Pour aider celles et ceux qui dans le monde n’ont peu ou pas accès aux soins

Quelques précisions sur l’historique de la recherche sur la malnutrition
1 mai, 2010, 23:02
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A ce stade de l’évolution du blog, les articles qui vont suivre s’attacheront à définir la malnutrition, et à discuter les façons de la prévenir, mais aussi bien sûr les façons de la soigner. Ces articles sont issus du cours « Nutrition / vaccination » dispensé en mars 2010 au siège parisien de MSF.  

    Présentation : L’enfant gravement malnutri est tel que le public se l’imagine : il nous montre son regard triste et ses bras décharnés ont à peine la force de porter à la bouche le bol de nourriture que lui donne l’aide internationale. Cet enfant présente un risque développé de décéder. Dans la plupart des hôpitaux des pays en voie de développement, ce risque oscille entre Vingt et trente pour  cent mais peut atteindre jusqu’à soixante pour cent. La malnutrition grave est donc aussi dangereuse que bon nombre de maladies infectieuses comme la rougeole, le choléra, ou les dysenteries. Ces taux ne mortalité élevés ne sont pas acceptables ; l’expérience acquise dans les opérations humanitaires montre que la plupart de ces enfants peuvent être sauvés et que leur devenir peut être considérablement amélioré en appliquent de façon rigoureuse des protocoles de traitement relativement simples à mettre en œuvre.             

Les taux de mortalité observés pour la malnutrition grave suscitent relativement peu d’émoi dans les communautés internationales. En fait les organismes d’aide privilégient souvent les actions de prévention conduites au niveau des populations aux dépends des actions curatives. La plupart d’entre eux ne peuvent envisager une prise en charge de type médical pour résoudre un problème de santé dont l’origine relève de prés ou de loin à la pauvreté. À ce titre, les enfants gravement dénutris sont oubliés, ce dont ils payent les frais lourdement.  Tous ceux qui sont confrontés au problème de la malnutrition de l’enfant doivent être convaincus qu’une meilleure connaissance des bases physiopathologiques devrait permettre de mieux orienter les programmes en cours ou à venir. Il faut aborder la maladie comme constituant une affection à haut risque de décès dont le dépistage est aisé et la prise en charge efficace, mais dont la prévention est difficile. Nous verrons aussi que l’utilisation de produits d’origine industrielle peut jouer un rôle, limité mais réel dans la réduction du nombre de cas de malnutrition modérée et dans l’éradication de la malnutrition grave. Nous aborderons aussi les limites de l’aide alimentaire, et la nécessité pour les programmes de prévention de passer par un renforcement de l’industrie agro-alimentaire locale. Nous devrons prendre conscience de la fréquente inadaptation des programmes nutritionnels actuellement en cours, plus soucieux de se constituer une image flatteuse auprès du public que d’être adaptés sur le plan nutritionnel aux réalités locales. C’est ainsi qu’une aide mal conçue engendre réellement un gaspillage financier de mauvais aloi. La malnutrition en fait représente un problème d’ampleur limitée et qu’elle est techniquement éradicable dans les prochaines années, à la condition de rendre cet objectif prioritaire.       

Historique du combat: La malnutrition a vraisemblablement existé sous toutes les latitudes depuis la nuit des temps. On en trouve déjà une description sous sa forme œdémateuse dans la bible. Les premières descriptions précises sont cependant assez récentes. Une des premières descriptions complètes d’un tableau clinique correspondant à ce que nous appelons le Kwashiorkor remonte à 1865. Elle est divulguée par deux médecins, l’un mexicain, l’autre français, les docteurs Inojosa et Coindet qui travaillaient dans un village au Mexique. Ces auteurs avaient observé la présence fréquente d’œdèmes chez les enfants dénutris à la période de sevrage. Ils avaient aussi remarqué la présence fréquemment associée de diarrhées, et le rôle déclenchant de la rougeole. Ils avaient encore noté que le tableau différait très nettement de celui de la pellagre déjà bien connue à l’époque même si les enfants porteurs d’œdèmes consommaient un régime à base de maïs. Et ils avaient catégoriquement rejeté le diagnostic de pellagre.  Au début du XXe siècle, la malnutrition de l’enfant devint plus rare en Europe et ce sont surtout des médecins travaillant dans ce qui était à l’époque des colonies qui décrivirent en détail ces malnutritions graves. Une des plus anciennes observations nous vient de l’Annam, correspondant à la partie orientale du Vietnam actuel. On la doit à un médecin militaire français, Normet, qui en 1926 avait constaté des œdèmes chez les enfants dénutris  et consommant une alimentation à base de riz. Il appela cette maladie, qui correspond au kwashiorkor dans la terminologie moderne, la « Bouffissure d’Annam » et en a publié en 1926 la première photo connue. Il soupçonna d’emblée qu’une origine nutritionnelle en était la cause, ayant remarqué qu’elle ne survenait pas le long des rivières poissonneuses. Déjà, il constata, ce qui est remarquable, que le niveau sanguin de l’urée et celui de son excrétion urinaire étaient abaissés chez ces enfants bouffis et attira ainsi l’attention sur le rôle des protéines dans le développement de cette affection. 

1933-1945 : le terme Kwashiorkor : Les premières observations d’œdèmes associés à la malnutrition tombèrent dans l’oubli. Entre les deux guerres mondiales, les communications entre les différentes parties du monde étaient extrêmement limitées et les techniques de recherches bibliographiques rudimentaires. Cicely Williams ignorait les publications de Normet relatives à la « malnutrition œdémateuse » quand elle débuta sa carrière de pédiatre en Côte d’Or (l’actuel Ghana) dans les années trente. Elle aussi vit des cas d’œdèmes associés à une malnutrition et elle les décrivit dans les Archives Of Diseases in Childhood, dans un article publié en 1933 et intitulé « A Nutritional Disease Of Childhood Associated With A Maize Diet ».  Cette première publication est très complète et insiste sur les lésions cutanées observées. Cette description clinique met aussi en relief les différences entre cette « maladie nutritionnelle » et la pellagre : l’auteur insistait sur le fait que les lésions cutanées surviennent surtout sur les membres inférieurs, et non pas sur les parties exposées au soleil comme c’est habituellement le cas dans la pellagre. Deux ans plus tard, en 1935, Cecily Williams publie un article dans le Lancet, et donne à ce tableau clinique le non ghanéen « kwashiorkor ». Ce terme exotique fait allusion au rang de l’enfant dans la fratrie et met en exergue le rôle fréquent du sevrage comme cause déclenchante. Le nom  » kwashiorkor », cité dans une revue déjà à l’époque très diffusée, allait désormais faire partie du vocabulaire médical. Dès ses premières observations, Cicely Williams avait constaté que les enfants souffrant de kwashiorkor consommaient habituellement une alimentation à base de maïs dépourvue de protéines animales. Elle suggéra donc que cette affection pouvait être liée à une carence d’apport protéique, mais sans véritablement étayer cette hypothèse. Les vingt années ultérieures furent l’occasion d’un débat sur l’existence réelle du kwashiorkor : certains auteurs, le plus souvent sud-américains, prétendaient que cette maladie résultait de carences vitaminiques multiples (distrofia pluricarential) où prédominait une carence en vitamine PP. Ils voyaient dans le Kwashiorkor une forme particulière de la pellagre. Rappelons l’avancée spectaculaire à cette époque des connaissances dans le domaine des vitamines, sujet très « à la mode ». Cicely Williams défendait cependant l’idée que le kwashiorkor avait une origine différente. Pour en avoir le cœur net, elle alla visiter des hôpitaux du sud des Etats-Unis qui traitaient encore à cette époque des cas de pellagre authentique. La confusion entre pellagre infantile et kwashiorkor dura jusque dans les années cinquante, après quoi il devient évident que la supplémentation en vitamine PP n’avait pas d’effet thérapeutique sur le kwashiorkor.       

1950-1975 : les années protéines. L’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) fut fondée juste après la fin de la seconde guerre mondiale. L’Europe venait de traverser une période de pénurie et l’opinion internationale était alors très sensibilisée aux problèmes de la sous-alimentation. Peu de temps après sa création, la FAO envoya deux experts, les docteurs Brock et Autret, faire le tour de l’Afrique pour faire le point de la situation alimentaire de ce continent. Leur voyage dura deux mois et à leur retour les deux auteurs rédigèrent un rapport intitulé « le kwashiorkor en Afrique » (1952). Ce travail eut un grand retentissement dans le monde scientifique ; il tendait à démonter d’une part que le kwashiorkor était très répandu en Afrique, surtout si l’on tenait compte de ses formes mineures, et d’autre part que la maladie était essentiellement imputable à un régime pauvre en protéines, cette carence représentant le problème nutritionnel le plus préoccupant en Afrique. Le terme de malnutrition protéique devint alors un terme général appliqué très largement à tous les états de malnutrition observés dans les pays pauvres. Ce rapport de Brock et Autret présentait toutefois un défaut majeur : il incluait sous le terme kwashiorkor des signes cliniques très divers comme une décoloration des cheveux ou des troubles cutanés. Or vouloir imputer tous ces troubles à une carence protéique était sûrement excessif. Par ailleurs, à cette époque, l’estimation des besoins protéiques de l’enfant étaient supérieure aux chiffres actuellement admis, et l’on mit en place de nombreux programmes d’aide alimentaire destinés à corriger ces carences protéiques supposées être très répandues. Ces programmes allaient de la distribution aux populations défavorisées de suppléments en lait en poudre jusqu’au développement de cultures vivrières à haute teneur protéique, en passant par la production d’aliments à base d’algues ou de levures. On espérait ainsi résoudre le problème de la malnutrition à l’échelle planétaire. La liste des aliments distribués de nos jours dans de nombreux programmes d’assistance révèle que l’influence de ces idées persiste encore actuellement.         1970-1980 : Des carences en protéines aux carences en énergie : Les arguments avancés pour étayer l’hypothèse que le kwashiorkor résulte dune carence protéique n’ont jamais été probants. La fonte des œdèmes chez les enfants nourris au lait écrémé n’a jamais constitué une véritable preuve : comme le remarque fort spirituellement un spécialiste des années 50, on ne peut pas dire qu’un patient soit carencé en aspirine si ses maux de tête disparaissent avec ce traitement (Waterlow, 1984). Le lait apporte bien d’autres choses que des protéines et la régression des œdèmes sous l’effet d’un régime lacté ne prouve pas que leur présence soit due à une carence en protéines. On comprit peu à peu que les programmes qui visaient à supplémenter les apports protéiques avaient un impact faible, voire négligeable. Cette conviction se renforçait quelques années plus tard à la faveur d’une étude portant sur une étude de plus de deux cents programmes de supplémentassions à l’aide d’aliments riches en protéines et montrant que leur effet était en général faible, sinon nul (Blaton, Ghassemi ; 1982). Il fallait donc remettre en cause ces programmes.  En 1970, une définition précise du kwashiorkor incluant la présence d’œdèmes comme critère diagnostique fut adoptée. Ceci permit de préciser que le marasme, défini comme un amaigrissement sans œdème, était particulièrement fréquent. Cela contribua à réduire l’importance des carences protéiques comme problème de santé publique. Dans les années 60, une équipe de chercheurs installée à la Jamaïque étudia de façon systématique les besoins en protéines et en énergie d’enfants en convalescence après un épisode de malnutrition grave et ils montrèrent que la guérison dépendait essentiellement des apports en énergie (Waterlow,  1961 ; Ashworth et al. 1968). Le groupe prouva que l’on pouvait faire régresser les œdèmes du kwashiorkor en nourrissant les malades avec une alimentation à ce point pauvre en azote qu’elle ne permet pas la synthèse des protéines nouvelles (Golden, 1982). En 1968, l’équipe d’Hyderabad travaillant en Inde montra qu’il n’existait pas de différence de régime entre les enfants qui allaient développer un kwashiorkor et ceux évoluant vers une malnutrition de type marasme (Gopolan, 1968). Cette équipe a démontré qu’une augmentation de la ration alimentaire d’enfants malnutris permettait d’améliorer leur croissance, sans que l’on touche à la composition du régime (Gopolan et al., 1973). 

C’est ainsi que peu à peu on remplaça le terme de malnutrition protéique par celui de malnutrition protéino-calorique puis de malnutrition protéino-énergétique. Les publications se multiplièrent pour étayer cette nouvelle certitude : Waterlow et Payne en 1975 reprenaient cette vision des choses en montrant que dans les régions où le régime alimentaire est basé sur la consommation de céréales, il était peu probable de voir s’installer des carences isolées en protéines dès lors que les besoins en énergie étaient correctement couverts.               

Vingt ans après, la notion de déficit en énergie est-elle toujours d’actualité ? On peut affirmer pourtant aujourd’hui que les interventions visant à augmenter la couverture des besoins en énergie n’ont pas fait la preuve de leur totale efficacité : seule l’étude du groupe d’Hyberabad, en outre imparfaite sur le plan méthodologique, conforte cette opinion mais ses résultats n’ont jamais pu être confirmés scientifiquement.  Mais puisque le type de déficit énergétique s’avéra une cause fréquente de dénutrition, deux nouveaux types d’intervention nutritionnelle ont été proposés. La proposition la plus simple consistait à tenter d’augmenter la densité énergétique des bouillies des enfants en y ajoutant de l’huile, attitude donc suggérée pour accélérer la prise de poids des enfants en dénutrition. Une autre attitude consista en l’augmentation de la concentration en farines des bouillies tout en diminuant leur viscosité par une prédigestion par de l’amylase ; mais aucune étude n’a permis d’établir l’efficacité de ces protocoles, pourtant faciles à mettre en œuvre, à l’échelle d’une population. Depuis les publications de McLaren en 1996, l’estimation des besoins en énergie a été remise en question et revue à la baisse. On s’est peu à peu aperçu que des modifications modestes de besoins peuvent changer l’approche du problème, sans toutefois différer radicalement des valeurs anciennes. Ainsi, les estimations des besoins protéiques ont peu varié depuis 1974 et restent donc très basses par rapport aux certitudes antérieures. Des études récentes ont affirmé que la croissance en taille est aussi influencée par les apports en acides aminés soufrés pour ce qui est de la croissance osseuse ; en fait, il faudra sûrement nuancer ces affirmations de ces besoins pour influencer une croissance staturale.  D’autre part, on a pu s’apercevoir que dans des familles pauvres, souvent les enfants ne consomment pas la totalité des aliments mis à leur disposition par les programmes. Penser qu’il suffirait de leur donner leur nourriture habituelle en plus grande abondance pour atteindre leur croissance normale est sûrement simpliste. L’extrême monotonie du régime alimentaire proposé dans les familles pauvres entraine une perte de l’appétit qui pourrait expliquer leur faible consommation alimentaire énergétique.        Infection et nutrition : Parmi les suppositions échafaudées pour expliquer le peu d’impact des interventions nutritionnelles sur la croissance des enfants, l’hypothèse avançant le rôle des infections a connu une certaine faveur dans les années 70, publications de l’Organisation Mondiale de la Santé à l’appui (Scrimshaw et al. 1968). Cette hypothèse a encore de nombreux partisans comme en témoigne l’abondance de la littérature publiée sur ce thème par divers organismes internationaux, mais on peut affirmer sûrement que l’importance de l’interaction négative entre malnutrition et infection a été grandement exagérée : comparer le gain de poids d’enfants pendant des intervalles de temps avec et sans épisode infectieux ne permet pas d’établir si l’effet des infections sur la croissance est transitoire ou durable (Briend, 1993). Quoiqu’il en soit, on n’a jamais pu observer d’amélioration spectaculaire de la croissance en mettant uniquement en œuvre des programmes de lutte contre les infections comme les programmes de vaccinations, ou ceux d’assainissement. L’exemple le plus frappant est celui des aborigènes australiens qui, en raison des lois sociales avancées en vigueur dans leur pays, ont accès à un niveau de soins médicaux à la fois préventifs et curatifs tout à fait comparable à celui des pays riches. La croissance des ces enfants en l’absence de l’amélioration de leur régime alimentaire reste cependant semblable à celle des enfants des pays les plus pauvres (Rousham, Gracey, 1997). Il a souvent été rapporté de façon anecdotique que les campagnes de vaccination contre la rougeole sont suivies d’une réduction du nombre de cas de kwashiorkor. Il est évident que la rougeole et la coqueluche sont associées à une anorexie et une perte de poids, mais il semble cependant que la dégradation de l’état nutritionnelle observée soit transitoire et que l’enfant récupère ensuite le même poids que les enfants qui n’ont pas eu ces maladies. Une étude menée en zone rurale au Sénégal a montré que les enfants ayant eu la rougeole ou la coqueluche dans les mois précédents une enquête nutritionnelle avaient un poids et une taille à peine différents de ceux qui y avaient échappé, et ceux dans une zone où les deux maladies étaient associées à un risque de décès élevé (Garenne et al. 1987).  Une autre constatation suggère que les infections jouent vraisemblablement un rôle modeste dans l’apparition de la malnutrition dans les pays pauvres : les enfants vivant en Europe dans les familles consommant un régime macrobiotique proche de celui consommé dans les pays pauvres ont une croissance très semblable à celle observée dans ces mêmes pays alors que les conditions d’hygiène y sont le plus souvent irréprochables et que leur taux d’infection est faible. 

Si les campagnes de vaccination et les programmes purement médicaux permettent de faire baisser rapidement la mortalité des enfants de moins de cinq ans, leur rôle bien entendu ne doit pas être remis en cause. Mais il serait naïf cependant de croire que leur exécution permettrait d’éliminer le problème de la malnutrition sans avoir à améliorer le régime alimentaire.             

Vers la reconnaissance d’une malnutrition pluri carentielle : L’inefficacité relative des programmes nutritionnels constatée actuellement s’explique par notre connaissance trop simpliste de la malnutrition elle-même. Pour rester en bonne santé et poursuivre une croissance normale, un enfant doit satisfaire tousses besoins nutritionnels complexes. Si donc les interventions antérieures visaient à satisfaire soit les besoins en protéines, soit les besoins en énergie, sans autre ambition, on sait maintenant qu’un apport insuffisant de certains nutriments peut influencer la croissance de l’enfant sans même provoquer une quelconque manifestation clinique (Golden, 1991). Une observation fortuite illustre l’importance des carences latentes en minéraux comme cause de retard de croissance : il y a quelques années, la Banque Mondiale a mené une étude au Bengladesh afin de déterminer s’il étai possible d’améliorer à faible coût en installant simplement des bornes fontaines pour améliorer l’approvisionnement en eau des villages, et en y faisant placer des latrines. L’idée initiale était que cette intervention diminuerait la prévalence des diarrhées et en conséquence améliorerait la croissance des enfants. En raison de la nature du sol, certaines fontaines produisaient une eau de couleur rougeâtre, au goût désagréable mais riche en fer. Les résultats de l’enquête nutritionnelle furent analysés en fin d’intervention en tenant compte de la qualité de l’eau. Il semblait logique de craindre que les familles ayant accès à des fontaines ramenant de l’eau terreuse préfèreraient prendre leur eau de boisson dans la rivière où elle est limpide, mais polluée. On s’attendait à trouver dans ces familles d’avantage d’enfants dénutris ; or curieusement c’est dans les familles s’approvisionnant à une borne fontaine proposant de l’eau trouble que la croissance des enfants fut la meilleure (Briend et al. 1990). Il était difficile de dire si la différence observée était imputable au fer dans l’au de boisson car les concentrations en jeu étaient faibles en comparaison avec les apports nutritionnels recommandés pour cet élément. Il se peut de fait qu’in autre élément nutritif non détecté ait eu un effet sur la croissance de ces enfants, ou bien que l’eau limpide contenait un élément toxique retentissant sur la croissance. Quoi qu’il en soit, cette observation suggère que des éléments minéraux présents en faible quantité dans l’alimentation peuvent avoir un effet réel sur l’état nutritionnel des enfants. Dans les pays pauvres, l’alimentation des enfants est généralement très monotone car elle est basée sur la répétition des repas préparés avec les mêmes tubercules ou les mêmes céréales. Cette monotonie prédispose aux carences multiples en minéraux et vitamines (Golden, 1991). La notion de malnutrition pluri- carentielle initialement proposée il y a plus de cinquante ans par les auteurs latino-américains et oubliée lors de la « période protéines » resurgit donc. Ainsi, un travail sur des enfants vivant au Kenya, en Egypte et au Mexique et dont les apports sont jugés insuffisants par rapport aux recommandations nutritionnelles internationales, montre que les carences en zinc, calcium, fer assimilable, riboflavine sont très communes dans ces pays car ces nutriments sont surtout fournis par des aliments comme le lait et la viande qui sont inabordables pour les familles les plus pauvres. Les carences en phosphore sont rarement signalées, mais il est possible que ce minéral, surtout présent sous forme de phytates dans les régions pauvres, soit mal absorbé et que des carences soient donc fréquentes (les phytates sont des sels complexes de calcium et de magnésium de l’ester hexa phosphorique de l’inositol (myoinositolhexakisphosphate). C’est essentiellement sous la forme basique de phytates que se trouve l’acide phytique dans les cellules végétales – ils constituent plus de 80 % du phosphore dans les grains des céréales. L’hydrolyse des phytates est d’une grande importance dans les systèmes biologiques, qui ont développé un type d’enzyme spécifique, les phytases, capables de déphosphoryler l’acide phytique.) Le phosphore facilement assimilable est par contre surtout présent dans les aliments d’origine animale comme le lait et la viande.       La malnutrition pluri carentielle : une hypothèse de plus ? Sur le plan physiologique, il semble cohérent de penser que seuls les programmes s’efforçant de fournir les besoins nutritionnels dans leur totalité outre les besoins en protéines et/ou en énergie auront un impact préventif ou curatif perceptible dans la lutte contre la malnutrition de l’enfant. Les concepts dans ce domaine ont fort évolué et certains auteurs proposent d’abandonner le terme de malnutrition protéino-énergétique, trop restreint, pour celui de malnutrition pluri-carentielle ou plus simplement de malnutrition. Peut-on dire actuellement que les idées sur la malnutrition de l’enfant dans les pays pauvres sont figées, et qu’il « suffit » de mettre en place des programmes de supplémentation en vitamines et sels minéraux pour éviter la malnutrition ? Rien n’est sûr dans ce domaine. D’abord on n’a jamais vérifié, ne serait-ce qu’à une échelle limitée, que ce type de suppléments suffit à prévenir la dénutrition. On n’a jamais étudié avec autant de détails que pour l’énergie et les protéines l’importance du rôle des autres nutriments. Les glucides et les lipides n’ont par exemple jamais intéressé beaucoup de monde dans le cadre de la dénutrition. Que savons nous par ailleurs des effets de la texture des aliments sur leur acceptabilité, ou bien de l’influence du goût des différents aliments ? Certaines de ces questions surgiront dans les années qui viennent, quand vraisemblablement on s’apercevra qu’une supplémentation alimentaire en vitamines et minéraux ne résout pas tous les problèmes nutritionnels. 

Ce travail est dû au Docteur André Briend en 1996, afin d’étayer un cours dispensé par la chaire Danone, et publié par l’Institut Danone en 1998. 



Extraits du Dictionnaire pratique du droit humanitaire
1 mai, 2010, 10:15
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A ce stade de l’évolution du blog, il est opportun de définir les organismes de secours alimentaires internationaux, leurs champs d’actions, voire leur limites. C’est l’objet de la publication d’aujourd’hui. Puis je tenterai de faire connaître l’évolution des connaissances sur la malnutrition ; cela constituera l’objectif des quatre textes qui y seront mis en ligne chaque semaine durant les semaines qui vont suivre. 

Travail réalisé par Françoise Bouchet-Saulnier, La Découverte, 2000 

Quelques sigles : 

G I = 1ère convention de Genève de 1949 

G II = 2ème convention de Genève de 1949 

G III = 3ème convention de Genève de 1949 

G IV = 4ème convention de Genève de 1949  GP I = 1er Protocole additionnel aux Conventions de Genève  GP II = 2ème Protocole additionnel aux Conventions de Genève 

Alimentation :             Le droit à l’alimentation est prévu dans le droit national par une obligation alimentaire pesant sur le gouvernement et autres membres de la même famille. Il est également présent, sous des formes diverses, dans de nombreux textes internationaux, comme faisant partie intégrante  » d’un niveau de vie suffisant pour assurer la santé et le bien-être » des individus et de leurs familles (art. 25 de la Déclaration Universelle Des Droits De L’Homme). 

  • En temps de paix ou de troubles : 

Un système international de solidarité alimentaire existe entre les états au sein de l’Organisation des Nations Unies; La FAO (Food and Agricultural Organisation) favorise la coopération entre les états pour améliorer les techniques agricoles et la prévision des récoltes. Un mécanisme d’alerte en cas de pénurie est prévu au sein de cette organisation.            

Le PAM (Programme Alimentaire Mondial) est chargé de gérer les programmes de solidarité et de soutien en cas de déficit alimentaire dans une région du monde, en utilisant les excédents de production et les réserves disponibles au niveau mondial.            

Les besoins alimentaires d’un être humain  sont évalués en moyenne à 2100 kcal par jour (PAM). Cette évaluation varie toutefois selon les organisations. Ainsi, MSF préconise 2100 kcals et le CICR 2400. Les chiffres varient selon l’âge ; les personnes vulnérables comme les enfants, les femmes enceintes, ont des besoins supérieurs. Cependant, il n’est pas certain qu’ils puissent obtenir leur dû face aux plus forts en période de survie. La ration alimentaire doit être équilibrée, c’est à dire qu’elle doit contenir les produits suivants : céréales, graisses, sucres, sels, et légumineux pois, lentilles). Dans tous les cas, elle doit inclure au minimum 10% de protéines et 10% de lipides. Les besoins en eau d’un individu sont de 20 litres par jour, soit 5 litres d’eau potable (boisson, cuisine) et 15 litres pour les autres besoins (lessive, hygiène, etc.) 

  • En périodes de conflit : 

Le droit humanitaire réglemente le droit de l’arme alimentaire et organise les secours alimentaires aux populations civiles. Il interdit : 

-         L’usage de la famine comme méthode de combat ; 

-         La destruction des cultures et des biens essentiels à la survie de la population ; 

-         La réquisition des biens essentiels à la survie de la population. Il impose :  -         Le libre passage du ravitaillement dans les zones assiégées, notamment celui destiné aux femmes, enfants, et vieillards ; 

-         Le libre passage des secours alimentaires quand la population souffre de privations excessives, et le contrôle de la distribution par une organisation humanitaire impartiale afin de s’assurer qu’elle n’est pas détournée par les militaires ou d’autres groupes ; 

-         La fourniture de nourriture suffisante pour les personnes détenues ou internées.  Il n’existe aucun texte national ou international fixant un « droit à l’eau ». En période de conflit, les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels ne mentionnent pas formellement ce droit. L’eau est incluse de façon générale dans le régime de l’alimentation et du ravitaillement. Elle bénéficie à ce titre de la même protection que celle accordée par le droit humanitaire à la nourriture et aux biens essentiels à la survie de la population.    Famine : 

La famine est un état de pénurie alimentaire grave s’étendant sur une longue durée. Elle se distingue de la malnutrition qui peut être endémique ou chronique. Malgré cela, certains indices relatifs à la malnutrition peuvent être utilisés pour évaluer la gravité de la situation au regard de l’ensemble de la population. 

  • Les indices médicaux de la malnutrition : 

On utilise couramment deux indices pour mesurer la malnutrition d’un enfant : 

-          La mesure du tour de bras (périmètre brachial) à l’aide d’un bracelet. Quand le tour de bras est inférieur à 110 mm, l’enfant est sévèrement malnutri. Entre 110 et 124 mm, on parle de malnutrition modérée. 

-         L’indice poids/taille. Normalement, cet indice est proche de 100%. En dessous de 70%, l’enfant est sévèrement malnutri. Exemple : un enfant soudanais de trois ans mesurant 97 cms et pesant 8,5 kgs a un rapport poids/taille de 57%. Il présente donc une malnutrition aiguë sévère.  D’autres indices sont également utilisés tels que les rendements agricoles, le prix et la disponibilité des denrées alimentaires dans un lieu précis. La malnutrition peut être liée à des phénomènes naturels ou à l’existence d’un conflit. Des mécanismes d’alerte précoce et d’entraide internationale sont mis en place par certaines agences de l’ONU au sein de la FAO et du PAM. 

  • Contrairement à de nombreuses idées reçues, la famine n’appartient pas au 

groupe des catastrophes naturelles mais plutôt d’origine politique et sociale. Elle ne se résume pas toujours à un problème général de disponibilité alimentaire. De nombreuses études sur des situations de famines ont montré qu’elles de résultaient pas de pénuries généralisées, mais de problèmes politiques et sociaux de répartition des disponibilités alimentaires existantes à l’intérieur d’un pays. Les travaux d’Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998, ont notamment montré que la nature non démocratique du régime politique ou l’existence d’une situation de conflit sont autant de facteurs qui favorisent l’apparition et le développement de la famine. Elle n’est donc pas une fatalité liée à des fléaux naturels ou à des considérations climatiques. Elle met en cause la faiblesse ou l’échec de la solidarité sociale ou nationale. Elle peut aussi illustrer la volonté politique et militaire d’affaiblir une partie de la population dans le cadre d’un conflit. Dans ces contextes, les actions de secours et de solidarité internationale ne peuvent donc se contenter d’une approche quantitative. Elles doivent également développer des mécanismes permettant de garantir l’accès des victimes aux secours alimentaires, et analyser soigneusement les causes de la famine. Dans les situations de conflit, le droit humanitaire interdit l’utilisation de la famine contre les personnes civiles comme méthode de combat (GP I art. 54 ; GP II art. 14). Il est interdit d’attaquer ou de détruire les denrées alimentaires, les zones agricoles qui les produisent, les récoltes, le bétail, les installations et les réserves d’eau potable et les ouvrages d’irrigation. Ces biens sont considérés comme bien protégés car ils sont essentiels à la survie de la population (GP I art. 54.2 et 54.4 ; GP II art. 14). Les statuts de la Cour pénale internationale prévoient que la famine peut constituer un crime de guerre dans les conflits internationaux ou un crime contre l’humanité au titre de l’extermination dans d’autres situations. Cette méthode reste autorisée contre les militaires. Des règles sociales s’appliquent aux localités assiégées. Le libre passage de tout envoi de vivres indispensables, de vêtements ou de fortifiants réservés aux enfants de moins de quinze ans doit être assuré (GIV art. 23). Dans les conflits armés internes, le droit humanitaire autorise que des actions de secours de caractère exclusivement humanitaire soient entreprises lorsque la population civile souffre de privations excessives par manque d’approvisionnements essentiels à sa survie (vivres, médicaments) (GP II art. 18.2 ; GIV art. 17, 23, 59 ; GP I art. 70). 

FAO : Food and Agriculture Organization (l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture) :   

  • L’organisation :   

Institution spécialisée des Nations Unies crée en 1945, la FAO compte 175 états membres et l’Union Européenne (aussi membre de l’organisation). Elle siège à Rome. 

  • Mandat :   

La FAO a pour mandat de « libérer l’humanité de la faim », de « permettre à tous d’avoir accès à tout moment à la nourriture dont ils ont besoin pour mener une vie active et saine ». Elle déploie ses activités dans l’agriculture, les pêcheries et forêts, la nutrition. Elle analyse également les aspects économiques de la production et de la distribution. Tout cela en vue d’accroître la quantité et améliorer la qualité des disponibilités alimentaires dans le monde.  Elle a quatre fonctions principales : l’assistance technique, la collecte et l’analyse des données statistiques, le conseil aux gouvernements en matière de politique agricole, et enfin elle est un forum technique où les états et les organisations internationales réfléchissent aux problèmes agricoles. La FAO n’est pas une agence qui intervient de façon opérationnelle pour gérer le secours alimentaire en cas de pénurie ou de conflit. Cette activité est confiée, dans le système des Nations Unies, au Programme Alimentaire mondial (PAM).  

  • Structure :   

La conférence des états membres se réunit tous les deux ans. Elle élit un conseil où 49 états siègent pour trois ans, et un directeur général pour six ans. Le conseil se réunit une fois par an l’année où il n’y a pas de conférence plénière, et trois fois l’année suivante. Des conférences sont tenues dans les six bureaux régionaux (Afrique, Asie et Pacifique, Europe, Amérique Latine et Caraïbes, Proche-Orient), sur les problématiques locales. L’organisation se compose de huit départements : administration et finances, affaires générales et information, politiques économiques et sociales, coopération technique, agriculture, développement durable, pêches, forêts. Elle emploie environ 2200 fonctionnaires au siège, et 1790 sur le terrain. 

  • Moyens :   

Le budget biennal de la FAO se montait à environ 650 millions de dollars pour 1998 et 1999.  Les états membres financent le programme régulier (65%) sur la base de contributions fixées par la conférence. Cela coure les frais de secrétariat et les opérations décidées en conférence. Les programmes de terrain (35%) sont financés par des contributions volontaires des états, des contributions du PNUD, et par le budget régulier de la FAO. Ce sont des projets d’assistance spécifiques sur une localité ou une région, préparés sous les auspices de la FAO entre le donateur et le pays bénéficiaire. La FAO s’est dotée de mécanismes de collecte d’information sur la situation agricole mondiale.  Elle compile des données sur les récoltes, les cours mondiaux des denrées, les capacités de production, etc. Le Comité de la Sécurité Alimentaire (CSA) gère le Système Mondial d’Information et d’Alerte Rapide (SMIAR). Il collabore aussi avec les organes intéressés des Nations Unies, par exemple en assurant une coordination dans le domaine humanitaire. C’est l’une des agences leader du Comité permanent inter-agences, dirigé par le bureau aux affaires humanitaires. 

Programme alimentaire mondial (PAM) 

  • L’Organisation : 

Créée en 1963 par l’Assemblée générale de l’ONU et la FAO, le PAM est un organe subsidiaire des Nations Unies. Il siège à Rome. 

  • Mandat : 

Le PAM est, ans le système des Nations Unies, l’agence chargée de l’aide alimentaire dans le but de lutter contre la faim et d’améliorer la sécurité alimentaire dans les pays les plus pauvres. Le mandat du PAM est de :            

Sauver des vies humaines dans les crises humanitaires ;             

Améliorer la nutrition et les conditions de vie des populations les plus vulnérables Pendant les périodes critiques de leur existence, au travers de son Food for Growth program ;            

Contribuer à la création d’actifs et promouvoir l’autonomie des individus des communautés les plus pauvres, au travers de son Food for Work program ;  Il appuie le développement économique et social, et répond aux situations d’urgence. Ces deux axes de travail seront toujours menés dans la perspective de « renforcer l’autonomie » des populations. Le PAM veille à ce que la conception et l’exécution de ses programmes d’assistance se fonde sur une très large participation des bénéficiaires, et des femmes en particulier. En 1998, le PAM a apporté près de 2,8 millions de tonnes d’aide alimentaire à 75 millions de personnes – dont 56 millions de personnes victimes de conflits humains et de désastres naturels. 

  • Structure :   

Il est dirigé par un conseil d’administration de 36 membres (auxquels s’ajoute l’Union Européenne en tant qu’observateur), élus pour un mandat de trois ans renouvelable. Le directeur exécutif est élu conjointement par le secrétaire général des Nations Unies et par le directeur général de la FAO, en consultation avec le conseil d’administration. Le siège du PAM compte huit départements : bureau du directeur exécutif, opérations, transportation et logistiques, mobilisation des ressources et relations extérieures, finances et système d’information, stratégie et politiques, services administratifs, ressources humaines. Le PAM s’est engagé en 1996 dans un processus de décentralisation qui a abouti à la création de bureaux régionaux décentralisés, qui disposent d’une forte autorité décisionnelle. Le PAM emploie en tout plus de 5000 personnes dont 70% sont sur le terrain. 

  •  Moyens : 

* Le PAM intervient sur requête du gouvernement. Il mène sa propre évaluation, puis conclut un accord, la Letter Of Understanding (LOU) avec les autorités sur les programmes, ce qui implique une forme de négociation. * Le budget biennal du PAM se monte à environ 2,4 milliards de dollars pour 1996 et 97. 30% des ressources du PAM concernent les projets de développement. Il participe par le mécanisme du « food for work » à la réalisation d’infrastructures agricoles et d’aménagement du territoire (construction de routes). Le PAM contribue aussi à la promotion du développement humain à travers des programmes nutritionnels, de santé, et d’alimentation scolaire. 

* En ce qui concerne les opérations de secours (opérations d’urgence et opérations prolongées qui représentent 70% des ressources), le PAM a la responsabilité d’assurer l’approvisionnement des denrées alimentaires de base et de payer leur acheminement international et interne jusqu’aux stocks de distribution. Il dispose pour cela de le Réserve Alimentaire Internationale d’Urgence (RAIU), constituée depuis 1976 à la demande de l’assemblée générale. Le plancher annuel de cette réserve est fixé à 500000 tonnes de denrées. Le PAM gère aussi le Compte d’Intervention Immédiate (CII), qui assure un démarrage des interventions d’urgence sans attendre la mise à disposition des fonds par les donateurs, au plancher annuel fixé à 35 millions de dollars. Cependant la mobilisation des ressources pour les opérations de secours passe surtout par des appels spéciaux effectués en cours d’année en fonction des urgences. 

* Le travail du PAM comporte un important volet d’activité logistique. Il est en effet responsable de l’acheminement jusqu’au lieu de distribution. Cela implique un acheminement international, puis un acheminement à l’intérieur du pays de destination jusqu’au point de distribution. Il doit trouver une solution pour remplacer le « chaînon manquant » dans le circuit de transport et se frayer l’accès aux populations qu’il a mission d’assister. C’est ainsi qu’il aménage des infrastructures portuaires, des aéroports, des routes. Cette tâche logistique est reconnue par le Conseil Maritime Mondial, qui lui reconnaît le droit d’utiliser son propre document de transport (le Worldfood Waybill Charter), qui certifie qu’il achemine des denrées à usage humanitaire, et doit lui faciliter les procédures administratives de dédouanement et de transit des marchandises. Une vingtaine de cargos sillonnent le monde en permanence, prêts à être détournés sur n’importe quel site de crise.  * La fragilité de ce système est qu’il repose exclusivement pour son financement sur les contributions volontaires des états (1,3 milliards de dollars en 1996). Celles-ci se répartissent en fonction du type d’opération : 

-         ressources ordinaires pour les projets de développement et les situations prolongées de réfugiés et déplacés ; 

-         interventions d’urgences pour les réfugiés et déplacés ; 

-         contributions à la Réserve Alimentaire Internationale d’Urgence (RAIU) ; 

-         contributions au compte d’intervention immédiate (CII) de la RAIU ; 

-         contributions en apport non alimentaire (prestations de personnel technique et administratif, outillage, matériel). Les contributions sont fournies pour moitié en nature et pour moitié en cash. Elles sont basées depuis 1996 sur le principe du « recouvrement intégral des coûts », qui assure la couverture des frais administratifs et des besoins en cash. Le PAM développe à cet égard une politique d’achat local des denrées alimentaires qui permet la réduction des coûts de transport, la distribution de produits adaptés aux habitudes alimentaires des bénéficiaires, et la stimulation des économies locales. 

* Pour améliorer l’efficacité de ses actions, le PAM s’efforce de les coordonner avec les organes compétents du système onusien. En matière d’aide alimentaire aux réfugiés, déplacés et rapatriés, cette volonté s’est concrétisée en 1985 par la signature d’un accord cadre de partenariat  (Mémorandum Of Understanding, ou MOU) avec le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés). Cet accord a été modifié en 1991, 1994, et 1997. Un MOU a également été signé avec l’UNICEF en janvier 1998. Le PAM travaille étroitement avec les Nations Unies qui s’occupent de coordination dans le domaine humanitaire. Par exemple, c’est l’une des agences leader du Comité Permanent Interagences, dirigé par le bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) et ECHA (Executive Comitee for Humanitarian Affairs). 

* Depuis plusieurs années, le PAM a aussi beaucoup développé ses relations avec les ONG. Des accords formels ont été signés avec quinze partenaires ONG et un mécanisme de consultation annuel a été mis en place en 1995. Il coopère sur le terrain avec près de mille ONG. La collaboration repose sur la signature d’un partenariat ad hoc (Letter Of Understanding, LOU) qi est en général un accord tripartite entre le PAM, l’ONG, et le gouvernement du pays d’accueil. En outre, un bureau de liaison avec les ONG (NGO Liaison Unit Headquarters) basé à Rome, a été créé en 1987 pour donc favoriser la coopération entre le PAM et les ONG. 

  • Ravitaillement : 

Des dispositions différentes traitent du ravitaillement de la population en vivres et en produits médicaux pendant les périodes de conflit. Le principe reste toujours lié à la responsabilité des parties en conflit d’assurer le bien-être et, au minimum, la survie des populations qui sont sous leur contrôle  (G IV art. 55 ; GP I art. 69), qu’il s’agisse de la population civile des territoires envahis ou occupés, des prisonniers de guerre, ou de la population des zones assiégées. En faisant peser cette responsabilité sur les parties au conflit, le droit a voulu éviter que des secours amenés de l’extérieur permettent aux parties au conflit de disposer de ressources financières supplémentaires pour soutenir leur effort de guerre. Le droit de la guerre prévoit cependant de nombreuses exceptions à ce principe : en cas de « nécessités militaires impératives » (GP I art. 54.5). Dans de telles situations, une partie du conflit peut déroger à certaines de ses obligations de protection des biens indispensables à la survie de la population. - Biens protégés, réquisition :  Le droit humanitaire prévoit que l’évaluation de l’approvisionnement des populations pourra toujours être entreprise par les puissances protectrices ou es organisations humanitaires pour vérifier que la population ne souffre pas de pénuries ou de privations excessives (G IV art. 55). Il existe un droit au ravitaillement pour la population civile dans les situations de conflit. Le droit humanitaire prévoit en effet que quand la population souffre de privations excessives par manque des approvisionnements essentiels à sa survie, tels que vivres et ravitaillement sanitaire, des opérations de secours pourront être entreprises par des organisations de secours extérieures, moyennant l’accord des parties concernées (GP I art. 70 ; GP II art. 18.2). C’est un accord de principe qui est prévu et qui ne peut pas être refusé par la partie au conflit concernée par des considérations politiques ou militaires. L’accord des parties n’est nécessaire que pour les aspects pratiques de l’opération de secours. Les parties au conflit peuvent seulement demander des garanties quant à la distribution des secours, en faisant peser sur les organisations humanitaires le contrôle de la distribution pour qu’ils ne soient pas détournés à des fins militaires. Le libre passage des secours ne concerne que les biens essentiels à la survie de la population. Il est prévu pour les vivres et les médicaments, dans les zones assiégées comme dans toutes les zones où se trouvent des civils. Le droit à la guerre affirme également que la famine ne pourra être utilisée comme arme de guerre contre les populations civiles (GP I art. 54.3). Pour justifier le libre passage des secours, le droit humanitaire prévoit que les organisations humanitaires doivent contrôler la distribution des secours au profit de la population civile. 

  • Secours :   

Les conventions de Genève organisent les secours à apporter aux victimes des conflits. Elles poursuivent ce faisant deux objectifs pragmatiques et concordants : 

-         l’objectif est, de façon générale, d’atténuer les souffrances causées par les hostilités sur ceux qui ne participent pas ou plus aux combats et notamment d’éviter les effets des pénuries de biens essentiels à la survie de la population ; 

-         l’objectif est, de façon plus précise, de faire reconnaître les besoins, et donc le droit à la vie, de diverses catégories de personnes menacées par la logique de la violence et de la destruction. Dans les situations de conflit, la pénurie est toujours relative. En revanche la violence menace de destruction directe ou indirecte des groupes particuliers et les catégories les plus vulnérables de la population. Les opérations de secours prévues par le droit humanitaire allient l’assistance matérielle et la protection d’un statut juridique minimal pour les personnes en danger. Les différents éléments de ces notions sont posés par les articles 70 et 71 du protocole I aux conventions de Genève. Elles s’organisent autour de plusieurs éléments qui seront développés séparément. 

* Le contenu des secours :  Les actions de secours sont prévues et organisées par le droit humanitaire autour de la notion de biens et de besoins essentiels à la survie de la population. Le principe est qu’il est interdit de recourir à la famine contre la population civile comme moyen de combat. Il est donc interdit de détruire ces biens ou d’empêcher que la population civile soit approvisionnée. Cela est spécialement affirmé quand la population se trouve au pouvoir de la partie adverse en raison de l’occupation du territoire, ou bien qu’elle se trouve assiégée, internée, ou détenue. Les biens essentiels à la survie de la population sont : 

-         Les vivres, sous forme d’approvisionnement en nourriture ou sous forme de récolte et de bétail, les installations et réserves d’eau potable, les ouvrages d’irrigation et les zones agricoles. 

-         Les médicaments et le matériel sanitaire ; 

-         Les objets nécessaires au culte ;

-         Les vivres, vêtements et fortifiants réservés aux enfants de moins de quinze ans, aux femmes enceintes et en couches (G IV art. 23 ; GP I art. 54 ; GP II art. 14, 18). Cette liste a été rallongée dans les conflits armés internationaux en ce qui concerne les territoires occupés et les zones assiégées. Elle inclut : 

-         les vêtements, le matériel de couchage, les logements d’urgence ou abris, et autres approvisionnements essentiels (GP I art. 69). 

-         Le personnel de secours peut également, en cas de nécessité, être inclus dans les secours dont le passage doit être autorisé auprès de la population (GP I art. 70 et 71). 

* Les bénéficiaires des secours : Le droit humanitaire prévoit la possibilité de secours vis-à-vis de l’ensemble de la population civile. Il prévoit également des secours spécifiques destinés aux détenus, prisonniers de guerre, internés, à la population des territoires occupés, aux blessés et malades, aux enfants et aux femmes.  * La protection du droit à recevoir des secours pour les personnes protégées :  Quand la population est insuffisamment approvisionnée en biens essentiels à sa survie, les opérations de secours humanitaire pourront être entreprises. Les parties au conflit devront accorder et faciliter le libre passage de ces secours ; elles n’auront pas le droit de les interdire. Elles n’ont que le droit de fixer les conditions techniques ou de demander aux organisations de secours des garanties que la distribution des secours n’est pas détournée de la cible civile. Le droit de recevoir des secours est donc garanti par le droit international humanitaire (G IV art. 17, 23, et 59 ; GP I art. 70 ; GP II art. 18). Le droit applicable connaît des variations selon que la pénurie résulte du conflit en général (GP I art. 70 ; GP II art. 18), de l’occupation du territoire (G IV art. 55, 59), qu’elle sévit dans une zone assiégée (G IV art. 17, 23), ou qu’elle résulte d’un conflit interne (GP II art. 18). La puissance détentrice ou occupante reste en outre responsable d’assurer elle-même l’approvisionnement des personnes qui se trouvent en son pouvoir du fait de la détention et de l’internement (GIV art. 81) ou de l’occupation  (G IV art. 55, 60). Mais ces personnes bénéficient toujours en plus du droit de recevoir des secours individuels ou collectifs, qu’ils se trouvent sur un territoire occupé (G IV art. 59, 62, 63), qu’ils soient internés (G IV art. 108 à 111), qu’il s’agisse de blessés ou malades (G IV art. 16, 17, 23 ; GP II art. 7), de prisonniers de guerre (G III art. 15, 72, 73) ou d’autres personnes privées de liberté (GP II art. 5.1c). La puissance détentrice ou occupante doit permettre la libre évaluation des besoins de la population (G IV art. 30). Les personnes protégées par le droit humanitaire disposent du droit de s’adresser aux puissances protectrices, au CICR ainsi qu’à tout organisme qui pourrait leur venir en aide. Les autorités au pouvoir desquelles elles se trouvent devront leur donner toutes les facilités pour adresser leurs demandes à ces organismes (G IV art. 30). 

* L’obligation du libre passage des biens essentiels à la survie de la population : Les parties au conflit et chaque haute partie contractante autoriseront et faciliteront le passage rapide et sans encombre de tous les envois de secours, des équipements et du personnel de secours fournis […] même si cette aide est destinée à la population civile de la partie adverse (GP I art. 70.2). Les parties au conflit ne pourront en aucune manière détourner les envois de secours, ni en retarder l’acheminement (GP I art. 70.3c). Elles devront assurer la protection des envois de secours et en faciliter la distribution rapide (GP I art. 70.4 et 5). Ces obligations également prévues par la quatrième convention (G IV art. 23, 55, 59 à 62), supposent en effet qu’il s’agit de biens essentiels à la population et que l’action de secours a un caractère humanitaire et impartial, qu’elle est conduite sans aucune distinction de caractère défavorable, que priorité est donnée lors de la distribution des secours aux personnes les plus vulnérables telles que les femmes et les enfants (art. 70.1). Les parties au conflit ne peuvent pas refuser ces actions de secours ; elles ne disposent que du droit de : 

- prescrire des règlementations techniques, y compris les vérifications auxquelles le passage des secours est subordonné ; 

- demander que la distribution des secours soit effectuée sous le contrôle sur place d’une puissance protectrice ou d’un substitut pour s’assurer qu’ils ne sont pas utilisés à des fins militaires (GP I art. 70.3a, b ; G IV art. 59). En pratique, le mécanisme des puissances protectrices n’est pas utilisé. IL incombe donc aux organisations de secours d’assurer un contrôle de la distribution des secours qui offre aux parties au conflit les garanties requises par le droit, c’est-à-dire l’assurance que les secours ne pourront pas être détournés ou utilisés à des fins militaires. A défaut, le libre passage des secours risque d’être refusé par les belligérants. Les secours humanitaires ne peuvent pas être soumis à embargo dans les cas où le Conseil de Sécurité des Nations Unies ou une organisation régionale décident d’imposer une telle sanction à un pays membre. 

* Le droit d’offrir des secours pour les organisations humanitaires : Les offres de secours de caractère humanitaire et impartial et conduites sans aucune distinction de caractère défavorable ne seront considérées ni comme une ingérence dans le conflit armé, ni comme des actes hostiles GP I art. 70.1). En outre, les Conventions de Genève ont prévu que le CICR et les autres organisations humanitaires impartiales peuvent toujours offrir leurs services aux parties en conflit et entreprendre avec leur accord des actions de protection et de secours auprès des personnes civiles (G I-4 art.3 commun et 10).  En dehors des missions confiées aux puissances protectrices, le droit humanitaire invite aussi les parties au conflit à accorder le meilleur accueil aux organisations religieuses, aux sociétés de secours, ou à tout autre organisme qui viendrait en aide aux personnes protégées (G IV art.142). Les états s’engagent également à offrir toutes les facilités en leur pouvoir pour permettre au CICR et aux autres organisations humanitaires d’assumer les tâches de protection et d’assistance aux victimes prévues par les conventions et protocoles (GP I art.81). Dans les conflits armés internes, les états s’engagent aussi à ce que les sociétés de secours puissent offrir leurs services et s’acquitter de leurs tâches traditionnelles à l’égard des victimes (GP II art.18.1). Le droit humanitaire confie une double responsabilité aux organisations de secours : 

  • Elles doivent proposer leurs services pour secourir et protéger les victimes des conflits ; 
  • Elles doivent connaître les exigences du droit humanitaire pour ne pas affaiblir la protection due aux victimes ; 
  • Elles doivent notamment s’assurer que les secours ne sont pas détournés à des fins militaires pour éviter de permettre aux parties au conflit de refuser l’aide, sous prétexte qu’elle est utilisée par la partie adverse. 

* Protection du personnel de secours : Le personnel participant aux actions de secours sera respecté et protégé (GP I art.71.2). 

  • Les opérations de secours peuvent être entreprises par des personnes différentes. Il peut s’agir des puissances protectrices, de sociétés de la Croix Rouge, d’organisations de protection civile locale ou émanant d’états neutres ou non parties au conflit, d’autres organisations humanitaires impartiales, de l’ONU. Elles peuvent également être entreprises directement par la population. 
  • Il existe divers statuts, liés au type d’organisation qu’il représente, qui offre des droits plus ou moins étendus pour le personnel humanitaire. L’article 71 du premier protocole fixe un cadre minimal pour le personnel de base. Il affirme la nécessité de la présence de ce personnel dans un certain nombre de situations pour le transport et la distribution des envois de secours. Ce personnel doit avoir l’agrément de la partie sur le territoire de laquelle il exerce son activité. Il doit ensuite être respecté et protégé et doit bénéficier de la coopération des autorités. Celles-ci ne peuvent limiter ses déplacements que de façon temporaire en cas de nécessités militaires impérieuses. Ce personnel ne doit pas dépasser le cadre de sa mission de secours. Il doit tenir compte particulièrement des exigences de sécurité e la partie su le territoire duquel il exerce ses activités. Cela concerne notamment la façon dont il transmet les informations relatives à la situation militaire de ce territoire. Il peut être mis fin à la mission de tout membre du personnel de secours qui ne respecte pas ces conditions. 

* Les secours médicaux bénéficient d’un régime particulier pour ce qui est donc des services sanitaires et de la mission médicale. 



Tout est prétexte à rire au Faso…
1 mai, 2010, 1:02
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Eh oui, on rit au Burkina ; on rit même beaucoup, du matin au soir et du soir au matin ! Tout est prétexte à la plaisanterie.

En faut-il des preuves ? Cliquer sur le lien ci-dessous :

http://www.dailymotion.com/video/xn4d2_regarde-bien-le-crachat_fun

Ou bien sur celui là :

http://www.youtube.com/watch?v=Ytu66xxcWfE

Ou enfin sur ce troisième lien pour visualiser une séquence qui raconte l’histoire de deux mécaniciens propriétaires chacun de leur garage qui se lancent un défi comme dans un duel de jeu télévisé : quelle équipe d’employés en saura le plus sur le VIH/SIDA ? Pour finir, les équipes ex aequo s’affrontent sur le sujet délicat des infections sexuellement transmissibles lors d’un finish à se tordre de rire. Et le vainqueur est… Ce court métrage est réalisé par Fanta Régina Nacro, Burkina Faso ; basé sur des idées originales de Abdoul-Razakh Cissé, 22 ans, Burkina Faso, et de Facely Jefami Millimono, 19 ans, Guinée. Un film de la collection Scénarios.

http://www.dailymotion.com/video/x8yhcr_scenarios-d-afrique-les-champions_shortfilms

 C’est aussi ça, le quotidien du pays ; le rire y est une réelle thérapie …



A nuit surréaliste, journée surréaliste pour faire suite ; l’ordre normal des choses…
30 avril, 2010, 16:17
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* Etonnante nuit que la nuit du 21 au 22 avril ;

surprenante comme l’est le quotidien du Faso en général. Comme cela a été expliqué, la période actuelle est celle où les récoltes sont terminées et où les greniers sont pleins. Donc moins de travaux aux champs, plus de temps pour festoyer, et plus de biens dans les maisons. C’est donc maintenant que l’on va rattraper le retard en ce qui concerne les fêtes de funérailles, à savoir commémorer les décès des adultes qui sont morts dans l’année. Ces cérémonies traditionnelles marquent donc le terme de l’année agricole et se déroulent en fin de saison sèche, qui correspond au nouvel an. Elles fêtent donc aussi et surtout l’entrée des morts de l’année passée dans le monde des esprits. A ces occasions, les villageois accomplissent des danses rituelles sur des musiques traditionnelles. Parfois, d’impressionnantes sorties de masques sacrés faits de bois, de plumes, de fibres et de feuilles participent à cette cérémonie censée rendre la terre féconde et les pluies abondantes. C’est le nouvel an burkinabè.  Il y a eu ce genre de fête cette nuit derrière la maison MSF, dans un quartier de Yako à domination animiste, laquelle fête a débuté par un tir de mortier qui annonça les festivités. Il est bien entendu trop tôt dans le temps du séjour pour espérer être convié à un tel évènement ; c’est donc à distance et passivement que j’ai suivi son déroulement. Au début, étaient des mouvements et accueils de population, discrets, avec des échanges plutôt sûrement sur un mode oral ; puis de tir de mortier en tir de mortier, le bruit est monté en intensité : des chants d’abord, puis sûrement des champs et des danses pendant plus d’une heure. Il est certain que la musique que l’on pouvait entendre n’était pas de la musique en boite : grâce au ciel, on en percevait les imperfections du rythme et de l’harmonie, qui en signifiaient la spontanéité. Ensuite les percussions sont intervenues, avec une progression dans le tempo et dans l’intensité qui évoquaient de la musique soufie (*). Pour ce qui est de la musique de cette nuit à Yako, si elle était lente au début, la syncope s’est donc progressivement majorée, lancinante, implacable, pour des morceaux qui duraient bien une heure, et conclus pour chacun par un nouveau tir de mortier. Il est vraisemblable que le mort a dû être ravi par cette prestation est que sûrement il l’a honorée par la pratique d’une danse effrénée. Tous renseignements pris, il y a eu au moins cinq fêtes cette nuit là dans l’agglomération. L’organisation de chacune de ces fêtes est l’affaire d’une famille, et le critère de réussite est la quantité de participants. Cinq cent personnes est un bon chiffre. Bien entendu, l’investissement financier est énorme tant pour l’organisation du repas où la famille vide quasiment ses greniers que pour le défraiement des griots chargés de l’animation musicale et thématique, mais il est d’usage que les participants aillent de fête en fête et participent à chacune en apportant une participation : deux cent à cinq cent francs CFA – même pas un Euro – ; c’est une somme dérisoire mais importante pour le budget des invités, et puis le nombre de convives fait le reste…  C’est essentiellement du « Petit Futé », guide de référence pour les voyageurs avides de mieux connaître le Burkina, ainsi que de quelques encyclopédies que j’ai tiré les quelques explications qui suivent quant à l’expression musicale du peuple burkinabè : Un proverbe africain dit « Un village où il n’y a pas de musicien n’est pas un endroit où l’homme puisse rester ». Au Burkina Faso, la musique accompagne traditionnellement les principaux évènements de la vie – rites initiatiques, funérailles, cycles agraires – ainsi que toutes les fêtes sacrées ou profanes. Les sorties de masques sont également accompagnées de musiques plus ou moins codées. Selon une tradition respectée dans toute l’Afrique de l’Ouest, la musique profane peut être interprétée par les femmes mais la musique sacrée est exclusivement réservée aux hommes. C’est de fait des hommes qui chantaient durant cette nuit de fêtes de funérailles. Les hommes conviés à interpréter ces chants sont traditionnellement regroupés au sein d’une caste qui est celle des griots. Musiciens professionnels d’Afrique de l’Ouest et des régions islamisées d’Afrique orientale et centrale, ils sont les véritables dépositaires de la tradition orale. Les griots sont à la fois musiciens, conteurs, chanteurs et poètes, philosophes, sorciers, historiens, ménestrels ; ils sont de toutes les fêtes et rendent d’innombrables services. ; leurs instruments préférés sont le tambour d’aisselle, la flûte, la harpeluth ou le balafon. Ils vivent en castes endogames et transmettent leur savoir de génération en génération. L’instrument de musique, également sacré, exprime par les sons et les rythmes un langage que seuls les initiés connaissent. De ce fait, de nombreuses musiques ont donc un caractère magique et accompagnent la conversation des masques dans un langage surnaturel compris bien entendu des ancêtres et des Dieux. Aussi, chez les Bobos, qui constituent la population dans le sud-ouest du pays, autour de la ville de Bobo-Dioulasso, soit environ sept pour cent de la population du Faso, les instruments de musique passent pour être habités par des divinités et sont de ce fait investis de pouvoirs très ésotériques. Ainsi, le griot en fabriquant l’instrument lui attribue une âme, et il acquiert ainsi une force magique qui agit sur ceux qui entendent sa voix. De par son travail, chez les Bobos mais aussi au sein des autres ethnies, le griot est donc un personnage à la fois craint et respecté.
Parmi les instruments les plus traditionnels et caractéristiques, on trouve de nombreux tambours et autres percussions, comme par exemple le bendre ou tambour gourde, d’origine Moaga. Appartenant à la famille qui a pour nom les membranophones, le bendre est fabriqué à partir d’une grosse calebasse recouverte d’une peau d’animal tendue (chèvre en général). Il est apparenté au pouvoir car il est chargé de rappeler les hauts faits et les vertus de la dynastie des Mossi. Il illustre musicalement tous les actes officiels de la cour. Censé transmettre un message, il symbolise avant tout la cohésion du groupe. Pour saisir le symbole qu’il véhicule, il faut appartenir à la corporation des Benda qui, depuis de nombreuses générations, se confient oralement de père en fils le langage de la musique. 
Dans la musique traditionnelle Burkinabè, on trouve aussi des instruments de la grande famille des aérophones, comme des flûtes à embouchure terminale ou latérale, des flûtes globulaires (de type ocarina), des flûtes de Pan, des instruments à anche simple (de type clarinette), à anche double (de type hautbois), des trompes en corne ou en ivoire et des instruments à air ambiant du type rhombe. 
Les instruments à cordes appartiennent, eux, à la famille des cordophones et sont également fort utilisés, qui sont représentés par l’arc musical et par de nombreux types de harpes et de cithares. Egalement, on trouve en Afrique un grand nombre d’idiophones, terme utilisé en organologie et dans la classification des instruments de musique pour désigner tout instrument qui, ne possédant ni cordes ni membrane, produit un son par vibration de son propre corps. Les castagnettes, le xylophone par exemple sont des instruments idiophones. Parmi cette dernière catégorie, il faut citer pour ce qui est de la musique africaine la sanza (mbira, likembe), le xylophone, le balafon, du type le plus rudimentaire au type le plus complexe, répandu dans presque toutes les régions, le tambour d’eau, qu’on rencontre surtout dans les régions sahéliennes, et le tambour à fente, présent surtout en Afrique équatoriale. Ses propriétés tonales en font l’instrument par excellence du langage tambouriné. En outre, il existe une grande variété de hochets, de sonnailles, de cloches simples ou doubles et de racleurs. Si la musique purement instrumentale se rencontre souvent, le chant, collectif ou individuel, est lui omniprésent. Souvent, il s’agit de chants dans lesquels le soliste énonce une strophe reprise ensuite par le chœur. L’échelle musicale la plus courante est à cinq tons ; il s’agit donc de musique tonale (**). Cette fête funéraire de notre quartier devait avoir un terme, soit deux heures du matin approximativement, ce qui semblait une bonne nouvelle pour nous qui devions travailler le lendemain à huit heures, et les coups de canon n’étant pas vraiment en adéquation avec la notion de repos réparateur…  Mais les tirs de mortier curieusement ont perduré de façon régulière jusqu’à quatre heures le matin. L’explication que j’ai pu avoir sur ce point est que durant cette nuit, un notable du même quartier est décédé. Je n’ai pu savoir de lui qu’une seule caractéristique ; c’est qu’il était très, très vieux. Au moins quarante huit ans m’a dit mon « informateur » ; il avait bien atteint l’âge de s’en aller !!! * La journée du vingt-deux avril :

aussi étonnante pour le voyageur que la nuit quil‘a précédée … Le réveil est réglé sur sept heures, soit une heure avant le début du travail au CREN. En ouvrant les yeux, ce qui ne fut pas si simple à réaliser après une folle nuit par force consacrée à la culture traditionnelle, la chambre était totalement noire, comme un jour d’éclipse totale de soleil. Après avoir comparé les montres pour s’assurer de la fiabilité du téléphone portable qui tient lieu de réveil, et en ouvrant les volets, une grande surprise : une lueur globalement jaune paille orangée, couleur de mangue mure ou d’éclairage aux lampes à vapeur de sodium, une visibilité dérisoire – quelques mètres – et surtout pas de vent, une chaleur lourde et oppressante, et une chape de poussière sur le visage et les vêtement durant le temps nécessaire pour franchir les quinze mètres qui conduisent à la salle à manger. Il s’agissait bien sûr d’un phénomène issu du désert, comme à peu près le sirocco au Maghreb, mais curieusement il s’accompagne là bas d’un léger souffle vecteur du sable. Là, rien de tel ; une atmosphère de fin du monde, et un silence que rien ne vient troubler, même pas le braiement d’un âne ou le piaillement d’un oiseau. D’après les locaux, le dernier épisode de ce phénomène était en mille-neuf-cent quatre-vingt-quatre et a duré une journée. Sur les vitres des gros Land Cruiser de MSF, plusieurs millimètre d’un mélange de latérite broyée et de silice fine comme celle d’un sablier pour cuire les œufs à la coque. Et ce phénomène surnaturel a duré toute la journée. Tout le monde à Yako portait un masque, les mobylettes surgissaient devant les voitures à moins de trois mètres, les mamans vendeuses de tomates et piments passaient leur temps à épousseter leur marchandise. Dans les phases de soins, une visibilité à peu près identique à celle que l’on y trouve lors des urgences de nuit et qu’on est de garde.  Sinon que derrière les vitres des salles, pas de nuit noire, mais cet ocre jaune uniformisé. Ma femme à qui j’ai téléphoné cette information m’a conseillé de photographier le phénomène, mais en vérité autant tracer un rectangle sur un papier et choisir une trame de couleur identique à celle de l’environnement pour le remplir. Cela a donc duré toute la journée et aujourd’hui vingt-trois avril tout est redevenu normal par magie, sinon la poussière qui s’est infiltrée partout, dans les moindres interstices, même par les portes fermées, et dont il reste à se débarrasser ! 

(*) Pour définir les soufis, on peut dire qu’ils sont des mystiques de l’islam, donc des musulmans adeptes du soufisme. Les premiers soufis étaient ainsi appelés d’après le froc de laine (suf) qu’ils avaient coutume de porter. L’encyclopédie Hachette  introduit en ces termes la définition du « Dhikr » des soufis musulmans :  » Individuelle ou collective, spontanée ou rituelle, mentale ou orale, la prière constitue la dimension de la parole dans la relation avec le monde surnaturel (Dieu, les dieux, les saints, les anges ou les génies). Elle peut être énoncée seule ou en lien avec d’autres actes religieux (offrandes, sacrifices, consécrations, etc.). Dans sa forme la plus spontanée, la prière exprime une demande pour soi (prière de pétition) ou pour autrui (prière d’intercession), mais elle peut aussi, notamment dans la liturgie, se transformer en prière de louange ou action de grâces. À côté de la prière simple récitée une seule fois, chaque religion connaît des formes de prières répétitives où le sens s’estompe derrière le rythme: récitations de litanies, du rosaire, d’oraisons jaculatoires, de mantras, etc. La finalité est parfois d’aboutir à la « prière perpétuelle » où les mots doivent devenir consubstantiels aux rythmes corporels (la « prière du cœur » des mystiques chrétiens orthodoxes, le Japayoga des hindous). C’est donc le cas pour ce qui est du « Dhikr » des soufis musulmans. À l’intérieur de la vie spirituelle, on donne à la prière le nom d’oraison, qui est le mouvement de l’âme vers Dieu au-delà des paroles et des images. La méditation peut être assimilée à la prière, plus, il est vrai, la méditation chrétienne, qui est une réflexion associée à l’imagination sur une scène ou une parole de l’Évangile, que les méditations hindoue, bouddhiste, ou soufie, qui relèvent plutôt de la contemplation sans objet. Le soufisme est donc une forme d’ascétisme mystique de l’islam, vecteur de l’aspect spirituel et ésotérique de la piété musulmane. «  Les sociétés soufies les plus connues ont pour expressions la musique Gnawa pour ce qui vient du sud marocain, les fameux Derviches Tourneurs pour la Turquie, etc.  (**) La suprématie du système de l’harmonie tonale sur la modalité s’affirma vers le milieu du XVIIe siècle. Ce système implique que chaque son est clairement compris dans sa relation soit avec la gamme majeure, soit avec la gamme mineure harmonique. Ces deux échelles comportent trois fonctions harmoniques principales : la première note est dite «tonique», la cinquième (dans le mouvement ascendant) « dominante », la quatrième « sousdominante ». Les autres notes ont également des fonctions particulières, entre autres la septième, dite « sensible ». La troisième note détermine, selon qu’elle subit ou non une altération descendante d’un demi ton, le caractère mineur ou majeur de la gamme.   L’élément fondamental de l’harmonie tonale est l’accord de trois sons (par superposition de tierces), dit accord « consonant » ou « parfait ». On lui oppose les accords de quatre ou cinq sons, considérés comme « dissonants », instables en raison de leur nécessaire résolution. Les lois qui président à l’enchaînement de ces accords constituent le fondement relationnel du système tonal. La rythmique, même si elle n’est parfois que sous-jacente, s’exprime au moyen de formules souvent complexes et superposées (Encyclopédie Hachette). 



Les Médecins Sans Frontières ; les bases, l’évolution, les champs d’actions, la recherche scientifique
30 avril, 2010, 15:27
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* Principes de Chantilly de 1997 : principes de référence du mouvement Médecins Sans Frontières 

Qui sont les Médecins Sans Frontières ? 

La raison d’être de Médecins Sans Frontières est de contribuer à la sauvegarde de la vie et à l’allégement de la souffrance dans le respect de la dignité. MSF apporte des soins aux personnes en situation précaire, et s’efforce de les rendre à nouveau maîtresses de leur avenir. 

1. L’Action médicale d’abord L’action de Médecins Sans Frontières est avant tout médicale. Elle consiste principalement à procurer des soins curatifs et préventifs aux personnes en danger, indépendamment du pays où elles se trouvent. Mais lorsqu’elle ne permet pas seule d’assurer la survie des populations – comme dans des situations d’extrême urgence – d’autres interventions peuvent être développées dans les secteurs de l’approvisionnement en eau, la sanitation, la nutrition, la construction d’abris….  Cette action s’inscrit prioritairement dans les périodes de crise, c’est à dire de rupture d’un équilibre antérieur, et quand la survie des populations est menacée.  2. Le témoignage, complément indissociable Le témoignage recherche l’amélioration du sort des populations en danger. Il se traduit par :  * La présence directe des volontaires auprès des personnes en danger pour effectuer le geste médical, qui associe proximité et écoute. * Un devoir de sensibilisation du public sur la situation de ces personnes. * La possibilité de critiquer ouvertement les manquements aux conventions internationales et de les dénoncer. Il s’agit d’un ultime recours, lorsque les volontaires MSF sont témoins de violations massives des droits de l’homme comme des déplacements forcés de populations, le refoulement de réfugiés, le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. Dans des cas exceptionnels, il peut se produire dans l’intérêt des victimes que les volontaires MSF portent assistance en s’abstenant de témoigner publiquement, ou qu’ils dénoncent sans assister, par exemple lorsque l’aide humanitaire, “utilisée”, est détournée de son objectif.  3. Le respect de l’éthique médicale  La mission de MSF est accomplie dans le respect des règles de la déontologie médicale: celle-ci impose en particulier le devoir de procurer des soins sans nuire (ni à un individu ni à un groupe) et d’assister toute personne en danger, avec humanité, impartialité, et en respectant le secret médical.  Par ailleurs, le droit international humanitaire protège la déontologie et la mission médicale. Il prévoit que nul ne peut être puni pour avoir exercé une activité de caractère médical conforme à la déontologie, quels qu’aient été les circonstances ou les bénéficiaires de cette activité. Il affirme aussi que les personnes exerçant une activité de caractère médical ne peuvent être contraintes d’accomplir des actes ou des travaux contraires à la déontologie. 

4. La défense des Droits de l’Homme Médecins Sans Frontières fait sien les principes des Droits de l’Homme et du droit humanitaire international. Ceux-ci reconnaissent entre autres : - le devoir de respecter les libertés fondamentales de chaque individu, y compris le droit à l’intégrité physique et mentale, et les libertés de pensée, de mouvement, rappelées dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1949 ; - le droit des victimes à recevoir une assistance, ainsi que le droit des organisations humanitaires à donner une assistance dans les conditions suivantes: libre évaluation des besoins, libre accès aux victimes, contrôle de la distribution des secours, respect de l’immunité humanitaire.  5. Le souci d’indépendance  L’indépendance de MSF se caractérise avant tout par une indépendance d’esprit, qui est une condition de son indépendance d’analyse et d’action, c’est-à-dire du libre choix de ses opérations, de leurs durées et des moyens pour les mettre en œuvre.  Cette indépendance se manifeste à la fois au niveau de l’organisation et de chacun de ses volontaires.  -L’organisation MSF vise une indépendance stricte à l’égard de toute structure ou pouvoir (qu’ils soient d’ordre politique, religieux, économique ou autre). Elle refuse de servir d’instrument de politique étrangère de quelque gouvernement que ce soit. Ce souci d’indépendance étant également financier, MSF s’applique à rassembler un maximum de ressources privées, à diversifier ses financeurs institutionnels, et parfois à refuser certains financements qui porteraient atteinte à son indépendance. -De leur côté, les volontaires MSF sont tenus au devoir de réserve, et doivent éviter par leur attitude personnelle de lier ou impliquer MSF (politiquement, institutionnellement…). 6. Un principe fondateur : l’impartialité  L’impartialité est le fondement de la mission de MSF; elle est indissociablement liée à son indépendance d’action. L’impartialité est définie par les principes de non-discrimination et de proportionnalité :  - non-discrimination en fonction de l’appartenance politique, la race, la religion ou le sexe, ainsi que de tout autre critère analogue;  - proportionnalité de l’assistance par rapport à l’intensité des besoins. C’est vers les personnes les plus gravement et les plus immédiatement en danger que l’action de MSF se dirige en priorité. 

7. Un esprit de neutralité MSF ne prend pas part aux conflits armés, et dans ce sens adhère au principe de neutralité.  Cependant, la dénonciation est l’ultime moyen d’action pour aider les populations assistées par MSF, dans certains cas extrêmes, quand les volontaires sont témoins de violations massives des Droits de l’Homme. Dans ce cas, la seule assistance est rendue vaine du fait de la persistance de ces violations. C’est pourquoi MSF sort alors de l’observation stricte du principe de neutralité et parle pour mobiliser les consciences en vue de faire cesser ces exactions et améliorer le sort de ces populations.  8. Responsabilité et transparence Face aux populations en détresse, MSF a l’ obligation de mobiliser et développer ses ressources. Recherchant le maximum de qualité et d’efficacité, MSF s’oblige à utiliser au mieux les compétences et les moyens dont elle se dote, à contrôler directement la distribution des secours, et à en évaluer régulièrement les effets. MSF se doit de rendre compte de ses actions de manière transparente, aux populations bénéficiaires comme à ses donateurs. 

9. Une organisation de volontaires  MSF est une organisation basée sur le volontariat. Cette notion implique principalement :  - un engagement individuel envers les personnes en situation précaire, et par conséquent une responsabilité de chaque volontaire sur qui repose la responsabilité de MSF.  - le désintéressement, qui atteste du caractère non lucratif de l’engagement des volontaires. Le volontariat est un facteur déterminant pour maintenir l’esprit de résistance aux compromissions, à la routine, et à l’institutionnalisation. 10. Un fonctionnement associatif  L’ engagement de chaque volontaire envers le mouvement MSF va au-delà de l’accomplissement individuel d’une mission; il suppose aussi une participation active à la vie associative de l’organisation, et une adhésion à la charte et aux principes de MSF. Au sein des différentes structures représentatives de MSF, la participation effective de chaque volontaire sur la base d’une voix égale pour chaque membre, garantit le caractère associatif de l’organisation. MSF s’efforce aussi d’intégrer en permanence de nouveaux volontaires en son sein, afin de maintenir une certaine spontanéité et un esprit d’innovation. Associé aux idéaux du volontariat, le caractère associatif de MSF lui permet une ouverture sur nos sociétés et une capacité de questionnement. 

Des règles pratiques de fonctionnement 

a. Mode d’organisation et de décision  MSF est formée de 19 branches nationales, dont la cohérence est assurée par un Conseil International.  La majorité de ses membres sont des volontaires, œuvrant ou ayant œuvré pour MSF. Ils composent l’Assemblée Générale de chaque branche de MSF, et élisent un Conseil d’Administration, dont les membres sont majoritairement des médicaux ou paramédicaux, quasiment tous bénévoles. Le Conseil d’Administration nomme l’équipe exécutive et contrôle son activité. Il est le garant du respect des principes de MSF, s’assure de l’application des décisions prises en Assemblée Générale, et contrôle la gestion de l’organisation.  b. Non lucrativité Chaque branche de MSF est fondée sur le principe de non lucrativité. Le principe de désintéressement fait partie de l’engagement de tout le personnel MSF. Pour l’accomplissement de son travail à MSF, le personnel ne peut percevoir de l’organisation, de ses satellites, de ses prestataires et fournisseurs, ou de toute autre personne privée ou morale avec qui l’organisation est en relation, aucune autre rémunération que celle représentée par ses seuls salaire ou indemnités. La proportion de salariés reste volontairement limitée. Les cadres perçoivent des salaires inférieurs à ceux du marché de l’emploi (dans un secteur comparable); les salaires sont tenus publics. Les réserves financières sont destinées à assurer le bon fonctionnement de l’organisation MSF, à réagir rapidement aux urgences, et à faire face à des déséquilibres ponctuels; en aucun cas elles ne constituent un moyen de pérennité. C’est pourquoi ces réserves, y compris la valeur immobilière des bâtiments, ne dépassent pas le montant des dépenses opérationnelles d’une année. 

c. Gestion des ressources Les ressources globales de MSF doivent tendre à être composées d’au moins la moitié de fonds d’origine privée. MSF réalise elle-même ses opérations auprès des populations en danger. C’est pourquoi 80% des ressources de l’organisation sont intégralement consacrées aux opérations. MSF contrôle elle-même continuellement et directement la gestion et l’acheminement des secours. Elle affecte les fonds qu’elle reçoit où elle le juge le plus utile, conformément à ses principes. Cependant, lorsqu’un donateur souhaite destiner son don à une mission déterminée, MSF 

respecte sa volonté. 

d. Contrôle et transparence MSF est régulièrement contrôlée pour l’utilisation des fonds qu’elle reçoit. En outre, chaque branche de MSF rend public les rapports d’un Commissaire aux Comptes agréé. Les différentes catégories de dépenses sont clairement identifiées dans les comptes, afin de déterminer la destination des fonds. Il est ainsi facile d’estimer les dépenses d’opération, d’administration, de communication ou de recherche de fonds. Les comptes sont ensuite rendus publics, en particulier à tous les donateurs, à travers les différents journaux ou supports de communication que MSF édite. Ces comptes sont de plus accessibles à chacun, sur simple demande. 

* L’accord de La Mancha – 25 juin 2006, Athènes : les capacités d’auto-analyse de MSF 

Le processus de La Mancha est né de la nécessité de relever les défis internes et externes auxquels se heurte l’action de MSF. Après plus d’une année de discussions et de débats, il est clair que toutes les sections de MSF partagent une vision commune des bases de notre action, à la fois médicale et humanitaire, et si inextricablement liée à la prise de positions publiques et à la description de nos expériences (« témoignage ») que la dimension du « témoignage » ne peut plus être distinguée des opérations. Nos principes fondamentaux restent ceux exprimés dans la charte et le document de Chantilly. On se réfèrera à ces principes lors de la prise ou de la révision de décisions, en reconnaissant que chaque décision est un acte singulier et non le produit de l’application mécanique de principes.  S’inscrivant en complément de la Charte et des Principes de Chantilly, l’Accord de La Mancha ne donne pas une description exhaustive de l’action de MSF. Il décrit les aspects de notre action sur lesquels nous sommes d’accord et que nous considérons comme indispensables, en tenant compte de notre expérience passée et en évoquant les menaces actuelles et futures qui pèsent sur notre action. En tant que tel, l’Accord de La Mancha est un document de référence et les questions qu’il soulève seront réexaminées régulièrement. Nos expériences passées, tant les échecs que les succès et les discussions contradictoires dont ils ont fait l’objet, ont eu une profonde influence sur la conception de notre rôle. Certains de ces succès, échecs et défis sont évoqués ci-dessous, tout comme certaines des conclusions tirées de nos actions en zones de conflit ou en réponse à des problèmes médicaux spécifiques. Au regard des interdépendances croissantes au sein du mouvement MSF et de nos objectifs communs, nous reconnaissons que, pour continuer à améliorer notre travail, nous avons besoin d’une structure de gouvernance plus claire et plus forte, s’appuyant sur les valeurs essentielles que sont notre mission sociale (nos opérations et prises de positions publiques) et notre nature associative. L’Accord de La Mancha engage MSF à clarifier et renforcer notre gouvernance associative internationale. L’Accord de La Mancha reconnaît en outre l’urgente nécessité de résoudre les questions de discrimination au sein de MSF qui affaiblissent notre capacité à réaliser pleinement notre potentiel opérationnel et associatif. Pour expliquer comment le processus de La Mancha est arrivé à ces conclusions, il est essentiel de reconnaître deux influences majeures : d’une part la diversité des opinions et le débat interne permanent sur nos échecs et nos réussites – une des grandes forces de notre association – ; d’autre part, les défis à relever dans les contextes où nous intervenons. Dans des contextes de conflits, MSF a par le passé appelé à des solutions spécifiques, par exemple une intervention militaire au Zaïre (1996). Nous avons été témoins à Kibeho (Rwanda, 1995) et à Srebrenica (1995) de l’échec de la « protection internationale » explicite ou implicite. Nous avons aussi été confrontés au détournement massif de l’aide humanitaire, y compris la nôtre, au profit de criminels de guerre (camps de réfugiés rwandais entre 1994 et 1996, Libéria entre 1991 et 2003). De plus, nous sommes actuellement menacés dans le nord de l’Ouganda (2005) en raison d’une perception erronée quant à notre participation à la justice internationale. En de telles circonstances, nous avons appris à être prudents dans nos actions sans pour autant nous interdire de dénoncer des crimes graves et ignorés, tels que le bombardement de civils, des attaques sur des hôpitaux ou le détournement de l’aide humanitaire. Prendre publiquement position en réaction à de telles situations et placer d’autres acteurs face à leurs responsabilités reste un rôle essentiel de MSF. Ces dernières années, nous avons été témoins d’une part de la multiplication d’interventions militaires qui associent à leurs objectifs stratégiques le déploiement d’une composante « humanitaire » (Kosovo 1999, Afghanistan 2002, Irak 2003), et d’autre part de l’émergence de force politiques et militaires qui rejettent notre présence même. Cette réalité nous a conduit à affiner notre conception du risque êta réaffirmer notre indépendance vis-à-vis de toute influence politique, principe essentiel pour garantir l’impartialité de note aide. MSF est intervenu dans des crises dont les conséquences médicales ne sont pas le fait de conflits armés mais qui peuvent souvent être qualifiées de catastrophiques.  Le nombre de personnes touchées et le type de soins spécialisés requis dans de telles situations dépassent les capacités des structures sanitaires locales. Dans ces contextes, de nombreuses personnes sont exclues des soins en raison de facteurs multiples parmi lesquels l’usage limité de techniques médicales préventives pourtant reconnues pour leur efficacité, l’absence de traitements pour certaines pathologies, l’utilisation de traitement inefficaces pour d’autres et l’existence de divers obstacles au traitement. 

L’expérience acquise dans de tels contextes nous a enseigné que nous ne pouvons pas nous contenter du transfert de savoirs et de techniques issus de la pratique des pays riches pour surmonter ces obstacles aux soins. Car même si les pathologies rencontrées sont proches d’un point de vue biologique de celles des pays riches, leurs profils épidémiologiques et les circonstances de la vie du patient et des soignants sont souvent si différents qu’il faut innover et adapter les pratiques et les protocoles médicaux. En outre, certaines pathologies sont propres à des populations qui sont peu l’objet de travaux de recherche et développement. C’est pourquoi nous avons appris à nous adapter, à mener campagne en faveur de solutions novatrices et à trouver des solutions afin d’améliorer la qualité des soins médicaux offerts aux patients dans nos programmes et au-delà. Il ne fait aucun doute que nous avons souvent ignoré ou n’avons pas réussi à résoudre divers problèmes médicaux : par exemple nous n’avons pas accordé suffisamment d’attention à l’information donnée aux patients, à leurs préoccupations et à leurs choix, à la prise en charge de la douleur et à la prescription des médicaments les plus appropriés. Nous devons remettre en question notre acceptation de ce statu quo et tenter de faire face à ces négligences.  Qu’elles aient été menées dans le cadre de nos interventions médicales sur le terrain ou dans le contexte de la Campagne pour l’accès aux médicaments essentiels, nos actions ont été concrètes et ont abouti à des résultats importants pour les patients dans nos programmes et au-delà. Elles ne visent pour autant pas à proposer des solutions globales ou exhaustives. Nous avons appris que le soutien que nous avons jadis accordé de bonne foi à certaines solutions globales s’est révélé incompatible avec nos principes fondamentaux.  Ce fut notamment le cas du soutien octroyé par MSF aux systèmes de recouvrement des coûts, qui ont eu pour conséquence, au sein de nos programmes et au-delà, d’exclure de l’accès aux traitements des pans entiers de la population. La nature même de la pandémie de sida, en tant que maladie chronique, nous a mis au défi et nous a contraints à revoir nos modes d’intervention. Nous avons néanmoins connu quelques succès, tels que l’introduction des antirétroviraux dans nos programmes et l’approche intégrée du traitement, des soins et de la prévention. Notre action médicale n’a pas apporté de solution à la pandémie mais a aidé un certain nombre de personnes et a souligné la nécessité d’améliorer la prise en charge médicale, politique et sociale de cette maladie. 

- Action 

1.1.  Fournir une assistance médicale aux populations les plus vulnérables dans les situations de crise dues à des conflits et, le cas échéant, exposer publiquement les obstacles rencontrés restent au cœur de l’action de MSF. 

1.2. Dans des situations de catastrophe qui dépassent temporairement les capacités denréponses des individus, des communautés et des structures sanitaires locales, notamment en l’absence d’autres acteurs, nous nous efforçons d’apporter des soins médicaux de qualité et toute aide pertinente susceptible de secourir le plus grand nombre possible de personnes et de contribuer à leur survie.  1.3. L’acte médical-humanitaire individuel, tel qu’il est pratiqué par tous les membres du personnel de MSF dont la majorité vit et travaille dans les pays de nos interventions, constitue la pierre angulaire de l’action MSF.  1.4. Compte tenu des insuffisances actuelles de la réponse humanitaire aux besoins des populations vivant dans des situations de crise, la responsabilité première de MSF est d’améliorer la qualité, la pertinence et la portée de sa propre assistance. 1.5. Obtenir des résultats cliniques de qualité dans le respect constant du patient doit être le principal critère utilisé pour évaluer les progrès réalisés dans notre pratique médicale. 1.6. MSF affirme sa volonté de continuer à innover et de prendre des initiatives dans le souci constant d’améliorer la pertinence et l’efficacité de nos actions. C’est pourquoi différentes approches et stratégies opérationnelles peuvent naturellement coexister au sein du mouvement. Considérant que la diversité d’actions menées dans le cadre de l’objectif et de l’ambition commune de MSF est cruciale pour améliorer nos opérations, des stratégies opérationnelles différentes peuvent et devraient être mises en œuvre aux niveaux national et international. 1.7. Tout en consolidant ses expériences directes des stratégies novatrices, MSF doit évaluer son propre impact, abandonner les stratégies thérapeutiques et les méthodes d’intervention inefficaces et utiliser au mieux celles qui se sont avérées efficaces. 

1.8. Nous devrions rendre publics les résultats et examens critiques de nos actions, les analyser et les documenter ainsi que tout obstacle (médical, politique, économique, etc.) qui empêche les patients de nos programmes d’accéder à des soins de qualité en soulignant la nécessité de changements. Ainsi nous pouvons, et parfois devrions, apporter des éléments susceptibles de contribuer à l’élaboration d’une réponse pouvant aussi bénéficier aux patients hors de nos programmes. 1.9. Dans le cas d’actes de violence massifs et négligés à l’encontre d’individus ou de groupes, nous devrions dénoncer ces situations publiquement, sur la base de nos témoignages de terrain, de nos données médicales et de notre expérience. Toutefois, pour ces actions, nous ne prétendons pas garantir la protection physique des personnes que nous aidons. 1.10. MSF intervient par choix, non par obligation ou conscription, et peut décider de ne pas être présente dans toutes les crises, surtout en cas de menaces ciblant les travailleurs humanitaires. 1.11. Nous mettons tout en œuvre pour éviter que les actions que nous menons et nos biens, tant symboliques (par exemple notre marque et notre image) que matériels, ne soient détournés ou utilisés au profit de parties belligérantes ou à des fins politiques. 

1.12. Tout en reconnaissant que la justice est essentielle, MSF se distingue des organisations qui font la promotion de la justice en n’assumant pas la responsabilité du développement de la justice internationale et ne participe pas à la collecte de preuves pour le compte spécifique des cours et tribunaux internationaux. 1.13. Les actions de MSF peuvent coïncider avec certains des objectifs d’organisations de défense des droits de l’homme. Cependant notre but demeure l’action médicale-humanitaire et non la promotion de tels droits. 1.14. La diversité des contextes, circonstances et cultures dans lesquels nous opérons nous oblige à faire de chaque choix médical un choix singulier plutôt que l’application mécanique de principes. Nous devons faire ces choix en collaboration avec celles ou ceux que nous aidons, en évaluant minutieusement les alternatives possibles et avec une vive préoccupation pour les conséquences potentielles. Cela signifie que nous devons faire preuve de clarté et de transparence quant à nos choix et aux dilemmes liés à l’éthique médicale, qui reste pour nous un point de référence fondamental. 

- Gouvernance  2.1. Toutes les sections de MSF sont liées par un nom, un logo et des principes communs tels qu’énoncés dans la Charte et le document de Chantilly. Les statuts de « MSF International », l’Accord de La Mancha, les résolutions du CI et un haut niveau d’interconnexion et d’interdépendance complètent ces liens. 

2.2. Se rendre mutuellement des comptes et pratiquer une transparence active au sein de MSF, tant au niveau des sections que du mouvement international, sont des éléments essentiels pour améliorer la pertinence, l’efficacité, et la qualité de nos interventions. 2.3. MSF assume l’obligation de rendre des comptes et d’assurer une transparence active envers les populations qu’elle aide, ses donateurs, et le grand public. Si un rendu de compte complet vis-à-vis des personnes que nous aidons peut être difficile à réaliser dans certaines situations, nous devons au minimum pratiquer une transparence active quant à nos choix et aux limites de notre capacité d’aide. Cette obligation de rendre des comptes vis-à-vis de l’extérieur est également essentielle pour améliorer la qualité de nos interventions.  2.4. Des associations actives et bien informées, tout comme les représentants de celles-ci, sont des éléments cruciaux pour assurer la pertinence de notre action et le maintien d’un mouvement MSF international fort. Il est essentiel de revitaliser la participation au mouvement associatif à tous les niveaux de MSF pour construire et préserver une gouvernance internationale crédible compétente et pertinente. 2.5. Les membres du personnel de MSF sont personnellement responsables de leur conduite, en particulier en ce qui concerne les abus de pouvoir. IL incombe à MSF de mettre en place des cadres et directives clairs afin que les membres du personnel soient redevables de leur conduite. 2.6. Les conseils d’administration nationaux sont responsables de leurs actes et de l’utilisation des ressources de leur section et en rendent compte aux autres sections de MSF. 2.7. Pour des raisons pratiques de cohérence internationale, la responsabilité déléguée par les sections nationales à leurs présidents respectifs pour prendre des décisions au niveau international devrait être uniforme dans tout le mouvement. 

2.8. Le CI est notamment chargé de la responsabilité de : - superviser la mise en œuvre et guider l’orientation stratégique de la mission locale MSF, tant en ce qui concerne les opérations que les prises de position publiques, notamment en faisant l’examen critique de sa pertinence, de son efficacité et de sa qualité ; - fournir un cadre pour gérer la croissance et le partage des ressources de MSF en tant qu’organisation internationale ; - Veiller au respect des obligations de rendu de compte entre sections. En pratique, une grande partie de cette responsabilité est déléguée aux Directeurs généraux des sections, en tant que membres du DG-19, qui la mettent en œuvre. 2.9. Dans l’exercice de ses responsabilités, le CI doit rendre compte aux associations de MSF. Des rapports transparents communiqués dans des délais raisonnables sont essentiels. Il incombe au CI de mettre en place des mécanismes visant à garantir et évaluer la qualité de son travail et la capacité de ses membres à assumer leurs responsabilités. 

2.10. Un mouvement MSF décentralisé devrait être maintenu afin d’encourager la diversité des actions et l’innovation. Toutefois, pour préserver la cohérence et les intérêts prédominants du mouvement MSF, il est indispensable que le CI prenne des décisions internationales contraignantes et auxquelles toutes les sections doivent adhérer, sur certaines questions internationales majeures ; notamment : - Le développement, l’orientation et la croissance de MSF en tant qu’organisation internationale. Ce point inclut l’ouverture et la fermeture de sections et de centres opérationnels ; - Les questions qui concernent la charte, les Principes de Chantilly, les marques de MSF et l’Accord de La Mancha ; - Les questions relatives aux responsabilités en tant qu’employeur, y compris les abus de pouvoir - La transparence active et l’obligation de rendu de comptes, tant internes qu’externes, entre les sections. 2.11. La participation à des projets internationaux d’appui opérationnel est une option pour les sections et une façon d’encourager l’innovation en vue d’améliorer les opérations. Toutefois, un rendu de comptes et un contrôle de la pertinence et de l’efficacité de tels projets ainsi que de l’utilisation appropriée des ressources MSF sont nécessaires. 

2.12. Lors de la formulation d’une prise de position publique internationale de MSF, tout devrait être mis en œuvre pour parvenir à parler d’une seule voix afin d’assurer une plus grande cohérence sur le terrain vis-à-vis de l’extérieur. Néanmoins, reconnaissant que la diversité d’opinions est essentielle à la vitalité du mouvement MSF, s’il est impossible de parvenir à un accord sur une position commune, il est acceptable qu’une position majoritaire (la position internationale) et une position minoritaire coexistent. Si, après avoir pris en considération l’impact de son action sur le mouvement la minorité décide d’exprimer publiquement sa  position, cette minorité est obligée de préciser qu’elle exprime sa propre position et non la « position MSF ». Les sections minoritaires ne devraient toutefois pas empêcher la mise en œuvre de la décision, et devraient participer à son suivi. 2.13. Nous reconnaissons l’urgente nécessité pour MSF de donner des opportunités d’emploi équitables à tous les membres du personnel sur la base de leur compétence et de leur engagement personnel plutôt que de leur mode d’entrée dans l’organisation (par des contrats soit nationaux, soit internationaux). Ce point vise à soulever la question de l’utilisation inadéquate des ressources humaines et de la participation au processus décisionnel au sein de MSF. Une réponse urgente et concrète doit être apportée à cette question afin de favoriser une participation pleine et entière à notre personnel et ainsi de renforcer nos opérations. 2.14. Nous devons prendre des mesures proactives qui permettent d’accéder de façon équitable à une participation significative à la vie associative, tout en préservant l’esprit de volontariat. Ce faisant, nous acceptons la nécessité d’explorer de nouveaux modèles de participation à la vie associative, en donnant la priorité aux régions où MSF est sous-représentée, y compris par exemple par la création de nouvelles entités MSF. 

* Epicentre : épidémiologie, recherche, formation à MSF  L’expertise en épidémiologie et l’appui scientifique en médecine humanitaire Epicentre est une association loi 1901 créée par Médecins Sans Frontières (MSF) en 1987 pour contribuer à l’amélioration de la qualité de ses interventions sur le terrain. Depuis 1996, Epicentre est un centre collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour la recherche en épidémiologie et la réponse aux maladies émergentes. Epicentre apporte un appui scientifique à MSF à travers des activités de recherche et d’épidémiologie de terrain. Par ailleurs, Epicentre élabore et réalise des modules de formation en santé publique et en épidémiologie. L’association, dont le siège est à Paris, est soutenue par une équipe administrative et compte une trentaine de chercheurs dont les spécialités ont été validées par un master ou une thèse (médecins, infirmières, biologistes, statisticiens, ingénieurs en informatique, etc.). Certains postes sont au sein des sections suisse et belge de Médecins Sans Frontières, ainsi qu’en Ouganda, sur une base de recherche permanente d’Epicentre à Mbarara. Au total, 150 personnes travaillent pour Epicentre. Les travaux d’Epicentre sont articulés autour de trois pôles d’activités : l’épidémiologie de terrain, la recherche clinique, et la formation. 

L’épidémiologie de terrain   Epicentre conduit de nombreuses enquêtes épidémiologiques dans les pays en développement, le plus souvent dans des situations d’urgence complexes. Elles sont destinées à guider les interventions dans ces contextes précaires et à en évaluer l’efficacité. A la demande de MSF, d’autres ONGs ou de l’OMS, les épidémiologistes d’Epicentre sont amenés à évaluer la situation médicale des populations et à mesurer l’effet des interventions de secours. Ils investiguent des épidémies, mènent des enquêtes de prévalence, mettent en place et évaluent des systèmes de surveillance et d’alerte et déterminent enfin l’impact et la couverture de programmes médicaux dans des domaines tels que la malnutrition, la santé mentale, la vaccinologie ou lors de catastrophes naturelles.  Pour MSF, les travaux d’Epicentre dans ces domaines sont précieux : ils guident les interventions et en analysent les résultats. Les enquêtes menées par Epicentre, en particulier les enquêtes de mortalité, sont aussi couramment utilisées pour documenter et appuyer les prises de parole de MSF. Depuis sa création, une centaine d’enquêtes de ce type ont été réalisées avec MSF sur des contextes de crises. 

La recherche clinique Dans ce domaine, la vocation d’Epicentre est liée à celle de MSF. Les projets de recherche ont pour objectif d’apporter des réponses concrètes et adaptées aux équipes de terrain pour une meilleure prise en charge médicale dans les contextes précaires. 

Epicentre travaille sur les maladies infectieuses, particulièrement le paludisme, le VIH/sida, la tuberculose, la trypanosomiase africaine (maladie du sommeil), les méningites bactériennes, la rougeole, les maladies diarrhéiques, les fièvres hémorragiques (Ebola, Marburg).      

Ses compétences s’exercent notamment dans le domaine des essais cliniques diagnostiques et thérapeutiques. Pour réaliser ces travaux, Epicentre a développé des collaborations privilégiées avec des groupes de recherche : l’Institut Pasteur, des universités (Oxford, Cambridge, Harvard, Pennsylvanie, Columbia, Oslo), l’Inserm, le CDC d’Atlanta, des écoles ou instituts de médecine tropicale (Londres, Liverpool, Anvers, Bâle), la Drugs for Neglected Diseases Initiative (DNDI) et l’OMS. Les résultats de ces travaux font l’objet de publications scientifiques et sont présentées au cours d’une journée scientifique annuelle ainsi qu’à l’occasion de congrès internationaux. 

Si la base de Mbabara en Ouganda est le cœur de la recherche clinique d’Epicentre (en particulier sur le paludisme), des études ont lieu au Mozambique sur la co-infection VIH et tuberculose, ou encore au Niger sur les infections et la malnutrition, et enfin en République Démocratique du Congo sur la trypanosomiase africaine.   Les journées scientifiques : chaque année, Epicentre organise une Journée Scientifique destinée à rendre compte de travaux de l’année écoulée. Cet évènement, qui réunit les acteurs de terrain MSF et des experts de renommée internationale, est devenu un rendez-vous important de partage de connaissances sur les maladies tropicales et la pratique de la médecine en milieu précaire. 

La formation 

Epicentre élabore et réalise des modules de formation en santé publique et en épidémiologie. Ouvertes aux personnels de santé de tout niveau, ces formations sont régulièrement dispensées et peuvent être réalisées à la demande sur le terrain (Afrique, Asie, Amérique Centrale).             L’amélioration des pratiques va de pair avec une formation adaptée aux exigences de terrain, destinées en priorité aux volontaires de MSF (ou d’autres ONGs) sur les thématiques suivantes : évaluation sanitaire rapide en situation d’urgence et la définition des priorités d’actions ; investigation et réponses aux épidémies ; surveillance épidémiologique et formation à l’utilisation de logiciels créés par Epicentre (FUCHIA/sida, E-Pop/cartographie, OPD-IPD/consultation-hospitalisation). Epicentre est également un centre d’accueil de stagiaires du programme européen de formation en épidémiologie de terrain (EPIET) et d’internes en santé publique.  Epicentre intervient également dans des formations universitaires en Santé Publique, médecine internationale, médecine tropicale, dans le domaine de l’épidémiologie de terrain. Enfin, Epicentre fournit des supports pédagogiques et/ou administratifs aux formations organisées par MSF, notamment dans les modules Nutrition/Vaccination, Formation de Formateurs.   



L’essentiel de l’histoire du Burkina Faso
19 avril, 2010, 14:19
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L’histoire du Burkina Faso 

KHIETEGA, J.-B. & MADIEGA, Y. G. (Université de Ouagadougou, Burkina Faso) 

I. Quelques données sur l’archéologie et la préhistoire

La recherche archéologique et préhistorique est d’un développement récent au Burkina Faso. Son émergence est liée à l’ouverture d’un Département d’Histoire et Archéologie à partir de 1975 à l’Université de Ouagadougou et à l’exécution au Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST) de même qu’à l’ex-ORSTOM, de programmes ponctuels en archéologie. Auparavant, ce fut le temps des découvertes fortuites qui caractérise principalement la période coloniale. Cette jeunesse de l’archéologie burkinabè, associée aux insuffisances en infrastructures, en équipements et surtout en personnels, explique que l’inventaire du patrimoine archéologie soit toujours d’actualité. A l’état actuel des connaissances, les sites archéologiques du Burkina Faso se répartissent thématiquement de la façon suivante : les sites à industrie lithique, les abris aménagés sous roche, les gravures et peintures rupestres, les buttes anthropiques et les nécropoles, les enceintes de défense, les vestiges de la paléo métallurgie. Les sites à industrie lithique se localisent principalement dans le nord et l’ouest du pays. Certains ont pu être datés par les méthodes isotopiques. Parmi eux figure le site de RIM dans le Yatenga au nord du territoire. Fouillé par Waï-OGUSU entre 1970 et 1972, trois cultures y ont été identifiées dont la plus ancienne date de 10 000 à 3 000 avant notre ère. Toujours au nord, dans l’Aribinda, autour de la mare d’Oursi et dans l’Oudalan, plusieurs ateliers lithiques ont été reconnus et quelques uns étudiés. Il en est de même à l’ouest et dans le sud-ouest du pays, mais en l’état actuel des connaissances, c’est à proximité de Markoye, dans l’Oudalan, que les preuves les plus anciennes de la présence de l’homme au Burkina Faso ont été rassemblées. Il s’agit d’un matériel lithique composé de nucleus, de chopper, de chopping-tool et daté de -400 000 ans. Ces vestiges ne sont toutefois pas accompagnés de restes osseux. Les témoignages des périodes les plus récentes de la préhistoire se répartissent sur presque toute l’étendue du territoire. On les trouve sur des sites de plein air ou dans des abris sous roche dont certains ont été étudiés dans la « falaise » du Gobnangou à l’est, ou dans les reliefs en grès ruiniformes de Sindou à l’ouest. Ces abris sous roche recèlent aussi du mobilier céramique et protègent quelques fois comme à Kawara à l’ouest ou Yobiri dans le Gobnangou, des représentations rupestres. L’art pariétal est, au demeurant, une composante importante des richesses archéologiques du Burkina Faso. Les gravures, plus nombreuses, forment deux ensembles dont l’un, au nord du pays, se caractérise par la représentation de cavaliers, d’animaux domestiques et sauvages, d’armes et de figures symboliques. Le second, à l’ouest, développe des représentations géométriques ou à caractère floral. Les sites à peintures rupestres sont plus rares et se localisent surtout dans le Gobnangou. L’archéologie burkinabè, c’est aussi les nombreuses buttes anthropiques jouxtant parfois des nécropoles. Il s’agit de vestiges laissés par des populations plus anciennes ayant migré dans les territoires voisins. Il en est ainsi par exemple pour les Kibsi (Dogon) installés maintenant au Mali. C’est dans l’aire culturelle de ce peuple qu’on rencontre les nécropoles à jarres-cercueils. Des recherches récentes fournissent des données chronologiques et typologiques sur les contenus de ces buttes anthropiques et de ces nécropoles. Les vestiges les plus impressionnants recensés au Burkina Faso sont sans conteste les édifices réalisés aux fins de protection. On en rencontre dans le Sahel burkinabè et surtout dans le sud-ouest. Tantôt en moellons de latérite, tantôt en briques crues ou en banco, ces constructions, aux dimensions exceptionnelles comme à Loropéni dans la province du Poni, ont été érigées en des périodes d’insécurité dont le souvenir reste vivace dans la mémoire populaire. Les plus anciens datent du XVe-XVIe siècles. 

La recherche archéologique au Burkina Faso, s’est tout particulièrement investie sur le thème de la paléo métallurgie. Si très vite a été constatée l’absence d’une production précoloniale de cuivre, il n’en a pas été de même pour l’or et le fer. Malgré les secrets qui couvrent généralement la localisation des sites aurifères et les informations relatives à la production du métal jaune, plusieurs études ont été réalisées permettant de dater du XIVe-XVe siècles les débuts de l’exploitation artisanale de l’or au Burkina Faso. Les zones anciennement productrices du métal jaune sont les abords du fleuve Mouhoun (ex. Volta-Noire) et ce qu’il est convenu d’appeler le pays lobi-dagara. Cette production artisanale a alimenté les réseaux du trafic commercial en direction des métropoles du fleuve Niger mais a été aussi drainée vers le sud par le marché régional de Salaga dans le Ghana actuel. La production artisanale d’or reste d’actualité au Burkina Faso. Par contre tous les fourneaux de réduction de minerai de fer se sont éteints. Les vestiges de l’exploitation du fer de gisement sont cependant très nombreux. On en rencontre surtout dans le nord et l’ouest du pays. Il s’agit de mines dont les puits, galeries et autres excavations à ciel-ouvert sont plus ou moins comblés. Il s’agit aussi de nombreux ateliers de réduction aux surfaces jonchées de fragments de parois de fourneau, de tuyères et de scories de réduction. Plusieurs sites archéo métallurgiques ont été fouillés et datés parmi lesquels Douroula dans la province du Mouhoun (VIIe-Ve siècles avant J.C.), Béna dans le Banwa (IV-IIIe siècle avant J.C.), Rim dans le Yatenga (IIe siècle après J.C.). Beaucoup d’autres sites archéo métallurgiques sont plus récents et leurs âges se concentrent entre le XVe et le XIXe siècles. Les héritiers de cette technologie constituent aujourd’hui des groupes parfois castés ou se recrutent parmi les agriculteurs sans qualification professionnelle expresse. Certains groupes de métallurgistes sont cités parmi les populations les plus anciennement établies. En effet, au sortir de la préhistoire et de la protohistoire, des groupes apparaissent dont les traditions d’origine évoquent toujours le fer. Il en est ainsi des Kibsi, des Nînsi, des Kurumba, des Sana, de Bwaba, des Bobo, etc. D’autres groupes réputés anciennement établis sur leurs territoires actuels ne font pas référence à la métallurgie pour situer leurs origines. Celles-ci seraient cosmiques ou proviendraient des profondeurs de la terre. Ainsi si l’ancêtre des Gulmacéba est dit être descendu du ciel, celui des Yônyoosé serait sorti du sol. Dans l’attente d’étude plus approfondies, on peut affirmer que parmi les populations actuelles du Burkina Faso, une soixantaine, les plus anciennement établis sont arrivés ou apparaissent avant le XVe siècle. Sont concernés ceux énumérés plus haut. Certains d’entre eux revendiquent l’autochtonie même lorsque la présence de vestiges archéologiques plus anciens démontre que des populations non identifiées ont occupé précédemment les lieux. D’ailleurs, l’essentiel du peuplement du Burkina Faso s’est fait à partir de migrations qui deviennent nombreuses et importantes à partir du XVe siècle. 

II. Grandes lignes de l’histoire politique du Burkina, XVe – XXe siècle 

Pour différentes raisons, conflits, maladies, recherche de nouvelles terres, guerres de conquête, etc., des groupes de migrants (agriculteurs et éleveurs) arrivèrent de toutes les directions et contribuèrent au peuplement du Burkina. Les ancêtres des Nakomsé (groupe dominant dans la société moaga/mossi) et ceux des Bemba/Buricimba (groupe dominant dans la société gulmance/gourmantché) partirent de la rive gauche du fleuve Niger pour s’installer dans le Nord des états actuels du Bénin, du Ghana et du Togo. De là ils remontèrent pour fonder les royaumes moose et gulmance, entre le XVe et le XVIIe siècle. D’autres groupes venus également de l’actuel Nord-Ghana, entre le XVIe et le XIXe siècle se fixèrent au Sud et à l’Ouest : Gan, Padoro, Komono ; Gouin, Turka ; Dyan, Lobi, Birifor, Dagara. Plusieurs groupes arrivèrent aussi du Mali actuel (région du Macina) et de la Côte-d’Ivoire (région de Kong). Les Dyula alliés aux Bobo-Dyula s’efforcèrent d’imposer leur domination à cette mosaïque de populations (XVIII-XIXe siècles). Les Fulbé (Peul) éleveurs venus du Macina créèrent, entre le XVIIIe et le XIXe siècle, les chefferies de Djibo et de Barabullé (Jelgoobé), les émirats du Liptako (Ferrobé) et du Yagha, les « principautés » de Barani (Sidibé) et de Dokuy (Sangaré) dans la région du Sourou. C’est également au XIXe siècle que les Touareg, descendus du Nord, fondèrent l’Oudalan autour de Gorom-Gorom et que le Marka Mamadou Karantao déclencha une guerre sainte dans la boucle du Mouhoun. Le métissage entre les « nouveaux venus » (ou « conquérants ») et les « anciens occupants » donna naissance aux populations des pays du Burkina. Celles-ci s’organisèrent en sociétés à pouvoir centralisé (royaumes moose, gulmance et gan, émirats et chefferies fulbe, chefferies kassena, etc.) et en sociétés sans pouvoir centralisé (la quasi-totalité des sociétés de l’Ouest, du Sud-ouest, et du Nord-Ouest). Dans le premier type d’organisation sociopolitique la hiérarchie était forte et les luttes permanentes pour la conquête du pouvoir politique (compétition pour le nam en pays moaga). Dans le deuxième type, où on rencontrait aussi bien l’organisation « villageoise » (Bwaba, Bobo, Sana, Sénoufo…) que « lignagère » (Birifor, Dagara, Lobi…), la hiérarchie et le pouvoir politique étaient généralement faibles. Les sociétés étaient structurées partout en « nobles », « hommes libres » et « esclaves » ; les « castes » existaient dans certaines régions (Yatenga). Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, à la veille de la conquête coloniale, les sociétés à pouvoir centralisé connaissaient une relative stabilité favorable au développement du commerce et de l’islam propagé par des groupes mande (yarse en pays moaga), notamment dans les royaumes moose où régnait une grande sécurité signalée par les voyageurs européens (Binger, 1888 ; Crozat, 1890 ; Monteil, 1891). Ce sont les querelles de succession et des conflits entre royaumes qui animaient la vie politique : opposition entre les « fils de Naba Saga » et les « fils de Naba Tuguri » au Yatenga, entre les frères Yentugri et Bancandi au Gulma, entre Boari Sori et Buahaari Iisa au Liptako ; guerres de razzia…Les Gourounsi (Sissala, Nouna, Kasséna, Ko, Léla) luttaient contre l’« hégémonie de pillage » d’un groupe de Zaberma venu du Niger actuel (Hamaria contre Babato). Au Sud-ouest et à l’Ouest plusieurs ethnies tentaient de secouer le joug des Dyula, Marka et Fulbé ; toute la zone était d’ailleurs confrontée aux visées hégémoniques des royaumes voisins (Kong, Kénédougou, Samori). Les Européens exploitèrent les situations troublées favorables à leurs visées impérialistes. Dans la « course au fleuve Niger », les pays du Burkina furent l’objet d’une vive compétition entre les Anglais, installés en Gold-Coast, les Allemands au Togoland et les Français au Soudan, au Dahomey et en Côte-d’Ivoire. Ils furent rapidement conquis par les Français (1891-1897) qui n’hésitèrent pas à « diviser pour régner ». A partir de 1911 les pays du Burkina sont tous intégrés à la colonie du Haut-Sénégal et Niger créée en 1904. 

Les populations des sociétés sans pouvoir centralisé (Marka, Sana, Bwaba, Bobo, Gourounsi, Lobi…), réfractaires à toute domination, offrirent une plus grande résistance à la conquête et à l’implantation coloniale. Ainsi à la bataille de Gassan contre les Français et leurs alliés Fulbé (novembre 1896), les combattants san comptèrent 500 morts dans leurs rangs tandis que le Mogho-Naba du royaume de Ouagadougou, le plus puissant des royaumes moose, n’opposa qu’une résistance symbolique à la colonne Voulet-Chanoine, d’août 1896 à janvier 1897. En 1915-1916, près de 300 000 personnes (Marka, Bwaba, Bobo, Samo et Gourounsi) se révoltèrent contre les contraintes coloniales, en particulier le recrutement militaire et le travail forcé. La révolte fut cruellement réprimée. Les pays du Burkina furent intégrés dans la colonie de Haute-Volta créée en 1919 pour des raisons politiques (nécessité de mieux contrôler les zones révoltées) et économiques (volonté de détourner le courant migratoire des travailleurs, jusque là en direction de la Gold-Coast, vers la Côte d’Ivoire). En 1932, la Haute-Volta, aux ressources naturelles limitées – mais riche de ses hommes -, fut divisée entre le Soudan, le Niger et la Côte d’Ivoire. L’administration française avança des raisons d’économie budgétaire ; en réalité il s’agissait de fournir de la main d’œuvre aux planteurs de la Côte d’Ivoire, au chemin de fer Abidjan-Niger et à l’Office du Niger (projet de culture de riz et de coton au Soudan). Les pressantes revendications des élites traditionnelles (notamment les chefs moose) et des élites modernes (« évolués ») aboutirent à la reconstitution du territoire en 1947 ; mais les raisons politiques (lutte contre le RDA suspecté d’alliance avec le Parti communiste) furent sans doute déterminantes. Jusqu’en 1957 l’évolution politique fut caractérisée par la domination de l’Union voltaïque (UV) de Joseph CONOMBO. Celle du Rassemblement démocratique africain (RDA) de Ouezzin COULIBALY lui succéda. L’application de la loi-cadre amena ce dernier à former en mai 1957 le premier Conseil de gouvernement composé de 7 PDU (Parti démocratique unifié) et de 5 MDV (Mouvement démocratique voltaïque). A la mort de Ouezzin COULIBALY en 1958, Maurice YAMEOGO, ministre de l’intérieur, devint président du Conseil de gouvernement et conduisit le pays à l’indépendance le 5 août 1960 ; il fut le président de la première république. Le Burkina indépendant connut une alternance de régimes constitutionnels (1960-1966, 1970-1974, 1977-1980, 1991 à nos jours) et de régimes d’exception (1966-1970, 1974-1977, 1980-1982, 1982-1983, 1983-1987, 1987-1991) et une quasi-permanence au pouvoir des militaires. Maurice YAMEOGO fut renversé en 1966 par un mouvement populaire regroupant syndicats et partis politiques clandestins dont le Mouvement de libération nationale (MLN) du professeur Joseph KI-ZERBO. Au pouvoir débonnaire du président Sangoulé LAMIZANA succédèrent des régimes militaires plus volontaristes et plus autoritaires. Parmi eux le Conseil national de la révolution du Capitaine Thomas SANKARA se distingua par son radicalisme. Le pays prit alors en 1984 le nom de Burkina Faso (« pays des hommes intègres »). Le Front populaire du Capitaine Blaise COMPAORE, sous la pression des démocraties occidentales (conférence de la Baule en 1990), engagea le Burkina dans un renouveau démocratique avec la naissance en 1991 de la quatrième république, la plus longue de l’histoire du pays. Néanmoins les atteintes aux droits de l’homme demeurent nombreuses (assassinat du journaliste Norbert ZONGO en 1998). L’impact colonial produisit l’effet d’un cataclysme sur les sociétés traditionnelles burkinabé, comme sur celles de l’Afrique en général. Les vecteurs essentiels des profondes transformations qui s’opérèrent progressivement dans tous les domaines au XXe siècle furent l’école, la santé, les religions révélées (Islam et surtout le Christianisme) et l’économie monétaire. La vocation première de l’école coloniale était la formation des « auxiliaires ». L’instruction acquise à l’école devint le moyen privilégié de promotion sociale et politique. Les autorités traditionnelles, notamment les chefs de canton (créés par l’administration coloniale là où ils n’existaient pas) entrèrent en compétition avec les « évolués » mieux armés pour diriger les nouveaux partis politiques (après 1945) et conduire le pays à l’indépendance. L’amélioration de la santé (introduction de l’hygiène, lutte contre les grandes endémies, etc.) entraîna l’augmentation de la population, de 3000000d’habitants environ en 1919 à 4000000 à la fin des années 1950. 

L’Eglise catholique, implantée dès 1900, comptait en 1960 environ 150 000 baptisés encadrés par un évêque, de nombreux prêtres, religieux et religieuses ; elle s’était investie dans l’enseignement, l’artisanat, la lutte contre le mariage forcé, etc. A la fin des années cinquante, les résultats des tentatives de développement (financées en bonne partie par l’impôt de capitation et le travail forcé) restaient modestes ; cependant l’économie monétaire et le travail salarié avaient commencé à bouleverser sérieusement les conceptions traditionnelles des sociétés : l’argent, nouvelle valeur, prenait une importance croissante. Les travailleurs migrants, de plus en plus nombreux (environ 155 000 par an dans les années 1950) vers la Gold Cost et la Côte d’Ivoire après l’arrivée du chemin de fer Ouagadougou en 1954, ramenaient des villes (lieux d’intégration et de « modernité ») des produits manufacturés (tissus, vélos, radios, etc.). Une nouvelle société était née dans laquelle les Blancs occupaient les postes de décision tandis que les Noirs (de plus en plus acculturés et « assimilés ») jusque là réduits aux tâches d’exécution s’apprêtaient à prendre la relève. Au total la greffe occidentale avait pris.  Depuis l’indépendance les résultats des efforts de développement du pays, entrepris par les différents gouvernements, se révèlent des plus modestes. L’économie du Burkina demeure essentiellement agricole. Les principaux produits d’exportation sont le coton, les produits d’élevage, l’or, les fruits et les légumes, les cuirs et peaux. Le Burkina, toujours considéré comme un réservoir de main d’œuvre, exporte ses hommes vers les pays voisins, surtout la Côte d’Ivoire où vivent plus de 2000000 de Burkinabé. Le pays est un carrefour d’échanges dans la sous-région et mise sur l’intégration africaine. Les obstacles à un développement humain durable sont divers et nombreux. Aux contraintes physiques (faiblesses des richesses, désertification, enclavement, etc.) s’ajoutent celles institutionnelles (déficit de bonne gouvernance, pressions des institutions financières internationales, corruption, etc.). Le Burkina reste un des pays les plus pauvres de l’Afrique et du Monde. Il est cependant devenu un important carrefour culturel avec des manifestations internationales telles que le Festival international du cinéma de Ouagadougou (Fespaco, 1972), la Semaine nationale de la culture (Snc, 1983) et le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (Siao, 1988).  Chronologie évènementielle du Burkina Faso de 1853 à 2003 

1853 | Exploration par l’Allemand Barth
1888 | Première expédition non militaire de Binger
1890 | Création du Soudan français
1891 | Le territoire militaire est créé
1895, 18 mai | Traité de protectorat entre le Yatenga et la France
1896 à 1897 | Occupation des royaumes de Ouagadougou, de Tenkodogo et du pays gurunsi par la mission Voulet-Chanoine
1904 | Rattachement des pays de Haute-Volta au Haut Sénégal-Niger
1916 | Vague de nationalisme dans la boucle du Mouhoun
1919 | création de la colonie de Haute-Volta
1932 | Partage de la Haute-Volta
1947 | Reconstitution de la Haute-Volta
1958, 11 décembre | La République de Haute-Volta, au sein de la Communauté française, est proclamée
1958, 11 décembre | République autonome au sein de la Communauté
1959, 2 septembre | Maurice Yaméogo (1921-93) élu président de la République
1960, 5 août | Proclamation de l’indépendance.
1965, décembre | Grève générale, manifestations contre la politique d’austérité.
1966, 3 janvier | Maurice Yaméogo est démis par l’armée. Le lieutenant-colonel Sangoulé Lamizana devient chef de l’Etat. La Constitution est suspendue.
1970, juin | Une nouvelle Constitution est adoptée par référendum : deuxième république. Lamizana, devenu général, reste chef de l’État ; Gérard Kango Ouedraogo et Joseph Ouedraogo, membres du RDA (Rassemblement démocratique africain) deviennent Premier ministre et président de l’Assemblée nationale
1974 | Conflit frontalier avec le Mali
1974, 8 février | Dissolution de l’Assemblée nationale. Suspension de la Constitution. Formation du Gouvernement de renouveau national (GRN). Le pouvoir est de nouveau aux militaires, sous la conduite du général Laminaza
1974, décembre | Conflit frontalier avec le Mali.
1975, 17 décembre – 18 décembre | Grève générale.
1976, février | Formation d’un gouvernement avec une majorité de ministres issus du Mouvement de libération nationale (MLN).
1977, 27 novembre | Adoption de la nouvelle Constitution
1978 | 3e République -Avril élection au système tripartite (victoire du Rassemblement démocratique africain). Lamizana élu président au 2e tour.
1978, 30 avril | Elections législatives. Une majorité de sièges revient à l’UDV-RDA (Union démocratique voltaïque – Rassemblement démocratique africain). Joseph Conombo devient Premier ministre et Gérard Ouedraogo, président de l’Assemblée nationale
1978, 28 mai | Le général Laminaza est élu président face à Macaire Ouedraogo.
1980, octobre – novembre | Grève des enseignants
1980, 25 novembre | Coup d’Etat militaire après une grève d’enseignants de 55 jours. Le colonel Saye Zerbo prend le pouvoir. La Constitution est suspendue. Création du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN).
1981, 8 septembre | Le capitaine Thomas Sankara est nommé secrétaire d’Etat à l’Information. 
1982, 7 novembre | Coup d’Etat militaire. Le Comité du Salut du peuple (CSP) désigne le médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo comme Président.
1982, 8 décembre | Mort de Moro Naba Kougri, empereur des Mossis (intronisé 1957), à Ouagadougou
1983, 11 janvier | Le Comité du salut du peuple (CSP) nomme Thomas Sankara Premier ministre
1983, 17 mai | Le Capitaine Thomas Sankara, Premier ministre est arrêté. Le 30 mai, il est libéré.
1983 à 1987, 4 août 1983 – 15 octobre 1987 | Coup d’Etat. Le Conseil national de la révolution (CNR) désigne Thomas Sankara comme président.
1983, 2 octobre | Discours d’orientation politique (DOP): proclamation de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP)
1984, 3 mai | Le Colonel Saye Zerbo condamné à 15 ans de détention dont 7 avec sursis
1984, 28 mai | Découverte d’un complot contre le nouveau régime, puis exécution sommaire des comploteurs le 11 juin
1984, 12 juillet | Institution du Service national populaire
1984, 4 août | La Haute-Volta change de nom et devient Burkina Faso, « le pays des hommes intègres ».
1985, août | Clémence pour le colonel Zerbo et le Commandant J.-B. Ouedraogo.
1985, 17 novembre – 18 novembre | Visite du président Mitterrand au Burkina.
1985, 19 décembre – 29 décembre | Conflit frontalier avec le Mali pour la zone de l’Agacher
1986, août | nouveau gouvernement
1986, 22 décembre | Jugement Cour de La Haye sur le différend avec le Mali est accepté.
1987, 15 octobre | Coup d’Etat. Thomas Sankara est tué. Le capitaine Blaise Compoaré dissout le CRN et le remplace par le Front populaire (FP).
1988, avril | Les Comités de Défense de la Révolution (CDR) créés par le CNR sont remplacés par les Comités révolutionnaires (CR).
1989, 18 septembre | Découverte d’un coup d’Etat supposé du commandant Jean-Baptiste Lingani et du capitaine Henri Zongo. Ils sont exécutés sans procès.
1989, 25 décembre | Coup d’État déjoué.
1990, 30 janvier | Visite de Jean-Paul II
1990, mars et ss. | Transition démocratique
1991, 19 janvier | Instauration du multipartisme
1991, 2 juin | Adoption par référendum du projet de Constitution qui prévoit l’élection du président et de l’Assemblée, instaure la séparation des pouvoirs et le multipartisme (93 % oui, 49 % de votants), boycott de l’opposition à l’élection présidentielle.
1991, 8 octobre | Ouagadougou, 10 000 manifestants pour une conférence nationale
1991, 1 décembre | Election de Blaise Compaoré, seul candidat en lice à la présidence du Faso, avec 86,4% des voix (72,7 % d’abstentions). 
1991, 9 décembre | Attentats contre des opposants : Clément Ouedraogo, secrétaire général du PTB, assassiné, Tall Moctar, directeur du Groupe des démocrates révolutionnaires, et Marlène Zebango, blessés.
1992, 24 mai | Elections législatives. Le parti du président, l’Organisation pour la démocratie populaire-Mouvement du travail (ODP-MT) obtient 78 des 107 sièges en jeu
1992, 20 juin | Youssouf Ouedraogo devient Premier ministre
1993, 21 janvier | Violentes manifestations étudiantes suivies d’arrestations et de tortures. Le leader de l’Association Nationale des Etudiants du Burkina (ANEB) Dabo Boukari est porté disparu jusqu’à ce jour.
1994, mars |Dissolution du gouvernement. Roch Marc Christian Kaboré est nommé Premier ministre 
1995
, février | Elections municipales remportées par le parti du Président dans la plupart des communes.
1996, février | Kadré Désiré Ouédraogo est nommé nouveau Premier ministre. Dissolution de l’ODP-MT qui fusionne avec une dizaine de partis pour former le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP).
1997, janvier | Révision de la Constitution. Polémique sur la révision de l’article 37 qui rend désormais indéfiniment rééligible le Président du Faso.
1997, février – mars | Crise universitaire marquée par une longue grève des étudiants brutalement réprimée.
1997, 11 mai | Elections législatives. Victoire écrasante du CDP qui remporte 101 des 111 sièges en jeu
1997, juin | Mélégué Maurice Traoré est élu Président de l’Assemblée nationale à la surprise générale.
1998, mai | Adoption de la loi portant création, attributions et composition d’une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). 
1998, juin | Trente-quatrième sommet de l’OUA à Ouagadougou. Blaise Compaoré nouveau Président en exercice
1998, 15 novembre | Election présidentielle. Le Président Blaise Compaoré est réélu avec 87,52 % de voix
1998, 13 décembre | Assassinat de Nobert Zongo, directeur de L’Indépendant
1999, 11 janvier | Kadré Désiré Ouedraogo est reconduit comme Premier ministre
1999, 7 mai | Rapport de la Commission d’enquête indépendante sur la mort de Norbert Zongo et de ses compagnons
1999, 30 juillet | Rapport du Collège des sages
1999, 13 octobre | Composition du nouveau gouvernement (Kadré Désiré Ouédraogo est premier ministre)
1999, novembre | Conflits fonciers à tabou et expulsion de Burkinabé de la région de Tabou en Côte d’Ivoire
1999, 27 novembre | Création par le Premier ministre de deux commissions indépendantes chargées des réformes politiques et de la réconciliation nationale
2000, février | Publication du rapport de la Commission de Réconciliation nationale
2000, 3 février | Adoption d’un projet de loi modifiant le code électoral. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) dispose de davantage de pouvoirs.
2000, 23 février | Création du Syndicat burkinabè des magistrats (SBM) pour garantir l’indépendance de la justice
2000, 20 août | Verdict du Procès David Ouédraogo
2000, 24 septembre | Elections municipales. Le CDP, parti au pouvoir, remporte 42 des 49 municipalités en jeu.
2000, 3 octobre | Grève générale de quatre jours à l’appel du « Collectif contre l’impunité ».
2000, 6 novembre – 7 novembre | Démission du Premier ministre et du gouvernement. Ernest Yonli est nommé à sa place.
2000, 12 novembre | formation du nouveau gouvernement
2001, 30 mars | Amnistie des crimes d’Etat et proclamation de la journée du Pardon
2002, 5 mai | Elections législatives
2002, 19 septembre | Mutinerie en Côte d’Ivoire
2003 | Les autorités Burkinabé se plaignent des exactions contre leurs ressortissants en Côte d’Ivoire et publient différents documents à ce sujet
 



Petit film drôle, grande vérité triste !!
19 avril, 2010, 2:53
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C’est un tout petit film, mais il dit une vérité si grande… C’est un film drôle, mais il dit une vérité si triste…

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Chronique du Faso comme si vous y étiez…
18 avril, 2010, 14:48
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* Le comédien burkinabé Sotigui Kouyaté nous a quittés le 17 avril 

Le comédien burkinabé Sotigui Kouyaté, qui a interprété de nombreuses pièces de Peter Brook, est décédé samedi après-midi à Paris à l’âge de 74 ans.   Guinéen d’origine, malien de naissance et burkinabé d’adoption, Sotigui Kouyaté a reflété toute sa carrière l’image d’un fils sans frontière, ouvert sur plusieurs cultures. Ce fils d’Afrique, les pieds toujours dans la tradition, connu des scènes internationales par ses différents rôles et interprétations dans divers films et pièces de théâtre a tiré sa révérence à 74 ans le samedi 17 avril à Paris en France. Sotigui souffrait d’une maladie pulmonaire, a fait savoir son agent à l’AFP. Au moment où le cinéma africain fait encore le deuil du Sénégalais Mahama Johnson Traoré, l’un des co-fondateurs du Festival panafricain du cinéma et de la télévision (FESPACO) – Sotigui Kouyaté, l’une des (grandes) figures du cinéma et du théâtre africain depuis les années 60, s’est sagement retiré de la scène. Homme au verbe fait de symboles et d’images, d’une tonalité lente et au style proverbial, Sotigui Kouyaté est un sage. Élevé au rang d’officier de l’Ordre de mérite des arts, des lettres et de la communication avec agrafe “cinéma” à la 21è édition du FESPACO, en 2009, à Ouagadougou, Sotigui lors d’une conférence co-animée avec Culturesfrance apparaissait déjà fatigué, assis dans une chaise roulante. Lors de cet hommage rendu par le Fespaco, il a déclaré : “chaque Africain porte en lui l’honorabilité et la dignité de l’Afrique”. “Chaque matin, chaque Africain doit se demander : que puis-je faire pour l’Afrique ? C’est seulement par cette volonté de bien faire et de se battre pour une Afrique prospère que l’on se fait utile”. De footballeur, cet homme qui avait dans l’âme beaucoup à donner et à faire valoir, est passé par l’enseignement avant d’atterrir les pieds joints dans la comédie. Élève de l’école de la vie, Sotigui Kouyaté est un autodidacte qui a fini par se forger une image de comédien talentueux. Au point de devenir “l’acteur fétiche” du Britannique Peter Brook. Bien avant, le rôle principal qui lui est confié dans “Le médecin de Gafiré” (de Moustapha Diop, 1985) où il est face à l’Ivoirien Sidiki Bakaba, puis “Black Mic Mac” aux côtés de l’Ivoirien Issac de Bankolé laissent découvrir un comédien de talent qui a fait ses armes au théâtre. En 1966, il monte sa propre compagnie de théâtre. Sur les planches, il joue entre autres ‘’Mahabharata’’, ‘’Antigone’’, ‘’Le Costume’’, ‘’La Tragédie d’Hamlet’, ‘’Tierno Bokar’’, toutes mises en scène par Peter Brook. Au cinéma, si Sotigui est admirable dans ‘’Little Sénégal’’ de Rachid Bouchareb (2002), son rôle dans “London River” de Rachid Bouchareb (2008) lui vaut, en 2009, l’Ours d’argent du meilleur acteur au Festival de Berlin. En 2001, le long métrage “Sia, le rêve du python” de son fils Dani Kouyaté dans lequel Sotigui joue, obtient six distinctions au Fespaco. Décoré en juillet 2009 au Festival culturel panafricain d’Alger, tout comme la quinzaine d’hommes de théâtre Africains dont les Ivoiriens Bernard Dadié et Sidiki Bakaba, Sotigui Kouyaté – père du réalisateur Dani Kouyaté et du conteur Hassane Kassi Kouyaté – laisse un héritage culturel à pérenniser.
Koné Saydoo
 

*  La solidarité en Europe et en Afrique : une question d’époque ? 

L’article sur le spleen en France de l’abbé Joseph Yaméogo (que je connais bien et salue amicalement au passage) a donné l’occasion à certaines personnes de pourfendre l’individualisme présumé des Occidentaux. Je voudrais mettre un petit bémol à ces critiques en invitant à prendre du recul pour mettre en perspective les différences de comportement que nous observons entre l’Afrique et l’Europe. Vivant moi aussi en Europe depuis des années, je me suis aperçu que, bien qu’ils ne disent pas facilement bonjour aux inconnus croisés dans la rue, les Occidentaux sont loin d’être aussi individualistes qu’on le croit. C’est leur mode d’organisation sociale qui a produit la froideur relationnelle apparente qui déconcerte l’Africain nouvellement arrivé.  Prenons le cas de la sécurité sociale, des caisses de retraites, des pensions d’invalidité ou du revenu de solidarité active (RSA) en France. En quoi consistent-ils ? Ils consistent tout simplement à prélever sur le salaire de chaque personne en activité un certain pourcentage pour alimenter des caisses destinées à venir en aide à ceux qui sont dans le besoin. Autrement dit, chaque travailleur verse une part de son salaire à la fin du mois pour la prise en charge des malades, des retraités, des handicapés ou des personnes qui ne trouvent pas de travail. Et la distribution des fruits de l’effort de solidarité est du ressort des organismes sociaux de L’Etat. La conséquence est que les Occidentaux se tournent plus facilement vers l’Etat – et non vers leurs parents ou leurs amis ! – pour demander une aide lorsqu’ils rencontrent des difficultés. D’où l’impression d’une société déshumanisée où règne en maître le chacun pour soi. En Afrique, par contre, l’absence quasi-totale de prise en charge des personnes nécessiteuses par les organismes sociaux de l’Etat conduit les citoyens à entretenir davantage des solidarités de type familial ou interindividuel. Le malade, la personne handicapée, le retraité qui a du mal à joindre les deux bouts ou le chômeur qui ne trouve pas de travail ne peuvent compter que sur leurs réseaux de relations familiales ou amicales pour survivre. Et il ne viendrait à l’esprit d’aucun d’eux d’attendre des aides de l’Etat qui, lui-même, a besoin d’aide. J’excepte bien sûr les fonctionnaires qui ont un meilleur régime de sécurité sociale que les ouvriers ou les paysans. En clair, la solidarité africaine est plus visible parce qu’elle est directe : Bila aide Gandaogo à acheter ses médicaments parce qu’ils habitent le même quartier et qu’il ne peut moralement se résoudre à laisser mourir son voisin qu’il connaît bien. La solidarité occidentale, elle, est plus discrète parce qu’elle passe par l’intermédiaire des organismes sociaux de l’Etat. Mais les Occidentaux soutiennent aussi de façon anonyme beaucoup d’associations dont certaines interviennent à l’étranger, y compris en Afrique (Médecins sans frontière, Croix rouge, Action contre la faim, Secours catholique etc.). Alors, laquelle des deux formes de solidarité préférez-vous ? La visible ou la discrète ? Pour ma part, je vois des deux côtés des avantages et des inconvénients. A titre d’exemple, les historiens savent bien que l’augmentation de l’espérance de vie dans les pays occidentaux tout comme leur essor économique (avantages !) ont été en partie favorisés par la création de la sécurité sociale, c’est-à-dire par la mise en place d’une structure qui, en matière de santé, organise la solidarité à l’échelle nationale. Ce qu’on oublie souvent de souligner est que la même sécurité sociale a contribué aussi à détruire les solidarités de type familial ou interindividuel d’autrefois (inconvénient !). Aujourd’hui, les familles françaises ne se réunissent plus le dimanche après la messe autour du grand-père pour manger le lard du cochon tué la veille et jouer à la crapette ! Regrettent-elles pour autant le mode de vie d’autrefois ? Non, sauf certains de ses aspects. Car chaque étape de l’évolution historique des nations comporte certes des inconvénients, mais aussi des avantages. Pour avoir discuté avec des Françaises d’un certain âge qui ont connu les lavoirs dans les années 1950, je puis vous assurer qu’elles préfèrent les machines à laver d’aujourd’hui (avantage !), même si la conséquence est qu’elles ne rencontrent plus aussi souvent les copines pour discuter et s’entraider à essorer le linge (inconvénient !) !  Les comportements solidaires que nous observons en Afrique aujourd’hui sont donc en partie la conséquence du niveau de développement de nos pays. Le jour où les Etats africains organiseront la prise en charge des frais de santé de leurs citoyens (avantage !), Bila n’aura plus de raison d’aider directement Gandaogo à acheter ses médicaments ! Puisque l’Etat s’en occupera déjà ! Et l’on aura alors l’impression que les gens ne sont plus aussi solidaires qu’autrefois (inconvénient !). En somme, si nous voulons à la fois le développement et la solidarité visible telle qu’elle se pratique en Afrique, nous devons inventer un autre type de développement que celui des Occidentaux. Mais est-ce vraiment le chemin pris aujourd’hui par nos pays africains ?  Denis Dambré
France Lire aussi :
Joseph Yaméogo : Le spleen d’un prêtre burkinabè dans une France en crise de foi  

*  Editorial de Sidwaya : La sève du vivre ensemble   Lundi 12 avril 2010  Souvenirs, espérances… Voilà bien des convictions quotidiennes, des réalités existentielles qui marquent la vie des Burkinabè d’en haut et d’en bas, depuis quelques années. Au regard de l’histoire de notre patrie, ces notions pourraient être labellisées, étant donné leur importance particulière…  Un trésor est caché dans la dynamique de ces concepts, peints à la burkinabè ; ce trésor peut sauver plus qu’une vie ; ce trésor pourrait dédramatiser une situation nationale, dérider les esprits autant que de besoin, dans la suite des âges.  Autant, sinon pires que les crises financières, nous avons contre nous les crises de confiance. Les crises financières se résolvent toujours avec brio par quelques mesures spectaculaires, parfois contre les logiques affirmées, loin et au-dessus de nous ; les maîtres du monde décident et il ne reste plus à nous autres qu’à suivre les consignes et subir les conséquences, bien que n’étant en aucune façon responsables de ces crises. « Qu’as-tu fait de ton frère ? … », Peut-on lire dans la Bible, Livre de la Genèse, chapitre 4, verset 9… Qu’as-tu fait de ton voisin, de ton ami, de ton collègue de bureau, de ta bonne, de ton camarade d’armes, de ton élève ? Qu’as-tu fait de ton prochain, de celui qui est proche de toi en humanité, mais aussi en méchanceté ? De celui qui sait, comme toi, que le mal est mal surtout quand il devient dur comme pierre dans nos cœurs ? Nous le savons : deux briques s’entrecroisent pour donner à la société, les mécanismes sans lesquels elle ne serait rien d’autre qu’un tas de ferrailles, une carrosserie amochée : la logique des intérêts et celle des valeurs. Une société ne peut exister que si elle est incapable de défendre ses intérêts : sa terre, son histoire, ses membres et ses biens, ses ressources économiques, etc. Et quand elle aurait fini d’amasser tout cela, elle n’aurait pas fini avec elle-même. La justice, le respect mutuel, la paix, la tolérance, le partage, l’hospitalité, l’honnêteté, entre autres, sont des valeurs sans lesquelles les richesses matérielles tendent à s’effondrer sur les cités injustes et pourries. Ne serait-ce pas pour cette raison que de vieux et riches pays comme l’Angleterre, l’Espagne et la France n’ont pas encore totalement fini d’en découdre avec les vieux démons des séparatistes ? Quand ceux-ci prennent les armes, ce n’est pas toujours pour se remplir le ventre, c’est souvent pour se rendre justice parce que, de leur point de vue, le pouvoir jacobin étouffe et nie l’existence des différences spirituelles, surtout. Le vécu du souvenir et de l’espérance, devrait nous installer, de manière dynamique, dans la praxis de nos dévotions quotidiennes, dans la dynamique de l’unité des principes de la gouvernance, de l’unité des actions de gouvernants et de l’unité des cœurs des gouvernés. Triple unité qui ne peut se réaliser tant que chacun de nous n’accepterait pas, comme allant de sa culture et de son éducation, de prendre et de garder une distance-limite par rapport à tous les abus : de pouvoir, de convoitise et de liberté.  La philosophie qui anime le souvenir et l’espérance au Burkina Faso, devrait être désagrégée et les populations, à la base devraient s’en approprier. En famille, à l’école, au bureau, au marché, nous avons besoin de nous pardonner les uns, les autres. Parfois, quand les cœurs saignent beaucoup, les bouches refusent la parole, peut-être pour ne pas saigner à leur tour … Nous avons besoin de cette illusion salutaire qui consiste à se voir recommencer : avec sa femme, son mari, son supérieur hiérarchique, son camarade ou son ami. C’est cela aussi, l’âme d’un peuple, pour ne pas dire d’un grand peuple. Par Ibrahiman SAKANDE  

*  Conquête coloniale du 19e siècle : “Où sont–ils inhumés, nos résistants ?” Où sont enterrés les héros africains à la résistance coloniale ? 

Pour l’auteur des lignes qui suivent, cette question doit trouver une réponse à la faveur du cinquantenaire des indépendances. Au moment où la plupart des pays africains célèbrent le cinquantenaire de leur accession à l’indépendance, nous venons contribuer à lever le voile sur un pan de notre passé colonial. La question qui nous perturbe depuis et dont on parle rarement est de savoir dans quelle partie du monde sont enterrés nos vaillants résistants à la conquête coloniale. Dans les ouvrages d’histoire, on s’est toujours contenté de dire que tel résistant vaincu a été exilé ou déporté dans tel ou tel pays. Cette réflexion que nous partageons peut paraître incongrue, voire dépassée au moment où les Africains ont d’autres préoccupations qui s’appellent lutter contre la faim, les maladies et la soif. Mais nous voulons dire que l’homme vit aussi de passé pour comprendre le présent. Nous voulons enfin savoir la suite de l’histoire du massacre de nos résistants par les colonisateurs entre 1830 et 1900. Les Africains que nous sommes peuvent–ils un jour espérer recevoir les restes de leurs héros de la résistance à la colonisation pendant que l’on parle de culture, d’identité nationale dans un certain nombre de pays européens, colonisateurs autrefois ? Les pays comme la France, l’Allemagne, l’Angleterre l’Espagne, et le Portugal… peuvent–ils éclairer la lanterne de ces nombreux Africains qui attendent de connaître la vérité historique pour découvrir cette face cachée de la conquête coloniale ? 1 – Les causes de l’impérialisme européen au XIXe siècle Le XIXe siècle est marqué par l’expansion européenne dans le monde. Bénéficiant de la supériorité technique, le “vieux continent” veut s’assurer des débouchés économiques, des réserves de matières premières pour l’industrie et des positions stratégiques. Les Européens prétendent aussi coloniser pour civiliser les populations et améliorer leur sort. A ce sujet, en France, Jules Ferry, président du Conseil, dans un discours à la Chambre des députés le 28 juillet 1885, affirme : “Il y a un second point que je dois apporter… : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question… Les races supérieures ont un devoir vis-à-vis des races inférieures. Je dis qu’il y a pour elles un droit parce qu’il y a un devoir de civiliser les races inférieures…” En Angleterre, il y a cette volonté de dominer le monde. Ainsi Rudyard Kipling, écrivain anglais, parle de “fardeau de l’homme blanc”. Au XIXe siècle, l’Europe parcourt le monde. Le continent africain considéré comme “terre vacante”, donc sans propriétaires, est en proie aux envahisseurs. La conférence de Berlin de 1885 aplanit les divergences entre les conquérants et ouvre la voie au “scramble” ou “la course au clocher” ; en clair, à la conquête coloniale. En Afrique, les grands bâtisseurs de l’empire colonial sont : Pierre Savorgnan de Brazza qui installe l’influence française au Congo. Cecil Rhodes pour l’Angleterre est chargé de contrôler l’Afrique du Sud minière. Mais face à cette invasion, les peuples d’Afrique opposent une résistance farouche, malgré un armement artisanal. 2 – Dans les pays de la Guinée forestière : Almamy Samory Touré Il est né vers 1830 à Manyambalandougou dans les environs de Kankan en Guinée Conakry en pays mandingue. On peut affirmer qu’il fut le plus grand résistant à la conquête coloniale en Afrique de l’Ouest. De 1881 à 1890, il affronte avec bravoure le colonialisme français et anglais. L’Almamy Samory Touré met sur pied une armée solide. Il conquit des Etats dans le pays mandingue pour former l’empire du Bissandougou. En 1891 le général français Archinard qui a chassé de Ségou, Ahmadou, le fils de El Hadj Omar en 1890, attaque la ville de Kankan, l’une des principales villes du royaume. Samory résiste pendant quelques années avant de fuir vers Kong en Côte d’Ivoire. En 1895, il prit et détruisit la cité commerçante et musulmane de Kong pour la punir d’avoir fait alliance avec les Français. Samory Touré assiégea Sikasso, capitale du royaume du Kénédougou au Mali actuel, marcha sur Bobo Dioulasso, détruisit Noumoudara, capitale du pays tiéfo au Burkina Faso. Mais à l’arrivée des Français à Diébougou dans la Bougouriba, Samory se retira à Guélémou en Côte d’Ivoire. C’est là qu’il fut arrêté le 29 septembre 1898 par le colonel Gouroud. Traîné au Sénégal, il fut déporté à N’djolé au Gabon où il mourut en 1900. C’est tout ce que l’on sait aujourd’hui de ce grand combattant africain. On se demande encore en 2010 où est enterré l’Almamy Samory Touré. A N’djolé au Gabon ou dans une ville française en métropole ou en outre–mer ? Où se trouve son fils Sarankegny Mory arrêté en même temps que son père ? Tout le continent africain attend toujours la lumière sur cette déportation de Samory Touré et de son fils. 3 – Dans les pays du Bénin : Béhanzin Le roi Béhanzin s’opposa farouchement à l’occupation de son pays, le Dahomey. Il déclarait : “Le Roi Danhomé ne donne son pays à personne”. En 1891, le colonel Dodds avec 3 000 hommes reçoit l’ordre d’occuper Abomey, la capitale du Dahomey. Le 18 novembre 1892, Dodds pénètre dans Abomey. Béhanzin est capturé en janvier 1894 et déporté à la Martinique aux Antilles puis à Blida en Algérie avec ses 3 femmes, son fils et ses 2 filles. Il mourut en 1906. C’est la fin de l’histoire de la résistance coloniale au Dahomey. Le souverain et sa famille ont–ils leurs restes à Blida en Algérie ? La question reste toujours posée. 4 – Dans les pays du Ghana : Prempeh Dès 1874, les Anglais réussissent à prendre Kumassi, la capitale du pays ashanti. Ils imposent un traité au roi Koffi Karikari. Plus tard, le roi Kwaku Dwa II dit Prempeh rejeta ce traité. Il fit savoir à la reine d’Angleterre que l’Ashanti “était un pays indépendant et qu’il n’avait pas besoin de la protection d’un autre pays”. Le roi Prempeh est trompé par les Anglais. Ainsi, ayant demandé à négocier avec lui, ils le surprirent avec une armée. Prempeh est arrêté en 1896 et déporté en Sierra Leone, puis aux Seychelles ainsi que la reine mère et les principaux dignitaires. Prempeh serait revenu de son exil en 1926. Est–il revenu dans son pays avec la reine mère et les principaux dignitaires ? D’autres seraient–ils morts et enterrés aux Seychelles ?  5 – Autour du lac Tchad : Rabah Il était un général d’armée au service du gouverneur égyptien du Bahr el Ghazal. Il se révolta contre son chef. Rabah était hostile à la présence des Anglais dans la région. En 1892, il bat le sultan du Baguirmi au Tchad qui, pour échapper à Rabah, réclame le protectorat français. En 1893, il vainc le Chéhou du Bornou et constitue un vaste empire autour du lac Tchad. Les Français qui convoitaient la région du lac Tchad y envoient 3 colonnes militaires. En avril 1900, Rabah livre bataille à la mission Foureau à Kousseri dans laquelle il périt. Les militaires français tranchèrent sa tête qu’ils emportèrent certainement. Son fils Fadel Allah tenta de poursuivre la lutte, il eut aussi la tête tranchée. Les têtes tranchées de Rabah et de son fils sont–elles quelque part en Afrique, en Europe ou dans les Antilles ? La vérité est toujours attendue. Conclusion Au terme de cette réflexion, on peut affirmer que la période coloniale renferme toujours des zones d’ombre. La lutte des résistants africains à cette conquête coloniale s’est terminée par le massacre, l’exil et la déportation de ces derniers. La grande question qui demeure sans réponse à l’issue de cette réflexion est de savoir où sont enterrés nos héros à la résistance coloniale. Y a-t–il espoir que les colonisateurs d’autrefois remettent leurs restes aux peuples africains pour des obsèques dignes de ce nom ? A quand la réparation de tous ces torts commis pendant la période coloniale ? Le cinquantenaire de l’indépendance de la plupart des pays africains peut il contribuer à faire découvrir davantage cette page noire de la conquête coloniale ? Adama COULIBALY, professeur d’histoire-géographie Lycée départemental de Toussiana cool_addams@yahoo.fr  

*  Un conte burkinabé  

L’ingratitude La famine régnait alors dans tout le pays. Un homme sort de chez lui, pour aller se promener en brousse. Il arrive au bord d’un vieux puits. Il se penche pour voir s’il y avait de l’eau, et il découvre, au fond du puits, un homme entouré d’un lion, d’un singe et d’un serpent. Il décide de les sortir de là. Il part chercher de longues lianes. Il attache une extrémité des lianes à une grosse branche située près du puits, et il jette l’autre extrémité dans le puits. Le singe se précipite et sort le premier du puits. Il est bientôt suivi du lion, puis du serpent. Il ne reste plus que l’homme à tirer d’affaire. Les animaux sortis du puits conseillent alors notre promeneur : « Attention, surtout ne laisse pas cet homme sortir du puits ! »  Mais notre homme réplique : « Comment çà ? Je vous ai aidés à sortir, et j’abandonnerai mon semblable au fond de ce puits ! ». Et il aide l’homme à sortir du puits. Tous remercient notre promeneur, et lui promettent qu’ils n’oublieront jamais ce qu’il a fait pour eux. Quelques jours plus tard, la famine sévissait toujours. Notre homme décide d’aller à nouveau en brousse, en quête de fruits sauvages. Il rencontre le singe qui lui demande : « N’est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l’autre jour ? ». L’homme lui répondit : « C’est bien moi ! ». Alors le singe lui rappelle qu’il lui avait promis de l’aider quand l’occasion se présenterait. Puis il invite notre homme à s’asseoir. Le singe appelle alors ses congénères qui arrivent nombreux. Il leur dit : « Cet homme m’a sauvé la vie. Allez chercher les fruits du néré, et apportez-moi tout ce que vous aurez trouvé. ». Ils partirent aussitôt. Ils apportèrent une telle quantité de gousses de néré, que notre homme n’a pas réussi à emporter le tout à la maison. Quelques jours plus tard, notre homme sort de chez lui, pour parcourir la brousse à la recherche de nourriture. Il croise le lion qui lui demande : « N’est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l’autre jour ? ». L’homme lui répond : « C’est bien moi ! ». Alors le lion se met à rugir longuement, et une foule d’animaux sauvages se rassemble. Le lion leur dit : « Écoutez bien ma parole. C’est un ordre que je vous donne. Retournez en brousse, et rapportez-moi sans tarder du gibier. » Peu de temps après, les animaux sauvages reviennent avec quantité de gibier. Et voici notre homme, tout heureux, qui retourne à la maison ployant sous le poids du gibier. Bientôt, il entend parler de l’homme qu’il avait sauvé. Ce dernier s’était mis au service d’un homme riche et puissant. Comme la famine sévissait toujours, il se dit qu’il va aller le trouver pour lui demander son aide. Il arrive dans le village de cet homme riche et puissant au moment où la fête battait son plein. Il croise l’homme qu’il avait sauvé du puits. Mais le regard haineux de celui-ci en dit long sur ses intentions ! Cet homme connaissait bien le chef du village. Il va le trouver pour lui dire : « Prends garde à toi. Un étranger vient d’entrer dans ton village. C’est un homme mauvais. Chaque fois qu’il entre dans un village, ce n’est que malheurs et destructions pour tous les villageois. Le seul remède : Il faut l’attraper, le ligoter et l’abandonner sur une haute colline. Trois jours après il faudra l’égorger et faire une fête en l’honneur des esprits du village pour écarter le malheur. » Le roi suit aussitôt ces conseils. Et notre homme se retrouve sur la colline qui domine le village, sous un soleil brûlant. Il ne peut pas bouger. Les cordes avec lesquelles il a été ligoté le font souffrir, et le blessent cruellement. Parfois il gémit, parfois il hurle de souffrances. Un serpent passait par là. Il entend notre homme et s’approche : « N’est-ce pas toi qui nous a aidés à sortir du puits, l’autre jour ? ». L’homme lui répondit : « C’est bien moi ! ».  Le serpent reprend : « Je vais te donner un remède, une feuille magique. A l’aide de cette feuille, tu iras ressusciter le fils du chef de village que je vais aller mordre mortellement tout de suite. Toi, pour l’instant, n’arrête pas de crier ceci : ‘ Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S’il mord l’un d’entre nous, notre médicament le protégera ou le ressuscitera. »  Et le serpent entre au village. Il n’a pas de mal à trouver le fils du chef qu’il mort à la jambe, et bientôt notre homme entend les pleurs et les cris qui montent jusqu’à lui depuis la cour du chef. Au même moment, une vielle femme passe devant lui : elle rentre de la brousse avec son fagot de bois sur la tête. Elle entend notre homme qui crie : « Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S’il mord l’un d’entre nous, notre médicament le protégera ou le ressuscitera ».  Quand elle a déposé son fardeau, on lui annonce la mort du fils du village, mordu par un serpent. Elle va trouver le chef et lui rapporte les cris de notre homme ligoté et abandonné sur la colline : « Chez nous, un serpent ne peut pas nous faire de mal. S’il mord l’un d’entre nous, notre médicament le protégera ou le ressuscitera. » Le chef ordonne alors d’aller détacher notre homme, de lui donner à boire, et de le conduire auprès de son fils. Bientôt notre homme se trouve auprès de l’enfant du chef, étendu sur une natte, sans vie. Il pose la feuille que le serpent lui a donnée sur la tête de l’enfant. Celui-ci commence par éternuer, puis il se relève comme s’il sortait d’un profond sommeil.  Le chef se tourne alors vers notre homme pour le remercier, et lui promet de lui offrir tout ce qu’il demandera. Celui-ci, réclame alors la cervelle de celui qui a menti sur son compte. Ce dernier se trouvait alors auprès du chef. Celui-ci ordonne aussitôt de le saisir et de le mettre à mort, pour en donner la cervelle à notre homme. Ce qui fut fait sur le champ. Conte en boore (apparenté au bwamu) – région de Bomborokuy – Zékuy : Nord-Ouest du Burkina Faso.  



Médecins Sans Frontières : historique et généralités
13 avril, 2010, 19:33
Classé dans : Non classé

Durant les quatre semaines qui vont suivre, les mises à jour hebdomadaires du blog s’attache-ront à faire connaître cette énorme organisation qu’est Médecins sans Frontières, tant en ce qui est de sa structure que de ses recherches scientifiques par la découverte de son satellite « Epicentre ».

Chronologie du mouvement Médecins sans Frontières de sa création à nos jours :

Médecins sans frontières, abrégé MSF, est une organisation non gouvernementale internationale à but humanitaire d’origine française mais dont le Bureau international siège à Genève (Suisse). Elle offre une assistance médicale d’urgence dans des cas comme les conflits armés, les catastrophes naturelles, les épidémies et les famines. MSF offre aussi des actions à plus long terme lors de conflits prolongés ou d’instabilité chronique, dans le cadre de l’aide aux réfugiés ou à la suite de catastrophes. Elle a reçu le prix Nobel de la paix en 1999. Fondée le 20 décembre 1971 en France, Médecins sans frontières a été la première organisation non gouvernementale et non militaire spécialisée dans l’aide médicale d’urgence. La plupart des fondateurs ont travaillé pour la Croix Rouge lors de la guerre du Biafra entre 1968 et 1970. Ils se distinguent des autres associations par leur conscience du rôle des médias en portant la situation difficile de la population à la connaissance du grand public.

Histoire

L’ONG Médecins sans frontières a été créée le 22 décembre 1971 par des médecins français qui s’étaient rendus au Biafra avec la Croix-Rouge pour tenter d’y aider la population lors de la guerre qui avait opposé cette région indépendantiste au gouvernement central nigérien entre 1967 et 1970. Estimant que la politique de neutralité et de réserve de la Croix-Rouge avait été une erreur, ils voulurent fonder une association qui allierait aide humanitaire et actions de sensibilisation auprès des médias et des institutions politiques. Bernard Kouchner, le plus médiatique des treize fondateurs, a créé en premier lieu l’Organisation pour la lutte contre le génocide au Biafra, et l’année suivante, le Groupe d’intervention médicale et chirurgicale en urgence (GIMCU) qui était en effet l’ossature de MSF. En même temps, le cyclone de Bhola frappe le Pakistan oriental, actuel Bangladesh, et fait près de 500000 victimes. Les rédacteurs du journal médical Tonus ont commencé à y envoyer les médecins, sous le nom de Secours médical français (SMF). Bernard Kouchner a jugé qu’une association serait meilleure pour les deux organisations, et après quelques mois, MSF voit le jour. Les fondateurs de Médecins sans frontières sont :

Dr Marcel Delcourt, médecin généraliste

Dr Max Récamier, oto-rhino-laryngologiste

Dr Gérard Pigeon, médecin-colonel de sapeurs-pompiers

Dr Bernard Kouchner, médecin et homme politique

Raymond Borel, de la revue Tonus

Dr Jean Cabrol, chirurgien

Dr Vladan Radoman, chirurgien

Dr Jean-Michel Wild, chirurgien

Dr Pascal Greletty-Bosviel, médecin généraliste

Dr Jacques Bérès, chirurgien orthopédiste

Dr Gérard Illiouz, chirurgien plastique

Philippe Bernier, de la revue Tonus

Dr Xavier Emmanuelli, médecin et homme politique

À l’occasion de l’opération « Un bateau pour le Viêt-Nam » en 1979, le fondateur le plus connu du public, Bernard Kouchner, a défendu l’idée d’affréter un bateau avec des médecins et des jour-nalistes pour témoigner des violations des Droits de l’homme dans ce pays et aussi pour évacuer les Vietnamiens qui avaient fui leur pays après que le Viêt Nam fut devenu un pays totalement communiste. Il s’ensuivit une violente querelle à l’origine d’une scission avec la direction de MSF qui estima l’opération trop racoleuse. Bernard Kouchner quittera alors définitivement MSF et créera avec une quinzaine d’autres médecins l’organisation Médecins du monde en 1980. Rony Brauman, Directeur de recherches à la Fondation Médecins sans Frontières et participant aux travaux du Crash, le Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires, fut président de Médecins sans frontières France de 1982 à 1994.

MSF a reçu le prix Nobel de la paix en 1999. À cette occasion, le 14e dalaï-lama, également lauréat (et sans doute conseiller) du prix Nobel de la paix, adressa un message de remerciement à MSF notamment pour son travail au Tibet. Pourtant, en 2002, MSF a pris la décision controversée de se retirer du Tibet après 14 ans de collaboration avec les Tibétains sur des projets d’aides humanitaires et médicaux. Les autorités chinoises maintiennent un contrôle strict sur l’activité des ONG étrangères au Tibet.

La Charte

Médecins sans frontières est une association privée à vocation internationale. L’association rassemble majoritairement des médecins et des membres du corps de santé, et est ouverte aux autres professions utiles à sa mission. Tous souscrivent sur l’honneur aux principes suivants :

A/ Les médecins Sans Frontières apportent leurs secours aux populations en détresse, aux vic-times de catastrophes d’origine naturelle ou humaine, de situations de belligérance, sans aucune discrimination de race, religion, philosophie ou politique.

B/ Œuvrant dans la plus stricte neutralité et en toute impartialité, les Médecins Sans Frontiè-res revendiquent, au nom de l’éthique médicale universelle et du droit à l’assistance humanitai-re, la liberté pleine et entière de l’exercice de leur fonction.

C/ Ils s’engagent à respecter les principes déontologiques de leur profession et à maintenir une totale indépendance à l’égard de tout pouvoir, ainsi que de toute force politique, économique ou religieuse.

D/ Volontaires, ils mesurent les risques et périls des missions qu’ils accomplissent et ne récla-meront pour eux ou leurs ayants droits aucune compensation autre que celle que l’association sera en mesure de leur fournir.

La Charte de MSF rappelle donc que les interventions se font au nom de l’éthique médicale universelle et ne permet aucune discrimination de race, de religion, de philosophie ou de poli-tique. Son auteur est Philippe Bernier.

Organisation interne

MSF compte 19 sections implantées dans autant de pays (Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Chine (Hong Kong), Danemark, Espagne, États-Unis, France, Grèce, Italie, Japon, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Suisse). Seules cinq sont dites opérationnelles, c’est-à-dire en charge d’opérations humanitaires sur le terrain. Celles-ci sont : MSF Belgique, basée à Jette-Bruxelles MSF Espagne, basée à Barcelone MSF France, basée à Paris MSF Pays-Bas, basée à Amsterdam MSF Suisse, basée à Genève

Depuis quelques années, les sections sont devenues des centres opérationnels. On parle aujour-d’hui par exemple de l’OCB (Operational Center of Brussels), l’OCA (Operational Center of Amsterdam) en utilisant l’acronyme anglais et ne se basant plus sur la section mais sur le siège où gravitent les sections satellites. Une nouvelle vague a débuté aussi en « décentralisant » les opérations des 5 sections opérationnelles vers les sections satellites (ou encore appelées « sections partenaires ». Nous avons ainsi une cellule à Rome pour l’OCB, une à Berlin et à Toronto pour l’OCA, une à New York et à Tokyo pour l’OCP (Operational Center of Paris). Cette dernière abréviation n’est pas très utilisée, on parle encore de MSF France. Les deux autres abréviations sont OCG (Operational Center of Geneva) et OCBA (Operational Center of Barcelona). Les cellules opérationnelles de Luxembourg et Athènes sont respectivement liées à l’OCB et à l’OCBA. Toutes les sections sont actives au niveau des campagnes de sensibilisation et de mobilisations de fonds. Les sections non opérationnelles ont généralement un partenaire privilégié parmi les sections opérationnelles. Un Bureau international situé à Genève se charge de la coordination de l’action entre les diffé-rentes sections. Sur le terrain, une coordination inter-section plus informelle assure la cohéren-ce des opérations. À titre d’exemple, les 5 sections opérationnelles de MSF sont présentes en République démocratique du Congo au cours de la Deuxième guerre, mais sur des projets diffé-rents quant à leur localisation, leurs actions dans la durée (des situations d’urgence au support au système de santé) ou leur nature (urgence, Sida, campagnes de vaccination, support au système de santé…). En France, des « antennes régionales », animées par des bénévoles, participent aux activités d’in-formation et de communication de l’association ainsi qu’à l’accueil et au recrutement des nouveaux volontaires au départ en mission.

Quelques chiffres

En 2006 par exemple, MSF France a :

collecté 117,3 millions d’euros

expédié 7 020 tonnes de matériel

envoyé 1 361 personnes sur le terrain

En 2006, MSF France a dépensé près de 129 millions d’euros au titre de ses missions sociales.



D’abord il y a eu le voyage..
6 avril, 2010, 20:04
Classé dans : Non classé

Dimanche 2 avril 2010 

Dans cet avion d’Air France, tout le monde pénètre en « gens de l’occident ». Avec discipline, chacun cherche et trouve son siège en vérifiant bien la travée et l’inscription sur la carte d’embarquement.  L’on se met de côté pour laisser passer, on salue de la tête ; on sent bien qu’on est déjà un peu parti car par tradition inconsciente, on repère les quelques blancs qui sont dans la cabine. Un petit bonjour courtois mais discret avec son voisin noir qui est encore pour un court moment français, belge, américain, hollandais. Certains font un signe de croix furtif dès que l’avion commence à rouler, des femmes surtout. Et puis après l’envol, les compagnons de route se réveillent comme les étourneaux vers dix-huit heures dans les feuillages des mûriers platanes le long de la plage de Collioure, invisibles mais omniprésents. Les prises de contacts se créent avec ceux de devant, de derrière, dans un protocole que l’on connaît bien quand on a déjà pratiqué l’Afrique de l’ouest ; ainsi l’on se retourne à genoux sur son fauteuil ou debout pour regarder par dessus le dossier du siège arrière ou celui de devant et débutent les échangent verbaux rituels et aussi incontournables que fondamentaux : alors ça va ? Ça va très bien ! Et la famille ça va ? Oui ça va bien ! Et toi ça va ?… Le débat commence qui traite de tout ce qui est essentiel : la dernière récolte, le récent vent de sable, la pluie du premier septembre qui a fait deux morts à Ouaga et des inondations redoutables, le passage d’un nuage de criquets migrateurs qui a dévoré les feuillages des arbres à Bobo Dioulasso et laissé derrière lui un paysage de désolation, le job qu’on a avait en dernier à Gennevilliers et duquel on a été licencié pour raisons économiques… La crise…  L’approche du voyageur blanc par contre est timide : on tâte le terrain avec un mélange complexe de sentiments de méfiance, de respect, de moquerie parfois… Dans un premier temps, le voisin de siège, un vieux monsieur aux lunettes cerclées et au regard qui évoque la sagesse, vouvoie : c’est la première fois que vous venez en Afrique ?… Ah bon, d’accord, alors tu connais bien ! C’est très bien … Et la glace est rompue. Ce monsieur digne est burkinabé mais vit depuis vingt ans à Boston ; il est las car il a voyagé depuis deux jours avant que d’emprunter ce dernier vol qui le ramène au village pour le mois de vacances. Il est fier d’avoir réussi sa vie mais quelque part, on perçoit comme une culpabilité d’avoir quitté son pays pour ce faire. Il sait qu’il sera l’objet de respect mais aussi de reproches larvés ou non. Il est celui qui a réussi en Amérique mais il a quitté ses frères et sœurs, ses ancêtres, ses cousines et cousins, ses oncles et tantes, ses parents qui étaient encore vivants à l’époque et qu’il n’a pu accompagner à leur dernière demeure car il n’avait pas de moyens alors. Il a su prendre la décision de partir du pays, mais quelque part aussi il a osé la prendre. 

Trois rangs derrière, il y a Monsieur Amoi-Omlafépa, un blanc bruyant au visage hâlé, un baroudeur, qui fait bien entendre qu’il sait tout ; il « travaille » à Ouaga depuis dix ans, connaît toutes les villes du continent africain mais aussi américain, australien, et pour un peu le continent austral. D’ailleurs il a un paludisme depuis le temps des temps ! Il anticipe tout fort le discours du chef de cabine lors des ordres aux « PMC » : « PMC aux portes ; armer les toboggans, et rendre compte » : il a bourlingué, lui ! Il fait partie de ceux à qui il ne faut pas raconter de bobards : il sait les différences entre les 777 et les A 340 et il n’a pas besoin de préciser qu’il s’agit de Boeing ou d’Airbus : ça coule de source ! Aussi il tutoie tous les « locaux » et raconte que le ministre Prosper Machin qu’il connaît de longue date et qu’il tutoie bien entendu est un excellent gestionnaire, un as en informatique qui comme lui préfère les « Mac » aux « PC » ; et ce ministre, c’est évident, a su détourner beaucoup d’argent sans s’être fait prendre encore… Mr Amoi-Omlafépa apostrophe le personnel de bord, demande du champagne et du cognac en fin de repas, souhaite que l’on réchauffe sa barquette de boulettes d’agneau à la semoule. Il raconte ses femmes de ménage, son cuisinier, son chauffeur qui à coup sûr l’attend patiemment à l’aéroport de Ouaga, et il décrit sa villa qui justifie qu’il faut bien tout ce personnel. Aussi il explique les récents aménagements du Sheraton du Caire, hôtel qui est bien entendu infiniment mieux agencé que l’Hilton de Joburg (car il dit Joburg à la place de Johannesburg : il faut bien montrer qu’il connaît, qu’il maîtrise, qu’à lui il ne faut pas en raconter). Il raconte bien que l’hôtel Indépendance à Ouaga est quasiment un bouge ; d’ailleurs les locaux s’y baignent dans la piscine ! Et il ajoute qu’il a débuté sa carrière comme commis boulanger à Châteauroux – il n’y a pas de sots métiers ! – tandis qu’il était déjà secouriste de première classe à la Croix Rouge. C’est d’ailleurs en tant que chef de poste de l’association qu’il a fait son voyage inaugural en Afrique, ce voyage même qui est à l’origine de sa mutation en colonial averti. Et il décrit tout cela si fort que l’on a envie de se tasser sur son fauteuil pour ne pas être vu et ne pas laisser croire que tous les blancs sont comme lui, que tous les français lui ressemblent.  Puis après le repas, chacune et chacun regarde un morceau du film américain choisi parmi la série disponible proposée par la compagnie d’aviation, et au beau milieu de l’intrigue somnole avec sur les yeux le cache bleu en plastique inclus dans le pack de départ remis par les hôtesses. C’est le temps de repos, sauf pour Mr Amoi-Omlafépa qui lui continue de soliloquer et qui ne se rend pas compte que plus personne ne l’écoute vraiment.  Au bout de cinq heures, le commandant annonce la descente vers Niamey ; alors c’est comme au moment de la passagiata en Sicile ; le réveil de toute la population présente dans l’appareil : le murmure enfle car on affirme bien que l’on distingue le sol depuis le hublot et d’un seul coup on se met à longer le fleuve Niger ; alors tout le monde se contorsionne pour tenter de l’apercevoir : c’est le moindre des respects qu’on lui doit. Il est magique, gigantesque, grandiose au milieu du désert de sable ; pas de village autour mais quelques arbres, à coup sûr des karités, des kaicedras et des baobabs. Il se comporte tel un anaconda ; il se replie, il circonvolue, se divise puis se regroupe pour former une île toute en longueur. Il fascine tant il est puissant. Presque déifiable ; de toutes façons vénérable. Puis il semble perdre un peu de sa superbe car apparaissent sur tout son long les premiers faubourgs de Niamey et il n’est plus tout seul. La descente croise des routes en bitume, des vraies routes goudronnées, et l’on sait qu’on est en Afrique car on y distingue bien les nuages de vélos et de mobylettes Yamaha ou Apronic autour de quelques voitures. 

L’escale ; la moitié des voyageurs reste dans la cabine à aller discuter de ci, de çà, depuis la classe affaire jusqu’à la queue de l’avion, tandis que par la porte ouverte des effluves chaudes de kérosène s’insinuent. Il est de bon ton aussi de deviser voyages avec le chef de cabine : il raconte la catastrophe qu’on a frôlée à l’atterrissage à Montréal, la panne de deux réacteurs sur quatre sur un Alger/Paris, les comportements déraisonnables des compagnies low-cost pour ce qui de l’entretien des appareils, etc. Et l’avion redécolle pour un saut de puce : Niamey – Ouagadougou. A peine le temps de monter que l’on redescend déjà. La dégradation des comportements relationnels est évidente ; les stewards ont lâché les nœuds de leurs cravates, le commandant ne se présente plus aux nouveaux passagers qui ont rejoint les voyageurs à l’escale. Les hôtesses n’ont que le temps de proposer un verre d’eau fraîche.  Descente sur Ouaga, atterrissage, aérofreins, pas d’applaudissements comme à Alger ou à Marrakech. On se lève pour descendre vite car on a entendu dire que l’aéroport est en travaux et que la récupération des bagages sera une aventure. Passé la porte de la carlingue, une espèce de chape de chaleur tombe sur la tête et les épaules, suffocante. Et tout le monde de dire avec une grand sourire « Il fait bon ici » au personnel de sol venu accueillir. Le commandant avait bien dit que la température extérieure est de 42 degrés mais on ne se rendait pas vraiment compte. Là c’est clair. On est réellement en Afrique tropicale, et c’est pour de vrai l’été pour ceux qui n’en étaient pas sûrs.  On perçoit bien dans les attitudes le réel bonheur des voyageurs Burkinabés à fouler le bitume du tarmac : on est enfin chez soi et derrière la porte provisoire en bois, après l’interminable et silencieux contrôle de police marqué seulement par l’écrasement des tampons sur les passeports, il y aura la famille pour accueillir, embrasser, pleurer de bonheur, rire bruyamment. Et très vite elle se mettra à questionner et raconter alternativement, sans transition, sans ordre précis, comme ça vient afin surtout de ne rien oublier : il ya tellement de choses fondamentales qui se sont passées durant l’exode du voyageur, et qu’il faut raconter afin de remettre chacune et chacun à sa juste place. L’intérêt ne porte pas encore sur la vie au sein de la diaspora, là-bas en Europe, ou sur l’abondance des biens dans les boutiques et les résultats de l’éloignement sur le pouvoir d’achat, mais bien sur le rappel de la tradition dès fois qu’on ait un peu oublié, et sur l’exacte place que l’on occupe au sein de la pyramide familiale et sociétale. Quoique l’on regardera avec une réelle envie l’ordinateur de celui qui revient, une machine achetée rue Montgallet chez les taïwanais, une bonne affaire : cent Euros de moins qu’à l’hypermarché de Savigny le temple ; et qui a subi les contrôles de qualité ! Pas comme celles en vente à Ouaga ! Et avec l’argent de la détaxe sur lequel on ne comptait plus, on a pu aussi in extenso acheter à la duty-free shop de Roissy du Chanel n°5 pour l’épouse et des savonnettes à l’huile de karité pour toute la maison : une manière de rendre à César ce qui lui revient… On a repris sa place dans la trame familiale mais on est quand même regardé, admiré, et critiqué sûrement. Et chacune et chacun de quitter l’aéroport afin de rejoindre sa destinée en taxi, en bâchée bringuebalante, en Mercedes rutilante, en autocar pétaradant qui crache derrière lui un nuage tout noir.  On ouvre grand les yeux pour voir comment c’est, Ouaga, pour celles et ceux qui viennent pour la première fois, ou ce qui a changé pour celles et ceux qui sont déjà venus, ou si l’on reconnaît des têtes ou des lieux pour celles et ceux qui ont quitté la chère capitale Burkinabé pour émigrer dans des pays que l’on assimilait à Byzance. Avant de se rendre compte que ça ne l’était pas tout à fait… 


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