Pour aider celles et ceux qui dans le monde n’ont peu ou pas accès aux soins

Voilà arrivé le départ attendu et espéré fébrilement, mais aussi quelque part redouté …
1 avril, 2010, 7:18
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Demain vendredi 2 avril, ce sera le voyage vers la ville où se situe l’hôpital, Yako, grosse bourgade  du Burkina Faso, dans la province du Passoré, où l’on accède depuis la capitale Ouagadougou après cent dix kilomètres dans la direction du Mali. Je reconnais que j’ai peur malgré toute une carrière derrière moi ! Je vais pratiquer une forme d’exercice que je n’ai jamais pratiquée. La formation reçue depuis sept jours est certes destinée à acquérir les bases de ce nouveau métier, mais il est tellement différent de celui que j’ai exercé dans le confort douillet de mon cabinet durant mes années de pratique, près de mes maîtres afin de pouvoir solliciter leurs compétences en cas de doute, disposant d’outils tous plus élaborés les uns que les autres – biologie, imagerie médicale - et en ayant accès à une énorme somme de médicaments, de spécialistes, pour répondre aux besoins liés à la maladie causale. Et puis là l’échelle n’est pas tout à fait la même : c’est le plus souvent en vaccinant des enfants lors de programmes de plusieurs milliers de consultations que l’on identifiera ceux que nous souhaitons prendre en charge, ces enfants à gros ventres, à grosses jambes chargées d’eau, au foie énorme, aux côtes saillantes, aux visages décharnés et émaciés, aux bras dont la mesure du périmètre est en générale inférieur à 11,5 centimètres ! Je dis bien 11,5 centimètres… Et puis leurs grands yeux pleins de tristesse et aussi de résignation… Un monde qui tolère cette situation à quelques encablures, à quelques heures de vol de l’exposition quasi obscène  de l’abondance dans nos super-marchés, ne peut pas être bon ; il reste à ces loupiots du Burkina, du Bengladesh, du Soudan, d’Ethiopie, du Darfour, etc. quelques semaines à vivre. Et leurs mamans savent intuitivement que sur deux enfants qu’elles auront mis au monde, un sera mort avant quinze ans, que c’est comme ça que ça se passe ; que la mort, c’est la vie. De prendre conscience de telles données permet de saisir l’absurde des réflexions que l’on peut entendre parfois dans nos pays d’occident : elles n’ont qu’à faire moins d’enfants … Elles n’ont qu’à … Et l’on est persuadé d’avoir cerné les problèmes et leurs solutions ! A ces mères, pour conserver deux enfants vivants, il faudra en concevoir quatre, cinq … Et l’on affirme qu’elles n’ont qu’à … Voilà les petits patients que nous devrons accueillir et traiter dans nos hôpitaux de brousse, tout petits gamins dont les corps totalement desséchés cassent de partout, où quasiment plus rien ne fonctionne normalement. L’objectif est d’en tirer d’affaire quatrevingt sur cent au moins, bien entendu sans demander de contrepartie sinon d’avoir le courage, la gentillesse de vouloir bien guérir. Et puis il nous faudra parallèlement alerter les politiciens de partout pour qu’ils consentent à chercher des solutions pour nourrir ces gamins aux décours de leur séjour à l’hôpital, afin qu’ils n’y reviennent pas quelques semaines plus tard. Et puis enfin nous n’aurons pas le droit de ne pas tenter de trouver des réponses à cette question essentielle : les sauver, mais pourquoi faire ? Pour qu’ils viennent remplir des barques de fortune qui tenteront d’accoster en Europe, devenue à leurs regards une sorte d’Eldorado ? Pour qu’ils participent dans leur pays à piller pour des salaires de quelques Euros par mois leurs sols, leur sous-sol afin d’y chercher les diamants qui orneront les bagues des riches femmes de nos pays, ou l’or qui participera à élaborer les montres-bracelet de leurs compagnons, ou encore pour extraire le pétrole qui remplira les réservoirs de leurs automobiles de luxe, ou pêcher les perches du Nil que nous mettrons dans nos assiettes tandis que ceux qui les ont pêchées n’en garderont pour eux … que les arêtes ! Regarder vivre des pays comme le Burkina Faso, c’est acquérir la certitude que les hommes sont fous, que sûrement aucun animal n’agit de la sorte sur notre terre. Le travail que nous pouvons y faire en tentant de permettre à ces enfants de vivre malgré tout est assimilable sûrement au volume d’une aiguille dans une meule de foin, mais dans nos pays au moins, il y a tous les ans du foin pour construire des meules…



Guy Sitbon a raconté le Burkina Faso dans le Journal « Marianne » du 23 au 29 février 2008
31 mars, 2010, 0:43
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Au cœur d’un des pays les plus pauvres d’Afrique, la famine inavouée 

Sous des dehors paisibles, le pays des Hommes-Intègres cache la souffrance de ses paysans. Une disette rampante est déjà installée. En attendant pire ?  « J’ai honte de vous le dire, monsieur Marianne, mais je n’ai pas le droit de vous le cacher » ose le notable du village. La plupart ici ont faim. Même après avoir mangé un bol de riz, ils ont encore faim. Pour vérifier, M. Marianne, comme on m’appelle ici, est tenté de faire l’expérience, de jeter au vent une marmite de riz rien que pour vérifier qu’on lui dit vrai, pour voir si les enfants se jetteront dessus comme des moineaux affamés. Le courage ou l’indécence me manquent. Offrez les reliefs de votre repas au premier venu (expérience plusieurs fois renouvelée). Il les dévore instantanément. Soulevez au hasard le couvercle d’une marmite posée au bord d’une cahute. Quelques cuillerées de riz bouilli. Assise sur une pierre, Judith fait ses comptes. Elle doit nourrir ce soir quatre adultes et trois enfants. Pour condiment, un doigt de bouillon au fond d’une casserole. Elle le sait, comme hier soir, ça ne suffira pas. Le prix du riz a augmenté, le sorgho est inabordable, son petit commerce ne lui rapporte presque plus rien, les gens n’ont pas d’argent Son mari lui apporté le bois de cuisine, pas de sous, il ne travaille pas. Ce soir, s’il rentre à temps, il pourra grignoter avec les autres, sinon il ira ailleurs trouver sa pitance. Judith nous conduit à son champ à travers les ruelles terreuses. Elle l’a ensemencé mais, voyez, rien n’a poussé. Cette année aucun champ ne donnera. Les inondations ont tout ravagé ; après, on n’a pas eu de pluie. Alors, voyez « . On voit. Des sillons de poussière sèche comme la peau, comme la soif, comme la faim. Si vous n’aimez pas les histoires tristes, si vous avez suffisamment d’ennuis comme ça pour ne pas vous prendre la tête avec encore les aventures des crève-la-faim, tournez vite la page. Mais avant de passer à un autre article sachez au moins ceci : ici, au Burkina Paso, des millions, je dis bien des millions et des millions d’êtres humains comme vous et moi, sont littéralement en train de mourir lentement de faim. Le Pr Touré, comme la plupart des gens informés qu’on interroge ici, évalue les affamés à deux-trois Burkinabés sur dix, peut-être plus. J’ai passé au crible une dizaine de villages, pas plus, et enquêté dans les grandes villes. Le drame me paraît très sous-estimé, mais va pour 20 % de « malnutrition aigue », selon l’euphémisme des organisations internationales. On arrive à 3 millions de nos pareils qui crèvent la dalle et s’endorment la faim au ventre. Les télévisions peuvent venir elles ne verront rien. « Ça ne s’avoue même pas, grimace Epervier Silga, directeur d’école a Dapelgo (800 habitants). Si un enfant se plaint de n’avoir pas mangé, les autres élèves se moquent de lui, même si eux-mêmes sont dans le même état. La misère, c’est honteux, seul le mendiant la déclare et qui veut être catalogue au rang des gueux ? C’est faire savoir que votre père n’est pas seulement capable de vous nourrir, le comble de l’humiliation. Mais nous, les instituteurs, on les reconnait bien, les affamés. Ils regardent ailleurs, ils ne suivent pas le cours, on les comprend, ils ne pensent qu’à manger ». 

Les greniers se vident 

Au tableau noir, d’une robuste écriture ronde et déliée, l’instit a calligraphié une poésie d’André Theuriet à la gloire de la souffrance paysanne. On se croirait dans une école du Cantal en 1890. Même dévouement de l’enseignant, même passion pour la langue française. Soixante­ dix élèves par classe (125 ailleurs) paient 2000 F CFA (3€) par an de scolarité. Sup­portable pour la plupart des parents. En temps normal, une cantine alimentée par la contribution de chacun en sorgho et en haricots assure le repas de midi. Mais la dernière récolte a donné peu. Les greniers s’épuisent peu à peu, beaucoup sont déjà vides. M. Silga sort de sa poche la clé de la précieuse réserve. Pas un grain de sorgho ni un haricot. Deux sacs et demi de riz thaï, 120 kg en tout. De quoi nourrir six jours nos 170 gamins, peut-être sept en réduisant les portions. Et après ? Après? Peut-être un miracle ? (Ne quittez surtout pas, un petit miracle se prépare.) La prochaine récolte est loin, octobre, novembre prochains. Que fera M. Silla d’ici là ?  « Je renverrai les enfants chez eux à midi, comme je fais toujours dans ces cas-là. J’irai manger dans ma famille (son salaire de directeur, 100€, est une fortune) et le cœur serré j’enverrai revenir beaucoup le ventre creux. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? En période de famine, le gouvernement met en vente du riz à bas prix. Et quand on ne peut pas se le payer ? Et quand il n’y en a pas assez ? 

Pour détecter l’approche d’une famine, les experts disposent d’un indicateur irréfutable : les prix des céréales sur le marché.  

Surveillez les prix, alerte un fonctionnaire de la FAO (Food And Agriculture Organi­sation), s’ils sont stables, tout va. S’ils grimpent, c’est que les spéculateurs stockent, qu’on manque de marchandises, que les marchés ne sont plus servis normalement. Chaque jour, de moins en moins de gens peuvent faire leurs courses, on court alors au désastre. Ahmed Bany revient de Bit­tou, sa commune. Il a constaté que le prix de l’assiette de sorgho est passé de 250 F CFA (0,40 €) à 500 F CFA. L’aide du gouvernement est détournée sur le marché ou vendue au Niger. Tous les signes laissent prévoir une famine plus grave que d’habi­tude. Dans mon village, tout le monde le pense : à partir du mois de juin, ça va être très, très dur Comment les millions les plus pauvres (la masse de la population) subsis­teront ? On ne voit pas. Déjà aujourd’hui, beaucoup manquent. L’instituteur de Dapelgo l’a expliqué mieux que n’importe quel rapport. Dans sa région, on sème en mai-juin. Pluie de juillet à octobre. Récolte : octobre ou novembre. En 2007, accident : pluies torrentielles et inondations en juillet ; en un quart d’heure, l’eau montait jusqu’aux genoux, ça dégringolait nuit et jour. Tout a été dévasté. Il y a bien des barrages ici et là mais pas assez. Il faudrait construire, investir. Or, nous nous trouvons dans le deuxième pays le plus pauvre du monde. Dans l’ordre de la dèche, le dernier des derniers, la Sierra Leone gît pas bien loin et se meurt de vingt ans de guerre civile. Ici, l’ordre règne sur une faim non moins profonde. Après les inondations, on a semé, mais les pluies ont été avares. Récolte dans la plupart des régions : pire encore qu’on ne le craignait. Pour la prochaine moisson, il faudra patien­ter jusqu’en octobre 2008. Greniers vides, prix en flèche, comment va se nourrir dans les sept prochains mois cette population à 75% paysanne ? Mystère. Pour l’instant, ceux qui possèdent encore du cheptel vendent une chèvre, un poulet, d’autres, une radio. Et quand on aura vendu l’âne ou même la vache, seule assurance contre la maladie, quand il ne restera plus rien ni dans la case au toit de chaume ni dans le gourbi ? « Dans cette région d’Afrique, nous explique un expert en dissidence avec son organisation, la crise est permanente, la famine massive est cyclique. En 2002, nous n’avons rien vu venir, nous nous sommes trompés dans nos analyses. On n’a pas été capables de détecter les signes de la catastro­phe. Nous avons vu des dizaines de milliers de morts. C’est normal ici. Et cette année? On n’en sait rien. Peut-être pire. “Bizarre. Aucun expert, aucun ministre, aucun haut fonctionnaire n’annonce le krach alimen­taire mais, dans les villages, on ne parle que de la peur des mois, des jours qui vien­nent, on voit poindre le spectre de la grande famine. Les journalistes de la presse locale, chacun lié à son village, le sentent aussi, mais quelle nouvelle donnée ? Les prix des céréales, le discours rassurant du ministre ? Cette année sera excédentaire. La disette, l’angoisse de la mort la plus ignoble, ça ne se dénombre pas en statistiques, ça se ressent, ça s’éprouve au plus secret de l’être. Les journaux n’ont rien à décrire si ce n’est l’Afrique, l’Afrique toujours, toujours recommencée. Rien à filmer, rien à voir, rien à raconter. Si un jour des affamés se rassemblent quelque part pour réclamer leur droit à la vie, si des dizaines de cada­vres s’alignent sur les routes, les télévisions accourront, 1000 reporters raconteront la grande famine. L’émotion durera trois jours, une semaine, et on retournera aux foucades de Sarkozy Carla et Cecilia. 

Silence et impuissance 

Quelque part dans la brousse, rencontre avec Eugene, un agronome français. Son métier : contrôler l’authenticité des sésa­mes bio qu’il fournit au marché européen. Comme moi, il a crapahuté de paysan en paysan pour s’assurer qu’ils n’utilisaient pas d’engrais chimique de synthèse. Il a parlé avec tout le monde. La récolte de sésame (un autre cycle saisonnier) est satisfaisante. Mais quid des céréales ? Ce devrait être normal. Menace de famine ? Il n’est pas au courant. Les fermiers n’en ont rien dit. Il a lu les discours officiels, tout va bien.  » Mais je ne voudrais pas vous dire de bêtises.  » Il invite Casimir, son collègue burkinabé, à nous rejoindre. Casimir hoche la tête. « Bien sûr, tout le monde le sait. Les greniers sont vides, les prix montent en flèche, plein de gens ont faim, les mois qui nous attendent vont être terribles, mais personne n’en parle. Sûre­ment pas les fonctionnaires enfermés dans leurs bureaux, entourés d’une bourgeoisie prospère. D’ailleurs, si des voix officielles lançaient l’alarme, ce serait immédiatement la panique, les prix s’affoleraient, les migra­tions vers les villes s’accéléreraient et on ne ferait qu’aggraver la situation. Il vaut mieux se taire. De toute façon, on n’y peut rien. Ce qui doit se passer se passera. Imaginons que des ONG ou des Etats bienveillants déversent des milliers de tonnes sur le pays. Les grains déboucheraient fatalement sur le marché et finiraient au Nigeria, 90 millions d’habitants et suffisamment de riches pour tout acheter. Offrir de l’argent ? On peut compter sur les fonctionnaires pour en détourner l’essentiel. Que faire ? Les grosses ONG ? Elles se comportent comme de petits états. Le travail humanitaire est un travail comme un autre. Salaires et avantages orientent des carrières proches du statut des fonctionnaires internationaux. Entre la Croix-Rouge, l’aide européenne et une ONG institutionnelle, peu de différence, si ce n’est la dimension. Chacun recrute des experts grassement payés ou des locaux indemni­sés à l’africaine. Tous coopèrent, comme il se doit, avec les administrations locales, avec toutes les servitudes incontournables. Les déperditions de gestion atteignent des sommets astronomiques. Ainsi va le « cha­rity business ». A l’exception de quelques dévouements exemplaires, beaucoup de gaspillages dans une splendide ignorance du terrain. Alors, rien à faire ? Attendre les bras croisés qu’adultes, vieillards et enfants s’éteignent en silence ? Revenons à Dapelgo, où l’instituteur Silga Epervier voit fondre le grenier de l’école avec pour seul espoir un coup de pouce de la providence… qu’il attend pour ce matin. Enfants et parents réunis sur la place du village se sont endimanchés pour accueillir Anne-Marie et Jean-Marc Bruel, deux visiteurs venus de France, dirigeants de l’association Zoodo “pour l’aide aux familles du Burkina Faso « . Une haie de gamins acclament les sauveteurs étrangers et leur ouvrent la route. Tambours, danses et youyous mettent la savane en fête. Le riz des enfants est arrivé. Le tacot essoufflé des époux Bruel s’affale au bord du préau. Cérémonieusement, on ouvre la porte arrière. Sous les yeux brillants du village, six sacs gonflés de riz surgissent comme tine marine tombée du ciel. Les instits transfèrent avec précaution le précieux chargement. La cantine est approvisionnée pour quelque temps. En attendant le prochain miracle (vous, moi, peut-être) et encore le suivant jusqu’ à la moisson d’octobre. 

La solidarité des modestes 

Une enfilade de hasards ont conduit les Bruel à Dapelgo. Technicien en insémi­nation artificielle de bestiaux, Jean-Marc recevait dans les années 80 des dizaines de stagiaires africains dans l’Aveyron. Il se prend d’amitié pour le Bunkinabé Jean­-Pierre, fermier de son état. Le stage terminé, le lien se tisse au long de plusieurs années de correspondance où suintent toute la tendresse et la misère du monde. Le fermier africain, expulsé de sa ferme, se retrouve sur une terre aride, sa famille se multiplie jusqu’à 11 enfants, la pompe à eau casse, les maladies frappent, une nièce abandonnée est adoptée. La vie comme la vie. De France, les Bruel glissent dans l’enveloppe un petit billet. Ils voudraient bien offrir davantage, mais ils ne sont pas des nababs, leurs revenus aussi ont baissé ; à eux deux, ils gagnent moins de 2500€ par mois. Ils font appel à la famille, aux voisins, aux amis, et finissent par constituer l’associa­tion Zoodo (« Amitié » en langue Morée). Pas de puissants sponsors autour d’eux, chacun verse ce qu’il peut, de 5 à 20 € par mois, suffisamment pour élargir le cercle des familles aidées là-bas dans la savane. Les Bruel entreprennent, à leurs frais, deux voyages au Burkina, s’attachent à toute la famille, au village, et découvrent un autre moyen de subventionner leur association Zoodo : acheter de l’artisanat burkinabé et le revendre sur les marches de l’Aveyron en décorant leur stand de photos de leurs amis africains. Ils éditent et vendent un calendrier (impression offerte par l’impri­meur du coin) illustré des villages à aider. Tout compris, ce n’est pas le Pérou, mais quelques milliers d’euros qu’ils dépensent chichement sans un centime de frais géné­raux : l’argent doit revenir intégralement aux Africains nécessiteux. Exactement le contraire des ONG à grand spectacle. Pas de politique, pas de discours, simplement l’amour de gens que les Bruel connaissent et qui deviennent leur propre famille. Il faut songer à tout : lunettes et loupes pour les malvoyants, stylos, cahiers et livres pour les élèves, vélo pour la gamine qui roule une heure et demie jusqu’à son école, lit toujours, sans relache, le mil, le Hz, le sorgho, car la famille manque et l’argent coûte cher. C’est à Zongo, je crois, que j’ai rencon­tré Samina, 19 ans. Assise dans la poussière au bord de son gourbi auprès de son bébé sagement assis, le métier sur ses genoux, elle tisse un pagne qu’on vend 6 € sur le marché. Elle touchera 1,50 € (1000 F CFA) pour trois jours de travail, soupire-­t’elle en souriant. Au café du coin, on dit « le maquis », les filles sont à vendre : 100 P la passe, 0,15 €, le prix d’un bol de riz à la sauce à la cuisine de trottoir. Je n’ose pas interroger les filles. « A vous, elles deman­deront 5000 F (7,50 €), normal, vous êtes blanc », me prévient-on. On classe le Burkina Faso ou pays des Hommes-Intègres à l’avant-dernier rang de la pauvreté planétaire. PIB annuel : moins que les pertes de la Société Générale en une nuit. Les seuls bénéfices d’une compagnie comme Schlumberger correspondent à quatre fois le budget de l’état. Mais n’imagi­nez surtout pas le Burkina comme un enfer. Au centre de Ouagadougou, la capitale, buildings et hôtels de luxe, en banlieue, splendides demeures pour la bourgeoi­sie et le président, avenues impeccables aussi larges qu’à Paris, festival du cinéma presque aussi couru que celui de Venise, université pauvre mais d’où sortent d’ex­cellents médecins. Si l’envie vous prenait de déménager en Afrique et que vous ne choisissiez pas le Burkina, vous commettriez l’erreur de votre vie. Douceur de vivre, 1000€ suffisent pour un train de vie cossu. Une femme de ménage à plein temps vous coûterait 70€, la même toucherait 20 ou 10€ dans un ménage de compatriotes, pour 50 à 60 heures de travail par semaine. 

La paix civile règne 

Dans un quartier spécialement pourri de Bobo-Dioulasso, Ia deuxième ville, on tombe sur une Européenne travailleuse humanitaire, seule blanche dans un océan noir. « Vous n’avez pas peur d’habiter ici ? – Croyez-moi, je suis plus en sûreté qu’à Paris ou à Rome. Si on est attaqué, on crie “Vor !” (Au voleur), et comme un seul homme tout le quartier sort machette au poing. L’agres­seur se retrouve en charpie. Personne ne s’y risque. « Même solidarité dans les villages. Le gouvernement – dirigé depuis vingt ans par l’ex-capitaine Blaise Compaoré – n’a pas à rougir de son bilan. Certes, il a pris le pouvoir à la suite de quelques meurtres, dont celui du précédent chef d’Etat, un journaliste a été assassiné, les élections pèchent contre la bienséance. Au total, un régime africain meilleur que la plupart des autres. Corrompu, mais infiniment moins que tous ses voisins ou ceux des contrées aussi honorées que la Russie, le Vietnam ou l’Iran (selon Transparency International), le pays possède la première des vertus : Ia paix civile. Hormis quelques coupeurs de route, on s’y promène aussi sereinement qu’en Finlande. L’Afrique s’entr’égorge, le Burkina se bécote. On se « perd en conjectures », comme écrivent les journaux, devant cette énigme. Alors quoi ? Ce malabar devant vous crève de faim et iI ne se jette pas sur vos poches alors qu’il sait qu’il y trouvera de quoi nourrir sa famille l’année entière ? Ne me dites pas : il y a anguille sous roche. Les connaisseurs expliquent que l’ethnie Mos­sie forme la majorité de la population, que les chefs et la morale traditionnels n’ont pas perdu toute leur autorité et qu’on se trouve ici dans une nation homogène à l’européenne. Pas de Tutsis et de Hutus, de Kikouyous et de Massais prêts à se sauter à la gorge, rien que des gentils Burkinabés mossis. Pour preuve, les tenants de cette thèse avancent la tolérance religieuse. Saydou, mon chauffeur, est né animiste, s’est converti (d’où son prénom) à l’islam et a finalement opté pour le catholicisme. Il préfère la messe du dimanche à la prière du vendredi qui depuis quelques années tourne au wahhabisme en raison des lourds investissements saoudiens dans les constructions de mosquées. Ailleurs, Saydou aurait été assassiné pour apostasie. Ici, chacun prie à son gré. Non, ce n’est pas l’enfer. Un bon 50 % des Burkinabés mangent peut-être à leur faim. Moins de la moitié, peut-être seu­lement 20 ou 30 % dorment le ventre creux, entre 4 et 6 millions, pas plus. On ne saura jamais combien ils sont puisqu’il est dégradant de l’avouer, qu’ils sont pour la plupart perdus dans les villages les plus reculés, que les experts passent à côté et que finalement tout le monde s’en fout. Les journaux et les télés sont bourrés d’in­fos sur l’Afrique, mais qui nous parle de l’essentiel ? D’ailleurs, qu’auraient-ils à nous raconter que nous ne sachions déjà ? Le continent se meurt de misère ? Mais tout le monde le sait, et alors ? Alors, il y a des gens comme Anne-Marie et Jean-Marc Bruel qui ne le supportent pas. Ils ne sont pas bien riches eux-mêmes, mais ils en ont fait leur affaire. Et, comme eux, des centaines de jeunes et de vieux, venus de tous les pays comblés, débarquent en Afrique armés de quelques euros et de leur grand cœur : ils ne supportent plus l’insupportable. Des lyonnais creusent un puits, Châteauroux construit des écoles, Bordeaux, une infirmerie. Les peti­tes mains, les fourmis silencieuses qui n’attendent rien, ni la gloire ni même la reconnaissance, prennent une partie du fardeau sur leurs épaules. Et ceux de l’Arche de Zoé, ai-je demandé autour de moi, ont-ils vraiment été si malfaisants de vouloir épargner aux mômes ces mal­heurs ? Les parents que j’ai interrogés, qui ignoraient tout de l’affaire, ont été unanimes. Jamais ils ne donneraient un de leurs enfants en bas âge. Ils vivront ou mourront chez eux comme les autres. Plus tard, quand ils seront grands, aller travailler en Europe, oui, bien sûr. Pas avant, ça ne servirait à rien puisqu’ils n’aideraient pas leur famille. J’espérais trouver des excuses aux kidnappeurs d’enfants pauvres. Ils n’en ont aucune. Pris de pitié, j’ai même songé à adopter La petite Amina, 1 an, rencontrée dans les bras de sa mère qui justement n’était pas sa mère.  » J’étais dans la rue, me raconte la femme, une jeune fille de 14 ans portait un nouveau-né dans les bras. Elle me le tend pour deux minutes, le temps d’al­ler aux toilettes, et elle ne revient plus. Heureusement que j’étais là, souvent elles les jettent dans les latrines. Je suis allée à l’hôpital, le bébé portait encore son cordon ombilical. Quoique indigente on lui a accordé l’adoption, mais elle ne peut pas le nourrir. Confiez-la-moi, ai-je proposé, dans un éclair d’inconscience.- Oh non, je l’aime trop, c’est ma fille. « Quels sont nos crimes ? » C’est Saydou qui tenait à tirer les choses au clair. Interprète exemplaire, il n’ignorait rien de ce que je découvrais. Illettré, les griots lui ont appris bien des choses et il écoute RFI douze heures par jour dans sa voiture en ruine qui ne lui appartient pas. Dites-moi, monsieur Marianne, pourquoi la terre entière se sort d’affaire et nous en Afrique on s’enfonce. Ne faut-il pas que nous autres Noirs nous ayons commis des péchés impardonnables pour que Dieu nous ait jetés sur cette terre de sable ? Partout ailleurs il fait froid ou chaud, chez nous entre 30et 50°. Il aurait pu se contenter de 20°, non il tenait aux 50, notre punition. Et regardez­-moi, Dieu m’a fait noir ; pas marron, noir comme le charbon. Quels crimes ont donc perpétré nos ancêtres pour que Dieu nous apporte ces châtiments ? J’ai objecté à tout, j’ai parlé de l’Afrique qui prospèrera un jour et donnera un exemple au monde, je lui ai juré que je serais heureux de vivre au Burkina. Il m’a répondu de ses yeux ironiques comme on regarde les men­teurs. Pourtant, j’étais sincère. L’Afrique, au Burkina, j’y crois…. 

                                                                 



Pourquoi partir à un âge…avancé et après une carrière bien remplie !
20 mars, 2010, 8:28
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Perpignan le samedi 20 mars 2010    

Beaucoup parmi mes amis ou au sein de ma famille m’ont interrogé sur les raisons de mon départ, y voyant je ne sais quelle motivation judéo-chrétienne, une manière d’investir pour une place assurée en paradis. J’ai tenté d’expliquer cette dette que je ressens par rapport à la société, et le temps que j’ai consacré à cette explication – ou plutôt cette explicitation – m’a empêché de raconter la raison essentielle de ce choix : vivre pour ne pas mourir. Une amie chère m’a transmis un poème de Pablo Neruda et sa traduction, traduction dont je sais si on peut la qualifier de bonne du point de vue linguistique, mais qui en tous cas me convient tout à fait par le message qu’elle véhicule ; je me permets d’inclure sur ce blog le texte en espagnol et sa traduction française : tout y est dit, mais c’est dit avec les viscères du grand Neruda et je sais bien qu’il serait vain de tenter de dire autrement les choses :

Meure lentamente quien no viaja, quien no lee,

Quien no oye música,

Quien no encuentra gracia en sí mismo.

Muere lentamente

Quien destruye su amor propio,

Quien no se deja ayudar.

Muere lentamente,

Quien se transforma en esclavo del hábito

Repitiendo todos los días los mismos trayectos,

Quien no cambia de marca,

No se atreve a cambiar el color de su  vestimenta

O bien no conversa con quien no conoce.

Muere lentamente,

Quien evita una pasión y su remolino de emociones,

Justamente éstas que regresan el brillo a los ojos 

Y  restauran los corazones destrozados.

Muere lentamente,

Quien no gira el volante cuando está infeliz cónsul trabajo, o su amor,

Quien no arriesga lo cierto ni lo incierto para ir atrás de un sueño

Quien no se permite, ni siquiera una vez en su vida,

Huir de los consejos sensatos…

¡ Vive hoy !

¡ Arriesga hoy !

¡ Hazlo hoy !

¡ No te dejes morir lentamente !

¡ NO TE IMPIDAS SER FELIZ !  

    Pablo Neruda  Prix Nobel de Littérature – 1971  Traduction de ce texte de Pablo Neruda 

Il meurt lentement, celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas,

Celui qui n’écoute pas de musique,

Celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement,

Celui qui détruit son amour-propre,

Celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement,

Celui qui devient esclave de l’habitude,

Refaisant tous les jours les mêmes chemins,

Celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

De ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement,

Celui qui évite la passion

Et son tourbillon d’émotions,

Celles qui redonnent la lumière dans les yeux

Et réparent les cœurs blessés. 

Il meurt lentement,

Celui qui ne change pas de cap

Lorsqu’il est malheureux

Au travail ou en amour,

Celui qui ne prend pas de risques

Pour réaliser ses rêves,

Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

N’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !

Risque-toi aujourd’hui !

Agis tout de suite !

Ne te laisse pas mourir lentement !

Ne te prive pas d’être heureux ! 

Je serai dès le 23 à Paris pour réapprendre succinctement la réanimation pédiatrique au sein d’une formation internationale, et cela me rassure un peu que l’on m’aide à pratiquer une médecine que je n’ai jamais abordée réellement depuis 40 ans ; puis après un « briefing » de mission le 1er, je décollerai sûrement le 2 avril.                

Pour ce qui est de la mise à jour de ce blog, je sais que l’unité de soins où je vais travailler, à Titao, ne comporte pas de connexion, que le courant électrique est proposé à minima puisqu’il est produit par un groupe électrogène, le village lui-même ne possédant pas l’électricité. Il faut donc se rendre à Yako, par 46 kilomètres de piste, pour profiter des services d’un seul cybercafé, mieux équipé du point de vue connexion que l’hôpital de Yako qui est mon centre d’attache. Cela sera aisé jusqu’en juin car la saison jusque là est l’été et que les pistes sont praticables, puis ensuite ce sera la saison des pluies qui engendre souvent l’enclavement des villages et les difficultés de se déplacer hors de l’agglomération. A bientôt, chers amis, chère famille, depuis le Burkina, et dans tous les cas après le 4 avril. 



Voilà ; la mission est définie : il s’agit de lutter avec Médecins Sans Frontières contre la malnutrition infantile à Yako, au Burkina Faso
4 mars, 2010, 14:23
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La prise en charge de la malnutrition infantile au Burkina Faso par l’organisation non gouvernementale « Médecins Sans Frontières » est assurée par le bureau japonais de l’association, situé à Tokyo ; il s’agit du Tokyo Desk Human Resources Officer for Armenia, Burkina Faso, China, India, Sri Lanka). Mon départ sera vraissemblablement le 29 mars ; la durée de la mission est de six mois.

Article du 30 juillet 2008 paru sur le site de MSF  à l’adresse  :  http://www.msf.fr/2009/03/06/1223/lutter-contre-la-malnutrition-infantile-au-burkina-faso/

Depuis septembre 2007, MSF soigne des enfants atteints de malnutrition dans les provinces de Passoré et de Loroum dans le nord du Burkina Faso. À ce jour, plus de 13 600 enfants ont été admis dans le programme, avec des taux de guérison proches de 89 %. Il y a neuf semaines, le petit Abdul âgé de deux ans oscillait entre la vie et la mort. Il pesait à peine 4 kg et la circonférence de son bras ou périmètre brachial (MUAC) était de 89 mm. Chez un enfant, lorsque ce périmètre est inférieur à 110 mm, on considère que son état est critique. La zone rouge du bracelet brachial – moins de 110 mm – indique que l’enfant court un risque de mortalité élevé.  « La première fois qu’Abdul nous a été amené, il était si maigre et si faible, rapporte Toni Roméo, infirmier MSF travaillant au Burkina Faso. Nous avions tous peur qu’il ne survive pas. Sa mère était totalement désespérée. » Abdul a passé quatre semaines au Centre nutritionnel thérapeutique (TFC) dirigé par Médecins Sans Frontières (MSF) à Yako, capitale de la Province de Passoré, pour y recevoir des soins intensifs, et a continué le traitement pendant cinq semaines supplémentaires chez lui qui consistait en une prise quotidienne de deux sachets de pâtes nutritives prêtes à l’emploi (RUF) baptisées Plumpy’nut, pâte à base de cacahuètes riche en protéines et très calorique adaptée au traitement de la malnutrition. Peu à peu Abdul a repris du poids et à la fin de son traitement son périmètre brachial était de 136 mm. La mère d’Abdul était ravie par le rétablissement remarquable de son fils. « MSF a fait des merveilles sur mon fils. Les enfant ne meurent plus dans notre village. »  Prise en charge des enfants malnutris  Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du monde. En 2007, il occupait le 176ème rang sur 177 selon l’indice de développement humain du PNUD et plus de 70 % de la population vit avec moins de deux dollars par jour. Une grande majorité de Burkinabés dépend de l’agriculture pour vivre mais les conditions climatiques difficiles et changeantes telles que sécheresse et pluies torrentielles ne donnent généralement que de maigres récoltes. Les habitants souffrent fréquemment de graves pénuries alimentaires et bien trop souvent les enfants sont les premières victimes de la malnutrition. En septembre 2007, MSF a commencé à prendre en charge des enfants malnutris dans les provinces de Passoré et de Loroum situées dans la région semi-aride du nord du pays. Avec l’aide du personnel de santé communautaire qui a diffusé l’information sur le programme du traitement aux mères dans les villages, les équipes de MSF ont procédé à un dépistage nutritionnel et à un suivi médical des enfants de moins de cinq ans dans les 17 centres ambulatoires répartis dans les deux provinces. Tous les enfants dont le périmètre brachial est inférieur à 120 mm, ainsi que les enfants souffrant d’un œdème (quantités anormalement importantes de liquides dans les tissus corporels ou dans une cavité du corps) sont admis dans le programme. Les mères jouent un rôle fondamental dans le traitement Sous la direction d’une infirmière de MSF, Balki Harouna, une équipe suit les enfants dans cinq centres ambulatoires dans la province de Passoré. Aujourd’hui c’est vendredi et l’équipe se dirige vers un village appelé Kirsi, à 37 km au sud de Yako. « Ici aujourd’hui, nous avons environ 130 enfants. C’est relativement calme. Pendant la haute saison, vers novembre et décembre l’année dernière, nous avions plus de 250 enfants par semaine. »   Les enfants souffrant de complications médicales telles que anémie grave et déshydratation sévère sont référés au TFC (centre nutritionnel thérapeutique) de Yako pour y suivre un traitement intensif. Néanmoins, près de 90 % des enfants ne développent aucune complication et sont soignés chez eux. MSF fournit aux mères la ration hebdomadaire de Plumpy’nut ainsi que des conseils sur l’alimentation quotidienne, l’hygiène et la prévention des maladies. Les enfants doivent être ramenés au centre ambulatoire une fois par semaine pour un bilan de santé. « Les consultations externes des cas sans complication permettent non seulement aux équipes de MSF de prendre en charge un grand nombre d’enfants, explique Harouna, mais elles permettent également aux mères de prendre soin d’autres enfants et d’effectuer des travaux ménagers quotidiens. Elles rassurent aussi la mère qui comprend que son enfant n’est pas gravement malade car elle peut facilement le soigner avec Plumpy’nut. » Harouna dit qu’elle n’est pas linguiste mais elle sait ce qu’il faut faire pour attirer l’attention des mères burkinabés en à peine dix phrases en Moré, langue locale parlée dans la région. « Lorsque je vois des mères venir dans notre centre ambulatoire, je demande « rita soma ? », est-ce que l’enfant mange ? » Harouna s’attend à l’une des deux réponses suivantes : soma ou bafun, bien ou rien. Une seconde plus tard, l’inquiétude disparaît du visage de la mère et, soutenue par une dizaine de mères derrière, celle-ci éclate de rire. « Soma soma ! » « Comme ce sont les mères qui amènent leurs enfants au centre ambulatoire et qui s’en occupent à la maison, nous devons nous assurer qu’elles comprennent bien l’importance de ce traitement, précise Harouna. Nous devons également les motiver constamment et les responsabiliser pour qu’elles reviennent nous voir chaque semaine. Ma façon de m’exprimer un peu maladroite détend l’atmosphère du centre ambulatoire. » À la recherche des absents dans la brousse Tandis que le programme de MSF s’efforce de prendre en charge un grand nombre d’enfants en répartissant ses équipes dans plusieurs sites ambulatoires, sur les 5 841 enfants qui sont sortis du programme, près de 10 % d’entre eux manquent au moins trois visites hebdomadaires consécutives au centre ambulatoire. Le samedi matin, une équipe de MSF est partie pour le site de Bokin, à environ 54 km à l’est de Yako, en quête de 15 enfants qui ne viennent plus au centre. À Bokin, l’équipe s’est divisée en deux groupes : l’un est chargé d’en retrouver six dans et autour de Bokin et l’autre d’en retrouver neuf plus au nord dans des villages éloignés. Après cinq heures et demie de recherche sur des pistes non balisées, l’équipe a réussi à retrouver 12 enfants dont un qui est décédé. Dans un village, une mère de 21 ans a expliqué que Bokin est tout simplement trop loin de chez elle. « Pendant 11 semaines, j’ai emmené ma fille au centre ambulatoire toutes les semaines mais je suis tombée malade et j’ai eu des problèmes gastriques. Je ne pouvais plus parcourir 30 km aller-retour à vélo. »  La température dépasse 50 degrés Celsius dans la journée et le trajet aller dure deux heures et demie. « Les mères comprennent l’importance et les avantages du traitement, explique Roméo. Mais la distance (certaines mères marchent pendant 15 km, d’autres font jusqu’à 50 km à vélo aller), leurs propres problèmes de santé ou des engagements familiaux comme des funérailles les empêchent souvent de venir consulter pour leur traitement. Un enfant est mort mais heureusement les autres enfants que nous avons vus aujourd’hui n’étaient pas malnutris. » Un avenir sombre   « Actuellement, les habitants vivent encore sur leurs réserves alimentaires, précise Roméo. Mais ils disent qu’ils n’auront plus rien d’ici quelques mois. » Dans une famille, les adultes ne mangent que deux fois par jour afin que les enfants puissent prendre trois repas. D’autres disent qu’ils vont chercher tout ce qui est comestible sur ce qui reste de leurs pauvres terres. « Lorsque le millet sera épuisé nous devrons acheter de la nourriture, se plaint un homme dans un village près de Bokin. Mais nous n’avons pas d’argent. Ici la vie est difficile. » 



Pour introduire un blog…
23 février, 2010, 16:16
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Il m’aura fallu atteindre l’âge de 62 ans et mes interventions au sein d’associations d’entraide pour prendre conscience du dénuement sanitaire d’une partie de plus en plus importante de la population de notre globe. Mais aussi, au terme de ma carrière « officielle », j’ai acquis cette certitude que durant les quarante ans de mon exercice professionnel, j’ai peut-être, sûrement même, aidé un certain nombre de patients en soulageant parfois leurs douleurs, en prolongeant la durée de leur vie de temps en temps, en les écoutant toujours, mais que globalement l’immense majorité des pathologies que j’ai rencontrées auraient pu évoluer favorablement sans mon intervention, et cette certitude rend mon inaction inconfortable. En effet, au fil des voyages que j’ai effectués et des actions que j’ai pu mener en France comme à l’étranger, j’y ai élaboré cette certitude qu’il y a dans le monde des insuffisances sanitaires infiniment douloureuses, insupportables, qui auraient sûrement mérité tellement plus mon implication ! Sur cent enfants que j’ai pu rencontrer en Afrique de l’Ouest par exemple, sûrement cinquante sont morts avant quinze ans de paludisme ou de tuberculose faute de médicaments élémentaires, ou tout simplement de rougeole faute d’une vaccination dont le coût, pour nous occidentaux, est tellement dérisoire ! 

Alors voilà, j’ai la conviction que je suis en dette et qu’il me faut tenter de l’estomper un peu tant que mes bras, mes jambes, ma tête répondront à mes consignes. Je sens bien que c’est à ce prix que je pourrai au terme de ma vie faire un bilan un peu plus chatoyant de ma carrière professionnelle. J’ai donc accepté un poste à   »Médecins Sans Frontières », afin d’intervenir dans un endroit du monde où ils auront besoin de moi, et aussi au sein de »Médecins Du Monde », association qui possède, j’en suis convaincu, un excellent savoir faire en matière d’intervention sur le sol français et qui me semble la plus à même de contribuer à la prise en charge d’une population défavorisée dans la ville de Perpignan, où je vis. Cela pourrait consister à stimuler la création d’une antenne locale pour estomper une misère sanitaire dont j’ai l’impression que la situation sociale actuelle en rend la progression quasi-exponentielle.

Je sens bien que ce sont les étapes par lesquelles il me faut tenter de passer pour que je puisse affirmer un jour que j’ai réellement rendu service en pratiquant un métier que j’ai choisi très tôt et aimé toujours.


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