodes électorales, et se couvrent alors des devises et slogans des candidats à l’assemblée nationale par exemple. Il peut être aussi le vecteur d’idéologies révolutionnaires : si Che Guevara savait le nombre de postérieurs africains qu’il couvre (mais aussi le nombre d’arrières d’autobus sur lesquels il est imprimé !) Le pagne devient enfin une unité de mesure pour effectuer l’achat de la bonne surface de tissu imprimé destiné à réaliser… un pagne ! C’est donc une pièce d’environ un mètre vingt par un mètre cinquante qui peut se reproduire à l’infini.

- Volta : nom qui était contenu dans l’ancienne dénomination du pays, la Haute Volta ; c’est au Burkina que se forme le bassin du fleuve Volta, dont la longueur est de mille-six-cent kilomètres jusqu’à son embouchure dans le Golfe de Guinée ; il forme notamment au Ghana le Lac Volta. Trois affluents de ce fleuve majestueux prennent leur source au Burkina : il s’agit du Mouhoun ou encore Volta Noire, du Nakambé ou Volta Blanche, et du Nazinon ou Volta Rouge.

Quelques proverbes et devinettes burkinabè

Au Burkina comme dans beaucoup de pays d’Afrique, les proverbes s’emploient au quotidien dans n’importe quelle conversation. Ils émanent de la sagesse populaire et franchissent aisément les frontières. Certains sont revendiqués par plusieurs pays.

-L’homme a deux pieds, mais ne peut suivre deux chemins en même temps.

-Le savoir, comme le feu, se cherche chez le voisin.

-Quand un poisson commence à pourrir, c’est toujours par la tête.

-On ne peut porter un éléphant nouveau né dans sa besace.

-Le vautour a beau voler, il reviendra sur terre.

-Si la facilité donnait quelque chose, le crapaud aurait une gibecière. -La mort est incapable devant la parole de l’ancêtre. -Les larmes ne sauvent pas l’homme.  -S’asseoir sans rien faire n’ôte pas l’épine du pied.-Un vieux assis voit plus loin qu’un jeune debout.

-La main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit.

-La parole est comme l’eau, une fois versée tu ne peux plus la ramasser.

-Tant qu’on ne coupe pas la queue du margouillat, il ne trouvera pas son trou.

-Sauterelle par sauterelle, on remplit la calebasse.

-Quand l’antilope court, son petit ne traine pas la patte.

-Si l’ombre ne vient pas jusqu’à l’antilope, l’antilope ira jusqu’à l’ombre.

-La poule ne saurait dire merci au mortier.

-On ne peut porter un éléphant nouveau né dans sa besace.

-Le vautour a beau voler, il reviendra sur terre.

-On ne peut caresser le buisson d’épines.

-Si ton eau ne te suffit pas pour te baigner, lave-toi la figure.

-On ne choisit pas la sauce salée avec les yeux.

-Si la facilité donnait quelque chose, le crapaud aurait une gibecière.

-Une seule main ne ramasse pas de la farine.

-Mâcher et siffler ne vont pas ensemble.

-Les larmes ne sauvent pas l’homme.

-Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle.

-Celui qui n’a pas atteint l’autre rive ne se moque pas de celui qui se noie.

-La mort est incapable devant la parole de l’ancêtre.

-On ne piétine pas les testicules d’un aveugle deux fois.

-On ne peut que croire au poisson qui dit que l’œil du crocodile est pourri.

-On ne demande pas pour organiser les funérailles de sa maman.

-Il ne manque jamais d’os dans la maison de l’hyène.

-Si un scorpion pique un caillou, il gaspille son venin.

-S’asseoir sans rien faire n’ôte pas l’épine du pied.

-Le caleçon d’aujourd’hui vaut mieux que le pantalon de demain.

-L’homme a deux pieds mais il ne peut suivre deux chemins à la fois.

-Si un cheval a dix palefreniers, il aura soif.

-Il faut qu’un enfant tombe par terre pour apprendre à se tenir debout.

-La case d’un ami n’est jamais loin.

-Si tu n’as pas encore vu la femme, ne prépare pas la natte.

-Nous voyons dans l’eau.

-Quand ton ami te lave le dos, toi lave-toi le visage et le ventre.

-L’homme à deux pieds, mais il ne peut pas suivre deux chemins à la fois.

-Le caleçon d’aujourd’hui vaut mieux que le pantalon de demain.

-S’asseoir sans rien faire n’ôte pas l’épine du pied.

-L’étranger aime bien qu’on lui dise « sois le bienvenu », mais il préfèrera surtout qu’on lui dise « prends ça ».

-Si ton eau ne suffit pas pour te baigner, laves toi la figure.

-Sauterelle par sauterelle, on remplit la calebasse.

-Quand l’antilope court, son petit ne traîne pas la patte.

-La maison abandonnée par l’écureuil, sert de palais au hérisson.

-Si l’ombre ne vient pas jusqu’à l’antilope, l’antilope ira jusqu’à l’ombre.

-Le ver qui habite le caïcédrat ne sait pas ce qu’il y’a de bon dans les autres arbres.

-La bouche d’une femme est son carquois.

-Si l’échange équivaut à un cadeau, que chacun garde ce qui lui appartient.

-La maison construite avec la salive ne résiste pas à la rosée.

-On ne dépèce pas ce qui est mort.

-Si l’eau n’a pas été troublée, elle ne se dépose pas.

-Le caillou et l’œuf ne dansent pas ensemble.

-Si l’âne rue contre un rocher, il casse ses sabots

-Quand la bosse du chameau est enflée, on ne va pas inciser l’âne.

-Si l’oiseau tarde à s’envoler il s’élèvera avec une flèche.

-On ne demande pas son chemin à un sourd.

Le dos de l’âne trop docile finit par peler.

-On ne peut forer un puits en un jour.

-On peut par la force ou la douceur faire coucher un chien, mais on ne peut l’obliger à fermer les yeux.

-Même s’il possède une protection magique, le poussin n’ira pas en consultation chez l’épervier.

- Si tu diffères de moi, loin de me nuire, tu m’enrichis.

-Lorsque le chat est repu, il trouve que le cul de la souris pue (proverbe Peul).-Le bout de bois à beau rester dans l’eau, il ne deviendra jamais caïman.

-Lorsque la mémoire va chercher du bois mort, elle revient avec le fagot qui lui plait.

-L’ombre de l’arbre appartient à tout le monde.

-Si tu sèmes une épine, quand elle poussera, elle te piquera (proverbe Sango).

-Ce n’est pas parce que la fourmi a un petit zizi qu’elle ne va pas faire pipi.

-Si la porte est fermée, n’hésite pas à passer par les fenêtres (proverbe des voleurs).

-La force du baobab est dans ses racines.

-Le talon à beau se presser, il ne pourra jamais rattraper les orteils.

-La violence du vent n’enlève pas les tâches du léopard.

-Si tu peux marcher, tu peux danser ; si tu peux parler, tu peux chanter…

-Là où le cœur est, les pieds n’hésitent pas à y aller » (Proverbe du Togo).

-Aller doucement n’empêche pas d’arriver.

-Qui veut souffrir, traîne son sexe dans la fourmilière.

-Là où on s’aime, il ne fait jamais nuit.

-Le fleuve fait des détours parce que personne ne lui montre le chemin » (Proverbe du Gabon).

-Celui qui avale une noix de coco fait confiance à son anus.

-L’amour est un crocodile sur le fleuve du désir.

Proverbes Dagara

-L’hyène qui passe son temps à hurler n’aura jamais sa proie.

-Si vous avez besoin d’un bouc pour des sacrifices et qu’il n’est pas dans l’enclos, c’est la veille qu’il faut le rechercher et l’attraper.

-La nuque dit qu’elle s’en fout des luttes traditionnelles, malheureusement elle est toujours la première à cogner le sol.

-La pauvreté ne peut pas mettre fin à l’amitié.

-Celui qui a des proches nantis, pense qu’il est à l’abri du besoin et qu’il n’a besoin de personne.

Devinettes du pays Lobi (**)

*Une femme aux cheveux tressés porte un, deux ou trois bébés. Qu’est-ce que c’est ? – Le maïs.

*J’ai trois épouses. Lorsque l’une d’entre elles est absente, nous restons tous à jeun. Qu’est-ce que c’est ? – Les trois pierres du foyer (si l’une des trois pierres du foyer manque, on ne peut plus poser le canari, donc plus préparer à manger).

*Mon ami a un gros ventre. On lui donne toutes sortes d’aliments mais il ne dit jamais qu’il est rassasié. Qu’est-ce que c’est ? – Le grenier.

*Une fille au teint très clair, plus belle que toutes les autres. Quand elle marche, elle ne regarde jamais derrière. Qu’est-ce que c’est ? – Le feu de brousse.

*Une case sans porte. Qu’est-ce que c’est ? – L’œuf.

*Je suis allé au village et ce sont des cadavres qui m’ont salué. Les vivants, eux, ne m’ont rien dit. Qu’est-ce que c’est ? – Les feuilles mortes tombées à terre qui craquent sous les pieds. Les feuilles vivantes, elles, ne disent rien.

*C’est un arbre qui ne donne des fruits que la nuit. Qu’est-ce que c’est ? – Le ciel (et les étoiles).

*Mon pantalon a brûlé mais ma ceinture est restée. Qu’est-ce que c’est ? – La brousse et ses chemins (même si la brousse se consume, subsistent toujours les sentiers).

*Mon père construit une maison avec une seule porte d’entrée et tout le monde ne peut pas vivre dedans. Qu’est-ce que c’est ? – Le fossoyeur et la tombe.

*Mon père possède un taureau. Le matin quand il part aux pâturages, il se tient perché, mais une fois rassasié, il se tient droit pour revenir à la maison. Qu’est-ce que c’est ? – Le canari d’eau (Lorsque les femmes partent au marigot pour chercher de l’eau, elles portent leur canari penché sur la tête et lorsqu’il est plein, elles le tiennent debout.)

(**)Tiré de « Paroles d’ancêtre lobi : sorcières et araignées. » Patrick Kersalé et Biwanté ; Kambou, Anako éditions 1999

Le conte du jour : l’homme, la femme et les animaux

Un homme très riche habitait dans la brousse avec sa femme. Il possédait un bracelet que Wende lui avait donné, disant: «  Conserve-le bien. Tant que tu l’auras, tu seras riche.  »
Un jour qu’il se disputa avec sa femme, celle-ci vola le bracelet et le cacha en haut d’une petite case élevée, étroite, solide et sans porte qu’elle construisit dans la brousse.
Cependant, les biens du mari commencèrent à disparaître : ses troupeaux périrent, ses richesses se perdirent. Bref, il devint pauvre. L’homme cherchait partout son bracelet, mais ne le retrouvait pas.
Cependant, il rencontra un chien :

«  Que fais-tu là ? Dit le chien.
- Je cherche un bracelet auquel je tiens beaucoup.
- Si tu me récompenses, dit le chien, je t’aiderai.
- Si tu le trouves, je te donnerai tout ce que tu veux, dit l’homme.  »
Le chien, flairant bien, cherchait partout avec son nez.

Il finit par tomber sur la case construite par la femme et, ne pouvant entrer, appela l’homme.
« Ton bracelet est là, dit-il, mais je ne peux pas entrer. Comment allons-nous faire ?
- Que faites-vous ici ?  » Dit le chat qui passait.

Le chien et l’homme expliquèrent leur embarras. « Je peux faire un trou, dit le chat, mais que me donneras-tu ? »

- « Si tu vois seulement mon bracelet – dit l’homme – je te donnerai tout ce que tu voudras.  »

Le chat fit un trou, parvint dans la case et vit le bracelet attaché en haut de celle-ci. Il sortit pour dire à l’homme et au chien que le bracelet était bien là, mais qu’il ne pouvait pas l’attraper. La souris survint et dit : « ce ne sera qu’un jeu pour moi de faire tomber le bracelet. O homme, si je le fais, qu’est-ce que tu me donneras ? »

- « Tout ce que tu voudras », dit l’homme.
La souris entra dans la case, grimpa, fit tomber le bracelet. Puis elle sortit : « J’ai fait tomber le bracelet par terre, mais je ne peux pas le sortir parce qu’il est trop lourd pour moi ».
- « A mon tour !  » Dit le chien. Et il le rapporta.
Dès que l’homme eut son bracelet en main il redevint riche. Les troupeaux arrivaient de tous côtés. Les richesses affluaient. L’homme regagna sa case, emmenant avec lui le chien, le chat et la souris.
Depuis ce temps-là, le chien ne vit plus dans la brousse, mais chez l’homme qui lui donne de la viande. Le chat ne vit plus dans la brousse, mais chez l’homme qui lui donne du lait ; la souris ne vit plus dans la brousse, mais chez l’homme qui lui donne des arachides – et tous sont heureux ! – excepté la femme justement, car depuis ce temps-là, l’homme a perdu confiance en elle. 
 
  



Le climat au Burkina Faso
8 mai, 2010, 17:03
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Sources de références : plusieurs sites de climatologie de l’université de Ouagadougou, et pour la trame utilisée pour la construction du document, « Le Petit Futé 2007-2008″)

1) Trois zones climatiques dans le pays :

Au nord du pays : le climat est sahélien et s’étend jusqu’à Ouagadougou. L’extension de ce climat caractérisé par une très faible pluviométrie tend ces dernières années à dépasser cette limite. Dans cette zone, la pluviométrie annuelle est inférieure à huit-cent millilitres et les températures oscillent entre dix degrés en janvier et quarante degrés en avril.

Au centre du pays : le climat est soudano-sahélien. C’est un climat de transition observé dans tout le plateau central jusqu’à hauteur de Boromo. Il se caractérise par une pluviométrie oscillant autour des mille millilitres et des températures qui oscillent entre douze degrés en janvier et quarante degrés en avril.

Au sud-ouest du pays : le climat est soudanien. La pluviométrie y dépasse annuellement milli millilitres et les températures y oscillent entre douze degrés en janvier et trente-huit degrés en avril.

2) Trois saisons :

Trois saisons ponctuent l’année, variant en durée comme en intensité au nord et au sud du pays. 

Une saison sèche et fraîche, allant de la mi-octobre à la fin février : 

Elle est le moment de températures variant entre vingt et trente degrés et qui peuvent descendre la nuit jusqu’à dix degrés dans le nord du pays. Cette fraîcheur toute relative est due à un vent soufflant du nord-est appelé l’Harmattan. C’est un vent poussiéreux, mais qui propage aussi plusieurs maladies dont la méningite et la tuberculose.

Une saison chaude de mars à juin :

Avec des pics de températures extrêmes pouvant dépasser parfois les quarante degrés. A certains endroits, la chaleur impose une vie au ralenti en milieu de journée. Le mois d’avril est le mois le plus terrible, ce qui emmène les autochtones à prétendre qu’au mois d’avril le Burkina a une frontière commune avec l’enfer… 

On sait aussi que la rigueur du climat n’a pas de corrélation avec l’absence de précipitations (pour exemple, la quantité totale de pluie observée à Paris dépasse de seulement vingt-cinq pour cent la quantité de pluie tombée à Dori, dans le Sahel !), mais en fait par la durée de cette saison. Ainsi, pour reprendre l’exemple de Dori, les quantités de précipitations ont cours sur un temps limité seulement à cinq mois sur l’année ; le reste du temps, il y fait sec et les températures dépassent les trente-cinq degrés.

Une saison des pluies, ou hivernage, de juin à septembre : 

Le paysage du Faso se couvre en quelques jours d’un tapis vert et la plupart des arbres débourrent (*). Les pluies s’annoncent parfois lors de violents orages entrecoupés de périodes ensoleillées. Dans le sud ouest du pays (Banfora, Bobo Dioulasso), la saison des pluies débute plus tôt, parfois au mois de mai. Tandis qu’au centre du pays, au mois d’avril, une petite période pluvieuse inauguratrice est nommée « pluie des mangues » car c’est la période où ces fruits commencent à mûrir ; elle annonce donc l’aurore de la période de transition de saison, et au paysan que c’est le moment de préparer les sols en y faisant brûler des végétaux pour amender la terre et en y effectuant plusieurs semis. Puis il attendra patiemment la première pluie qui fera germer le mil ou le sorgho. C’est cette période qui est également appelée époque de soudure, et que nous aurons à citer souvent lorsque nous aborderons en détail les causes de la malnutrition. Durant cette période, les récoltes de la saison précédente s’épuisent tandis que les paysans y languissent les nouvelles pluies pour pratiquer les semis de l’année et espérer la récolte suivante.

Les limites de ces zones climatiques ont été déterminées à partir d’analyses sur des très longues périodes. Toutefois ces dernières années, ces limites tendent à descendre vers le sud et hélas la saison des pluies est de plus en plus courte. La modification du climat à l’échelle de la planète préoccupe de nombreux chercheurs, ceux qui ne parlent pas « d’Imposture Climatique ». Ainsi, au Faso, ces modifications sont aisément perceptibles par une augmentation des températures observées et par une nette réduction dans le temps de la saison des pluies. Localement? Ce phénomène général est accentué par la « sahélisation » du territoire qui va en  s’accroissant, surtout dans le nord du pays, et qui oblige les paysans et les pasteurs, les Peuls en général, à se déplacer vers le sud qui est un peu mieux arrosé. Ce phénomène est particulièrement inquiétant pour le Burkina car on sait que l’activité humaine (défrichage, pâturage, feux de brousse…) est en grande partie responsable de la sahélisation des territoires.

3) Le processus de sahélisation :

Bien que le climat joue ces dernières années en faveur de l’extension de cette zone, l’activité humaine est la principale responsable du phénomène de sahélisation. Autrefois, les habitants du Sahel, agriculteurs et pasteurs, vivaient en symbiose avec les aléas climatiques de cette région. La culture de céréales adaptées, mil et sorgho, les méthodes culturales adoptées comme la jachère ou encore le pâturage nomade et contrôlé, permettaient aux paysans et aux pasteurs de s’adapter aux difficultés climatiques de cette zone.

Plus récemment, l’accroissement important de la population survenu après la seconde guerre mondiale (la population du Burkina Faso s’est multipliée par deux en trente ans) a considérablement perturbé ce système fragile. Pour faire face aux besoins de la population, les surfaces de culture se sont agrandies tandis que le  développement des cultures de rente comme l’arachide ou le coton a nécessité la culture de grands espaces pris sur la savane jusque là épargnée. L’accroissement du cheptel animalier a également nécessité l’exploitation intensive de la savane à la recherche de nouvelles zones de pâturage. C’est ainsi que le déchiffrage du couvert arbustif et forestier ont avec les feux de brousse et le surpâturage considérablement appauvri la savane et favorisé sa sahélisation.

Pour faire face à un déficit de productivité et trouver de nouvelles terres fertiles, les paysans et les pasteurs vont donc à la recherche de nouveaux espaces vers le sud, et déplacent ainsi vers ces nouveaux territoires les problèmes créés aux abords des zones arides.

Si le processus anthropique de sahélisation est aujourd’hui bien compris des spécialistes, les méthodes de lutte contre le phénomène sont malheureusement difficiles à mettre en œuvre. Les principaux problèmes résident dans le fait que les initiatives qui pourraient limiter l’extension du Sahel nécessitent à la fois du temps (reconstitution d’un couvert végétal protecteur par exemple), une volonté écologique clairement exprimée, une convergence de moyens de lutte à l’échelle de plusieurs pays, et des moyens financiers importants.

D’autre part, sur place, ces initiatives sont confrontées à des problèmes immédiats de survie des populations car la précarité des paysans et des pasteurs à la recherche de terres cultivables et de pâtures (et par conséquent des surfaces à défricher et exploiter) ne permet pas facilement de pérenniser ces actions.

Durant les grandes sécheresses des années soixante-dix, qui ont trouvé un écho particulier dans le monde entier, neuf pays se sont réunis en mille-neuf-cent-soixante et onze au sein du Comité Inter Etats de Lutte Contre la Sécheresse du Sahel (CILSS). Ces neuf pays sont le Burkina Faso, le Niger, le Mali, la Mauritanie, le Tchad, le Sénégal, la Guinée-Bissau, la Gambie et les Îles du Cap-Vert. Avec le Soudan, pays sahélien mais non membre du CILSS, ces pays totalisent une superficie d’environ 7,8 millions de kilomètres carrés, soit vingt-cinq pour cent de la surface du continent africain, et abritent quarante huit millions d’habitants, soit 7,5 pour cent de la population totale de l’Afrique. Si l’on estime que la zone sahélienne à proprement parler recouvre cinquante pour cent de ces territoires (au Burkina Faso, et selon les spécialistes, le Sahel ou du moins sa zone d’influence recouvre pratiquement tout le territoire à l’exception de quelques zones au sud du pays), la superficie du Sahel au sud du Sahara est grande comme sept fois la France métropolitaine, ou cent-trente fois la Belgique !

Les zones géographiques : la Savane :

Au Burkina, on a coutume d’appeler brousse tout territoire qui n’est pas urbanisé ou cultivé. En fait, ce terme recouvre plusieurs variantes d’un écosystème bien particulier qu’est la savane. Elle est donc un écosystème caractéristique des zones dites tropicales où alternent la saison sèche (dont la durée dépasse trois ou quatre mois ; ainsi au Faso cette saison est de huit mois !)  et la saison pluvieuse aussi appelée, on l’a vu, hivernage. Celle-ci se caractérise par un couvert de graminées qui peuvent atteindre parfois deux mètres de hauteur, couvert parsemé de grands arbres (on parle de savane arborée) ou d’arbustes (on parle alors de savane arbustive). Le long des cours d’eau, là où l’humidité est plus importante, la savane prend l’aspect de la « forêt-galerie ». Aux confins des zones très arides, dans la région du Sahel, la savane est ponctuée de dunes de sable qui annoncent les paysages désolés du désert. On la nomme « savane tigrée », en référence aux longues bandes horizontales de graminées et d’arbustes qui résistent à l’avancée du sable. 

La savane qui recouvre la majorité du Burkina est d’origine anthropique, c’est-à-dire qu’elle s’est formée essentiellement à la suite de l’action de l’homme sur son environnement. En effet, le défrichage systématique de grands espaces pour la culture  et pour la collecte du bois (utilisé aussi bien pour ce qui est de la cuisson des aliments que pour la construction des cases, la pratique culturale des feux de brousse, ou bien encore le surpâturage de grands troupeaux), ont appauvri considérablement l’écosystème originel bien plus riche en arbres et forêts. C’est donc cette dégradation avancée de la savane qui a formé cette vaste région appelée de Sahel et dont la superficie ne cesse d’augmenter.

Les zones géographiques : la Sahel, un milieu aride :

Le deuxième milieu naturel que l’on rencontre au Burkina Faso est donc le Sahel, dans la partie nord du pays, et donc issu de la savane. C’est, on vient de le voir, un territoire de savane, un éco système fragile qui s’est dégradé sous l’influence d’une pluviométrie aléatoire et de l’activité anthropique qui a suivi l’explosion démographique des six dernières décennies , la conséquence de ces facteurs conjugués est une aridification de vastes zones, voire même une désertification qui favorise l’avancée du Sahara vers le sud.

La région du sahel est donc caractérisée climatiquement par une longue période sèche qui dure au Faso plusieurs mois, huit en l’occurrence, époque d’une pluviométrie aléatoire et régulièrement de plus en plus faible, tandis que l’hivernage (ou saison des pluies) débute en juin et se termine en septembre. Lorsque certaines années, et elles deviennent fréquentes, la pluviométrie moyenne n’est pas atteinte, on parle alors de sécheresses, lesquelles peuvent conduire à des catastrophes humanitaires comme celles qui sont intervenues durant les années soixante-dix et qui marquent encore les mémoires. Lors de la saison des pluies, les précipitations sont souvent regroupées sur une très courte période et donc de grandes abondance ; les pistes sont alors peu praticables dans la région qui se recouvre d’un manteau vert printemps. La zone du Sahel qui traverse plusieurs pays s’étire clairement d’est en ouest sur la partie méridionale du Sahara, depuis la Mer Rouge jusqu’à l’Atlantique. En revanche, ses limites vers le nord et vers le sud ne sont pas clairement affirmées et dépendent essentiellement de la pluviométrie répartie sur plusieurs années ; cette frontière floue varie donc d’une année à l’autre mais selon les écologues, le Sahel s’arrête là où commence la forêt claire, c’est-à-dire pour le Burkina au sud du pays, bien au-delà de Ouagadougou, en se rapprochant du Bénin, du Ghana, et du Togo.

3)Un conte burkinabè en lien avec le climat : Bassoulou et sa femme Ediou

Ce conte est tiré du N ° 7 de la revue Cili-n-zê, revue trimestrielle, en langue lyele. 

Il était une fois un homme qui habitait le village de Bonyolo. Il se nommait Bassoulou  Kwal Nor (Gros-Ventre-Craint-la-faim), et sa femme Ediou. Il avait une seule femme, car il disait qu’un homme qui a plusieurs femmes finit par se coucher le ventre vide. Lui et sa femme, tous les deux très gourmands, ne supportaient pas la faim. La femme venait d’un quartier de Réo, appelé Bananko. Ils avaient une très grande affection l’un pour l’autre, et ils étaient sans enfant. Ils pratiquaient bien la charité envers leurs proches-parents. C’est ainsi qu’ils avaient accueilli chez eux trois orphelins pour les élever.  L’aînée était une fille appelée Ekouara Guichir Kanyala (Respire-quand-tu-manges), fille de l’oncle maternel de Bassoulou ; elle venait de Goumedyr. Ses parents avaient été emportés par la vilaine maladie appelée sida. Le cadet s’appelait Baya Warpyéné Bagoro (Ne-supporte-pas-la-faim). Sa mère était morte des suites d’une jaunisse, et le paludisme avait emporté son père. Sa tante habitait Sanguié. Le plus jeune venait du quartier Efodio. Il avait perdu ses parents au cours d’une épidémie de méningite. Il s’appelait Befo Bayen. Bassoulou et sa femme travaillaient sans tenir compte de leur vieillesse : ils étaient de grands cultivateurs. Le mari cultivait un champ de riz dans le bas-fond de Guido, et la femme du gombo, malgré ses genoux fatigués. A la récolte elle vendait le gombo pour nourrir les orphelins. Mais il y eut une année de sécheresse générale. Cette année-là, ils n’ont rien récolté. Les gens avaient travaillé pour rien. La population se nourrissait de fruits sauvages et de racines. Les paysans étaient tristes, découragés. Chaque jour, ils maigrissaient un peu plus. Bassoulou, lui, était en train de perdre son gros ventre. Les orphelins, en pleurs, s’accrochaient aux épaules de la vieille maman Ediou pour lui demander à manger en disant : « Maman, le tô ! Maman, le tô ! » A cause de cette situation difficile, le vieux Bassoulou, se sent obligé d’envoyer quelqu’un chez la petite sœur de sa mère à Bessiel. Celle-ci s’appelle Génécolo-Karkar-Kyonafo (les fleurs d’oseille aigre valent mieux que rien). Il la supplie de le secourir avec un peu d’oseille, puisque celle-ci en produisait beaucoup. Et la vieille Génécolo n’hésite pas : elle lui offre tout un sac de ces fleurs ; c’était celles de l’an passé qu’elle avait mises en réserve. Et Madame Bassoulou, très bonne cuisinière, fait des merveilles. Elle fait cuire ces fleurs en y ajoutant du sucre et du beurre de karité : elle  assaisonne ainsi tout ce qu’elle peut trouver qui ressemble à de la nourriture. Et c’est ainsi que survit la famille. La famine frappait toute la population et même les animaux. Le mil devenait de plus en plus cher au marché, et les commerçants en profitaient pour s’enrichir. Car le malheur des uns fait le bonheur des autres. Les plus déshérités vivaient dans la pauvreté la plus complète. La saison nouvelle arrive. Une grande pluie tombe et l’eau ruisselle partout : rivières et marigots se remplissent. Dans les bas-fonds on n’entend plus que le croassement des crapauds. Sans plus attendre, chacun se précipite dans son champ. Les vieillards, très fatigués, s’asseyent sur le sol pour semer. Les femmes, pagnes attachés aux reins, mine serrée, sarclent sans relâche. Les hommes travaillent avec ardeur. Les jeunes et les enfants courent de-ci de-là sous les insultes, et parfois même sous les coups de leurs parents.   Le prix du mil augmente de jour en jour. La faim secoue toutes les familles. Les vieillards se plaignent comme des enfants. Le vieux Bassoulou est encore obligé d’envoyer quelqu’un chez une de ses bienfaitrices, à Toucan, un quartier de Réo. Celle-ci s’appelle Eboh (sorgho). Car si vous vous connaissez, vous êtes tenus à partager vos peines.  Aussitôt Eboh récolte une partie de son sorgho, bien qu’il ne soit pas tout à fait mûr. Elle en remplit 7 paniers et en charge ainsi 7 jeunes filles et les envoient chez Bassoulou. C’est ce sorgho qui sauve ainsi la famille de Bassoulou. Et voilà que cette année, les pluies sont nombreuses, et se prolongent suffisamment : la récolte est très abondante. La joie éclate partout. Elle se lit maintenant sur les visages. Tous sont soulagés, et partout on entend : « Bonjour le tô ! Au revoir la faim ! » C’est ainsi que la grande famine a disparu, et que certains l’ont déjà oubliée. Vraiment les choses ont des degrés. Maintenant les villageois se disent entre eux : « Maintenant, c’est la viande que nous allons semer, pour avoir de quoi manger notre tô ! » Mais attention ! L’année où la récolte est bonne est parfois aussi l’année où la faim n’est pas loin, si l’on ne reste pas prudent. Le vieux Bassoulou avait une grande confiance en trois personnes. Il envoie sa fille adoptive Ekouar chez la première qui était sa tante appelée Essona Kanzié (haricot), à Goundy, pour lui dire : « Moi, Bassoulou, je crains beaucoup la faim, ma femme est gourmande et nos enfants ont bon appétit ! Eh bien ! Ecoute mes conseils : j’ai appris que ta fille Echia (petit pois) va se marier cette année, et que pour la dot vous réclamez douze tines de haricots. Je crois savoir que si vous fatiguez trop votre belle-famille, ils risquent d’avoir la famine chez eux ». Essona, en entendant cela, se met en colère, en disant : « Je ne donnerai pas ma fille cadeau. En quoi cela dérange Bassoulou ? C’est ma fille, cela se passera comme j’ai décidé. Laissez-moi gagner ma nourriture ! Si jamais je n’ai pas les douze tines, et les animaux, Echia ne se mariera pas. » Et tante Essona met facilement son mari Oyon Bayoulou (hyène) de son côté, et les douze tines sont exigées.   La belle-famille est très ennuyée : elle n’avait pas semé de haricots. Elle est obligée de vider ses greniers, et de vendre son mil à bas prix, pour acheter un peu de haricots à chaque marché. Enfin, voilà que les douze tines de haricots sont là. On y ajoute trois chèvres et on fait porter le tout chez tante Essona. Le contrat est rempli, et on leur remet leur femme Echia.    Mais nous voici au temps de la soudure. Et chez Echia et son mari, c’est encore la famine. Les mines sont serrées. Quand Echia essaie de dire à son mari qu’il n’y a plus rien à manger, il se met en colère, il gifle sa nouvelle femme et la renverse d’un coup de pied. Pan ! Ouh ! Ouh ! (les jeunes d’aujourd’hui aiment frapper leurs femmes…). Mais le mari ne s’arrête pas là : après avoir jeté tous ses bagages au dehors, il l’a répudie en disant : « D’ailleurs, c’est avec douze tines de haricots et trois chèvres que je t’ai mariée. Est-ce que tu ne le savais pas ? » A vrai dire, il n’y avait pas d’amour sincère entre eux. Maintenant, plus de femme, et plus de nourriture dans les greniers ! Notre vieux Bassoulou n’avait-il pas averti Essono ? Pour avoir fait la sourde oreille, voilà les conséquences. Maintenant, Bassoulou envoie son fils Befo-Bayen chez la deuxième personne de confiance : Bado Omyela (petit-mil) du quartier Sinkou, pour lui dire : « Moi, Bassoulou, je crains beaucoup la faim. Ma femme est gourmande et mes enfants sont de gros mangeurs ! Eh bien ! Écoute : J’ai appris que tu as eu beaucoup de mil cette année, et que tu as agrandi tes greniers. Je te félicite, tu es un bon cultivateur. Mais malgré cela, si tu ne fais pas attention, la famine risque de toucher ta famille. Pour éviter ce malheur, il ne faut pas parler de funérailles cette année. » Quand il entend cela, Omyela change de visage. Ses yeux rougissent. Levant son bâton vers le ciel, il dit : « Qu’est-ce que dit Bassoulou ? Qu’il disparaisse ! Qu’il règle d’abord le problème de son gros ventre. Qu’il ne se mêle pas des affaires des autres. Quant aux funérailles, elles seront célébrées toutes, sans exception. Ha ! Ha ! Ha ! » Et il commence à écrire sur le sol en comptant le nombre de funérailles à célébrer cette année : « Il y aura celle du vieux Bali, du vieux Bati, de la vieille Egnini, sans oublier la vieille Evour décédée il y a 48 ans ! Il y en aura plus de 10 pour notre seule cour ! Si nous ne faisons pas ces funérailles, nous n’aurons jamais la paix dans la famille. Gare à celui qui dira le contraire ! » Et le même jour, Omyela convoque ses frères pour décréter le jour des funérailles.   Cette année là, chaque jour,  les gens se déplaçaient de quartier en quartier, ou de village en village pour des funérailles. Il y en avait partout. Ni les griots, ni les beaux, ni les oncles n’avaient le moindre temps pour se reposer ou pour s’occuper des affaires de leur famille. Partout les villageois dansaient et buvaient, tout en respirant la poussière qui montait vers le ciel malgré eux. Et le rhume, la toux, et d’autres maladies contagieuses se répandaient. Et les funérailles vidaient tous les greniers ! Et bientôt voici que la faim fait sa réapparition. Celle-ci, surnommée « pense-à-tout » « mine-serrée » rend visite à toutes les familles. Le prix du mil augmente rapidement. Les rires sont finis. Et pourtant, le vieux Bassoulou n’avait-il pas conseillé Omyela ? Et voilà, ce que notre sage avait prévu est arrivé. La dernière personne chez laquelle le vieux Bassoulou envoie son fils Baya Bagoro s’appelle Bassolé Oyala du quartier Essosso. C’est pour lui donner les mêmes conseils, et lui dire que lui, Bassoulou, ne supporte pas la faim, que sa femme est gourmande et que leurs enfants sont de gros mangeurs ! Et il ajoute : « J’ai appris que ton champ a bien donné et que tu parles dans les cabarets que tu vas vendre ton mil pour battre la campagne politique pour gagner le pouvoir. Je suis sûr que si tu fais cela, la famine va revenir chez toi avec autant de force que l’an dernier ». Entendant cela, le vieux Oyala se met en colère. Il respire avec peine. Il sue à grosses gouttes, et sa voix tremble quand il dit : « Si on ne vote pas pour moi, pour qui va-t-on voter ? Ce Bassoulou ne connaît rien. Il croit qu’il s’agit d’un problème de gros ventre ! Va dire à Bassoulou que je ne mange pas chez lui ; que je n’ai pas besoin de ses conseils. Pour qui se prend-il ? Et qu’il se méfie ! Il ne faudrait pas qu’il abuse de notre amitié pour gâter mes affaires. Qu’il fasse attention à lui ! »   Le même jour, le soir venu, le vieux Oyala fait appeler un joueur de flûte, pour faire annoncer à toute la population qu’il était candidat à la chefferie. Aussitôt, le joueur de flûte monte sur le toit de la maison, et après avoir chanté les louanges d’Oyala, il annonce que celui-ci est candidat à la chefferie.   Le lendemain matin, Oyala appelle un commerçant pour le conduire en brousse afin d’évaluer avec lui sa prochaine récolte de mil. D’un commun accord, ils l’évaluent à 150 tines. Puis ils se mettent d’accord sur le prix : 100 francs la boite appelée « Yoruba ». A leur retour des champs, le commerçant lui remet donc 120 000 francs. A partir de ce jour, le vieux Oyala n’a plus une minute à lui. Chaque jour il fait le tour de la ville pour battre sa campagne avec ses poches pleines d’argent. Il passe de cabaret en cabaret, de buvette en buvette. Il ne manque aucun marché. Le « 21″ de Réo, c’est sa fête. Il offre à chacun un peu de dolo, et même du porc au four. C’est l’occasion de manger et de boire gratuitement. Mais, en fait, tout le monde le connaît, et sait bien qui il est. Et tous le critiquent dès qu’il a le dos tourné. Quand on l’aperçoit au loin, on parle mal de lui, mais dès qu’il est proche, on se lève pour le saluer respectueusement. Quand il offre le dolo, on l’applaudit, on chante ses louanges. Mais dès qu’il s’est éloigné, ce n’est plus que des insultes. Et lui ne se rend compte de rien. Il ne voit pas que la population ne l’aime pas. Ils cherchent seulement à le ruiner.   Et c’est bien ce qui est arrivé. Il a échoué complètement aux élections. D’autres ont été élus. Dans tout le village, pour lui, c’est la honte. La famine ne tarde pas à entrer dans sa cour, avec toutes sortes de difficultés. La faim devient sa compagne de tous les jours, et la compagne de toute sa famille. Ses femmes ne supportent plus la situation et elles prennent la fuite.   Et Oyala se retrouve seul, découragé, et tourmenté. Il maigrit de jour en jour. Il est vraiment malheureux, mais personne ne le plaint. Et pourtant, le vieux Bassoulou ne l’avait-il pas conseillé ?
Voilà ce qui est arrivé à ceux qui ont négligé les conseils du vieux Bassoulou.
 
A bon entendeur, salut ! 
André-Jules Bassono(*)

Ainsi, pour débourrer correctement au printemps, les espèces des zones tempérées ont besoin, successivement, d’une période minimale de froid, qui lève la dormance automnale (elle rend les bourgeons de nouveau aptes à croître), puis d’une certaine quantité de chaleur. Ces besoins spécifiques, vraisemblablement dépendants de gènes différents, sont pris en considération par les spécialistes en biotechnologie qui cherchent, par exemple, à améliorer les arbres fruitiers par des croisements, afin d’obtenir de nouvelles variétés adaptées à d’autres climats, notamment à hivers plus doux ou à gelées printanières plus tardives.  Les arbres diffèrent des buissons par leur aptitude à faire un tronc. Chez les premiers, ce sont les bourgeons du sommet de la tige qui se développent le mieux au printemps, alors que chez les seconds ce sont ceux de la base. De plus, les bourgeons de la base sont moins dormants que ceux du sommet, c’est pourquoi ils sont déjà aptes à débourrer et à s’allonger dès le milieu de l’hiver, tandis que ceux qui sont situés au sommet de l’arbre sont encore fortement dormants. Ainsi, il est artificiellement possible, grâce à une élévation de température de 25 °C au cœur de l’hiver, de transformer certains jeunes arbres en buissons. 



Le Burkina, un territoire condamné à la pauvreté, une population courageuse…
8 mai, 2010, 16:14
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Ce texte mis en ligne sur le web le jeudi 12 mars 2009 est le contenu d’une Conférence donnée en mai 2005 à Ecully (Rhône) par Catherine SCHADELLE, secrétaire générale de l’association « Petit à Petit… », association du Burkina-Faso.  C’est à mon avis un excellent texte, qui mérite une place d’honneur dans ce blog car c’est une photographie extraordinairement vivante et parfaitement détaillée et l’appareil utilisé pour la réaliser est sans nul doute doté de plusieurs dizaines de millions de pixels…  Il a pour projet d’introduire le contenu ultérieur du blog pour plusieurs semaines, dont les pages traiteront successivement et sans ordre logique, selon donc l’inspiration du moment, de la vie quotidienne au pays en matière d’économie, de traditions, de croyances, de pratiques comme la cuisine, les soins, la scolarisation, la sexualité, la poésie, le septième art, la sculpture, la littérature, les contes populaires, les proverbes et locutions, l’organisation étatique, les origines révolutionnaires, cette liste n’étant pas exhaustive. Bref si vous l’avez bien compris, le dessein est de parler maintenant sans mots couverts du Faso, pays de souffrance mais aussi de joie de vivre, de misère sociale mais aussi de richesses humaines considérables, bref pays tout en contrastes sauf son paysage, son climat, et la tragique espérance de vie de ses habitants délicieux pour leur très grande majorité. 

Jean-Pierre CAILLON 

___________________________________________________________  Présentation des aspects géoéconomiques puis humains de ce pays sahélien, sous l’angle de la pauvreté au quotidien, de ses causes et de ses effets, immédiats et profonds.

Mon propos est d’essayer de vous décrire des réalités qu’il est bien difficile de comprendre dans une société occidentale, septentrionale devrait-on dire plutôt. Je vais donc tenter, par des illustrations verbales, des anecdotes vécues, de vous faire partager un peu de ma passion pour ce pays et gommer au passage quelques idées reçues.  Si un Japonais quitte son pays pour aller en Bosnie, il dit à ses amis et voisins qu’il va en Europe. Et c’est vrai.
Mais s’il revient en disant qu’il connaît l’Europe, c’est faux. Surtout s’il n’y a passé que 15 jours et dans un hôtel de luxe… C’est pourtant ce qui risque d’arriver, et c’est comme cela qu’au Japon, certains vont croire qu’en Europe : les femmes portent le voile, les paysans cultivent avec des charrues à bœufs, les gens s’entretuent dans les villes et villages… Méfions-nous donc des généralisations et des raccourcis. 
Le Burkina n’est pas l’Afrique. Le Congo « ex-Zaïre » à lui seul est plus grand que toute l’Europe.  L’Afrique est un continent, beaucoup plus vaste et beaucoup plus varié que l’Europe, il enjambe les deux tropiques et l’équateur et profite même d’un climat tempéré à son extrémité Sud. Au Burkina Faso, vous ne trouverez ni les famines éthiopiennes, ni les guerres rwandaises, ni les épidémies congolaises, ni les dictatures du Maghreb. Pas plus que vous ne verrez les grandes exploitations agricoles du Zimbabwe, les mines de diamant du Congo, les réserves pétrolières du Nigéria, les ressources touristiques du Kenya ou les buildings du Cap. Non, le Burkina est un pays profondément rural, quatre-vingt cinq pour cent des Burkinabè vivent au village, ou « en brousse », et quatre-vingt dix pour cent vivent des revenus de l’agriculture et de l’élevage, donc une bonne part même des « citadins ». Or les conditions géo climatiques sont très défavorables à l’agriculture.  Au Burkina, vous verrez une terre rouge que des hommes, des femmes, des enfants, beaucoup d’enfants, parcourent à pied ou à vélo, inlassablement, écrasés de soleil ou étouffés de moiteur, selon la saison, mais debout, toujours en mouvement, à la recherche de quoi assurer l’ordinaire … 

  • Un territoire condamné à la pauvreté 

Si vous quittez Lyon, marchez plein sud, avec constance, vous découvrirez, juste à la sortie du Sahara, la borne frontière « Bienvenue au Burkina ». Vous enjamberez quelques dernières petites dunes et vous apercevrez quelques arbres épars, comme jetés là par un éternuement divin. Oh pas des pommiers couverts de fruits, non, des troncs torturés, de baobabs ou d’acacias. En poursuivant votre route vers le Sud, vous finirez par trouver des champs, du mil ou du sorgho, c’est tout ce que la terre peut offrir aux hommes qui se courbent sous le soleil avec leur houe pour permettre à l’eau de se marier avec la terre. Vous traverserez de grandes étendues rouges rocailleuses, c’est de la latérite, une roche qui a été de l’argile, sur laquelle le soleil et les pluies violentes ont trop frappé. Quand vous atteindrez le centre du pays, si vous passez là juste après les trois mois pluvieux, vous verrez maintenant, en plus du mil et du sorgho, des champs de maïs, et, en descendant encore, du coton, et enfin des forêts. Oh ce n’est pas l’Amazonie, plutôt la garrigue, même si vous êtes désormais dans la partie la plus fertile du pays.  Vous pouvez aussi préférer venir en avion. Vous atterrirez de nuit parce que l’air est tellement chaud en journée qu’il n’est pas assez porteur pour permettre aux avions de décoller et atterrir en toute sécurité. Le commandant de bord vous annoncera qu’il fait 35, 38 ou 40 °. Quand les portes de l’avion s’ouvriront, vous sentirez l’odeur de la terre surchauffée, brûlée par le soleil. Le temps de récupérer vos bagages sur le tapis roulant vous aurez perdu 1 litre d’eau.

Vivre de l’agriculture en zone soudano-sahélienne

Une saison sèche, sans une goutte de pluie pendant six à dix mois dans l’année, selon les régions du pays, des terres très peu fertiles parce qu’érodées par des conditions géo-climatiques extrêmes. Un relief très plat et quasiment pas de cours d’eau permanents donc très peu de possibilités d’irrigation. Toute la moitié nord du pays est considérée comme impropre à la culture ; elle est pourtant peuplée, d’éleveurs bien sûr qui nomadisent avec leurs troupeaux à la recherche de maigres pâturages, mais aussi d’agriculteurs qui s’échinent à travailler la terre à la main pour en extraire de quoi se nourrir.  Dans le meilleur des cas, c’est-à-dire si la pluie est venu assez tôt, n’a pas connu d’interruptions durables, a permis aux cultures d’arriver à maturité et ne les a pas inondées par la suite, si les nuages de criquets ne sont pas passés par là, si les singes ou les phacochères ne sont pas venus dévaster les champs, si les rongeurs et les parasites ne prennent pas plus que leur part, si les personnes valides de la famille ne sont pas tombées malades au moment où il fallait procéder aux sarclages ou aux récoltes…. le paysan va pouvoir engranger dans les greniers en terre et paille de quoi assurer le minimum vital de sa famille, deux sacs et demi de céréales par personne et quelques ingrédients pour la sauce qui accompagnera la bouillie de céréale : arachide, gombo, oseille…  Une seule saison des pluies, cela signifie une seule récolte possible. En Côte d’Ivoire, le climat offre deux saisons des pluies permettant ainsi deux récoltes : l’une pour assurer l’autosubsistance alimentaire, l’autre pour dégager un revenu monétaire, d’autant que l’humidité permanente de l’air permet des cultures plus rémunératrices (café, cacao) impossibles à produire au Burkina.  Les familles d’agriculteurs doivent se procurer un revenu monétaire, même minimum, pour acheter : le sel, les vêtements, les extras alimentaires pour les fêtes et cérémonies familiales (baptêmes, mariages, funérailles…), une torche et des piles, un vélo pour tous les déplacements familiaux… mais aussi pour pouvoir scolariser les enfants, avoir recours au dispensaire quand un membre de la famille tombe malade, s’équiper en matériel agricole : bœufs, charrue, charrette, âne… améliorer un peu les conditions de logement… Il faut pratiquer pour cela une culture dite de « rente », un terme bien inadapté à la situation puisque loin d’assurer un revenu régulier ou sûr, soumis aux mêmes aléas climatiques et pratiqué sur les mêmes terres infertiles.  La principale culture de rente au Burkina est le coton qui constitue cinquante pour cent des exportations du pays.  Une société, héritière de celle qui a introduit la culture du coton à l’époque coloniale, contrôle toute la filière. Elle fournit à crédit aux groupements de producteurs de coton les semences, engrais et pesticides, elle ramasse ensuite le coton graine et paie aux groupements la différence entre les intrants consommés et la récolte produite. C’est elle qui fixe les prix et les conditions de livraison et de ramassage. Pour la campagne agricole qui vient de commencer, le prix d’achat aux producteurs de coton est fixé à 175 Francs CFA le kilo de coton de première catégorie.  Le producteur américain lui, au bout de son champ, le coton lui est payé trois à quatre fois plus cher, grâce aux énormes subventions américaines, ce qui provoque une surproduction et entraîne la chute des cours mondiaux. Pour s’attirer les bonnes grâces d’un lobby de grands planteurs du Sud, le gouvernement américain condamne à la misère des millions de petits producteurs ouest-africains. Pour en produire et récolter une tonne, il faut exploiter un hectare de terre à deux en moyenne pendant les 6 mois qui vont des premières pluies à la fin de la récolte. Cette tonne sera achetée 175.000 Francs CFA, 267 Euros, sur lesquels seront prélevés le prix de 3 sacs d’engrais, un sac de semences et un bidon de pesticide, soit une valeur d’intrants pris à crédit de 55.000 Francs CFA, 84 Euros. Cela fera un revenu net de 120.000 Francs CFA, 183 Euros, soit 15 Euros par mois par travailleur.  Mais les cultivateurs sont devenus dépendants de cette source de revenu, aussi maigre soit-elle, et il arrive qu’ils se mettent en danger en donnant la priorité dans les travaux agricoles à la culture du coton par rapport à leurs productions vivrières, notamment en les semant en premier. Si la saison des pluies est trop courte, les céréales semées plus tard ne produiront presque rien. Ce fut le cas l’année dernière. Actuellement, les greniers sont pratiquement vides et les gens n’ont pas de quoi acheter. Ils ont le choix entre avoir recours aux usuriers qui leurs fournissent un sac de céréales maintenant et en récupèreront deux dès la récolte, dans 4 ou 5 mois, ou passer les 3 mois de gros travaux des champs en se nourrissant de racines, feuilles et fruits sauvages à peine comestibles. Ils feront sans doute un peu des deux, en tout cas dépasseront rarement un vrai repas par jour pendant cette période. La terre du Burkina ne peut nourrir ses 13 millions d’habitants qui, comme ils n’ont pour la plupart pas non plus de revenus suffisants pour acheter ce qui leur manque, vivent dans un état de malnutrition généralisée, sans vraiment souffrir de la faim puisque les céréales remplissent l’estomac mais ne consomment pas la ration calorique qui leur est nécessaire, et notamment très peu de protéines.  De faibles rendements, un travail très dur, car très peu mécanisé, l’agriculture burkinabè a cependant le mérite de faire vivre quatre-vingt cinq pour cent de la population qui n’a aucun autre moyen d’assurer sa subsistance.

Aucune autre ressource

Parce qu’en effet cette incapacité de la terre à nourrir ses habitants, malgré un travail acharné, ne serait pas si grave si d’autres sources de revenus permettaient à sa population de vivre décemment.  Mais moins de cinq pour cent de la population active dispose d’un emploi salarié. Et à des niveaux de salaires bien faibles puisque le SMIC mensuel est à moins de quarante trois  Euros. Soixante pour cent des salariés, du public comme du privé, gagnent moins de cent-cinquante Euros par mois. La moitié des salariés sont des fonctionnaires, essentiellement dans l’Education nationale.
Il y a donc très peu d’emplois industriels, deux pour cent seulement de la population active, et ils sont souvent saisonniers puisque l’industrie est essentiellement agroalimentaire : l’égrenage du coton, la culture de la canne à sucre et du tabac, les huileries et savonneries à base de graines de coton et d’arachide. Une cimenterie, une usine de montage de vélos et mobylettes, quelques fabriques de tôles et fers pour la construction complètent le tableau industriel du pays. 
Le Burkina souffre de nombreux handicaps pour le développement de l’industrie : c’est un pays enclavé, sans accès maritime, sans ressource énergétique. Une étude publiée dans Jeune Afrique Economie afin d’inciter aux investissements étrangers en Afrique indiquait les coûts de production des différents pays. Au Burkina, tous les coûts y étaient les plus élevés (énergie, eau, transport, construction), tous, sauf un coût qui était le plus faible : celui de la main d’œuvre. Vous comprenez ce que cela veut dire pour les habitants : tout est cher sauf le revenu du travail.  Le secteur privé est surtout informel, avec tous les petits métiers en ville : cireurs de chaussures, pousseurs de charrette pour la livraison de matériaux ou produits alimentaires, métiers de la construction, de l’artisanat, gardiennage, petit commerce qui dégage des revenus dérisoires, quelques bananes ou quelques paquets de cigarettes à vendre justifient de passer sa journée en plein soleil au bord des routes pour gagner quelques centimes d’euro. Comme en brousse, la chasse, la cueillette et la coupe de bois procurent un petit revenu complémentaire aux familles. 
Si le sous-sol regorgeait de pétrole et de diamant, ou même de charbon ou de gaz…. l’Etat pourrait financer des investissements pour permettre des créations d’emplois.
Mais il n’y a rien de tout cela. La dépendance énergétique au pétrole est totale, et la situation actuelle du cours mondial provoque une inflation : augmentation de l’électricité de vingt pour cent en décembre, du prix de l’essence, donc des transports en général, donc de tous les biens transportés. Alors que les revenus, eux, n’augmentent pas. 
L’enclavement du pays, sa situation géographique loin des côtes, est aussi un grave handicap. Il augmente encore les coûts d’approvisionnement en énergie. Le réseau de transport, routier et ferré, est insuffisant ; il coûte très cher à bâtir et à entretenir. Le seul combustible présent est le bois, et c’est une ressource en diminution constante sous l’effet de l’aridification du climat et de la pression humaine. Le secteur minier ne représente que cinq pour cent d’un maigre PNB. La présence d’or un peu partout sur le territoire est trompeuse, ce ne sont que de maigres filons de poussière d’or, inexploitables autrement que de manière artisanale. Les réserves de manganèse à l’extrême nord du pays ne sont pas exploitables du fait des coûts de transport.  Le pays ne peut pas financer ses investissements en infrastructures. Il est dépendant pour cela de l’apport extérieur d’argent, que ce soit par la coopération à différents niveaux ou par le recours à des emprunts internationaux qui augmentent sa dette et l’obligent à mettre en œuvre des politiques économiques dictées de l’extérieur.

Des politiques économiques impuissantes

Depuis les errements de son premier Président, la Haute-Volta puis le Burkina Faso ont toujours connu des politiques budgétaires très serrées. L’Etat ayant des recettes très faibles et les besoins sociaux étant immenses, l’histoire du Burkina est ponctuée de crises sociales qui ont amené des changements de dirigeants. C’est d’ailleurs l’un des rares pays africains où les fonctionnaires sont payés régulièrement, peu mais régulièrement.  La politique volontariste menée pendant la période révolutionnaire, de 1983 à 87, reposait sur l’idée que le pays ne serait jamais compétitif sur le plan international et prônait le fait de compter sur ses propres forces, avec l’espoir d’atteindre l’autosuffisance, au moins alimentaire, comme base première de son développement. « Consommons Burkinabè ! » était un de ses mots d’ordre. Depuis le début des années 90, les réformes imposées par accord avec le Fond Monétaire International, pour bénéficier de prêts de la Banque Mondiale et autres gros bailleurs internationaux, visent à compter sur le secteur privé pour tirer le pays sur la voie de la croissance. L’Etat est prié de se désengager totalement de la sphère économique sauf pour favoriser la commercialisation et l’intégration dans les échanges internationaux.  Mais dans un pays enclavé sans infrastructures de transport développées, les coûts de transport sont prohibitifs, l’exportation de produits frais pour l’Europe nécessite un transport aérien, beaucoup trop cher. Même depuis certaines zones rurales vers les grandes villes les coûts de transport reviennent trop chers par rapport au prix de vente potentiel. L’Etat procède par incitation sur des filières agricoles pour l’exportation. Une filière est encouragée à un moment donné parce que le prix d’achat est intéressant mais il suffit que les paysans s’y mettent pour que les cours chutent : cela a été le cas avec le coton, le sésame, la gomme arabique, le karité…  L’Etat ne peut plus amortir les chocs pour les cultivateurs par des caisses de stabilisation comme cela se faisait, les Burkinabè subissent de plein fouet les évolutions des cours mondiaux. Il ne peut plus non plus imposer des quotas à l’importation pour protéger son agriculture, c’est ainsi que le riz et le sucre burkinabè ne se vendent pas puisque le marché intérieur est inondé de produits dont la production est subventionnée dans des pays riches. Le mouton néo-zélandais congelé arrivait moins cher que le mouton vivant du Burkina dans les pays côtiers, Ghana et Côte d’Ivoire. Cela a été l’un des rares bénéfices de la dévaluation de 1994 pour le Burkina, les revenus de l’élevage vers les pays voisins représentent près de vingt pour cent du montant des exportations.  Le prétendu marché libre mondial n’est libre que pour les pays les plus riches. Quand les règles libérales du commerce mondial pourraient servir les intérêts des pays les plus pauvres, elles ne sont pas respectées. Les mesures imposées dans le cadre de ce que l’on appelle « l’ajustement structurel » ont entraîné des réductions d’emploi, dans la fonction publique, comme dans le secteur de l’industrie et des services après les privatisations. Or un salarié prenait en charge, directement ou indirectement, une cinquantaine de personnes. L’introduction de la TVA en 1991 puis la dévaluation de moitié du Franc CFA, en 1994, ont occasionné une importante perte de pouvoir d’achat pour tous les salariés, les salaires n’ayant jamais été révisés en conséquence.  Pendant ce temps était établi le principe que les soins de santé devaient être à la charge des usagers, la gratuité de l’enseignement disparaissait, même les bénéficiaires de forages ruraux devaient contribuer à leur financement. Alors que de nouvelles taxes étaient instaurées, tous les services publics régressaient ou disparaissaient. Il en a résulté une impopularité de l’Etat en général, ce qui ne peut être bon dans une nation en cours de construction.  Mais surtout, ces mesures ont été néfastes pour le niveau de vie des populations. Avec des indicateurs objectifs, on se rend compte que la pauvreté s’accroît, cela est reconnu par les instances internationales elles-mêmes qui ont imposé ces mesures. Se poursuivent cependant ces politiques qui reposent sur la théorie dite « de l’avantage comparatif » qu’est seul censé pouvoir exploiter au mieux le secteur privé, impulsant une croissance économique qui entraînerait automatiquement l’enrichissement des populations.  Mais un pays qui n’a que des handicaps comparatifs, que doit-il faire ? C’est une pauvreté qui n’est pas conjoncturelle, ça ne passera pas tout seul ou avec la « main invisible » du marché, c’est une pauvreté structurelle : un pays qui n’a presque pas de ressources minières exploitables, pas d’hydrocarbures, pas de quoi produire d’électricité, quasiment pas d’industries, une agriculture soumise à des contraintes géographiques et à des aléas climatiques qui font qu’elle ne peut même pas nourrir sa population, ne sera jamais en mesure de s’en sortir dans la compétition économique mondiale. Et sa population continuera de souffrir de besoins vitaux : l’accès à l’eau, à une alimentation suffisante, à des soins de santé, même minimum, à une éducation de base pour tous…

Transition

Le lieutenant-gouverneur de la colonie du Haut-Sénégal Niger, écrivait en 1906, à propos de la région Lobi, une des plus fertiles du Burkina… « Nous n’avons jamais espéré faire des recettes ici et nous nous estimerions heureux si en recevant comme impôt une seule poignée de mil ou un simple poulet pour toute une cour, nous avions la conviction que ce geste est bien celui de la soumission à notre occupation. » C’était le constat fait par les autorités coloniales en 1932, le territoire ne pouvait pas s’auto suffire, d’où son rattachement à la Côte d’Ivoire, afin d’utiliser sa population travailleuse pour mettre en valeur là-bas les terres fertiles et construire les infrastructures portuaires et la voie ferrée. La seule richesse du Burkina c’est sa population. C’est ce que résumait si crûment Paul VIGNÉ d’OCTON, un médecin militaire dans la Coloniale puis député à l’Assemblée Nationale française, au début du XXe siècle à propos de la Haute-Volta : « C’est un pays condamné à une irrémédiable stérilité et où il n’est de commerce possible que celui de la chair humaine » ! 

  • Une population courageuse 

La pauvreté, on essaie de la définir, entre gens bien nourris, le Programme des Nations Unies pour le Développement fait état de pauvreté relative et de pauvreté absolue… 

Au Burkina, la pauvreté c’est quand tu n’oses même plus tendre la main, de peur de faire fuir celui dont tu espères de l’aide.  La pauvreté, c’est de retrouver ta femme morte en accouchant chez toi pendant que tu partais à pied essayer de trouver une moto pour l’emmener au dispensaire le plus proche, à vingt-cinq kilomètres. C’est aussi des enfants qui dansent de joie quand on leur sert un repas avec quelques morceaux de viande, ou un adulte qui a les larmes aux yeux quand on lui offre un paquet de sucre.

La situation est humainement très grave

Quelques chiffres suffisent à exprimer l’ampleur du problème : 

-Les trois quarts de la population sont analphabètes
-seul un enfant sur trois entre sept et treize ans fréquente l’école primaire ; un sur dix en âge d’aller au collège 
-Quatre-vingt six pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (fixé à deux dollars américains par jour) -Moins de deux et demi pour cent des ménages vivent avec plus de 200.000 Francs CFA par mois, 300 Euros, pour prendre en charge plus de sept personnes. Pour y vivre, je peux vous dire que c’est pourtant un strict minimum. La vie n’est pas bon marché.  -Un enfant sur deux souffre d’un retard de croissance dû à la malnutrition.  -Un enfant sur cinq meurt avant l’âge de cinq ans.  -Un accouchement sur deux-cent aboutit au décès de la mère, sachant qu’une femme accouche en moyenne sept fois au cours de son existence… -L’espérance de vie est inférieure à quarante-cinq ans, elle est en diminution.  Pour parler « Burkinabè », on dit que les gens meurent « au hasarement » !

Comment (sur)vivent les gens ?

Le tableau est tellement désespéré que l’on se demande comment peut-on être Burkinabé ? Comment les gens survivent-ils ? Eh bien, contre toute attente, ils le font gaiement !  Je n’ai pas traversé pays au monde où les gens sont si souriants, où les conversations sont ponctuées d’autant d’éclats de rire, où l’optimisme est autant la règle : « Ca va aller ! » ; « Ca va aller ! » Ce leitmotiv qu’on entend partout, qui est parfois si énervant pour des esprits occidentaux quand rien ne va !  Une autre expression est très courante : « Il n’y a pas de problème ! » Pas de problème individuel en tout cas, tout problème est partagé par le groupe, chacun s’ingénie à trouver une solution de dépannage, et les ressources diverses (moyens, informations, réseaux de relation…) sont mis en commun pour résoudre le problème de quelqu’un.
Par exemple, pour faire soigner quelqu’un de gravement malade, l’un va mettre son moyen de transport à disposition, l’autre indiquer une personne ressource de sa parenté qui est dans les structures de santé, un troisième accompagner dans la démarche, et chacun va cotiser un peu d’argent pour essayer de rassembler une somme suffisante… 
C’est une vraie solidarité, au quotidien, parce que, dans de telles conditions de précarité, seul on est mort, c’est la condition de la survie de chacun, et chacun le sait !
D’ailleurs, la peine la plus grave qui pouvait être prononcée par les tribunaux traditionnels était le bannissement, pas l’emprisonnement ou la mise à mort, non, le bannissement, l’exclusion du groupe, du réseau familial et villageois, la perte de tous les réseaux de solidarité, c’était la mort sociale, qui entraînait bien souvent la mort tout court à brève échéance… 
Il y a un proverbe inspiré de la construction traditionnelle : la case est ronde les murs sont en terre. La toiture est en paille, elle est souvent construite au sol puis tous les voisins viennent, forment un cercle, la soulèvent et la placent sur les murs. Le proverbe dit : « On peut construire seul sa toiture, on ne peut la poser seul sur sa maison. » Cela signifie que seul, on est sans toit, sans protection, battu par le soleil et la pluie, à la merci de toutes les intempéries de la vie.  Le Béninois Albert TEVOEDJRE, Directeur adjoint du Bureau International du Travail, intitulait en 1978 son ouvrage « La pauvreté, richesse des peuples ». Sa thèse est que l’autonomie créatrice des groupes humains précaires est mieux à même d’engendrer un développement pour le bien-être du plus grand nombre que l’imitation des pays riches. C’est en tout cas quelque chose que l’on peut appréhender au Burkina où un système de valeurs tout à fait original permet la survie au sein d’ :

Une société pluriculturelle harmonieuse

C’est comme si la précarité de l’existence, chacun étant menacé en permanence par la faim et la maladie, engendrait une sagesse collective, la pratique quotidienne de valeurs essentielles à la vie en société.  Ce qui frappe d’abord au Burkina, encore plus depuis les tensions mondiales de ces dernières années, c’est une grande tolérance interreligieuse et interethnique. Le Burkina est en effet un melting-pot tropical : soixante deux ethnies et langues, musulmans et chrétiens mélangés, sur un socle animiste plus ou moins perpétué.  Les différentes pratiques religieuses coexistent souvent dans une même famille. Dans des couples de religions différentes, les enfants sont initiés aux deux religions et choisissent en grandissant, chacun gardant la liberté de modifier son choix. En dehors de quelques rares zélotes, les Burkinabè sont en effet d’accord sur un point : il s’agit bien du même Dieu, seule change la façon de prier, et là n’est pas le plus important. Les gens sont par exemple tout à fait perplexes devant le conflit israélo-palestinien dont ils entendent les échos à la radio, on m’a interrogée à plusieurs reprises de la manière suivante : « C’est bien le même Dieu qu’ils prient non ? Pourquoi ils se font la guerre ? » Comme s’il était une évidence que s’entretuer au nom de Dieu était la plus grande absurdité sur terre… comment des peuples pourraient-ils ne pas avoir compris cela !  S’informer des coutumes des autres pour ne pas risquer de déranger, choquer ou enfreindre un interdit… est une règle quotidienne. Dès que deux individus se rencontrent il y a un échange sur l’appartenance culturelle de l’autre, échange destiné à éviter de commettre des impairs. Par exemple, la coutume veut que l’on rende visite aux malades. Quand j’étais couchée avec quarante degrés de fièvre lors d’une crise de palu, je n’étais pas ravie d’avoir à me lever pour accueillir mes visiteurs et les rassurer sur mon état de santé. J’ai discrètement fait savoir à quelques voisins que la coutume chez les Blancs voulait qu’on laisse bien les gens se reposer quand ils sont malades. Depuis, quand quelqu’un de mon entourage est malade, je lui rends visite, respectant ainsi sa coutume, et quand c’est moi qui suis malade, les voisins s’informent simplement auprès de mes proches, respectant ma coutume. C’est simple et très efficace.  Cette tolérance aux opinions et pratiques des autres semble entraîner une capacité de relativisation générale, une méfiance aux dogmes, qu’ils soient religieux, politiques ou sociaux, un scepticisme, une distanciation avec les messages extérieurs qui se traduit par une grande liberté de pensée, une résistance tout à fait naturelle à l’embrigadement.
Ceux qui ont connu le Burkina sous la période révolutionnaire se souviennent sans aucun doute de la façon qu’avaient les gens de s’interpeller d’un bout de la rue à l’autre : « Eh ! Camarade ! » avec un large sourire et un ton ironique qui en disait long sur la distance qu’ils voulaient garder par rapport aux mots d’ordre officiels.
Ou encore, pour illustrer la capacité de résistance aux manipulations de toute sorte, une blague qui circule beaucoup parmi les élèves : c’est l’histoire d’un enfant au collège à Bobo qui va passer ses vacances chez son père au village. Pendant qu’ils cultivent ensemble le champ familial, le vieux s’informe de ce que l’enfant a appris à l’école. L’enfant lui dit qu’il sait désormais que la terre tourne. Le papa est sceptique mais l’enfant insiste. Quand vient le moment où la rentrée scolaire approche, le petit va demander à son père l’argent pour payer son transport de retour à Bobo. Le vieux lui répond : « Mon fils, si la terre tourne, tu n’as qu’à attendre que Bobo soit arrivé à la porte du village. » 
Une autre marque distinctive du comportement social Burkinabè, très agréable à vivre, est l’absence de vulgarité, gestuelle ou verbale, et la rareté des insultes ou agressions verbales. En fait elles sont réservées à un cadre bien particulier, celui de ce qu’on appelle la « parenté à plaisanterie », un système social original d’alliance entre ethnies ou entre castes, qui autorise à des familiarités poussées mais suppose aussi une solidarité indéfectible entre ses membres.  C’est ce système qui a permis de sauver les Dogons lors d’une grande sécheresse qui dura plusieurs années au dix-huitième siècle. Victimes de la famine dans leurs villages, ils se sont réfugiés chez les Bozos, l’ethnie qui est leur parente à plaisanterie, et qui est une ethnie de pêcheurs, donc qui avait à manger. Chaque famille Dogon a vécu dans une famille Bozo pendant tout ce temps, quand les pluies sont revenues ils sont repartis dans leur falaise. Entre membres d’ethnie parentes à plaisanterie, fusent des insultes ou des blagues désobligeantes, les uns et les autres se traitant fréquemment d’esclave ou de bâtards, certains peuvent même pratiquer le rapt de cadavres contre rançon au moment des enterrements…  C’est un exutoire social très efficace dans le cadre d’une société par ailleurs très policée, beaucoup plus que toutes les sociétés occidentales en tout cas. Très peu d’agressivité est exprimée et le respect des règles sociales est généralisé. Le Burkina est un pays en paix, les salutations quotidiennes y font référence constamment. En dioula, la réponse à la question « Comment ça va ? » est littéralement « Il y a la paix ! » Lorsqu’éclate un conflit, des médiations spontanées interviennent, même dans le cadre conjugal ou familial. Les forgerons dans chaque ethnie, en dehors de leur travail du fer et de leurs activités magico-religieuses, étaient chargés de cette fonction de résolution des conflits.  Les systèmes de jugement traditionnel reposaient sur la recherche de la justice mais aussi et surtout de l’apaisement entre les plaignants. Au-delà des actes commis, le débat s’attachait à mettre à nu l’origine du conflit et les moyens d’y mettre fin. C’est pourquoi c’est un pays rural sans vendetta ancestrales. Toujours afin de maintenir la cohésion et la paix sociale, dans le cadre villageois, les prises de décision se faisaient par la recherche d’un consensus et non par l’imposition d’un point de vue, même majoritaire. Bien des instances internationales gagneraient à accueillir des Burkinabè au sein de leurs conseils…  Parmi les autres vertus burkinabè, il est impossible de ne pas citer l’hospitalité, l’humour, le goût de la causerie, et la gentillesse qui semble être une résultante de tout cela.  Mais ce socle de valeurs communes qui permettait d’assurer la survie des groupes humains est bousculé, mis à mal par la coexistence avec un système administratif et légal calqué sur le modèle français, l’urbanisation, la société de consommation, la recherche du pouvoir et du profit.  Dans ces nouvelles règles du jeu qu’ils ne maîtrisent pas, les Burkinabè réagissent en développant un art de la débrouille tout à fait exceptionnel qui fait que la population est toujours en mouvement. Par analogie avec la devise nationale adoptée sous la Révolution qui était « La patrie ou la mort nous vaincrons ! » le mot d’ordre burkinabè semble être : « La débrouille ou la mort, nous vaincrons ! » Il existe un verbe pour qualifier cette pratique : le verbe « grouiller », sans doute construit à partir de « se débrouiller » et contenant en plus l’idée d’urgence.  « - Je suis passé te manquer trois fois à la maison. – Oui, j’étais en train de grouiller pour inscrire le petit à l’école. » Le burkinabè est sans cesse à la recherche d’opportunité pour améliorer son ordinaire, se procurer un petit revenu complémentaire. Jamais quelqu’un ne voyage sans transporter quelque chose qui a plus de valeur là où il va, ni sans ramener ce qui était moins cher là où il est allé. Dès qu’un événement se produit, tournoi de foot, rassemblement festif ou manifestation publique, de petits marchés spontanés s’improvisent : cigarettes, fruits, arachides, mouchoirs en papier…  La mobilité professionnelle est totale, n’importe qui acceptera de s’éloigner à des centaines de kilomètres de sa famille si un emploi lui est proposé. Les couples de salariés séparés pour exercer leurs activités professionnelles sont très fréquents et cela n’est pas considéré comme anormal. Il y a de fortes migrations internes au pays, même de la part des agriculteurs qui se dirigent vers des terres plus fertiles. Jusqu’aux conflits qui ont éclaté ces dernières années en Côte d’Ivoire, dans quasiment toutes les familles les jeunes gens partaient travailler là-bas quelques années, le temps de se constituer un petit pécule pour se lancer dans la vie. C’était devenu presque un rite initiatique, les conditions de vie et de travail y étant difficile pour ces jeunes migrants.  Le premier investissement d’un burkinabè, bien avant le logement, est le moyen de transport. Suivant que quelqu’un se déplace à pied, à vélo, à mobylette, à moto ou en voiture, vous connaissez exactement sa situation sociale. Quant aux femmes, qu’elles soient en ville ou en brousse, elles travaillent sans répit, du lever au coucher du soleil : corvées d’eau et de bois pour la préparation des repas, lessives, nettoyage de la maison, soins aux enfants, transformation des matières végétales : beurre de karité, soumbala, pâte d’arachide…, et petit commerce… juste pour compléter le revenu familial afin d’assurer la subsistance quotidienne de la famille.  Mais malgré tous leurs efforts, les Burkinabè subissent cette pauvreté sans pouvoir agir et sont persuadés qu’il en sera toujours ainsi. La pauvreté est inscrite dans les têtes. Ce fatalisme de la pauvreté induit un complexe d’infériorité, un manque de confiance en leurs capacités, pourtant démontrées, à faire face à des situations difficiles. Il y a quelques années, lorsqu’avait été médiatisé pour la première fois par le Programme des Nations Unies pour le Développement, sur Radio France Internationale, le classement des pays selon l’indice de développement durable, je me trouvais avec un groupe d’amis burkinabè. Le Burkina était classé avant-avant dernier des 170 pays classés, juste devant la Sierra Leone et l’Ethiopie, deux pays en guerre. Le gouvernement émettait des protestations, remettant en cause le système de calcul des indices. Ils sont tous partis à rire sans pouvoir s’arrêter : « On est bons derniers oui ! Bons derniers ! »  En profondeur, le comportement social est altéré par la pauvreté, en tout cas par la conscience de la pauvreté au regard des richesses extérieures que les gens ne connaissaient pas jusque là, d’une part parce que la plupart n’avaient pas accès à des images de l’extérieur, d’autre part parce que ces richesses étaient peu visibles dans le pays. Or ces dernières années, pendant que la majorité de la population s’appauvrissait, une infime minorité a connu, elle, un enrichissement rapide. C’est sans doute l’effet bénéfique produit par les mesures incitatives au développement du secteur privé. On a en effet parfois l’impression que le mot « développement  » est utilisé quand il s’agit simplement de faire entrer le maximum de gens dans la société de consommation, avec toutes les frustrations qui l’accompagnent.  Ce qu’on appelle le « grillé-mangé » c’est de consommer tout de suite ce qui se présente. Cela vient de la coutume consistant à allumer un petit feu pour griller et manger sur place, dans le champ même, les premiers épis de maïs jeune, en tout début de récolte. Le « grillé-mangé », c’est l’exact opposé d’une politique d’investissement. Cela s’explique facilement par la précarité ambiante, personne ne peut vraiment miser sur un avenir aussi incertain. Mais la recherche du profit immédiat au détriment d’une vue à terme induit des effets très négatifs.  On ne peut pas clôturer cette présentation des atouts et handicaps du pays sans aborder des réalités qui font plus mal à entendre, celles des dérives, surtout urbaines et administratives, de la corruption et des détournements, de fonds et de biens. Le verbe consacré pour qualifier de telles pratiques illicites est « bouffer » :  « - Il a bouffé tu crois ? » « - Bien sûr ! Il ne reste plus rien dans la caisse ! » Ou « Il a bien bouffé lui, tu as vu le château qu’il a construit ! »  Ce terme indique clairement que l’objectif premier est d’assurer la satisfaction des besoins alimentaires.  Ces pratiques ne sont pas perçues socialement comme un vol, qui, lui, est très sévèrement puni, mais comme la saisie d’une opportunité, le bénéfice de la ruse, celle du renard dans les fables de La Fontaine.  Et chacun espère pouvoir en tirer parti un jour même indirectement. Une expression proverbiale est : « se mélanger au haricot pour avoir de l’huile ». Le haricot est un met de luxe par rapport aux céréales quotidiennes et l’abondance d’huile fait la qualité du plat. Il s’agit donc se mêler aux riches pour engraisser avec eux. Dans la presse, on parle de la « politique du ventre » pour désigner l’inféodation aux puissants, la soumission intéressée, qui contribue à ce que ces pratiques ne soient pas dénoncées, en tout cas pas poursuivies devant les tribunaux.  Et l’absence de sanction fait qu’elles se généralisent malheureusement dans le pays.
Elles sont essentiellement liées à l’apport d’argent extérieur, provenant de l’aide, à différents niveaux, j’y reviendrais donc dans la causerie de la semaine prochaine. 
Mais quand il n’y a pas de possibilité, non seulement de s’enrichir, mais simplement d’assurer sa survie, par son travail, même acharné, que les niveaux de revenus, même salariés, sont si faibles, qu’il est totalement impossible d’épargner, qu’il est même extrêmement difficile de ne pas s’endetter, comment faire ?  Les aider ce serait leur permettre de trouver des moyens honnêtes de s’extraire de leur pauvreté sinon, le désespoir guette la société entière, avec le lot de violence qu’il est capable d’engendrer.

Le Burkina, un Pays en voie de disparition ?

J’étais en ville pour faire des courses, je tombe en panne, le temps de faire recharger ma batterie je m’assois dans un maquis, les bars-restaurants en plein air, et j’entends un consommateur qui s’agite, en réaction à une émission de radio :  » Pays en voie de développement. Pays en voie de développement. Ils me font rire. Pays en voie de disparition plutôt ! Si nos paysans arrêtent le coton, ce qui va arriver si les cours restent comme ça, le Burkina disparaît de la carte du monde… Un espace blanc sur la carte avec quelques noirs en train de s’agiter dessus. »  Voilà, avec l’humour burkinabè type, un bon résumé de la situation.  Ce n’est pas pour autant un pays maudit et désespéré, les ressources humaines y sont extraordinaires. C’est plutôt un pays malchanceux et méritant., un pays que la colonisation française a créé de toute pièce sachant qu’il n’était pas viable, après avoir fait éclater ses modes d’organisation traditionnels qui étaient adaptés à sa culture et à ses moyens.  En tant que Français, on a donc une responsabilité dans leur pauvreté chronique, mais que l’on décide de l’assumer ou qu’on la rejette, on peut vouloir agir à leurs côtés simplement par fraternité envers des êtres humains qui ont beaucoup à nous apporter si on veut bien faire l’effort de s’imprégner de leurs valeurs. Je ne crois pas vous avoir dressé un portrait misérabiliste de cette société burkinabè, juste vous avoir décrit des réalités de manière la plus objective possible, des réalités que subissent des gens attachants. Et j’espère la prochaine fois pouvoir vous proposer quelques pistes pour les aider à s’en dépêtrer, à apercevoir le bout de leur pauvreté. 



Pour en finir avec les épidémies de maladies de carences…
4 mai, 2010, 8:20
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André Briend ; manuscrit soumis à publication dans Médical News

Dès les années 70, les organisations internationales parlaient déjà d’éliminer les maladies de carences. L’idée n’est donc pas nouvelle. Des progrès ont été effectués ces trente dernières années. Certes le nombre de personnes souffrant encore de déficiences en fer, iode, et vitamine A se compte encore sans doute en centaines de millions mais des programmes importants sont mis en œuvre pour réduire leur nombre. Par ailleurs, les maladies de carence historiques mettant en jeu le pronostic vital, telles que le scorbut ou la pellagre, ont pratiquement disparu de la surface du globe. Les cas résiduels sont rencontrés par les Organisations Non Gouvernementales travaillant dans des situations extrêmes où des conditions propices à leur apparition sont réunies. C’est donc aux ONG de l’urgence, et en particulier à MSF, que revient la tâche de donner le coup de grâce à ces maladies d’un autre âge. Cet objectif est techniquement réalisable à court terme.

Des protides, des glucides et des lipides : Les réfugiés et personnes déplacées nourris par la communauté internationale ont leur menu quotidien établi par les bureaucrates du ministère de l’agriculture des pays donateurs ou par leurs homologues du Programme Alimentaire Mondial (PAM). Ces fonctionnaires reçoivent des consignes fortes de la part des pays donateurs de travailler avec des budgets réduits au strict minimum, consignes qu’ils respectent avec un zèle remarquable. En conséquence, les réfugiés à travers le monde sont nourris avec un menu étrangement semblable d’une situation à l’autre. En règle générale, ils reçoivent une céréale de base, très souvent du maïs, source d’énergie et de glucides la moins coûteuse sur le marché international, complétée par des haricots, là encore source de protéines la moins coûteuse, et par de l’huile de soja ou de colza, selon les programmes… et selon les cours des matières premières dans le pays d’origine ; le choix se fait tout naturellement, on le devine, sur la source de lipides la meilleure marché.

Et des vitamines et des minéraux : Le régime maïs – haricots – huile a ses charmes mais présente cependant quelques inconvénients. N’importe quel technicien animalier de laboratoire explique qu’un cobaye ne peut vivre plus de quelques semaines avec un régime de ce type. En fait, celui-ci a un contenu pratiquement nul ou très faible en vitamines C, A, B2, niacine, acide folique, vitamine B12, zinc, fer absorbable, etc. Il est physiologiquement impossible pour des réfugiés de survivre sur une ration aussi monotone, ce qui explique qu’une des premières choses qu’ils essaient de faire quand ils en ont la possibilité est de revendre cette ration à n’importe quel prix pour pouvoir acheter les aliments leur apportant les nutriments qui leur manquent. S’il n’en ont pas la possibilité, les réfugiés sont victimes dans un délai variable selon les circonstances de diverses maladies de carence et la liste de celles-ci est longue et se renouvelle chaque année : pellagre, scorbut, béribéri font partie des classiques mais on observe de temps en temps des carences plus rares comme la maladie des pieds brûlants due à une carence en acide pantothénique récemment observée en Afghanistan. Cette carence avait été décrite pour la dernière fois dans les camps de prisonniers de guerre japonais pendant la deuxième guerre mondiale.

Des épidémies hautement prévisibles : La répétition des épidémies des maladies de carence est particulièrement regrettable car elles sont toutes éminemment prévisibles. La pellagre est une maladie connue depuis des lustres. Son nom lui-même (Pelle Agra) nous rappelle qu’elle a été décrite à une époque où l’on donnait des noms italiens aux nouvelles maladies, un peu comme nous le faisons maintenant avec l’Anglais. En fait, depuis le XVIIIème siècle, date de l’introduction de la culture massive du maïs en Europe, nous savons que le fait de manger un régime composé exclusivement ou presque de maïs conduit à la pellagre. Que le scorbut survienne quand on reste plusieurs semaines sans consommer de fruits ou de légumes frais est connu depuis à peu près la même période, à savoir depuis que les bateaux à voile ont pris l’habitude de s’éloigner des côtes pour des voyages au long cours, privant ainsi les équipages de produits frais. La survenue de maladies de carences quand le régime est limité au tiercé maïs/haricots/huile n’est donc pas réellement surprenante. Pour ceux qui n’ont pas l’habitude de jongler avec la valeur nutritionnelle des régimes, il existe actuellement des logiciels qui permettent de calculer très précisément les nutriments qui manquent dans les rations, et il n’y a vraiment plus d’excuses pour être surpris par ces épidémies donc hautement prévisibles.

Moins équilibré que Canigou et Ron-ron ! En fait, vouloir nourrir des êtres humains avec un régime aussi restreint et monotone que celui fourni par l’aide internationale est une idée insensée. Nos amis vétérinaires sont, si l’on peut dire ainsi, plus humains dans leur attitude et une lettre au Lancet publiée il y a quelques années en avait apporté la preuve en comparant avec une certaine impertinence la ration type donnée aux réfugiés à celle des aliments pour chiens et chats vendus en Angleterre. Cette dernière était nutritionnellement irréprochable, alors que celle donnée aux réfugiés était nettement inadéquate. Cette comparaison avait fait un certain bruit dans le milieu de l’aide. Est-ce cette lettre au Lancet ou l’article de fond sur le sujet qui l’avait précédée et qui avait un ton moins insolent, ou une campagne menée auprès du PAM (Programme Alimentaire Mondial)  et de l’UNHCR (Haut Commissariat aux Réfugiés pour les Nations Unies) au début des années 90 par MSF autour d’une épidémie de pellagre survenue au Malawi sur le thème « plus jamais ça ! », ou bien une autre raison non déterminée, toujours est-il que progressivement on vit apparaître de plus en plus fréquemment, du moins sur le papier, dans les rations destinées aux réfugiés de petites quantités – 30 à 60 grammes – de farines enrichies (de type CSB = Corn Soya Blend, soit blé et soja) de façon à limiter les dégâts en matière d’épidémies de maladies de carence.

L’épisode CSB : L’irruption de farines de type CSB dans la ration des réfugiés a joué un rôle dans la prévention des épidémies massives de scorbut type Ethiopie en 1985 que l’on ne voit plus en effet depuis quelques années. Ces aliments sont enrichis en vitamines et minéraux et leur incorporation dans la ration peut limiter les dégâts quand celle-ci est grossièrement inadéquate. Cette solution a été choisie en raison des avantages logistiques que présentent ces farines. Imaginons en effet le tableau que donnerait un largage d’oranges sur une population de réfugiés, ou simplement le transport de légumes frais par poids lourd sur des pistes africaines. Ce n’est pas un hasard en fait si en Europe avant l’intervention des transports frigorifiques toutes les grandes villes recevaient leurs fruits et légumes d’une ceinture potagère qui persiste encore largement aujourd’hui : les légumes frais se transportent fort mal. Le CSB présente également d’autres avantages que celui d’un transport facile : ces aliments plaisent aux donateurs car ils sont relativement bon marché, tout au moins en apparence. Enfin ces produits ont l’immense mérite d’être déjà présents depuis trente ou quarante ans, personne ne sait plus, dans le circuit de l’aide alimentaire. Mais le CSB et ses équivalents présentent un inconvénient majeur : ils n’ont pas été à l’origine conçus pour prévenir les maladies de carence. Rappelons que le CSB et ses équivalents (Unimix, Likhuni Phala, Famix, Bennemix, etc.) sont des mélanges de farines de céréales et de légumineuses dont la conception remonte aux années 60, à l’époque où l’on pensait que le problème principal de la nutrition des enfants dans les pays pauvres était un déficit en protéines.  L’objectif poursuivi initialement avec ces produits de prévenir la malnutrition de l’enfant n’a jamais été vraiment atteint, peut être parce que les formules de ces farines associant une forte teneur en protéines et une faible teneur en lipides était plus proche de celle des aliments que l’on conseille parfois aux personnes obèses cherchant à perdre du poids (exemple : le fameux « Slim Fast ») que de celles des aliments de renutrition actuels riches en lipides. Toujours est-il que ces farines ont retrouvé le circuit de l’aide alimentaire par le biais de la prévention des maladies de carence, mais qu’ils ne sont vraiment pas adaptés à cet usage. Mais l’impasse perdurera tant que les réactions seront calquées sur celles des organismes internationaux qui sont de nier les problèmes liés à l’utilisation de ce type d’aliments peu adaptés. Sûrement tout le monde reste cantonné dans une routine frileuse, heureux de proposer des solutions existant depuis longtemps, même si l’on sait très bien qu’elles ne marchent pas dans de nombreuses situations.

Le coût dérisoire des vitamines et minéraux apportés sous forme chimique : Pour bien comprendre que la situation n’est pas désespérée et peut évoluer très rapidement, il faut bien prendre conscience du faible coût des vitamines et minéraux apportés sous forme chimique. A titre d’exemple, la vitamine C coûte environ 10 € le kilo sur le marché international. Sachant que les besoins journaliers sont de l’ordre de 100 mg, soit 10-4 kg. Couvrir ces besoins coûte environ 10-3 €. Rappelons cependant que les comités d’experts ne sont pas tous d’accord sur ce chiffre, et que nombreux sont ceux qui pensent que les besoins sont nettement plus faibles. Rappelons enfin que le scorbut ne survient que quand les apports sont très inférieurs aux besoins, inférieurs donc à 10 mg par jour. Au printemps 2001, une épidémie de scorbut est survenue en Afghanistan dans une zone où travaille MSFL Les calculs ci-avant que donc en 2001, au début du troisième millénaire, des femmes sont mortes en Afghanistan dans une zone où une grosse ONG est implantée, parce qu’il manquait à leur ration quotidienne une quantité de vitamine C qui aurait coûté 0,0001 €, c’est-à-dire un centième de centime d’€ achetée sous forme chimique sur le marché international. Même si l’on admet que pour faire parvenir à chaque femme afghane vivant dans les villages éloignés cette quantité de vitamine C, ces coûts doivent être multipliés par un facteur 10 ou même 100 en raison de problèmes logistiques ou technologiques, ces montants restent dérisoires.  Le raisonnement effectué au niveau de la vitamine C peut être appliqué à toutes les vitamines et à tous les minéraux qui sont incomparablement meilleur marché achetés sous forme chimique que sous forme d’aliments, et ce quel que soit le pays du monde et quelle que soit la saison.

La profonde inadaptation des farines de type CSB pour prévenir les épidémies de carences dans certaines situations d’urgence : Pour en prendre conscience, il suffit de jeter un œil sur leur fiche technique ; L’Unimix par exemple contient après cuisson 30 mg de vitamine C et 8 mg de vitamine PP pour 100g. Ce chiffre peut varier d’un fabriquant à l’autre mais l’ordre de grandeur est toujours le même. On voit donc clairement que cet aliment n’a pas été optimisé pour apporter vitamines et minéraux à moindre coût. En fait, 100 à 200 gr de ce produit doivent être incorporés chaque jour pour couvrir les besoins. Donc la dose de 30 à 60 gr par jour incluse en théorie dans les rations pour réfugiés suffit tout juste à prévenir les épidémies. Ce faible rapport entre la quantité de nutriment apporté et l’aliment utilisé a des répercussions sur le coût de la prévention des maladies de carence. Ainsi pour poursuivre l’exemple de la prévention du scorbut, si on utilise à cet effet du CSB à 0,5 € le kilo, apporter 60 gr revient à 0,03 €, soit un prix plus de 100 fois supérieur à celui de la vitamine C qu’il contient. Quand les conditions logistiques sont difficiles, soit en raison d’un transport à dos d’âne comme en Afghanistan, ou de problèmes de sécurité imposant un transport avion comme en Angola, ce rapport très défavorable entre le poids du nutriment apporté (Vitamine C ou PP ou toute autre vitamine) et l’aliment enrichi rend l’option CSB indéfendable. Elle impose le déplacement de tonnages de nourriture importants pour tenter d’apporter quelques milligrammes de vitamine C à chacun, manœuvre en pratique impossible à réussir dans ces situations extrêmes.

L’inévitable implication de partenaires de l’industrie agro-alimentaire : Les vitamines et minéraux produits par l’industrie chimique ne peuvent pas être utilisés tels quels. Tout d’abord un certain nombre d’entre eux (dont malheureusement la vitamine PP nécessaire pour prévenir la pellagre) ont un goût fort désagréable qu’il est nécessaire de cacher. Par ailleurs, certains minéraux et vitamines peuvent être toxiques à forte dose et il est important d’en éviter la surconsommation. Pour ces raisons, il est indispensable d’incorporer ces vitamines et minéraux dans des aliments ayant un volume et un goût permettant à la fois d’apporter ces nutriments sous une forme qui soit acceptable et qui en limite la consommation. L’utilisation d’aliments pour obtenir ce résultat est préférable à celles de comprimés ou de gélules, d’un emploi trop lourd pour les campagnes de prévention de masse. Ces contraintes techniques signifient que seule l’industrie agroalimentaire, capable de mettre au point et de produire en grandes quantités des aliments enrichis en vitamines et minéraux, est à même d’aider MSF à régler ce problème d’épidémies de maladies de carence. Ce facteur, incontestablement, constitue un obstacle car MSF, organisme d’aide médicale, n’a pas l’habitude de dialoguer avec ce type d’industrie. Certes on trouve dans les rangs de MSF des nutritionnistes qui pourraient remplir un rôle d’intermédiaire entre le secteur médical et le monde de l’agroalimentaire, mais il existe une tradition tenace de méfiance dans le milieu humanitaire vis-à-vis de l’industrie. Peut être celle-ci est elle due aux séquelles d’une sombre affaire de lait en poudre tuant des bébés, impliquant une multinationale de l’agroalimentaire et datant de plus de vingt ans. Il serait regrettable cependant que ce manque de dialogue avec l’ensemble du secteur agroalimentaire constitue un obstacle à l’élimination des maladies de carence. Nos amis de la campagne d’accès aux médicaments essentiels arrivent à dialoguer et mieux encore à imposer leurs points de vue auprès de compagnies pharmaceutiques multinationales à priori hostiles aux causes que défend MSF ; ils doivent servir de modèle pour cette « campagne d’accès aux nutriments essentiels ». Les vitamines et minéraux peuvent être incorporés à une gamme très vaste d’aliments. De la sauce à base de soja ou celle à base de poisson enrichie en fer, jusqu’au sachet à base de glutamate (qui donne son goût au fameux cube Maggi) dopé à la vitamine A en passant par les bonbons à la vitamine C ou encore le sel enrichi en fer, tout est techniquement possible et a déjà été mis en œuvre. Le choix du type d’aliment à utiliser pour « cacher » les nutriments doit cependant être fait avec soin. En effet, à cause du faible coût des vitamines et minéraux, le prix de l’aliment véhicule et du processus de mélange est généralement très supérieur à celui des vitamines et des minéraux eux-mêmes, y compris dans le cas où l’aliment vecteur choisi pour apporter ces nutriments est lui-même relativement bon marché, comme le montre l’exemple du CSB. Cet aliment vecteur choisi doit pouvoir se prêter facilement à un niveau élevé d’enrichissement. Ceci dit, ce problème technique doit pouvoir être résolu ; si aucun industriel n’a jusqu’à présent mis au point un aliment permettant d’apporter sous forme peu coûteuse et facile à transporter les nutriments manquant dans les rations d’aide, sous quelque forme que ce soit – bonbons, biscuits, condiment, poudre, ou autre – c’est surtout sans doute parce que les ONG travaillant dans l’urgence, et en particulier MSF, n’ont jamais exprimé de demande claire sur le sujet auprès de l’industrie agroalimentaire.

La nécessaire évaluation du coût d’une ration équilibrée : A l’heure actuelle, il est difficile de prédire quel type d’aliment enrichi sera le plus adapté pour supplémenter les rations données actuellement aux populations en situation précaire. La course est ouverte entre les partisans de bonbons, biscuits, condiment, poudre, cubes au glutamate, pâtes à tartiner, etc. Laissons les industriels faire des propositions. Laissons également le terrain faire le tri entre ces propositions pour déterminer celles qui marcheront et celles qui ne marcheront pas. Assez rapidement toutefois, il faudra faire des comparaisons de coût et faire des choix entre ces nouveaux aliments et avec ceux existant actuellement. Cela n’est toutefois pas pour aujourd’hui car il existe une infinité de combinaisons possibles utilisant différents aliments enrichis avec des coûts de transport différents et apportant diverses quantités de protéines et d’énergie pour aboutir à une ration acceptable. Ainsi, il peut être argué que le CSB par exemple, largement décrié dans ce travail, a l’avantage d’amener protéines, énergie, en plus de vitamines et minéraux, ce qui pourrait être intéressant dans certaines conditions, ce qui parait toutefois peu vraisemblable. Il existe cependant des techniques d’estimations de coût basées sur la programmation linéaire très utilisée dans l’industrie, qui permettent d’analyser simplement les situations les plus complexes et de déterminer avec rigueur quelle approche est réellement la moins coûteuse prenant en compte l’ensemble des facteurs à considérer. Ces techniques sont maintenant accessibles avec la diffusion des ordinateurs et il est urgent de les diffuser et de les appliquer pour optimiser les programmes d’aide alimentaire de MSF. C’est en utilisant ces méthodes rigoureuses qu’il pourra ainsi être fait un choix judicieux entre les différentes options possibles pour apporter vitamines et minéraux.

En guise de conclusion : La situation évoluera si MSF reconnaît que la prévention des maladies de carence est un dossier qui doit être largement ouvert et que l’option d’incorporer des produits type CSB dans la ration ne résout pas toujours tous les problèmes. MSF devra donc se tourner vers l’industrie agro-alimentaire pour obtenir la mise au point d’aliments bon marché fortement enrichis destinés à l’amélioration de l’alimentation des réfugiés. Le dialogue avec les industriels doit être approfondi car ceux-ci sont incapables de tester l’efficacité des produits qu’ils peuvent proposer à grande échelle. Tout ceci devrait évoluer rapidement et permettre de juguler les épidémies de carence, et ainsi éliminer en quelques années ces problèmes d’un autre âge. 


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